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France Post-Metal

Cancel The Apocalypse : unplugged Metal [Interview]

Avec des instruments essentiellement dédiés à la musique classique, dont la moitié du groupe est issue, CANCEL THE APOCALYPSE a décidé de produire un Post-Metal, mais en version acoustique…! Fort d’un premier album, qui a autant surpris que séduit, le quatuor fait son retour avec « Terminus Stairway », sorte d’OVNI musical rapidement addictif. Arnaud Barat, le guitariste, revient sur la démarche du combo et ses multiples inspirations. Entretien.

– Avant de parler du nouvel album, Audrey et toi, vous avez une formation classique spécialisée en musique baroque, et le groupe est complété par Mathieu et Karol qui viennent quant à eux du Rock et du Metal. A quel moment avez-vous eu le déclic pour fonder CANCEL THE APOCALYPSE ?

Il n’y a pas eu vraiment de moment particulier. L’idée a fait son chemin progressivement avec certaines évolutions du Metal depuis la fin des années 90. On a d’abord adoré des morceaux comme « Kaiowas », « Jasco » et « Itsari » de Sepultura, qui introduisaient la guitare acoustique dans des albums de Metal. Ensuite le « S&M » de Metallica, où c’était tout l’orchestre qui faisait son entrée, et puis il y a eu System of A Down et ses sonorités arméniennes. A partir de là, on a vraiment eu le fantasme de créer un projet, dont le concept reposerait là-dessus : faire du Metal acoustique. La volonté était d’essayer de remplacer la guitare électrique par une guitare sèche, la basse par un violoncelle et d’essayer de faire en sorte que ça tienne la route face à un chant et une batterie Metal. On peut dire que pour nous le déclic a été de voir Matthieu œuvrer dans My Own Private Alaska. On avait trouvé la voix qui correspondrait, la personne adéquate pour tenter le coup. Mais il a fallu encore attendre quelques années pour qu’on ose lui proposer et que les choses se fassent.

– Ce qui est surprenant chez CANCEL THE APOCALYPSE, c’est cette quasi-absence de distorsion dans le son et vous affichez pourtant une puissance étonnante. Là aussi, c’est un parti pris, voire une contrainte, que vous vous imposez ?

Oui, oui, complètement, c’était un parti pris, mais plus vraiment une contrainte à partir du moment où on a eu la sensation que ça fonctionnait. Et en effet sur les deux albums, il n’y a qu’un endroit où il y a de la distorsion, c’est sur le refrain du morceau qui donne son nom au groupe, « Cancel the Apocalypse ». Et encore, c’est un choix de mix qui ne vient pas de nous, mais qu’on a décidé de garder comme un clin d’œil.

– On ne va pas se mentir, sur le papier, on pense à Apocalyptica. Est-ce qu’à l’époque, leur démarche vous a marqué, motivé, influencé ou juste piqué votre curiosité ?

Alors honnêtement, ça a juste piqué notre curiosité lorsqu’ils ont émergé avec leurs reprises de Metallica à quatre violoncelles. Ça confirmait l’idée que l’instrument se prêtait bien au Metal. Mais on n’est pas des gros fans d’Apocalyptica pour autant…

– Parlons de « Terminus Stairway ». Votre premier album, « Your Own Democracy » (2016), ayant reçu un très bel accueil et surpris beaucoup de monde, est-ce que vous aviez un peu plus de pression cette fois, ou c’est quelque chose à laquelle vous êtes imperméables et qui ne vient pas troubler votre travail ?

On a quand même pris beaucoup de temps pour sortir ce deuxième album, et puis pour nous CANCEL THE APOCALYPSE doit rester un truc où on s’amuse avant tout, où on fait les choses à l’envie. Les morceaux de « Terminus Stairway » se sont additionnés progressivement les uns aux autres au cours des dernières années. On en jouait déjà certains lorsqu’on tournait pour « Our Own Democracy » et les derniers-nés ont quelques mois, c’était donc un processus long. On n’a donc pas été troublé par la pression, on s’est juste demandé quelle direction on voulait donner à l’ensemble pour se faire encore plus plaisir. Là, le choix a été de renforcer encore le côté ‘musique de chambre’ par l’ajout de l’alto, que ça donne plus de corps au son. Puis après, on a forcément l’espoir que si ça nous plait à nous, ça plaise à d’autres, mais on ne joue pas notre ego là-dedans. On prend les choses comme elles viennent.

– A l’écoute de vos nouveaux morceaux, on a l’impression que vous vous basez sur un schéma de chanson Rock au sens très large pour composer. L’influence classique se ressent surtout dans les arrangements et le choix des instruments. Est-ce que finalement la musique classique contemporaine n’est pas trop éloignée en termes de structures d’écriture ?

Oui, c’est une très bonne remarque. Lorsque je compose les bases des morceaux, je le fais toujours dans une optique de chanson Rock de 3 minutes 30, avec des modèles très universels comme les Beatles ou Nirvana. Et c’est certain que si les choix de structure de base s’apparentaient à de la musique classique contemporaine, sans cadre de temps ou de répétition de cellules musicales, sans jamais aucune notion de couplet/refrain, ça rendrait le propos complètement opaque, voire prétentieux… On préfère, en effet, nourrir les morceaux par des choix d’harmonie et d’arrangements à l’intérieur d’une structure simple.

– Est-ce que, même inconsciemment, votre ambition avec « Terminus Stairway » est de rapprocher les publics classiques et Rock/Metal, qui se croisent assez peu ? Le guitariste Yngwie Malmsteen était allé dans ce sens dans les années 80 avec des solos et des mélodies inspirés de Paganini, notamment…

Oui, c’est même très conscient, mais on sait aussi très bien aussi qu’on court sans doute derrière des moulins en essayant de faire ça, ce qui n’est pas très grave non plus. (Sourires)

– CANCEL THE APOCALYPSE dégage beaucoup d’émotion musicalement, et il en émane aussi beaucoup à travers les voix. Les deux se complètent très bien et se retrouvent même à un niveau égal. Qu’est-ce qui influence le plus l’autre dans la composition d’un morceau ?

Alors forcément, vu que le travail se fait d’abord au niveau instrumental, Matthieu à la lourde charge d’essayer de composer sa voix sur une base pré-existante. Mais la composition de base se fait toujours avec le fantasme de ce qu’il pourrait faire par-dessus, avec une vision imaginaire de ce que sera le rendu final. Il y a donc une influence dans les deux sens qui fait que, pour l’instant, on ne s’est jamais retrouvés réellement bloqués. Il n’est même pas sûr que Matthieu ait déjà dit : ‘non, celle là je vais rien pouvoir en faire…’ depuis qu’on a commencé à travailler ensemble sur le projet.

– Il y a également une chose qui caractérise CANCEL THE APOCALYPSE, jusque dans votre nom : c’est votre engagement. Il est à la fois humain, social, politique et écologique. On a presque l’impression que c’est le point de départ du groupe. Cela fait partie des motivations premières, de mettre en musique des revendications et surtout des valeurs universelles, qui se perdent aussi d’ailleurs aujourd’hui ?

CANCEL THE APOCALYPSE, c’était avant tout une rencontre humaine. Des gens avec des goûts, des valeurs humaines et des positionnements approchants. On n’a pas vraiment la volonté d’être un groupe militant, mais forcément ça doit se ressentir dans nos textes, dans notre façon de communiquer parfois et c’est super si ça se ressent un peu dans notre musique. Mais en fait, on souhaite que cet aspect ne dépasse pas le cadre musical ‘subjectif’ et on préfère l’assumer dans nos vies personnelles, dans notre boulot et notre vie de tous les jours, par nos actes et ne pas faire du groupe un truc moraliste ou un peu lourd. Le nom CANCEL THE APOCALYPSEen lui-même est d’ailleurs autant une ‘prière’ qu’une blague de départ entre nous.

– Pour conclure, si vous deviez faire évoluer le groupe musicalement pour lui apporter encore plus de profondeur et peut-être de puissance, quel instrument trouverait sa place chez CANCEL THE APOCALYPSE ?

On aurait des tonnes de fantasmes par rapport à ça en fait ! Difficile d’en choisir un ! Alors en vrac : un quatuor à corde, voire un orchestre, des instruments indiens ou africains, des samples electro ! (Sourires)

L’album de CANCEL THE APOCALYPSE,  « Terminus Stairway », est disponible depuis le 10 juin chez Inverse Records/Klonosphere.

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Concerts France Metal

Jurassic Fest : dinosaurus headbanging [Interview]

Dès vendredi (le 20/05), Le-Grand-Pressigny, en Touraine, accueillera le JURASSIC FEST pour trois jours durant lesquels le Metal, le Hip-Hop, l’Electro et la Techno vont se réunir sous l’œil bienveillant de quelques dinosaures, venus en voisins. Avec une belle programmation, les organisateurs proposent un événement dont l’affiche est plutôt alléchante (Smash Hit Combo, Atlantis Chronicles, Beyond The Styx, Stinky, The Necromancers, Hard Mind, Carmen Sea, Final Shodown, …). Et il n’est pas trop tard pour s’y rendre !!!   

– La première édition du JURASSIC FEST aura lieu du 20 au 22 mai à Le-Grand-Pressigny. Qu’est-ce qui vous a motivé à l’organiser au départ et comment cela se présente-t-il à quelques jours de l’événement ?

Danny (organisateur) : Le JURASSIC FEST est une édition parmi une série d’événements passés durant lesquels on retrouve trois scènes distinctes : Metal, Hip Hop et Techno/Electro. Le festival reflète l’état d’esprit de notre collectif, en tant qu’organisateurs, puisque nous sommes implantés à titre personnel dans des milieux de la culture et dans des réseaux assez différents, mais complémentaires, les uns des autres. C’est toujours surprenant de pouvoir réunir des structures et un public venant de multiples horizons culturels le temps d’un festival. Effectivement, la pression monte énormément et nous sommes débordés à quelques jours du festival. Dans l’ensemble, cela se finalise bien, et c’est en partie grâce au soutien que nous apportent nos partenaires, notamment la SACEM, l’association FREEFORM et la société WWWY et ainsi qu’aux nombreuses préventes.

– Vous avez opté pour une thématique autour des dinosaures, de Jurassic Parc bien sûr et de la jungle. Et vous recommandez même au public de venir déguiser. Ca vous est venu comment ? Juste pour changer les B.O. des films de Spielberg ?

Arthur (membre du bureau) : L’idée trottait dans ma tête depuis assez longtemps. Des styles musicaux éclectiques et underground se produisant dans un environnement inédit, une infrastructure aux aires de Jurassic Park. Et puis, la franchise regorge d’idées que nous pouvons empruntées pour créer un lieu éphémère et unique en son genre avec une mise en scène et une décoration originale et vivante.

THE NECROMANCERS

– Avant de parler du contenu Metal de la programmation, vous avez prévu trois scènes avec des ambiances très, très différentes : Metal, Hip-Hop, Electro et Techno. Ce sont des domaines assez éloignés les uns des autres et le contraste va être saisissant. Vous pensez que ces publics souvent opposés peuvent se retrouver et cohabiter assez naturellement et artistiquement ?

Danny : Le public de ces trois scènes partagent beaucoup de similitudes, que ce soit au niveau de la fidélité à leurs milieux respectifs, ou de l’influence culturelle et leur mode de vie. Nous pouvons qualifier ces milieux comme étant très spécialisés, voire pour certains hermétiques. Pourtant, ils sont souvent engagés sur le plan social et surtout, ils sont très peu (ou mal ?) médiatisés en France. Et malheureusement, les financements et l’argent public ne les concernent pas, ou alors très difficilement. Et ils détiennent aussi des valeurs en commun.

Durant nos événements, c’est toujours surprenant d’être témoins de ce ‘clash’ des cultures parmi les publics. Dans l’ensemble, nous avons eu des retours très positifs de teuffeurs qui découvrent leur premier pogos, ou alors de metalleux qui hochent la tête et entrent en transe devant la Techno. Ce qui les rapproche le plus selon nous, c’est l’ouverture d’esprit, l’innovation musicale et la recherche artistique qui sont ancrés et qui continuent d’évoluer dans leur milieu respectif.

– En ce qui concerne la programmation Metal, vous avez fait appel à 12 groupes, tous français. C’est en soutien à la scène hexagonale, et plus simplement parce que le niveau est très bon ? Ou alors, c’était peut-être plus simple à mettre en place aussi…

C’est un pur hasard, et comme tu l’as précisé, la scène hexagonale nous réserve de belles surprises et des artistes de qualité. La plupart d’entre-eux sont plus ou moins proches de notre réseau d’organisation. Lorsque nous effectuons les choix de programmation, nous prenons également en compte les personnalités et l’ambiance au sein du groupe (idéologies, …), ainsi que leurs réseaux. Nous essayons de faire au mieux pour privilégier des rencontres artistiques intéressantes et enrichissantes pour tout le monde, dans le but d’élargir les réseaux et d’inciter les personnes à la découverte bienveillante et au partage. Nous privilégions les groupes proches géographiquement, puisque nous avons aussi des valeurs écologiques.

ATLANTIS CHRONICLES

– La qualité de la programmation est vraiment incontestable et les registres englobent des groupes Djent, Metal HardCore, Rock Occult, post-Metal… le spectre est large et même assez pointu. C’est ce que vous écoutez ou est-ce une réelle demande du public ? D’ailleurs, comment avez-vous élaboré le line-up du JURASSIC FEST ?

En tant qu’organisateurs, nous sommes investis dans la musique et nous sommes aussi porteurs de projets artistiques. Et grâce à nos expériences au fil des années, nous avons déjà pu partager la scène avec certains de ces artistes et tisser des liens. Comme je l’ai dit juste avant, nous prenons également en compte l’aspect humain de ces artistes. En ce qui concerne les choix musicaux, oui, ce sont des groupes que nous écoutons ou soutenons personnellement à travers nos réseaux respectifs.

– J’ai aussi remarqué que vous mettiez l’accent sur l’aspect écologique du festival. Quelles mesures concrètes avez-vous prises ? Et il faut aussi rappeler qu’au jurassique, la pollution était quasi-inexistence…

Danny : Selon des études récentes, l’aspect le plus polluant d’un festival est lors du déplacement du public (environ 70% des émissions). Pour ce qui est de nos initiatives suite à la crise écologique actuelle, nous mettons en place quelques actions concrètes :

– Création d’un groupe Facebook dédié aux covoiturages avec plus de 500 membres, et contenant des informations sur l’accès du festival par le biais des transports en communs (bus Rémi Touraine…) départementales et régionales.

– Optimisation et recyclage des matériaux (produits de récupérations etc…) destinés pour nos installations, la scénographie et une partie de nos décorations sur le site, mais aussi pour la signalétique, les panneaux, les infrastructures (récupération d’une caravane pour le stand des jetons, bars en palettes, etc…)

– Sensibilisation du public grâce à nos partenaires (associations, militants, artistes et affichage sur place…). 

Cette année, nous sélectionnons des prestataires spécialisés pour la restauration du festival (montage et démontage compris) : food-trucks bio, locaux et responsables qui travaillent avec des producteurs et fermiers de la région en donnant la priorité au bio local. Ils élaborent des menus conscients avec des régimes végans et végétariens, strictement sans bœuf (le bœuf étant l’un des aliments le plus néfaste pour nous et pour l’environnement).

Nos partenaires depuis le début des temps, La Cacaravane de Tours, interviennent également chaque année avec des toilettes sèches installées sur l’ensemble du site (parkings, camping, backstage etc…). Les déchets étant à chaque fois traités et compostés dans les règles à la fin du festival, afin de ne pas impacter le site. Nous interdisons l’accès à la forêt communale autour du festival en explicitant nos objectifs environnementaux.

BEYOND THE STYX

– Sans vouloir casser l’ambiance évidemment, on assiste en ce moment à de nombreuses annulations de concerts et de festivals faute de préventes suffisantes. Dans quel état d’esprit êtes-vous et ne pensez-vous pas plus largement que trop de festivals va finir par tuer les festivals ?

Danny : C’est important, voire essentiel, pour les acteurs et organisateurs du milieu de la culture de promouvoir des valeurs fortes et bienveillantes au sein de notre société, qui se doit d’évoluer sur énormément d’aspects, surtout avec les enjeux actuels. En ce sens, les événements et les organisateurs détiennent un rôle-clef dans la transmission et la sensibilisation du public. Nous encourageons d’autres festivals  à se démarquer, à s’exprimer et mettre en avant la bienveillance,- ainsi que leurs valeurs. Nous encourageons aussi le public à s’éduquer et se renseigner sur la quantité de travail qu’il y a autour de l’organisation d’un tel événement, même de petite envergure comme nous.

– Enfin pour conclure et toujours par rapport au jurassique : vous êtes plutôt ère mésozoïque ou phanérozoïque ? Car la question va se poser…

Arthur : Mésozoïque, bien évidemment ! L’ère des dinosaures a un aspect proche du merveilleux, où ces magnifiques créatures peuplaient tous les continents et prospéraient dans un écosystème symbiotique.

Toutes les infos à retrouver sur la page Facebook du festival :www.facebook.com/opgarencorp

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Hard-Core Post-HardCore

Anna Sage : sans sommation

Le magma dans lequel nous propulse ANNA SAGE sonne la révolte et donne l’assaut dans un Metal HxC brutal et sombre, qui n’en oublie pas pour autant de poser des ambiances savamment dissonantes et franches. Dans une veine post-HardCore sauvage, le quatuor parisien joue sur différents tableaux avec une redoutable efficacité. Rageur et captivant à la fois.

ANNA SAGE

« Anna Sage »

(Klonosphere)

A quelques mois près, ANNA SAGE fêtait ses dix ans d’existence. Un dixième anniversaire qui aurait pu être célébré de main de maître par ce premier album éponyme franchement digne de ce nom. Mais bon… Blague à part, avec « Anna Sage », les Parisiens entrent avec fracas dans la cour des grands, toujours armés du post-HardCore aussi ténébreux qu’incendiaire. Et le quatuor n’a rien laissé au hasard en appuyant là où il faut.

Après deux EP (en 2014, puis en 2018), ANNA SAGE n’a pas réduit la voilure et encore moins l’intensité de son jeu. Quatre ans plus tard, il renouvelle sa confiance à Francis Caste, celui-là même à qui l’on doit la superbe production du dernier album de Hangman’s Chair. Et bien leur en a pris, car on est d’emblée saisi par l’atmosphère de « Anna Sage » et  par la finesse des arrangements et du mix.

Moderne, technique et percutant, ANNA SAGE se veut à l’image du célèbre hors-la-loi, John Dillinger, coincé par le FBI grâce à une prostituée qui a donc donné son nom au groupe. Sans concession, parfois chaotique et toujours très frontal (« The Holy Mice », « Hostile Cage », « Sinner Ablaze »), les titres sont très compacts et cette première réalisation ‘long format’ offre des sonorités impactantes phénoménales (« Wall Of Hate », « Loveless »). Pleine face ! 

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Dark Gothic Doom Metal Progressif Post-Metal

Lux Incerta : de luxuriantes certitudes

Tout en maîtrise et particulièrement créatif, LUX INCERTA a placé la barre tout en haut de la scène post-Metal et Doom française. Avec « Dark Odyssey », les Nantais effacent superbement la décennie passée à attendre ce deuxième album. Racée et magistralement orchestrée, cette nouvelle réalisation joue avec les ambiances et les atmosphères sans la moindre fausse note. Un modèle du genre.

LUX INCERTA

« Dark Odyssey »

(Klonosphere)

Il aura fallu attendre onze ans après « A Decade Of Dusk » avant d’avoir des nouvelles fraîches de LUX INCERTA. Il faut aussi préciser qu’entre-temps Benjamin Belot (chant) et Gilles Moinet (guitare) ont été occupés au sein de leurs formations respectives Penumbra et The Old Dead Tree. Mais cette longue décennie de patience en valait vraiment la peine, tant « Dark Odyssey » est un album saisissant et incroyable de diversité.

Sur la base d’un quintet pour l’enregistrement, car LUX INCERTA évolue aussi en concert, les Nantais nous plongent dans une aventure musicale où le Doom se fond dans un post-Metal parfois Black et même Sludge. Fort d’un univers très dark aux légers accents Gothic et New Wave, « Dark Odyssey » porte donc bien son nom et le travail d’écriture, d’arrangements et de production régale en tous points. 

Sur les traces de leurs aînés et piliers du genre, les Français proposent un son très actuel à travers des morceaux très structurés et assez longs. Que ce soient les growls caverneux ou le chant clair (avec des passages en français sur « Decay And Agony »), LUX INCERTA brille de finesse et de puissance (« Far Beyond The Black Skies », « Dying Sun », « Farewell », « Fallen »). Enfin, les cordes apportent une touche profonde et délicate. Somptueux !

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Death Metal

Prophetic Scourge : la force du mythe

Les légendes et les écrits épiques ont toujours influencé un grand nombre de groupes Metal. PROPHETIC SCOURGE est de ceux qui se sont attelés à livrer leur interprétation de l’œuvre attribuée à Homère, ‘L’Odyssée’. Avec ce deuxième album, « Gnosis – A Sorrower’s Odyssey », c’est une vision et une version Death Metal très technique et massive que propose le quintet basque sur plus d’une heure intense et saisissante.

PROPHETIC SCOURGE

« Gnosis – A Sorrower’s Odyssey»

(Klonosphere/Season Of Mist)

Sorti en fin de l’année chez Klonosphere, ce deuxième album des Basques de PROPHETIC SCOURGE n’a malheureusement, comme tant d’autres, pas eu la mise en lumière qu’il méritait. Pourtant depuis 2013, le quintet ne cesse d’affiner son Death Metal, qui se fait de plus en plus technique. Le bon moment donc pour le groupe pour se lancer dans un album dont la complexité, si elle reste musicale, tient aussi au thème abordé : ‘L’Odyssée’ d’Homère. 

Avec « Gnosis – A Sorrower’s Odyssey», le combo s’attaque donc à un mythe, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et qui a aussi donné lieu à nombre d’interprétations dans de multiples domaines artistiques. Cette fois, il est question d’une vision violente et brutale des travaux du poète grec. Fort d’une technicité évidente, PROPHETIC SCOURGE donne sa version de cette épopée dans ses aspects les plus sombres.

Décliné en sept chapitres, marquant les principales étapes de l’aventure, le groupe porte un regard musclé et sauvage en faisant un focus sur les sentiments du deuil et de la culpabilité de survivre du protagoniste. Sur un rythme effréné, « Gnosis – A Sorrower’s Odyssey » s’étend sur plus d’une heure, où les riffs se font tranchants, les rythmiques lourdes et rapides tout en laissant quelques respirations au Death Metal très inspiré de PROPHETIC SCOURGE.   

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France Metal Progressif

Sangham : une quête philosophique et musicale [Interview]

Originaire de Marseille, SANGHAM est un nouveau venu sur la scène française, et vient agrandir une famille Metal Progressive déjà fertile. Avec une première réalisation comme celle-ci, le quatuor impose d’entrée de jeu un répertoire original et une touche singulière. Présentant une excellente production, « Intangible » affirme déjà une grande maturité dans les compositions et la démarche des Phocéens. Christelle Meunier (chant) et Cyril Lhuillier (Guitare, chant), tous deux fondateurs et compositeurs, nous en disent un peu plus sur leurs intentions profondes et leur vision du groupe.

– Tout d’abord, on vous connaît assez peu. Et pour cause, SANGHAM a moins de deux ans d’existence. Pourriez-vous présenter le groupe aux lecteurs, et nous parler de vos parcours respectifs ?

Cyril : Mon goût pour la création et la composition est né en même temps que mon appétence pour la guitare. J’étais adolescent, et j’apprenais en autodidacte : à cette époque, j’ai monté un groupe, accompagné de ma sœur au chant, et nous avons sorti un album et fait plusieurs scènes. Cette expérience était grisante, et passionnante, mais nous avons pris des chemins différents par la suite. Créer de la musique a toujours été un besoin viscéral pour moi, et je n’ai pas cessé de composer : puis, j’ai rencontré Christelle, en 2018. Nous avons mis en commun nos compétences, et avons commencé à co-créer nos musiques. Florian et Calliste nous ont rejoints respectivement en 2019 et 2020 : Sangham est né au terme de ces rencontres.

Christelle : En effet, « Intangible » est notre premier album. Il est l’aboutissement d’une année de création et d’investissement. Dans mon cas personnel, je n’ai pas d’autre background musical. Je me suis passionnée pour le chant sur le tard, après un parcours dans le domaine des arts plastiques. La musique a ensuite pris le dessus, and here we are !

– Votre nom vient du sanskrit et désigne un lieu de purification. Malgré tout, on ne détecte aucune influence indienne ou orientale dans votre musique. C’était un parti-pris dès le départ de distinguer les deux entités ?

Christelle : Je vous remercie de poser cette question, je la trouve très intéressante. Effectivement, notre nom n’illustre pas spontanément notre musique. C’est un terme riche de sens qui suggère à l’auditeur une direction, une lecture de notre travail. C’est un mot que nous empruntons avec beaucoup de pudeur, car il est issu d’une culture millénaire, et nous n’aurions pas assez d’une existence pour en détenir l’essence. Je pense que ce dernier renseigne l’auditeur sur le sens que nous souhaitons donner à notre musique : un vecteur de paix, une proposition de reconnexion à nous-mêmes, à notre environnement, une invitation à nous interroger sur le monde qui nous entoure.

– Votre Metal Progressif a la particularité d’être très organique, car il est peu chargé ou pompeux, contrairement à beaucoup. Vous le voyez comme une façon d’être plus direct et efficace ?

Cyril : En effet, l’idée n’est pas d’amener une profusion de technicité, mais plutôt de rester authentique. La musique doit être en osmose avec les paroles, elle doit pouvoir véhiculer autant d’informations et d’émotions que possible. Aussi, elle ne doit pas être en décalage ou en marge du chant. Nous conservons une liberté créative dans la construction de nos chansons. Le côté organique se reflète effectivement dans la sélection des sons utilisés : ils incarnent l’interprétation des idées, et des images que nous souhaitons véhiculer.

– SANGHAM alterne aussi un chant en lead clair et puissant, avec même un petit côté Sade très agréable dans la voix, et un growl massif qui vient faire le contrepoids avec beaucoup d’agressivité. Malgré tout, on a le sentiment que vous misez surtout sur l’aspect émotionnel de vos morceaux. C’est l’intention première ?

Cyril : En effet, la symbiose de nos voix est un outil d’expression supplémentaire, au même titre que l’instrumental.

Christelle : Je crois que l’identité du groupe repose en partie sur ce dialogue entre les deux types de chant. Symboliquement, ce mélange représente aussi cette balance, ces polarités qui régissent le monde et les choses, et au cœur desquelles se développe un spectre, conçu d’une infinité de nuances. Notre musique et nos textes mentionnent beaucoup cette quête permanente d’équilibre. Cela donne une harmonie mouvante entre le côté lunaire et le solaire.

– A travers vos textes, vous faites preuve de beaucoup d’engagement avec un appel à une prise de conscience sur notre environnement notamment. Ce mélange de poésie et de philosophie tient-elle une place aussi prépondérante dans votre musique et comment cela se traduit-il ?

Christelle : Nous avons souhaité exposer honnêtement nos interrogations, nos raisonnements : les textes que j’écris sont souvent une manière de déposer ce qui habite ou hante mon mental. Ils sont influencés par ces sentiments d’alerte et de pression, liés à l’urgence de la situation dans laquelle chaque habitant de cette planète se trouve actuellement. Parfois, j’écris pour dénoncer, oui. Mais toujours en posant un constat simple : dans « Nebulous Era », j’évoque cet « or noir » que nous avons « extrait des entrailles du monde ». Et j’observe les conséquences. Parfois, je me recentre pour trouver en moi les solutions, le renouement, l’acceptation aussi, que je propose à mon tour dans notre musique. C’est une invitation, et depuis le début de notre aventure, nous avons offert des créations dans lesquelles nous avons mis notre cœur : et nous avons reçu en retour un soutien décuplé, un océan de bienveillance !

– Il y a également un passage en français sur le morceau « Macrocosm ». Quelle en est la raison première et, par ailleurs, pourquoi en avoir aussi fait une version acoustique ? Vous auriez pu tout aussi bien composer un titre plus long, ce qui est assez fréquent dans le registre progressif, non ?

Christelle : Je n’arrivais pas à traduire correctement ces deux phrases, qui ponctuent chacune un moment de « Macrocosm ». Elles soulignent la poésie dont le morceau est animé. De plus, c’était pour moi une évidence d’inviter nos racines dans ce premier morceau que nous avons rendu public : en dehors de mon accent qui ne trompe évidemment personne. (Rires)

Cyril : Ce morceau a vraiment donné lieu à deux formes différentes. Dans un premier temps, nous en avons réalisé une version acoustique, car nous souhaitions attendre notre passage en studio pour proposer une version qui convoquerait des instruments saturés. Nous voulions disposer de bonnes conditions d’enregistrement. De plus, la première réalisation de « Macrocosm » a été composée sur une guitare acoustique 12 cordes : nous avons donc décidé de la jouer avec des percussions traditionnelles, afin de lui donner une toute autre teinte. Ainsi, nous n’avons pas jugé pertinent de faire un morceau avec une structure très longue pour en exprimer les deux différentes nuances : désormais, chacune a son identité propre.

– Vous expliquez avoir pris comme référence les titres « Stormbending » de Devin Townsend et « Circle With Me » de Spiritbox pour le mix final de « Intangible ». Pourquoi cette démarche si peu banale ? Et en quoi ces deux morceaux ont une telle importance à vos yeux ?

Cyril : Lors de notre passage chez Studio ArtMusic, il était essentiel pour Sébastien (ingénieur du son) d’avoir un “repère” du type de sonorité qui nous conviendrait le mieux. En termes de composition, nous avons des structures assez riches qui disposent de plusieurs leads, voix, et ambiances, parfois simultanément : cela requiert donc une gestion de l’espace sonore assez complexe. C’est une caractéristique qui se retrouve assez facilement dans l’univers sophistiqué de Devin Townsend.

En ce qui concerne Spiritbox, c’est un bon mélange de moderne et de groove, avec un tuning très grave : nous avons fait un choix similaire en ce qui concerne les accordages. Cela nous permet d’obtenir des sonorités très intenses et des ambiances “deep”, brutales, qui viennent chambouler l’émotionnel ! L’idée était d’avoir des axes possibles de références : cela permettait à Sébastien d’être guidé, puisqu’il découvrait notre travail à notre arrivée dans son studio.

– Enfin, « Intangible » est assez court, même s’il se présente sous la forme d’un EP assez conséquent. C’est vrai qu’on reste un peu sur notre faim. Comment s’est fait ce choix ? Vous n’aviez pas la patience pour livrer un album complet ?

Christelle : Comme souligné précédemment, il s’agit de notre premier album et – pour la majorité d’entre nous – de notre première création dans une sphère musicale professionnelle. Nous avons donc décidé de jouir de cette première expérience pour en déceler progressivement les codes, et pour tirer des enseignements de chacune des étapes, depuis son invention jusqu’à sa diffusion. Nous sommes très heureux de ce premier objet, qui marque à la fois le début d’une aventure et un accomplissement de taille !

Cyril : Comme l’a stipulé Christelle c’était aussi une première expérience pour certains d’entre nous : il est donc assez flatteur de voir que cet EP peut avoir “un goût de trop peu”! Nous travaillons déjà sur la suite, et il y aura de belles surprises en live…

L’album « Intangible » de SANGHAM est disponible chez Klonosphere.

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France Post-Metal Progressif

Maudits : un destin en main [Interview]

Le Metal post-Progressif de MAUDITS prend une nouvelle tournure et continue de s’affiner. A peine un an après la sortie de son premier album éponyme, le groupe poursuit sa route et livre « Angle Mort », un nouvel EP original, pointu et sans complexe. Forte d’un univers original, la formation a aussi vu son line-up évoluer ce qui semble même lui avoir apporté une motivation supplémentaire. Olivier Dubuc, le guitariste du duo, revient sur la création de cette nouvelle réalisation très protéiforme.

– Quand je vous ai interviewé en décembre dernier peu après la sortie de votre premier album, vous aviez déjà profité des deux confinements pour composer et vous étiez même prêts à enchainer. Depuis, que s’est-il passé en marge de l’enregistrement de ce nouvel EP ?

Cet EP n’était pas prévu. Au départ, nous voulions commencer à défendre en live l’album après le premier confinement, et enchainer par l’enregistrement du matériel composé pendant ce temps-là. Mais tout le monde sait que ça ne s’est pas passé comme ça, et nous nous sommes retrouvés une nouvelle fois coincés à la maison. Je me suis donc mis à travailler sur une nouvelle version de « Résilience », seul avec ma pédale de loop pour l’enregistrement d’une vidéo live, histoire de mettre un peu de matière sur les réseaux. Finalement, nous nous sommes dit avec Chris (batterie, samples) qu’il serait bien d’étendre ça sur un ou deux morceaux, de les enregistrer proprement et pourquoi pas de les proposer en téléchargement sur notre Bandcamp. Dans le même temps, Raphaël Verguin, le brillant violoncelliste, dont je connaissais très bien le travail avec Spectrale (mais sans le connaître personnellement à l’époque), nous a commandé l’album sur Bandcamp. Je me suis donc permis de le contacter pour savoir s’il serait partant à l’idée de travailler avec nous sur ces nouvelles versions. Il a accepté et comme nous ne savons pas faire les choses à moitié, nous nous sommes mis à fond dans le projet, le tout à distance. L’idée était de pouvoir enregistrer très rapidement pour enchaîner sans laisser passer deux ou trois ans entre deux sorties. Et honnêtement, nous étions extrêmement satisfaits de la matière proposée, ce qui nous a donné l’envie et la confiance pour continuer. Cet EP est devenu pour nous une sortie à part entière, et pas juste un petit amuse-gueule avant le deuxième album, et nous l’avons chéri et travaillé avec la même intensité que le précédent.

– La surprise de cet EP vient aussi du line-up. D’une formule en trio, vous êtes devenus un duo. Que s’est-il passé et MAUDITS a-t-il rapidement trouvé un nouvel équilibre ?

Oui, nous avons construit et maquetté « Angle Mort » presqu’exclusivement à deux avec Chris. Puis, Anthony, notre ancien bassiste, a quitté le groupe peu de temps avant l’enregistrement. Avec du recul, je pense que ces deux confinements ont largement contribué à sa perte de motivation pour MAUDITS. L’éloignement physique imposé durant cette longue période a creusé un fossé entre nous, et comme les nouvelles technologies ne sont pas vraiment son truc, il a un peu lâché et ne s’est jamais vraiment intéressé au projet avec le boulot à distance que cela nécessitait.

Je pense aussi que l’idée de base ne l’intéressait pas plus que cela. Il souhaitait enchaîner directement avec ce que nous avions mis en place durant le premier confinement. Bref, nous étions à fond dedans et lui pas du tout. Et outre cette mésentente artistique, plusieurs choses sont ressorties, notamment sur notre manière d’avancer, nos prises de décisions et notre conception de ce projet qu’est MAUDITS. L’écart s’est creusé et le point de non-retour est arrivé.

Si ces situations arrivent à beaucoup de groupes en temps normal, le contexte d’enfermement et de distance forcée a accéléré le processus de séparation et l’a donc précipité. Plus concrètement, cela ne nous a pas réellement déséquilibré, car nous avions presque intégralement fonctionné avec la même méthode depuis le premier album, en posant les bases avec Chris.

Olivier Dubucq (guitares)

– Sur « Angle Mort », on découvre deux nouvelles compositions et trois autres titres présents sur votre album dans des versions réenregistrées et réarrangées. Concernant ces dernières, vous n’étiez pas satisfaits des premières moutures ?

Si, nous les adorons ! Pour nous, l’intérêt de ses nouvelles versions était de déconstruire complètement les plages d’origine en ne gardant que les thèmes de base, afin d’en faire quasiment des nouveaux morceaux. Et à la rigueur, tant mieux si les auditeurs ne les reconnaissent pas du premier coup, cela prouve qu’on aura atteint notre objectif ! Nous les avons d’ailleurs renommé pour brouiller les pistes. Le point de départ était la réinterprétation de « Résilience », qui nous a vraiment donné envie de pousser le concept sur « Verdoemd » et « Perdu d’Avance » (initialement titrés « Maudits » et « Verloren Strijd »).

– Les deux nouveaux titres  ont-ils été composés alors que vous étiez déjà à deux, ou s’agit-il de morceaux datant de l’album ?

Non, nous les avons composé à deux et à distance comme pour les trois réinterprétations.  D’ailleurs, « Epäselvä », notre premier single, a volontairement été composé au dernier moment sur une période très courte en le construisant sur plusieurs rythmes Dub et très énergiques, improvisés directement en studio par Chris, le tout sur un tempo choisi sur le moment un peu au hasard. Par la suite, j’ai peaufiné mes ambiances, mes arpèges et les riffs sur ses parties, juste avant l’enregistrement final de la guitare. Nous avions déjà procédé comme ça pour le premier album sur « Verloren Strijd », et nous avons voulu retenter l’expérience. On a appris à aimer cet exercice, car tout ce qui sort quand on est dans l’urgence est très spontané et, à chaque fois, cela a donné un résultat très particulier et organique. Raphaël a par la suite improvisé une très belle ligne de violoncelle (nous avons d’ailleurs gardé sa première prise) et pour finir, Erwan a enrobé l’ensemble d’une ligne de basse bien Dub et entêtante. Le morceau dégage une émotion plus brute et sans filtre, qui tranche avec le côté très réfléchi du reste.

– Finalement, lorsqu’on voit la durée d’« Angle Mort », vous auriez pu le compléter d’un ou deux titres et sortir un deuxième album, non ? A moins que c’était vraiment un format EP que vous aviez en tête ?

Oui, l’idée initiale était un EP. Il ne devait d’ailleurs contenir que les trois réinterprétations. Mais les idées d’« Angle Mort » et d’« Epäselvä » sont arrivées toutes seules et ça collait bien avec le reste. Et puis, même si nous avions eu d’autres morceaux à disposition et qui collaient à l’ambiance, je pense nous aurions laissé comme ça car tout s’imbriquait bien tel quel. Un ou deux morceaux de plus auraient nui à la dynamique et la cohérence de l’ensemble.

Christophe Hiegel :(batterie) 

– Même si MAUDITS conserve ce côté très organique dans la production, on note la présence plus importante de samples notamment. L’intention est toujours d’explorer de nouveaux horizons sonores et musicaux ?

Oui, nous avons développé et mis en avant un peu plus les samples sur « Angle Mort ». Je n’ai jamais caché mon amour pour le Trip Hop avec, entre autre, Portishead, Massive Attack, Ezekiel ou encore Scorn et leur manière si particulière d’intégrer les samples. Chris est un expert sur tout ce qui concerne le Dub. Il avait d’ailleurs un excellent projet du nom de Blue Mountain, avec qui il a enregistré un superbe album. Ces influences, si elles étaient déjà présentes sur le premier album, ressortent encore plus sur « Angle Mort ». Je pense que le format et le contexte dans lequel on l’a travaillé ont naturellement favorisé ce genre d’expérimentation et a naturellement fait ressortir un peu plus cet aspect de notre univers musical.  Et pour info, il n’y a absolument rien de programmé : tout a été joué. Chris tenait à tout faire lui-même et c’est sûrement pour ça que le côté organique est conservé.

– Cette fois encore, vous avez intégré des cordes, en l’occurrence du violoncelle. La musique de MAUDITS fait toujours la part belle aux arrangements avec également du synthétiseur Moog, ce qui est devenu assez rare, et différents effets. L’aspect expérimental demeure toujours très palpable, malgré le côté accessible de vos morceaux…

Oui, comme je l’ai dit lors de notre précédente interview, nous ne nous fixons aucune limite musicalement, tant que cela nous plaît et qu’à l’arrivée ce soit cohérent. En effet, on aime beaucoup expérimenter avec différents instruments et textures pour enrichir notre musique. Cela vient probablement de notre passé progressif avec notre ancienne formation The Last Embrace. Bien que le son et l’orientation de MAUDITS soit très différente, nous partageons probablement inconsciemment l’approche aventureuse d’une certaine frange du Rock Progressif.

– Même si on entend quelques voix, l’idée d’intégrer un chanteur n’est toujours pas à l’ordre du jour ? MAUDITS est et restera instrumental ?

C’est vrai que sur l’album, nous souhaitions intégrer un spoken words sur « Verdoemd ». Il a été écrit et enregistré par Nicolas Zivkovitch (Ddent, Fiend, Krv, Les Tigres du Futur), qui est un très bon ami et un super musicien. Mais en effet, je pense que MAUDITS restera un projet majoritairement instrumental. Après, si certains passages appellent une voix, nous n’hésiterons pas à en mettre, mais intégrer un chanteur n’est pas une option pour nous. Nous sommes très bien comme ça.

– Enfin, concernant la scène, comment allez-vous vous produire ? Juste en duo et avec l’aide de diverses programmations, ou avec quelques invités comme sur vos disques ?

En fait, nous sommes redevenu un trio, même si nous sommes effectivement deux sur les photos promos. Erwan, notre nouveau bassiste, est arrivé seulement deux semaines avant l’enregistrement final, donc il n’a pas pu participer à la composition à proprement parler. En revanche, il a composé et arrangé toutes ses lignes de basse dans ce lapse de temps très court. Je tiens d’ailleurs encore une fois à le remercier, car le résultat est fantastique et pertinent. C’est un bassiste très doué et une belle personne, qui dégage une énergie positive et qui nous a mis un bon coup de fouet. C’est un plaisir de l’accueillir officiellement parmi nous.

Nous avons d’ailleurs fait nos deux premiers concerts récemment avec lui et la formule trio marche très bien ! Chris contrôle, joue et lance les divers samples (violons, claviers, etc…) avec son PAD et j’utilise une grosse pédale de loop avec beaucoup d’effets, ce qui nous permet de reproduire presqu’à l’identique en live la masse sonore qu’on entend sur les albums. Cela représente un sacré boulot pour tout le monde, mais c’est une sensation grisante de pouvoir tout gérer soi-même. On verra en fonction des endroits et des événements, mais il n’est pas impossible qu’on fasse appel à des invités sur scène pour certaines occasions. On aimerait beaucoup le faire avec le violoncelliste d’« Angle Mort », Raphaël Verguin. On verra si c’est possible !

« Angle Mort » de MAUDITS est disponible depuis le 5 novembre chez Klonosphere.

Retrouvez la première interview du groupe pour Rock’n Force :

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Doom Post-Metal

SaaR : par-delà les dieux

Et si l’épopée d’Ulysse, sorti de l’imaginaire d’Homère, se déroulait finalement dans un dédale de tours et d’immeubles aussi froids qu’impersonnels et insensibles ? C’est une hypothèse soulevée par SAAR, brillant quatuor parisien de post-Metal, sur son troisième album « Gods ». Subtil et massif.

SAAR

« Gods »

(Source Atone Records/Klonosphere)

Plus de deux millénaires après son écriture, « L’odyssée » d’Homère continue d’inspirer les artistes quelque soit leur domaine d’expression. Cette fois, c’est une vision post-Metal que nous propose le quatuor parisien SAAR, qui sort « Gods », un troisième album toujours instrumental et toujours très créatif.

S’engouffrant dans de sombres abîmes musicaux et malgré la teneur de l’œuvre mythologique, le groupe offre une version globalement très urbaine dans le son et jusque sur la pochette. Très moderne dans son approche, SAAR semble avoir voulu actualiser le propos, et il faut reconnaître qu’il a vu juste.

Sans effet de manche, mais non sans nuances, « Gods » nous propulse dans un post-Metal où le Doom et le post-HardCore font bon ménage (« Ulysse », « Bridge Of Death », « Tirésias »). SAAR interprète ses sept nouvelles compositions avec force en disposant d’une excellente production. Souvent hypnotique, l’album est imposant.

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Alternative Metal Alternative Rock

[Going Faster] : Muddles / Erei Cross

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !  

MUDDLES – « Mind Muddling » – Klonosphere

C’est un vent de fraîcheur qui souffle sur ce « Mind Muddling », premier album des Français de MUDDLES. Le quatuor signe ici de bonnes compos, très abouties et très bien produites. Mélodique et percutant, le Rock Alternatif du groupe, qui tire très franchement sur le Metal, puise son énergie chez des formations des 90’s. La voix de Barbara, toute en puissance, combinée au registre de MUDDLES fait irrémédiablement penser à Skunk Anansie mais des influences, on en trouve toujours. Le combo s’appuie sur une guitare efficace et aiguisée, une solide rythmique et surtout des refrains qui font mouche et viennent s’enraciner dans le cerveau. Sobre, direct et grâce à des arrangements dthe widow,iscrets et subtils, « Mind Muddling » laisse entrevoir un bel avenir au quatuor.  

EREI CROSS – « The Widow » – Klonosphere

Décidemment, Poitiers semble devenue un point névralgique en termes de créativité et, forcément, tout ce qui est Rock et Metal n’est pas en reste. Ouvertement féministe dans son propos, ce premier EP de six titres est un concentré de sonorités très variées. Difficilement identifiable musicalement, EREI CROSS avance dans un Rock Alternatif aux vastes contours, qui vont d’ambiances très Electro à des fulgurances Stoner, le tout appuyé par de gros riffs rappelant le Metal Fusion des 90’s. Autoproduit, « The Widow » affiche une très belle production, mise en valeur par des arrangements très soignés et inventifs. Le trio composé d’Adrien Grousset (guitare), Laetitia Finidori (basse, chant) et Matthieu Guérineau (batterie) compte une solide expérience que l’on ressent sur l’ensemble très mature de ce premier EP, qui laisse même un goût de trop peu.

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Extrême

Opprobre : une puissance onirique décomplexée

Pour son deuxième album, OPPROBRE vient confirmer les grandes qualités déjà aperçues sur « Le Naufrage ». Avec « Fragments De Destinées », les Français posent avec force un post-Black Metal aux contours post-Rock et Progressif. La puissance du jeu des Montpelliérains n’éclipsent pas pour autant la finesse des morceaux et la grande qualité d’interprétation du combo. Une belle confirmation. 

OPPROBRE

« Fragments De Destinées »

(Klonosphere/Season Of Mist)

Commençons par l’essentiel. Non, OPPROBRE ne va rien vous jeter dessus et non, le groupe n’a pas sombré en 2017 malgré « Le Naufrage » annoncé en titre de son premier album. Voilà, on a fait le tour des vannes pourries, alors entrons dans le vif de « Fragments De Destinées », petit bijou ancré dans un post-Black Metal tirant de belles manière vers des sonorités post-Rock et progressives. 

Très mélodique tout en restant Shoegaze, le quintet offre un digne successeur à son premier opus et il brille d’entrée de jeu par un bon mix et une très belle production signée par le combo lui-même. OPPROBRE sait où il va et cela s’entend dès la première partie de « Vertige », l’intro qui ouvre l’album. Aériens tout en restant massifs, les Montpelliérains jouent surtout sur les atmosphères de morceaux qui s’étirent habillement dans la durée.

Dans une ambiance d’un romantisme mélancolique et agité, le quintet alterne avec la même finesse un chant growl et clair, le tout en français (même si ça ne saute pas de suite aux oreilles). S’inspirant de littérature et de philosophie, l’univers d’OPPROBRE est captivant et l’attention portée aux arrangements notamment le rend vraiment saisissant (« Renouveau », « Absence », « Steppes », « L’Epreuve », « Indifférence »). Costaud et créatif.