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Harlem Lake : sensible et virtuose

Avoir autant de talent et de créativité dès ses débuts, c’est suffisamment rare pour être souligné. Le Southern Blues Rock teinté de Soul de HARLEM LAKE est aussi fin et pertinent qu’il est techniquement irréprochable et irrésistible. Après un  premier opus de haut vol, les Néerlandais présentent « Volition Live », dont la qualité de la captation est le parfait reflet de leurs très belles compositions.

HARLEM LAKE

« Volition Live »

(Independant)

Découvert il y a deux ans lors de la sortie de leur excellent premier album, « A Fool’s Paradise Vol.1 », les Hollandais ne cessent depuis de faire parler d’eux et l’aventure de cette jeune formation prend une très belle tournure. Auréolé d’une victoire à l’European Blues Challenge l’année dernière, HARLEM LAKE n’a pas attendu un deuxième enregistrement studio pour livrer déjà un premier opus live.

Enregistré le 27 août dernier au Culemborg Blues Festival aux Pays-Bas, « Volition Live » montre le groupe en pleine possession de ses moyens et surtout incroyablement inspiré. La scène révèle HARLEM LAKE avec éclat et les compositions de « A Fool’s Paradise Vol.1 » prennent une ampleur et un volume déjà perceptibles sur l’album. Et une autre surprise attend encore l’auditeur.

En effet, c’est en version XXL que le groupe s’est produit ce soir-là avec le soutien de choristes et d’une session cuivre qui vient augmenter le groove déjà l’œuvre sur les versions originales. Porté par la voix pleine d’émotion de Janne Timmer, le feeling de Sonny Ray à la guitare, des parties d’orgue Hammond de Dave Warmerdam et par une rythmique imparable, HARLEM LAKE prend un envol majestueux d’une classe monumentale.

Photo : Rob van Dalen
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Larkin Poe : étincelante sororité [Interview]

Présentes récemment à Paris pour présenter leur nouvel album, « Blood Harmony », Rebecca et Megan Lovell en ont profité pour annoncer quelques dates en France l’an prochain et surtout répondre à quelques questions. Avec ce brillant sixième opus, LARKIN POE se révèle d’une grande créativité et d’une interprétation remarquable. De quoi patienter tranquillement en attendant le retour du Southern Blues Rock des deux sœurs dans quelques mois. Entretien.

– Même si « Self Made Man » était très réussi, je trouve que ce sixième album vous fait vraiment franchir un nouveau cap. « Blood Harmony » montre l’affirmation de votre style. On parle souvent d’album de la maturité. Est-ce que celui-ci est le vôtre ?

Megan : Merci beaucoup, je pense que nous sommes allées encore plus loin sur cet album. On voulait vraiment marier un son très live avec celui du studio, qui est plus précis et travaillé. Sur nos albums précédents, nous avions presque tout fait toutes seules : la programmation de la batterie, les claviers, la basse et tout ce que nous jouons bien sûr sur scène. On a voulu ouvrir le processus et avoir tous ces instruments en live avec nous. Ca apporte beaucoup de fraîcheur et d’énergie au projet. Et puis, nous nous sommes beaucoup amusées !  

– Dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que toutes ces vidéos que vous avez faites durant la pandémie vous ont apporté beaucoup de certitudes musicalement. Est-ce que le fait d’avoir joué toutes ces reprises et d’en avoir fait aussi l’album « Kindred Spirits » à recentrer votre jeu et votre manière de composer ?

Rebecca : Oui, bien sûr. Nous avons passé beaucoup de temps à jouer de la musique toutes les deux à ce moment-là. Je pense que nous avons appris beaucoup sur nous-mêmes et surtout sur notre façon de jouer ensemble. Nous avions vraiment fait ça dans un esprit d’équipe et c’est ce que nous avons voulu transposer sur « Blood Harmony ». Megan et moi avons passé beaucoup de temps à jouer ces nouveaux morceaux en acoustique avant d’entrer en studio. Après, il avait juste à faire les arrangements, les perfectionner et leur donner un son plus complet avec du volume

– Vous avez aussi quitté la Georgie pour Nashville. J’ai l’impression que cela a eu un impact sur votre musique. Avez-vous aussi le sentiment de vous être peut-être encore enrichi musicalement ?

Rebecca : En effet, nous sommes nées dans le Tennessee et nous avions grandi en Georgie. On écoutait beaucoup d’Americana et de Bluegrass, lorsqu’on jouait tous en famille. Je pense qu’aller Nashville nous a fait grandir musicalement et embrasser encore plus tous ces éléments que nous adorons.

– D’ailleurs, « Blood Harmony » a des sonorités beaucoup plus Southern qui se ressentent même dans ta façon de chanter, Rebecca. Est-ce qu’il présente le vrai LARKIN POE avec son côté plus roots ?

Rebecca : Oui, nous adorons le Sud et c’est vraiment là où nous sommes bien. Nous en prenons bien sûr les bons côtés. L’authenticité de cette musique nous touche vraiment au cœur. Beaucoup de chansons de « Blood Harmony » parlent de notre enfance, de la façon dont nous avons grandi et de l’impact que cela a eu sur nous. Le Tennessee et la Georgie représentent vraiment la musique que nous aimons et que nous avons en nous. C’est vraiment la musique du Sud. Mais nous aimons aussi beaucoup la Floride, la Louisiane, Le Mississippi et le Texas où il y a beaucoup de créativité. Nous essayons de mixer un peu toutes ces influences, qui sont finalement les fondations de la musique américaine. Sur cet album, nous avons voulu célébrer tous ces héritages musicaux qui sont en nous. 

– Un petit mot aussi sur la participation de Tyler (Bryant, mari de Rebecca – NDR) sur la production de l’album qui a d’ailleurs été réalisé dans votre home-studio. Sans parler de l’aspect familial, est-ce que cela a facilité certaines choses ?

Megan : A partir du moment où l’on a décidé d’avoir un vrai batteur sur l’album, il nous fallait pouvoir apporter un meilleur son. Durant la pandémie, Tyler a beaucoup travaillé sur le home-studio et aussi sur l’ingénierie et la production. Nous avons beaucoup travaillé ensemble sur le projet et nous nous sommes aussi beaucoup amusés. Et c’est vrai que cela a été beaucoup plus confortable aussi. Il a vraiment compris le style de musique que nous voulions créer. Etant lui-même un bluesman du Texas, il a saisi là d’où nous venions et où nous voulions aller musicalement. Et je le considère vraiment comme un frère, et nous avons passé de très, très moments ensemble.

– Et puis, les sorties de vos albums respectifs sont aussi très rapprochées. Ces derniers mois ont du être très intenses pour tout le monde. Chacun va partir en tournée de son côté, comment allez-vous gérer ça ?

Rebecca : Oui, cela va être un grand bouleversement ! Tout le monde est bien sûr super content de repartir sur la route et faire des concerts ! Pour nous, cette année va être un test grandeur nature, car nous serons parties en Europe, notamment, pour sept semaines. Il y aura les festivals européens cet été aussi, et ensuite ce sera au tour des Etats-Unis. Mais maintenant que nos albums sont sortis, nous avons un peu de temps pour préparer des shows fantastiques. Et en 2023, nous reprendrons la route.

– Revenons à l’album, car il y a une chose qui est de plus en plus prononcé, c’est votre complicité au niveau des guitares. En plus des voix, c’est une autre belle harmonie. C’est une partie que vous avez plus travaillé cette fois-ci ?

Megan : Merci beaucoup ! Les pièces du puzzle s’articulent autour des voix, de la guitare et de ma lap-steel. C’est notre façon de travailler depuis maintenant de longues années. Avec un instrument aussi particulier que la lap-steel, il faut vraiment que les voix soient au niveau. Nous prenons un soin tout particulier pour les placer, car il faut trouver l’équilibre parfait. La lap-steel prend beaucoup de place musicalement, car elle est très dense. C’est un processus très organique finalement et très naturel aussi. Nous travaillons en duo, donc nous devons être aussi proches que possible, et pas seulement à travers nos deux instruments.

– Bien sûr, maintenant, la lap-steel est devenue la signature de LARKIN POE et donne une chaleur très forte à votre Blues. Megan, as-tu parfois le sentiment d’être un peu l’ambassadrice de cet instrument que l’on connait assez peu, ici en Europe en tout cas ?

Megan : C’est vrai que j’aimerais beaucoup faire connaître encore plus la lap-steel à travers le monde, si je le peux, car c’est vraiment un instrument hors du commun. Je pense qu’on devrait en trouver beaucoup plus dans le Rock’n’Roll, car il fait partie intégrante du style. La plupart des guitaristes iconiques américains ont joué de la lap-steel, mais peu de gens s’en rendent compte finalement. Même sur les albums de Pink Floyd, il y en a ! La plupart des gens pensent que c’est un instrument qu’on entend uniquement dans la musique Country, alors qu’elle est présente dans beaucoup de musiques différentes, mais pas forcément dans le lead, c’est vrai. C’est très agréable d’en jouer, alors si je peux essayer de faire en sorte que cela se propage encore un peu plus, je n’hésiterai pas.

– Un petit mot aussi à propos de vos chansons, qui s’adaptent autant à l’acoustique qu’en version électrique. Dans quel registre êtes-vous les plus à l’aise et lequel vous définie le mieux, selon vous ?

Rebecca : Oh, je ne sais pas vraiment dans quel registre nous sommes meilleures. En fait, l’acoustique et l’électrique font partie de ce que nous sommes, elles font partie de nous. Nous avons joué beaucoup de Bluegrass, et c’est vrai que c’était uniquement en acoustique et nous adorons ça. Mais en marge, nous aimons aussi vraiment brancher nos instruments et joué beaucoup plus fort. Ce sont les deux faces d’une même pièce finalement.     

– Il y a  cinq ans, vous avez créé votre propre label, Tricki-Woo Records. Qu’est-ce que cette liberté vous apporte-t-elle aujourd’hui ? Les contraintes des maisons de disques sont trop lourdes, ou est-ce que c’est l’industrie musicale qui a beaucoup changé ?

Megan : Créer notre propre label a été une grande décision pour nous, une autre manière de nous ouvrir au monde. Nous l’avons fait en 2017 et, dans un premier temps, l’objectif était d’être totalement libres de faire ce que nous voulions et quand nous le voulions. Nous pouvons aussi prendre toutes les décisions à tous les niveaux. Et nous sommes aussi en direct avec le public, la connexion est totale. Ce que les gens entendent vient vraiment de nous. C’est plus facile et c’est l’une des principales raisons qui nous a poussées à le faire. Il n’y a pas de barrage entre nous, le public et notre musique. C’est essentiellement une question de connexion directe. 

– Enfin, est-ce que vous avez dans l’idée de développer le label en signant d’autres artistes, ou est-ce qu’il est uniquement destiné à LARKIN POE pour le moment ?

Rebecca : (Rires) Seul le ciel est notre limite ! Nous adorerions enregistrer et signer d’autres artistes et même dans des styles différents. Actuellement, nous avons suffisamment à faire avec LARKIN POE, mais rien n’est exclu ! (Rires) Signer de potentiels artistes n’est pas notre vrai travail, car cela demande d’autres compétences, mais les portes sont grandes ouvertes !

L’album de LARKIN POE, « Blood Harmony », est disponible chez Tricki-Woo Records.

Retrouvez les chroniques de leurs deux derniers albums :

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Larkin Poe : southern touch

Ayant quitté leur Georgie natale pour Nashville, Tennessee, Megan et Rebecca Lovell se sont aussi imprégnées d’une couleur Country, qui colle à merveille à leur Blues Rock de plus en plus Southern. Et avec « Blood Harmony », les Américaines réussissent un tour de force remarquable en combinant des riffs costauds et de belles harmonies vocales avec une lap-steel aérienne et brûlante.

LARKIN POE

« Blood Harmony »

(Tricki-Woo Records)

2020 avait été une année chargée pour les sœurs Lovell avec la sortie du très bon « Self Made Man » et de leur album de reprises « Kindred Spirits ». Non contentes d’avoir retrouvé le chemin des concerts, Rebecca et Megan en profitent pour livrer un nouvel album où leur talent éclate plus que jamais au grand jour. LARKIN POE a pris en effet du volume, affiche beaucoup d’assurance et conforte une réelle identité musicale.

Chez certains groupes, le fameux ‘album de la maturité’ arrive plus ou moins rapidement. Ainsi,  « Blood Harmony » surgit un peu tardivement, puisqu’il est le sixième opus du duo et il est de loin le plus abouti et le plus inspiré. Kevin McGowan (batterie) et Tarka Layman (basse) offrent un groove constant aux compositions très féminines, sans être mielleuses, et surtout très Southern de LARKIN POE.

Enregistré dans le home-studio de Rebecca et Tyler Bryant (son mari et guitariste-chanteur de son groupe The Shakedown) et co-produit ensemble, « Blood Harmony » montre les sœurs au sommet de leur art avec un chant clair et puissant et la lap-steel de Megan plus chaleureuse et charmeuse que jamais. Entre Blues, Pop, Rock et des résonnances Country, LARKIN POE affiche enfin son appartenance sudiste (quel accent !).

Afin d’attiser l’engouement et de rassasier ses fans, le groupe a laissé s’échapper quatre singles ces dernières semaines et on peut dire que le choix a été plutôt judicieux et annonciateur de très bonnes choses (« Bad Spell, « Blood Harmony », « Georgia Off My Mind » et « Strike Gold »). Fiévreux, sensuel, touchant ou pied au plancher, LARKIN POE sait tout faire et le montre de la plus belle des manières. Addictif et exaltant !  

Photo : Jason Stoltz
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Troy Redfern : slide guitar master

Grâce à son producteur Dave Marks, qui a notamment travaillé avec Hans Zimmer, et à la grande qualité des studios Dulcitone en Angleterre, le talent de TROY REDFERN éclabousse littéralement « The Wings Of Salvation », par ailleurs masterisé aux Studios d’Abbey Road. La fougue des riffs, la folie de sa technique du slide et un chant plus assuré que jamais font du songwriter britannique l’une des pépites du Blues Rock nerveux actuel.

TROY REDFERN

« The Wings Of Salvation »

(Red7 Records)

Musicien plus que prolifique, TROY REDFERN sort son septième album en l’espace d’un peu plus de deux ans. Déjà éblouissant sur « The Fire Cosmic ! », l’Anglais remet ça avec « The Wings Of Salvation » qu’il a composé et entièrement enregistré en moins de cinq semaines. Pourtant, cet homme de tous les records montre sur ce nouvel opus une fraîcheur incroyable que l’on doit aussi à une instantanéité étonnante.

Ayant grandi en écoutant les artistes marquants du Rock et du Blues des années 70 et 80, TROY REDFERN possède une singulière touche vintage aussi chaleureuse que musclée. Doté d’un jeu à l’énergie explosive, le songwriter évolue dans un Blues Rock solide où quelques touches de Hard Rock viennent côtoyer un Southern Rock endiablé dans lequel la guitare donne le ton et tient le premier rôle.

Grand joueur de slide, le Britannique va à l’essentiel, mais sans négliger les détails, dans une certaine urgence et avec beaucoup de spontanéité, sa marque de fabrique. Gonflé à bloc, TROY REDFERN est aussi redoutable au chant qu’à la guitare et dégage un groove permanent (« Gasoline », « Sweet Carolina », « Come On », « Dark Religion »). Et avec cette nouvelle réalisation, il se hisse parmi les meilleurs du genre. 

Photo Adam Kennedy

Une fois n’est pas coutume, et je veille au grain, découvrez le clip du morceau « Sweet Carolina » :

https://www.youtube.com/watch?v=_ppvjxf5hVg

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Jimmy Hall : le souffle du sud

Menant déjà une remarquable carrière avec son groupe Wet Willie, ainsi qu’en solo depuis 1980, JIMMY HALL vient poser une splendide pierre à son bel édifice. Avec « Ready Now » et une signature récente chez KTBA Records, le chanteur et harmoniciste américain semble presque prendre un nouveau départ, et ça lui va franchement bien.

JIMMY HALL

« Ready Now »

(KTBA Records)

Après un peu plus de deux ans d’existence, le label de Joe Bonamassa est déjà en phase de devenir incontournable dans le monde du Blues. Avec un tel catalogue, KTBA Records fait un démarrage en trombe et l’arrivée du légendaire JIMMY HALL vient conforter les ambitions de l’homme au costume, et surtout la qualité des artistes semble chaque fois élever un peu plus le niveau.

Pour son nouvel album depuis 2007 (« Build Your Own Fire »), le chanteur et harmoniciste du célèbre groupe de Southern Rock d’Alabama Wet Willie s’est entouré d’autres cadors du genre. Reese Wynans (claviers), Michael Rhodes (basse) et Greg Morrow (batterie) forment le noyau dur du groupe autour d’un JIMMY HALL radieux tant vocalement qu’avec son harmonica, dont il reste un joueur hors-norme.

En co-signant cinq titres, Joe Bonamassa s’est mis au service du musicien et livre aussi quelques solos où sa virtuosité sert un feeling intarissable. D’autres grands guitaristes ne sont pas en reste, puisqu’on retrouve Warren Hayes sur « Ready Now » et Jared James Nichols sur le sublime « Without Your Love ». JIMMY HALL est aussi à son aise sur du Blues classique, du Boogie que du Southern. Etincelant !

Photo : Bob Seaman
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Tyler Bryant & The Shakedown : l’âme des pionniers

TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN a choisi l’indépendance pour la sortie de son nouvel album, « Shake The Roots », et bien lui en a pris. Plus Blues que jamais, toujours très Southern et Rock, le trio présente de nouvelles compositions addictives et authentiques à l’image d’ailleurs de « Ain’t None Watered Down », premier single signé par l’épouse du chanteur, Rebecca Lovell de Larkin Poe.

TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN

« Shake The Roots »

(Rattle Shake Records)

Arrivé à Nashville, Tennessee, à l’adolescence, TYLER BRYANT a fondé THE SHAKEDOWN peu de temps après et le désormais trio (depuis 2020) sort aujourd’hui son cinquième album. « Shake The Roots » porte d’ailleurs bien son nom, car il marque un retour aux sonorités Southern de son leader. Et toujours aussi pointilleux, le guitariste et chanteur livre un Blues chaleureux, épais et même incandescent.

Malgré le succès de « Pressure » sorti il y a deux ans chez Spinefarm, le groupe a décidé quitter sa maison de disques pour créer son propre label, Rattle Shake Records. Jugé trop commercial par ses protagonistes, le précédent opus ne semblait pas véritablement refléter la musique et l’état d’esprit de TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN. Et il suffit d’écouter « Shake The Roots » pour s’en convaincre.

En compagnie de Caleb Crosby (batterie) et de Graham Whitford (guitare et fiston de Brad d’Aerosmith), TYLER BRYANT emmène THE SHAKEDOWN vers des sommets de Blues Rock ensorcelant et nerveux (« Bare Bones », « Hard Learned », « Shakles », « Off The Rail »). Vocalement imperturbable et affûté, le songwriter laisse aussi parler la slide tout au long de ce scintillant « Shake The Roots » (« Good Thing », « Midnight Oil »).

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Southern Blues

Tedeschi Trucks Band : full moon

Traversant tous les registres du Blues enveloppés dans une chaleur Southern, TEDESCHI TRUCKS BAND ne s’interdit pas non plus quelques embardées Soul, Funk, Jazzy ou Country. Avec « I Am The Moon » et ses quatre chapitres, le collectif de 12 musiciens s’est embarqué dans une folle aventure, qui se révèle être une réussite resplendissante. Dernier chapitre avec « Farewell », aussi flamboyant que ses prédécesseurs.

TEDESCHI TRUCKS BAND

« I Am The Moon : IV – Farewell »

(Fantasy/Universal)

Depuis le 3 juin dernier, le TEDESCHI TRUCKS BAND nous régale à raison d’un EP par mois, qui sont autant d’épisodes distincts d’une superbe épopée Blues et Southern. « I Am the Moon », le cinquième et le plus ambitieux album du collectif, est une petite merveille de bout en bout, tout comme le film qui l’accompagne et qui permet de mieux faire connaissance avec le groupe et surtout de comprendre le processus d’écriture de ce monument. Aussi visuel que musical, cet album-concept est d’une incroyable richesse, livré par des musiciens incroyables.

Les 24 morceaux, pour plus de deux heures de musique, ont étonnement été écrits et enregistrés dans un laps de temps assez court, ce qui laisse dire que Susan Tedeschi, Derek Trucks et leurs musiciens sont non seulement très productifs, mais au-delà de ça très inspirés. Une chose est sûre, la pandémie aura profité au TEDESCHI TRUCKS BAND qui a réalisé, à partir d’un conte persan, un album qui lui sera maintenant difficile d’égaler. Et « Farewell «  est la chute finale de ce beau voyage.

Avec ce dernier volet, on savoure des titres comme « Last Night In The Rain », « D’Gary » ou « I Can See You Smiling », qui sont autant d’offrandes livrées par les Américains. Pour finir, ayant déjà cité les deux protagonistes principaux, voici les talents qui forment le TEDESCHI TRUCKS BAND : Alecia Chakour et Mark Rivers (percussions, choeurs), Brandon Boone (basse), Marc Quinones (congas), Isaac Eady et Tyler Greenwell (batterie, percussions), Gabe Dixon (claviers, chant), Kebbi Williams (saxophone), Elizabeth Lea (trombone), Ephraim Owens (Trompette) et Mike Mattison (chant).

Photo David McClister

Retrouvez les chroniques de « Crescent », « Ascension » et « The Fall » qui complètent, avec « Farewell », « I Am The Moon » :

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Tedeschi Trucks Band : songe d’une épopée southern

Susan Tedeschi et son compagnon Derek Trucks continuent de nous dévoiler leur album-concept, « I Am The Moon », constitué de 24 morceaux sur quatre EP de trente minutes environ chacun. Et il faut reconnaître qu’avec « The Fall », on commence à avoir une belle vue d’ensemble. TEDESCHI TRUCKS BAND, fort de ses douze musiciens, dépasse les frontières d’un Southern Rock très Blues avec une inspiration et une fluidité rares.

TEDESCHI TRUCKS BAND

« I Am The Moon III : The Fall »

(Fantasy/Universal)

Troisième et avant-dernier volet de l’épopée musicale du collectif américain baptisée « I Am The Moon », dans laquelle il relate à sa façon un mythique conte persan qu’il a réactualisé en s’inspirant des sentiments d’isolation et déconnexion sociale subis durant la pandémie. Et le TEDESCHI TRUCKS BAND a laissé cette fois chacun de ses membres composer et laisser libre-court à ses émotions, dépassant ainsi son habituel champ d’investigation.

Pourtant, ce qu’il a de plus étonnant sur « The Fall » et ce malgré l’implication des douze membres de la formation, c’est que c’est probablement celui qui sonne le plus dans la veine de ce qu’ils ont l’habitude de nous livrer. Très roots dans les compositions, « The Fall » est un superbe panel de toutes les influences Southern du TEDESCHI TRUCKS BAND, passant du Blues à la Soul dans cet esprit Rock, qui a forgé son identité.

Et c’est Jacksonville, chez lui en Floride, que le groupe a enregistré ces quatre EP accompagnés de films retraçant des sessions studio, divers visuels et des prestations scéniques. D’ailleurs, les musiciens sont actuellement en tournée aux Etats-Unis où leur  public a la chance de découvrir en live « Somehow », « Yes We Will », « Gravity » ou « Take Me As I Am ». Et c’est en novembre prochain que les fans français du TEDESCHI TRUCKS BAND pourront à trois reprises se régaler avec ce « I Am The Moon » prodigieux.

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Blues Southern Rock

Dana Fuchs : la lumière du sud

D’une voix puissante et très souvent délicate, DANA FUCHS pose un regard sans concession sur le monde à travers un Southern Blues mâtiné de Rock, de Soul et de Folk. Très bien accompagnée, c’est en songwriter accompli que la chanteuse et guitariste présente son onzième album, « Borrowed Time ».

DANA FUCHS

« Borrowed Time »

(Ruf Records)

Malheureusement trop méconnue dans nos contrées européennes, DANA FUCHS mène pourtant une brillante carrière façonnée dans un Blues très Southern, roots et Soul. Depuis « Lonely For A Lifetime » sorti en 2003, la chanteuse du New-Jersey, qui a grandi en Floride, distille son registre si particulier à travers des chansons qui ont fait d’elle une compositrice désormais reconnue et assez unique en son genre.

Sur des sonorités sudistes très rurales et authentiques, les 12 morceaux de « Borrowed Time » forment une belle et solide unité. Produit par Bobby Harlow (Samantha Fish), ce onzième album de DANA FUCHS est à la fois rugueux et lumineux, faisant la part belle aux guitares, héritage direct de ses influences puisées chez Lynyrd Skynyrd et même Led Zeppelin. Et la fusion opère avec une magie de chaque instant.

De sa voix rauque et sensible, la blueswoman sait envoûter l’auditeur entre titres très Rock (« Double Down On Wrong ») et ballades plus Soul (« Call My Name »). Très inspiré par l’actualité mondiale et la société actuelle, DANA FUCHS livre des textes forts qui, posés sur une musique intemporelle, donne une dimension artistique saisissante à « Borrowed Time ». Un Southern Blues au féminin rondement mené.  

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Blues Southern Rock

Tinsley Ellis : le diable tout sourire

Sur la route depuis quatre décennies, le guitariste, chanteur et songwriter TINSLEY ELLIS fait rayonner le Southern Blues Rock avec maestria. Créatif et respectueux des traditions musicales sudistes, il livre une fois encore dix titres originaux de grande qualité et particulièrement bienfaisants sur ce superbe « Devil May Care ». Une classe intacte !

TINSLEY ELLIS

« Devil May Care »

(Alligator Records)

Tout dans le jeu de TINSLEY ELLIS transpire sa Georgie natale. Après le très bon « Ice Cream In Hell », le songwriter a profité de l’interruption de sa tournée et du confinement pour poser de nouveau les doigts sur sa belle collection de guitares, d’amplis et de claviers vintage. Et c’est depuis son home-studio que le bluesman a commencé à s’amuser et à composer ce superbe « Devil May Care ».

Dans le pas de ses héros d’adolescent que sont BB King, Allman Brothers Band et Freddy King notamment, TINSLEY ELLIS nous offre un vingtième album plein d’entrain et de chaleur dans lequel on sent véritablement le plaisir que prend l’Américain sur ses nouveaux morceaux (« One Less Reason », « Right Down The Drain », « Beat The Devil »). Son Southern Blues Rock résonne comme rarement à travers des guitares et des harmonies majestueuses.

Co-produit avec son complice de toujours, le claviériste Kevin Mc Kendree, et enregistré dans son studio à Franklin, Tennessee, « Devil May Care » atteint des sommets de finesse (« Stand Back », « Don’t Bury Our Love »). De chorus de guitares renversants à des solos incandescents, TINSLEY ELLIS joue sur sa fibre Southern comme une respiration naturelle. Accompagné par Steve Mackey (basse) et Lynn Williams (batterie), il rayonne autant que cet album.