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Alternative Rock France Post-HardCore

Untitled With Drums : le relief des émotions [Interview]

Et si le sinueux parcours d’UNTITLED WITH DRUMS ne lui avait finalement pas permis d’atteindre la maturité attendue depuis la sortie de « Hollow », un premier album qui avait posé les bases d’un style, qui ne demandait qu’à éclore ? C’est en tout cas la question qu’on peut légitimement se poser. L’an dernier, l’EP « Symbols » avait déjà donné des éléments de réponse. Cela dit, c’est véritablement sur ce deuxième effort que le quatuor de Clermont-Ferrand s’affirme avec force et puissance. Dans un Alt Rock proche du post-HardCore et aux teintes de grungy, le groupe donne de l’élan et du relief à des morceaux, dont les textures sont, elles aussi, tout en contraste. « Made Flesh » manie le frontal et l’aérien avec beaucoup de finesse et d’assurance et pose le combo comme un acteur sur lequel il faudra désormais compter sur la scène française. C’est Martin Le Borgne, son chanteur et bassiste, qui revient en détail sur l’évolution et la démarche de cet OVNI du Rock hexagonal.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre parcours qui a débuté avec la sortie de « Hollow » en 2020 dans une période compliquée. Malgré un bel accueil, il aura fallu attendre cinq ans pour découvrir votre EP « Symbols ». Que s’est-il passé durant ce long moment ?

La sortie de « Hollow » s’est faite de manière assez particulière à cause du Covid. On a pu défendre le disque en live plusieurs mois après la sortie du disque. Comme aucun de nous ne fait de la musique à titre professionnel, les délais sont malheureusement plus longs et la motivation est constamment mise à l’épreuve, même si cela occupe une place importante dans nos vies. Nous préférons ne pas nous imposer un rythme que nous serions incapables de tenir, alors je pense que ces délais, très longs dans le contexte actuels de course à la visibilité, sont naturellement le temps dont nous avons besoin pour rester créatifs.

– Il y a quelques mois, « Symbols » a surpris par sa maturité notamment et sa production également. Pourtant, il s’agissait d’anciens morceaux réarrangés et réinterprétés. Y avait-il un goût d’inachevé par rapport à ces titres, ou était-ce pour mieux rebondir ?

Oui, effectivement, « Symbols » jouait à la fois ce rôle de pouvoir enregistrer ces morceaux b-sides qu’on a du écarter lors de l’enregistrement faute de temps (« Power » et « Obsolete »), de ressusciter un autre morceau inédit de l’époque d’« Hollow » (« Far ») et de monter un morceau exclusivement pour l’EP (« Candle »), que l’on n’avait d’ailleurs jamais joué ensemble avant de le travailler en studio. « Symbols » était une façon pour nous de mettre en application certaines choses que nous avons apprises lors de l’enregistrement de notre second album, « Made Flesh ». En plus de tous ces aspects artistiques, « Symbols » était aussi et avant tout une façon de rester musicalement actif durant toute la période qui a suivi l’enregistrement de l’album, où l’on a fait beaucoup de démarchage, ce qui pouvait facilement nous éloigner de la création et du jeu en groupe.

– Aujourd’hui, vous sortez enfin ce deuxième album et « Made Flesh » est plein de surprises. La première vient de la production qui est franchement massive, tout en restant aérée. Qu’avez-vous changé dans votre approche et est-ce qu’il vous fallait ce temps aussi pour peaufiner votre son ?

Cyrille Gachet, à la production, a été pour beaucoup dans ce ‘step-up’. Même si « Hollow » nous avait fait prendre beaucoup d’expérience dans l’exécution en studio et en live, Cyrille nous a proposé un niveau d’exigence au-delà de ce que nous nous étions nous-mêmes fixés. Sa réflexion complétait la nôtre dans la mesure où il était capables d’apporter rapidement des solutions techniques à des envies artistiques et ainsi nous aider à les valider, ou à les écarter. Il nous a beaucoup apporté et ses méthodes ont impactées notre vision de la musique jusqu’à la façon dont nous composons aujourd’hui.

– D’ailleurs, j’ai aussi appris que les compositions de ce nouvel album dataient d’avant la sortie de « Symbols ». Cet EP a-t-il finalement été un galop d’essai avant de revenir quelques mois plus tard ? D’autant que vous avez aussi sorti trois singles extraits de « Made Flesh » dans ce laps de temps…

En fait, l’EP a été enregistré après l’album pour pouvoir garder un rythme de création. La décision de le sortir avant a été motivée par plusieurs choses : l’incertitude des conditions et de la date de sortie pour « Made Flesh », la volonté de se rassurer sur le fait de pouvoir assurer une sortie en terme de promotion et de communication et enfin, l’occasion de pouvoir collaborer avec des labels DIY avec qui on avait plaisir à faire des choses, comme MA Saret Records, Araki, Atypeek et Stellar Frequencies.

– Vous avez conçu« Made Flesh » pas très loin de vous en confiant l’enregistrement et le mix à Cyrille Gachet (Fange, the Great Old Ones) et le mastering à Alan Douches (Dillinger Escape Plan, Converge). Cherchiez-vous d’abord les personnes capables de restituer parfaitement votre univers et l’esprit de ce nouvel album ?

Après avoir pris contact avec plusieurs personnes, Cyrille nous est apparu comme le plus impliqué et le plus pertinent vis-à-vis de notre vision de l’album. Le fait de pouvoir échanger en amont sur la base des pré-prods nous a confortés dans cette décision. Il est capable, sans rien dénaturer des compositions, de leur conférer l’intensité et la sonorité qui conviennent le mieux. Nous étions preneurs de conseil et nous souhaitions travailler avec quelqu’un capable d’endosser un rôle de producteur. L’idée était de fournir une idée la plus précise possible, puis de laisser ces professionnels nous surprendre par ce qu’ils sont capables d’apporter. Alan Douches, pour sa part, nous a été conseillé par Cyrille par affinité et nous sommes fiers de pouvoir figurer dans un tel catalogue d’artistes.

– Un mot aussi sur votre signature chez Season Of Mist, qui semble vraiment le label adéquat pour UNTITLED WITH DRUMS. Votre style étant assez peu répandu dans l’hexagone, est-ce que cela a peser dans votre décision, compte tenu de sa position sur le marché ?

On a ressenti cette signature comme quelque chose de très réciproque, dans le sens où de notre côté, nous avions besoin de soutien pour franchir un cap en termes de portée, de communication et de crédibilité. Et de leur côté, je pense que nous appartenons à des esthétiques plus ‘alternatives’ que le label souhaitait développer. Pour nous, c’est plutôt une bonne chose de profiter des avantages d’une telle structure, tout en se démarquant naturellement de leur style général.

– J’aimerais qu’on parle aussi de cette belle complicité contre Lucas et Nicolas, qui offrent des combinaisons guitares/claviers sur lesquelles vous jouiez assez peu auparavant. Est-ce un aspect de votre jeu que vous avez tout particulièrement souhaiter peaufiner et explorer sur « Made Flesh » ?

La place du synthé et des samples dans UNTITLED WITH DRUMS est un sujet de réflexion constant. Pour moi, c’est précisément l’élément capable d’apporter la modernité et le twist sonique, dont des groupes comme nous, hérités des 90’s, ont besoin. Son rôle à la fois mélodique et texturiel le rend particulièrement polyvalent, c’est pourquoi j’ai souhaité les faire se rejoindre sur certaines lignes mélodiques. Cyrille Gachet nous a beaucoup encouragés en ce sens également, en nous invitant à moins faire de ‘nappes’ pour remplir, ce qu’on avait pu faire sur « Hollow », et plus de combinaisons mélodiques sur des passages clés.

– Enfin, il y a un côté très écorché sur ce nouvel album, tant dans les textes que dans les ambiances qui oscillent entre passages très tranchants et d’autres plus aériens et introspectifs. Placer l’être humain au cœur de « Made Flesh » devait inévitablement faire ressortir cette atmosphère, dans une époque actuelle très incertaine ?

La direction des lyrics et du chant est également en pleine évolution. Cet angle un peu cynique, écorché et provocateur représente pour moi à la fois un bon dosage de zone de confort et de challenge. Le mot d’ordre de cet album était le contraste. Je voulais assumer un côté plus frontal et plus catchy quitte à relayer certaines ambiances au second plan pour contrebalancer.

Le nouvel album d’UNTITLED WITH DRUMS, « Made Flesh », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Joan Sabatier (1), Angelique Delabre (2, 3) et Madelaine Ré (4).

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Cinematic Metal Metal Progressif Post-HardCore

No Terror In The Bang : sous tension

Sur la longueur, les Normands se sont déjà montrés redoutables à deux reprises (« Eclosion » et « Heal »), alors les voir surgir avec un premier EP peut étonner. Pourtant, avec autant d’assurance et une fluidité incroyable, « Existence » pourrait bien annoncer le début d’une nouvelle ère pour NO TERROR IN THE BANG, celle d’une identité indéfectible et affirmée. A travers un Metal résolument moderne, aux teintes progressives et post-HardCore, le quintet déploie un large panel d’émotions, souvent sombres et torturées, mais à l’esthétisme très raffiné.

NO TERROR IN THE BANG

« Existence »

(Klonosphere)

Depuis cinq ans, c’est un parcours sans faute pour les Rouennais. Depuis « Eclosion », leur premier opus, ils ne cessent de repousser leurs limites, tout en offrant une fusion entre l’impact Metal violent et la recherche d’une profondeur plus cinématique, qui vient libérer un peu de douceur sur leur planète musicale. Avec « Heal » (2024), NO TERROR IN THE BANG avait imposé sa touche sur la scène hexagonale, grâce à une technicité exacerbée au service de compositions structurées et saisissantes et d’une frontwoman, Sofia Bortoluzzi, dont le registre vocal se fait plus polymorphe que jamais. Et « Existence » vient sceller un style unique, personnel et original avec brio.

Après deux albums, la formation crée donc un peu la surprise avec un cinq titres, qui se fait vite trop court, avouons-le. Pour autant, NO TERROR IN THE BANG se montre peut-être encore plus précis qu’à l’habitude avec un souci d’efficacité et une immédiateté, qui témoignent d’une grande maturité artistique. Malgré sa durée, « Existence » est une sorte de quintessence de l’esprit du groupe, de son registre et même aussi de son univers. Fluctuants et chirurgicaux, les riffs tranchent dans le vif, portés par une rythmique massive et virevoltante, tandis que le chant est plus jamais impressionnant de maîtrise. Imprévisibles et puissants, les Français déroulent.

Parfaitement servi par une production qui libère beaucoup d’amplitude à ses nouveaux morceaux, NO TERROR IN THE BANG alterne et joue avec une force sonore démesurée et une mélancolie presque étouffante, sans laisser le moindre moment de répit. Loin de toute contemplation, il enfonce le clou sur des passages sonores vertigineux, tantôt éthérés, tantôt fracassants (« Moon », « Goat », « Human Race Kills »). Progressif et brutal, le combo ne choisit pas et avance sur une ligne musicale toujours contrastée, en rupture constanteet constituée de choix forts (« Heroine » et le génial « Chasm »). Une immersion d’une richesse frappante et d’une exigence permanente.

Photo : Aurélien Cardot

Retrouvez les deux interviews du groupe…

… et la chronique de son premier album « Eclosion » :

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Doom Post-HardCore Post-Metal

Neurosis : une résurrection pleine de douleur

Pierre angulaire du post-Metal depuis la fin du siècle dernier, la formation d’Oakland a montré la voie à un grand nombre de groupes, qu’ils évoluent dans un registre similaire, post-HardCore, Sludge ou même d’obédience Punk. Toute sa carrière, NEUROSIS n’a eu de cesse d’expérimenter et de repousser les limites de son imaginaire. Après de (trop) longues années d’absence, « An Undying Lover For A Burning World » marque la fin d’une pause globalement subie et d’une régénération audacieuse et solide.

NEUROSIS

« An Undying Love For A Burning World »

(Neurot Recordings)

Surprise de taille il y a quelques jours avec l’inattendu retour de NEUROSIS suite à une décennie de silence. Trois ans après « Fires Within Fires » en 2016, le groupe s’était également séparé de son leader Scott Kelly en raison de l’attitude inadmissible et condamnable de son guitariste et vocaliste envers ses proches. C’est dorénavant l’ancien frontman et six-cordiste d’Isis, Sumac et quelques autres, Aaron Turner, qui a pris le relais et de quelle manière ! Le combo semble prendre un nouvel élan, même si son jeu reste d’une noirceur et d’une obscurité inchangées, sorte d’abîme de la douleur. Et on retrouve toujours cet aspect viscéral et cathartique dans sa musique.

Le propos des Californiens n’est donc pas plus positif que jadis et se développe autour du sens à donner à une existence naviguant dans un monde aussi déconnecté que le nôtre. Sous cet angle, le point de vue vient alimenter l’univers déjà torturé de NEUROSIS et « An Undying Love For A Burning World » se révèle être un instantané de notre époque. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que les dix ans passés et le changement majeur de line-up ont apporté encore plus de puissance et de profondeur à ce post-Metal très Doom, captivant et quasi-obsédant, le propulsant bien au-dessus du lot de très nombreuses productions actuelles.

Musicalement, ce douzième album commence sur des cris de détresse avec « We Are Torn Wide open », ouvrant l’espace sonore au monde si original de NEUROSIS. Devenu au fil du temps une influence incontournable dans le monde du Metal au sens large, le quintet n’a rien perdu de cette créativité unique et de cette facilité à exprimer des sentiments entremêlés qu’il est à peu près le seul à maîtriser à ce point. Bien sûr, on retiendra les mastodontes « First Red Rays », « Blind » et « Setting And Scattered », et le travail effectué sur les textures sonores, les combinaisons de guitares et des parties vocales qui restent une marque de fabrique si personnelle. Une claque !

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France Post-HardCore

Point Mort : polymorphic-core [Interview]

Toujours aussi abrasif, mais emprunt cette fois de beaucoup plus de sensibilité, le deuxième album des Parisiens a de quoi surprendre pour qui les suit depuis leur premier EP « Look At The Sky » sorti en 2017. Le style s’est affiné, bien sûr, mais il a aussi gagné en diversité sonore, en impact et se veut nettement plus libre aussi dans l’écriture. Jouant sur les émotions, POINT MORT passe de la lumière à la noirceur absolue d’un claquement de doigt avec une cohérence déroutante. Avec « Le Point De Non-Retour », le quintet affiche une polyvalence de chaque instant, doublée d’une fermeté imparable dans son déroulé. Quelques jours avant sa sortie, Damien Hubert (basse), Olivier Millot (guitare) et Sam Pillay (chant) reviennent sur leurs envies artistiques, l’évolution du groupe et la conception de ce nouvel opus.

– Vous sortez votre deuxième album, « Le Point De Non-Retour », après deux premiers EPs et des prestations scéniques aussi nombreuses qu’explosives. Et puis, POINT MORT a aussi franchi la décennie d’activité. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce parcours de dix ans d’existence ?

Damien : On regarde assez peu en arrière et d’ailleurs, on ne joue d’ailleurs pas beaucoup d’anciennes chansons en live. On a aussi beaucoup fait évoluer la musique du groupe au fur et à mesure du temps, et nous avons aussi changé, ce qui fait qu’on ressasse assez peu les événements passés du groupe au final ! 

– Depuis vos débuts, vous avez habillement enrichi et fait évoluer votre post-Hardcore, et POINT MORT reste unique en son genre avec de multiples facettes que vous nourrissez de nombreux styles. Comment procédez-vous justement pour garder une identité si forte ?

Damien : Il n’y a pas de recherche d’identité particulière. J’ai surtout l’impression que sur les textes, la compo, les visuels, on travaille sur ce qui nous parle nous et comme on est plusieurs avec des goûts différents, ça donne cette mixture. Ce qui fait qu’on est vraiment  très content quand quelqu’un clique avec nous, mais la contrepartie c’est que ça ne parle pas à tout le monde. 

Olivier : Rien n’est prémédité. Quand il y a une envie, on décide d’y aller jusqu’au bout. Peu importe si cela colle, ou pas, avec le style dans lequel on est affilié.

– Pour « Le Point De Non-Retour », vous avez de nouveau fait appel au duo Sauvé/Chaumont pour l’enregistrement, le mix et la production. Vous donnez l’impression de grandir ensemble et d’ailleurs, un palier est encore franchi. Quelle était votre ambition première pour ce deuxième album, tant au niveau de la composition que du son ?

Damien : Moins de dissonances et de guitares zinzins, plus de travail sur les voix, mais tout autant de structures à tiroir et de ‘trucs-alambiqués-qui-s’entendent-pas-à-la-première-écoute’. Moins de musique aussi en durée à enregistrer aussi, y’en a marre des albums de plus de 50 minutes !

Olivier : Quand j’ai commencé à écrire cet album, je voulais plus de lisibilité dans la narration et accentuer le côté ‘cinématographique’ des morceaux. Aussi, de prendre le temps pour aller plus loin dans les arrangements des voix et qu’il y ait plus de matière au mixage. Effectivement, on progresse ensemble avec Amaury et Thibault. La communication est plus simple et directe, donc on va plus vite. En plus, pour cet enregistrement, on a eu Etienne Clauzel, qui a complété cette fine équipe.

– Ce nouvel album va bien plus loin que « Pointless… » dans les contrastes notamment. Il est à la fois plus massif et percutant d’un côté et il aborde aussi un aspect plus mélodique et très poétique au niveau des textes. C’est un équilibre que vous avez longtemps cherché, ou s’est-il finalement fait assez naturellement ?  

Damien : Olivier et Sam ont trouvé cet équilibre-là ensemble, puisqu’ils sont les principaux compositeurs et auteurs de tout ce bazar. Rien n’est laissé au hasard. Mais oui, je crois que c’est quelque chose qu’on cherchait depuis quelques années quand même, et on a pris le temps de développer ce côté mélodique.

Olivier : Avec Sam, on voulait plus de chant clean, plus de mélodies, plus de contrepoint ! J’ai beaucoup réécrit les instrus en fonction de ce que Sam composait sur les démos. Comme disait Damien, je ne voulais plus écrire de lignes de guitare/basse qui partaient dans tous les sens. Je voulais que cela soit plus compact, sans perdre cette idée de contrepoint pour les instruments également. Donc, le tout sonne forcément plus massif ! 

– Est-ce qu’on peut parler d’album-concept pour « Le Point De Non-Retour » parce que, si les morceaux ont des durées très différentes et font même parfois le grand écart, il y a un vrai fil directeur et beaucoup de cohésion dans le déroulé ?

Damien : Pas de concept-album, mais des thèmes qui se recoupent, puisque c’est Sam qui écrit les textes. Après il y a une cohérence dans cet album, mais rien qui peut le rattacher à un concept-album.

Olivier : Je dis cela à chaque album, mais pour moi, c’est un seul morceau, découpé en mouvements, comme dans un concerto.

– Comme toujours, vous ne manquez pas d’audace, puisqu’après une intro aux saveurs Electro, vous ouvrez l’album avec « An Ungrateful Wreck Of Our Ghost Bodies », long de dix minutes. Comment prend-on une telle décision ? Ce n’est pas banal… 

Damien : Certains auraient dit qu’ils ont eu une idée de génie comme ça en buvant leur café le matin. Alors que c’était en buvant une tisane le soir. Non, comme d’habitude, rien n’est laissé au hasard, pas d’épiphanie, mais une fois que ce début d’album a été envisagé comme ça, ça n’a jamais plus évolué.

Olivier : C’est simple, c’est le premier morceau que j’ai écrit en pensant qu’il ouvrirait l’album. L’idée de l’intro est venue plus tard !

– Sam, vocalement, on retrouve ta grande polyvalence et cette fois, le chant clair et mélodique est aussi beaucoup plus présent. On te découvre même un peu plus, je trouve. C’était une condition pour réussir à délivrer plus d’émotion dans ces nouveaux morceaux ?

Sam : C’était un postulat de départ. On voulait plus de chant mélodique et harmonique. D’ailleurs, le dernier morceau de « Pointless… », « Ash To Ashes », annonçait déjà les fondements de cette direction artistique. La partie finale, avec toutes ces voix qui se superposent jusqu’à l’explosion, c’était en quelque sorte les prémices. J’aime varier les voix, les timbres, les interprétations. Cela enrichit forcément le discours. Le chant hurlé, pour l’usage que j’en fais, c’est la rage, la hargne, les tripes. Ça peut être déchirant, mais je pense que le chant clair permet une plus grande palette d’émotions. Quand on parle d’instrument, on dit jouer de la guitare, du piano… Et bien moi, je joue du chant. La variété de chant clair, me permet d’être espiègle, enfantine, suave, exaltée… Et j’en passe. 

– D’ailleurs, en aparté, que penses-tu du nombre croissant de femmes qui se mettent au growl ? Et lesquelles ont tes faveurs, ou t’impressionnent ? 

Sam : Chez les hommes comme chez les femmes, je suis peu impressionnée par le growl. Parce que c’est technique et non artistique. Ce serait comme dire à un chef étoilé que j’aime sa découpe de légumes, plutôt que de lui parler de l’ensemble de sa carte. Ce qui me parle davantage, c’est le timbre d’un chanteur ou d’une chanteuse, ou sa façon de livrer sa voix. J’aime une voix parce qu’elle me touche en premier lieu et du coup le seul point commun entre tous les artistes que j’affectionne, c’est que leur empreinte vocale ou leur musicalité m’émeut, me transporte. 

Concernant le nombre croissant de femmes qui growlent, comment répondre autre chose que c’est bien ? Le fait qu’il y ait plus de femmes, tout instrument confondu, dans la musique, c’est forcément bien. Je dirai même plus, c’est juste normal ! D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi la question est adressée seulement à moi, les gars, vous avez des growleuses favorites, vous ?

Olivier : Oui, toi Sam! Je ne vais pas être original,  Julie Christmas forcément ! Pareil pour sa richesse de timbres ! Dans « The Wreck Of S.S Needle » (avec Cult Of Luna en 2016 sur l’album « Mariner » – NDR) son interprétation est stratosphérique !

Damien : Aller, pour ne pas répondre comme Olivier, à l’opposée du spectre, Candace Kucsulain de Walls of Jericho, Hard-Core à fond.

Sam : Je suis d’accord, deux voix et personnalités inspirantes !

– On l’a dit, ce nouvel album est chargé en émotion avec des passages très touchants, ce qui n’est pas si courant dans votre registre. Est-ce à dire que « Le Point De Non-Retour » est plus intime et plus personnel aussi dans son propos que son prédécesseur ?

Damien : Il y a toujours eu beaucoup de ‘personnel’ dans POINT MORT, car on ne cherche jamais la facilité, ni même la simplicité, à aucun moment, ni pendant la phase de compo, ni pendant l’enregistrement. Fatalement, cela fait ressortir des trucs qui font que la musique devient forcément intime. Mais celui-là est encore plus marqué par la personnalité des gens qui l’ont fait. En studio, quand le temps a manqué, on a mis l’accent sur l’artistique quitte à passer outre certaines étapes techniques. Ce n’était pas forcément le cas sur les disques d’avant pour lesquels le temps manquait pour tout ! (Rires)  

Olivier : Oui, il est plus intime et personnel, et surtout sans concession. « Pointless… » avait un côté plus  laboratoire et  patchwork. 

– Sam, c’est également toi qui signes la pochette de l’album qui incarne ‘La dame au cou penché’ liée, bien sûr, à votre dernier single « The Bent Neck Lady ». C’est vrai que le morceau est un moment fort de l’album. Cela a-t-il été une évidence de le mettre en avant ?

Sam : Pas forcément non, car c’est un morceau long. Et pour des raisons pratiques, il est préférable de sortir en single des morceaux courts. Ça passe mieux auprès des plateformes. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a créé la version ‘radio edit’. C’est un morceau intense, on voulait vraiment le mettre en avant. Pour l’anecdote, tous les morceaux ont changé trois fois de noms avant d’être figés. Le titre « The Bent Neck Lady » a été trouvé sur la ligne d’arrivée. Ce n’est pas le titre qui a inspiré l’artwork, mais l’artwork qui a inspiré le titre. (Sourires)

Damien : Jetez un œil à au deuxième épisode du documentaire pour voir que ce morceau a été un temps fort de l’enregistrement également.

Olivier : Je confirme !

– Enfin, j’aimerais que l’on dise un mot de vos trois clips qui accompagnent l’album, ainsi que du making-of de sa conception. La vidéo est-elle devenu indissociable de votre musique, surtout aujourd’hui où la visibilité est devenue essentielle sur les réseaux notamment ?

Damien : Je crois qu’on aime bien le travail visuel aussi, vu que tout l’habillage est fait par les membres du groupe. Concernant le making-of, j’ai voulu documenter l’enregistrement de l’album, car je trouve qu’il y a une histoire à raconter, sans filtre, sans survendre ou minimiser quoique ce soit. Pas sûr qu’on refasse ça un jour, puisque c’est un enfer logistique. En effet, il y a plus de 50 heures de rushes et il y avait les caméras à gérer pendant que je jouais, même si pendant deux jours intenses Jessica Salitra est venue vraiment filmer. On a d’ailleurs fait le montage à deux. Pour les trois clips, d’un point de vue visuel, avec du recul, on a du clip classique (la chanson-titre), un truc plus ‘punkoïde’ à tendance nonsensique (« Skinned Teeth »), et enfin une proposition artistique hors du temps et délicate (« The Bent Neck Lady »). Finalement, cela reflète un peu la musique du « Point De Non-Retour », j’ai l’impression.

POINT MORT sortira son deuxième album, « Le point De Non-Retour » le 25 avril chez Almost Famous.

Photos : Jessica Salitra

Retrouvez la première interview du groupe à la sortie de « Pointless… » :

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Dark Gothic Doom France Post-HardCore Post-Metal

Hangman’s Chair : cold exploration [Interview]

Depuis ses débuts il y a 20 ans maintenant, HANGMAN’S CHAIR ne cesse d’évoluer, même si un lien persiste toujours entre ses albums. Du Sludge brutal au Doom très pesant, le groupe prolonge son aventure dans un post-Metal aux déflagrations Hard-Core avec un aspect Cold Wave et gothique plus prononcé aujourd’hui. Pour autant, la patte est toujours là, elle se peaufine et suit les envies et les inspirations de son binôme créatif, composé de Julien Chanut (guitare) et de Medhi Birouk Thépegnier (batterie). Sur ce septième opus, le quatuor français explore encore et toujours des sonorités qui collent à des textes emplis de mélancolie. Contraction de ‘Sadness’ et ‘addiction’, « Saddiction » s’inscrit dans un voyage musical très immersif, narratif aussi et surtout très captivant. Entretien avec un batteur passionné et très investi dans un projet, dont la vision se projette dorénavant sur le long terme.   

– Il y a un peu plus de deux ans, vous sortiez « A Loner », premier chapitre d’une trilogie. « Saddiction » est donc sa suite. Est-ce qu’à l’époque, vous travailliez déjà sur ce nouvel album ?

Pour être sincère et transparent avec toi, cette histoire de trilogie est sortie de la tête de Julien lors d’une conversation qu’on a eu avec la personne qui nous a fait la bio du dernier album. J’ai trouvé ça intéressant même s’il a son point de vue et que j’ai le mien. Je trouve ça bien, parce que ça permet aussi de ranger un peu notre chambre. Quand on parle de trilogie, ça veut dire que c’est le second volet et qu’il va y en avoir un troisième, alors que je ne sais même pas ce qu’il va se passer demain. C’est donc assez étrange de parler comme ça comme d’un concept établi. Cela dit, ça permet aussi de voir un peu où on en est. Je comprends bien l’idée de Julien, car il a essayé de classer un peu notre style et notre concept musical au sein de HANGMAN’S CHAIR par rapport à nos albums. Et donc, ça se tient, bien sûr. C’est vrai qu’on avait ouvert une nouvelle ère avec « A Loner ». C’est un épisode, avec le confinement aussi, où l’on a eu envie d’explorer plus en profondeur le côté Cold Wave. Et « Saddiction » est arrivé à point nommé dans le sens où on a continué cette exploration. Je comprends bien l’idée de la trilogie, car je suis à un âge où je passe à un autre concept moi-même dans ma tête et dans ma vie. J’ai aussi quitté Paris avec toute la tension et la folie qu’il y a autour du groupe. J’aime donc l’idée de cette nouvelle ère avec cette trilogie. C’est surtout une manière de voir les choses, en fait. Il a son idée par rapport au son, tandis que je le vois plus comme une étape de vie.

– Il n’y a pas vraiment de règles chez les artistes qui sortent des trilogies, mais concernant HANGMAN’S CHAIR, est-ce que vous voyez la trame des trois albums, ou est-ce que les idées émergent au fur et à mesure ?

Oui, je l’entends, je le vois venir. Pour le moment, je suis dans un cycle d’attente pour l’écriture et l’enregistrement et puis, nous sommes en pleine promo aussi. Je suis dans une phase de digestion par rapport à ce nouvel album. Après, c’est différent pour chaque groupe, mais en ce qui nous concerne, on met énormément de cœur à l’ouvrage. Il y a beaucoup de choses, beaucoup de sacrifices aussi. Tu sais, on se connaît avec Julien depuis nos 13 ans. Il y a une espèce de vie de couple, dans laquelle il faut gérer le côté humain et le côté professionnel avec tout le groupe. Il y a toujours eu des hauts et des bas dans les émotions et on retranscrit tout ça dans la musique, que ce soit des épreuves, des déceptions, des pertes… C’est la vie de tous les jours en fait. Et cela peut être parfois un peu lourd. J’ai un peu de mal à avoir une vision du futur, puisqu’on parle de cette trilogie. Et là, nous sommes au moment de la sortie de l’album, ce qui est toujours assez exceptionnel, même si les retours sont très bons dans les médias. J’attends maintenant ceux des auditeurs, qui sont une étape ultra-importante. Pour l’instant, je suis un peu en eaux troubles… ! (Rires)

– Je comprends très bien cette impression de vertige. Mais sur une trilogie comme celle-ci, on se lance tout de même dans une aventure sur le long terme, c’est-à-dire que vous ne pouvez pas ne pas faire le troisième…

Exactement ! Ça veut dire qu’il y a quelque chose de prédéfini ou de préparé. Mais sincèrement, je ne sais ce que demain nous réserve. C’est aussi pour ça que cette trilogie m’intéresse, même si j’ai du mal à intégrer l’idée pour l’instant. Julien a un rapport à l’écriture et je le comprends bien. Cela dit, il y a une globalité qui est assez effrayante. C’est le temps qui décide un peu de tout ça, par rapport à nos vies, et notre musique en est le reflet. Et avec tout ce que j’ai injecté de ma vie dans ce nouvel album, je suis vidé.

– Avant de parler du contenu de  « Saddiction », j’aimerais qu’on parle de la production. Une trilogie s’étale environ sur 6/8 ans et vu les avancées technologiques actuelles, tout peut aller très vite, sans même parler d’IA. Vous vous êtes-vous posé des limites pour que ces trois albums gardent une unité sonore ?

C’est une bonne question car, pour moi et avec un peu de recul, les choses se sont faites assez naturellement sur les deux derniers albums. On ne se pose aucune limite, car ce serait grave quand même. En revanche, cela nous arrive de ne pas être d’accord et de mettre nos idées en opposition, bien sûr. Il y a toujours débat, mais il y a des choses assez naturelles au niveau de la composition. Avec tout ce qu’il s’est passé pour « A Loner », la signature avec Nuclear Blast, une visibilité augmentée, beaucoup de concerts car on n’a jamais autant joué de toute notre vie, on a senti avec Julien le besoin de prendre du temps pour digérer tout ça. Et finalement, cette espèce de schizophrénie nous a poussés à composer directement. On a été très inspiré, chacun de notre côté. Et comme j’ai déménagé au bord de la mer, je suis arrivé avec des morceaux plus lumineux et il y a eu un frein de la part de Julien, car il n’arrivait pas à entrer dans le truc. Il a fallu que je me réadapte, que je revois ma copie. Donc, tu vois, notre musique dépend de tout ça, de tous ces paramètres personnels dans nos vies. En fait, on ne se met pas de frein, mais il nous arrive de nous recadrer, de rester sur une espèce de ligne directrice en laissant aussi de la marge à la création et à l’exploration. C’est magique en tout cas de pouvoir écrire comme ça. Je touche du bois, car on arrive encore à être inspiré par la vie qui passe et tout ce qu’il peut y avoir autour. Et de tout ça, c’est vraiment génial d’en sortir des mélodies !

– En revanche, musicalement, l’évolution de HANGMAN’S CHAIR est nette, et pas seulement depuis « Saddiction » ou « A Loner ». Les influences gothiques et Cold Wave sont manifestes. Est-ce pour mieux coller au propos de l’album, ou c’est plus largement une direction que vous entendez tenir à l’avenir ? Parce qu’on est quand même très loin du Sludge de vos débuts…

Clairement ! On a commencé en 2005 avec HANGMAN’S CHAIR et je pense qu’à ce moment-là, on était très à fond dans la veine du groupe qu’on avait avant et qui était plus Hard-Core et Metal, tirant même sur le Doom et le Sludge de la Nouvelle Orleans. On écoutait énormément Pentagram, Saint Vitus, etc… C’est vrai que cela a dépeint sur nous et HANGMAN’S CHAIR est arrivé juste après. Sur nos deux premiers albums, on était complètement dans l’exploration. C’est vrai qu’aujourd’hui, j’ai un peu de mal à réécouter ces disques, car on s’y perd un peu nous-mêmes. Mais c’est assez touchant, car ce sont nos débuts aussi. Je pense que c’est avec « Hope / / / Dope / / / Rop » (2012 – NDR) que la bascule a eu lieu. Il a été déclencheur pour la suite. Après, l’important est de rester naviguer, car ça reste de la musique et c’est vraiment là que je me sens le mieux. J’ai aussi l’impression qu’on arrivait bien à digérer tout ce qu’on écoutait et c’était très varié. Ca pouvait aller de Depeche Mode aux Cure, mais aussi à la scène Hard-Core new-yorkaise qu’on a beaucoup écoutée avec les Cro-Mags, Bad Brains, etc… Ensuite, certaines choses sont revenues sur des bases qu’on aime. Dernièrement, on a peut-être écouté plus de choses Cold, post-Punk, New-Wave et gothiques. Ce sont des ambiances qu’on arrive à bien manier et dans lesquelles on sait combiner plusieurs ambiances. Julien arrive le plus souvent avec des morceaux froids et assez agressifs, tandis que les miens sont peut-être plus mélancoliques, mélodiques avec des arpèges et des effets. Et c’est ce mix des deux qui fait la couleur de l’album, sa lumière. C’est toute la magie de notre binôme.

– Comme sur « A Loner », il y a un gros travail sur les tessitures sonores et les atmosphères. Pourtant, vous restez percutants. L’ambiance post- Metal/Rock domine toujours avec un petit côté Doom sous-jacent. L’idée d’entretenir le Sludge de vos débuts est définitivement passée ?

C’est vrai que sur « A Loner » et avec tous les concerts qu’on a donné ensuite, on est peut-être allé plus loin dans le côté post-Rock et le gothique parfois. On a beaucoup travaillé le traitement du son et des tessitures. Avec « Saddiction », ce qu’on a fait naturellement, c’est peut-être retrouver ce côté doomy et Sludge de nos débuts. Ca se mélange aussi beaucoup mieux, c’est plus digeste. Le travail sur ce dernier album a aussi été de réintégrer les sons de nos premiers amours et que ce soit harmonieux. Et j’ai l’impression que ça a débouché sur le deuxième volet de cette… trilogie ! (Rires) Il y a un équilibre plus évident avec des chansons plus courtes aussi et qui sont un peu le résultat de la tournée précédente. L’envie a été d’aller droit au but sur certaines choses.

– Parlons un peu des vidéos, qui ont aussi beaucoup d’importance chez HANGMAN’S CHAIR. Sur « Cold & Distant » (extrait de « A Loner »), Béatrice Dalle faisait partie de l’aventure et cette fois sur « Kowloon Light », il y a clairement une référence au « Into The Void » de Gaspard Noe…

« Into The Void » est clairement une référence, c’est vrai, et nous sommes très fans de l’œuvre de Gaspard Noe. On a adoré ce film car, esthétiquement, il est incroyable. Il a été hyper-loin dans la photo. On n’a pas non plus voulu aller volontairement dans ce sens, mais les gens avec qui on travaille savent qu’on aime ce genre-là et que nous sommes très friands du travail de Gaspard Noe. C’est super en tout cas que tu l’aies ressenti, car c’est une grosse influence. Et puis, il y a aussi un côté cinématique chez HANGMAN’S CHAIR, parce que ça nous a toujours fait vibrer. Il y a des liens très proches avec la vidéo et la photo, c’est certain. On se rapproche de certains univers comme celui de Lynch, par exemple. J’adore les vidéos qui subliment un morceau et j’adore les musiques qui subliment les images. C’est très lié.

– Avec un album aussi conceptuel et les clips qui sont réalisés, on imagine que vous allez aussi soigner la scénographie de vos concerts à venir. De quelle manière travaillez-vous cet aspect au sein du groupe ?

On travaille avec des techniciens qui nous apportent énormément de conseils. Il faut savoir aussi que nous sommes un groupe avec un certain statut, c’est vrai, mais pas illimité. On a un agent qui travaille très bien, qui nous trouvent les dates et les budgets, donc il faut toujours aussi voir l’aspect financier et ce que l’on peut faire, ou pas. Et puis, on fait aussi une musique qui est très terre-à-terre et j’adore aussi les groupes qui n’ont pas forcément de scénographie particulière. On essaie de faire ce que l’on peut et d’améliorer à chaque fois nos concerts de ce côté-là et on a la chance d’avoir une belle équipe qui s’occupe très bien de la création en habillant la musique du mieux possible. On a déjà intégré de la vidéo sur nos concerts par le passé, mais budgétairement, c’était très compliqué. Ensuite, il y a le risque de décrochage du public avec trop d’infos d’un coup. Après, c’est quelque chose que j’aime beaucoup chez d’autres groupes, où la musique s’y prête peut-être plus. Pour l’instant, je préfère de l’habillage d’éclairage. Il y a un équilibre à trouver, il ne faut pas non plus se cacher derrière une scénographie, malgré l’air du temps où le public attend de gros shows.

– Justement, comment allez-vous organiser votre setlist ? Car, au-delà des deux derniers albums, il y a les cinq précédents ?

Ce n’est jamais évident chez HANGMAN’S CHAIR de construire un set avec la longueur des morceaux, car on joue une heure et quart/une heure et demi et même 45 minutes en festival. C’est vrai qu’à la sortie d’un album, on a envie de le jouer, même en partie, car il y a de la nouveauté à présenter. Maintenant, 2025 est une année un peu particulière, car on fête les 20 ans du groupe, donc on a envie de jouer d’anciens titres aussi. On veut en intégrer certains qu’on n’a pas joués depuis très longtemps, en ajoutant certains arrangements pour les fondre dans le set. On y travaille ! (Sourires)

– Pour conclure, est-ce vous travaillez déjà sur le chapitre final ? Ou alors, allez-vous faire une pause pour vous concentrer exclusivement à la scène ?

(Rires) J’ai des morceaux ! En fait, je compose constamment, dès que je peux. Ce n’est pas ciblé, mais j’ai des choses. J’essaie de me mettre sur mes machines le plus possible, mais il n’y a rien de défini. C’est un peu ce qu’on se disait au début de l’interview… (Sourires) Et j’ai aussi besoin de voir où « Saddiction » va nous mener et à quelle sauce on va être mangé ! (Rires)

Le nouvel album de HANGMAN’S CHAIR, « Saddiction », est disponible chez Nuclear Blast.

Photos : Andy Julia

Retrouvez également l’interview du groupe au moment de la sortie de « A Loner » :

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Post-HardCore Post-Metal Progressif

Matrass : le temps du changement

Même si c’est son premier album et qu’il s’aventure dans un registre jusqu’ici inédit pour lui, MATRASS réalise le tour de force de se mouvoir très habillement dans un Post-Metal Progressif créatif et composé de multiples éléments, tous parfaitement assimilés. Avec « Cathedrals », les Français frappent forts et s’installent avec détermination aux côtés des meilleurs combos du genre, grâce une belle technique et une prestation éclatante de leur chanteuse. 

MATRASS

« Cathedrals »

(La Tangente)

Après deux EPs, le quintet fait (déjà) table rase du passé en changeant radicalement de style et de batteur par la même occasion. Malgré la belle fusion Metal affichée sur « Inner Wars » il y a deux ans, MATRASS opte cette fois pour un post-Metal Progressif lorgnant sur le post-HardCore et le post-Rock. Il semblerait que le style fasse de plus en plus d’émules dans l’hexagone, tant le nombre de formations évoluant dans la même veine voit son nombre grandir depuis quelques années. « Cathedrals » apparait donc comme une sorte de renaissance, de nouveau départ.

Et ce virage vers un Metal résolument moderne est vraiment bien négocié par les Bordelais, qui s’offrent là l’occasion de pousser l’expérimentation musicale beaucoup plus loin. Que ce soit au niveau des structures des morceaux comme dans leurs tessitures, « Cathedrals » est un premier opus très abouti, riche et à travers lequel les deux guitaristes peuvent exprimer leur plein potentiel, tout comme la technicité de la rythmique et la polyvalence vocale de Clémentine Browne, la frontwoman de MATRASS, dont le chant alterne le clair et le growl avec la même aisance.

Et pour mieux affirmer sa nouvelle identité sonore, les Girondins s’appuient sur une production massive et aérée. Car s’ils n’hésitent pas à se montrer explosifs sur les moments forts, les longues plages instrumentales ne sont pas en reste. MATRASS y livre quelques instants suspendus de toute beauté. Malgré sa courte expérience dans ce registre post-Metal Progressif, avec « Cathedrals » il libère des titres dont la construction et l’interprétation sont irréprochables (« Shreds », « Glimpses », « Appetite For Comfort », « Adrift » et le morceau-titre.). Une entrée en matière saisissante !

Photo : Théo Pierrel
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Post-HardCore

Junon : viscéral

Sorte de mariage forcé entre souffrance et colère et entre mélodies et brutalité, « Dragging Bodies To The Fall » se lit comme une plaie que la formation de Béthune ne cherche d’ailleurs pas forcément à refermer ou à panser, mais plutôt à extraire. Les morceaux sont combatifs, jamais résignés, ils prennent aussi de la hauteur dans des sphères plus élevées laissant passer un halo de lumière dans cette noirceur, parfois abyssale. Tout en contrôle, JUNON met la pression, impose son style et son jeu avec autant de force que de précision.  Un véritable modèle du genre !  

JUNON

« Dragging Bodies To The Fall»

(Source Atone Records)

La tension est loin d’être retombée chez JUNON. Il y a deux ans, les Nordistes nous avaient livré avec l’EP « The Shadow Lenghten » (2021) un avant-goût de son Post-HardCore à travers quatre morceaux, qui avaient déjà fait l’effet d’une bombe à fragmentation. Aussi changeants qu’insaisissables, ils se présentent cette fois sur la longueur avec « Dragging Bodies To The Fall », un premier album où ils se déploient dans une certaine fureur. Avec Francis Castre du Studio Sainte-Marthe aux commandes, les ex-General Lee ont mis toutes les chances de leur côté et l’ensemble bénéficie d’une production massive et équilibrée.

Parce que sans un son irréprochable, impossible de saisir toutes les subtilités à l’œuvre ici. JUNON dispose toujours de ce mur de guitare, formé par ses trois six-cordistes, qui trouvent vraiment l’harmonie dans ce dédale de riffs. Mais on est loin du chaos. Personne ne joue sa partition dans son coin, et chacun œuvre à une même dynamique. Là aussi, toute la pertinence du jeu du sextet se trouve dans les détails… et ils sont nombreux. Le sextet articule ses compos sur des rythmes à géométrie variables, tantôt fulgurants ou plus aériens. La rythmique basse/batterie s’avère redoutable et donne le cap de manière magistrale.

L’univers de JUNON est obscur, parfois terrifiant et oppressant à l’instar du chant d’Arnaud Palmowski, rugueux et tenace. En ouvrant avec « Segue 1 – The Final Voyage », sorte de capsule, dont on retrouve une seconde partie un peu plus tard (« Segue 2 –Dragbody »), le groupe fait dans la nuance et scinde ce nouvel opus en deux parties distinctes. Les émotions se bousculent, s’entrechoquent et se percutent sans jamais perdre le fil. Les déchirures sont nombreuses, mais la solidité et le refus d’abdiquer aussi. Il y a dans ce « Dragging Bodies To The Fall » beaucoup plus de résistance que de résilience, et ça : c’est bien ! Bravo !

Photo : Emmanuel Poteau

Retrouvez la chronique du premier EP, « The Shadows Lenghten » :

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Post-HardCore Post-Metal

20 Seconds Falling Man : obsédant

Pour pouvoir jouer sur autant de textures sonores et d’ambiances musicales différentes, 20 SECONDS FALLING MAN englobe dans son post-HardCore des éléments de Noise, de Fuzz, d’un post-Black Metal ultraviolent et d’un Hard-Core radical. Introspectif et souvent céleste, les Français dévoilent un univers particulier, où des rythmiques pachydermiques côtoient des parties de guitares d’une grande finesse, et dans lequel le frontman se fait très versatile. « Resilience » domine les abîmes à travers de multiples climats avec beaucoup d’élégance.  

20 SECONDS FALLING MAN

« Resilience »

(Independant/Blood Blast Distribution)

La suite de « Void », sorti en 2021, nous est enfin livrée par le quintet nantais. Avec « Resilience », 20 SECONDS FALLING MAN boucle son diptyque avec une maestria déjà très largement perçue sur son précédent album. Très polymorphe, le post-HardCore du groupe est toujours aussi insaisissable et imposant. D’une incroyable lourdeur sur son premier opus, il est cette fois peut-être plus aérien, même si les fulgurances Metal, Hard-Core et Noise s’entrechoquent avec toujours autant de puissance et de volume. Cela dit, il semble tout de même que la noirceur omniprésente auparavant ait levé l’un de ses voiles dans cette obscurité dense et épaisse.

Baigné dans une nébulosité parfois terrifiante, « Void » se voulait sombre, écrasant et presqu’étouffant, tandis que « Resilience » montre déjà plus de teintes différentes et s’aère aussi, reprend son souffle et laisse même entrer quelques passages lumineux… une note d’espoir qui se traduit par des cris perçants et volontaires. 20 SECONDS FALLING MAN semble investi d’une quête et il la mène à bien. Les ombres parcourent cette nouvelle réalisation, dont la production est d’ailleurs à la hauteur du travail fait sur les arrangements et dans la complexité des morceaux, qui avancent tels des tableaux mouvants et évanescents.

Avant de se replonger dans « Resilience », l’idéal est de réécouter « Void », afin de mieux saisir l’ambitieuse entreprise et toute la détermination mise dans la création de ces deux réalisations, qui se complètent de manière étonnante. Ténébreux sur « In The Gloom » en ouverture, 20 SECONDS FALLING MAN poursuit avec force sur le morceau-titre, puis suspend son élan à l’envie comme pour mieux exploser quelques instants plus tard (« Shadow Of The Past », « Our Life Is Now »). Le combo joue très habillement sur les atmosphères (l’instrumental « New Moon ») et surprend jusqu’au bout, grâce aussi à un chant tout en contraste. Aussi libérateur que déchirant.

Photo : Gregory Dutein
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Alternative Rock Atmospheric Post-HardCore post-Rock

Codeseven : la renaissance

Après un long sommeil, la formation de Caroline du Nord réapparait enfin avec ce « Go Let It In » d’une grande classe et bénéficiant d’une somptueuse production. Assez éloigné de la lourdeur du son de ses premières réalisations, CODESEVEN n’en a pourtant pas perdu de son identité. Moins post-HardCore, plus Rock et progressif, et jouant sur les ambiances avec habilité, technique et feeling, ce retour est exceptionnel.

CODESEVEN

« Go Let It In »

(Equal Vision Records)

Si vous aviez tendu l’oreille au milieu des années 90 jusqu’en 2004, vous avez probablement un souvenir de CODESEVEN, un quintet qui bousculât un peu les codes en s’attelant à l’élaboration d’un post-HardCore mélodique mâtiné d’Alternative Rock. Depuis « Dancing Echoes/Dead Sounds », les Américains s’étaient mis en veille, une longue pause de 19 ans. Et c’est avec le même line-up et sur le même label qu’ils sont de retour et « Go Let It In », qui mérite que l’on s’y penche de très près.

A chacun de ses albums, six avec celui-ci, le groupe s’est toujours évertué à proposer quelque chose de différent et c’est encore le cas près de deux décennies plus tard. Bien sûr, CODESEVEN n’est pas resté figé dans une époque aujourd’hui presque lointaine. Toujours aussi mélodique, il peut compter sur la voix de Jeff Jenkins, qui s’est même bonifiée avec le temps. Apportant beaucoup de douceur, tout en restant capable de se montrer plus féroce, le frontman est un vrai guide et il illumine « Go let It In ».

Très atmosphérique, ce sixième opus livre un aspect très cinématographique en combinant des sonorités électroniques mesurées avec des guitares omniprésentes, à la fois musclées et aériennes. Naviguant entre post-Rock et Space Rock avec un fond progressif, CODESEVEN fait l’équilibre entre légèreté et force sur des morceaux souvent très captivants et hypnotiques (« Fixated », « Hold Tight », « Starboard », « A Hush… Then A Riot », « Mazes And Monsters », « Suspect » et le morceau-titre). Brillant !

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Post-HardCore

Polar : une charge sonore

Après l’excellent « Nova » sorti en 2019, les Anglais ont pris leur mal en patience et ressurgissent avec le monumental « Everywhere, Everything », nourri de la frustration de la pandémie, qui est parfaitement distillée sur ce nouvel opus avec une force incroyable et chargé de refrains imparables. POLAR s’impose et en impose.

POLAR

« Everywhere, Everything »

(Arising Empire)

Devenu incontournable sur la scène post-HardCore depuis un peu plus de dix ans, POLAR s’est posé beaucoup de questions début 2020, quand sa tournée avec After The Burial, Spiritbox et Make Them Suffer s’est brutalement arrêtée. Le monde entier s’est mis sur pause et le groupe a même failli déposer les armes. Mais les Londoniens se sont repris et ont remis le bleu de chauffe pour livrer cet album très personnel.

C’est à un véritable travail d’introspection que s’est livré le quatuor en puisant au plus profond de lui-même pour bâtir ce « Everywhere, Everything » assez étonnant dans son contenu. Finalement, la pandémie semble avoir été profitable à POLAR, mettant les Britanniques dos au mur, poussés dans leurs retranchements et il en ressort dix morceaux percutants, puissants d’où il émane aussi de solides mélodies.

Explosif et agressif, ce cinquième album du combo affiche une constante pression, malgré quelques rares passages en clairs de son frontman Adam Wooford. Compact et véloce, « Everywhere, Everything » ne tombe pourtant pas dans une frénésie de décibels, mais parvient au contraire à développer des atmosphères saisissantes (« Rush », « Baptism Of Fire », « Burn », « Dissolve Me », « Snakes Of Eden »). Tout en puissance !