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Mastodon : l’introspection [Interview]

Soyons clairs, le 28 août dernier, MASTODON a sorti l’album de l’année. Une évidence difficilement contestable pour tout fan de Metal, tant « Marrow Deep » explore des sphères et des atmosphères multiples, en puisant au plus profond de l’identité-même du groupe et avec la technicité qu’on lui connaît. Avec un style d’une telle richesse, regroupant en son sein autant de courants, la formation d’Atlanta semble être parvenue sur ce neuvième opus à un sommet de son art. Son Metal aux accents Sludge et aux teintes progressives, est plus percutant que jamais et la maîtrise affichée dévoile une musique d’une fluidité absolue. Si la présence d’une impressionnante liste d’invités apporte encore plus de saveur à l’ensemble, on retiendra aussi le moment très particulier dans lequel « Marrow Deep » surgit dans la vie du quintet. Fondateur, batteur, chanteur et compositeur, Brann Dailor revient sur ces dernières années en évoquant «Hushed And Grim », le concert-hommage à Black Sabbath, les récents changements de line-up et plus largement sa vision de la musique. Entretien.

– Sans revenir sur les drames personnels qui vous ont directement touchés, ainsi que l’ouragan Hélène il y a deux ans et dont vous parlez dans le morceaux « In The Ruins », est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez pu vous dire : ça commence à faire beaucoup ? Y a-t-il eu un certain fatalisme au sein du groupe à une période ?

(Silence) Je ne suis pas sûr… (Rires) Cela a été un moment difficile et long. Mais ça n’a pas été comme si nous nous étions arrêtés, car nous avons continué malgré tout. L’album a été compliqué à faire, car beaucoup de choses ont été bousculées, beaucoup plus que d’habitude. Que ce soit dans notre vie de manière générale et collective comme dans la vie personnelle de chaque membre, tout a été compliqué. Je pense que c’est ce qui explique qu’il nous aura fallu cinq ans pour y arriver. Mais nous sommes là, nous sommes passés de l’autre côté ! (Sourires)

– Ce qui est assez extraordinaire, c’est que vous donnez le sentiment de vous être alimentés de tous ces évènements pour afficher aujourd’hui une énergie et une force décuplée. « Marrow Deep » est probablement votre album le plus intense et dense à ce jour. Est-ce que tout ça vous a finalement aidés à inverser le cours des choses et à nourrir aussi votre inspiration ?

Oui, c’est certain. Je sais qu’à la sortie de « Hushed And Grim » (en 2021 – NDR), il y avait beaucoup de mélancolie qui se ressentait sur l’album. C’était dû à la pandémie et aux divers sentiments qui nous ont traversés à ce moment-là. Et puis, nous avions aussi perdu notre ami et manager Nick John… C’est comme ça que nous nous sentions à l’époque. Ensuite, on s’est retrouvés à avoir beaucoup de temps devant nous, comme la majorité des gens, et c’est ce qui nous a conduit à composer ce double-album. Cela dit, je pense que nous avions aussi voulu faire une sorte de volte-face en catalysant toute cette énergie engrangée à ce moment-là. Ça a été une espèce de mission, car nous n’avions bien sûr pas anticipé tous ces changements et ces tragédies. C’est une combinaison de tout ça.

Et puis, tu sais, quand tu perds un frère comme Brent (Hinds, guitariste et chanteur décédé en 2025 – NDR) et que tu dois aller en studio dix jours après, tu ressens vraiment le besoin de jouer, de chanter et d’écrire sur ce qui vient de se passer. Quand c’est quelqu’un d’aussi proche de toi et qui a le même âge, tu te sens obligé de chérir ta vie. Tu veux à tout prix te sentir vivant et je pense que c’est ce qui s’est passé pour nous tous pendant l’enregistrement. L’urgence à ce moment-là était de jouer quelque chose de rapide et de chaotique. J’avais vraiment besoin de me sentir vivant derrière ma batterie et en chantant… Et cela se ressent forcément dans l’album. Cela a aussi, d’une certaine manière, aidé à sa construction.

– « Marrow Deep » est donc votre neuvième album et peut-être aussi le plus contrasté. Il y a une tension très palpable, qui tient presque de la rage et de la colère, et aussi des moments très aériens et délicats, comme si vous observiez les choses de plus haut. Est-ce l’album le plus personnel et introspectif que vous ayez enregistré jusqu’à présent ?

Oui, je pense. Tout était tellement frais quand nous sommes allés en studio enregistrer. Tout ce que vous entendez sur l’album est le reflet de ce que nous sommes en tant que groupe dans notre quotidien. Les sentiments sont partout, mais ils sont finalement très rares. Il nous a fallu prendre la décision de sortir de tout ça, de nous mettre à nu, ou au contraire aussi de se cacher. On s’est retrouvé dans l’obligation de s’ouvrir à la critique de nos sentiments les plus profonds et les plus sombres. C’est parfois très difficile à faire. Mais je pense qu’avec l’aide de tous ceux qui étaient là avec nous en studio, nous avons acquis le fait qu’il n’y avait pas de mal à être si vulnérables et on a retrouvé beaucoup d’assurance. En effet, c’est probablement notre album le plus personnel, notamment au niveau des textes.

– Dans cette même optique, vous vous êtes aussi inspirés des Moires de la mythologie grecque et de ses trois divinités qui relient la vie, la perte et le destin en conclusion de l’album sur le morceau « The Three Fates », avec Neil Fallon de Clutch. Est-ce que, de cette manière, vous considérez « Marrow Deep » comme le début d’un nouveau chapitre pour MASTODON, car c’est un peu l’impression qu’il donne ?

Oui, je le pense vraiment et spécialement sur et avec cette dernière chanson, « The Three Fates ». Cela se ressent surtout sur le troisième mouvement, qui est une conversation musicale entre João (Nogueira, claviers – NDR) et Nick (Johnston, guitare – NDR) qui devient fusionnelle. Pour nous, c’est un regard très réconfortant sur l’avenir du groupe. Cela arrive en fin d’album et on ressent peut-être l’angoisse, la tristesse et l’introspection qu’il y a tout au long de l’album. C’est un focus sur la musique de ces deux musiciens, qui sont les derniers arrivés dans l’équipe. Pour moi, cela représente l’avenir et ça dit aussi que tout va bien. C’est une fin très réconfortante ! (Sourires)

– Justement, un mot aussi sur Nick Johnston (guitare) et João Nogueira (claviers), vos deux anciens musiciens de scène qui vous ont officiellement rejoints. J’imagine que leur intégration s’est faite naturellement, mais est-ce que vous avez songé un moment à d’autres nouveaux partenaires ?

Non, pas du tout, car João est arrivé au moment de « Hushed And Grim ». il a joué un peu en studio, puis il est venu avec nous en tournée. Cela fait maintenant cinq ans qu’il est avec nous et c’est un musicien incroyable. Et Nick est là depuis environ deux ans et c’est un mec formidable aussi et un grand musicien. Même s’il a été créatif, il n’a pas eu l’occasion de s’exprimer pleinement, parce que nous avions déjà écrit beaucoup de choses avant son arrivée. J’ai vraiment hâte de répéter avec eux deux dans le futur. Nick a déjà proposé des riffs, des parties entières et des morceaux presque complets et il est vraiment très enthousiaste ! Ce sont tous les deux des gens et des musiciens incroyables et il y a une super ambiance entre nous. Ils sont très créatifs et c’est exactement ce dont nous avons besoin.

– D’ailleurs, vous coproduisez aussi « Marrow Deep ». Est-ce que, vu le contexte, vous avez tenu à être plus présents que d’habitude dans le processus complet de l’album, qui a été enregistré dans votre studio, mais que vous avez laissé d’autres mixer ?

En fait, nous sommes toujours producteurs, ou coproducteurs de nos albums. Nous n’avons jamais envoyé nos idées à quelqu’un d’autre. En revanche, c’est agréable d’avoir un regard extérieur une fois que les choses ont bien avancé. On peut rester bloqué sur un arrangement ou une chanson pendant des mois et c’est là qu’une autre perspective peut faire avancer des situations. Changer ou déplacer une partie, par exemple, peut vraiment changer un morceau. Donc, pour cette raison, c’est sympa. Mais pas trop non plus, c’est notre groupe ! (Rires) Nous sommes des grands garçons et nous savons ce que nous voulons. Mais nous restons ouverts à d’autres propositions quand elles viennent de personnes, qui ont suffisamment d’expérience pour cela. Oui, nous sommes toujours les seuls responsables de notre musique ! (Sourires)

– Sur « Marrow Deep », vous accueillez aussi des guests de renom comme Josh Homme, la rythmique de Converge, le chanteur de Clutch, Neil Fallon, votre ami Randy Blythe de Lamb Of God ou encore l’ex-Black Sabbath Geezer Butler. Est-ce que les circonstances ont fait que vous aviez besoin du soutien d’amis musiciens, ou est-ce une démarche purement artistique ?

C’est un peu des deux, à mon avis. En le faisant, je n’ai pas réfléchi à ce que nos amis pouvaient s’imaginer. Peut-être qu’ils pensaient que nous étions blessés et qu’ils aimeraient aider si possible. Après, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Nous avons toujours eu des invités sur nos albums. En fait, nous sommes même toujours en train de chercher ! (Sourires) Le plus spécial était probablement d’avoir Geezer Butler. Nous avons baigné pendant des mois dans Black Sabbath, ce qui a aussi été amplifié avec le concert ‘Back To The Beginning’. Donc, tout était très frais dans nos esprits. Je me suis dit que l’intro d’une chanson comme « The Vanishing » lui conviendrait parfaitement. On lui a demandé et on a eu la chance qu’il accepte. C’était très excitant et aussi un grand honneur de l’avoir sur l’album. C’est le mec le plus cool que j’ai jamais vu ! (Sourires)

– Un mot aussi sur notre ‘Frenchy’, Joe Duplantier de Gojira, sur « The Vanishing » avec qui vous êtes amis de longues dates. Comment se concrétise cette connexion entre vous depuis si longtemps ?

Nous avons toujours été similaires dans notre façon de nous présenter l’un à l’autre et nous sommes animés d’une même mentalité artistique, je crois. Nous nous connaissons depuis de longues années et nous sommes très proches. On a toujours eu envie d’avoir Joe, ou l’un des membres de Gojira sur nos morceaux. Et ce moment s’est présenté avec ce titre très lourd. Joe possède la voix parfaite avec son scream puissant. C’était l’occasion idéale pour l’accueillir. Il était super content et qu’il y ait aussi Geezer Butler sur le morceau a été la cerise sur le gâteau ! (Sourires) Nous aimons vraiment les gars de Gojira. On a commencé à tourner ensemble en 2014 et notre relation a beaucoup de sens. Nous sommes toujours en contact et on s’envoie beaucoup de messages. Nous sommes de bons amis et c’était génial d’avoir Joe sur l’album. C’est le meilleur ! (Sourires)

– Par ailleurs, les gens te connaissent surtout en tant que batteur, mais tu es aussi chanteur, bassiste et compositeur. Comment se passe le processus d’écriture au sein de MASTODON ? Chacun apporte ses morceaux ou le travail est-il plutôt collectif ?

C’est un peu plus collaboratif aujourd’hui. Avant, quand nous commencions à écrite, je m’en occupais en général avec Bill (Kelliher – NDR). Nous sommes très proches, car nous vivons à un peu plus d’un quartier l’un de l’autre. Donc, je passe le matin avec un café dans son studio et on commence à tester et imaginer des riffs pour voir si ça sonne bien. Ou alors, j’arrive avec une idée de morceau, par exemple. Je la lui soumets et on en parle. Ensuite, on prend nos guitares et on joue ce qu’on a aimé. Puis, si on se dit qu’il fait trois parties, il nous faut un chorus, un pont, un riff de fin, etc… C’est un peu comme ça qu’on bosse ! (Sourires) On travaille tous les deux environ huit heures par jour, peu importe le nombre de journées qu’on y passe. On pose les bases, en fait. Mais parfois, il arrive aussi que quelqu’un arrive avec un morceau complet et c’est toujours bienvenu. Mais c’est vrai que sur les derniers albums, Bill et moi entrions en studio avec beaucoup de matières, plus ou moins abouties, que nous présentions. Cela dit, sur « Hushed And Grim », Brent (Hinds – NDR) avait aussi apporté quelques idées et nous avions travaillé les arrangements ensemble pour les faire aboutir.

– L’an dernier, vous avez joué au fameux concert ‘Back To The Beginning’ pour célébrer Black Sabbath. Comment as-tu vécu ce moment et que représentait Ozzy pour toi ? Une sorte de père spirituel ? Un mentor ?

Oui, Black Sabbath et Ozzy sont tout pour moi. Ils ont inventé cette forme d’art qu’on appelle le Heavy Metal. C’est une sorte de lieu où nous pouvons nous exprimer et laisser flotter le drapeau de cette musique. C’est la tribu à laquelle j’appartiens ! Tu sais, j’écoute toutes sortes de musiques et il y a beaucoup de choses que j’aime dans tous les genres. Mais le Heavy Metal est vraiment celui auquel je m’identifie. Et cela vient aussi de mes souvenirs d’enfance. J’ai grandi en écoutant du Metal avec Black Sabbath et Ozzy, Iron Maiden et Judas Priest. Un peu plus tard dans ma scolarité, ça a été Metallica, Slayer et les autres. Tous mes amis écoutaient ça ! Depuis mes six ans, Ozzy a toujours été là. Quand j’étais petit, je croyais même que c’était un personnage de dessin animé ! Je trouvais qu’il avait une tête de chauve-souris et qu’il était fou ! (Rires) Tout le monde autour de moi aimait Ozzy !

Alors, être invité à ce concert a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Jouer dans ce stade et en premier… C’était le plus grand honneur que je pouvais espérer. Et puis, je ne voulais pas qu’on soit le groupe qui fait de la merde ! (Rires) J’avais carrément toutes les paroles des morceaux sur un tom de ma batterie. C’est vraiment le truc le plus cool que j’ai pu faire ! (Sourires) C’était juste 15 minutes, mais c’était comme sortir d’un avion après avoir fait un voyage. Cela a vraiment été l’une des expériences musicales les plus marquantes que je n’ai jamais faites. Et il y avait tellement d’amour dans l’air, tout le monde était très excité. C’est l’un des meilleurs concerts auquel j’ai assisté aussi, car c’était la célébration des fans de Heavy Metal pour eux-mêmes et ils honoraient aussi leurs pères en montrant qu’ils étaient très fiers de faire partie de cette communauté. La veille à Birmingham, l’ambiance était incroyable. Et puis, c’était également la même chose pour tous les groupes qui ont joué. On avait tous le même objectif. Nous étions là pour honorer Black Sabbath et Ozzy et leur offrir le rendez-vous qu’ils méritaient en leur montrant tout notre respect pour tout ce qu’ils ont donné en tant que musiciens. Il y avait un sentiment très fort de fierté. Que ce soit Metallica, Slayer, Tool, Alice In Chains, Lamb Of God, Gojira et tous les autres : on leur a tout donné. Personne n’était au-dessus de l’autre. Et ensuite, je suis allé dans le public, j’ai pris une bière et j’ai commencé à fêter ça avec tout le monde. Et quand Ozzy est arrivé, on a tous commencé à pleurer ensemble et à chanter. C’était vraiment incroyable…

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot de « Floods Of Triton », ce morceau que vous aviez sorti avec Lamb Of God il y a deux ans. Outre le fait de vous retrouver entre amis, quelle était votre intention en sortant un titre hors-album, pour les deux groupes d’ailleurs ?

En fait, nous étions en tournée pour célébrer l’anniversaire des vingt ans de leur album « Ashes Of The Wake » et celui de « Leviathan », le nôtre. Par pure coïncidence, ils étaient sortis le même jour en 2004. Et il y a dix ans peut-être, nous nous sommes dits que si nous étions encore vivants, il faudrait faire une tournée ensemble pour célébrer ces deux disques qui sont sortis ensemble ! (Sourires) Tu sais, c’est compliqué d’être dans un groupe qui dure dans le temps. Nous sommes chanceux de ce point de vue-là. Alors, il fallait fêter ça ! Donc, c’était cool de faire le lien entre nos deux groupes à travers cette tournée. Et puis, nous avions ce morceau que nous pensions parfait pour Randy (Blythe, chanteur de Lamb Of God – NDR). Oui, je pense que cela s’est bien passé et j’aime beaucoup ce titre ! (Sourires) Les gars de Lamb Of God sont des gens que j’adore, ce sont vraiment des amis.

– Enfin, pour vous suivre depuis longtemps et pour vous avoir aussi vu au Bataclan à Paris en 2012 sur la tournée de « The Hunter », MASTODON donne l’impression d’avoir éclairci son jeu, tout en restant fidèle au Sludge et au Stoner. Etes-vous en quête de précision musicale, ou c’est une évolution finalement très naturelle ?

Je pense que c’est assez naturel. Quand tu as l’opportunité d’écrire de nouvelles chansons, tu vois ce qui se passe et tu es toujours excité de continuer dans cette perspective. C’est intéressant de regarder le passé avec le recul et de voir ce qui te fait toujours vibrer. Pour ce qui concerne la précision musicale, de mon pont de vue, quand je suis derrière ma batterie et que je fais un concert, j’essaie toujours d’être le plus parfait dans mon jeu. En tout cas, j’essaie ! (Sourires) Et il y a toujours des trucs qu’on oublie de faire, ou d’autres qu’on est content d’avoir trouvés ! C’est toujours très amusant ! (Rires) Par ailleurs, je recherche aussi cette expérience spirituelle en étant sur scène avec les gars et toucher cet instant dans une chanson qui peut atteindre un sommet. Je cherche toujours ce moment-là. Atteindre ça derrière ma batterie, le tout combiné à d’autres impacts émotionnels, est une chose qui reste gravée pour toujours. A ce moment-là, il y a une véritable et réelle connexion avec le public… Je les vois chanter… C’est ça que je recherche en fin de compte ! (Sourires)

Le nouvel album de MASTODON, « Marrow Deep », est disponible chez Loma Vista Recordings.

Photos : William Lacalmontie (1, 4, 5) et Deathcats (2).

Retrouvez la chronique de l’album…

… Et celle de « Hushed And Grim » :

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Metal Progressif Sludge

Mastodon : une bascule impériale

Sous couvert d’un sludge Progressif fulgurant et massif, MASTODON s’offre une introspection pour le moins explosive. Très technique, mais accrocheuse, la formation d’Atlanta est aussi Heavy que tortueuse et parvient avec classe à renverser un destin qui semble s’acharner sur elle depuis quelques année. Complexe et moderne, « Marrow Deep » fend l’armure et repasse à l’attaque en restant attaché au jeu et à la virtuosité, qui ont toujours fait la particularité du désormais quintet. En patron, il impose sa marque et se montre particulièrement inspiré.

MASTODON

« Marrow Deep »

(Loma Vista Recordings)

Depuis des années, MASTODON fait face aux tragédies avec abnégation, et là où certains auraient sans doute baissé les bras, il sait faire preuve d’une incroyable force mentale. Cinq ans après le double-album « Hushed And Grim » qui était marqué d’une certaine mélancolie après la perte de son ami et manager Nick John, le groupe a dû essuyer d’autres drames personnels, ce qui a finalement décuplé son envie de se remettre à l’ouvrage et de se surpasser. Et « Marrow Deep » se présente comme le coup de semonce attendu et la réponse à de nombreuses questions.

Autour de Brann Dailor (batterie, chant), Bill Kelliher (guitare) et Troy Sanders (basse, chant), MASTODON accueille João Nogueira (claviers) et Nick Johnston (guitare), qui apportent leur touche et leur fraîcheur. « Marrow Deep » laisse ainsi plus de place aux synthés, renforçant les mélodies et son côté Prog pour afficher sa pleine puissance. Intenable et costaud, le combo est plus vivant que jamais, se dévoile aussi beaucoup plus, comme pour mieux évacuer de vieux démons et conjurer le sort. Son identité est intacte et elle resplendit avec une énergie accrue.

Pour ce phénoménal retour, les Américains ont invité quelques amis, une habitude, mais qui prend ici tout son sens. Ainsi, Josh Homme (QOTSA) est de la partie (« Snakes For Dinner »), Randy Blythe de Lamb Of God (« A Vampire’s Demeanor »), Neil Fallon de Clutch (« The Three Fates »), ainsi que Geezer Butler et Joe Duplantier de Gojira sur « The Vanishing ». Nate Newton et Ben Koller, la section rythmique de Converge, enfoncent le clou, mais MASTODON reste seul maître à bord et garant de son œuvre (« Poisonous Weapons », « Out Like A Lamb », « Moth And Bone ») Magistral !

A noter qu’une longue interview de Brann Dailor sera très bientôt en ligne sur le site !

En attendant, retrouvez aussi la chronique de « Hushed And Grim » :

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Southern Rock

The Black Crowes : back for real

L’attente de leur réconciliation, puis de leurs retrouvailles, fut si longue que c’en est presque surprenant de voir Chris et Rich Robinson enchaîner les albums avec autant de fraîcheur et surtout de qualité depuis deux ans. Littéralement réoxygéné et toujours aussi inspiré, le duo accompagné d’un groupe de rêve fait la passe de dix avec un « A Pound Of Feathers » très solide. THE BLACK CROWES joue habillement sur les contrastes et la profondeur de son Southern Rock reste unique en son genre.

THE BLACK CROWES

« A Pound of Feathers »

(Silver Arrow Records)

Il semblerait qu’une bonne fée veille à nouveau sur la fratrie Robinson depuis deux ans et la sortie de « Happiness Bastards ». Non pas que leurs projets respectifs n’avaient aucune saveur, très loin de là, mais il faut reconnaître que leur association fait à chaque fois des étincelles. Reprenant leurs bonnes habitudes, c’est en l’espace de dix jours que THE BLACK CROWES ont mis en boîte « A Pound Of Feathers », du côté de Nashville et toujours sous la houlette du multi-récompensé Jay Joyce à la production. Et dans la lignée de son prédécesseur, leur Southern Rock est scintillant.

Ce retour aux fondamentaux, après 15 ans de disette discographique, effectué par les deux frères semble franchement leur faire du bien. C’est même une véritable cure de jouvence. Sans filtre et sans calcul, THE BLACK CROWES affichent une insolente confiance, qui se retrouve avec la même spontanéité présente sur leurs meilleurs albums… d’il y a plus de 30 ans. L’expérience en plus, les Américains font toujours l’équilibre entre une poésie assez rugueuse et la force et la puissance d’un Rock rendu plus délicat grâce à des vibrations Blues et Soul particulièrement intenses.

Ce dixième opus studio est à ranger sur le haut de leur pile discographique et les deux singles dévoilés avaient donné la teneur de « A Pound Of Feathers » (« Profane Prophecy » et « Pharmacy Chronicles »). Et puis, THE BLACK CROWES a parfaitement compris qu’il ne s’agissait plus de créer la surprise, mais plutôt de jouer la carte du plaisir (« It’s Like That », « Cruel Steak »). Bien sûr, ils se reposent sur un bel héritage, mais ils le réinventent et le font perdurer avec élégance (« Blood Red Regrets », « High And Lonesome », « You Call This A Good Time », « Doomsday Doggerel »).

Photo : Ross Halfin

Retrouvez la chronique de « Happiness Bastards » :

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Americana Blues Soul

Eddie 9V : sunny vibes

Suite au succès retentissant de sa précédente production, « Capricorn », auquel il ne s’attendait probablement pas et qui l’a propulsé au tout premier rang des bluesmen à suivre de très près, tout en arborant cette étiquette d’’étoile montante’, EDDIE 9V semble avoir cette fois-ci eu le désir de reposer un peu les pieds sur terre et de se reconnecter à ses racines sudistes, un domaine auquel il apporte un regard vif et tout en fraîcheur. Très Americana et Soul, son Blues se fait ici plus souple, certes, mais toujours aussi addictif. « Saratoga » invite au sourire dans un flux original et délicieusement vintage.

EDDIE 9V

« Saratoga »

(Ruf Records)

Du haut de ses 28 ans, EDDIE 9V est lui aussi une sorte de phénomène. Né à Atlanta en Georgie, il a fait très tôt ses armes avec son groupe de Blues Rock, mais c’est seul aux commandes que le chanteur et multi-instrumentiste s’exprime pleinement. D’ailleurs, il suffit d’écouter « Way Down The Alley (Live at Blind Willie’s) » sorti en 2020, où Brooks Mason Kelly, à l’état civil, s’est offert une première réalisation live, preuve d’une maîtrise totale et surtout d’une envie viscérale de partager sa musique avec son public. Il y est éblouissant, tant sa connaissance du vaste répertoire Southern est subjuguante. Rien en paraît lui résister.

Car le jeu d’EDDIE 9V s’inscrit dans l’esprit de son Sud natal  que ce soit celui du Blues, de la Soul, de l’Americana, de la Funk comme des choses plus Rock. Il est littéralement imprégné de cette culture qu’il a bien sûr personnalisée. Et après « Left My Soul In Memphis » (2019), puis « Little Black Flies » (2021) et surtout « Capricorn » en 2022 (du nom du mythique studio de Macon) qui l’a vraiment révélé bien au-delà des Etats-Unis, le voici qui vient surprendre tout son monde avec un quatrième album studio, sur lequel il explore un registre plus Americana, donc plus narratif, un univers qui colle à merveille à cette vraie-fausse nonchalance qu’il affiche.

Terriblement groovy, EDDIE 9V s’est concentré sur l’aspect textuel des chansons, oubliant les envolées guitaristiques parfois démesurées qui le caractérise souvent. Il va à l’essentiel dans une chaleur musicale langoureuse et incroyablement ‘feel good’. Co-écrit avec son frère Lane Kelly et Spencer Pope, « Saratoga » est résolument Soul, grâce à des chœurs très présents, des cuivres pétillants, des slides sauvages et surtout cette voix aussi douce qu’insaisissable. Ce nouvel opus est un beau voyage sous le soleil de ce grand artiste (« Saratoga », « Love Moves Slow », « Cry Like A River », « Delta », « Truckee », « The Road To Nowhere…).  

Photo : Cameron Flaisch

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Americana Country Southern Southern Blues

Michelle Malone : classy neighborhood

Lorsqu’on dispose d’un tel voisinage, il serait dommage de ne pas lui proposer de venir poser quelques notes, et même un peu plus, sur son nouvel album. Et même si elle s’en sort toujours très bien toute seule, c’est ce qu’a fait MICHELLE MALONE en invitant quelques amis musiciens appartenant, par un heureux hasard, au gratin de son Sud natal. Entre Country-Soul, Americana Rock et Roots Rock, la chanteuse passe en revue des chansons dynamiques et positives comme des moments plus poignants avec une grande classe.

MICHELLE MALONE

« Southern Comfort »

(SBS Records)

Musicienne accomplie et indépendante, MICHELLE MALONE livre son seizième album en trois décennies de carrière au service d’une vision très personnelle de la musique américaine. Originaire d’Atlanta en Georgie, elle a forgé son style dans un Americana authentique, où se fondent naturellement le Blues, la Country et le Rock. Forte de caractère, elle a même créé à l’aube des années 2000 son propre label, SBS Records, qui lui offre une totale liberté artistique épanouissante et très perceptible.

MICHELLE MALONE ne manque pas de soutien et ses amis sont aussi nombreux que prestigieux. Assurant bien sûr le chant, les guitares (électriques et acoustiques), la mandoline et l’harmonica, elle a écrit, ou co-écrit, la moitié de « Southern Comfort ». Ce sont Dean Dillon, Eliot Bronson et Gary Stier qui apportent leur talent aux autres morceaux. Pour autant, l’ensemble est très homogène et identifiable entre des titres bien relevés et très Rock et de belles ballades avec une approche vocale Country irrésistible.

Entourée de la crème des musiciens du Sud américain, on retrouve Charly Starr et Paul Jackson de Blackberry Smoke, Rick Richards des Georgia Satellites, Will Kimbrough et Buddy Miller de Spy Boy d’Emmylou Harris et quelques autres encore. « Southern Comfort » est éclatant dans le songwriting et MICHELLE MALONE enchaîne les chansons avec la passion et la sensibilité qu’on lui connait (« Like Mother Like Daughter », « One Track Mind », « Wine And Regret » et le morceau-titre). Brillant… encore une fois !

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Blues Soul

Diane Durrett : southern grace

Elevée au Gospel dès son plus jeune âge dans l’une des églises de Peachtree Street à Atlanta, DIANE DURRETT chante le Blues et la Soul comme on respire, c’est-à-dire avec instinct et précision. Toute l’âme du sud des Etats-Unis se diffuse dans « Sweet Georgia Blues », sur lequel elle clame toute sa reconnaissance à ses racines dans une chaleur réconfortante et une sincérité plus que palpable. Entourée de virtuoses, la blueswoman oscille entre un style American Roots et un Blues très Soul attachant et très personnel.

DIANE DURRETT

« Sweet Georgia Blues »

(Independent)

Figure incontournable dans sa ville et bien au-delà dans le monde du Blues, DIANE DURRETT est une chanteuse, compositrice et productrice comme on en rencontre peu. Saluée également pour son action avec ‘Women In Blues’, un évènement auquel elle se consacre pleinement, elle nous revient avec un dixième album, « Sweet Georgia Blues », qui fait suite à l’excellent « Put A Lid On It », sorti en 2022. Et une fois encore, on se régale de sa voix de velours et du panache des musiciens qui l’accompagnent, car ils sont venus nombreux apporter un relief saisissant de spontanéité à cette belle réalisation.

Et ce somptueux groove sur lequel DIANE DURRETT chante avec une passion non-dissimulée, on le doit à son groupe, le ‘Soul Suga’, composé de la batteuse Melissa Junebug, du claviériste Yoel Yehuda et du bassiste Fuji Fujimoto. Et si « Sweet Georgia Blues » atteint un tel niveau d’émotion et d’authenticité, c’est qu’il est solidement ancré dans la culture musicale de Georgie. Et c’est donc en voisins que Tinsley Ellis, Eddie 9V, Joey Sommerville et Mike Mattison sont venus lui prêter main forte avec un extraordinaire feeling pour atteindre des sommets de délicatesse et de souplesse.

Dès « Child Of The Blues » qui rend un hommage très positif à son ancien compagnon de route Yonrico Scott, DIANE DURRETT éblouit par sa voix d’une grâce absolue, toute en nuances et capable de balancer un Blues soutenu comme de s’élever dans des sphères plus Soul (« Sweet Georgia Blues », « Chasing Sunsets », « Black Cat In New Orleans » avec le trombone de Craig Klein). On se laisse bercer et envoûter par des mélodies pleines de feeling (« The River Sings To Me ») jusqu’à « Amazing Grace » a cappella et de toute beauté, qui surgit avant un « Look For Me », plein de sensualité. 

(Photo : Emerald Dove)

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Southern Rock

The Black Crowes : la fratrie retrouvée

Après les si peu convaincants « Croweology » et « 1972 » il y a deux ans, ainsi que la tournée des retrouvailles qui a débouché sur « Shake Your Money Maker Live », version public de leur premier et plus grand succès, THE BLACK CROWES est attendu au tournant… et c’est peu de le dire ! On sait les hommes d’Atlanta investis et aussi connus pour afficher des caractères bien trempés, mais « Happiness Bastards » confirme et rassure sur leur inébranlable passion. De plus, la production au lustre poussiéreux de Jay Joyce est le tour de magie qui rend son âme au combo, grâce aussi à des chœurs enchanteurs et des guitares scintillantes. En un mot, c’est bon de les retrouver avec cette envie et cette audace !

THE BLACK CROWES

« Happiness Bastards »

(Silver Arrow Records)

Que l’attente fut longue… au point qu’on y croyait presque plus. 15 ans après leur dernière réalisation studio, les frères Robinson se sont enfin de nouveau réunis pour s’atteler au successeur de « Before the Frost…Until the Freeze » et faire un retour très convaincant avec « Happiness Bastards », un disque au titre joyeux et à la vilaine pochette. Mais c’est ce qui se passe au cœur des dix nouvelles compositions qui nous intéresse ici, d’autant qu’elles viennent aussi, pour l’anecdote, célébrer les 40 ans d’existence du groupe. Ce neuvième opus est résolument tourné vers le Rock très Southern qui a fait l’identité de THE BLACK CROWES et il dégage une fraîcheur et une hardiesse qu’on espérait tellement.  

Si le calme est revenu dans cette fratrie aux egos plus qu’affirmés et dans les vies de Chris et Rich, « Happiness Bastards », ne manque pas d’énergie pour autant et renoue avec un son authentique, légèrement gras et épais à souhait. Et cela n’est nullement dû au hasard, puisque c’est l’excellent et désormais incontournable producteur Jay Joyce, qui est aux manettes. Et question musique roots, il en connaît un rayon, puisqu’on lui doit les récentes réalisations de Carrie Underwood, Osborne Brothers, Miranda Lambert ou encore Zac Brown. THE BLACK CROWES a appelé en renfort celui qui fait briller la musique de l’Amérique profonde d’aujourd’hui. Electrique et relativement dépouillé, c’est irrésistible.  

Les frangins brandissent cet esprit sudiste comme pour mieux faire sonner ce Rock véritable et relevé. « Bedside Manners » et « Rats And Clowns » donnent le ton avant le très attachant « Cross Your Fingers ». Pourtant, c’est bel et bien « Wanting And Waiting », qui met le feu aux poudres avec son riff démoniaque. THE BLACK CROWES a même convié (pour la forme) la belle étoile montante de la Country Music Lainey Wilson sur le délicat « Wilted Rose ». Mais Chris Robinson retrouve vite sa verve accrocheuse et les titres aux refrains entêtants s’enchaînent (« Dirty Cold Sun », « Flesh Wound », « Follow The Moon »). Bluesy, lumineux et avec le groove aux tripes, les Américains semblent repartis un tour !

Photo : Ross Halfin
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Blues Southern Blues

Tinsley Ellis : aux origines

Véritable guitar-hero du Blues, TINSLEY ELLIS est allé s’installer sur les rives du Mississippi pour composer l’essentiel de « Naked Truth », qui contient aussi trois reprises qu’on peut très facilement d’ailleurs qualifier de remerciements. Produit par ses soins, à l’exception d’une chanson par son voisin Eddie 9V, ce nouvel opus le dévoile, pour la première fois en plus de 40 ans de carrière, dans un  registre très épuré et acoustique. Une façon simple et évidente d’explorer un Folk Blues mâtiné de Country Blues avec une élégance toute naturelle.   

TINSLEY ELLIS

« Naked Truth »

(Alligator)

Habituellement plutôt échaudé à un Blues enflammé et flamboyant, c’est en toute intimité que TINSLEY ELLIS se présente cette fois avec un album qui lui tient à cœur depuis de longues années et qu’il a enfin pris le temps de réaliser. Intimiste donc, même si l’on retrouve toujours cette ardeur légendaire, « Naked Truth » est le 21ème album du bluesman et il est entièrement acoustique. Le musicien basé à Atlanta s’est imprégné d’un Folk-Blues très traditionnel, qui puise ses racines chez Muddy Waters, Robert Johnson ou encore Skip James. Une plongée dans ce que l’Amérique a de plus profond et emblématique. 

Avec ce disque, dont le titre parle de lui-même, on ne met pourtant pas bien longtemps à retrouver la vigueur et la passion de TINSLEY ELLIS à l’œuvre sur ces morceaux récemment composés, auxquels s’ajoutent trois reprises pour le moins significatives de son parcours. Enregistré dans des conditions live, le songwriter est simplement accompagné d’une Martin de 1969 offerte par son père et d’un dobro National Steel O Series de 1937, les amateurs de cordes scintillantes apprécieront… Entre slide et picking, ce n’est pas tant la technique qui impressionne ici, mais surtout ce côté sans fard et d’une extrême fluidité. 

Toujours très appliqué bien sûr, il plane cependant un air de récréation sur « Naked Truth » où la joie de jouer, et de finalement se laisser guider par les morceaux, jaillit des doigts de TINSLEY ELLIS. Il s’amuse et l’on devine son sourire. Majestueux sur les covers de Son House (« Death Letter Blues »), Willie Dixon (« Don’t Go No Further ») et du grand Leo Kottke (« The Sailor’s Grave On The Prairie »), il brille sur « Devil In The Room », qui ouvre le bal sur un rythme d’enfer. Délicat sur les instrumentaux « Silver Mountain », « Alcovy Breakdown » et « Easter Song », l’Américain est impérial de bout en bout (« Windowpane »).

Photo : Kirk West

Retrouvez la chronique de son album précédent :

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Southern Rock

Blackberry Smoke : une tradition intacte

Pionnier de cette nouvelle génération de formations Southern à s’être émancipée d’un certain public pour en conquérir d’autres, BLACKBERRY SMOKE prouve, s’il était encore nécessaire, qu’il est ce grand représentant d’une musique typiquement sudiste qui vit, bouillonne et rayonne dorénavant comme au temps des Lynyrd Skynyrd, Allman Brothers Band, 38 Special et autres Molly Hatchet. « Be Right Here » est entraînant, joyeux, électrique, brut et d’une ferveur aussi palpable que confiante. Une réussite totale !

BLACKBERRY SMOKE

« Be Right Here »

(3 Legged Records/Thirty Tigers)

Avec « Your Hear Georgia » en 2021, BLACKBERRY SMOKE avait laissé beaucoup de fans sur leur faim, tant la déception fut grande. Cela n’a pas remis en question la grande qualité de ses prestation scéniques et encore moins celle de sa discographie, mais cela avait dévoilé certaines limites créatives. Cela dit, on peut aussi se dire qu’il ne s’agissait que d’un simple coup de mou, comme cela arrive chez la majorité des groupes. Car « Be Right Here » vient remettre quelques pendules à l’heure, et avec la manière. Techniquement imparable, le groove et les mélodies sont au rendez-vous, au même titre que l’inspiration et le feeling.

BLACKBERRY SMOKE retrouve ici son Southern Rock, le vrai, celui qui est gorgé de Country, de Blues et d’Americana. Et ce retour à une authenticité dissoute sur le précédent album donne cette belle sensation de liberté retrouvée, cette légitimité qui fait la force des Américains et qui les a très justement désignés comme le renouveau du Rock Yankee, après des années 70 désormais lointaines. Etonnamment, même le producteur Dave Cobb (Chris Stapleton, Jason Isbell), grand habitué et faiseur de disques très mainstream, est parvenu à rendre au groupe, avec « Be Right Here », ce son live et spontané, qui le rend si identifiable.

Enregistré entre Nashville et Savannah en Georgie, ce huitième opus dégage une sincérité que cette apparente simplicité rend immédiatement positive. Au chant, Charlie Starr surfe sur un groove roots et enthousiaste et donne brillamment le change à Paul Jackson avec qui il forme un somptueux duo de guitaristes. De « Dig A Hole » à « Barefoot Angel”, en passant par « Don’t Mind If I Do », « Little Bit Crazy », « Like I Was Yesterday » ou les plus délicats « Other Side Of The Light », et « Whatchu Know Good », BLACKBERRY SMOKE n’a pas à se forcer pour exceller dans un registre qu’il incarne autant qu’il le respire… à pleins poumons !

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Alternative Metal

Sevendust : l’air du temps

Très attendue, la nouvelle galette de la formation de Georgie laisse un sentiment assez mitigé. D’un côté, les fans ne jurant que par l’aspect Metal et Heavy du combo risquent d’être un peu perdus et de l’autre, les plus jeunes, adeptes de MetalCore et de sonorités sirupeuses, vont se régaler. Alors peut-être en vue d’un éventail rapprochement, SEVENDUST livre avec « Truth Killer » un album complet et sans froisser personne !

SEVENDUST

« Truth Killer »

(Napalm Records)

Alors que leur album « Blood & Stone », considéré à juste titre comme l’un de leurs meilleurs, était sorti en pleine pandémie, les privant ainsi de scène, les Américains font un retour fracassant avec « Truth Killer ». Certes, gavé de sons électroniques et d’une production massive mais un peu lisse, ce quatorzième opus se veut pourtant l’un des plus sombres du groupe au niveau des textes et il propose également des fulgurances rageuses avec des chocs décibéliques proches d’un (bon) MetalCore. Pour autant, SEVENDUST s’inscrit toujours dans un Alternative Metal, dont il est désormais un fer de lance.

Assez éloigné des (très bonnes) productions qu’il a livré en solo ces derniers temps, Clint Lowery retrouve son jeu pointu, précis et incisif. Ses riffs costauds permettent des instants où il envoie ses camarades de jeu dans des sphères plus musclées, nous rappelant aux opus plus bruts et directs des premiers SEVENDUST. Car « Truth Killer » est assez différent de ses prédécesseurs, puisque le combo l’a voulu plus introspectif et cinématique, d’où l’importance donnée aux atmosphères des morceaux et au déroulé de l’album. Sans livrer un album-concept à proprement parler, il nous transporte dans un univers singulier.

Vocalement impressionnant, Lajon Witherspoon passe d’un growl agressif à un chant clair, rappelant même parfois celui de Corey Glover de Living Coloür, avec une facilité déconcertante. Etonnamment, le quintet ouvre avec le morceau le plus calme du disque, « I Might Let The Devil Win », comme pour mieux lâcher les chevaux. Et SEVENDUST ne nous fait pas languir très longtemps (« Truth Killer », « No Revolution », « Leave Hell Behind », « Fence »). Certes, le gang d’Atlanta ne livre pas son meilleur cru, car à trop vouloir coller à l’air du temps, cela lui donne une saveur de déjà-vu, mais son expérience sauve les meubles.

Photo : Chuck Brueckmann