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Heavy Stoner Doom Southern Stoner

Thunder Horse : passage en force

L’authenticité très rugueuse à laquelle les Texans nous ont habitués depuis leur formation se retrouve cette fois encore sur ce premier album live. Mieux, la puissance du combo se trouve ici exacerbée et cette tornade Stoner et Metal ne faiblit un seul instant sur ce « Dead Live In Texas », qui annonce la couleur dès la cover, où la photo de son frontman résume à elle seul l’intensité de cette performance, qui s’achève d’ailleurs sur un « Aces Of Spades » assez savoureux. Une bien belle célébration.

THUNDER HORSE

« Dead Alive in Texas »

(Ripple Music)

Si jouer à domicile a pour effet de décupler la motivation, du moins pour le sport, avec THUNDER HORSE, c’est carrément un doux euphémisme. C’est la foudre qui s’est abattue sur Cibolo, petite ville de la périphérie de San Antonio. En l’espace de six ans, le quatuor a sorti trois albums et a participé à « Burn On The Bayou », une compilation Heavy Stoner en hommage à Creedence Clearwater Revival, initiée par son label Ripple Music. Et il faut admettre que depuis leur premier effort éponyme, c’est un sans-faute.

Même si l’on pouvait légitimement imaginer que les prestations live du groupe seraient largement à la hauteur de ses réalisations studio, « Dead Live In Texas », vient en apporter la confirmation. Mené par un Stephen Bishop (chant, guitare) aussi exalté que sur la pochette, Todd Connaly (lead guitare), Dave Crow (basse) et Johnny Lightning (batterie) s’en donnent à cœur-joie sur neuf morceaux, qui ont dû faire trembler plus d’une fois les murs. Façon rouleau-compresseur, THUNDER HORSE entraîne tout sur son passage, public compris.

Avec une setlist resserrée et assez courte, les Américains ont décidé de se concentrer sur leurs titres les plus explosifs, en faisant honneur à leur trois opus. Avec cette faculté à englober son Stoner de Doom, de Heavy Metal et d’un Rock massif et Southern, ils nous plongent dans un chaudron bouillonnant dans les pas des légendes du genre. Une folle énergie a toujours submergé THUNDER HORSE et « Dead Alive In Texas » vient couronner un élan ravageur (« New Normal », « Song For The Ferryman », « Monolith », « Chosen One »).

Retrouvez les chroniques consacrées au groupe :

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Heavy Stoner Psych Space Rock Stoner Metal

Kayleth : galactique

La bonne santé de la scène Stoner en Italie n’est plus à démontrer et avec une quatrième réalisation compacte et véloce comme « New Babylon », KAYLETH vient confirmer et alimenter cette belle énergie. Psych et Space Rock, les Transalpins naviguent entre Rock et Metal et, sans complexe, ils assènent de nouveaux titres robustes et intenses. Sans détour, le quintet multiplie les univers, joue sur les variations de genre et se montre infaillible.

KAYLETH

« New Babylon »

(Argonauta Records)

Fondé il y a une petite vingtaine d’années à Vérone, KAYLETH a pris le temps de mûrir son Stoner et a procédé étape par étape. Un parcours à l’ancienne qui manque d’ailleurs cruellement aujourd’hui. En effet, après trois démos et un EP, c’est en 2015 que le groupe a sorti « Space Muffin », puis « Colossus » (2018) et « 2020 Back To Earth » il y a quatre ans. L’évolution est manifeste et le style s’affine et s’affirme très nettement sur ce solide « New Babylon », particulièrement massif.   

Dans une atmosphère SF tourmentée, KAYLETH propose une épopée galactique où il parvient à rassembler toutes ses influences, les courants qu’il traverse et surtout pose un style devenu immédiatement identifiable. Très Psych, le Stoner des Italiens emprunte autant au Metal qu’au Rock et l’apport du synthétiser offre une dimension 80’s très Space Rock. Cela dit, le quintet est toujours aussi rugueux et épais, même si le travail sur les mélodies de « New Babylon » est remarquable.

L’aventure spatiale commence avec « The Throne », qui donne la pleine mesure de la suite bien musclée de ce quatrième opus. Efficace et puissant, le combo enchaîne les morceaux avec une vigueur souvent sauvage et même épique (« Giants March »). S’autorisant quelques passages Doom, ce sont surtout les riffs serrés, les solos savamment distillés et la rythmique de plomb que l’on retient sur « New Babylon » (« Megalodon », « We Are Aliens », « Pyramids »). KAYLETH ne réinvente rien, mais fracasse dans les règles !

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Heavy metal Stoner Doom Stoner Metal

The Watchers : un regard noir

Issu de l’underground Metal de San Francisco, THE WATCHERS se blottit avec une certaine férocité dans l’obscurité et les ténèbres d’un Stoner Metal dont les saveurs très 70’s sont définitivement addictives. Pour autant, il ne risque pas d’échapper très longtemps aux lumières qui devraient le relever à un plus large public. Cette deuxième production est d’une efficacité et d’une virtuosité décapante. « Nyctophilia » est un voyage musical aux atmosphères multiples et singulières qui donne envie de repartir encore et encore.

THE WATCHERS

« Nyctophilia »

(Ripple Music)

Loin des fastes de la scène Thrash Metal qui colle à la peau de la Bay Area, THE WATCHERS a pris une toute autre voie, celle d’un Stoner teinté de Heavy Metal et aux légers accents Doom. Créé en 2016, les membres du groupe ont d’abord fait leurs armes chez Spiral Arms, White Witch Canyon, Black Gates, Systematic et Vicious Rumors. Autant dire que le quatuor est rompu à l’exercice, ce qui lui permet d’évoluer avec une aisance naturelle dans un univers qu’ils s’est façonné minutieusement pour distiller un style très personnel.

Toujours produit et réalisé par Max Norman (Ozzy, Megadeth), « Nyctophilia » marque pourtant un tournant pour THE WATCHERS, qui voit ici ses compositions parfaitement mises en lumière par un son étincelant. Après l’EP « Sabbath Highway » sorti l’année de sa formation, puis le premier album « Black Abyss » et le court « High And Alive » livré en pleine pandémie, les Californiens prennent une nouvelle dimension. Ce deuxième opus avance sur des morceaux variés, très aboutis et originaux malgré d’évidentes références.

Sur une intro acoustique, THE WATCHERS nous guide vers les ténèbres comme écrasés par un soleil de plomb avec « Twilight » et «  I Am The Dark ». Sur des riffs épais et charpentés, le combo nous saisit pour ne plus nous lâcher. Emmené par Tim Narducci (guitare, chant), il déroule sur des mélodies prenantes, parfois bluesy, des solos enivrants et un chant véritablement habité (« Eastward Though The Zodiac », « Haunt You When Im Dead », « Taker »). Et l’ambiance vintage vient accentuer cette sombre et délicieuse emprise.

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Bokassa : une joyeuse apocalypse

Déjà remis de « Molotov Rocktail » (2021), BOKASSA revient à la charge avec son cocktail de Metal HxC, de Stoner et de Punk. Entièrement confectionné par Tue Madsen, dont on connait le travail pour Meshuggah, The Haunted ou Halford, « All Out Of Dreams » dresse avec véhémence et pas mal de légèreté malgré tout, une sorte de possibilité très réelle du paysage sociopolitique actuel. Eprouvante et lourde, mais aussi dynamique et percutante, cette nouvelle réalisation montre un engagement poing levé très déterminé.

BOKASSA

« All Out Of Dreams »

(Indie Recordings)

Quatrième album en huit ans pour le power trio norvégien, qui avait tapé dans l’œil de Metallica il y a quelques années avant les suivre en tournée à l’invitation des Four Horsemen. Nous étions alors en 2019 et BOKASSA en avait bien sûr profité pour accroitre sa notoriété et faire connaître son Heavy Stoner Metal aux multiples facettes au monde entier et avait même signé chez Napalm dans la foulée. 2024 : retour aux fondamentaux et sur un label qui semble mieux respecter la nature et la démarche de nos furieux Scandinaves, difficiles à faire entrer dans le moule d’un système qu’ils ne cautionnent pas forcément.

Car il y a un côté Punk qui prend de la place chez BOKASSA et peut-être même encore un peu plus sur « All Out Of Dreams », qui est assez pessimiste dans le fond, malgré un humour noir constant. S’il se veut dystopique (c’est très en vogue actuellement), ce nouvel opus semble pourtant dépeindre une société dans laquelle nous vivons déjà. Fataliste mais vigoureux et la tête haute, le combo sort la sulfateuse à grand coup de riffs épais, avec un batteur au jeu musclé et un bassiste aux lignes véloces (« The Ending Starts Today », « Everyone Fails in The End », « Let’s Storm The Capitol »).

Jouant sur des ambiances très Metal ou carrément Hard-Core, des passages clairement Stoner et des aspects Punk californien estampillé 90’s, et un brin pénible, au niveau du chant et des chœurs, « All Out Of Dreams » a de quoi perturber par ses grands écarts. Mais peu importe finalement, car BOKASSA est avant tout une débauche d’énergie brute, une sorte de défouloir, mais bien joué ! A noter le chant de Lou Koller des légendaires Sick Of It All sur « Garden Of Heathen » et le soutien d’Aaron Beam de Red Fang sur « Bradford Death Squad ». Un disque qui va en faire transpirer plus d’un(e), à n’en pas douter !

Photo : Troll Toftenes
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Stoner Doom Stoner Metal

Slower : slayerized

Reprendre l’un des plus éminents membres du ‘Big Four’ californien avec la crème de la scène Stoner Doom, c’est l’ambition de Bob Balch de Fu Manchu accompagné de musiciens de Kylesa, Kyuss, Monolord et Lowrider. Sur des ambiances sombres et chargées, SLOWER présente sa vision d’un Slayer qui passe presqu’en mid-tempo et surtout qui se pare de voix féminines aériennes et vaporeuses, loin de la rage d’Araya et de sa bande. Le projet est ambitieux et le regard apporté sur ces cinq titres incontournables a de quoi dérouter par son approche, toute en décélération, mais non sans volume.

SLOWER

« Slower »

(Heavy Psych Sounds)

Si les fans de Slayer sont inconsolables depuis cette soirée du 30 novembre 2019, où le groupe donnait son dernier concert au Forum de Los Angeles, il se peut que l’EP de SLOWER leur apporte un peu de baume au cœur. A mi-chemin entre le Tribute et la cover, l’entreprise menée par Bob Balch a de quoi de surprendre, c’est vrai, mais aussi séduire à bien des égards. Le guitariste de Fu Manchu a décidé de réinterpréter cinq morceaux des rois du Thrash Metal dans des versions… très inédites. Loin des riffs acérés de Kerry King et de Jeff Hanneman, du chant rageur de Tom Araya et surtout des rythmiques de Dave Lombardo et de Paul Bostaph, « Slower » ne manque pourtant pas de sel.  

Il est donc question ici de Stoner et de Doom, ce qui est à l’opposé du style racé et véloce du quatuor de la Bay Area, donc pas la moindre trace de Thrash à l’horizon. Pour faire court, l’idée avec SLOWER est d’avancer dans un concept ‘slow and low’, à savoir lent et bas. Et pour mener à bien l’ensemble, Balch s’est entouré d’un super-groupe avec Amy Barrysmith (Year Of The Cobra) et Laura Pleasants (Kylesa) au chant, les bassistes Peder Bergstrand (Lowrider) et Scott Reeder (Kyuss), ainsi que le batteur Esben Willems (Monolord). Leurs reprises prennent une tournure lourde, épaisse et lancinante, tellement les structures ont été repensées et refaçonnées dans un climat Doom pesant.

Et les Américains ont choisi cinq titres parmi les plus emblématiques de Slayer : « War Ensemble », « The Antichrist », « Blood Red », « Dead Skin Mask » et « South Of Heaven ». Difficile de faire plus fédérateur… sur le papier en tout cas. Car dans les faits, les tempos sont très ralentis, même si une double grosse caisse se fait parfois délicatement entendre, et surtout, le chant exclusivement féminin donne une tout autre perspective. SLOWER s’éloigne à un tel point des versions originales qu’on peine même à les reconnaître. L’exercice est cependant très réussi, malgré la distance avec le modèle. Les thrashers de la première heure risquent de s’y perdre rapidement, tandis que les fans de Stoner Doom se régaleront.

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Heavy Stoner Stoner Metal Stoner Punk

The Clamps : pleine balle

Speed Stoner’n’Roll est en effet le terme qui caractérise le mieux le registre des transalpins de Bergame. Sans concession et imbibé d’un Fuzz constant, ils livrent une sorte de brûlot post-pandémique, où l’on a vraiment le sentiment que chacun d’entre-eux a dû être malade en même temps et un paquet de fois ! Une chose est sûre, ils l’ont très mal pris et « Megamouth » semble agir comme un shot d’adrénaline, un vaccin à retardement finalement… THE CLAMPS n’est pas content, et cela s’entend.

THE CLAMPS

« Megamouth »

(Heavy Psych Sounds)

Depuis ses débuts en 2012, le trio n’a pas pris l’habitude de s’encombrer de trop de fioritures. Et ce n’est sûrement pas avec « Megamouth » que les choses vont soudainement changer. Bien au contraire, puisque THE CLAMPS n’a toujours pas digéré l’épisode pandémique de 2020/21 et c’est avec une rage non-contenue qu’il nous balance en pleine tête un troisième opus brut de décoffrage. Ici, le Stoner se pare de Rock’n’Roll, de Punk et de Metal dans un réjouissant maelstrom.   

THE CLAMPS ouvre les hostilités avec le morceau-titre, d’ailleurs entièrement instrumental, et qui s’avère même être l’une des pépites de l’album. Ben (guitare, chant), Bely (basse) et Marcy (batterie) sont là pour en découdre et ne lèvent pas une seule fois le pied tout au long de « Megamouth ». Si l’énergie, intense, va puiser dans divers genres, c’est bel et bien le Stoner très Metal qui domine les débats. Et bien sûr, c’est le nom de Motörhead qui vient immédiatement à l’esprit et l’influence de l’autre trio est omniprésente. Et c’est tant mieux !

Véritable tabassage en règle, « Megamouth » fait presque figure d’exutoire pour des Italiens survoltés et assez peu portés sur le détail, mais plutôt sur les déflagrations à l’œuvre sur ce nouvel opus rageur. Pour autant, si la sauvagerie et la colère sont manifestes, THE CLAMPS ne livre pas un Stoner aussi rudimentaire qu’il n’y parait et montre même une étonnante diversité (« Forty-Nine », « Bill Jenkins’ », « CuboMedusa », « Bombs »). Efficace, véloce et incandescent, le combo assomme autant qu’il réveille les morts.

Photo : Senza Titolo
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Stoner Rock Army : passionnément stoned ! [Interview]

Avec près de 10K (comme on dit aujourd’hui) de followers sur Facebook, la STONER ROCK ARMY, créée et emmenée par le Québécois Eric Varasifsky, alias The General, est devenue incontournable pour tous les amateurs de Stoner Rock, bien sûr, mais aussi de tous ses dérivés qu’ils soient Heavy, Doom, Psych, Occult, Metal, Space, etc… Conscient de l’impact des réseaux, il est aussi présent sur Bandcamp, la plateforme la plus intelligente et de très loin, où l’on peut découvrir plus de 1.500 albums en ligne. Ayant attisé ma curiosité, j’ai voulu en savoir un peu plus sur l’homme au chapeau venu de la Belle Province. Entretien.

– Tout d’abord, comment es-tu venu au Stoner et quels sont les groupes qui ont fait la bascule et qui t’ont fait franchir le pas ?

Je suis de la vieille génération de groupes Rock et Hard Rock cultes des années 70 et j’ai toujours aimé les sonorités rétro, donc pour moi la musique Stoner s’en approche de beaucoup au niveau du son. Disons que la  transition a été pratiquement automatique. En ce qui concerne les groupes, c’est difficile à dire car c’est un peu loin dans ma mémoire mais, bien sûr, Black Sabbath, qui est pour moi le premier vrai groupe Stoner, puis Kyuss, Fu Manchu, Orange Goblin, Sleep, Truckfighters et la liste continue…

– Cela fait maintenant quelques années que la STONER ROCK ARMY existe. Comment est née l’idée et surtout dans quel but ?

Il est important de savoir que la STONER ROCK ARMY existe depuis 15 ans et même un peu plus, car auparavant le groupe avait d’autres noms comme ‘Stoner Montréal’, ‘Stoner Rock Montréal’ et ‘Montréal Rock’, mais ces groupes Facebook que je tentais de créer ne fonctionnaient pas. Après un certain temps, j’ai décidé de tenter le coup une dernière fois, alors j’ai soudainement pensé à la ‘Kiss Army’. Eh oui ! Et je me suis dit pourquoi pas STONER ROCK ARMY ? Du coup, cela a fonctionné et les gens on commencé à participer de plus en plus et, à ma grande surprise, même les membres de groupes, ainsi que les labels s’y sont joints. Imagine mon excitation quand les héros que tu vénères te rejoignent. La STONER ROCK ARMY est simplement une page Facebook, qui nous permet de nous retrouver, de partager notre passion pour la musique, de permettre aux groupes de promouvoir leurs productions, ainsi que les labels. Et la maxime de la STONER ROCK ARMY est ‘We Are Family, In Music We Unite’ !

– Tu es très actif sur les réseaux sociaux où tu animes donc un groupe dédié, ainsi que sur Bandcamp. Quelle est la différence entre les deux ? Bandcamp fait presque penser à une collection, une sorte de discothèque virtuelle. C’est le cas ?

Bandcamp est effectivement une grande discothèque virtuelle. Pour les groupes, c’est la plateforme par excellence pour se faire connaître, selon moi, et elle est facile d’accès. Depuis longtemps, je clame haut et fort que Bandcamp est la place pour les groupes, car elle rapporte pour eux un peu d’argent pour leur permettre de nous livrer d’autres albums grâce à un effet pyramidal. L’un est donc un réseau social, tandis que l’autre fait office de discothèque.

– Tu es basé à Montréal au Québec, comment se porte la scène Stoner de ce côté du Canada ?

Oui, le quartier général de la STONER ROCK ARMY est effectivement à Montréal au Québec. La scène Stoner ici est de plus en plus forte, et j’en suis vraiment fier. Il y a beaucoup de bons groupes qui se forment et plusieurs sont même à mon avis du calibre des grands noms. Le talent est vraiment là et la passion aussi. Nous avons également de bons endroits où nous retrouver, mais j’aimerais y voir plus de groupes de l’extérieur. Parfois, et en de rares occasions, ils passent sans s’arrêter ici et c’est vraiment dommage, car ils seraient reçu en héro. 

The General lors de la deuxième ‘Stoner Rock Army Night

– En plus de ta forte présence sur le Net, tu organises aussi les ‘Stoner Rock Army Night’, c’est-à-dire des concerts. L’idée est de promouvoir les groupes locaux, ou est-ce que tu fais aussi venir des groupes étrangers, américains, par exemple ?

Il y a eu trois concerts de la ‘Stoner Rock Army Night’ qui ont été de vrais succès. A chaque fois, l’endroit était plein à craquer. Mais pour être honnête, j’étais un bleu en ce qui concerne la promotion et l’organisation de concert, et c’est Fred, le chanteur du groupe Sons Of Arrakis de Montréal, qui m’a donné ma chance et  m’a servi  de professeur. Il s’est occupé de tous les aspects pour les deux premiers concerts. J’ai beaucoup appris et ensuite pour le troisième, c’est mon pote Frank du groupe Paradise (Montréal), qui a finalisé mon apprentissage. Le problème reste toujours l’aspect financier. J’aimerais de plus en plus être en mesure de pouvoir faire venir les groupes d’ailleurs, qui sont aussi très intéressés pour venir jouer, mais je dois procéder étape par étape. Mon rêve ultime serait un véritable ‘Stoner Rock Army Festival’ de deux à trois jours en extérieur et que des gens de tous les coins du globe y participent.

– Le Stoner en général a beaucoup évolué en assez peu de temps finalement. Quels sont les courants qui ont ta préférence, et comment juges-tu l’évolution du genre ?

Je crois fermement que le Stoner Rock est le nouveau Rock et la tendance est de plus en plus à la hausse. Pour ma part, j’adore le Space Stoner et l’Occult, si on peut les classer ainsi. Je me fais vieux, donc je suis de plus en plus calme dans mes choix musicaux. (Rires) Je crois encore une fois que le vent tourne au niveau Rock, et c’est peut-être dû au fait que le genre est plus facile à produire. En seulement une année, il est clair qu’il y a eu beaucoup plus d’albums de Stoner, toutes catégories confondues, qui on vu le jour comparativement au Rock, disons plus commercial.

The General avec le groupe américain Ruby The Hatchet

– Parmi les groupes émergents, quelles sont tes plus belles découvertes de cette année qui vient de s’achever ? Et à l’heure où tout le monde y va de son Top 10 notamment, quel est le tien ?

2023 a été une année complètement folle avec de très bon albums. A vrai dire, j’ai eu beaucoup de mal pour choisir mes albums préféré, ainsi que dans mes votes pour le ‘Doom Charts’, ce qui est rare. En général, je me décide assez rapidement. Je vois cela comme un bon signe, car plus la tache est ardue, plus la qualité des groupes et leur travail sont bons. C’est juste génial, non ? Mais certains albums se sont démarqués plus que d’autres. Le groupe Black Glow du Mexique notamment a gagné mon vote cette année, suivi de Nepaal, Child, The Spacelords, Tidal Wave, Westing, Occult Witches, Burn Ritual, Moon Coven, Acid King et j’en passe…

– Un dernier mot sur les labels, car il y a quelque chose de surprenant. De nombreux groupes Stoner, même établis, ne sont pas signés sur les grosses maisons de disques. Ça reste une musique de niche, selon toi ? Et, finalement, est-ce qu’un changement de ‘statut’ serait souhaitable pour le style en général ?

Bonne question. En fait, beaucoup de groupes se financent et font leur promotion eux-mêmes. Je sais que certains gros labels reçoivent beaucoup de demande dans l’année et ils doivent faire des choix et laisser parfois passer de bons albums. A ma grande surprise, certains groupes ne connaissent même pas les labels. J’en ai d’ailleurs dirigé quelques uns vers des maisons de disques. Alors, changer ? Pourquoi changer une formule gagnante ? 

Retrouvez la STONER ROCK ARMY sur les réseaux :

www.facebook.com/groups/stonerrockarmy

https://bandcamp.com/stonerman69

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Heavy Stoner Psych Stoner Metal

Nebula Drag : une faille temporelle

Le vaste territoire musical de NEBULA DRAG continue de s’étendre à des contrées où un Psych exaltant se fond dans une brutalité sauvage. Généreux et compact, « Western Death » entretient une sorte de flou et une brume dans laquelle on se perd avant qu’une rythmique  puissante vienne nous ramener à la réalité. Le combo californien obsède par cette impression qu’il a à nous faire croire à une jam torturée, alors même qu’il nous propulse dans un Stoner Metal noueux et envoûtant.

NEBULA DRAG

« Western Death »

(Desert Records)

Ca tremble à nouveau du côté de San Diego ! Et cela aurait même dû avoir lieu bien plus tôt si des problèmes de fabrication n’avaient pas énormément retardé la sortie de « Western Death », enregistré il y a plus d’un an. Mais nous y voilà et NEBULA DRAG se montre vraiment à la hauteur. Encore plus fuzz, lourd et cosmique que sur ses deux premières réalisations, le trio marque le retour fracassant de Corey Quintana (guiatre, chant), Garrett Gallagher (basse) et Stephen Varns (batterie) avec un enthousiasme débordant.

Les Américains avaient déjà mis tout le monde d’accord il y a quatre ans avec « Blud ». Pourtant, « Western Death » élève leur Heavy Stoner Psych à un niveau que le combo n’avait pas encore atteint. Les riffs sont tellement épais que la lumière passe difficilement. Quant à la paire basse/batterie, son groove est si massif qu’il gronde d’un même écho. Le mur du son imposé par NEBULA DRAG donne l’impression d’une explosion sonore ininterrompue, d’où s’échappe tout de même une musicalité singulière.

Sur une base très Metal et une guitare tranchante et solide, « Crosses » ouvre les hostilités avec force et conviction comme on avait pu le constater en août 2022 à sa sortir en single. Assez stellaire, l’ensemble garde des sonorités 90’s et le rythme imposé est aussi impressionnant que les envolées psychédéliques qui ponctuent « Western Death ». Ca cogne, ça secoue et ça enivre. NEBULA DRAG enchaine les pépites et se montre très accrocheur (« Sleazy Tapestry », « Failure », « Kneecap », » Side By Side », « Western Death »).

Photo : Chad Kelco
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Sludge Stoner Metal

Sycomore : une violente secousse

Depuis un petit moment, l’Hexagone s’est forgé une solide scène en termes de Metal extrême et on peut affirmer sans mal qu’il se taille la part du lion dans bien des registres. C’est ainsi le cas avec SYCOMORE et son Sludge Metal fracassant, dont « Antisweet » vient démontrer à la fois la force, mais aussi la capacité à puiser dans d’autres styles pour durcir le sien. Sans limite donc, mais non sans unité et une ligne musicale radicale et foudroyante.

SYCOMORE

« Antisweet »

(Source Atone Records)

T’as vu la sucette et t’es venu chercher un peu de douceur, c’est ça ? Alors, passe ton chemin, car le power trio n’a toujours pas l’intention de câliner son auditoire, mais plutôt de sévèrement le bousculer. Oppressant, rugueux et sauvage, ce quatrième album (et le premier chez Source Atone Records) va encore plus loin que ce à quoi SYCOMORE nous avait habitué jusqu’à présent. Non que le groupe ait réduit son champ d’action pour livrer de nouvelles compos d’un brutal nihilisme, ce serait même plutôt l’inverse.

Massif et fulgurant, le Sludge Metal des Amiénois se nourrit de ce que le monde d’aujourd’hui propose, à savoir de la colère et des frustrations qui émanent directement d’une atmosphère chaotique souvent étouffante. Pourtant, parmi les nombreuses déflagrations à l’œuvre sur « Antisweet », SYCOMORE laisse échapper quelques ambiances progressives et post-Metal, auxquelles se mêlent des sonorités Stoner bien sûr et plus étonnamment d’un Grunge très Noisy.

Ici, les dés ne sont pas pipés et dès « Eternal Watts », le combo ouvre sur l’une des rares éclaircies avant le déferlement musclé qui va suivre. La rythmique secoue et donne parfois le vertige, les riffs sont explosifs et épais, tandis que le duo vocal ne fait qu’un dans une énergie foudroyante. Agressif mais nuancé, SYCOMORE étend son travail de sape sur tout le disque (« Like Sulphur », « Drink Water », « Parallel Lines ») et livre même des instants Black Metal, avant de donner le coup de grâce avec « Captain Vitamin ». Rageur !  

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Heavy Stoner Rock Stoner Metal

Ohmwork : un écho lumineux

Sur une production terriblement organique et entièrement dirigée par le combo, OHMWORK propose avec « In Hindsight », l’un des albums les plus novateurs et intéressants en termes de Heavy Stoner Rock de cette année. La fusion à l’œuvre chez les trois musiciens est plus que palpable et donne lieu à un déferlement de puissance, de riffs épais et massifs soutenus par une paire basse/batterie renversante. Ajoutez à cela un frontman véritablement habité et l’ensemble se fait ensorceleur et ravageur.   

OHMWORK

« In Hindsight »

(Rob Mules Records)

C’est toujours assez difficile de définir le style du power trio norvégien et ça fait plus de dix ans que ça dure, depuis son premier album « Storm Season ». Non pas qu’il faille à tout prix mettre une étiquette sur OHMWORK, mais préciser de quoi on parle n’est pas dépourvu d’intérêt, non plus. Alors pour faire simple, il s’agit de Stoner Rock avec une grosse dose d’un Metal lourd, efficace et mélodique et parfois même aux frontières du Doom. Autant dire que le groupe possède solides arguments.

Faisant suite à « Pareidolia » (2021), « In Hindsight » va plus loin dans l’expérimentation et notamment sur la texture des guitares, parfois même acoustiques. Très Heavy dans l’approche, OHMWORK repousse les limites de son Stoner en faisant cohabiter le Rock et le Metal avec beaucoup d’habileté. Accrocheurs, les morceaux sont rapidement immersifs et dégagent une incroyable énergie portée par la voix de son chanteur. Les Scandinaves vivent réellement leur musique, ce qui explique la grande proximité sonore.

Tout en progression, ce sixième opus montre une évolution constante au fil des titres, gravés dans une modernité musicale très audacieuse. Anders L. Rasmussen (guitare, chant, orgue), Heige Nyrud (basse) et Espen A. Solli (batterie) en appelle pourtant à des influences un brin Old School comme socle à des accélérations et des montées en puissance musclées (« 17 Years », « Turmoil », « Relentlessly Closer », « The Web », « Adrift » et ses sept minutes et le fracassant morceau-titre). OHMWORK sait où il va et ne prend aucun détour.

Photo : Espen Solli