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Blues France Rock

Little Bob : la liberté comme étendard [Interview]

Figure emblématique de la scène Rock hexagonale, LITTLE BOB vient de livrer un album aussi touchant que rageur et surtout plein d’espoir. Combatif et toujours accompagné de ses BLUES BASTARDS, le Havrais continue son bonhomme de chemin, faisant fi des obstacles, et revient avec « We Need Hope », qui prend tout son sens dans notre société actuelle. Le rockeur entretient le courage de rêver de liberté et aussi de changement. Toujours très positif, Roberto Piazza est plus que jamais ancré dans son époque. Entretien.

Photo : Charles Dutot

– Tout d’abord, félicitations pour ce très bon album… une habitude ! Avant d’entrer dans le détail, « We Need Hope » a été écrit avant la crise du Covid, comme une espèce de vision. Même s’il découle d’un moment personnel très triste, tu sentais déjà que quelque chose se passait dans la société…

Depuis quelques années, il y a un truc qui s’est passé : on s’est tous fait avoir par le capitalisme ambiant et dans le monde entier. On ne fait même plus travailler les gens ici. On va acheter des masques en Chine, par exemple, ce qui est aberrant. Et c’est juste pour que quelques uns s’en mettent plein des poches. Aujourd’hui, l’être humain ne compte pas. Il n’y a que le CAC 40 et le pognon.

– Finalement, alors que tout le monde parle à tort et à travers de résilience, cet album l’incarne parfaitement. Tu aurais même pu lui donner ce titre, non ?

Oui, bien sûr. En fait, le titre est venu comme ça : il était en moi. Je suis très heureux d’avoir donné ce titre à l’album. Il y a des chansons qui ont un sens profond et qui traite de sujets très actuels comme des migrants sur « Walls And Barbed Wires ». D’autres sont plus légères comme « I Was Kind » qui parle du moment où j’ai été touché par la grâce du Rock’n’Roll, où encore « Looking For Guy-Georges » du prénom de celui qui était mon premier guitariste dans Little Bob Story. Et puis, il y a des titres plus ou moins tristes qui parlent de ce qui est arrivé dans ma vie privée avec la disparition de ma femme il y a deux ans. J’ai fait beaucoup de chansons pour elle, et j’aurais même pu en faire plus ! Une chanson comme « You Can’t Come Back », je peux à peine la chanter d’ailleurs. Mais toutes ne sont pas si dures, elles racontent aussi notre rencontre. Sur l’album, on trouve des titres qui râlent, politiquement parlant, d’autres plus joyeux et plus graves en ce qui me concerne.

Tout ça a découlé d’une tournée en Angleterre fin 2019. Le fait d’être allé jouer à Londres, et même si la ville a beaucoup changé, m’a donné une pêche incroyable. En rentrant, je me suis mis à écrire et avec le groupe, on a mis le reste en place, chacun apportant son petit grain de sel et son talent aussi. On a enregistré fin février-début mars l’an dernier juste avant le premier confinement. On a juste repris quelques jours de studio en juin pour retoucher quelques voix, faire des chœurs et une guitare ou deux aussi. Tonio, notre ingé-son, a mixé l’ensemble et on était prêt. On devait le sortir avant mais vu la situation, ce n’était pas possible. Et aujourd’hui, certaines enseignes dans les centres commerciaux sont aussi fermées. La situation est déjà assez compliquée à cause de l’industrie du disque, alors ça n’aide vraiment pas. Et je ne te parle pas des concerts annulés, des fans qu’on ne voit plus lors des dédicaces et du nombre très restreint de disques dans les bacs, par exemple…

Photo : Charles Dutot

– « We Need Hope » a bien été enregistré avec tes Blues Bastards. Comment s’est passé l’enregistrement ? J’imagine que ça a aussi du faire du bien à tout le monde de se retrouver en studio ?

L’album a été enregistré avant le Covid et avant le confinement. Nous étions ravis d’enregistrer, mais après on a eu les boules pendant un an, parce que le disque ne sortait pas. On avait presqu’envie de faire d’autres morceaux pour le suivant ! On essaie de répéter ensemble quand même de temps en temps ici au Havre, mais nous sommes trop dispersés et éloignés les uns des autres.

– On te retrouve toujours aussi sincère et authentique et presqu’imperméable aux modes. Tu n’as jamais été tenté de sortir un peu de son registre ? Ne serait que pour essayer ?

Non, parce que j’aime quand ça joue, donc je ne tomberai jamais dans l’Electro. Il y a déjà trop de rappeurs qui chantent avec des machines. Je n’aime pas ça, je préfère quand les êtres humains jouent, y mettent leur cœur et leur savoir-faire. Mais je pourrais faire un disque acoustique, par exemple, pour le fun. Ça, on sait faire avec le groupe. Ce sont tous des supers zicos, donc ça pourrait très bien arriver.

– Beaucoup de morceaux sont dédiés à ton épouse et on le comprend très bien, et comme un retour à tes racines italiennes, tu chantes aussi le magnifique « Il Bello Della Vita ». C’est quelque chose que tu avais en tête depuis longtemps ?

Je l’avais déjà fait à deux reprises par le passé, dont « Libero » en 2001. Pour « Il Bello Della Vita », c’est très simple : le goût de la vie, c’était elle. Je l’ai écrit très vite, d’une traite et en italien, car elle adorait ça. Elle ne le parlait pas, mais elle apprenait. Et cette chanson parle de nous, tout simplement.

Photo : Charles Dutot

– Justement comme un clin d’œil à notre époque, tu reprends également « Bella Ciao » qu’on commence d’ailleurs à réentendre beaucoup depuis quelques temps, y compris dans des séries télé. Vu le ton de l’album et son titre, ça t’a paru naturel d’interpréter cette chanson si emblématique ?

Tu sais, je ne regarde pas la télé. Alors, ça n’a aucune influence sur moi. En fait, j’ai trouvé une version de « Bella Ciao » traduite en anglais par Tom Waits, qui en a fait une version Blues avec son guitariste. Je me suis dit : « Tiens, une version anglaise et par Tom Waits en plus, c’est cool ! ». Et puis, j’avais envie de la faire parce que le racisme ressort beaucoup en ce moment. Les gens sont mal et ça fait renaître ces choses, même si elles ont toujours existé.

– Contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, « We Need Hope » dégage beaucoup plus d’amour que de tristesse ou de colère. C’était ton intention de faire ce beau contrepied ?

Bien sûr, parce qu’il faut y voir aussi le fait que nous avons besoin de cet espoir pour un changement. Si on veut réussir à vivre heureux sur cette Terre, il faudrait changer beaucoup de choses. Ça paraît impossible, car il faudrait une révolution mondiale. Et ce n’est malheureusement pas prêt d’arriver…

– Enfin, j’aimerais que tu me parles un peu de ces trois très bonnes reprises d’Humble Pie, des Kinks et de Richie Heaven. Quand on connait ta carrière, ça n’a rien de surprenant. C’était une manière de remercier ces artistes et ou est-ce que c’est venu un peu par hasard ?

« Natural Born Boogie » figurait sur le premier album d’Humble Pie et a été écrit par Steve Marriott. On a trouvé que ça swinguait grave et on a tout de suite eu envie de la reprendre. Gilou (Gilles Mallet, guitariste de Little Bob depuis 1981 – NDR) m’a proposé « Where Have All The Good Times Gone » des Kinks, qui reste totalement actuel, parce qu’on regrette tous les beaux jours avec les concerts, les coups au bar, les restos… Et enfin, « Freedom » est une  chanson qui hurle vraiment la liberté et que j’avais très envie de chanter avec ce petit côté Gospel. J’y ai même ajouté un couplet que j’ai moi-même écrit. C’est une chanson qu’on jouera aussi bien sûr, car quand on parle de liberté : c’est moi ! (Sourires)

« We Need Hope » est disponible chez Verycords.

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Blues

Louis Mezzasoma : des émotions essentielles

Sensible, furieux et aussi à son aise dans un Blues épuré que dans un registre plus Rock et musclé, LOUIS MEZZASOMA joue comme le Blues comme il le vit… avec émotion et authenticité. Complet et plein d’émotion, « Mercenary » est une vraie bouffée d’air frais, dont l’atmosphère est franchement addictive.

LOUIS MEZZASOMA

« Mercenary »

(Le Cri Du Charbon)

Sorti il y a quelques semaines déjà, il eût été dommage de passer à côté de ce très bon album de LOUIS MEZZASOMA. Après deux premiers disques, le Stéphanois se présente avec « Mercenary », petite pépite de morceaux Blues se baladant entre un style Old Time (assez Dirty d’ailleurs !) et des sonorités plus modernes et tranchantes. Accompagné par Gaël Bernaud (batterie, percussions, harmonica), le duo fait des étincelles.

Avec un début d’album électrique sur l’endiablé « Kick Some Ass », on sent déjà qu’on ne va pas s’ennuyer. Et c’est le cas ! Alternant avec maestria guitares, dobro, cigar-box et banjo, LOUIS MEZZASOMA fait preuve de variété et d’éclectisme. Rappelant les ambiances de Chicago, du Delta et du sud des Etats-Unis, le Français s’est construit un univers musical très personnel entre titres électriques et acoustiques.

L’excellente production de « Mercenary » sert des morceaux sensibles, très organiques et personnels (« Flat Land », « Who U R », « Valley Of Shadows »). Subtil et intimiste au fil de l’album, LOUIS MEZZASOMA illumine de son talent et de sa dextérité ce troisième opus très abouti. Que les riffs soient rugueux ou au contraire plus légers, on plonge littéralement dans ce Blues intemporel avec délectation (« Home Alone », « Rusty Man », « Truly Sorry »).

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Doom Rock Stoner/Desert

Los Disidentes Del Sucio Motel : dissidence post-Rock

Contourner l’évidence et les codes semble avoir été le leitmotiv de ce quatrième album de LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL. Si la touche et l’esprit Stoner Doom sont toujours présents, le quintet français s’est ouvert une nouvelle voie qui conduit « Polaris » dans un post-Rock convaincant et immersif.

LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL

« Polaris »

(Klonosphere/Ripple Music)

Après 15 ans d’activité et le très bon « Human Collapse » il y a cinq ans, LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL fait son retour avec « Polaris », qui marque encore le franchissement d’un cap pour le quintet. Toujours sur une base Stoner Doom, c’est plutôt dans un esprit post-Rock aérien que se déploie ce quatrième album. Consistant et intense, le registre des français prend encore de l’ampleur.  

Fuzz, Progressif et très Psych, LDDSM n’a pas délaissé son identité sonore construite autour de gros riffs, de mid-tempos hypnotiques et de cet esprit très jam, qui fait sa signature. Et avec son irrésistible polyphonie menée par Nicolas Foucaud, Daniel Scherding et Katia Jacob, les Strasbourgeois sont aussi incisifs que planants et font une belle place aux parties instrumentales (« Earthrise »).

Assez Grungy sur « Blue Giant » et « Horizon », LDDSM joue la carte de la diversité pour nous guider dans un univers musical qu’il maîtrise parfaitement (« The Plague », « Alpha Ursae Minor »). Loin d’être plombant, « Polaris » propose des moments plus légers et très convaincants (« The Great Filter »). En se démarquant d’un Stoner et d’un Doom trop prononcés, le quintet s’ouvre une brèche post-Rock originale.

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Metal

LohArano : une fusion à la source intarissable

Madagascar, nouvelle terre de Fusion Metal ? Une chose est sûre, LOHARANO a tous les atouts en main pour faire découvrir la scène malgache. Entre riffs Metal massifs, basse hyper-groovy et batterie versatile, le trio tient plus qu’un concept : un style qui leur sort des tripes et qui perpétue une belle tradition.

LOHARANO

« LohArano »

(Libertalia Music)

Il se passe de très belles choses dans le petit monde du Metal à Madagascar, dont on ne parle pas assez. LOHARANO vient mettre en lumière, et de manière hautement décibélique, un bouillonnant vivier avec un premier EP éponyme très bien ficelé, qui laisse malgré tout un léger goût de trop peu. Entre gros riffs et tradition ancestrale, le trio livre quatre morceaux entre Metal et musique malgache dans de fortes et fraîches vibrations.

Cette première réalisation associe les rythmes locaux comme le tsapiki et le salegy avec une ferveur et une explosivité très Metal, rappelant au passage les belles formations des années 90/2000. LOHARANO assène avec force et conviction des textes forts invitant à une réflexion sur l’humain et ses racines, qui sont aussi les clefs de notre avenir comme le chante le combo, dont le nom signifie d’ailleurs ‘racine’.

Sur une rythmique au groove imparable, le trio montre une énorme intensité (« Fototra », « Tandroka »). Et malgré son jeune âge, la déjà très charismatique Mahalia Ravoajanahary, chanteuse et guitariste, mène le jeu avec un flow flamboyant dans la belle langue de l’île rouge (« LohArano », « Tempo »). LOHARANO fait des étincelles avec un style musclé, novateur et percutant. On attend l’album avec impatience.

Découvrez la musique de LOHARANO : https://wiseband.lnk.to/LohArano-LohArano

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Extrême Metal Progressif

Death Of A Dryad : un conte très contemporain

Sept ans après son premier effort, le duo Dark Metal Atmosphérique s’est remis à la tache et propose de nous conter une histoire sombre et musicalement obsédante. Avec « Hameln », DEATH OF A DRYAD présente une diversité musicale incroyable, originale et actuelle qui vient transcender une légende plus que centenaire.

DEATH OF A DRYAD

« Hameln »

(Wormholedeath Records)

Composé des deux multi-instrumentistes Carol et Nogh, également fondateurs du groupe Mind Imperium, DEATH OF A DRYAD a déjà près de 13 ans d’existence et un album éponyme sorti en 2014 à son actif. Avec « Hameln », c’est à travers un Dark Metal Atmosphérique aux contours médiévaux (et pour cause !) que les Lyonnais revisitent la légende allemande du joueur de flûte de Hamelin et son invasion par les rats.

La force de « Hameln » réside bien sûr dans son côté narratif dû au concept de l’album, et DEATH OF A DRYAD montre une fluidité imparable dans cette multitude d’atmosphères traversée par le duo. Intense et éthérée, la musique des Français reste toujours captivante. La technicité et la justesse dont ils font preuve sont par ailleurs servies par une production exceptionnelle : un travail d’orfèvre.

Guidé par une flûte légère tout au long de l’album, on navigue entre passages Folk et intonations Black Metal, où se mêlent des parties vocales masculines et féminines claires, tantôt narrées, chuchotées ou saturées. DEATH OF A DRYAD livre un album complet et abouti en s’appropriant les styles avec intelligence et savoir-faire (« Enter The Piper », « Apud Omnes Hostes », « Left To Die », « Freedom Lies »). Envoûtant !

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Blues Rock

Nell : une solide corde sensible

Dans un univers électro-acoustique et sur des textes chantés dans la langue de Shakespeare, NELL trace son chemin de bien belle manière. Son Blues Rock aux accents Folk est aussi fédérateur qu’entraînant et sensible. Et l’authenticité de l’artiste se perçoit dès les premières notes de ce « The Pace Of Life » au songwriting très efficace.

NELL

« The Pace Of Life »

(Independant)

La voix est assurée, les mots sont forts et l’ensemble est aussi électrique qu’intimiste. Pour ce nouvel EP, et après un album en 2017 (« Not That Sleek »), NELL a décidé de prendre les choses en main et se livre avec force et intensité à travers cinq morceaux, aussi efficaces que mélodiques. « The Pace Of Life » s’écoute en boucle, à un point où l’on reste même un peu sur sa faim.

Songwriter, guitariste et chanteuse, NELL est très bien entourée par la solide rythmique composée de Nicolas Marsal (basse) et Etienne Lagarde (batterie), qui apporte coffre et relief aux compositions. Entre Blues Rock et Folk, les textes de la francilienne se veulent personnels et touchants (« Mom », « Figure It Out » où elle chante même en duo et en français).

Le côté Blues Rock aux riffs épais (« The Call Of Rythm », « I Forgot To Be Pretty ») laisse aussi place à la guitare acoustique et plus légère de NELL, qui offre une belle couleur à « The Pace Of Life ». Le temps d’un titre, le très bon « Six Years », la chanteuse s’engouffre dans un mid-tempo assez Pop rappelant agréablement le duo Dun Leia par sa douceur et son côté aérien. Très réussi et addictif.

EP disponible sur : www.nellsounds.com

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France Metal

No Terror In The Bang : clair-obscur explosif [Interview]

Créatif et technique, NO TERROR IN THE BANG est un nouveau venu sur la scène Metal hexagonale. Et avec ce premier album, « Eclosion », le groupe de Rouen affiche déjà une maturité d’écriture et de composition indéniable. Les membres du sextet n’en sont pas à leur coup d’essai et c’est dans un style assez peu représenté en France qu’ils affichent un Cinematic Metal fertile et audacieux. Entretien avec le compositeur et batteur Alexis Damien…

– Tout d’abord, qu’est-ce qui a poussé six musiciens aux horizons musicaux assez différents à créer un groupe aussi atypique que NO TERROR IN THE BANG ? Il vous manquait quelque chose dans vos formations respectives ?

En réalité, c’est le hasard des rencontres qui l’a déclenché. J’ai croisé Sofia et entendu sa façon de chanter, j’ai pressenti tout de suite qu’on pouvait faire de bons morceaux ensemble. Il se trouve qu’elle aimait le Metal, les musiques alternatives et sombres, sans pour autant les avoir déjà pratiqué. Je lui ai fait écouter mes anciens projets et on a décidé de partir sur un projet Metal, avec une ligne directrice qui s’est affiné aux cours des séances, jusqu’à l’affirmation de ce premier album « Eclosion » : du Metal cinématographique. Le groupe s’est complété au fur et à mesure, avec des musiciens issus de la scène rouennaise. Mais dès le départ, on a senti une belle énergie créatrice se dégager de notre projet. Comme une source, un arbre qui pousse. Sofia et moi sommes très créatifs et avons encore beaucoup à produire.

– Peu de temps après la création du groupe, vous avez sorti un premier single, puis deux autres l’an dernier. C’est la situation sanitaire qui vous y a contraint ou l’impatience de faire découvrir votre musique avant l’album ?

Effectivement, pour qu’un groupe démarre, c’est de plus en plus compliqué aujourd’hui. Il y a saturation partout, la musique est omniprésente. Nous avons donc choisi sciemment de sortir quelques singles au fur et à mesure, pour commencer à faire parler de nous. En Metal et en Rock, c’est toujours l’album qui fait autorité, donc nous avons choisit d’y aller à fond. Notre album « Eclosion » représente un an et neuf mois de travail entre notre première séance de travail et la dernière séance de mastering.

– Parlons maintenant de l’album. Etant donné sa complexité, de quelle manière l’avez-vous composé ? Vous aviez déjà un schéma précis en tête, ou est-ce que les idées et les différentes atmosphères sont venues se greffer petit à petit ?

En réalité, ce n’est pas si complexe. Si ? C’est juste qu’il y a un peu plus d’harmonies « exotiques » que dans un groupe de Metal traditionnel. Il y a effectivement des passages dans des styles « musique de films » ou « satien »… J’ai toujours pris garde à ce que les morceaux gardent un côté « mainstream », et ne soient pas rebutants ou intellos. Il y a une simplicité latente. Plusieurs personnes m’ont fait part du côté « addictif » des morceaux et des surprises qu’on y trouve en plusieurs écoutes. J’y vois un bon critère de réussite, cela veut dire qu’il y a plusieurs niveaux d’écoutes derrière le côté « catchy ». Des titres comme « Another Kind Of Violence » ou « Uncanny », c’est un peu comme si Obélix te mettait un coup sur la tête, mais qu’Idéfix te susurrait juste après des petits bruits étranges à l’oreille … (Rires) Tu ne sais plus si c’est un rêve ou la réalité…On peut donc qualifier notre musique d’un trip entre rêves et cauchemars.

– Lorsqu’on parle de Cinematic Metal, on s’attend souvent à des morceaux assez longs permettant de poser des ambiances plus librement. Or chez NO TERROR IN THE BANG, il s’agit plutôt de titres assez courts et racés, entrecoupés d’interludes plus ou moins longs d’ailleurs. L’aspect progressif que peut générer ce genre de style ne vous intéressait pas ?

Oui, c’est vrai. Hypno5e, par exemple, prend plus son temps. Il correspond d’ailleurs peut-être plus à cette définition. Cela nous intéresse énormément, et on essaiera sûrement de le faire. Mais pour « Eclosion », en effet, nous avons privilégié les flashs, les uppercuts et les respirations. D’où un côté toujours écoutable même pour un public moins spécialiste. Petite confidence, certains passages de notre album seront rallongés en live justement, pour prendre plus le temps.

– Avec « Saule Pleureur », vous ouvrez l’album de façon étonnamment calme avant le déferlement du reste de l’album. C’est une manière de présenter la suite ?

J’avais fait le même coup avec « 2unlimited » de Pin-up Went Down (son autre groupe – NDR). J’adore la dualité, la fracture, le contraste. Mais c’est un vieux procédé d’une certaine façon, écoutez l’introduction de « Master of Puppets »… « Saule Pleureur » symbolise la lumière, l’orchestration y est particulièrement lumineuse dès les premières secondes, avec des harmoniques de cordes, des accords très larges… J’y vois une lumière comme dans le film « The Tree Of Life » (de Terrence Malick) avec cette musique éthérée d’Alexandre Desplat. C’est un procédé assez utilisé dans les musiques de film. Puis, vient ce piano mystérieux qui accompagne le chant, un piano feutré, comme des pas de chats inquiétants. L’enchainement avec « Another Kind Of Violence » provoque une petite tension en effet, à l’arrivée d’un riff de guitare puissant, dans un style Metal moderne à la Gojira…

– Vos compositions ramènent à de nombreuses influences qui vont du Metal Alternatif et Fusion à la musique classique et bien sûr aux B.O.F. Tout en étant très technique, votre style reste abordable et très moderne. Quel est l’aspect de votre style qui vous caractérise le mieux selon vous ?

Notre énergie ne vient pas que des riffs. Nous utilisons des harmonies particulières qu’on n’entend pas tous les jours dans un groupe de Metal, comme dans le morceau « Uncanny » par exemple. La musique est en effet assez ciselée et précise, on a donc un son plutôt « propre »… C’est vrai qu’il y a plusieurs écoles, les propres et les sales (Rires). J’adore le sale aussi, le bruit, le parasite, la vermine en quelque sorte. C’est un aspect que l’on exploitera aussi. Les aspects bruts, Sludge, Noisy ou même Indus m’intéressent énormément, on s’en servira un jour. Mais on ne pouvait pas tout faire d’un seul coup ! Il fallait choisir !

En termes de B.O.F, c’est pareil. Sur cet album, on est parti sur des sons plutôt orchestraux, mais rien ne dit que le suivant soit dans cette veine ! J’adore pour ma part le travail d’Atticus Ross et Trent Reznor, je risque de me laisser tenter par leurs timbres aussi… Vous savez ces synthés technoïdes sales… J’adore aussi le travail de Nick Cave et Warren Ellis…Ecoutez la B.O de « The Road »… Enorme, c’est bien plus malsain que Slayer croyez-moi ! (On est d’accord ! – NDR) La musique de film, ça ne veut rien dire en réalité. Il y a trop de réalités différentes… Les champs sont infinis, tu as excité mon imaginaire avec ta question !!! Grrrr

– « No More Helpful Peace » et « Memory Of Waif » sont déclinés en deux parties. On évoquait précédemment des morceaux plus longs. Vous n’avez pas été tentés de les regrouper pour en faire des morceaux plus conséquents dans leur durée ?

Si mais pour des questions techniques, c’était plus simple : référencement, mastering, mixage, travail de placement en synchro, etc… Et puis bon, si un auditeur veut zapper, c’est plus facile, tout simplement… Je sens ta déception ! (Rires)

– Enfin, même si pour le moment les concerts sont malheureusement toujours à l’arrêt. Comment imaginez-vous vos futures prestations live ? L’aspect visuel et même vidéo aura sûrement une place prépondérante ?

On a hâte de monter sur scène. Nous réfléchissons actuellement à cet aspect, on verra bien l’écart entre rêves et réalité. Tout dépend où l’on joue… En festival de plein jour, c’est très différent d’une petite salle fermée ou une simple projection peut suffire… Mais nos concerts ne seront pas des « ciné-concerts ». Il y aura du mosh et de la sueur… !!

« Eclosion » est déjà disponible chez M&O Music

Retrouvez la chronique de l’album :

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Blues Folk/Americana

Don Troop And Naked Spurs : une sensibilité à fleur de peau

C’est accompagné de sa guitare, qu’il ne quitte jamais, que DON TROOP traverse la vie avec son lot d’embuches et dans laquelle il puise son inspiration. Avant un cinquième album solo à paraître l’an prochain, le songwriter sort un EP, « Hard Life », entre Blues et Folk et d’une grande sensibilité. 

DON TROOP AND NAKED SPURS

« Hard Life »

(Independant)

L’histoire de DON TROOP s’inscrit depuis une vingtaine d’années maintenant en France, où le chanteur et compositeur a posé ses valises. Arrivé des Etats-Unis au début des années 2000, c’est entouré des musiciens du grand Bill Deraime qu’il enregistre « When She Comes », son premier album solo en France. Le début d’un amour qui ne fera que croitre. Aujourd’hui, c’est avec un EP de quatre titres que le musicien fait son retour.

En prélude à un cinquième opus prévu pour l’an prochain, DON TROOP AND NAKED SPURS se livre dans un registre Blues/Folk, légèrement Rock. Outre la douceur de sa voix qui enchante dès les premières notes de « Hard Life », titre éponyme sur lequel le songwriter retrace le parcours cabossé d’une vie entre les deux continents et qui l’ont nourri musicalement. Et cette persévérance et la croyance en son talent le guident toujours.

Si « You » aborde des sonorités un peu plus Rock, tout comme « Slithering », c’est bel et bien le Blues et la Folk qui anime l’Américain dont le style et le jeu sonnent dorénavant franchement européen (« Walls Of Babylon »). Serein et chaleureux, DON TROOP livre quatre morceaux qui sortent au même moment qu’un documentaire, à travers lequel la sincérité et l’authenticité du songwriter éclatent au grand jour comme sur ce très bon « Hard Life ».

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Progressif

Liquid Bear : back to 70’s

LIQUID BEAR n’a pas voulu faire de 2020 une année blanche, et on ne peut que s’en réjouir. Le Stoner Rock Psych distillé les Parisiens réveille de beaux souvenirs très 70’s et progressifs, tout en restant solidement ancré dans son temps. Avec « Heavy Grounds », le quatuor propose un très bon EP, solide et sensible.

LIQUID BEAR

« Heavy Grounds »

(Independant)

Après son premier EP, « Unwind » sorti fin 2018, LIQUID BEAR n’a pu s’empêcher, faute de concerts, d’entrer en studio l’an dernier pour y enregistrer un second. Une manière aussi d’exorciser cette difficile et maudite année que les Parisiens ont décidé de dépeindre à travers cinq titres, où le quatuor affirme vraiment son style. Et « Heavy Grounds » se projette dans un concentré efficace des influences du groupe.

Dans un ensemble très progressif, les Franciliens se présentent dans un style Rock très varié dont la structure des morceaux est très connotée et marquée par les 70’s. Cela dit, LIQUID BEAR y pose une touche très actuelle, même si le chemin emprunté semble hors du temps. Malgré des thèmes très sombres liés à l’époque, comme la quête de notre rôle dans cette société, le combo ne rend pourtant pas une copie sinistre, bien au contraire.

Sur un Stoner aux touches Classic Rock et Psych et dans un environnement très progressif, le groupe balance de très bons riffs, presque Fuzz parfois, et se distingue par de bons breaks et une belle puissance (« Goblin Crusher », « The Frog »). Vocalement très présent, LIQUID BEAR nous emmène dans des contrées aériennes et solides (« Billions Of Crabs », « Heavy Grounds »). Après deux EP, on attend maintenant l’album !

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Blues Rock

Little Bob Blues Bastards : du Rock à l’âme

Après 45 ans de carrière, des milliers de concerts et des épreuves de la vie qui auraient pu avoir raison de son envie et de sa motivation, le légendaire rockeur hexagonal LITTLE BOB est de retour en ces temps compliqués avec une énergie positive et communicative. Révolté et poignant, le chanteur livre ce « We Need Hope » plein d’espoir, de hargne mais aussi de tendresse et de sincérité.

LITTLE BOB Blues Bastards

« We Need Hope »

(Verycords)

Roberto Piazza, alias LITTLE BOB, nous fait le plaisir d’un 23ème album, toujours entre Rock’n’Roll et Blues mais qui a cette fois une tonalité toute particulière. La légende française du Rock semble vouloir conjurer le sort qui s’est abattu sur lui à travers 13 morceaux où se s’entrelacent avec fureur et pudeur des sentiments de révolte (« Bella Ciao« ), de tristesse ainsi que d’espoir et d’amour. « We Need Hope » est probablement la production la plus intime et la plus touchante du chanteur.  

C’est à Londres qu’il est parti retrouver son souffle et l’envie de continuer à distiller de qu’il sait faire de mieux après la disparition de sa muse. Et la petite flamme scintille toujours dans le cœur de LITTLE BOB. Comme un réflexe naturel, on retrouve les Blues Bastards au grand complet : Gilles Mallet (guitare), Bertrand Couloume (contrebasse), Mickey Blow (harmonica), Nicolas Noël (piano) et en alternance à la batterie son neveu Jérémie Piazza et Mathieu Poupard, enfant du pays.

Conçu avant la crise du Covid, « We Need Hope » est porteur d’attentes et se veut fédérateur en cette période torturée. Si ce nouvel album est marqué par des chansons naturellement dédiées à sa femme (« You Can’t Come Back », « Made For Me » et le magnifique « Bello Della Vita » en italien, sa langue maternelle), il reste très Rock et pêchu (« I Was A kid », « Walls And Barbed Wires »). LITTLE BOB n’a rien perdu de sa superbe et chante le Rock et le Blues comme il le vit… intensément.

Le rockeur havrais livre en fin d’album trois reprises irrésistibles et fidèles à son image et son parcours. On retrouve avec plaisir « Natural Born Boogie » d’Humble Pie, « Where Have All The Good Times Gone » des Kinks et le somptueux « Freedom » de Richie Heaven, immortalisé à Woodstock. Malgré un passé récent compliqué et douloureux, LITTLE BOB est plus que jamais fidèle au poste et répond avec classe, le Rock’n’Roll et le Blues chevillés au corps. « We Need Hope » fait autant de bien aux oreilles qu’à l’âme.