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France Sludge

Seum : une souriante fureur [Interview]

Abrasif et décomplexé, le Sludge de SEUM fait trembler les murs depuis quelques années et aujourd’hui, même le métro de Montréal ou les bretelles d’autoroutes perçoivent ses vibrations. Bien plus qu’une simple rythmique, la batterie et la basse du power trio mènent l’ensemble avec un radicalité musicale dans laquelle le frontman s’engouffre avec hargne et vigueur. Pour son troisième album, « Parking Life » vient bousculer les habitudes frontales du groupe pour une expérience musicale unique, qui fait fi des codes et poursuit une trajectoire sans compromis et dorénavant très expérimentée. Des certitudes sur lesquelles Piotr, bassiste du combo, revient à travers un entretien qui dresse aussi un rapide bilan de l’aventure québécoise de nos trois Français.

– Tout d’abord et comme je vous suis depuis six ans maintenant et la sortie de votre premier EP, « Summer OF Seum », il est temps de faire un petit bilan de votre aventure québécoise. Est-ce que ce que vous vivez aujourd’hui correspond aux attentes que vous aviez en allant créer SEUM à Montréal ?

C’est vrai que ça fait déjà six ans, et merci pour ton soutien durant tout ce temps. Tout ce que nous vivons avec SEUM dépasse de loin toutes nos attentes initiales, car nous n’en avions pas ! (Rires) Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble en 2020, l’idée était simplement de refaire de la musique après s’être trop oubliés dans le travail pendant plusieurs années après notre immigration au Canada. Nous n’avions pas vraiment d’attentes, mais nous souhaitions faire les choses bien : prendre notre temps pour écrire de bonnes chansons, collaborer sur des visuels marquants et trouver des manières originales et fun de promouvoir notre musique. Nous voulions avoir du plaisir dans chaque domaine lié au groupe. Nous continuons avec cette approche et nous apprécions chaque moment, que ce soit une interview avec toi, ou une invitation au Hellfest. On a hâte de voir la suite.

– Vous sortez déjà votre troisième album, « Parking Life », après des EPs, des Live, des singles et des splits, et toujours avec le même line-up, bien sûr. Etre aussi soudés montre également votre détermination. Est-ce que c’est le fait d’être aussi prolifiques qui alimente votre créativité ?

Je t’avoue que nous n’y avons jamais vraiment réfléchi, on aime être dans l’action. On a aussi la chance de pouvoir enregistrer et mixer nous-mêmes ce qui nous permet sûrement de sortir des disques plus vites que d’autres groupes. Diffuser de la nouvelle musique relance la machine à chaque fois, car on peut reprendre la route, faire de nouveaux concerts et rencontrer de nouvelles personnes. C’est aussi l’occasion pour nous à chaque fois de nous remettre en cause et d’essayer de modifier un peu la formule pour que chaque sortie ait sa personnalité.

– Depuis vos débuts, vous prônez la culture DIY et vous vous y tenez. Pourtant, pour vos trois albums, vous avez fait appel à de grands noms pour les masteriser. Pour « Winterized », c’était Erwin Hermsen (Trouble, Pestilence, Dead) et pour « Double Double », ce fut John Golden (Melvins, Sleep, Weedeater). Et pour « Parking Life », c’est Chris Fielding (Conan, Electric Wizard), qui réalise le mastering. Es-ce une manière pour vous de valider votre travail en quelque sorte ?

C’est Fred, notre batteur, qui s’occupe presque à chaque fois d’enregistrer, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas pour « Parking Life », et de mixer nos projets, il en a aussi masteriser quelques-uns (le split avec Fatima, « Summer of Seum », « Live From The Seum-Cave »). On s’est rendu compte que c’était plus intéressant d’avoir quelqu’un de l’extérieur pour revenir sur notre travail, car écouter les morceaux en boucle impactait notre esprit critique. Faire appel à de grands noms nous permet aussi de réaliser un petit rêve de fan. On est à une poignée de main de groupes légendaires, car John Golden a travaillé avec Nirvana ! (Sourires) On est très contents de ces collaborations et pour « Parking Life », Chris Fielding a fait un travail remarquable. Il a réussi à donner de l’énergie aux morceaux, tout en conservant leur lisibilité.

– D’ailleurs, quel est l’apport principal de ces collaborations extérieures pour finaliser vos albums, selon vous ? Ça se joue sur la garantie d’un bon traitement sonore, car on retrouve toujours le son de SEUM ?

Collaborer avec des gens extérieurs lors du mastering nous permet d’entendre et de gommer certaines erreurs de mix que nous n’aurions pas entendu nous-mêmes. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le processus, c’est un peu comme poser une couche de vernis sur une peinture. Alors, ça nous permet de faire rentrer un peu d’air dans le processus créatif, ça fait du bien… (Sourires)

– Un petit rappel pour ceux qui ne sont pas encore familiers avec SEUM, il n’y pas de guitare dans votre ‘Doom’n Bass’. En six ans, vous n’avez jamais été tenté ? Vous auriez pu croiser un six-cordiste québécois en phase avec votre Sludge, par exemple…

On a déjà rencontré des guitaristes qui se sont proposés, bien sûr ! Mais depuis son origine, le groupe s’est toujours voulu basse/batterie/chant. Ça peut apparaître comme une contrainte, mais c’est ce qui nous a permis de fabriquer notre formule avec le temps, c’est ce qui nous caractérise. Alors, pas de guitares à l’horizon, mais en revanche pourquoi pas un projet composé à deux basses distinctes ? (Sourires) Ça pourrait être une idée pour le prochain projet. A ce sujet, on a eu plaisir à jouer en tournée avec le groupe français Vantre, qui joue à deux basses et la manière de faire de la musique sans guitare est vraiment inspirante. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à les écouter !

– L’une des nouveautés de « Parking Life » est l’apparition de voix claires et même de quelques mélodies. Vous avez déclaré avoir traité chaque morceau comme un titre Pop. Que vouliez-vous dire par là, car on en est tout de même très loin ?

La formule est volontairement provocante, car mélanger Sludge et Pop, a priori, n’a aucun sens ! Pour la promo de l’album, on comparait même le disque à la rencontre improbable et alcoolisée de Jimmy Bower d’Eyehategod et de Britney Spears ! (Rires) Ce qu’on a voulu par là, c’est créer des morceaux courts, catchy, ‘fredonnables’ et traitant de sujets que nous sommes nombreux à partager, un peu comme sur des titres de Pop. L’ajout de chant clair sur certains refrains nous permet aussi de jouer avec notre formule et d’ajouter, on espère, un petit côté entêtant aux chansons. On fait de la musique extrême, mais on est pas snobs par rapport à la musique mainstream. « Parking Life » est un album fun sur des sujets qui ne le sont pas comme la vieillesse, les ruptures, l’addiction, le travail abrutissant et ce qui nous attend tous, la mort.

– Derrière ce titre, « Parking Life », il y a aussi toute la philosophie et la démarche de SEUM, qui est résumé. Le voyez-vous comme un simple pied-de-nez à l’industrie musicale, ou est-ce que cela s’étend jusqu’à notre société actuellement en pleine dérive ?

C’est notre manière de nous exprimer sur le monde qui nous entoure. Nous avons commencé initialement comme un groupe de Sludge fumeurs de joints et buveurs de bières, mais nous nous sommes engagés de plus en plus au fur et à mesure du temps,. J’imagine que vivre à notre époque en Amérique du Nord et observer les dégâts du capitalisme de près laisse des traces. Nous essayons d’opérer des changements humblement à notre échelle. Nos disques sont maintenant à participation libre, les concerts que nous faisons aussi. Nous en organisons régulièrement qui sont ouverts aux mineurs, car d’habitude les concerts en Amérique du Nord sont réservés aux plus de 18 ans, voire plus de 21, ou dans des conditions uniques comme sous une bretelle d’autoroute ou dans le métro pour accueillir le plus de gens possible. Le monde actuel est en train de se fissurer, on peut rester dans son coin effrayé par le changement, ou en profiter pour s’insérer dans les brèches à coup de créativité. On a choisi la seconde option !

– Enfin, malgré le fait de donner l’impression d’avoir ‘popisé’ votre Doom’n’ Bass, il y a ce changement de logo qui vient apporter un sacré contraste avec son graphisme emprunté au Black Death. Le moment est bien choisi pour cette transition, alors que vous dites être en quête de plus d’accessibilité. Cela dit, SEUM n’est-il pas plus Sludge que jamais ?

Ce nouveau logo est un vrai coup de cœur! Notre graphiste Clément nous l’a proposé spontanément alors qu’il travaillait sur la mise en page de la pochette. Nous avons décidé de l’utiliser pour l’album d’autant plus qu’il se marie très bien à la photo de la pochette. Tu as raison, ce logo est en décalage avec le côté plus accessible de notre musique, mais le mariage des extrêmes est quand même une caractéristique du Sludge, non ? (Sourires) Melvins, qui ont inventé le genre, ont des albums extrêmement lourds avec des pochettes très douces… Disons que nous avons fait l’opposé ! (Sourires)

Le nouvel album de SEUM, « Parking Life », ainsi que toutes les sorties et le merchandising du groupe sont disponibles sur son Bandcamp : www.seumtheband.bandcamp.com

Retrouvez les différentes chroniques et la dernière interview de SEUM :

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Heavy Stoner Rock Sludge Southern Stoner

Corrosion Of Conformity : Southern spirit

Percutant, rugueux et fédérateur, ce onzième effort d’un CORROSION OF CONFORMITY encore remanié conserve l’essence-même de l’identité musicale de la formation de Caroline du Nord. Avec une énergie continue, le quatuor déclenche des tempêtes Sludge avant de se montrer électrisant sur des ballades mid-tempos, des titres clairement Hard Rock ou frontalement Heavy Rock. Son Stoner Rock oscille à l’envie, sans jamais se perdre et c’est là toute la magie à l’œuvre depuis plus de quatre décennies. Souple, rebelle et plus enjoué et déterminé que jamais, le combo déroule son jeu sur plus d’une heure.

CORROSION OF CONFORMITY

« Good God/Baad Man »

(Nuclear Blast Records)

Ces dernières années ont été assez chaotiques pour CORROSION OF CONFORMITY. Après le décès tragique de son batteur Reed Mullin en 2020, puis le départ quatre ans plus tard de son bassiste et cofondateur Mike Dean, plus d’un aurait jeté l’éponge. Mais c’est sans compter sur la ténacité et la force de cette institution bâtie il y a déjà 44 ans et qui semble plus que jamais inébranlable. Derrière son chanteur et guitariste Pepper Keenan et le six-cordiste soliste Woody Weatherman, la nouvelle rythmique ronronne grâce à Stanton Moore derrière les fûts et au nouveau venu, le chevronné Bobby Landgraf, tous deux irréprochables et parfaitement connectés.

Les huit années qui séparent « No Cross No Crown » de ce nouvel opus peuvent laisser planer une incertitude légitime, mais « Good God/Baad Man » la dissipe aussitôt. On retrouve en effet CORROSION OF CONFORMITY dans toute sa splendeur, guidé par la voix inimitable de son frontman, bardé de riffs tranchants et épais et sur un groove massif de son nouveau duo basse/batterie, qui assure un tempo solide d’une grande complicité. Présenté comme un double-album, il y a bien deux parties regroupant les 14 titres, mais il s’agit plus d’une continuité que d’un véritable contraste. On reste naviguer dans l’univers des quatre musiciens.

La production très organique de Warren Riker (Down, Cynic) offre une impression très live à l’ensemble et l’on entend d’ailleurs quelques échanges entre les morceaux. Si l’entame du disque est très brute et axée sur un Heavy Stoner Rock puissant et parfois Metal et Sludge, la suite libère le côté Southern de CORROSION OF CONFORMITY grâce à des envolées Hard Rock, de légers accents Country-Rock, bluesy et même funky. « Good God/Baad Man » est probablement l’œuvre la plus aboutie du groupe, celle qui englobe le plus de composantes. Et il a beau se conclure sur le son d’un encéphalogramme plat, les Américains sont plus vivants que jamais ! Un must !

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Grunge Sludge

fátima : une féroce animalité

Avec son registre atypique fait de Grunge, de Stoner, de Doom et de Sludge, FÁTIMA avoue une certaine tendresse pour les années 90, et pourtant il n’en demeure pas moins aussi brutal qu’efficace. Grâce à un groove compact et enveloppant, la formation francilienne franchit à chaque effort un palier supplémentaire et si le côté primaire résonne fort, la nuance et la délicatesse ne sont jamais loin. « Primal » offre bien des visages et multiplie les atmosphères avec une attitude frontale réjouissante.

FÁTIMA

« Primal »

(Black Robes Records)

Depuis dix ans déjà, le power trio déverse son Sludge/Grunge mâtiné de Doom et de saveurs orientales et avec « Primal », son cinquième album, on peut affirmer qu’il atteint un sommet dans sa discographie. En partageant deux réalisations avec Seum en 2021 et Clegane en 2023, FÁTIMA a aussi perfectionné son art du DIY et paraît même changer de dimension dans son savoir-faire à chaque sortie. En effet, le son s’affine et monte en puissance, tandis que le groupe livre des compositions toujours plus fluides et maîtrisées.

Depuis « Fossil » (2022), puis « Eerie » (2024), les bestioles de ses pochettes changent elles aussi d’apparence, travaillant une délicieuse hostilité avec minutie. D’ailleurs, « Primal » n’est pas plus docile que ses prédécesseurs et son visuel ferait presque passer le célèbre King Kong pour une peluche. Bref, FÁTIMA est surtout devenue une machine bien huilée, massive et incisive, mais où les mélodies ont tout autant leur place que les lourdes rythmiques sur lesquelles elles reposent. Original et imprévisible, le combo s’affirme férocement.

S’ils font parfois penser à un Nirvana sous stéroïdes, les Parisiens gèrent l’animalité de leur style avec brio et sans retenue. Le duo Base/batterie est gras à souhait, les riffs d’une épaisseur impénétrable et le chant y trouve sa place avec autorité. FÁTIMA déroule son jeu, harangue et hypnotise même à l’occasion avec des envolées Stoner Psych bien senties (« Sassquatch », « Killer Wart Hog », « Chilled Monkey Brains », « Waters Of Babylon », « Gazelle Horns » et le morceau-titre). Instinctif et massif, le combo a bien mûri et « Primal » écarte les doutes avec conviction.

Retrouvez la chronique du split avec Clegane et le [Going Faster] à l’occasion de la sortie de « Fossil » :

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Doom Post-Metal Sludge

Coltaine : un flot d’émotion

Il y a quelque chose d’inaccessible dans la musique de COLTAINE. Si une certaine tristesse domine, elle est aussi le moteur de l’imagination débordante des Allemands. Porté par le magnétisme de la voix de sa chanteuse, ce deuxième effort apporte beaucoup de certitudes sur l’art du dépassement, qui tangue dans le bercement d’un post-Metal qui pousse le Doom et le Sludge dans leurs derniers retranchements. « Brandung » emprunte des courants et des flux, qui débouchent sur une singularité assez rare. Une odyssée captivante.

COLTAINE

« Brandung »

(Lay Bare Recordings)

Fondé en 2022 dans les profondeurs de la Forêt Noire, un lieu à l’univers brumeux a priori mystique, COLTAINE semblait dès le départ avoir beaucoup de choses à dire. En effet, un an après son premier album, « Forgotten Ways », le revoici avec « Brandung » et toujours aussi inspiré. Dans un registre très personnel, le quatuor est guidé par une profonde mélancolie et celle-ci lui permet de transcender les genres. Si l’on considère le post-Doom Metal comme sa base, les volées post-Rock et les fulgurances Sludge et Blackgaze sont aussi très présentes.

Pourtant, tout l’attrait de COLTAINE réside dans sa diversité plus que dans sa complexité. Le jeu du groupe est direct et organique, loin de toutes fioritures mais aux arrangements soignés. Quittant leur dense forêt pour axer « Brandung » sur le concept de l’océan, la formation allemande s’approprie un autre monde, tout aussi captif et impénétrable, celui de la mer, de sa houle et de ses vagues submersives. Et dès l’intro, « Tiefe Wasser », en forme de comptine, on quitte la surface pour des abysses musicaux captivants.

Julia Frasch (chant), Moritz Berg (guitare), Benedikt Berg (basse) et Amin Bouzeghaia (batterie) nous plongent dans une immersion ténébreuse à travers des atmosphères prenantes et des reliefs sonores d’une grande variété. Les riffs incisifs, la rythmique polymorphe et le chant aérien de sa frontwoman font de COLTAINE une entité hors-norme, dont la créativité défie les genres (« Keep Me Down In The Deep », « Wirbelwind », « Maelstrom », « Brandung », « Solar Veil »). Un dépaysement affrontant le Metal avec talent.

Photo : Daniel Kilgus

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Crossover Sludge Stoner Metal

Tigerleech : sans compromis

Avec «  Bicephalous », les Français donnent leur vision d’un Crossover réinventé sur une base Stoner, où le Sludge, le Metal, le Doom et le HxC cohabitent en toute harmonie. Complet et très nuancé, ce nouvel effort de TIGERLEECH est pourtant très direct, alerte et prend à bras le corps les sujets sociétaux sans tergiverser. Intense et percutant, ce deuxième opus redonne des couleurs et des perspectives à un registre, qui n’a pas encore livré tous les secrets et sa potentialité.

TIGERLEECH

« Bicephalous »

(Octopus Rising/Argonauta Records)

Cela fait un peu plus de dix ans que TIGERLEECH secoue l’underground hexagonal et ce troisième album va encore dans ce sens, avec peut-être même plus de fermeté. Et s’ils ont apporté quelques évolutions musicalement, les Parisiens ont également remanié leur line-up et accueillent un second guitariste sur ce bouillonnant « Bicephalous ». Le mur de guitare s’est donc renforcé, en phase avec l’écrasant duo basse/batterie et le frontman très en verve et revendicatif, qui mène le combo avec force et beaucoup d’aplomb.

Ayant explosé sur la scène française avec l’excellent  « Melancoly Bridge », il y a quatre ans, TIGERLEECH avait entrepris de belle manière un virage plus mélodique dans son Stoner Sludge et cela lui avait franchement réussi. Nouveau changement de direction donc sur ce « Bicephalous » nettement plus radical et abrasif. Mais on ne saurait s’en plaindre, tant le quintet maîtrise son sujet et nous renvoie à cette époque bénie du Crossover. Très Metal, il reste Sludge bien sûr, mais libère aussi des éclats Hard-Core très 90’s.

Sur une production très actuelle, les références à Body Count surtout, mais aussi dans une certaine mesure à RATM et Suicidal Tendencies dans l’esprit, sonnent le retour à une efficacité tranchante et engagée. Avec de subtils éléments post-Rock, TIGERLEECH montre aussi ses capacités à entrer dans le détail tout en assénant de lourdes charges (« When You Cross The Border », « King Of The White Castle », « The Art Of Do It Yourself », « 321 Ignition » et le morceau-titre). Ce retour est fracassant et frontal, donc réjouissant !

Retrouvez aussi la chronique du premier album :

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Post-Metal Sludge

Hølls : un jaillissement d’émotions

La formation de Besançon n’élude pas la violence sur son premier album, mais elle le fait avec beaucoup de finesse à travers son post-Metal, et en fait même un terrain de jeu tourmenté et souvent aérien. Très organique dans le son, HØLLS avance sur un line-up costaud : basse, batterie, deux guitares et une frontwoman habitée par des textes forts et sensibles. Avec « Ill », le combo explore les consciences et dépeint une époque trouble et incertaine avec beaucoup de conviction et d’aplomb. Le début d’une belle aventure. 

HØLLS

« Ill »

(Independant)

Avec tout juste deux ans d’existence, HØLLS se présente avec un premier opus plutôt audacieux. Sombre et jouant sur un clair-obscur bien maîtrisé, le quintet nous propulse dans un post-Metal aux multiples facettes, qui nous parcourt de sensibilité Screamo et même Sludge, dès lors que sa rythmique accélère la cadence. A la tête du combo, on retrouve la chanteuse Sandra Chatelain dont la palette vocale navigue entre chant clair et saturé, ce qui libère véritablement l’empreinte musicale des Francs-Comtois, dont l’originalité est palpable et souvent insaisissable.

Car, si ce Metal tout en nuances passe d’atmosphères très progressives à des coups de massue explosifs, c’est bel et bien la frontwoman qui donne le ton et sert de marqueur à un registre chaloupé, véloce et mélodique. Cela dit, HØLLS prend le soin de ne pas se perdre, et nous avec, dans ces méandres noirs et mélancoliques dans lesquels il se meut avec une fluidité autant musicale que vocale. Les thèmes abordés ici semblent coller à cette génération, qui raconte sans far de légitimes inquiétudes sur la santé mentale, qui se détériore à travers toute une société.

Entre colère et détresse, il émane beaucoup de force des six morceaux, qui s’enchaînent après une intro délicate. Et comme pour mieux porter son propos, HØLLS prend le soin d’éviter tout formatage. Sur « Ill », les titres sont d’une longueur qui prend justement le temps d’installer des ambiances travaillées, souvent progressives, qui ne manquent pas de nous emporter et où détresse et souffrance côtoient un espoir souvent caché, mais bien réel. Le groupe affirme une identité solide que l’on retrouve sur des compositions bien structurées et envoûtantes (« Fall Into Decay », « Thorns », « Upsetters », « Endless Night »).  

Photo : Guillaume Vidal

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Post-Metal Sludge

Alta Rossa : une obscure démesure

Si ALTA ROSSA a choisi un autre angle d’attaque pour ce ténébreux « A defiant Cure », il reste musicalement aussi radical et sauvage, ce qui n’empêche d’ailleurs pas les nuances… et elles sont nombreuses. Très loin du défouloir qu’il peut inspirer de prime abord, ce deuxième opus des Français est constitué de frappes chirurgicales, assénées avec fermeté, et il nous propulse dans des passages très changeants, assommants et littéralement perforants. Une expérience qui devient de plus en plus unique, tant elle est menée avec brio.

ALTA ROSSA

« A Defiant Cure »

(Source Atone Records)

Il y a deux ans, ALTA ROSSA avait signé ses débuts avec le dévastateur « Void Of An Era », un premier opus fracassant taillé dans un post-Metal tentaculaire. La barre était haute et pourtant elle est largement franchie. «  A Defiant Cure » vient confirmer les intentions et surtout l’identité musicale du groupe qui, elle aussi, va puiser dans les tréfonds du Sludge, du Black Metal et du Hard-Core. Pour ce qui est de la rage et de la colère qui animent le combo depuis sa création, elles sont intactes et probablement même renforcées, grâce à un objectif musical mieux ciblé.

Si habituellement, les formations de post-Metal jouent beaucoup sur l’aspect aérien du genre, chez ALTA ROSSA, le côté atmosphérique est plutôt lourd et pesant. Froid et noir, « A Defiant Cure » se veut pourtant plus positif que son prédécesseur. Là où « Void Of An Era » était un constat brutal sur notre époque, il est question ici d’un appel à la rébellion afin de vaincre cet obscurantisme ambiant. Et la vision du quintet de Besançon n’appelle pas vraiment à un changement en douceur, car dès « Exalted Funeral », la tempête bat son plein et ce n’est que le commencement.

Massive et cinglante, la doublette de guitariste offre vélocité et puissance, tandis que la rythmique basse/batterie se montre impériale et martèle avec force et assiduité. Avec un frontman qui se montre imposant, les titres prennent des allures monumentales. ALTA ROSSA offre tout de même deux courtes respirations avec « Minotaur » et « Where We Drown Our Nightmares » », qui encadre le génial « The Art Of Tyrant #slash #The Minotaur » et frayent un passage pour la seconde partie du disque. « A Defiant Cure » devient vite très obsédant (« The Emperors », « Stratisfaction », « Fields Of Solar Flames »). Vertigineux !

Photo : Mathilde Dupanloup

Retrouvez la chronique du premier album :

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Psych Sludge Stoner Doom

Oda : mystic vibes

Fait-maison et enregistré live pour l’essentiel, ce premier opus des trois musiciens de la capitale devrait ravir les amateurs de Stoner Doom/Sludge. Les atmosphères vaporeuses un brin incantatoires de « Bloodstained » montrent déjà un groupe déterminé et adepte des morceaux d’une bonne longueur. En abordant des climats très changeants, ODA évite pourtant de se perdre et se montre même vraiment costaud et captivant. Des débuts très encourageants.

ODA

« Bloodstained »

(Independant)

Fondé en 2021 seulement, Cyril Thommered (batterie), Emmanuel Brège (basse) et Thomas Féraud (chant, guitare) n’ont pas tardé à se mettre à l’ouvrage et à construire leur propre univers musical. Le fond est Doom et Occult, tandis que la forme se dessine dans un Stoner Rock rugueux et très Fuzz. L’objectif d’ODA est d’assembler toutes les pièces de cet appétissant puzzle et de donner vie à des morceaux qui sont autant d’invitations à un voyage à la fois sombre, chaotique et envoûtant.

Tout en travaillant d’arrache-pied et en donnant quelques concerts, le trio parisien se forge vite un son et une identité. Avec « Bloodstained », ODA s’affirme déjà comme une formation solide et cette première réalisation autoproduite en dit long sur ses ambitions. Enregistrée au coeur de la forêt de Brocéliande, l’ambiance mystique qui l’entoure semble même avoir offert un supplément d’âme à l’atmosphère profondément mélancolique et terriblement organique, qui règne sur les six titres.

Oscillant entre six et onze minutes, les morceaux de « Bloodstained » réservent quelques surprises. Si la lourdeur et l’épaisseur de sa doublette rythmique donne du corps, le côté massif bascule d’une lenteur ténébreuse dans des fulgurances Sludge au groove gras, d’où émerge au lointain un chant tout à coup presque délicat. Inquiétant et âpre, ODA ne néglige pas pour autant les mélodies… comme pour mieux nous renvoyer dans les cordes (« Children Of The Night », « Rabid Hole », « Mourning Star » et le saisissant « Zombi »). Prometteur !

(Photo : Thomas Féraud)

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Death Metal Doom Post-Metal Sludge

For The Storms : la noirceur des embruns

Faire tenir l’équilibre entre une lourdeur presque insoutenable et la légèreté du vide, c’est l’ambition et la réussite de FOR THE STORMS sur ce nouvel effort qui va puiser, dans un post-Metal doomesque aux mélodies saisissantes, une robustesse teintée de résistance assez fascinante. « Losing What’s Left Of Us » n’est pas un album facile, de ceux qu’on écoute par hasard. Non, il provoque immédiatement un magnétisme incroyable et on se fait happer sur plus d’une heure par les fulgurances Death et Sludge qui trouvent leur finesse dans l’épaisseur d’un propos haletant.

FOR THE STORMS

« Losing What’s Left Of Us »

(Meuse Music Records)

Dans le registre post-Doom/Death, « Losing What’s Left Of Us » est probablement l’album le plus complet qu’il m’ait été donné d’écouter. FOR THE STORMS ne contente pas de jouer sa musique, il la vit pleinement et de ce chaos apparent naît une quantité de nuances, qui sont autant d’émotions fortes distillées et exprimées avec une sincérité, qui libère forcément quelques frissons. Le Metal du quatuor est forgé avec une fermeté et une audace magistrale dans un ensemble à la fois mouvant et fluide et dont on découvre les nombreux détails au fil des écoutes. Car on y retourne inéluctablement et de manière quasi-inconscience.

La force d’attraction de FOR THE STORMS va chercher si loin qu’il est même étonnant que les Italiens n’aient sorti que « The Grieving Path », il y a trois ans, avant cet imposant deuxième album. On pourrait penser qu’ils peaufinent et affinent leur style de longue date, et pourtant la jeune formation lombarde (2019) fait preuve d’une maturité et d’une créativité incroyable. Fracassant et ténébreux un moment, délicat et souple l’instant suivant, la construction de l’édifice ne doit rien au hasard. Divisé en trois chapitres différenciés par les deux interludes qui viennent distinctement les scinder, l’ascension se fait graduellement.

Car, si cette progression musicale se déroule en plusieurs parties, elle s’articule avec une facilité qui rend « Losing What’s Left Of Us » très lisible. Sur des morceaux d’une bonne longueur, FOR THE STORMS développe à travers ses textes, en jouant aussi sur des passages presque silencieux tant ils sont éthérés, une réflexion assez sombre sur nos tourments et notre appréhension de l’avenir dans un nihilisme insistant. Très aérienne et massive, cette nouvelle réalisation est également un cri immense et une ode à un espoir à retrouver. On ne s’y perd jamais, on se laisse simplement guider par cette beauté profonde et captivante.

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Metal Progressif Post-Metal Sludge

Cobra The Impaler : une odyssée sauvage

Combinant les courants les plus novateurs du Metal, COBRA THE IMPALER s’est forgé une personnalité forte et originale. Si « Colossal Gods » avait déjà posé de solides fondations, « Karma Collision » vient enfoncer le clou magistralement. Entre Sludge, Prog et post-Metal, la formation originaire de Belgique s’autorise de belles embardées, faisant d’elle l’une des plus intéressantes du moment. Un voyage musical saisissant.

COBRA THE IMPALER

« Karma Collision »

(Listenable Records)

Il y a deux ans, COBRA THE IMPALER avait littéralement propulsé un énorme pavé avec « Colossal Gods », un premier album étonnamment mature, audacieux et surtout très créatif. Les Belges se sont forgés un univers très personnel, où le Metal tend vers le Progressif, le Sludge et le Groove avec une touche très particulière. Avec « Karma Collision », ils vont encore plus loin en se frayant un chemin entre Mastodon et Gojira, tout en imposant un style désormais facilement identifiable.

Mené par son guitariste et tout aussi brillant illustrateur, Tace DC, COBRA THE IMPALER parvient encore à surprendre grâce à de nouveaux titres racés, musclés et toujours aussi intenses. Comme pour le premier opus, la production a été confiée à Ace Zec, batteur du combo, et elle s’inscrit avec beaucoup de puissance, de clarté et de densité une fois encore. Et la variété du chant d’Emmanuel Remmerie, soutenu aux chœurs par Michele De Fendis, libère un territoire mélodique très riche vocalement.

Toujours aussi lourd et dynamique, « Karma Collision » fait même preuve d’avant-gardisme grâce à un duo de guitaristes très complémentaires, qui multiplie les riffs et les solos de haut vol. COBRA THE IMPALER s’aventure aussi dans des contrées Thrash comme post-Metal et, finalement, on découvre un peu plus cette nouvelle réalisation au fil des écoutes (« Magnetic Hex », « Season Of The Savage », « The Fountain », « The Message » et le morceau-titre). Depuis sa création le quintet réalise un véritable sans-faute.

Photo : Visuels Germaux

Retrouvez la chronique du premier album :