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Death Metal Livre

Obituary : les pages dorées du Death Metal [Livre]

Pilier et figure incontournable du Death Metal, OBITUARY est l’origine de la création du mouvement avec quelques autres. A cette différence près que le combo des frères Tardy a duré dans le temps, essuyant tempêtes et changements de line-up avec force et caractère. Mais ce que l’on retient surtout des Américains, c’est un son et un identité musicale reconnaissables entre tous, ainsi qu’une discographie hors-norme. Avec « Turned Inside Out », on pénètre dans le quotidien de ces musiciens de l’extrême.

TURNED INSIDE OUT

David E. Gehlke

(Editions des Flammes Noires)

Initialement publié en 2022 en Amérique du Nord, les Editions des Flammes Noires offrent enfin à tous les fans de Death Metal le plaisir de plonger dans l’histoire, à la fois riche et chaotique, de l’un des plus grands acteurs du genre. Une légende parmi les légendes : OBITUARY. Avec la complicité des anciens comme des actuels membres du groupe, cette biographie retrace l’étonnante carrière des Floridiens sur pas moins de 40 ans d’activité. Entre anecdotes parfois déconcertantes et photos inédites, « Turned Inside Out » est d’une authenticité rare.

Préfacé par un autre monstre sacré, Max Cavalera, fondateur de Sepultura et Soufly, revient sur sa rencontre pour le moins débridée avec OBITUARY, alors qu’il venait terminer les voix de l’incontournable « Beneath The Remains » aux célèbres Morrisound Studios de Tampa. La naissance d’une amitié qui allait durer. D’ailleurs, le Brésilien ne tarit pas d’éloge sur ceux qu’il considère comme les précurseurs du Death Metal, élevés aujourd’hui au rang d’influence majeure et avec qui il partage une passion commune pour ses fans et le Metal.

Achevé au moment où OBITUARY travaillait sur son onzième album, « Dying Of Everything » (2023), même les fans les plus fervents en apprendront davantage sur le parcours unique de ceux qui sont aussi à l’origine de l’essor et de effervescence de la scène de Tampa et de ses mythiques studios, qui ont façonné le Metal extrême de toute une époque. De leur ascension à leur déboires avec leur label Roadrunner, en passant par une longue pause au début des années 2000, « Turned Inside Out » est riche en révélations et livre un éclairage pertinent.

Couverture cartonnée 16x23cm / 444 pages / 27€

Disponible sur le site de l’éditeur : www.edt-flammes-noires.com

Retrouvez aussi l’interview du fondateur des Editions Des Flammes Noires et quelques récentes chroniques sur les derniers livres parus :

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Neo-Folk Pagan

Eihwar : roots & vibes

Direction le Grand Nord et un temps lointain, dont beaucoup s’inspirent aujourd’hui, avec le deuxième opus des Français d’EIHWAR. Il ne faut pas longtemps pour pénétrer les profondeurs de « Hugrheim », nouvel effort du tandem, qui imprime sa marque entre tradition et modernité, rythmes séculaires et beats modernes. Portés par des atmosphères aussi fédératrices qu’immersives, l’exaltation émanant de ces nouveaux morceaux libère de vrais shoots d’adrénaline et une ardente et exacerbée sensation de mouvement. On vibre sur cette musique autant qu’on la vit. Intensément !

EIHWAR

« Hugrheim »

(Season Of Mist)

Loin du côté solennel de Wardruna ou Heilung, c’est une facette plus guerrière et transcendantale que présente EIHWAR. Deux ans après « Viking War Trance » qui les a littéralement propulsé, le duo fait déjà son retour et prolonge sa percutante ascension avec « Hugrheim ». Cette fois, Asrunn et Mark nous invitent dans leur monde, qui est le dixième et caché d’Yggdrasil dans leur propre mythologie fantastique. D’ailleurs, s’étant aussi créé un langage personnel où l’on perçoit des sonorités de vieux norois, leur univers est inédit et unique à plus d’un titre.

Très modernes dans leur approche, nos deux néo-vikings enflamment leur champ de bataille dès les premières notes de « Nauðiz » sur un rythme tonitruant mené par des tambours à la fois menaçants et hypnotiques. Nettement plus solaire que la plupart des formations actuelles de la scène Pagan, EIHWAR sait néanmoins se faire très obscur et inquiétant (« Ein », « Skuggaríki »). Il bouscule les esprits ancestraux pour en faire jaillir le côté brut d’une communion tribale, qui transparaît dans un appel aux dieux aux élans chamaniques.

Bouleversant le paysage néo-Folk, les deux musiciens usent pourtant d’instruments traditionnels, mais se distinguent aussi par des éléments électroniques contemporains, trahissant ou augmentant, c’est selon, le spectre Pagan classique. Rien n’est donc figé et EIHWAR en profite pour bâtir ses propres frontières, établir ses propres codes, tout en restant attaché à certaines conventions du genre. Entre incantations et deux chants qui s’opposent autant qu’ils se complètent, on plonge dans un décor musical captivant (« Ljósgarðr », « Heill Óðinn », « Berserkr » et le morceau-titre).  

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Ambient Ethnic Neo-Folk

Nytt Land : ancestral ceremony

Immersive, captivante, entraînante, troublante et presque magique, la musique de NYTT LAND est tout cela à la fois. Emprunte de mythologie Pagan et shamanique, elle redonne vie à une tradition souvent oubliée, ou négligée par un monde en quête de perpétuelles accélérations. La formation russe s’offre le temps d’une respiration, entre contemplation et mise en lumière d’un patrimoine musical et lyrique inestimable. « Aba Khan » représente une nouvelle étape dans cette démarche de préservation.

NYTT LAND

« Aba Khan »

(Prophecy Productions)

Alors que « Songs Of The Shaman » sorti l’an dernier résonne encore, Natasha et Anatoly Pakhalenko réapparaissent déjà avec un onzième album. Et si on pouvait s’attendre à une éventuelle suite, c’est dans la lignée de « Ritual » (2021) que vient s’inscrire « Aba Khan ». Ainsi, il n’est plus seulement question de se focaliser sur les témoignages ancestraux de leur Sibérie natale. NYTT LAND élargit une fois encore ses investigations vers d’autres peuples autochtones, non sans qu’ils aient bien sûr tous un lien qui les relie et tisse cette narration inédite.

Accompagné par le batteur et percussionniste Aleksandr Rosliakov, dont le jeu est d’une délicatesse absolue, le duo nous emporte dans une brume épaisse où les esprits trouvent leur place. Et c’est celle d’« Aba Khan », qui sert de guide à ce nouveau chapitre. NYTT LAND trouve sa fluidité dans l’harmonie qui règne entre les chants, les mélodies et les rythmes. Si pour certains les Sibériens donnent l’impression de se répéter, c’est tout le contraire. A chaque réalisation, ils creusent un peu plus un répertoire oublié et s’évertuent à le faire vivre avec émotion.

Le mélange des voix, les sons étonnants et les arrangements des chansons varient cette fois encore et dévoilent une autre facette de NYTT LAND. Imprévisible, mais dépositaire d’un immense trésor hors d’âge, le groupe collecte avec passion ces moments de rituels en les adaptant à une vision personnelle, que l’on sait absolument respectueuse. Au cœur de cette néo-Folk, qui ne veut d’ailleurs pas signifier grand-chose, l’évasion est permanente et pourtant il flotte dans l’atmosphère un parfum familier et presque transcendantal.

Retrouvez aussi la chronique de « Songs Of The Shaman » :

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International Top de l'année

Top 2025 – Monde

Après notre hexagone hier, voici les 25 albums internationaux qui sont sortis, selon moi, du lot cette année. Aucun pays ne domine véritablement le classement et l’Europe s’en tire franchement bien. Voici une sélection éclectique conçue autour des formations et des artistes qui se sont illustrés dans Rock’n Force ces douze derniers mois.

Ils sont tous à retrouver dans la publication ci-dessous… Cliquez donc et bonne lecture !

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France Top de l'année

Top 2025 – France

C’est l’heure des comptes ! La scène française a livré de nouvelles pépites, moins que l’an dernier selon moi, mais tout de même, elle se porte bien ! Entre Blues, Metal, Stoner et Rock, voici 25 groupes et artistes ont marqué Rock’n Force en 2025 à travers des interviews ou des chroniques d’albums franchement réjouissants et pour certains indispensables. 

Ils sont tous à retrouver dans la publication ci-dessous… Cliquez donc et bonne lecture !

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Musique celtique Musique traditionnelle

Eric Vercelletto : la source comme phare

Très métissée, la musique d’ERIC VERCELLETTO prend racine en Bretagne, parfait champ des possibles pour aller piocher dans d’autres cultures des tonalités, des rythmiques et des échos qui viennent se lier, épicer et apporter des saveurs lointaines à un ouvrage aussi atypique que familier. « Beg An Dorchenn Project » est l’idée un peu folle de ce guitariste, claviériste, flûtiste, compositeur, arrangeur et producteur, qui a su faire le pont entre ses premières amours intimement liées à son pays avec des réverbérations quasi-universelles.

ERIC VERCELLETTO

« Beg An Dorchenn Project »

(Independant)

Ce premier album d’ERIC VERCELLETTO tient littéralement de l’épopée. Démarrée il y a plus de dix ans autour de la très inspirante pointe de la Torche dans le Finistère, la fameuse « Beg An Dorchenn », elle est aussi tournée vers le monde avec pour axe central cette avancée rocheuse dans l’océan qui aimante et impulse le socle musical du disque. Car si l’univers du musicien est étroitement lié à la Bretagne et à la musique celtique plus largement, des sonorités brésiliennes, balkaniques et indiennes viennent colorer l’ensemble.

Et de la couleur, « Beg An Dorchenn Project » n’en manque vraiment pas. A l’instar de ce lieu aux paysages si changeants, il hypnotise et envoûte. Enregistrée entre Quimper, Estoril et Berlin, cette première réalisation se veut transcontinentale dans le son et ce sont des musiciens issus d’horizons éloignés, plus d’une dizaine en plus du Bagad Penhars, qui se sont joint à ERIC VERCELLETTO. Sur une trame contemporaine, parfois jazzy ou classique, la jonction avec la tradition est aussi fluide qu’évidente, la virtuosité de chacun faisant le reste.

Bien qu’il s’agisse d’une autoproduction, la qualité de « Beg An Dorchenn Project » n’a rien à envier aux grosses cylindrées mainstream du genre. Au contraire, l’authenticité qui émane des dix morceaux est le fruit des rencontres d’ERIC VERCELLETTO avec des artistes dont il partage la vision et avec qui il a noué de solides amitiés. Surtout instrumental, quelques voix survolent aussi cet opus captivant avec légèreté (« An Nor I &II », « Kerz A Rimp Beteg De Jujuy », « Larry Den », « Marig Ar Pollanton », « Kelch’h Dogor ») De toute beauté !

L’album est bien sûr disponible sur le site de l’artiste : www.vercelletto.com

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Musique celtique Pop

Kaz Hawkins : une perspective apaisante

On la sait authentique et sincère, alors lorsque que KAZ HAWKINS décide de renouer avec son héritage celte, c’est pour livrer une version sans far d’elle-même. Dans des atmosphères assez cinématographiques et même contemplatives à l’occasion, « Coming Home » s’ouvre sur un horizon lumineux et intimiste, malgré la richesse musicale de cette nouvelle réalisation. En se tournant vers son Irlande, la native de Belfast explore des contrées que ses fans vont découvrir, et qui lui sont finalement si naturelles.

KAZ HAWKINS

« Coming Home »

(EarlyBird Records)

Alors qu’elle est reconnue sur la scène Blues et Soul notamment depuis « Until We Meet Again », sorti il y a deux ans, et qu’elle a brillamment confirmé son talent avec le premier volet de « Live In Brezoi », dont on attend impatiemment la suite, la chanteuse nord-irlandaise s’offre une belle balade avec ce retour à ses racines. Pour autant, « Coming Home » n’est pas si dépaysant qu’il n’y parait. KAZ HAWKINS reste d’auteure et la compositrice que l’on connaît et sa voix, d’un registre à l’autre, domine les genres, les fait siens et impose sans mal son timbre unique.

Et si « Coming Home » a cette résonnance personnelle et familière, c’est probablement dû au fait que ces chansons ont en partie été écrites il y a 25 ans, tandis que de nouvelles sont venues se greffer pour composer un album de 15 morceaux qui forment une unité très spontanée. C’est à Berlin et entourée de ses collaborateurs Mathis Richter-Reichhelm et Michael Handschuch, que KAZ HAWKINS a redonné de l’éclat à des anciennes compositions, toute en faisant un parallèle judicieux avec les plus récentes. Une sorte de quête spirituelle, qui ne dit pas son nom et qui sonne juste.

Avec beaucoup d’émotion, « Coming Home » résonne comme une ode à la résilience, à l’amour et à l’espoir en faisant écho au parcours et à la vie de l’artiste. Musicalement, KAZ HAWKINS s’éloigne donc de la Soul et du Blues pour s’épanouir dans une ambiance qui, sans s’inscrire dans un répertoire traditionnel, libère de délicieuses saveurs celtiques. Sur des notes de violon notamment, le pays du shamrock s’offre des sonorités contemporaines dans de vastes paysages et une orchestration souvent poignante, des arrangements d’une délicate finesse et des textes d’une grande sensibilité. Somptueux !

Photo : Philip Ducap

Retrouvez les chroniques de ses deux derniers albums :

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Bluesy Rock International Pop Soul / Funk

Tora Daa : une profonde liberté [Interview]

Multi-instrumentiste, compositrice, chanteuse et productrice, TORA DAA est devenue depuis quelques années maintenant une valeur sûre de la scène norvégienne et elle n’a d’ailleurs pas mis très longtemps à exporter son talent. Avec un style inimitable et un jeu de guitare très personnel, la frontwoman s’est créé un univers aux composantes multiples. Même si elle s’en défend, c’est sur une constante assez Blues que se construit son registre où viennent se mêler Rock, Pop et Funk dans une belle harmonie. Son quatrième album  « Prayer And Pleasure », sorti il y a quelque semaines, libère une sensation de totale liberté dans le jeu et un propos fort et engagée. Rencontre avec une artiste, qui sort des sentiers battus pour exposer une virtuosité à la fois délicate et solide.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on évoque ton style musical, qui est assez particulier. Il est fait de Rock, de Soul, de Pop, de Funk et même de sonorités psychédéliques. Pourtant, tu reviens aussi toujours au Blues qui reste présent à travers tous tes morceaux. Est-ce que tu le considères comme la pierre angulaire de ton registre, sa base ?

J’adore le Blues, mais je ne peux pas dire que ce soit mon influence principale. Je ne l’ai pas assez écouté, ni étudié pour affirmer qu’il a eu un impact majeur sur ma musique. Mais après tout, le Blues est partout et dans tous les genres. Pour moi, toute la musique que j’ai écoutée fait partie de mon processus de composition.

– Tu as sorti ton premier album « Tora » en 2019, et en quatre réalisations, tu t’es vraiment affirmée, ainsi que sur scène, avec un style qui a aussi évolué. Sur « Prayer And Pleasure », tu sembles atteindre une certaine maturité qui passe par un rapport plus direct et efficace dans ton jeu et la composition. Est-ce aussi un sentiment que tu partages ? 

Oui, je pense que c’est le cas. La composition était quelque chose que je trouvais très difficile au début et je savais que je devais y travailler tous les jours pour m’améliorer. Et c’est ce que j’ai fait et que je continue de faire. Quand je ne suis pas en tournée, je suis au studio tous les jours pendant des heures à essayer de créer quelque chose. Peu importe que ce soit une idée de chanson, un riff de guitare ou une vidéo Instagram. Je crois que le simple fait d’y aller quotidiennement, et de créer même la plus petite chose, permet d’améliorer ses compétences et d’être bénéfique sur le long terme. Alors oui, je pense que « Prayer And Pleasure » est mon meilleur travail à ce jour et j’en suis vraiment fière. D’autant plus que j’ai produit l’album moi-même et que j’ai également enregistré tous les instruments. J’ai demandé à un ami de jouer de la batterie sur quelques morceaux, mais à part ça, tout ce que vous entendez, c’est moi.

– Justement, « Prayer And Pleasure » offre une production, que tu as signée avec Benjamin Giørtz, plus épurée et organique. L’album donne l’impression de vivre un moment que tu as voulu figer. L’objectif était-il d’être la plus spontanée possible et d’être dans une immédiateté très palpable ?

Oui, je voulais que cet album soit plus authentique. C’est pour cela que la plupart des enregistrements de guitare et de voix ont été réalisés en une seule prise. C’était un processus vraiment agréable et je suis très fière du résultat.

– Comparé à « Seventeen » sorti il y a trois ans, il y a beaucoup plus de contrastes musicalement, ainsi que dans les textes. Il y a aussi une intimité très présente sur ces nouvelles chansons. Est-ce que « Prayer And Pleasure » est ton album le plus personnel à ce jour ?

C’est vrai ! Mais en même temps, je voulais que les chansons, aussi personnelles soient-elles, puissent être accessibles à tous. Et en ce sens, trouver le juste équilibre a été un processus intéressant et stimulant.

– D’ailleurs, tu as dit avoir écrit sur des thèmes que tu n’avais jamais abordés auparavant. Comment ce déclic a-t-il eu lieu et est-ce finalement une quête de totale liberté artistique, qui t’a mené à une si forte implication ?

Je pense que c’est arrivé naturellement. J’ai 31 ans aujourd’hui et c’est mon quatrième album, donc j’ai déjà écrit et sorti beaucoup de chansons amusantes et ‘faciles’. J’étais prête à composer les morceaux que j’attendais de pouvoir écrire. De plus, le fait que le thème principal de cet album soit la façon dont la religion a traité les personnes LGBTQ+ m’a obligée à vraiment me plonger dans le sujet pour trouver les mots justes.

– Comme certains morceaux figurent sur l’album, j’aimerais qu’on parle de la commande passée par le ‘Trondheim Festival’, qui est une institution en Norvège. En quoi cela a-t-il réellement consisté par rapport à ta vision musicale habituelle et y avait-il des impératifs ?

Il n’y avait aucune contrainte, et c’est pourquoi j’ai pris tellement de plaisir à sa création. J’ai passé plus d’un an à le terminer et beaucoup de chansons se sont retrouvées sur mon album, en effet. Je ne pensais pas que cela arriverait, mais j’en suis vraiment ravie. Ce processus était différent de tout ce que j’avais fait auparavant. J’avais une chorale gospel de 15 personnes sur scène avec moi, ainsi que mon groupe. J’ai dû écrire de la musique pour une chorale pour la première fois et aussi monter un spectacle de toutes pièces avec de nouvelles musiques, de nouveaux arrangements, un sujet difficile, etc… C’était une expérience incroyable. Cela a fini par influencer tout l’album et je ne pense d’ailleurs pas que j’aurais pu le terminer sans ce projet.

– Cela doit être une expérience particulière pour une artiste. Qu’est-ce qui change principalement de la composition classique d’un album ? Est-ce que cela réside dans le temps accordé ou dans une certaine ligne musicale à respecter ?

J’ai vraiment pu faire tout ce que je voulais et je pense que c’est important lorsqu’on demande à un artiste de réaliser un projet de ce type. Se sentir libre en composant de la musique est la chose la plus importante, à mon avis.

– J’aimerais que l’on parle de ton jeu de guitare qui a des sonorités très Blues, mais pas seulement. On te sent très libre dans la composition, au niveau des mélodies, des riffs et des solos. Il y a quelque chose d’entier qu’on retrouvait beaucoup chez Prince, qui englobait tous les styles. Le plus important, selon toi, est-il d’atteindre une façon de jouer et d’écrire la complète possible ?

Pour moi, jouer de la guitare, c’est la liberté. Je n’écoute pas beaucoup de ‘musique de guitare’. Je n’en ai jamais vraiment écouté et cela m’a vraiment aidé à créer mon propre son. On m’a dit que l’on pouvait entendre des influences de Jeff Beck et de Prince dans mon jeu, mais je n’ai jamais vraiment écouté aucun d’entre-eux. Bien sûr, j’ai entendu beaucoup de chansons de Prince, mais ce n’est pas un artiste que j’ai écouté pendant des heures. Et je crois que j’ai entendu trois ou quatre morceaux de Jeff Beck. Les gens veulent toujours comparer les guitaristes entre eux et je n’aime pas trop ça. Mon jeu de guitare s’inspire de moi-même et mon propre cheminement. Quand je compose un solo de guitare, que ce soit pour une chanson ou simplement pour une courte vidéo Instagram, je chante toujours avant de jouer. C’est-à-dire que je m’enregistre en train de chanter la partie du solo, puis je prends ma guitare et je construis mon solo autour de ce que j’ai chanté. Cela rend chaque note personnelle et authentique, et non basée sur ce que les autres aiment, ou sur ce que quelqu’un d’autre aurait joué. C’est entièrement moi et mon esprit un peu bizarre.

– Pour rester dans le domaine de la guitare, tu es aussi l’ambassadrice mondiale de Marceau Guitars, ce qui est une belle reconnaissance. La marque propose même des modèles signatures, conçus spécialement pour toi. Quelles sonorités souhaitais-tu obtenir par rapport aux standards habituels et quelles sont les principales caractéristiques de ces instruments en édition limitée ?

Pour moi, les guitares Marceau sont les guitares parfaites. Je l’ai ressenti tout de suite, la première fois que j’ai joué avec. La stabilité et la sensation de jouer sur cet instrument m’ont immédiatement convaincu que c’était celui qu’il me fallait. Je ne pense pas que je jouerai un jour sur d’autres guitares, car honnêtement, je n’en ai ni le besoin, ni l’envie. Ce sont les meilleures guitares du monde.

– Enfin, un mot aussi sur ton chant qui prend de l’assurance au fil des albums. Est-ce un domaine que tu travailles aussi beaucoup et a-t-il, à tes yeux, la même importance que ce que tu peux développer à la guitare ?

Oui, absolument. Pour moi, chanter et jouer de la guitare sont souvent indissociables. J’ai passé un nombre incalculable d’heures à travailler à la fois mon jeu de guitare et mon chant. Je répète tous les jours. Mon chant s’améliore constamment, ce qui me rend vraiment heureuse. Et lorsqu’il s’améliore, mon jeu de guitare s’améliore aussi, car les deux sont liés.

Le nouvel album de TORA DAA, « Prayer And Pleasure », est disponible sur le label de l’artiste et disponible sur son site : https://toradaa.com/

Photos : Kristian Ringen (2, 3, 4, 5)

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Neo-Folk Viking

Danheim : une source intarissable

Entre rythmes tribaux et une narration profonde, ce nouveau chapitre de DANHEIM se veut spiritual, convivial aussi et surtout d’une précision qui le rend très intense. Très créatif et reposant sur une Histoire d’une grande richesse, cette balade au cœur d’une Scandinavie vivifiante, qui va puiser son art dans la mémoire des hommes comme de la nature, et contribue à l’élan de cette néo-Folk viking, dont l’étendue semble inatteignable, tant les trésors y sont nombreux. Et l’artiste y déploie une force saisissante dans un écrin de délicatesse.

DANHEIM

« Heimferd »

(Season Of Mist)

Le très prolifique multi-instrumentiste et producteur Reidar Schæfer Olsen, plus connu pour ses réalisations sous le nom de DANHEIM, n’est pas homme à rester les bras croisés et son ambition consistant à partager la mémoire ancestrale de la culture viking et nordique est grande. « Heimferd » est déjà son dixième album depuis 2017. Et celui qui a désormais franchi le milliard de streams dans le monde et participé à plusieurs saisons de la bande son de la série « Vikings », continue ici son voyage intemporel avec une authenticité troublante.

Les adeptes de Wardruna et Heilung ne seront donc pas dépaysés et devraient se retrouver sans mal dans l’univers mythologique de DANHEIM. Enregistré dans son propre studio et assurant également la production, l’artiste de Copenhague a particulièrement soigné le son et l’écoute au casque de « Heimferd » est captivante au point de vous transporter au cœur d’un monde où l’imagination s’envole. Et son expérience dans les musiques électroniques et Ambient offre beaucoup de relief et de proximité à un registre hypnotique et mystérieux.

Les paysages défilent, les atmosphères évoluent au gré de l’immersion de DANHEIM lui-même et, entre folklore et tradition, son inspiration comme son interprétation se font aussi ténébreuses que lumineuses (« Brenhin Llwyd », « Haukadalur », « Heljar Skuggar », « Jǫtunsvärd », « Kominn Dagr », « Stormdans »). Le musicien s’offre aussi une petite entorse dans cette plongée danoise sur « Yggdrasil II », où des paroles en anglais font leur incursion sur la suite du morceau figurant sur « Fridr » (2017). Moderne et hors du temps.

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Hard Rock Livre

AC/DC : across generations

Malgré plus de 200 millions d’albums vendus, c’est l’image familière de musiciens qui ont su rester simples, qui dominent lorsqu’on évoque AC/DC. Loin des frasques de certaines ‘Rock Stars’, c’est la tenue d’écolier d’Angus Young et la casquette visée sur la tête de Brian Johnson qui reviennent systématiquement à l’esprit. Pourtant, malgré cette supposée simplicité, son histoire est tout sauf un fleuve tranquille. Et c’est que nous raconte Axel Brémond, dans les détails et sur une narration fluide, presque romancée, à travers « AC/DC : Electric Story », qui devient presque aussi addictif que tous ces innombrables tubes qui ont franchi les générations.    

AC/DC : ELECTRIC STORY

Axel Brémond

(City Editions)

Pour tous amateurs de Rock qui se respectent, AC/DC est un groupe incontournable. Les grincheux diront, bien sûr, que les Australiens font le même album depuis 1973 (une belle année !), tandis que d’autres ne jugeront que par Bon Scott, raillant Brian Johnson à la première occasion.  Sauf, qu’à y regarder de plus près, afficher une telle longévité n’a rien du hasard. La longue route qui les a menés à « Power Up » il y a cinq ans, n’a pas été de tout repos et les drames qui ont émaillés la formation ont eux aussi forcément été nombreux. Mais le combo de Sydney tient toujours debout des décennies après le savoureux « High Voltage ». Certes, l’âge commence à faire sentir, mais l’adrénaline reste toujours intacte.

Si chacun est capable de fredonner une chanson issue des 17 albums studio, c’est que le groupe distille un style inimitable, même si beaucoup s’y sont essayés, avec ce côté tellement fédérateur et effronté, qui le rend irrésistible. Ce n’est pas très surprenant, finalement, que les frères Young, Angus et Malcom aux guitares, se soient si rapidement accoquinés avec l’autre Ecossais d’origine devenue une légende : Ronald Belford ‘Bon’ Scott. C’est d’ailleurs à ses côtés qu’AD/DC connaîtra le succès à l’international jusqu’en 1980, où le frontman décède une triste nuit de février. Un hommage direct et fraternel lui sera d’ailleurs rendu quelques mois plus tard avec les cloches du tout aussi mythique « Hells Bells ». 

Brian Johnson reprendra le flambeau avec le talent et le charisme qu’on lui connaît, mais… Le mieux est de se plonger dans le livre d’Axel Brémond pour découvrir, ou redécouvrir, l’histoire de ces géants du Rock. « Ac/Dc : Electric Story » est d’autant plus passionnant qu’il se lit vraiment comme un roman, loin des habituelles compilations d’anecdotes livrées par des fans devenus experts. Le sentiment qui domine ici est cette immersion au sein du combo, que ce soit dans le quotidien dans leur foyer, en studio ou sur les milliers de scènes, où AC/DC enflamme des millions d’adeptes depuis des dizaines d’années. Explosif et talentueux, le quintet donne décidément souvent l’impression de faire partie de la famille.

272 pages / Format 14,50 x 22,50 / 20€