Il ne faut pas très longtemps pour succomber au charme très latin du Heavy Metal d’IBRIDOMA. Chevronnés et rompus à la scène, les Transalpins font bien plus que de laisser parler leur expérience sur « Sangue Innocente ». Très libres dans leur approche du Heavy Metal, ils présentent leur septième effort et celui-ci est massif et véloce. Alternant l’anglais et sa langue natale, le groupe se distingue de bien des manière, et accueille même deux invités de choix à se joindre à lui, histoire d’élargir encore un peu plus le champ des possibles.
IBRIDOMA
« Sangue Innocente »
(Punishment 18 Records)
Fondé il y a 25 ans déjà par le chanteur Christian Bartolacci et le batteur Alessandro Morroni, IBRIDOMA poursuit sa route et sort son septième album, qui s’épanouit dans un Heavy Metal mélodique aux fulgurances Power. Malgré quelques changements de guitaristes, le line-up est aujourd’hui stable et ce sont Marco Vitali et Lorenzo Castignani qui œuvrent de belle manière aux rythmiques et aux solos. Et de côté-là, « Sangue Innocente » est franchement bien pourvu et la dynamique de la production est à nouveau irréprochable et soignée.
Musicalement, le quintet évolue dans une tradition bien établie et héritée des années 80 et 90. Cela dit, IBRIDOMA s’inscrit parfaitement dans son temps, loin de toutes ambiances vintage. Bien au contraire, les Italiens se montrent incisifs et percutants et, grâce à des refrains accrocheurs, ne tardent pas à vraiment captiver. Il faut aussi préciser que leur frontman chante également dans sa langue maternelle, ce qui donne une belle musicalité à l’ensemble. Comme quoi, l’anglais n’est pas forcément la règle, même si quelques titres sont interprétés dans la langue de Shakespeare.
Ecrites par le poète Walter Olivetti, les chansons « Sangue Innocente », « Solo Freddo », « Occhi Vuoti » et « A.I. » donnent une saveur particulière à ce nouvel opus et renforcent son originalité. Autre particularité, les présences de Giacomo Voli (Rhapsody Of Fire) sur le morceau-titre et celle de la chanteuse de Therion, Chiarra Malvestiti, sur « The Other Side » dans un registre plus symphonique, montrant toute la maîtrise et l’éclectisme d’IBRIDOMA. Solide et inspiré, le combo livre sa réalisation la plus aboutie et rayonne littéralement.
Un groove imparable, un toucher et une frappe inimitables : CARMINE APPICE a laissé son empreinte au fil des décennies à travers un nombre impressionnant de collaborations et à la tête aussi de groupes devenus cultes. De Vanilla Fudge à Rod Steward, en passant par Cactus bien sûr, Blue Murder, Guitar Zeus ou King Kobra, il a aussi accompagné Ozzy et Ted Nugent, joué avec Jeff Beck, Pat Travers, Rick Derringer ou Paul Stanley. L’américain est ce qu’on pourrait appelé un batteur complet, et si ses racines et ses inspirations musicales viennent surtout du Jazz, on retient aussi ses effets de double grosses caisses, bien avant l’heure, et ses légendaires jonglages de baguettes. Depuis quelques années, c’est au sein de son groupe de toujours, Cactus, qu’il impose sa frappe sur un Blues Rock solide qu’il partage avec des musiciens de renom. Bien sûr, il est difficile de retracer une telle carrière sur une interview, mais l’Américain revient avec plaisir sur un parcours étonnant et d’une incroyable richesse. Rencontre.
– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne brièvement sur ton parcours, car il est assez atypique et unique. Tu fais tes débuts avec Vanilla Fudge et son côté psychédélique, puis c’est Cactus et son Blues assez lourd. Ensuite, les années 80 et 90 sont plus Hard Rock et Heavy Metal avec Blue Murder et King Kobra surtout. Et il y a également de très nombreux projets ou participations à de nombreux albums. Est-ce ta curiosité qui te pousse toujours ? Une certaine soif de découverte ?
J’aime juste jouer. Malheureusement, je n’ai jamais été dans de grands groupes comme John Bonham avec Led Zeppelin ou Neil Peart avec Rush. A chaque fois que j’étais dans un groupe, il a splitté et j’ai du retrouver autre chose. C’est ce qui m’a mené dans de nombreuses directions. J’ai donc joué dans beaucoup de groupes de Blues, de Jazz, de Rock et j’ai aussi fait des shows de batterie. J’ai adoré ça, car ce n’était jamais la même chose ! Je n’aurais pas pu jouer les mêmes chansons pendant 50 ans ! (Rires) J’ai du utiliser mes talents pour d’autres choses. J’ai aussi eu la chance de créer Guitar Zeus, par exemple. Cela dit, tous les projets que j’ai faits ont été assez connus dans le monde, ce n’est pas comme si c’était sorti dans l’anonymat le plus complet ! (Rires) J’ai quand même vendu beaucoup de disques avec Guitar Zeus, Blue Murder, King Cobra et Cactus, notamment les derniers albums.
– Tu as justement forgé ta réputation et ta légende à travers des styles très différents. Est-ce cette polyvalence qui, selon toi, fait la marque des grands batteurs ? Une grande capacité à s’adapter à tous les registres ?
Oui, mais un grand batteur ne peut pas forcément tout jouer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de grands batteurs de Metal. Ils jouent vite et c’est dégueulasse. Sont-ils capables de jouer avec des balais ? Je ne crois pas. J’ai joué du Jazz, de la musique latine, du Rock, de la Soul… J’ai vraiment jouer de tout quand j’étais très jeune. Tu vois, à cette époque, il n’y avait ni Hard Rock, ni Heavy Metal. Il y avait surtout des choses comme Frank Sinatra, alors je jouais ce genre de choses… (Sourires) Mais quand je fais du Rock, je suis toujours moi-même. Quand j’étais avec Rod Stewart, cela n’avait rien à voir avec les autres batteurs de ses albums. Je reste ce que je suis avec ma façon de jouer. J’ai pu faire beaucoup de choses très différentes et ça me faisait très plaisir, parce que c’était toujours d’une grande fraîcheur ! (Sourires)
– Avant de reparler de Cactus, qui est ton actualité la plus récente, j’aimerais qu’on dise un mot de King Kobra, dont le dernier album, « We Are Warriors », est sorti il y a maintenant trois ans. Est-ce que le groupe va continuer son activité ? Et y a-t il des projets en cours de ce côté-là ?
En fait, quand on a lancé ça, cela ne s’est pas très bien passé. On avait pourtant fait des tournées en Europe, un bon album et quelques gros festivals. Ensuite, on avait juste sorti une chanson. Et puis, Paul (Shortino, chant – NDR) est très occupé, il chante partout dans le monde. Comme c’est pareil de mon côté, je ne sais pas pour le moment si King Kobra aura une suite, ou pas.
– Un mot aussi sur ton instrument, la batterie. Toi qui as parcouru tant de styles et d’époques différentes, restes-tu fidèle à un kit en particulier, ou est-ce que tu évolues aussi suivant les musiques sur lesquelles tu joues, voire les avancées techniques ?
Je pense que mon jeu a évolué au fil des années. Quant à mon kit de batterie, pour les enregistrements, je garde le même, d’autant que j’ai un studio à la maison. Oui, c’est sensiblement le même kit, il n’a pas tellement bougé… (Sourires) J’ai encore les toms sur lesquels je jouais avec Cactus en 1971, une Slingerland de 2004, quelques D-Drum qui sonnent bien aussi. Je n’en change pas, car je peux réenregistrer d’une semaine à l’autre des plans qui ne me plaise pas. En revanche, pour la scène, j’utilise toujours le même kit, peu importe la formation avec laquelle je joue. Je l’utilisais déjà avec Vanilla Fudge, Rod Steward et aussi Cactus. En fait, c’est juste une question de changement de style de jeu, de dynamique. Il suffit de s’ajuster au mieux à chacun ! (Sourires)
– Il y a peu de batteurs dans le monde du Rock notamment qui sont identifiables en quelques secondes. Il y a notamment John Bonham, Stewart Copeland, Dave Lombardo, Mick Portnoy et toi. Comment expliques-tu que ton style se soit si facilement imposé, là où les gens se concentrent surtout sur les chanteurs et les guitaristes ?
Wow ! Merci beaucoup ! (Sourires) Mon grand rêve était de devenir le Gene Krupa du Rock (un grand batteur et chef d’orchestre de Jazz, décédé en 1973 – NDR) ! Il s’amusait tellement ! J’ai grandi en l’écoutant, car ma mère me racontait ses performances au Paramount Theater à Brooklyn. Il m’a beaucoup inspiré, lui et tous les grands batteurs de Jazz comme Buddy Rich, Max Roach ou Joe Morello. C’est vraiment ce que je voulais être et je pense que j’ai un peu réalisé mon rêve… (Sourires) Je ne voulais pas être juste le gars qui joue derrière le groupe, je voulais aussi amuser les gens. C’est de cette façon que j’ai développé mon style au fil du temps, même s’ils sont vraiment restés mes modèles. Et c’est vrai aussi pour John Bonham, Ian Paice et moi. On s’est emprunté des choses, on nous a en aussi pris et ça continue. Personne n’a tout à lui dès le départ. On se façonne. Et j’ai eu la chance d’être au début de tout ça. Et il n’y avait pas tous ces amplis d’aujourd’hui, non plus. Il fallait vraiment cogner, lever les bras au ciel et y retourner en fracassant les toms ! (Rires) Et en le faisant, j’ai créé un style. Je ne le savais pas à ce moment-là, car je le faisais vraiment par nécessité… (Rires)
– Revenons sur Cactus que tu as ressuscité plus de 30 ans après son dernier album « Ot ’n’ Sweaty ». Même si Vanilla Fudge reste un groupe très important, on a vraiment le sentiment que Cactus reste ton véritable groupe, celui où tu t’exprimes peut-être le plus librement aussi. Est-ce le cas ?
Ce sont deux groupes vraiment différents. On a fait beaucoup de concerts avec Vanilla Fudge et nous avions même enregistré un live au ‘Sweden Rock’. C’était rigolo, parce que nous avions joué avec les deux groupes sur la même édition, Vanilla Fudge et King Kobra. Ça reste un bon souvenir ! (Sourires) Mais j’ai l’impression que l’industrie musicale ne s’intéresse plus à la nouvelle musique que peuvent produire certains groupes. Elle veut juste leurs classiques, pourtant nous avions composé de nouvelles choses et le public aimait ça. Les nouveaux albums de ce genre de groupes n’intéressent plus. C’est pour cette raison que nous avons enregistré « Temple Of Blues I » (paru en 2024 – NDR) avec Cactus. C’était d’ailleurs une demande du label, qui voulait que je rassemble des musiciens qui avaient été influencés par le groupe. Et il y a eu du beau monde à nos côtés comme Joe Bonamassa, Warren Haynes, Slash, … L’album a même été classé numéro 3 dans les Charts. Le label nous a proposé de continuer et j’ai dit que j’étais d’accord, si nous faisions un vrai album de Blues. Je me suis donc concentré sur ce qui m’avait vraiment influencé en y ajoutant trois morceaux de Cactus. Puis, nous avons fait six/sept concerts par an et d’autres sont actuellement en préparation. Ce qu’il faut absolument, c’est prendre du plaisir et s’amuser. La musique de Vanilla Fudge était trop sérieuse pour moi, alors que le reste de ma carrière est beaucoup plus fun. Cactus, BBA (Beck, Bogert & Appice – NDR), Rob Stewart, Ted Nugent, King Kobra… Tout ça était vraiment très amusant ! (Sourires)
– Et justement, Cactus, s’il reste très Rock, est surtout Blues. D’ailleurs, c’est le style qui te suit le plus dans ta carrière avec tes collaborations avec Jeff Beck, KGB ou ton groupe avec Pat Travers. Est-ce que, finalement, tu te sens l’âme du bluesman ?
Je ne sais pas… Personnellement, je n’aime pas tellement le Blues, parce que c’est un peu ennuyeux à jouer ! (Rires) Mais les chansons que nous avons reprises avaient toutes un très bon batteur. Morris Jennings en est un très bon exemple. Il était fantastique. Je m’en suis inspiré, mais à ma façon. Et quand tu joues, tu t’amuses vraiment ! (Sourires) Quand je jouais avec Pat Travers, par exemple, on jouait du Blues, mais c’était du Rock en fait. On faisait du Rock ! La base était Blues, mais on jouait du Rock ! On s’est vraiment amusé, même à écrire les paroles. On a passé de bons moments et ça reste de très bonnes chansons, je trouve. Pat est génial, c’est comme un frère pour moi ! On se voit très souvent et on organise une fête tous les ans en Floride où l’on se retrouve. Il a un super groupe et c’est vrai qu’on a fait de bonnes choses ensemble.
– En juillet dernier, tu as aussi sorti la vidéo du morceau « United States » à l’occasion des deux cent cinquante ans de l’indépendance des Etats-Unis. C’était aussi un hommage à Rick Derringer, décédé l’an dernier. C’était important pour toi de réaliser finalement cette double-célébration ?
J’ai enregistré cette chanson avec Rick il y a cinq/six ans. Et on n’en avait rien fait. Je suis toujours en contact avec sa femme et j’en avais même parlé avec Rick la nuit avant sa mort. On parlait beaucoup tous les deux… (Silence) Alors qu’on évoquait le 250ème anniversaire de l’Indépendance avec Jenda (la dernière femme de Rick Derringer – NDR), je lui ai demandé où était la chanson qu’on avait faite ensemble ? Elle s’appelait donc « United States » et c’était un super titre. Elle a regardé et elle me l’a envoyé. Je lui ai dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose avec ça. Alors, je l’ai envoyé à mon ingénieur Pat Regan, qui a produit tous les albums de Cactus et de King Kobra. Je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire pour que ça sonne mieux. Il a viré toute la batterie, puis il a tout remastérisé. Et l’ensemble sonne vraiment bien. Ensuite, on avait juste une journée pour en faire une vidéo et on a décidé de ressusciter Rick avec l’IA en le rajeunissant un peu. Il a aussi fallu lui mettre des lunettes de soleil pour des raisons d’autorisation légale. Mais peu importe, le résultat est génial et c’est une très belle fin. Et le sortir le 4 juillet était bien sûr la cerise sur le gâteau, c’est un titre magnifique ! (Sourires)
– En avril dernier, tu as sorti avec Cactus «Temple Of Blues II » avec un ‘All-Stars band’ vraiment exceptionnel. C’est un projet très ambitieux et audacieux aussi. Tu te retrouves en véritable chef d’orchestre et le choix des morceaux est lui aussi très judicieux. C’est un casting et une setlist que tu avais depuis longtemps en tête ?
Non car, en fait, je ne fonctionne pas comme ça. D’abord, j’enregistre quelques chansons avec mon ingénieur du son. Ensuite, avec Brian du label, on s’est demandé ce que nous allions faire. J’ai alors pensé à trois morceaux de Cactus que je souhaitais jouer. Ensuite, on a fait « Purple Haze » avec Melanie et on a enchaîné jusqu’à obtenir une démo. Après, j’ai appelé des gens en commençant par Dee Snider et au fil des discussions, Tracii Guns, Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Steve Morse, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore se sont joints à nous.
– Par ailleurs, il y a un peu plus d’un an Ozzy nous quittait après un ultime concert. Toi qui a joué avec lui sur la tournée de « Bark At The Moon » en 1983, que retiens-tu du chanteur et aussi du personnage qu’il était ?
Je connais Ozzy depuis 1971 quand Cactus et Black Sabbath ont joué ensemble pour la première fois. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on les a considéré comme les ‘pères du Heavy Metal’, car dans les années 60, il y avait des groupes qui jouaient déjà des trucs très lourds. Ils sont passés dans l’anonymat après un disque seulement. Ensuite, Black Sabbath s’est construit une image anti-Dieu avec des histoires de diable, etc… J’ai donc connu Ozzy à cette époque-là. Pour l’anecdote, un jour, alors qu’on était ensemble, quelqu’un a volé une petite boîte de marijuana à l’un de mes amis. On s’est carrément embrouillé à cause de ça ! Mais ensuite, Black Sabbath et Cactus se sont rabibochés. On en a reparlé avec Ozzy des années après et on s’est bien marré ! (Rires) Sur « Back At The Moon », après l’enregistrement, je suis devenu producteur associé pour les 500.000 premiers disques. Je devais donc recevoir un bonus là-dessus et Sharon n’a pas aimé. C’est probablement pour ça qu’elle m’a viré, elle ne tenait pas le bon accord. Mais j’adorais Ozzy, on était amis bien avant qu’elle n’arrive dans sa vie. Bon, la drogue et l’alcool ne le rendaient pas bon, mais c’était quelqu’un qui avait du cœur. Il avait vraiment bon cœur… (Silence) Plus tard, je l’ai même amené en studio et on lui a joué du King Kobra ! Il a vraiment aimé, c’était drôle ! (Rires) Mais bon, à chaque fois qu’on se voyait et que sa femme arrivait, ça devenait désagréable. Oui, je me suis vraiment senti mal quand il nous a quittés… (Silence)
– Loin d’avoir envie de te voir poser les baguettes, quel batteur a ta préférence aujourd’hui, et en qui tu pourrais voir un éventuel héritier ?
(Silence) Ils jouent tous la même chose ! (etil mime un rythme effréné à la bouche – NDR) J’étais au téléphone avec Dennis Chambers (un grand batteur américain de Jazz et de Funk – NDR) l’autre jour et on parlait des batteurs d’aujourd’hui. Il me disait qu’ils étaient tous incroyablement rapides, avec les mains comme avec les pieds. Mais qu’il n’y avait aucun groove ! J’ai reçu une vidéo sur mon téléphone, il n’y a pas si longtemps, de Terry Bozio (autre phénoménal batteur américain – NDR), qui jouait avec son groupe Missing Persons dans un festival ici aux Etats-Unis. Ce qu’il a fait était juste incroyable comme l’est Dennis également ! Billy Cobham (Jazz Fusion – NDR) est incroyable aussi. Aujourd’hui, ils sont tous rapides, mais ils ne savent pas utiliser la vitesse. Quand j’étais plus jeune, je jouais aussi beaucoup plus vite, ça m’a même énormément influencé. Mais c’était d’abord le groove qui était le moteur avec la technique, bien sûr. Mais bon, je ne suis plus un jeune homme, je suis vieux et j’ai vu beaucoup de choses ! (Rires) J’ai même essayé de transmettre mon travail à travers des méthodes, dont même Greg Bissonette et Kenny Aronoff se sont inspirés. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a de jeunes enfants de cinq/six ans, qui jouent de manière incroyable aussi. Le truc, c’est juste qu’ils trouvent quelque chose à dire et qu’il en fasse quelque chose ! (Rires)
– Enfin, avec quelle formation vas-tu nous surprendre la prochaine fois ? Cactus ? King Kobra ? Un autre projet peut-être ?
Probablement Cactus, car pour King Kobra, c’est plus compliqué. Et puis, Cactus est un groupe avec lequel je m’amuse vraiment ! Et j’aimerais avoir encore plus de musiciens à venir jouer avec moi, car il a influencé beaucoup de gens finalement. J’ai même vu dans une émission Joe Bonamassa dire que nous l’avions influencé ! (Sourires) Et c’est le cas pour tous ceux qui sont venus jouer comme Warren Haynes, Steve Stevens ou Alex Skolnick. Cela n’aurait pas pu se faire avec King Kobra, car c’est juste Paul Shortino, Johnny Rod à la basse, Carlos Cavazo et Rowan Robertson aux guitares et moi à la batterie. Mais qui sait ? Ça ne coûte rien d’essayer ! (Sourires)
Retrouvez les chroniques des albums de CACTUS, « Tightrope » et « Temple Of Blues II » :
Du côté de Glasgow, on forge le Metal le plus pur dans la grande tradition. Le Heavy de PYROCLAST est de ceux-là et il combine la branche anglaise avec une autre plus germanique pour n’en faire qu’une. Et si l’on n’est pas réellement dans le True Metal, on en est pas bien loin, tant l’authenticité de « Fractured State » dégage une vérité absolue. Sinueuse et véloce, cette nouvelle réalisation a tout d’une résurrection musicale, aussi virtuose que déterminée.
PYROCLAST
« Fractured State »
(Furious Music)
PYROCLAST fait partie de ces groupes qui font franchement plaisir à écouter. Un pied dans l’héritage Old School du genre et l’autre dans un Heavy très contemporain tirant sur le Power Metal, le compromis est parfait et la transition, autant que la jonction, entre les styles et les époques, très bien négociées. Et il n’y a pas que ça qui a été bien négocié par les Ecossais . En effet, ils ont œuvré sous le nom de Tantrum de 2014 à 2025 et sortis trois albums, dont « No Place For The Damned », réédité l’an dernier sous l’actuel patronyme.
Après l’EP « 2112 Days Of Christmas » essentiellement constitué de reprises (Thin Lizzy, Deep Purple, Iron Maiden, Rush et un titre original) sorti en décembre dernier, PYROCLAST est plus que jamais d’attaque pour poursuivre l’aventure. Avec « Fractured State », ses intentions sont claires : allier puissance et mélodie dans un élan imperturbable. Très direct, le combo se montre massif, très technique et tout en maîtrise de bout en bout. Le concentré d’énergie est réel sur les huit titres, par ailleurs très bien produits, et la dynamique est électrisante.
Histoire de mettre les choses au clair, c’est la morceau « Pyroclast » qui ouvre les hostilités et livre sans équivoque l’objectif des Britanniques sous leur nouvelle bannière. Racé et incisif, ce nouvel opus semble fonctionner à l’instinct et pourtant la précision des riffs est chirurgicale, les twin-guitares renvoient à la NWOBHM, les solos sont perçants, la rythmique est galopante et le chant de Mark Reid ne tremble pas un instant. PYROCLAST montre une belle assurance, bien aidé par une solide expérience (« Break The Tide », « Ozymandias », « Erebus And Terror »). Costaud !
Avec beaucoup d’impact et une force brute, la formation de la Grande Pomme conjugue la vélocité du Heavy Metal avec la rudesse du Hard Rock. Mené par une frontwoman exaltée et mordante, WITCHFORCE s’adresse autant aux puristes du siècle passé qu’à la nouvelle génération. Dense et généreux, « Witchforce » n’entend pas révolutionner le genre, mais il vient franchement apporter une belle pierre à l’édifice. Costaud et bien (auto)produit, il renforce une tradition inamovible.
WITCHFORCE
« Witchforce »
(Independant)
Après avoir sorti quatre singles ces deux dernières années, WITCHFORCE se déploie sur un premier album éponyme plus que prometteur. Originaire de New-York, le quintet propose un Hard’n Heavy solide et musclé, qui n’est pas sans rappeler le meilleur des années 90. Avec une saveur très underground, les Américains ont su tirer parti de leur héritage national, tout en y insufflant également des influences européennes. Et ce mélange de Metal traditionnel inter-continental est franchement séduisant et presque évident.
Ayant reboosté leurs premières compositions, on retrouve donc « Into The Woods », « The Hunter », « True Believer » et le récent « Kicked Out Of Hell » sur ce premier opus et ils se fondent parfaitement dans ce furieux « Witchforce ». Composé de musiciens expérimentés, WITCHFORCE peut aussi compter sur une chanteuse survoltée et tout en maîtrise. Très puissante vocalement, Cassie Nadeau a du coffre et renvoie par moment à la grande Doro de l’époque Warlock. Une comparaison qui tient même ici de l’évidence.
A fois classique et contemporain, le jeu des deux guitaristes alternent entre des riffs racés, des solos millimétrés et un sens de la mélodie plein de feeling. Fluides et massifs, ils offrent un bel équilibre à WITCHFORCE et renforcent le groove de la section rythmique (« Witchcraft », « We All Shine On », « Call Of The Wild », « Save Our Souls »). Accrocheur et fédérateur, « Witchforce » se dévore de bout en bout et l’intensité des morceaux ne faiblit pas. Sans fioritures, le combo va à l’essentiel, sans retenue, reste accessible et fait déjà forte impression.
Généreux et tenaces, les Britanniques poursuivent leur renaissance avec un tel panache qu’on en viendrait à se demander si, finalement, cette seconde vie de leur carrière chaotique ne serait pas la meilleure. Certes, l’expérience acquise depuis 1982 fait toute la différence et elle les porte littéralement. Mais au regard de l’inspiration de ses deux leaders rescapés de la première heure, TOKYO BLADE paraît s’exprimer pleinement et sans complexe depuis quelques albums déjà. « Hoist The Colours High » est accrocheur et oscille avec fluidité entre Hard Rock et Heavy Metal avec précision. Les acteurs de la légendaire NWOBHM ne sont clairement pas venus faire de la figuration.
TOKYO BLADE
« Hoist The Colours High »
(Dissonance Productions/Cherry Red Records)
Depuis sa reformation en 2014, le quintet semble avoir trouvé une seconde jeunesse et c’est peu de le dire. Un peu plus d’un an après « Time Is The Fire », TOKYO BLADE rempile de belle manière avec « Hoist The Colours High », son quatrième opus en six ans. S’il n’a pas bénéficié de la même lumière que d’autres à l’époque, les Anglais sont pourtant un solide pilier de la NWOBHM, et ce nouvel effort atteste d’une vigueur intacte, d’un savoir-faire incontestable et d’une créativité qui rayonne toujours autant. Un mix de Heavy et de Hard Rock savoureux.
Aux manettes, le guitariste, compositeur et fondateur Andy Boulton n’a rien perdu de la flamme qui l’habitait jadis et se fait même plus efficace dans ses riffs et ses solos, tout en maintenant une belle virtuosité. Et si vocalement, Alan Marsh, chanteur originel du combo, marque légèrement le coup, mais s’adapte brillamment, il continue d’imprimer sa marque sur les nouveaux morceaux de TOKYO BLADE. D’ailleurs, « Hoist The Colours High » n’en manque pas, puisqu’il en compte 14 ! Une chose qui se fait très rare de nos jours et qui affirme une audace non-conventionnelle.
Doté d’une production claire, musclée et actuelle, il est difficile d’imaginer que le groupe a plus de 50 ans d’activité, tant il est direct et son approche pleine de fraîcheur. En réalisant un disque de près d’une heure dix, TOKYO BLADE pourrait laisser croire qu’il ait été réduit à faire un peu de remplissage. Au contraire, « Hoist The Colours High » se tient plutôt bien et présente même quelques titres qui devraient se faire lever les foules (« Screaming Evil », « Too Wired To Sleep », « When The Hammer Falls », « Mr. Nobody », « She Was A Soldier »). Réjouissant !
Retrouvez aussi les chroniques des deux précédents albums du groupe :
C’est dans une ancienne cathédrale de l’époque victorienne, reconvertie en asile où la science côtoie la folie, que KAMELOT a planté le décor de son nouvel album, le quatorzième. Forcément ténébreux, « Dark Asylum » brille pourtant par des mélodies lumineuses posées sur des rythmes véloces et martelées par de puissants riffs. Entre arrangements toujours aussi soignés et un Heavy direct et tranchant, ce nouvel opus ne déroge pas au côté cinématographique et à la théâtralité auxquels nous ont habitués les Américains. D’ailleurs, pour conter cette nouvelle histoire, les guests se succèdent et trouvent leur place dans cet univers symphonique riche en rebondissements. Fondateur, guitariste et compositeur, Thomas Youngblood revient sur « Dark Asylum » et plus largement sur sa vision musicale et artistique au sein de son groupe depuis plus de trois décennies.
– En cette fin d’été, vos fans vont découvrir « Dark Asylum », sa ténébreuse histoire et vont franchir les portes de RavenHill. A quelles réactions vous attendez-vous de leur part, sachant que vous les envoyez directement à l’asile ?
(Rires) Je pense que les fans apprécieront l’album, car il parcourt les différentes périodes qui ont forgé KAMELOT et que l’on retrouve dans une sorte de grand package. Nous avons aussi des invités incroyables au casting de ce grand film. Oui, j’ai vraiment hâte d’y être et de jouer ces nouveaux morceaux sur la prochaine tournée (qui passera par la France en novembre – NDR).
– En plus de 30 ans de carrière, c’est déjà votre quatorzième album et pourtant, vous n’avez jamais cessé d’aller de l’avant que ce soit en studio comme sur scène. Est-ce que tu penses que l’univers de KAMELOT est si vaste, au point qu’il reste encore beaucoup à explorer ?
Oui, absolument ! C’est un peu fou de penser à ces trente ans et ces 14 albums, mais je pense qu’en grandissant et en évoluant dans nos vies respectives, nous avons encore beaucoup de choses à dire et à bâtir. C’est important pour moi en tant qu’artiste, musicien et performeur de composer de nouveaux albums et de les jouer sur scène. Beaucoup de groupes aujourd’hui ne jouent que des morceaux datant de 30 ans sans travailler sur de nouvelles choses. Et je pense que ce qui fait la force de KAMELOT, c’est que nous continuons d’aller de l’avant. Nous sommes concentrés sur la création, nous y croyons et nous ne vivons pas dans le passé. C’est un aspect très important dans le groupe. Et créer de nouvelles expériences reste vraiment ce qui nous rend heureux.
– « Dark Asylum » marque aussi le retour de votre producteur de longue date, Sacha Paeth, qui joue d’ailleurs quelques parties de guitares. Et c’est vrai que la dynamique est là avec ce côté théâtral qui vous caractérise. Quel rôle a-t-il joué exactement dans la réalisation de l’album ?
Techniquement, Sacha peut être considéré comme le sixième membre du groupe. Il est l’un des compositeurs et il joue aussi de la guitare de temps en temps. Il travaille avec nous depuis « The Fourth Legacy » (sorti en 2000 – NDR) et il s’assure que nous n’allions pas trop loin et que nous gardions vraiment l’ADN de KAMELOT. Il est devenu l’un de mes meilleurs amis dans l’industrie musicale et c’est toujours amusant de travailler avec lui. Il s’est d’ailleurs plus impliqué sur cet album. Nous avons écrit ensemble la chanson « One Last Masquerade », et c’est pourquoi nous avons souhaiter la présence de Tobias Sammet d’Avantasia. Nos univers se rejoignaient et même s’il ne fait pas beaucoup de featuring, il a accepté notre invitation et le résultat est incroyable.
– Justement, les featurings se sont considérablement multipliés ces dernières années, au point qu’il devient rare de voir un album où il n’y en a pas. Qu’est-ce que cela apporte concrètement à KAMELOT ? Et plus largement, quelle est le sens de votre démarche en invitant d’autres musiciens ?
C’est quelque chose que nous avons commencé avec « The Fourth Legacy », il y a 26 ans maintenant. On a commencé à le faire, car j’avais des visions précises pour chaque morceau, dans le sens où je voulais transmettre certaines sensations. C’est une façon d’accéder directement à la pensée d’un personnage. C’est comme dans un film. Nous avons toujours eu une approche très cinématographique de notre musique. Je ne pense pas qu’on en a vraiment besoin, mais nous sommes tellement heureux d’avoir tous ces grands artistes comme amis aussi. Chaque album est un voyage, un film, même si on se pose la question au sujet des invités à chaque fois. Mais je pense que ces collaborations sont parfaites et rendent l’album unique. Et je suis fier de le faire avec intégrité également. Chaque artiste avec qui nous avons travaillé est le meilleur dans son domaine, et c’est un honneur aussi pour nous.
– Une fois encore, ce nouvel album est très riche en arrangements. Quelle est la proportion du temps passé à les finaliser par rapport à l’écriture en elle-même d’un morceau ?
On y a travaillé pendant deux ans, car cela représente aussi beaucoup de musique ! (Rires) Au final, il y a 15 chanson sur l’album, mais il n’y en en avait que 12 vraiment complètes ! Alors, nous sommes allés chercher des morceaux que nous avions écartés au départ, afin qu’ils soient aussi sur l’album. C’est à la fois un bonheur et une contrainte d’avoir autant de musique, car on veut être certains que tout soit à la bonne place. C’est donc un processus qui a commencé il y a environ deux ans, mais le riff de « Dark Asylum », par exemple, date d’il y a trois/quatre ans. Je n’avais pas eu l’occasion de l’utiliser jusqu’à présent. Je suis heureux d’avoir pu le faire, car il a une signature unique et étrange, telle que l’aiment les fans de KAMELOT ! (Sourires)
– KAMELOT est un pionnier du Metal Symphonique et vous êtes américains. Or, ces dernières années, on a plus le sentiment que le style est dominé par les groupes européens. Comment l’expliques-tu, toi qui as fondé le groupe ?
Tu sais, mes premières influences lorsque j’étais adolescent étaient essentiellement européennes, que ce soit dans la musique classique ou à travers la NWOBHM. Alors, quand il a été temps pour moi de faire ma propre musique à la guitare, c’était important d’y inclure tous ces éléments que j’aime. Ensuite, j’ai rapidement eu l’envie du bandonéon argentin, par exemple, ou des parties de Folk islandaise. Sacha a d’ailleurs facilité beaucoup de connexions de ce côté-là. Et j’ai souhaité intégrer ces artistes à ma vision. Ensuite, cela a évolué au fil des années. Nous avons ajouté des éléments symphoniques, des chœurs… C’est un luxe de pourvoir réaliser tout ce que tu peux avoir en tête. C’est vraiment cool ! (Sourires)
– Vous sortez donc votre quatorzième album en plus de trente ans. Est-ce que tu penses que l’évolution de la technologie a aussi pu vous permettre de repenser votre musique, notamment au niveau des arrangements et de la production ? Quel a pu être son rôle, selon toi ?
C’est une bonne question car, honnêtement, je ne me souviens même plus de ces années où je travaillais sur un quatre pistes. J’ai oublié le temps où j’étais capable d’appuyer sur un bouton et d’enregistrer ! Je n’avais pas à me préoccuper si l’ordinateur buguait ou chargeait correctement le son ! (Sourires) J’ai vraiment l’impression que ces années-là étaient plus créatives. Pour « Dark Asylum », je me souviens avoir conçu des morceaux sur mon IPhone en enregistrant des parties de guitare. Mais j’ai toujours en tête la manière de faire sans toutes ces technologies ! (Sourires) Pour ceux qui aiment vraiment les ordinateurs et la technologie, c’est certainement très utile. Pour ma part, je pense que c’est un double-échec. Mais la bonne nouvelle est que l’on peut encore créer malgré cette approche nouvelle ! (Rires)
– Enfin, vous allez commencer une grande tournée d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe cet automne. Aujourd’hui, beaucoup de groupes jouent leur dernier disque en entier, et comme « Dark Asylum » est un concept album, est-ce que vous avez prévu de le jouer en intégralité ?
Je pense que c’est quelque chose que nous ferons dans un second temps. Sur la tournée à venir, nous allons jouer quatre ou cinq chansons du nouvel album, bien sûr, ainsi que des morceaux que nous n’avons jamais joué sur scène auparavant. C’est une demande de nos fans. C’est toujours un peu compliqué, car nous devons enlever certains titres de la setlist. Mais je pense que nous devons restés concentrés sur ce nouvel album, et pas seulement sur d’anciens succès. C’est ce qu’il y a de plus intéressant pour moi en tant qu’artiste. Mais il faudrait y réfléchir. Il pourrait s’agir d’un DVD spécial tourné dans une église, puisque l’asile dans l’album est en fait une ancienne cathédrale reconvertie. Oui, ce serait cool de le faire avec tous les invités ! Il faut qu’on y pense… (Sourires)
Le nouvel album de KAMELOT, « Dark Asylum », est disponible chez Napalm Records.
Originaire de l’Ohio, qui a longtemps été un creuset fertile du Heavy Metal traditionnel américain, IRONFLAME fait partie de ces combos qui entretiennent brillamment l’esprit et l’atmosphère d’une période faste. Avec beaucoup de passion et de détermination, « Worlds To Conquer » est un concentré de riffs tranchants et de solos pointus, soutenus par une paire basse/batterie galopante très musclée et des parties vocales accrocheuses. Fidèle et convaincant.
IRONFLAME
« Worlds To Conquer »
(High Roller Records)
Pour ses dix d’existence, IRONFLAME s’offre un très bon album et « Worlds To Conquer » conserve son inégalable saveur underground. Toujours guidé par le multi-instrumentiste Andrew D’Cagna, qui a aussi enregistré, mixé et masterisé l’ensemble, ce nouvel opus résonne du Heavy Metal d’antan, celui rendu intemporel par des artistes comme Dio notamment, dont l’ombre plane ici avec bienveillance. Si l’héritage est Old School, les Américains vont pourtant de l’avant et sont même loin de manquer d’inventivité, bien au contraire.
Le leader du quintet imprime donc très largement sa marque, jouant tous les instruments, en plus du chant dont il a écrit les paroles. Cependant, ce sont bien les deux guitaristes qui ont composé et interprété leurs solos. Et on apprend également une autre surprise de taille. Alors que sortait « Kingdom Torn Asunder » en 2024, la musique de « Worlds To Conquer » était déjà en boîte depuis l’année précédente. Ensuite, il y a deux ans, les voix étaient posées pour finir avec les guitares en 2025. IRONFLAME conserve toujours un coup d’avance.
Même s’il a mené de front plusieurs formations, dont Brimstone Coven, Icarus Witch et Coldfeels entre autres, D’Cagna est loin de négliger son groupe et ces nouveau morceaux attestent de sa créativité. La production est solide et actuelle, sert habillement de belles et puissantes dynamiques et l’empreinte de la NWOBHM est toujours aussi vivace (« Night Closes Is », « Shadow Slave », « Valhalla Is Calling », « Where Cauldrons Burn » et le morceau-titre). IRONFLAME met le feu, l’attise et libère un Heavy Metal agréablement vintage et racé.
Rugueux et mélodiques, les Scandinaves soufflent leurs 25 bougies dans une belle et très Rock atmosphère. Avec « 525 », le quatuor confirme que son style n’a rien perdu de cette authenticité de chaque instant, ni de son explosivité. Bien produit, l’ensemble est brut, sans filtre et affiche un son très live. DUCKWALK CHUCK se réfère et puise son inspiration dans un Hard Rock et un Heavy Metal éternel, en lui insufflant un aspect très contemporain. Une grosse beigne et des sourires pour cet anniversaire bien saturé.
DUCKWALK CHUCK
« 525 »
(Independant)
Retour tonitruant pour les Norvégiens qui fêtent avec « 525 » leur cinquième album en 25 ans de carrière, ce qui explique ce titre énigmatique. Quatre longues années après le très bon « Fired Up », DUCKWALK CHUCK rugit avec autant de plaisir et, sans détour ni compromis, balance un Hard Rock toujours aussi massif et véloce. Entre-temps, et comme pour mieux marquer son indépendance et sa liberté, le groupe a quitté son label et fait parler la poudre comme jamais. L’industrie musicale n’aura donc pas raison de lui pour le moment.
Au-delà de l’aspect imposant de son jeu, la formation nordique se distingue surtout par une passion dévorante pour le Rock’n’Roll… joué fort ! Car, entre des fondations basées sur un Hard Rock classique dans la forme et une puissance clairement Heavy Metal, il en est toujours question et c’est ce qui fait la force et l’identité de DUCKWALK CHUCK. D’ailleurs, « 525 » se pose déjà au sommet de sa courte discographie. Accrocheur et insaisissable, ce nouvel opus traverse le temps et bouscule les courants actuels avec une énergie incroyable.
Façon rouleau-compresseur, le combo attaque avec « Surprise Surprise » sur un groove épais que n’aurait pas renié Mötörhead. Pour la suite, le quatuor déroule et se fait plaisir sur des riffs tranchants, de vrais solos de guitare et avec un frontman inarrêtable (« Racin’ To Win », « Shell Shock », « Shaken’n Stirred », «Midnight City », « Meat On The Bon »). Un quart de siècle après sa création, DUCKWALK CHUCK ne dévie pas de sa trajectoire, au contraire, il en déblaie le chemin avec une efficacité redoutable. Joyeux et costaud !
Retrouvez la chronique de « Fired Up », leur précédent album :
Originaire de la capitale nippone, le tandem commence à se faire une place sur la scène underground. Fort d’un style tranchant et mélodique, COVEN JAPAN livre un deuxième opus très convaincant à l’identité de plus en plus distincte. Si certaines références, issues d’Europe comme du Japon, sont encore évidentes, « Promised Land » s’en détache sur des parties de guitares soignées, un chant solide et une rythmique galopante. L’esprit vintage est assumé et le registre direct.
COVEN JAPAN
« Promised Land »
(No Remorse Records)
Fervents adeptes du DIY, c’est tout d’abord sous le nom de Coven (quelle drôle d’idée!) que la chanteuse Taka et le guitariste Akihiro Ito ont fondé leur groupe en 2016. L’année suivante, leur premier EP, « The Advent », leur a ouvert de nombreuses portes, dont celles du label grec No Remorse Records chez qui ils ont sorti l’album « Earthlings » fin 2023, mais cette fois sous la bannière de COVEN JAPAN. Dix ans après sa création, les Japonais se sont donc développés à l’international et « Promised Land » confirment de belles prédispositions.
Défenseurs d’un Heavy Metal Old School et fortement inspiré par la NWOBHM, les Tokyoïtes ont cependant su imposer une marque bien à eux. En premier lieu, la frontwoman use de sa langue maternelle et aussi de l’anglais (à l’accent prononcé), ce qui donne une saveur spéciale aux morceaux. Ces derniers sont d’ailleurs souvent imprégnés de leur culture, de sonorités de certains groupes de leur pays (Blaze, Blizard) et de chansons d’animation. COVEN JAPAN s’est créé un univers personnel parfois étonnant et dont les différentes atmosphères sont très accrocheuses.
Auteur, compositeur et interprète, le duo a également enregistré et mixé ensemble « Promised Land », ce qui lui donne beaucoup de certitudes sur ses intentions et sa maîtrise. A noter également que les parties de basse et de batterie sont assurées par les deux musiciens, contribuant au son très organique de COVEN JAPAN. Racé et efficace, le Heavy Metal proposé est rétro et dynamique, et les featurings du suédois Tomas Ericson de Helvetets Port sur « Witchfinder » et celui du Français Niels Bang d’Animalize sur « Breath Of The Distand » sont costauds. A découvrir !
Très créatifs et percutants, les musiciens de MASTER MASSIVE mènent une espèce d’armada Heavy Metal, qui s’engouffre dans de très nombreux courants comme pour mieux établir une identité musicale plus forte. Avec « White Shadows », leur troisième album, les Scandinaves se montrent très techniques, mélodiques et véloces. Classique dans le fond, la forme quant à elle est pleine d’imprévus et prend bien soin d’éviter des clichés souvent incontournables. Inattendu et musclé, le jeu du combo sort des sentiers battus avec autant d’allant et de maîtrise que de finesse.
MASTER MASSIVE
« White Shadows »
(Fireflash Records)
Les Suédois ne donnent pas souvent de leurs nouvelles, alors si en plus elles sont bonnes, le plaisir n’en est que décuplé. Fondé en 1993 par le guitariste Janne Strandh, il aura pourtant fallu attendre 2015 pour que « The Pendulum » voit le jour, puis « Black Feathers On Their Graves », cinq ans plus tard. Autant dire que MASTER MASSIVE avance à un rythme de sénateur, mais avec la manière et la certitude de bien faire les choses et de délivrer de très belles surprises. Et sur « White Shadows », c’est notamment le line-up qui détonne.
Le groupe se présente avec trois chanteurs et affiche une phénoménale force de frappe, ainsi son Heavy Metal devient plus polymorphe encore. Tony Niva (ex-Lion’s Share, Zanity), Viktor Gustafsson (Lethal Steel) et Marcus Karlsson, qui faisait déjà partie de l’aventure, se complètent à merveille et ont surtout la particularité d’offrir un panel vocal plus que conséquent à MASTER MASSIVE. Aigus, massifs, agressifs ou rauques, les registres empruntés par le trio ne montrent pas la moindre faiblesse et l’ensemble est étincelant.
Si l’atmosphère est clairement Old School, le Heavy Metal du sextet est quant à lui beaucoup plus complexe. En ouvrant avec le morceau « Noah’s Cross » et ses onze minutes, le ton est donné et l’audace, dont fait preuve la formation, laisse supposer que la suite s’annonce étonnante… et elle l’est ! Entre Speed Metal, Power, Prog et Doom, MASTER MASSIVE ne s’interdit rien, fait une très belle synthèse et obtient un son et un style originaux (« Islands And Bells », « Blood On The Floor », « Silver Bullet » et le morceau-titre). Solide et virtuose !