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International Metal Progressif Sludge

Mastodon : l’introspection [Interview]

Soyons clairs, le 28 août dernier, MASTODON a sorti l’album de l’année. Une évidence difficilement contestable pour tout fan de Metal, tant « Marrow Deep » explore des sphères et des atmosphères multiples, en puisant au plus profond de l’identité-même du groupe et avec la technicité qu’on lui connaît. Avec un style d’une telle richesse, regroupant en son sein autant de courants, la formation d’Atlanta semble être parvenue sur ce neuvième opus à un sommet de son art. Son Metal aux accents Sludge et aux teintes progressives, est plus percutant que jamais et la maîtrise affichée dévoile une musique d’une fluidité absolue. Si la présence d’une impressionnante liste d’invités apporte encore plus de saveur à l’ensemble, on retiendra aussi le moment très particulier dans lequel « Marrow Deep » surgit dans la vie du quintet. Fondateur, batteur, chanteur et compositeur, Brann Dailor revient sur ces dernières années en évoquant «Hushed And Grim », le concert-hommage à Black Sabbath, les récents changements de line-up et plus largement sa vision de la musique. Entretien.

– Sans revenir sur les drames personnels qui vous ont directement touchés, ainsi que l’ouragan Hélène il y a deux ans et dont vous parlez dans le morceaux « In The Ruins », est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez pu vous dire : ça commence à faire beaucoup ? Y a-t-il eu un certain fatalisme au sein du groupe à une période ?

(Silence) Je ne suis pas sûr… (Rires) Cela a été un moment difficile et long. Mais ça n’a pas été comme si nous nous étions arrêtés, car nous avons continué malgré tout. L’album a été compliqué à faire, car beaucoup de choses ont été bousculées, beaucoup plus que d’habitude. Que ce soit dans notre vie de manière générale et collective comme dans la vie personnelle de chaque membre, tout a été compliqué. Je pense que c’est ce qui explique qu’il nous aura fallu cinq ans pour y arriver. Mais nous sommes là, nous sommes passés de l’autre côté ! (Sourires)

– Ce qui est assez extraordinaire, c’est que vous donnez le sentiment de vous être alimentés de tous ces évènements pour afficher aujourd’hui une énergie et une force décuplée. « Marrow Deep » est probablement votre album le plus intense et dense à ce jour. Est-ce que tout ça vous a finalement aidés à inverser le cours des choses et à nourrir aussi votre inspiration ?

Oui, c’est certain. Je sais qu’à la sortie de « Hushed And Grim » (en 2021 – NDR), il y avait beaucoup de mélancolie qui se ressentait sur l’album. C’était dû à la pandémie et aux divers sentiments qui nous ont traversés à ce moment-là. Et puis, nous avions aussi perdu notre ami et manager Nick John… C’est comme ça que nous nous sentions à l’époque. Ensuite, on s’est retrouvés à avoir beaucoup de temps devant nous, comme la majorité des gens, et c’est ce qui nous a conduit à composer ce double-album. Cela dit, je pense que nous avions aussi voulu faire une sorte de volte-face en catalysant toute cette énergie engrangée à ce moment-là. Ça a été une espèce de mission, car nous n’avions bien sûr pas anticipé tous ces changements et ces tragédies. C’est une combinaison de tout ça.

Et puis, tu sais, quand tu perds un frère comme Brent (Hinds, guitariste et chanteur décédé en 2025 – NDR) et que tu dois aller en studio dix jours après, tu ressens vraiment le besoin de jouer, de chanter et d’écrire sur ce qui vient de se passer. Quand c’est quelqu’un d’aussi proche de toi et qui a le même âge, tu te sens obligé de chérir ta vie. Tu veux à tout prix te sentir vivant et je pense que c’est ce qui s’est passé pour nous tous pendant l’enregistrement. L’urgence à ce moment-là était de jouer quelque chose de rapide et de chaotique. J’avais vraiment besoin de me sentir vivant derrière ma batterie et en chantant… Et cela se ressent forcément dans l’album. Cela a aussi, d’une certaine manière, aidé à sa construction.

– « Marrow Deep » est donc votre neuvième album et peut-être aussi le plus contrasté. Il y a une tension très palpable, qui tient presque de la rage et de la colère, et aussi des moments très aériens et délicats, comme si vous observiez les choses de plus haut. Est-ce l’album le plus personnel et introspectif que vous ayez enregistré jusqu’à présent ?

Oui, je pense. Tout était tellement frais quand nous sommes allés en studio enregistrer. Tout ce que vous entendez sur l’album est le reflet de ce que nous sommes en tant que groupe dans notre quotidien. Les sentiments sont partout, mais ils sont finalement très rares. Il nous a fallu prendre la décision de sortir de tout ça, de nous mettre à nu, ou au contraire aussi de se cacher. On s’est retrouvé dans l’obligation de s’ouvrir à la critique de nos sentiments les plus profonds et les plus sombres. C’est parfois très difficile à faire. Mais je pense qu’avec l’aide de tous ceux qui étaient là avec nous en studio, nous avons acquis le fait qu’il n’y avait pas de mal à être si vulnérables et on a retrouvé beaucoup d’assurance. En effet, c’est probablement notre album le plus personnel, notamment au niveau des textes.

– Dans cette même optique, vous vous êtes aussi inspirés des Moires de la mythologie grecque et de ses trois divinités qui relient la vie, la perte et le destin en conclusion de l’album sur le morceau « The Three Fates », avec Neil Fallon de Clutch. Est-ce que, de cette manière, vous considérez « Marrow Deep » comme le début d’un nouveau chapitre pour MASTODON, car c’est un peu l’impression qu’il donne ?

Oui, je le pense vraiment et spécialement sur et avec cette dernière chanson, « The Three Fates ». Cela se ressent surtout sur le troisième mouvement, qui est une conversation musicale entre João (Nogueira, claviers – NDR) et Nick (Johnston, guitare – NDR) qui devient fusionnelle. Pour nous, c’est un regard très réconfortant sur l’avenir du groupe. Cela arrive en fin d’album et on ressent peut-être l’angoisse, la tristesse et l’introspection qu’il y a tout au long de l’album. C’est un focus sur la musique de ces deux musiciens, qui sont les derniers arrivés dans l’équipe. Pour moi, cela représente l’avenir et ça dit aussi que tout va bien. C’est une fin très réconfortante ! (Sourires)

– Justement, un mot aussi sur Nick Johnston (guitare) et João Nogueira (claviers), vos deux anciens musiciens de scène qui vous ont officiellement rejoints. J’imagine que leur intégration s’est faite naturellement, mais est-ce que vous avez songé un moment à d’autres nouveaux partenaires ?

Non, pas du tout, car João est arrivé au moment de « Hushed And Grim ». il a joué un peu en studio, puis il est venu avec nous en tournée. Cela fait maintenant cinq ans qu’il est avec nous et c’est un musicien incroyable. Et Nick est là depuis environ deux ans et c’est un mec formidable aussi et un grand musicien. Même s’il a été créatif, il n’a pas eu l’occasion de s’exprimer pleinement, parce que nous avions déjà écrit beaucoup de choses avant son arrivée. J’ai vraiment hâte de répéter avec eux deux dans le futur. Nick a déjà proposé des riffs, des parties entières et des morceaux presque complets et il est vraiment très enthousiaste ! Ce sont tous les deux des gens et des musiciens incroyables et il y a une super ambiance entre nous. Ils sont très créatifs et c’est exactement ce dont nous avons besoin.

– D’ailleurs, vous coproduisez aussi « Marrow Deep ». Est-ce que, vu le contexte, vous avez tenu à être plus présents que d’habitude dans le processus complet de l’album, qui a été enregistré dans votre studio, mais que vous avez laissé d’autres mixer ?

En fait, nous sommes toujours producteurs, ou coproducteurs de nos albums. Nous n’avons jamais envoyé nos idées à quelqu’un d’autre. En revanche, c’est agréable d’avoir un regard extérieur une fois que les choses ont bien avancé. On peut rester bloqué sur un arrangement ou une chanson pendant des mois et c’est là qu’une autre perspective peut faire avancer des situations. Changer ou déplacer une partie, par exemple, peut vraiment changer un morceau. Donc, pour cette raison, c’est sympa. Mais pas trop non plus, c’est notre groupe ! (Rires) Nous sommes des grands garçons et nous savons ce que nous voulons. Mais nous restons ouverts à d’autres propositions quand elles viennent de personnes, qui ont suffisamment d’expérience pour cela. Oui, nous sommes toujours les seuls responsables de notre musique ! (Sourires)

– Sur « Marrow Deep », vous accueillez aussi des guests de renom comme Josh Homme, la rythmique de Converge, le chanteur de Clutch, Neil Fallon, votre ami Randy Blythe de Lamb Of God ou encore l’ex-Black Sabbath Geezer Butler. Est-ce que les circonstances ont fait que vous aviez besoin du soutien d’amis musiciens, ou est-ce une démarche purement artistique ?

C’est un peu des deux, à mon avis. En le faisant, je n’ai pas réfléchi à ce que nos amis pouvaient s’imaginer. Peut-être qu’ils pensaient que nous étions blessés et qu’ils aimeraient aider si possible. Après, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Nous avons toujours eu des invités sur nos albums. En fait, nous sommes même toujours en train de chercher ! (Sourires) Le plus spécial était probablement d’avoir Geezer Butler. Nous avons baigné pendant des mois dans Black Sabbath, ce qui a aussi été amplifié avec le concert ‘Back To The Beginning’. Donc, tout était très frais dans nos esprits. Je me suis dit que l’intro d’une chanson comme « The Vanishing » lui conviendrait parfaitement. On lui a demandé et on a eu la chance qu’il accepte. C’était très excitant et aussi un grand honneur de l’avoir sur l’album. C’est le mec le plus cool que j’ai jamais vu ! (Sourires)

– Un mot aussi sur notre ‘Frenchy’, Joe Duplantier de Gojira, sur « The Vanishing » avec qui vous êtes amis de longues dates. Comment se concrétise cette connexion entre vous depuis si longtemps ?

Nous avons toujours été similaires dans notre façon de nous présenter l’un à l’autre et nous sommes animés d’une même mentalité artistique, je crois. Nous nous connaissons depuis de longues années et nous sommes très proches. On a toujours eu envie d’avoir Joe, ou l’un des membres de Gojira sur nos morceaux. Et ce moment s’est présenté avec ce titre très lourd. Joe possède la voix parfaite avec son scream puissant. C’était l’occasion idéale pour l’accueillir. Il était super content et qu’il y ait aussi Geezer Butler sur le morceau a été la cerise sur le gâteau ! (Sourires) Nous aimons vraiment les gars de Gojira. On a commencé à tourner ensemble en 2014 et notre relation a beaucoup de sens. Nous sommes toujours en contact et on s’envoie beaucoup de messages. Nous sommes de bons amis et c’était génial d’avoir Joe sur l’album. C’est le meilleur ! (Sourires)

– Par ailleurs, les gens te connaissent surtout en tant que batteur, mais tu es aussi chanteur, bassiste et compositeur. Comment se passe le processus d’écriture au sein de MASTODON ? Chacun apporte ses morceaux ou le travail est-il plutôt collectif ?

C’est un peu plus collaboratif aujourd’hui. Avant, quand nous commencions à écrite, je m’en occupais en général avec Bill (Kelliher – NDR). Nous sommes très proches, car nous vivons à un peu plus d’un quartier l’un de l’autre. Donc, je passe le matin avec un café dans son studio et on commence à tester et imaginer des riffs pour voir si ça sonne bien. Ou alors, j’arrive avec une idée de morceau, par exemple. Je la lui soumets et on en parle. Ensuite, on prend nos guitares et on joue ce qu’on a aimé. Puis, si on se dit qu’il fait trois parties, il nous faut un chorus, un pont, un riff de fin, etc… C’est un peu comme ça qu’on bosse ! (Sourires) On travaille tous les deux environ huit heures par jour, peu importe le nombre de journées qu’on y passe. On pose les bases, en fait. Mais parfois, il arrive aussi que quelqu’un arrive avec un morceau complet et c’est toujours bienvenu. Mais c’est vrai que sur les derniers albums, Bill et moi entrions en studio avec beaucoup de matières, plus ou moins abouties, que nous présentions. Cela dit, sur « Hushed And Grim », Brent (Hinds – NDR) avait aussi apporté quelques idées et nous avions travaillé les arrangements ensemble pour les faire aboutir.

– L’an dernier, vous avez joué au fameux concert ‘Back To The Beginning’ pour célébrer Black Sabbath. Comment as-tu vécu ce moment et que représentait Ozzy pour toi ? Une sorte de père spirituel ? Un mentor ?

Oui, Black Sabbath et Ozzy sont tout pour moi. Ils ont inventé cette forme d’art qu’on appelle le Heavy Metal. C’est une sorte de lieu où nous pouvons nous exprimer et laisser flotter le drapeau de cette musique. C’est la tribu à laquelle j’appartiens ! Tu sais, j’écoute toutes sortes de musiques et il y a beaucoup de choses que j’aime dans tous les genres. Mais le Heavy Metal est vraiment celui auquel je m’identifie. Et cela vient aussi de mes souvenirs d’enfance. J’ai grandi en écoutant du Metal avec Black Sabbath et Ozzy, Iron Maiden et Judas Priest. Un peu plus tard dans ma scolarité, ça a été Metallica, Slayer et les autres. Tous mes amis écoutaient ça ! Depuis mes six ans, Ozzy a toujours été là. Quand j’étais petit, je croyais même que c’était un personnage de dessin animé ! Je trouvais qu’il avait une tête de chauve-souris et qu’il était fou ! (Rires) Tout le monde autour de moi aimait Ozzy !

Alors, être invité à ce concert a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Jouer dans ce stade et en premier… C’était le plus grand honneur que je pouvais espérer. Et puis, je ne voulais pas qu’on soit le groupe qui fait de la merde ! (Rires) J’avais carrément toutes les paroles des morceaux sur un tom de ma batterie. C’est vraiment le truc le plus cool que j’ai pu faire ! (Sourires) C’était juste 15 minutes, mais c’était comme sortir d’un avion après avoir fait un voyage. Cela a vraiment été l’une des expériences musicales les plus marquantes que je n’ai jamais faites. Et il y avait tellement d’amour dans l’air, tout le monde était très excité. C’est l’un des meilleurs concerts auquel j’ai assisté aussi, car c’était la célébration des fans de Heavy Metal pour eux-mêmes et ils honoraient aussi leurs pères en montrant qu’ils étaient très fiers de faire partie de cette communauté. La veille à Birmingham, l’ambiance était incroyable. Et puis, c’était également la même chose pour tous les groupes qui ont joué. On avait tous le même objectif. Nous étions là pour honorer Black Sabbath et Ozzy et leur offrir le rendez-vous qu’ils méritaient en leur montrant tout notre respect pour tout ce qu’ils ont donné en tant que musiciens. Il y avait un sentiment très fort de fierté. Que ce soit Metallica, Slayer, Tool, Alice In Chains, Lamb Of God, Gojira et tous les autres : on leur a tout donné. Personne n’était au-dessus de l’autre. Et ensuite, je suis allé dans le public, j’ai pris une bière et j’ai commencé à fêter ça avec tout le monde. Et quand Ozzy est arrivé, on a tous commencé à pleurer ensemble et à chanter. C’était vraiment incroyable…

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot de « Floods Of Triton », ce morceau que vous aviez sorti avec Lamb Of God il y a deux ans. Outre le fait de vous retrouver entre amis, quelle était votre intention en sortant un titre hors-album, pour les deux groupes d’ailleurs ?

En fait, nous étions en tournée pour célébrer l’anniversaire des vingt ans de leur album « Ashes Of The Wake » et celui de « Leviathan », le nôtre. Par pure coïncidence, ils étaient sortis le même jour en 2004. Et il y a dix ans peut-être, nous nous sommes dits que si nous étions encore vivants, il faudrait faire une tournée ensemble pour célébrer ces deux disques qui sont sortis ensemble ! (Sourires) Tu sais, c’est compliqué d’être dans un groupe qui dure dans le temps. Nous sommes chanceux de ce point de vue-là. Alors, il fallait fêter ça ! Donc, c’était cool de faire le lien entre nos deux groupes à travers cette tournée. Et puis, nous avions ce morceau que nous pensions parfait pour Randy (Blythe, chanteur de Lamb Of God – NDR). Oui, je pense que cela s’est bien passé et j’aime beaucoup ce titre ! (Sourires) Les gars de Lamb Of God sont des gens que j’adore, ce sont vraiment des amis.

– Enfin, pour vous suivre depuis longtemps et pour vous avoir aussi vu au Bataclan à Paris en 2012 sur la tournée de « The Hunter », MASTODON donne l’impression d’avoir éclairci son jeu, tout en restant fidèle au Sludge et au Stoner. Etes-vous en quête de précision musicale, ou c’est une évolution finalement très naturelle ?

Je pense que c’est assez naturel. Quand tu as l’opportunité d’écrire de nouvelles chansons, tu vois ce qui se passe et tu es toujours excité de continuer dans cette perspective. C’est intéressant de regarder le passé avec le recul et de voir ce qui te fait toujours vibrer. Pour ce qui concerne la précision musicale, de mon pont de vue, quand je suis derrière ma batterie et que je fais un concert, j’essaie toujours d’être le plus parfait dans mon jeu. En tout cas, j’essaie ! (Sourires) Et il y a toujours des trucs qu’on oublie de faire, ou d’autres qu’on est content d’avoir trouvés ! C’est toujours très amusant ! (Rires) Par ailleurs, je recherche aussi cette expérience spirituelle en étant sur scène avec les gars et toucher cet instant dans une chanson qui peut atteindre un sommet. Je cherche toujours ce moment-là. Atteindre ça derrière ma batterie, le tout combiné à d’autres impacts émotionnels, est une chose qui reste gravée pour toujours. A ce moment-là, il y a une véritable et réelle connexion avec le public… Je les vois chanter… C’est ça que je recherche en fin de compte ! (Sourires)

Le nouvel album de MASTODON, « Marrow Deep », est disponible chez Loma Vista Recordings.

Photos : William Lacalmontie (1, 4, 5) et Deathcats (2).

Retrouvez la chronique de l’album…

… Et celle de « Hushed And Grim » :

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Heavy metal Thrash Metal

Tonic Breed : nouvelle salve

Depuis qu’il est seul aux commandes de TONIC BREED, Patrick K. Svendsen ne sort plus d’album et préfère se concentrer sur les singles et les formats courts. La fin d’une époque ou la résolution à se plier aux nouvelles règles d’une industrie musicale en pleine déroute ? Une chose est sûre : il faut se contenter d’un quart d’heure tous les quatre ans et c’est bien trop peu. Cela dit, la qualité et le choix des guests sur les compositions du Scandinave sont éclatants et le jeu est peaufiné dans les moindres détails.

TONIC BREED

« Name Dealer »

(Independant)

Depuis sa reprise en main de TONIC BREED en 2022 avec un premier EP, « Fuel The Fire », le norvégien Patrik K. Svendsen œuvre sous la forme d’un one-man-band, à l’exception près que le line-up de tous les morceaux évolue constamment. Et le multi-instrumentiste n’invite pas n’importe qui sur ses compositions. Sur le précédent effort, ce sont Dirk Verbeuren (Megadeth), Bernt Jansen (Artch/Wig Wam), Björn Strid (Soilwork), Martin Skrivbakken (Endezzma) et Oliver Palotai (Kamelot) qui étaient de l’aventure. Un casting de grande classe, et c’est encore le cas ici.

Si l’intention musicale était plus claire sur « Fuel The Fire » avec un Metal dur et très Thrash, « Name Dealer » est nettement plus diversifié, dévoilant un spectre plus large. La base n’a pas vraiment changé, mais les invités semblent avoir plus de liberté et leur touche personnelle ressort de manière plus évidente. Sur le titre éponyme en ouverture, TONIC BREED accueille Tommy Aldridge derrière les fûts et Joel Hoekstra de Whitesnake à la guitare pour un duo explosif et d’une incroyable fluidité. D’ailleurs, probablement le meilleur titre de cet EP.

Puis, c’est au tour du batteur de Five Finger Death Punch, Charlie Engen, de prendre le relais sur la power ballade « Close In », la vraie surprise de « Name Dealer » . Changement de ton ensuite avec « Anew », où Chris Adler de Lamb Of God vient dynamiter cet instant résolument Thrash et certainement le plus musclé de l’ensemble. Et TONIC BREED conclue dans la même veine avec le très 80’s « The Die Is Cast », sur lequel le guitariste Michael Gilbert (Flotsam & Jetsam) élève encore d’un cran le niveau pour le rendre tranchant et acéré. Convaincant, mais bien trop court.

Retrouvez l’interview de TONIC BREED à l’occasion de la sortie du premier EP, « Fuel For Fire » :

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Hard'n Heavy

Firstborne : la parfaite alchimie

Frais et massif, ce deuxième album de FIRSTBORNE est l’une des meilleures réalisations du genre depuis un bon moment. Porté par des artistes chevronnés précédés par leur réputation, « Lucky » porte bien son nom, tant sa musicalité est fluide et présente le mix parfait entre Hard Rock et Heavy Metal. Technique, mais gorgé de refrains fédérateurs, le groupe évolue avec tellement de facilité et de créativité qu’il va très vite devenir incontournable.

FIRSTBORNE

« Lucky »

(M-Theory Audio)

Depuis leurs débuts en 2019, les Américains n’ont pas levé le pied. Après un EP éponyme l’année suivante, ils ont enregistré de nombreux singles, deux autres EPs (« Sinners » et « Follower ») et enfin un premier long format, « Gods Of Life », il y a tout juste deux ans. S’il n’est pas franchement étonnant de voir une telle productivité de la part du trio, il semble toutefois que le style s’affine et que FIRSTBORNE a fini par trouver son terrain de jeu favori et avec ce deuxième opus, et il penche sérieusement vers un Hard Rock pêchu et moderne.

C’est vrai que l’expérience des trois musiciens aurait pu les mener vers n’importe quel registre. Mais le batteur Chris Adler (Lamb Of God, Megadeth), le virtuose et shreder avéré Myrone et l’électrisant chanteur Girish Pradhan (Girish And The Chronicles, The End Machine) ont jeté leur dévolu sur un univers qu’ils connaissent bien, hyper-Rock’n’Roll et Heavy à souhait. Un mix savoureux qui a irradié les années 90 notamment, mais que FIRSTBORNE a intelligemment actualisé avec une belle férocité et de mélodies accrocheuses.

Précises, les parties de guitare sont très relevées, inspirées et malgré tout assez peu démonstratives compte tenu du talent de Myrone. Exceptionnelle, la batterie l’est tout autant, surfant sur un groove imparable et ensorceleur. Chaleureux et entraînant, le frontman apporte toute sa puissance à ce FIRSTBORNE aussi soudé que solide et percutant (« Again », « Wake Up », « Only A Fool », « Human Interrupted », « Prometheus »). Enfin, la production de Machine (Clutch, Crobot) offre un éclat magistral aux morceaux. Très, très fort !

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Southern Metal Southern Rock

Mark Morton : south side

Décidemment, il semblerait que tout le monde se tourne vers la scène du Sud et peu importe le style. Certes, dans le Blues, il paraît assez normal et évident d’aller vers des origines avérées. Quand les musiciens issus du milieu du Metal, et pas des plus tranquilles, s’y mettent, on y regarde tout de même à deux fois… et en scrutant le pédigrée de l’aventurier. MARK MORTON, six-cordiste en chef de Lamb Of God, fait mieux de s’immiscer dans un genre pourtant loin de ses (bonnes) habitudes. Grâce à un jeu brut et direct, son côté roots fait même de son album une belle surprise. « Without the Pain » est un disque bien exécuté et convaincant. 

MARK MORTON

« Without The Pain »

(Independant)

Tout d’abord, je tiens à rassurer les fans de Lamb Of God et ceux de Country Music aussi car, contrairement à ce que j’ai pu lire dans un très, très fameux magazine rocailleux français, MARK MORTON n’a pas sorti d’album de Country. Enfin, pas encore à ce jour, il me semble… Donc, histoire de rectifier un peu le tir hasardeux plein de graviers de notre belle presse nationale, le guitariste et chanteur s’est essayé (et plutôt bien !) au Rock Sudiste, c’est-à-dire au Southern Rock pour être le plus politiquement correct possible. Désolé, mais comme je sais que l’heure est aux fake news, je tenais à apporter quelques précisions. Direction donc le Sud des Etats-Unis avec ce « Without The Pain » de très bonne facture.

Alors, c’est vrai que notre tendre métalleux s’est fait plaisir en invitant quelques jolis noms plutôt associés au genre, comme le leader de Cadillac Tree, Jaren Ray Johnston, la chanteuse Country Nikki Lane, le rugueux Texan Matt James des Blacktop Mojo, le jeune Travis Denning de Georgie, ainsi que Charlie Starr et Jason Isbell de Blackberry Smoke, le très Outlaw Cody Jinkx, la jeune et talentueuse guitariste Grace Browers déjà chroniqué ici, ‘Mr Larkin Poe’ Tyler Bryant, le frontman de Clutch, Neil Fallon, le guitariste de Blues Rock Jared James Nichols et enfin le bassiste et chanteur de Mastodon Troy, Jayson Sanders… Il manque donc Dolly Parton à cette grand-messe de la Country orchestrée par MARK MORTON !

Assez éloigné donc des Miranda Lambert, Lainey Wilson et autres Carrie Underwood, on est plutôt ici dans les pas du Pride & Glory de Zakk Wylde, voire plus récemment de Cory Marks. Ne nous y trompons pas, le musicien originaire de Virginie, a mis le cap au Sud en sortant les muscles, et on n’en attendait pas moins de lui. Il prend à bras le corps le Southern Rock avec l’héritage très Metal qu’on lui connaît. Et ça sonne ! Les riffs épais et tranchants, un songwriting aux petits oignons et des solos de grande classe font de ce deuxième effort en solo de MARK MORTON un moment bien pensé et agréable. Proche des standards du genre, il lui manque cependant encore un peu d’identité franchement Southern. Propre et soutenu.

Photo : Travis Shinn

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Groove Metal Thrash Metal

Lamb Of God : l’envie du partage

Pour sa onzième réalisation studio, LAMB OF GOD donne presque l’impression d’un émoi  retrouvé, qui est très certainement dû au fait d’avoir enregistré « Omens » en live. Cette immédiateté déversée sur les dix titres offre à ce nouvel opus un aspect où le quintet enflamme par ses nouvelles compos, dont la force est décuplée et renforcée grâce à un élan très connecté, omniprésent et ravageur.

LAMB OF GOD

« Omens »

(Nuclear Blast Records)

LAMB OF GOD nous avait laissé en mars 2021 avec un drôle d’album live, « Live In Richmond, VA », que le groupe avait enregistré un concert, chez lui et en streaming, devant une salle vide pour cause de confinement. Même si l’envie et la puissance étaient au rendez-vous, une atmosphère étrange s’en dégageait. Pourtant, chez le quintet américain, un fort désir a émergé, celui de jouer en live le plus souvent possible. Et c’est le cas sur « Omens », où seules quelques toutes petites parties vocales ont été enregistrées séparément.

Donc, la chose qui ressort au premier abord d’« Omens » est cette énergie du collectif que le frontman Randy Blythe prend aussi à son compte. Jouer et composer ensemble s’entend véritablement sur ce nouvel album et LAMB OF GOD emporte tout sur son passage et y parvient sans peine. Produit par le grand Josh Wilbur (Korn, Trivium, Megadeth) et surtout enregistré aux mythiques Henson Recording Studios créés par Charlie Chaplin en 1917, le groupe livre ici un opus enragé et convaincu.

La culture et une évidente adoration du riff restent intactes et plus virulentes que jamais. La paire Willie Adler/Mark Morton s’en donne à cœur-joie, quitte parfois à nous perdre en route. Sans jamais lever le pied, « Nevermore », « Vanishing », « To The Grave », « Grayscale » ou encore « Denial Mechanism » sonnent comme des piqûres de rappel où LAMB OF GOD donne le sentiment d’insister sur l’aspect exaltant, électrisant et surpuissant de son jeu. « Omens » est particulièrement rageur, voire presqu’excessif. Jubilatoire. 

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International Stoner Rock

Clutch : une année bien remplie [Interview]

Groupe incontournable de la scène Stoner et beaucoup plus largement Rock et Hard, CLUTCH a vécu comme nous tous une année très spéciale. Faute de concert, le quatuor du Maryland n’a pas pour autant rompu le contact avec ses fans. Une compilation, des concerts en streaming, un album de reprises avec des duos et des réenregistrements, les Américains ne sont pas restés les bras croisés. Rapide retour sur cette année très particulière…

– En mars dernier, en plein confinement, vous avez sorti une compilation uniquement en format numérique (« Monsters, Machines, And Mythological Beasts »). Qu’est-ce qui vous a incité à revenir si rapidement avec un nouvel enregistrement, même s’il ne s’agit pas de nouvelles chansons ?

2019 a été une année très chargée en concerts, et 2020 devait être plus ou moins pareille. Nous ne pensions pas avoir beaucoup de temps disponible pour écrire et enregistrer un album entier avec de nouvelles chansons. Du coup à la place, nous sommes allés en studio régulièrement pour enregistrer des reprises et retravailler aussi de vieux morceaux. Au départ, on voulait les mettre un par un sur les plateformes de streaming. Finalement, nous en avons eu assez pour sortir un disque physique que nous avons intitulé « Weathermaker Vault Series Vol. 1 ».

– Ce nouveau disque sort également sur votre propre label WM. Créé en 2008, il vous apporte beaucoup de liberté, non ?

Weathermaker Music nous permet de sortir tout ce qui concerne le groupe depuis 2008. Nous avons également un groupe instrumental appelé ‘The Bakerton Group’, dont deux albums sont sortis sous WM, ainsi que plusieurs albums de formations qui incluent d’ailleurs plusieurs membres de CLUTCH.

– Parmi ces chansons, il y a des réenregistrements, des reprises et des duos. Comment avez-vous effectué le choix de la tracklist ?

Les reprises que nous avons choisies sont juste des morceaux qui ont été une source d’inspiration, ou simplement nos préférés depuis des années. Ces originaux de CLUTCH, qui ont été réenregistrés, ont été sélectionnés parce que nous sentions d’une manière ou d’une autre que nous pouvons mieux les jouer. Et puis, ça nous fait du bien de les écouter dans des versions améliorées !

– Quelques mots à propos de Randy Blythe de Lamb Of God qui partage avec vous « Passive Restraints ». Comment est née l’idée de ce duo ?

Randy est un ami. Nous avons tourné avec Lamb of God à plusieurs reprises ces dernières années. Lors de notre dernière tournée aux États-Unis avec eux, on a voulu que Randy nous rejoigne sur scène. Nous lui avons demandé quelle chanson il voudrait chanter, et il a choisi « Passive Restraints ». Ce n’était pas une chanson qui faisait partie de notre setlist à l’époque. C’était donc excitant de la jouer. L’énergie et l’enthousiasme de Randy nous ont incité à retourner en studio et à la réenregistrer avec lui. Personnellement, c’est l’une de mes préférées parmi ces nouveaux enregistrements.

– Ces nouvelles versions vous ont-elles permis de vous recentrer sur votre son et votre démarche artistique ?

Bien sûr ! Certains des enregistrements originaux avaient plus de dix ans, et nous avons estimé que nous pouvions les jouer beaucoup mieux aujourd’hui. Parfois, il faut des années de tournées pour jouer correctement une chanson !

– J’imagine que ces longs mois sans concert vous ont permis de réfléchir, d’écrire et de composer. Avez-vous déjà des idées, des chansons ou même des prémices de votre prochain album ? Et peut-être même une date de sortie ?

Cette année a vraiment été difficile pour se projeter sur du long terme, et je dirais même que le côté créatif de l’écriture en a été affecté. Nous avons passé la majeure partie de notre temps à nous concentrer sur la diffusion d’une série de concerts en direct sur le Net que nous avons appelé « Live From The Doom Saloon ». On a d’ailleurs fait notre dernier concert le 18 décembre dernier. Le ‘Doom Saloon’ est notre salle de répétition et notre studio ici chez nous, dans le Maryland.

C’est là que nous nous réunissons pour élaborer de nouveaux morceaux et répéter. Avec l’aide de nos amis des productions My Good Eye et LiveFrom, nous diffusons en streaming et en direct régulièrement des concerts complets. En 2021, nous allons passer plus de temps à écrire de nouvelles chansons. Et avec un peu de chance, nous reprendrons la route pour les partager avec vous. Une chose est sûre, nous enregistrerons un nouvel album cette année.