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Musique celtique

Stone Age : nouveau cheminement

Toujours inspiré par le monde celtique avec une prédominance pour la Bretagne, STONE AGE se balade inlassablement à travers les légendes et les contes avec un style très identifiable élaboré sur des sonorités modernes, parfois vintage, Electro, Pop et progressives. « Bubry Road » reprend le chemin entamé sur les quatre premiers albums avec une belle créativité.

STONE AGE

« Bubry Road »

(Nevez Productions/Coop Breizh)

Figure incontournable de la scène celtique, STONE AGE réapparait cinq ans après « Totems d’Armorique » avec un nouvel album positif, dynamique, plongeant dans toutes sortes de rêveries. Toujours inspiré par les légendes, notamment bretonnes, le désormais duo constitué de Marc de Ponkallec (Marc Hazon) et de Kervador (Michel Valy) renouvelle quelque peu son registre en naviguant dans des sphères Electro-Pop où l’on se laisse volontiers porter.

Si le quatuor habituel a laissé place au binôme de multi-instrumentistes, STONE AGE accueille du beau monde, dont Robert Le Gall, Xavier Geromimi, Philippe Hervouet, Loïc Blejean, Konan Mevel, Kohann et d’autres. Très accessible, « Bubry Road » ne s’inscrit pas dans un registre traditionnel, mais invite plutôt à la découverte des ambiances et des musiques celtes.

Sur une production éclatante et légère, STONE AGE nous fait profiter de la richesse de ses morceaux qui, malgré des arrangements pointilleux, restent très fédérateurs (« Dansit For Tomorrow », « You Know », « Anti Age », « Pleg An Amzer », « Rozenn An Dro », « Armen Dañs », « Groës Coët »). Surprenant et à l’atmosphère voyageuse, ce cinquième opus pourra contrarier les puristes, mais ne manquera pas d’attirer les curieux.

Photo : Antoine Tilly
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Musique traditionnelle

Le Chant Des Sardinières : la lutte en chansons

C’est lors du tournage du film de Marc Rivière, « Penn Sardines » en 2003, que la chanteuse Marie-Aline Lagadic eut le déclic que la conduit à la création de l’album « Le Chant des Sardinières » avec sa fille Klervi Rivière. D’une portée sociale et politique évidente, ces ‘archives musicales’ reprennent vie aujourd’hui à travers un beau-livre accompagné de deux CD où l’on retrouve les chansons.

« Le Chant Des Sardinières »

Marie-Aline Lagadic et Klervi Rivière

(Editions Coop Breizh)

Motivée par l’idée de rendre hommage et de saluer le courage des femmes ouvrières travaillant dans les conserveries de poissons de Douarnenez et du pays Bigouden, Marie-Aline Lagadic avait effectué avec sa fille Klervi Rivière un collectage essentiellement familial de chansons interprétées sur « Le Chant Des Sardinières », un premier album sorti en 2006, et dont j’eus le plaisir d’écrire deux textes du livret.

Relatant le conflit penn-sardin en 1924 et les révoltes bigoudènes de 1926, le disque reçut le prix de l’Académie Charles Cros un an après sa parution. Et c’est assez naturellement qu’une décennie plus tard, le duo réalisa « Tout Le Monde Sur Le Pont » qui évoque les bouleversements sociaux de l’entre-deux-guerres et la prolétarisation de la société, le tout bien sûr en chansons.

Grandes défenseures de la culture et du patrimoine breton, les Editions Coop Breizh ont eu la riche idée de rassembler les deux témoignages musicaux dans un beau-livre, « Le Chant Des Sardinières », qui est enrichi d’une belle synthèse socio-historique de l’époque, de notes explicatives des chansons et de leur traduction en breton. L’œuvre de Marie-Aline Lagadic et de Klervi Rivière a une valeur contemporaine inestimable.

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Musique celtique Trip-Hop

Widilma : ancestral vibrations

Avec WIDILMA, la chanteuse Kohann et le compositeur Konan Mevel semblent toucher du doigt l’objectif amorcé il y a des années déjà : maintenir, exhorter et moderniser une tradition ancestrale, qui leur (et nous aussi) tient tellement à cœur et aux tripes. « Brixtia » baigne dans une atmosphère captivante, invitant autant à la communion qu’à la danse et au dépassement artistique pourtant chevillé à la musique traditionnelle.

WIDILMA

« Brixtia »

(Independant)

Partenaires de longue date, on retrouve cette fois la chanteuse Kohann et le multi-instrumentiste Konan Mevel pour une nouvelle collaboration et un nouveau projet : WIDILMA. Tous deux précurseurs d’un registre qu’ils ont déjà commencé à élaborer sur les albums solos de Kohann, puis au sein de Sklida, c’est avec une vision encore nouvelle que le duo breton se projette dans un univers toujours celtique bien sûr, et où des sonorités Electro et Trip-Hop viennent se fondre dans des airs traditionnels sur fond de Folk néolithique. Une plongée artistique très moderne, à la fois hors du temps et toujours novatrice.

Si l’espace sonore emprunté est aussi actuel que futuriste, c’est bel et bien au cœur de l’histoire bretonne et plus largement celte que WIDILMA va puiser son inspiration, qui vaut autant par l’expression purement artistique que dans son immersion dans un passé lointain  et pourtant si familier. L’approche énigmatique et intemporelle du chant de Kohann, qui oscille entre incantations et envolées chamaniques, vient nous conter nos racines avec une délicatesse incroyable, où l’envoûtement et la transe ne sont jamais loin, engageant une sensation de liberté totale.

C’est avec une délicatesse précise et un sens hors-norme de la composition et de l’écriture que le duo parvient à générer une sorte d’archéologie musicale, où la magie fait son œuvre et où Kohann apparaît en prêtresse-guide. WIDILMA dresse un paysage mélodique unique et d’une authenticité très tribale, à l’instar des dolmens, menhirs et autres cairns qui ont forgé notre identité. « Brixtia » s’affiche comme un témoignage d’une originalité rare et une respiration presque nécessaire aux Celtes.

Musicalement, la très belle production de « Brixtia » permet une traversée hypnotique à travers les âges, tout en restant étonnamment ancrée dans son temps. Mieux, ce premier album de WIDILMA est une invitation et une ouverture très naturelle pour tous les amoureux de musiques véritables. En présentant un tel album, Kohann et Konan Mevel ne s’y sont pas trompés : ils donnent l’accès à un monde lointain, fascinant, sincère et inépuisable. Et le charme opère encore… comme une évidence.

Photo : Konan Mevel
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Musique celtique

J-C Guichen : l’énergie de l’espoir

En Bretagne, et même au-delà, on ne présente plus J-C GUICHEN et sa myriade de guitares, tant elles font danser les foules depuis plusieurs générations maintenant. Musicien doté d’une inspiration et d’un feeling débordants et technicien hors-pair, il est l’un des rares à accorder de manière si naturelle la musique traditionnelle avec un esprit Rock, soulevant ainsi des émotions qui souvent submergent. Avec « Spi », son sixième album, la magie opère de nouveau avec une élégance et une force pure.    

J-C GUICHEN

« Spi »

(Nevez Productions)

Incontournable et emblématique guitariste de la scène bretonne, J-C GUICHEN met son pays en musique pour le faire danser depuis quelques décennies maintenant, et essentiellement de manière instrumentale. Identifiable dès les premiers accords, l’ancien d’Ar Re Yaouank mène désormais sa barque en solo, mais jamais en solitaire. Pour son sixième album, « Spi » (l’espoir en breton), nombre d’amis sont venus apporter leur pierre à ce bel édifice.

Comme à son habitude, le guitariste quimpérois s’appuie souvent sur la musique traditionnelle pour composer ses propres morceaux, ce qui les rend immédiatement intemporels et d’une authenticité intacte depuis ses débuts. La musique bretonne ne s’écoutant que très rarement assis, J-C GUICHEN met un point d’honneur à ce que les fourmis nous parcourent rapidement les jambes pour nous faire nous lever pour danser.

Dès le morceau-titre, on est saisi par cette énergie finalement très Rock et cette luminosité dans l’interprétation. Chez J-C GUICHEN, tout est d’une fluidité absolue ce qui rend chacun de ses morceaux aussi libre que positif (« Kosmos », « Stokañ », « Kann Loar »). Les couleurs et les sonorités s’entrechoquent dans une harmonie évidente et l’on y perçoit la large palette des lumières de la Bretagne au fil des titres (« Livioù », « Lok »).

Et parce que sa musique appelle à la communion, le guitariste accueille sur « Spi » une rythmique au groove celte saisissant, Olivier Carole (basse) et Thomas Kerbrat (batterie), la flûte traversière hypnotique de Malo Carvou, le violon endiablé de Claire Mocquard et les indispensables uilleann pipe, bombarde et biniou de Neven Sebille Kernaudour. Et c’est autour de ce socle inamovible que J-C GUICHEN étend ses mélodies.

Le partage étant aussi au cœur du répertoire du musicien, on a également plaisir à retrouver Dan Ar Braz sur « Spi », Alvan sur « Tann-Flamm » et le Bagad Sonerion Bro Dreger de Perros-Guirec sur quatre morceaux. Et la petite surprise vient peut-être aussi de la présence sur « Hollvedel », un morceau de danse en cercle, du guitariste de Trust, Norbert ‘Nono’ Krief, étonnamment dans son élément. J-C GUICHEN est si braz, encore et toujours !

Photo : Yannick Derennes
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folk Rock

Makadam : à fleur de peau

Les plus belles musiques sortent souvent d’une guitare acoustique avant de s’étoffer, de prendre du relief et de l’ampleur, afin de mieux mettre en évidence des textes où le fond et la forme jouent à égalité. C’est très précisément ce que les Brestois de MAKADAM sont parvenus à réaliser sur un premier album, « Mauvaise Herbe », où le Rock se fond dans une Folk, parfois teinté de Pop, toujours saisissant.

MAKADAM

« Mauvaise Herbe »

(Independant)

Fondé en 2018, MAKADAM est un groupe de Brest. Cela a toute son importance car, pour celles et ceux qui connaissent la ville, la musique du quatuor en est le reflet partait. Sorte de poésie urbaine à écouter face à la mer, les onze chansons de « Mauvaise Herbe », premier album des Bretons, reflètent d’autant de moments de vérité, que de réflexion, sur un quotidien auquel chacun pourrait, ou l’a été un jour, être confronté. Bercé par une Folk Rock attachante, ce premier album s’écoute comme on regarde un film.   

Forcément hors du temps, mais à la fois terriblement ancrés dans son époque et son temps, les textes de sa chanteuse Cat donnent le chemin à suivre à Jérôme Brunelet (guitare), Fabien Barloy (basse) et Jean-Baptiste Mora (batterie), qui forment avec elle une belle unité dans une fusion fluide et spontanée. Dire que la musique de MAKADAM est authentique et sincère est un doux euphémisme, tant il est difficile de tricher sur les sujets abordés.

Sur une belle et solide production, « Mauvaise Herbe » pose un regard sans détour et souvent brut sur notre société où l’humain reste au cœur du propos (« La Nef Des Fous », « Colère », « Incisif »). Sans verser dans la morale, MAKADAM dépeint au contraire des sentiments qui nous animent tous avec une tendresse et une sensibilité touchantes (« L’Age d’Or », « La Fin De La Fête »).

En autant d’épisodes de vie que de chansons, le groupe se dévoile avec finesse sur des thématiques parfois crues, mais toujours criantes de justesse (« Charlie », « Résilience »). En bon camarade, le groupe accueille deux amis musiciens, venu en voisins, à savoir Mickaël Guerrand sur « Princess Horror » et Morgane Mercier sur « Boulevards Des Allongés ». Tous deux apportent un souffle supplémentaire à MAKADAM, qui n’en manque pourtant pas. Un très bel envol.

Bandcamp : www.makadam29.bandcamp.com/album/mauvaise-herbe

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France Metal Punk Rock

Darcy : instantané d’une époque [Interview]

Il y a un peu plus de cinq ans, DARCY sortait « Tigre », sorte de plébiscite pour un esprit Punk Rock bien vivant. Quelques années ont passé et le son comme l’attitude ont aussi gagné en maturité. « Machine de Guerre », sous ses allures Metal et brutales, vient sonner la charge. Remontés comme jamais, les Rennais livrent un album solide, forcément politisé et surtout musicalement très abouti. Entretien avec Irvin, chanteur et guitariste, du furieux quatuor.  

Photo : Laurent Franzi

– Tout d’abord, je vous ai senti presque métamorphosés sur ce nouvel album, très matures et musicalement beaucoup plus techniques et carrés. C’est cette très bonne prod’, qui vous donne ce volume conséquent ?

Merci, c’est gentil ! Non, ce n’est pas spécialement la prod’. On a vraiment évolué !  Premièrement, on a investi dans du matériel et ensuite, on a changé nos manières de travailler notamment sur les structures des morceaux et le son. On savait exactement où on voulait aller, alors que sur « Tigre », on avait plus tendance à se laisser porter, c’était un instinct presque animal. Là, nos choix étaient clairs dès le départ et on s’est donné les moyens de les réaliser.

– Musicalement toujours, on sent un virage, ou une évolution, beaucoup plus Metal qu’avant. Là encore, c’est pour le côté massif et impactant ?

Ce n’est plus le même duo qui a composé cet album. « Tigre » est une composition de Clément et moi. Pour « Machines de Guerre » c’est Vincent et moi qui nous y sommes collés. Vincent est un grand mélomane, qui écoute de tout. Alors tout naturellement, il a proposé des styles différents : du Metal, du Rock, du Punk, du Grunge… C’était un beau challenge parce que, de mon coté, ça m’a sorti de ma zone de confort au chant et j’ai dû donner le meilleur de moi-même pour être au niveau des riffs qu’il m’avait proposés.

– Justement un petit mot sur cette très belle prod’ à la fois puissante et qui offre un bel équilibre entre l’instrumental et vos textes, qui sont toujours très clairs dans leur compréhension. Même si DARCY a bien sûr un message fort, c’est quelque chose à laquelle vous teniez et sur laquelle vous avez insisté à l’enregistrement ?

Oui, tout à fait ! C’est notre exigence première avec DARCY. Quand tu fais du Rock en français, tu as cette obligation de ne surtout pas mixer à l’anglaise, où la voix sera toujours un peu derrière dans le mix. Tandis que dans le Rock français, on a tendance à mettre la voix en avant pour pouvoir écouter les paroles, qu’elles soient le plus intelligible possible, malgré des guitares qui sonnent de partout. C’est sûrement dû à ce grand héritage que les producteurs aiment pousser les voix qui chantent en français. C’était notre envie et Maz (l’ingé son de l’album qui a également enregistré Tagada / No One / Lofo) et Bernard (qui a masterisé l’album) l’ont super bien réalisée !

– Le titre de l’album, « Machines de Guerre », est très fort. C’est plus le reflet de votre état d’esprit ou celui d’une attente dans cette société amorphe ?

C’est les deux. On a écrit cet album avec la rage et l’envie de tout casser sur notre passage, comme une machine de guerre. Mais c’est aussi une référence à l’état du monde dans lequel nous vivons, qui semble pris d’assaut par des guerres de plusieurs formes : économiques, écologiques, idéologiques, financières, climatiques, sanitaires, civiles, militaires… La guerre est partout aujourd’hui !

Photo : Laurent Franzi

– Bien sûr, DARCY se distingue par ses textes et leur message. Ce qui est remarquable sur « Machines de Guerre », c’est cette fluidité mêlée à des punchlines (mot que je déteste !) bien placées et surtout tellement évidentes dans leur sens. Comment procédez-vous ? Vous accumulez les carnets de notes au quotidien, ou pas du tout ?

C’est un peu comme ça que je procède désormais, oui. Sur « Tigre », j’avais tendance à me poser devant un fichier Word, après avoir lu un article ou regardé un reportage qui m’indignait. J’écrivais pendant 15/20 min et je sortais un texte entier. Maintenant, je fonctionne par punchlines, qui me tombent dessus sans prévenir, je les tape dans mon téléphone pour ne pas les perdre, et généralement un texte prend forme autour. C’est une manière très différente de travailler pour moi, qui est moins contraignante et stressante que la première qui m’obligeait à écrire très vite pour ne pas perdre l’émotion première.

– Evidemment, il y a toujours cette opposition frontale et légitime au FN. Seulement dans les faits, il y a maintenant Zemmour, Macron qui n’est pas très loin et Pécresse pour le côté 80’s rétrograde. DARCY est un groupe spontané, qui suit aussi l’actualité sociétale et politique. J’ai envie de vous demander si vous n’avez pas déjà un nouvel album en tête avec ce qu’il se passe ? A moins que vous ayez prévu d’actualiser vos morceaux sur scène ?

Pour être honnête, on est déjà sur l’écriture du troisième album, qui est même plutôt bien entamé ! On sait déjà la couleur qu’il va avoir et il risque d’être plus violent encore que « Machines de Guerre », plus brut, avec moins de concession, et effectivement, c’est le contexte qui veut ça ! La société est de plus en plus violente, alors nous aussi…

– Une petite question en interlude : la démarche de DARCY est-elle finalement plus politique que musicale ? Vous n’avez pas 4h… 😉

Toute démarche qu’on entreprend musicalement est politique. Et hop, une copie parfaite avec une seule punchline : 20/20 !

– On l’a dit, vos textes font très souvent allusion au FN et aux Le Pen, car ils représentent beaucoup de choses même si le danger n’est pas imminent et peu probable. Mais au-delà, il y a la dénonciation de tout un système et surtout un appel à l’éveil des consciences. J’y crois comme vous, mais n’est-ce finalement pas utopique ?

D’un point de vue personnel, j’ai toujours fonctionné comme un homme de mots. Durant toute ma vie quand j’ai eu des problèmes, il n’y a que les mots qui ont su me soigner. Et je fonctionne comme ça avec tout. Dès que quelqu’un arrive à trouver les mots justes sur quelque chose que je ne comprends pas, quelque chose qui m’indigne, qui me révolte ou même qui me fait du bien, ça me fait un déclic. Tout le monde n’est pas forcément comme ça, mais si jamais on arrive à toucher une seule personne, qui ne comprend pas le danger que représente le FN avec une punchline, je considère qu’on aura gagné et que cela n’aura pas été une utopie.

Photo : Laurent Franzi

– On a beaucoup parlé politique, parce que c’est tout de même l’objet principal de l’album, mais une dernière question s’impose : est-ce que ça vous arrive d’être inspirés par le programme d’un politique ou d’un parti à l’occasion ?

Je ne peux pas parler au nom du groupe, mais pour ma part, pas vraiment. Les discours ne sont même plus écrits par celles et ceux qui les scandent dans les médias ou dans les meetings. Plus rien n’est incarné, tout est pensé pour te toucher en fonction du dernier fait d’actualité. C’est devenu du marketing. Seuls des chroniqueurs ou des journalistes arrivent à me faire vriller la tête maintenant, et encore c’est assez rare.

– Il y a aussi chez DARCY ce côté très fraternel et de camaraderie au sens noble du terme, qui va clairement au-delà de l’esprit de clan. Finalement, vous êtes hyper-amicaux, tout en étant révoltés ?

C’est exactement ça. Quand je chante « Ensemble la lutte peut être une fête » dans « Solution », ça résume ce que tu décris. Chanter la colère, mais dans la bonhomie. Quand j’étais étudiant et que je bloquais ma Fac, ou quand ma mère m’emmenait en manif quand j’étais gamin, il y avait toujours ce bon esprit qui prouve qu’on peut lutter avec le sourire. Et DARCY, c’est ça. Déjà entre nous, il y a une très bonne entente, l’ambiance en répétition ou dans le camion est toujours un plaisir et une raison de se lever le matin. Aller à la rencontre du public, des bénévoles, des programmateurs, des journalistes, c’est aussi une des raisons qui nous poussent à continuer la musique et la jouer partout en France.

– D’ailleurs, vous parlez plutôt d’indignité que de révolte ou de révolution. Ce n’est pas un peu fataliste finalement ?

« Indignez-vous qu’il disait » que je scande dans « Police Partout ». L’indignité est le premier pas de la révolte et de la révolution.

– Pour revenir à l’album, vous accueillez Kemar de No One Is Innocent sur « Viens chercher pogo », Niko de Tagada Jones sur « L’Etincelle Au Brasier » et Pierre de Merzhin sur « Notre Hymne ». Il reste une belle unité au sein de cette scène française qui revendique et qui appelle au changement, non ?

Un très belle unité ! Quand il y a des dates en commun, ou des festivals sur lesquels on se retrouve, je propose toujours de partager un morceau sur scène ensemble et c’est toujours fait avec un grand plaisir. Ca a été pareil pour ces duos, ils ont accepté avant même d’entendre les titres, parce qu’ils savent qu’on partage les mêmes valeurs, qu’on a un message à chanter et que ce message est toujours plus fort quand il est gueulé à plusieurs voix !

– Une petite chose en passant, êtes-vous conscients que pour que votre voix porte, il faut nécessairement entrer et presqu’infiltrer le système ? Etes-vous armés et prêts pour ça, ou seule la musique vous importe ?

Tout nous importe, mais notre seul outil, en tant que groupe, ça reste la musique. Après forcément, ça dépasse un peu. On nous a envoyé plusieurs fois des photos de pancarte « Nique son père la Marine » dans des manifs, on a nous a invités à des concerts de soutien pour le MRAP, Utopia 56 ou des scènes Antifa. Tout ça fait sens.

– Pour conclure, j’aimerais que tu me dises un mot sur le dernier morceau de l’album, « Eva », entièrement acoustique et très touchant. C’est un titre très en contraste avec le reste de l’album. Quelle est l’intention de ces paroles émouvantes, qui présente une belle tranche de vie ?

L’intention première c’est de dire que même si DARCY est avant tout un groupe qui chante la colère, il ne faut jamais oublier le reste. C’est déjà un message qu’on avait voulu faire passer avec deux titres acoustiques, qui étaient cachés en bonus tracks sur « Tigre », et là on a voulu l’assumer un peu plus en l’intégrant à la tracklist de l’album. Et c’est dingue le nombre de retours que nous avons sur ce titre. Bizarrement, c’est même la frange la plus Punk de notre public, qu’on imaginait les plus durs, qui a le plus partagé ce titre pour le moment. Comme quoi, y’a des cœurs d’artichaut qui battent sous les perfectos et les tatouages de keupons !

« Machine de Guerre » de DARCY est disponible chez AT(h)OME depuis 11 février.

Retrouvez le groupe : https://www.facebook.com/darcymusic

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France Rock

Arion Rufus : scander la voie [Interview]

Ca ne se fait plus beaucoup dans le petit monde du Rock français, mais il reste des groupes qui font de leurs textes une priorité. C’est le cas avec ARION RUFUS (vous chercherez vous-mêmes la signification !), qui nous offre un premier album, « Dehors, c’était la nuit » (M&O Music) et qui ne manque ni d’audace, ni de pertinence et surtout pas de vérité ! Entretien avec Erwan Bargain, clameur du combo, et son bassiste (plus discret, mais super efficace) Florent Jacques.

– ARION RUFUS est né du split de votre ancien groupe e.Sens. Et vous avez décidé de poursuivre l’aventure dans un style différent, tout en conservant tout de même plusieurs aspects. Pourquoi avoir changé de registre ? Vous vous sentiez un peu à l’étroit et aspiriez à un univers plus Rock ?

Erwan : Je ne pense pas que nous nous sentions à l’étroit avec e.Sens, bien au contraire. Nous avons enregistré un troisième album, un double, enregistrement qui s’est étalé sur un an et demi. Nous n’étions plus que quatre dans le groupe et, à force de travailler sur ce disque, une certaine lassitude s’est sans doute installée et deux membres du groupe, ont alors souhaité faire une pause. L’album était prêt, mixé, masterisé, mais il nous manquait les moyens financiers de la presser et de le sortir. Je pense que ne pas avoir réussi à sortir ce disque, couplé aux envies personnelles de chacun a eu raison d’e.Sens. Avec Florent (Jacques, bassiste – NDR), , on a souhaité rapidement rebondir et avons décidé de créer un nouveau groupe. Le troisième album d’e.Sens, qui devait s’intituler « Apocope », prenait déjà une direction rock avec des longs morceaux un peu psyché, des intro de trois minutes, des passages blues un peu gras, des sons de guitare un peu traf…En gros, ce tournant rock avait déjà été amorcé. Il se peut aussi que la frustration, la déception, et peut-être une forme de colère de voir l’aventure e.Sens se terminer ainsi a influencé les compositions et les premiers textes d’ARION RUFUS. Nous jouons un rock plus frontal, plus ramassé, comme si nous étions revenus aux fondamentaux et que l’on renouait avec notre adolescence (à quarante-cinq berges passées ça la fout un peu mal, mais bon !).   

– Le groupe existe depuis quelques temps déjà, et pourtant dernièrement vous avez décidé de mettre un coup de boost avec l’enregistrement de « Dehors, c’était la nuit », votre premier album. Et dans la foulée, vous signez avec M&O Music. Finalement, il suffisait de s’y mettre ! Comment tout cela s’est-il passé ?

Erwan : Oui, le groupe existe depuis trois ans, il me semble. Nous avons pris notre temps, c’était nécessaire. Car si je connaissais Florent et que nous jouions ensemble depuis déjà quelques années, ce n’était pas le cas de Jérôme (batterie) et Jean-Marc (guitare) Le Pape, avec qui nous n’avions jamais joué. Jean-Marc était plutôt habitué à faire des reprises Rock et n’avait quasiment jamais composé, si je ne me trompe pas, quant à Jérôme, il avait joué durant quelques années dans un bagad. Je pense qu’il a fallu que nous nous trouvions… Après, nous avons enregistré l’album, il y a plus d’un an déjà, il était mixé et masterisé, mais avec tout ce qui s’est passé sur le plan mondial, je pense qu’il était plus sage d’attendre pour le sortir. D’où ce long laps de temps.

– ARION RUFUS évolue dans un registre globalement Rock sur des textes très écrits, poétiques et même politiques. Hormis ces quelques composantes, le groupe présente un style atypique où viennent se greffer beaucoup d’éléments musicaux très variés. Comment vous décrire le mieux possible finalement ?

Erwan : C’est difficile à dire. C’était une façon de nous mettre nous-mêmes dans une case, mais nous avions choisie et de créer finalement notre propre style. Il y a tellement de styles, de sous-styles, de sous-genres, dans chaque secteur de la musique que ça en devient parfois absurde. Alors pourquoi ne pas, nous aussi, créer notre propre style et être les premiers sur ce créneau… Plus sérieusement, le terme de ‘Garage Rock Poetry’ est là pour mettre en avant le côté Rock joué dans un petit local au Faou, dans le Finistère, et le côté poétique des textes déclamés en Français. Un peu comme Linton Kwesi Johnson avec son Dub Poetry.  A la base, je ne suis ni chanteur, ni musicien, mais auteur. J’ai sorti plusieurs recueils de poésie et j’attache donc une grande importance aux mots. Avec e.Sens, nous faisions un mélange de Jazz Rock et de Spoken Word. Nous avons juste durci un peu les composantes musicales, plus carrées, plus Rock et moins free qu’avec e.Sens et poursuivi dans la voie du Spoken word, même si sur certains morceaux, la voix est parlée et chantée.

– Et puis, il y a également un aspect qui prédomine, c’est ce côté un peu Punk et très Garage, plutôt dans l’esprit, l’attitude et le climat des morceaux d’ailleurs. ARION RUFUS rappelle même parfois le Rock Alternatif français des années 80 dans une version plus élaborée. C’est aussi votre sentiment, et peut-être même aussi un peu votre démarche ?

Florent : Nous avons fait notre éducation musicale dans les années 90. A cette époque tout fusionnait : le Hip-Hop, le Metal, le Reggae, le Dub, le Punk… Nous sommes un pur produit de ces années-là.

Erwan : Et, tous ces styles nous ont consciemment ou inconsciemment influencé. Ado, j’écoutais (et écoute toujours) les Pixies, The Clash, Police, Nirvana, Pearl Jam, Rancid, NOFX, Bad Religion, Tool, RATM, Noir Désir, Black Maria, et même Dick Dale, etc… Et à cela s’ajoute, pour ma part, toute la scène alternative française, avec Bérurier Noir, Les Wampas, Les Cadavres, Ludwig von 88, les Garçons Bouchers, etc… J’ai toujours aimé le Rock français. Quand j’étais ado, j’écoutais plus particulièrement la scène alternative, il y avait quelque chose d’assez jouissif, car je comprenais les paroles immédiatement et j’avais donc un rapport direct avec ces textes énervés, révoltés et agités. Alors qu’en écoutant des groupes américains ou anglais, je devais en général traduire les textes pour les comprendre et en saisir la subtilité.

– Faire coexister le Reggae Dub, le Stoner, des notes bluesy et même la Surf Music dans un ensemble très Rock peut paraître improbable, et pourtant ARION RUFUS y parvient le plus naturellement du monde. La fusion des genres semble presqu’instinctive chez vous, non ?

Erwan : Oui, il y a sans aucun doute un côté instinctif dans notre musique. Je pense qu’il est difficile de définir ce qui se passe lors de la création d’un morceau. Parfois, ça nous échappe. Chacun y met du sien, de sa personnalité, dans sa manière de jouer, d’appréhender le titre… Il y a quelque chose de magique dans la musique. On ne part de rien, ou alors d’un riff de guitare, d’une ligne de basse, de deux ou trois vers posés sur le papier et, au fur et à mesure, les pièces du puzzle s’assemblent, suivant la sensibilité de chacun. Il faut que tout le monde trouve sa place et puisse d’une manière ou d’une autre affirmer sa personnalité tout en pensant au collectif. Car la musique, en général et à mon sens, est un sport collectif

– On observe aussi que la rythmique basse/batterie a beaucoup d’importance, car elle guide les morceaux, qui sont d’ailleurs très évolutifs. Et ARION RUFUS présente des titres très épurés également. C’est votre manière d’aller à l’essentiel ?

Florent : Nous sommes un trio de musiciens, chacun doit apporter sa pierre à l’édifice. La basse ne peut se contenter d’appuyer la rythmique, elle doit avoir aussi un rôle à jouer dans les mélodies. Personnellement, j’ai un faible pour les airs qui traînent dans la tête.

Erwan : Un groupe est un collectif où chacun doit être en mesure de s’épanouir. Même si, je ne te cache pas que, dans les morceaux qui sont sur l’album, chaque membre du groupe a une « bête noire », qu’il redoute de faire en live. Car le travail en studio et sur scène n’est évidemment pas le même. Mais je dirai qu’aller à l’essentiel, vu la configuration que nous avons, est en effet une idée que nous suivons. Si on fait du Rock et qu’on le revendique, je ne vois pas vraiment d’autre solution. Même si, à l’avenir, on ne s’interdit rien. Peut-être que nous aurons envie d’explorer d’autres voies, sans pour autant perdre notre identité.

– ARION RUFUS a aussi la particularité, et c’est même une exception dans le genre, de présenter un ‘Spoken Word’ pour le moins acéré. Sans être non plus dans le Rap, on pense plutôt au Slam. C’est une volonté de se distinguer ou une manière plus évidente de faire passer un message et donc de mieux faire ressortir les textes ?

Erwan : Alors, autant l’avouer tout de suite, je ne suis pas chanteur et n’ai jamais eu cette prétention. Le ‘Spoken Word’ est, probablement, une solution de facilité en ce qui me concerne même si sur certains morceaux, je suis amené à chanter un peu. Mais ce que j’aime, ce sont les intentions que l’on peut mettre dans le texte. En le déclamant ainsi, comme par exemple sur le titre « Nos Discussions », je peux mettre une intensité dans la voix, je peux vivre le texte, jouer avec, comme je pourrai le faire avec un texte de théâtre ou un monologue cinématographique. Le ‘Spoken Word’ a finalement un côté assez théâtral… Et comme j’ai la prétention d’écrire des textes à dimension poétique, je pense que cette manière de l’offrir au public est la meilleure. Mais, je peux me tromper. En tout cas, ce côté ‘Spoken Word’ fait aussi partie intégrante de notre singularité et nous le revendiquons.

– Justement, restons sur les textes qui oscillent entre poésie et politique et se faisant parfois même très intimes. Finalement, peu importe le thème abordé, il y a toujours cette volonté d’engagement quelque part chez vous…

Erwan : Oui. Après, c’est vrai que cet engagement passe par les textes, mes mots engagent aussi les musiciens. C’est bizarre, comme question, car que ce soit Florent, Jérôme ou Jean-Marc, ils ne m’en parlent que très rarement comme s’ils me laissaient carte blanche sur l’écriture. Mais cet engagement, même quand il concerne l’intime, est viscéralement lié à mon écriture depuis la naissance de mon premier enfant, en 2006 puis du second en 2009. Voir ce qui se passe dans ce monde qu’on va laisser aux futures générations, est révoltant et me met en colère. Ne pas évoquer cela dans mes textes, reviendrait en quelques sortes à nier la réalité qui est la nôtre à l’heure actuelle. Si j’écris en Français, avec les influences Rock que j’ai, écrire pour ne rien dire et seulement chercher le beau refrain qui fera plaisir au plus grand nombre, n’a aucun sens. ARION RUFUS n’est pas un groupe mainstream. Nous sommes dans une niche, comme ils disent. Pour mon fils, qui a bientôt seize ans, autant te dire que notre musique n’est pas sa tasse de thé. Nous passons sur des radios associatives, indépendantes, des radios universitaires avec lesquels, finalement, nous partageons les mêmes valeurs. Des valeurs humanistes, où l’humain et son avenir sur cette terre sont le cœur. Et donc évidemment, bien loin de la pensée ultra-libéraliste qu’on nous impose actuellement et qui creuse, chaque jour, les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres. Comme diraient certains candidats, en campagne, on se coupe d’un certain électorat. Mais c’est ainsi, on ne peut pas plaire à tout le monde, et c’est tant mieux, on l’assume.

Florent : Pour moi la qualité des textes d’Erwan provient justement de cet alliage entre poésie et engagement. Cette manière de saisir les choses qui nous entourent et le courage de les traiter par le biais de la poésie. L’intimité n’est qu’une cape d’invisibilité qui a pour but de maintenir la bienséance, de faire taire les douleurs, les inquiétudes, les révoltes aussi. Car nous sommes ainsi faits : aux maux, nous préférons le silence. Les mots les font exister. Seule la poésie a le pouvoir d’énoncer avec tact, beauté, la plus vile des situations et ainsi de dépasser le dégoût pour passer à la réflexion. 

– D’ailleurs, on peut retrouver les textes des chansons dans le livret de l’album, ce qui est devenu assez rare (comme les CD d’ailleurs !), à part peut-être chez les groupes de Metal extrêmes et pour cause. C’est un réflexe de l’écrivain que tu es aussi ?

Erwan : J’ai toujours aimé avoir les textes des chansons avec l’album, que ce soit en cassette ou en CD et ce depuis que j’écoute de la musique. Je ne sais pas pourquoi, sans doute mon côté ‘Old School’. Mais il est vrai que nous tenions à avoir les textes car quand on chante en Français, je pense que c’est important. Il s’agit là aussi probablement de l’ego de l’auteur, je ne le cache pas, en me disant que mes textes peuvent aussi être lus via ce cd, d’autant qu’il y a pas mal de jeux de mots qui ne passent pas à l’oral.

– Enfin, comment est-ce que cela se passe au niveau de la composition des morceaux ? Les ambiances viennent du texte, ou au contraire les thèmes des chansons découlent de l’atmosphère musicale ? Car les deux sont d’égale importance chez ARION RUFUS…

Florent : La plupart du temps, c’est un thème musical qui est le point de départ d’un morceau. Erwan étant très productif, il nous propose ce qui lui semble adéquat afin d’appuyer l’ambiance générale du morceau. Nous en discutons et nous élaborons le titre.

Erwan : Florent est sympa, car ils sont beaucoup plus productifs que moi notamment ces derniers mois. Disons que je m’inspire de ce qu’ils proposent dans 90% des cas, que je m’imprègne de l’ambiance musicale et je vois ce que cela m’inspire. Mais il arrive parfois comme pour « Dehors, C’est la nuit », que le texte arrive avant. Mais Florent a raison, le thème musical vient en général avant et je m’en imprègne pour écrire un texte selon ma sensibilité et parfois mon humeur du moment.

L’album d’ARION RUFUS, « Dehors, c’était la nuit », est disponible depuis le 3 décembre chez M&O Music.

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AOR France Melodic Rock

Heart Line : catalyseur d’émotions [Interview]

Il fut un temps où on appelait encore ce style de musique du Hard FM ou du Rock californien, au choix. Pour des raisons certainement liées à un quelconque brainstorming d’experts en marketing qui a mal tourné, ce Hard Rock où les mélodies (et aussi un peu les claviers) ont la part belle se nomme dorénavant AOR car, dit-on, les chansons y sont plus formatées pour les radios entre autre. Très ancré dans son époque, le registre est loin d’avoir disparu et HEART LINE vient le démontrer de très belle manière avec « Back In The Game », un premier album bluffant de fraîcheur, d’enthousiasme et d’énergie. Yvan Guillevic, guitariste, compositeur et instigateur du projet, nous en dit un peu plus sur le groupe et sa démarche.

Photo : Cédric Andreolli

– Tout d’abord, j’aimerais que tu nous parles de la création de HEART LINE et de l’idée de ce premier album. Le groupe est arrivé un peu de nulle part. A moins que le secret ait été volontairement bien gardé…

En fait, c’est vraiment un projet qui est né très spontanément, presque par hasard. Nous étions en période de pré-confinement, le second, et j’avais de toute façon décidé de ne pas me faire avoir une deuxième fois et de bosser sur un projet. J’ai commencé à composer un titre (« In The City ») et ça sonnait dans cet esprit 80’s, entre Foreigner et Journey.

J‘ai tout de suite senti qu’il y avait un truc à faire avec, mais pour ce type de morceau il te faut un super chanteur, sinon ça ne marche pas. J’ai proposé à Emmanuel de poser une ligne de chant dessus et ça a matché. On a tout de suite décidé de partir sur un projet commun qui garderait cette ligne directrice musicale. On a composé l’album en trois semaines (Manu s’occupant de toutes ses lignes de chant et moi du reste). Il a ensuite fallu trouver l’équipe complète, ça a été fait très vite là encore, et voilà HEART LINE était né. Donc non, pas de secret, juste un groupe qui s’est monté incroyablement vite.

– Est-ce que tu pourrais nous faire une petite présentation des musiciens qui t’accompagnent et que l’on sent d’ailleurs très à l’aise dans ce registre ?

On retrouve donc Emmanuel Creis au chant. On s’est rencontré au Vauban à Brest en 2012. Il y avait une soirée PYG (mon groupe)/Shadyon (le sien). On a tout de suite sympathisé. On s’en ensuite retrouvé quelques temps plus tard au Hellfest, et encore plus tard à un concert de Toto sur Nantes en 2016. Et à ce concert, je lui ai dit que je l’appellerai un jour pour faire un truc. J’ai tenu parole ! C’est un chanteur incroyable, tout est facile pour lui.

Jorris Guilbaud aux claviers, même rencontre au Vauban puisqu’il est le claviériste de Shadyon. On a aussi sympathisé tout de suite, je l’ai d’ailleurs rappelé pas longtemps après pour faire un guest sur le deuxième album de PYG. En 2014, on a même monté un groupe ensemble, orienté Soul/Blues (arrêté depuis). Bref, je tenais absolument à l’avoir avec nous, car c’est un musicien particulièrement talentueux.

Dominique Braud, le bassiste, était un choix évident pour moi. On joue ensemble dans YGAS  et c’est juste un tueur ! Il a dit oui avant même d’entendre une note de HEART LINE. Ça met en confiance pour la suite.

Walter Français à la batterie, super batteur, je ne le connaissais pas. C’est Manu qui me l’a proposé, et il est le nouveau batteur de Shadyon. Il m’a envoyé un extrait vidéo de leur live au Motocultor. Walter y est impérial. Pour moi, c’était bon et pour lui aussi. Et c’est un gros fan d’AOR en plus.

– Vous venez juste de sortir « Back In The Game », un très bon album dans un style AOR et Melodic Rock assez peu représenté en France d’ailleurs. Comment avez-vous procédé pour l’enregistrement et la production, car on sort d’une période compliquée et il sonne franchement bien ?

Entre les confinement et les couvre-feux, il a fallu faire comme on pouvait. Par chance, j’ai un studio chez moi et chaque membre du groupe avait la possibilité de s’enregistrer correctement et était capable de proposer des arrangements pour améliorer ses parties. Ils sont hyper talentueux, ça aide. J’ai donc tout centralisé chez moi. Pour le chant, on a réussi à aller en studio Manu et moi, pas très loin de chez lui. Ensuite ça a été le mixage, et voilà l’album était prêt au printemps.

Photo : Cédric Andreolli

– Comme je le disais, on compte peu de groupes de ce style en France, alors qu’ailleurs on note un beau revival. Qu’est-ce qui t’a motivé à composer cet album, car on ne sent pas une once de nostalgie sur « Back In The Game » ?

C’est tout simplement la musique que j’écoutais et que je jouais quand j’étais ado. J’ai vraiment commencé à me passionner pour la musique en 1980, avec AC/DC, Trust, Iron Maiden, etc… Pendant toute la décennie et même après j’ai écouté ça et appris la guitare sur tous ces groupes. De Dokken, Winger, Whitesnake, Malmsteen en passant par Bad English, Giant, Ratt, Dio… Et j’avais envie de retrouver cette énergie presque primaire. C’est ma musique de cœur en fait, celle qui a fait que je suis devenu musicien. Après j’ai vagabondé dans plein de styles différents, mais je suis content de revenir à mes premiers émois.

– Dès le premier album, vous signez chez Pride & Joy Music, un label très reconnu dans le domaine. Comment s’est réalisée cette signature, car elle vient confirmer un départ idéal ?

Très simplement. J’ai envoyé l’album à une douzaine de labels à travers le monde, je savais qu’il fallait tenter l’étranger et ne pas attendre grand chose de la France, car ce style est peu répandu par ici. J’ai reçu trois réponses intéressées, dont celle de Pride & Joy Music qui avait craqué sur l’album et nous proposait directement un contrat. Tout ça au bout de six jours, c’était dingue en fait. On n’a pas hésité longtemps, car on avait ce label dans le viseur dès le début. Et je crois qu’on a bien fait quand on voit le travail effectué à travers le monde. L’accueil de la presse est génial, que ce soit en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Suède et dans tellement de pays et maintenant en France, c’est fou l’impact qu’a ce label.

– Sans parler des influences qui sont toujours un peu les mêmes dans un registre aussi particulier, quelle a été ta démarche ? Perpétuer une certaine tradition musicale et sonore, ou au contraire apporter de la fraîcheur et un peu de nouveauté à ce style très ancré dans les années 80 et 90 ?

Je me suis dit : « Imagine que tu composes la BO d’un film des 80’s », et après je n’ai pas vraiment beaucoup réfléchi à tout ça. J’ai fait la musique que j’aimais, en toute sincérité. Si tu commences à te poser trop de questions, tu vas vraisemblablement te vautrer. Il fallait juste que le projet soit correctement orienté, ne pas non plus tomber dans un excès d’influences, rester focus sur ce type de musique sans chercher non plus à révolutionner le genre, mais évidemment aussi à ne pas tomber dans le plagiat. Au final, les titres sortaient facilement. Ça nous plaisait, c’était suffisant pour nous. Après que les gens accrochent où pas, ce n’est plus de notre ressort.

– Ce qui est frappant sur « Back In The Game », c’est la précision et la qualité de jeu de chacun d’entre vous. Et malgré la grande technicité du groupe, personne ne tombe dans la démonstration. Au contraire, on sent une belle unité au sein de HEART LINE. Au départ, c’est ton projet et pourtant il y a une réelle osmose…

Merci ! Mon projet, c’est de faire des chansons, le reste m’importe assez peu. Pas besoin d’étaler sa technique toutes les 10 secondes, ce n’est pas important, il faut juste s’en servir pour faire de bons titres. C’est un style demandeur d’une certaine technique de jeu, il faut des solos, des voix qui envoient, des descentes de claviers rapides, mais pas non plus des tartines indigestes d’égo. Donc, on reste focus sur les mélodies et les arrangements. L’osmose s’est créée naturellement, ça c’est du bol en fait, et en même temps sans cette complicité, ça ne pourrait pas fonctionner.

Photo : Cédric Andreolli

– L’une des composantes de HEART LINE est aussi ce groove constant. C’est quelque chose que vous avez particulièrement travaillé ?

Merci Dominique et Walter ! Ils sont essentiels dans ce groove, et oui c’est très travaillé, il faut que ça matche totalement. On joue un peu devant sur certains titres, un peu derrière sur d’autres, très droit sur quelques uns. On fait ce que demande le titre.

– Au niveau des guitares aussi, les riffs sont racés et les solos millimétrés. L’accent est vraiment mis sur les mélodies. C’est la base de HEART LINE ?

Oui, les mélodies sont essentielles, c’est du Hard Rock mélodique. C’est le moteur de ce groupe, il faut de la richesse sur les arrangements et des mélodies fortes, et Manu est un super mélodiste. Si tu ne fredonnes pas le titre, on a loupé un truc ! Pareil pour mes solos : pas trop, juste ce qu’il faut pour rajouter une couche, mais pas de démo, ce qui n’empêche pas quelques cascades quand même.

– Le groupe s’inspire aussi du rêve américain que l’on retrouve dès le visuel de l’album. « Back In The Game » est une sorte d’hommage à une époque où la société et la musique aussi étaient plus inspirantes ?

Complètement, c’était tellement plus simple. On écoutait, on aimait, on achetait et on se bouffait les albums pendant des semaines. On n’aimait pas, on passait à autre chose. On n’allait pas mettre des dislikes ou des commentaires… Et les concerts, c’était le Graal, on était tellement heureux d’y aller. Aucune lassitude, que du plaisir. Pas de vidéos prisent par un téléphone, pas de photos floues, on profitait de l’instant présent. Je suis effectivement un peu nostalgique de cette époque. Et puis, on était jeune, c’est normal de ressentir ça, les premiers émois musicaux (avec d’autres..), c’est important. Après il y a plein de choses géniales de nos jours. Sans Internet, on ne faisait pas l’album et on n’aurait pas été signé, par exemple. Mais ce frisson dans le dos qui te paralyse, cette chair de poule en entendant le riff de « Touch Too Much », le solo de « The Sun Goes down », cette énergie qui t’envahie en entendant l’intro de « Youth Gone Wild » et tant d’autres ! Je crois bien que plus jamais, je ne ressentirai d’émotions musicales aussi fortes !

Sinon, un grand merci à Stan W Decker pour ce fantastique artwork. On était trop content quand on a reçu ses premières esquisses. En plein dans le mille ! Il fallait que notre musique soit identifiable en un clin d’œil. Rappelle-toi des pochettes d’Iron Maiden, de Motörhead, de Scorpions, de Ratt, etc… On n’écoutait même pas avant d’acheter et 99% du temps, ça nous plaisait, car l’essence de la musique du groupe était dans la cover.

L’album de HEART LINE, « Back In The Game », est disponible chez Pride & Joy Music.

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edito

1989 : Rock’n Force, un fanzine… [Edito]

Si certains d’entre vous le savent pour me connaître, vous ignorez majoritairement qu’avant de devenir le webzine, comme on dit aujourd’hui, qu’il est devenu, j’ai créé Rock’n Force en 1989 au cœur de mon adolescence. Toutes les histoires ont une origine, alors laissez-moi vous dire quelques mots sur celle-ci et la manière dont ma passion pour la musique et l’envie de la partager sont nées… ainsi que sur la façon de travailler et l’état d’esprit d’alors, au temps jadis. Loin de toute nostalgie, il s’agit ici d’un simple témoignage…

La musique, comme toutes les formes d’art, peut être un loisir et un passe-temps, ou devenir quelque chose de beaucoup plus fort. Pour ma part, cela m’est tombé dessus comme une chape de plomb, dont on ne se débarrasse pas. Avec un père journaliste, c’est assez naturellement que le désir de partager ce plaisir m’a semblé évident presqu’immédiatement. A cette époque, à l’aube des années 90, les fanzines vivaient leurs glorieuses années, alors créer Rock’n Force est apparu comme une évidence.  

Loin de l’ère numérique dans laquelle nous vivons, les choses se faisaient beaucoup plus simplement. Entre les groupes et les autres fanzines, l’échange de contacts était naturel. Tous passionnés, il n’était pas non plus question d’argent. Le leitmotiv de chacun se résumait en un mot : l’entraide. Cette notion a depuis disparu et le Rock, le Metal et les autres styles sont aujourd’hui réduits à des parts de marché. Triste époque ? Pas complètement, car la passion, chez beaucoup, reste intacte. Seuls la manière, le contexte et la vision des choses ont changé.    

Pour réaliser Rock’n Force, il fallait juste s’armer de beaucoup de patience (merci La Poste !) et de quelques outils. Pour commencer, une machine à écrire était l’élément indispensable et central, puis des ramettes de papier, une bonne paire de ciseaux, des tubes de colle et enfin de bonnes platines vinyle et K7. Travailler avec les labels et les maisons de disques était également très simple, puisque la confiance régnait. Ensuite, sans faire dans l’anecdote, il fallait être un peu malin, user de quelques astuces et surtout et encore… être patient !

Ces années-là, la grande majorité des groupes était accessible et plutôt heureuse de soutenir et de participer à ce monde underground, dont le support leur était essentiel et nécessaire. Les problèmes d’ego actuels n’avaient pas lieu d’être non plus (à quelques très rares exceptions). Avec l’aide matérielle (les fameuses photocopies !) d’un ami, les collaborations de quelques copains dessinateurs et un solide réseau de disquaires, Rock’n Force et les autres fanzines faisaient leur vie et passaient de main en main avec beaucoup de respect.

Voilà, j’avais juste envie de vous raconter brièvement ce temps que les moins de 30 ans (déjà !) n’ont pas connu à travers la naissance de Rock’n Force. Aujourd’hui, les magazines ont pris le relais avec, pour certains, les mêmes intentions. La société a beaucoup évolué avec l’arrivée du numérique notamment, mais surtout avec celle de la publicité. Et il faut bien admettre qu’elle a changé la donne, brouillé les pistes, abîmé les mentalités aussi et relayé la musique au rang, presqu’exclusif, de produit… comme les pâtes, quoi ! Mais pas encore partout !

Plus de trois décennies après sa création, Rock’n Force entame donc un nouveau cycle avec la même démarche, la même indépendance, la même envie et surtout la même passion. Il y aurait encore tant à dire, tellement ce monde me parait aujourd’hui si lointain… peut-être qu’un jour… D’ici là, l’aventure continue, même si les règles ont un peu changé. En effet, il est de plus en plus difficile pour beaucoup d’être libres et indépendants, alors même que cela doit rester l’objectif premier de chacun. Bref, continuez à être curieux, ouverts d’esprit et surtout faites-vous plaisir en musique ! Et bonne lecture aussi, bien sûr !   

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Space Rock Stoner/Desert

[Going Faster] : Appalooza / Giöbia & The Cosmic Dead

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

APPALOOZA – « Live at Smoky Van Sessions » – Ripple Music

En février dernier, APPALOOZA avait fait trembler ses terres bretonnes et même au-delà avec « The Holy Of Holies », un album de Stoner puissant aux échos Grunge porté par un trio aguerri et sûr de sa force. Très Heavy et inspiré par les grands espaces américains, le combo n’avait pu inonder les salles de ses lourdes rythmiques et de ses grosses guitares durant la pandémie.

Qu’à cela ne tienne, APPALOOZA et l’équipe des Smoky Van Sessions ont mis en commun leur volonté et leur immense désir de faire vivre la musique, en l’occurrence dans des lieux atypiques… à savoir au milieu de nulle part. Au menu de ces prestations live, trois morceaux explosifs, envoûtants et terriblement addictifs, le tout en pleine nature, et surtout avec APPALOOZA qui donne la charge.

Bandcamp : https://ripplemusic.bandcamp.com/album/live-at-smoky-van-sessions

Retrouvez l’interview du groupe : https://rocknforce.com/appalooza-du-far-west-a-la-west-coast-interview/

Retrouvez la chronique de l’album : https://rocknforce.com/appalooza-cap-a-louest-toujours/

GIÖBIA & THE COSMIC DEAD

« The Intergalactic Connection : Exploring The Sideral Remote Hyperspace »

Heavy Psych Sounds Records (Split album)

Cette rencontre entre les Italiens de GIÖBIA et les Ecossais de THE COSMIC DEAD est tout simplement savoureuse ert enchanteresse. Elle aurait même pu l’être encore plus si les deux formations avaient composé ensemble, mais contentons-nous de ce beau split album au titre interminable. 

Sur la face A (désolé pour les plus jeunes !), ce sont les Transalpins qui allument la mèche avec trois morceaux dignes des grandes heures du quatuor. Plus inspiré que jamais, GIÖBIA s’envole dans un Acid Rock, dont il a le secret et qui captive autant qu’il hypnotise. Le dépaysement est total et chaque accord vibre à l’unisson. Entrée dans l’espace réussie.

Stratosphère inchangée avec THE COSMIC DEAD qui assène sans relâche son Rock Psychédélique poussé à l’extrême depuis déjà huit albums et quelques live. Les Ecossais s’évadent avec le morceau « Crater Creator » sur 20 minutes incroyablement riches, dans un tourbillon céleste d’une énergie savamment distillée. En apesanteur, le quatuor est aussi spatial qu’époustouflant.