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Nihil : la résurrection [Interview]

Ravivé à la faveur d’une proposition de revisiter ses titres majeurs afin de leur offrir un lustre plus actuel, le quintet s’est retrouvé en studio à parcourir un répertoire d’une décennie constitué de quatre albums. Avec « Aphelion » sorti l’an dernier et aujourd’hui « Perihelion », qui vient le compléter de neuf morceaux inédits, le projet « Syzygy » est désormais complet et livre un panorama très pertinent et créatif de l’esprit qui anime NIHIL, et surtout d’un style dominé par le post-Metal, mais qui en prend volontiers le large. Les frontières artistiques disparaissent en partie, mais pas le son si caractéristique de son identité. Et si l’expérience est manifeste, le goût de l’aventure l’accompagne à chaque instant à travers ce double-album à la fois moderne et hors du temps. Son claviériste Nicolas Monge, alias Niko, revient pour nous sur la résurrection de la formation bordelaise sur le devant de la scène…

– L’an dernier, vous nous avez fait le plaisir d’un retour avec d’abord un premier volet de « Syzygy », « Aphelion », où vous avez entièrement réenregistré vos morceaux les plus emblématiques. Tout d’abord, dans quelles conditions cela s’est-il passé et qu’est-ce qui a motivé votre reformation ?

C’était une énorme surprise, nous n’avions pas du tout prévu de relancer NIHIL… Nous sommes tous restés en contact depuis toutes ces années, mais la page NIHIL était pour nous définitivement tournée. C’est notre manager de toujours, Laurent Lefebvre chez Base Productions, qui nous a sollicité pour nous proposer de réenregistrer les anciens titres. Lorsque le projet s’est arrêté en 2008, les réseaux sociaux n’avaient pas autant de place dans le quotidien d’un groupe et les plateformes de streaming n’existaient pas. C’était donc l’occasion de leur donner une nouvelle visibilité !

– Alors que vous auriez pu directement revenir avec de nouveaux morceaux, vous avez choisi de retravailler les anciens. Aviez-vous un goût inachevé, notamment dans les arrangements ou peut-être aussi la production ?

L’objectif premier était de redonner une nouvelle jeunesse à une sélection de titres, d’avoir une production plus actuelle et un son que nous aurions aimé avoir à l’époque. Aujourd’hui, la technologie et le matériel studio ont beaucoup évolué, nous avons donc eu la possibilité de pousser notre réflexion musicale encore plus loin. Et avec le recul et la réécoute de notre discographie nous avions aussi d’autres envies, d’autres idées. C’est une opportunité incroyable de pouvoir effectuer une relecture de ses propres morceaux, tout en conservant l’essence de la composition originale !

– Ce nouveau projet comporte donc deux parties que vous aviez annoncées dès le départ. Depuis combien de temps préparez-vous ce retour, et depuis quand travaillez-vous sur les nouveaux morceaux de « Perihelion » ?

Les premières répétitions pour réarranger les anciens morceaux ont débuté en Février 2024, et nous avons assez rapidement eu l’envie d’essayer de nouvelles choses… Je dirai dans le courant du printemps 2024. Nous avions comme échéance un passage en studio en fin d’année, les délais étaient donc assez courts, sachant que nous n’avions pas joué ensemble depuis toutes ces années ! Mais les habitudes de compositions et le travail en groupe sont vite revenus et nous avons pris un grand plaisir à retravailler au service de NIHIL.

– Au final, ce double-album contient donc le passé et le présent de NIHIL. Est-ce qu’il vient aussi conforter son futur ?

Ce double-album réécrit à la fois une partie du passé du groupe, mais il ouvre aussi un nouveau chapitre, bien ancré dans le présent pour le moment. Ce nouvel album était inespéré, c’est une chance incroyable d’avoir eu cette opportunité, nous savourons donc cette sortie pour l’instant… et la suite, le futur de NIHIL s’écrira sûrement au fur et à mesure. Nous prendrons le temps, nous avançons sereinement.

– Entre 1998 et 2008, vous avez produit quatre albums et aussi fait partie des pionniers du post-Metal Progressif français. Est-ce qu’avec le recul, vous avez le sentiment d’être arrivés an avance sur la scène hexagonale avec un style trop novateur pour l’époque, ce qui expliquerait que le public n’était peut-être pas prêt ?

Nous avons très souvent navigué entre plusieurs esthétiques sur chaque album et l’identité sonore de NIHIL s’est toujours construit sans concession au fil du temps et des envies. Je ne sais pas si nous étions ‘en avance’ mais nous avions une place à part peut-être dans le paysage Metal français. Le groupe a d’ailleurs été catalogué dès le départ comme groupe de ‘Metal’, mais certains membres n’écoutent même pas du tout ce style de musique. Il est toujours plus délicat de défendre un projet lorsqu’il ne rentre pas totalement dans les cases. Mais c’est sûrement ce que recherchait le public qui nous suivait à ce moment-là, un public passionné et réceptif à cette ouverture musicale et à ces variations dans nos compositions.

– Le fait que vous étiez assez avant-gardistes en France me fait penser au parcours de Dirge. Depuis, le pays compte de solides formations et de nombreux adeptes du style. Est-ce que cette fois-ci, le timing vous semble parfait ?

Désormais la scène musicale est foisonnante, il existe énormément de groupes de qualité et arriver à tirer son épingle du jeu devient de plus en plus difficile. C’est à la fois très intéressant et inspirant de voir tous ces projets émerger, mais également très frustrant car pour la plupart ils n’auront pas nécessairement l’attention qu’ils méritent. De notre côté, nous avons la chance d’être accompagnés par Klonosphere pour la communication et d’avoir un entourage professionnel comme Base Productions, notre producteur/tourneur, ce qui nous permet de sortir ces deux albums aujourd’hui et d’échanger pour cette interview par exemple. Encore une fois, nous nous estimons tellement chanceux et nous avons déjà eu de très bons retours autour de nous. En soit le timing nous paraît déjà plutôt bon, d’avoir trouvé le temps et l’inspiration pour composer ces titres. Un alignement des planètes, d’où le nom du projet « Syzygy ».

– Avec « Perihelion », on retrouve l’univers proposé sur « Aphelion » avec un son aussi moderne qu’organique dans les deux cas. Qu’est-ce qui fait qu’après toutes ces années, vous semblez aussi assurés de votre jeu et de votre style ? Vous aviez besoin de prendre du recul pour mieux rebondir ?

Nous n’avons jamais vraiment arrêté la musique depuis 2008, chacun a eu des parcours différents, parfois même en collaborant sur les projets des uns et des autres. Nous avions tous des bribes de compositions inachevées à faire écouter et le travail de groupe a fait le reste. Comme je le disais, les habitudes ont vites repris le dessus : on n’efface pas dix ans de collaboration aussi facilement. Et le plaisir de se retrouver à nouveau nous a motivé, galvanisé. C’était extrêmement plaisant et naturel de construire ces nouveaux morceaux, comme de retrouver un ami de longue date et se rendre compte que finalement rien n’a changé !

– Même si ce nouvel album est plus sombre que le précédent, il y a une sorte d’effet miroir entre les deux. On retrouve aussi cette touche légèrement Indus et Electro, sans être synthétique. Est-ce que l’idée était d’être le plus immersif possible, car c’est le sentiment qui domine ?

En effet, les albums se font écho à certains égards, nous avons également travaillé le visuel en ce sens. Cela vient très certainement du fait qu’il y a une certaine cohérence et un fil conducteur très caractéristique de NIHIL tout au long des compositions, alors même que les esthétiques varient au fil des deux albums. C’était déjà le cas à l’époque sur les albums précédents, ils ont tous à leur façon une part conceptuelle. Nous n’avons pas dérogé à la règle avec « Aphelion » et « Perihelion ».

– Vous avez également effectué un gros travail sur les arrangements et les atmosphères, avec en point d’orgue, selon moi, « Be Quiet Please » et ses presque dix minutes. Est-ce que vous voyez ce morceau comme la quintessence et une sorte de concentré de ce nouvel album ?

Le cas de « Be Quiet Please » est assez intéressant, car il fait partie des anciens morceaux que nous avons totalement remodelé. A l’origine, il se trouve sur le dernier album de NIHIL « Figures & Creatures » mais nous trouvions qu’il méritait d’être modernisé, d’être un peu repensé… et c’est Louis Mesnier et Benjamin Mandeau (studio Cryogène), qui ont apporté une nouvelle lecture du morceau et nous ont proposé d’autres pistes d’arrangements. Nous avons été conquis dès le départ, le morceau était transformé, comme neuf… et le résultat se retrouve donc sur « Perihelion » comme s’il s’agissait d’un nouveau titre. En cela, il est en effet très représentatif des compositions du groupe : une progression émotionnelle qui oscille entre puissance, douceur et mélancolie, en passant par diverses inspirations musicales. C’est un titre dont nous sommes plutôt fiers.

– Enfin, j’imagine qu’après toutes ces années, vous devez être impatients de retrouver la scène. Et surtout, « Syzygy » vous offre une setlist de rêve. Vous allez reprendre la route ?

Nous avons bien sûr en tête la possibilité de faire du live et si l’occasion se présente, nous en serions ravis. Aujourd’hui, nous goûtons chaque minute depuis la sortie de ces deux albums, nous prenons notre temps, et si déjà notre musique est bien accueillie par le public ,nous verrons ce qu’il adviendra de la suite. L’avenir nous le dira !

Les deux albums qui constituent « Syzygy », « Aphelion » et « Perihelion », sont disponibles chez Base Productions et Klonosphere.

Photos : Julien « Youc » le Youdec

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France Post-Metal

Maudits : perseverare metalium [Interview]

Cinq ans après sa création, les Parisiens sont un modèle de progression et surtout de constance dans leur créativité. D’un line-up en trio qui a évolué en quatuor et d’un registre entièrement instrumental qui s’offre aujourd’hui quelques guests vocaux, MAUDITS n’a pas forcément choisi la facilité et pourtant son Post-Metal est l’un des plus audacieux de la scène hexagonale… et de loin ! De retour sur son label originel, le groupe surgit avec un nouvel album surprenant, très bien produit, d’une technicité irréprochable et d’un sens du songwriting rare. Guitariste et fondateur de cette belle entité, Olivier Dubuc revient sur l’élaboration et la composition d’« In Situ » et pose un regard serein sur la démarche de la formation.

– MAUDITS est de retour avec un quatrième album et quelques nouveautés. Tout d’abord, vous réintégrez Klonosphere où vous aviez sorti l’éponyme « Maudits » en 2020 et « Angle Mort » en 2021. Retour au bercail ?

En fait, nous avons toujours été satisfaits du travail de Klonosphere pour la promotion et la distribution, et nos échanges ont constamment été harmonieux. Sortir « In Situ » avec eux a donc été une évidence. Concernant Source Atone Records, cela n’a tout simplement pas été pleinement satisfaisant pour les deux parties, et si on les remercie d’avoir travaillé sur le split avec Saar et sur « Précipice », nous ne souhaitions juste plus continuer la collaboration avec eux. On ne leur souhaite en tout cas que du bon ! (Sourires)

– Vous avez aussi officialisé Raphaël Verguin, votre violoncelliste de longue date autant en studio que sur scène, comme le quatrième membre de MAUDITS. De trio à quatuor, vous changez un peu de format, est-ce à dire que vous avez aussi modifié quelques habitudes dans la composition, par exemple ?

C’est quelque chose de très naturel finalement, car il est avec nous depuis notre deuxième album, « Angle Mort », et son importance au sein du groupe est aussi de plus en plus importante en termes de composition et sur notre son également. La différence est que maintenant on se connaît parfaitement musicalement et humainement, donc pour « In Situ », le processus a été encore plus fluide et efficace que sur les précédents. Et Raphaël a été comme à son habitude très inspiré et pertinent. Nous sommes extrêmement chanceux de l’avoir avec nous. Par ailleurs, nous ne jouons en live avec lui qu’à titre exceptionnel et essentiellement sur le format duo/trio acoustique, qui sied bien mieux à son instrument. Il n’est pas exclu que l’on fasse des concerts en configuration électrique un jour en sa compagnie si l’occasion se présente, mais c’est logistiquement compliqué à organiser. De plus, il a une vie familiale et professionnelle dense, qui ne lui permettrait actuellement pas de suivre le rythme pour toutes les répétitions et les concerts.

– « In Situ » marque aussi la fin d’une musique entièrement instrumentale avec deux titres chantés. D’ailleurs, vous reprenez le morceau de Portishead, « Roads », sorti en 1994. Vous sortez donc de différentes manières du répertoire ‘strict’ de MAUDITS ? Est-ce la fin d’un cycle ?

L’idée était surtout de nous faire plaisir ! « In Situ » a volontairement été conçu sur une période très courte, et tout ce que nous avons fait sur cet album a été décidé et concrétisé spontanément. Portishead est un groupe important dans mon parcours musical et « Roads » est juste un morceau magnifique. Avec Chris, le batteur, nous l’avions déjà repris avec notre formation précédente, et nous avons eu récemment l’occasion de l’interpréter avec MAUDITS lors de concerts en formation duo/trio, en invitant d’ailleurs des chanteuses différentes à chaque fois. Et c’est Mayline du groupe Lůn qui l’interprète sur l’album.

– On découvre ensuite Olivier Lacroix, membre des groupes Erlen Meyer et Novembre, dans un style très spoken-word, parfois scandé et screamé en toute fin. C’est une façon de provoquer une cassure, sachant aussi que MAUDITS avait également des teintes Post-HardCore à ses débuts ?

C’est vrai que cela tranche un peu avec ce que nous faisons habituellement. Cela nous plait beaucoup. Et la voix d’Olivier et ses textes nous ont totalement happés dès le départ, plus particulièrement sur Novembre du fait de l’originalité de sa démarche artistique avec ce Slam/Rap très sombre truffé d’ambiance quasi Black Metal. Son niveau d’écriture est hors du commun, et son flow traînant et hanté correspondait parfaitement à ce que l’on imaginait pour « Carré d’As ». Nous sommes plus qu’enchantés de cette collaboration et pour nous c’est l’un des morceaux les plus forts d’« In Situ ». A titre personnel, je n’aurais jamais imaginé produire un morceau avec du chant rappé en français, et je suis heureux d’avoir dépassé ce préjugé grâce au talent et à la pertinence d’Olivier !

– Ces deux chansons sont inédites dans votre parcours, car l’essentiel se passe en version instrumentale. Que retenez-vous de ces expériences et est-ce que l’idée d’intégrer du chant a pu vous traverser l’esprit, un moment pour la suite ?

Nous sommes totalement satisfaits de ces deux morceaux chantés et ils affirment un peu plus l’aspect libre de notre démarche artistique. On ne peut jamais dire jamais, mais aujourd’hui nous restons un groupe instrumental. Nous collaborerons probablement avec d’autres chanteuses et chanteurs dans le futur, mais cela devrait rester ponctuel. Nous verrons bien ce que nous dira l’avenir ! (Sourires)

– L’un des particularités aussi est le morceau « In Situ », qui se présente comme un interlude sur le disque. Il a été enregistré en live et en extérieur entouré d’oiseaux. Que représente-t-il pour vous, car il donne tout de même son titre à l’album ?

Pour nous, il symbolise parfaitement l’état d’esprit et la manière dont cet album a pris vie. Je tenais vraiment à l’enregistrer en live, en extérieur et en one-shot, avec juste des micros posés devant la guitare acoustique, le violoncelle et les bruits environnants. Ce morceau représente donc l’essence même et l’âme de cet album avec aussi le concept de l’artwork où le trèfle continue de vivre au milieu d’une ville abandonnée et où la végétation reprend progressivement ses droits.

– On découvre aussi la troisième partie du morceau « Précipice », qui s’étend sur plus 30 minutes au total. Ce triptyque est très long et très cinématographique aussi. L’idée d’adopter une démarche proche d’une bande originale lors de la composition a-t-elle été évidente dès le départ ?

Oui, nous composons toujours à la manière d’une B.O., c’est une chose instinctive. Nous cherchions une manière d’arranger « Précipice Part 1 » pour l’adapter à cette configuration. En le travaillant, nous avons presque totalement changé la structure et revu différemment toutes les parties, à tel point qu’il en est concrètement devenu un morceau à part entière. Nous l’avons donc réarrangé en studio avec la basse/batterie et enrichi de beaucoup d’autres éléments comme des claviers et des effets. Et étant donné qu’il était basé sur les thèmes mélodiques des « Part 1 & 2 », l’idée d’en faire la « Part 3 » s’est imposée à nous !

– Enfin, j’aimerais qu’on dise aussi un mot de la production, car vous avez expérimenté beaucoup de choses au fil des albums et, avec « In Situ », MAUDITS semble montrer son environnement sonore le plus abouti. Est-ce aussi votre sentiment ?

Totalement. On s’en rend compte maintenant avec un peu de recul, et des dires même de notre producteur Frédéric Gervais des Studios Henosis, que c’est certainement notre sortie la plus variée en termes d’ambiances et d’arrangements. Nous avons tenté plein de choses nouvelles sur cet album que nous n’avions jamais faites auparavant, mais toujours dans la spontanéité et guidés par le plaisir et l’envie. La seule contrainte que l’on s’impose depuis le début avec MAUDITS est de rester cohérent, ce qui je pense est le cas avec « In Situ ». Nous sommes parfaitement heureux du résultat final. Mais l’album, désormais, ne nous appartient plus. Ce sera aux auditeurs de juger si nous avons transformé l’essai, ou pas ! (Sourires)

Le nouvel album de MAUDITS, « In Situ », est disponible chez Klonosphere.

Photos : Alexandre Le Mouroux

Retrouvez les interviews et les chroniques des réalisations de MAUDITS depuis ses débuts :

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France Metal Progressif post-Rock

Ash Twin Project : temporal illusion [Interview]

En associant Metal Progressif et post-Rock, ASH TWIN PROJECT s’ouvre un vaste champ d’expérimentation et c’est ce qu’il fait sur « Tales Of A Dying Sun », sorti il y a peu chez Klonosphere. Originaire du sud-ouest, les membres du quintet ne sont pas franchement des inconnus de la scène française, et leur technique comme les structures des morceaux ne laissent pas planer le doute. Guidé par le chant aérien et puissant de sa frontwoman, le quintet montre de belles choses et nous laisse même un peu sur notre faim. Thibault Claude, batteur et producteur de ce premier album, revient sur son aspect conceptuel et les multiples inspirations à l’œuvre au sein du groupe.

– Vous avez tous une expérience conséquente dans divers groupes de Metal comme Titan, Prophetic Scourge ou Silent Opera pour ne citer qu’eux. Quelles ont été vos motivations pour créer ASH TWIN PROJECT, qui évolue dans un style différent de ce que vous faisiez auparavant ?

Romain (Larregain, guitare – NDR), Robin (Claude, guitare – NDR) et moi avons effectivement surtout des expériences dans le milieu du Metal et particulièrement du Metal extrême, mais nos goûts et nos expériences ne se cloisonnent pas à ce milieu-là. La motivation à explorer de nouvelles esthétiques est donc avant tout une question de goût. J’ai proposé aux membres du groupe des compos instrumentales mêlant beaucoup de mes influences et ça a parlé à tout le monde. L’élément du groupe le plus éloigné du Metal est le chant d’Eglantine (Dugrand, chant – NDR), mais il n’y a eu aucune volonté de s’éloigner d’un style, ou de se rapprocher d’un autre. Avoir proposé à Eglantine de rejoindre le groupe a surtout été motivé par ses capacités vocales et les émotions qu’elle(s) procure(nt).

– Vous œuvrez donc dans un Metal Progressif tirant parfois sur le post-Rock. Cela vient-il de quelque chose qui vous attire depuis longtemps déjà et que vous souhaitiez explorer, ou plus simplement du fait que ces styles commencent enfin à émerger auprès du public ?

Justement, dans Prophetic Scourge, le côté Prog est pleinement assumé, c’est quelque chose qui nous parle énormément depuis toujours. On a toujours eu cet attrait pour le langage complexe de la musique : jouer avec les rythmes et les harmonies, explorer des structures progressives etc… sans perdre de vue le côté émotionnel. Là où dans les autres projets, on explore ça avec brutalité et technicité, on utilise ici un medium moins hargneux, plus axé sur le travail de l’ambiance et du relief. Le propos ne change pas, selon nous, mais il est effectivement moins cryptique ici.

– Par ailleurs, « Tales Of A Dying Sun » se montre solide au niveau du son et c’est d’ailleurs toi, Thibault, qui l’a produit. C’est quelque chose que vous teniez à gérer vous-mêmes ? Maîtriser ce premier album de A à Z ?

Oui, c’est un peu comme si la composition de cet album s’était terminée à la fin du mastering. Bon, j’exagère peut-être un peu, mais oui, la recherche du son a fait partie du processus de maquettage, puis d’enregistrement et enfin du mixage. Au-delà de ça, durant l’enregistrement, nous n’étions pas encore au courant que nous allions sortir l’album chez Klonosphere. Nous n’avions pas non plus de plan à suivre du genre ‘on va enregistrer à tel studio, puis on va faire appel à un tel pour le mixage, histoire qu’on ait un son monstrueux’. J’ai fait au mieux en fonction de mes connaissances et compétences sur le mixage (dans la continuité du travail de composition et de maquettage) et quand on a envoyé les morceaux finis à Klonosphere, ça leur a plu en l’état !

– Bien que votre musique soit très organique, vous tirez votre inspiration du jeu vidéo ‘Outer Wilds’ et donc d’un univers entièrement numérique. Comment y êtes-vous venus et est-ce un intérêt que vous partagez tous les cinq ?

Temporellement, j’ai décidé de m’inspirer de ce jeu environ dans le dernier quart de la composition de l’album. Outer Wilds m’avait profondément marqué quelques temps plus tôt et je voulais lui rendre hommage. En plus de l’aspect hommage, ce jeu est pour moi un bon exemple de ma vision de l’art et de ce que je souhaite transmettre via la musique, le lien s’est fait sur ça aussi, la dualité complexité/simplicité. Outer Wilds maîtrise selon moi l’équilibre parfait entre délire métaphysique, philosophie, soif de compréhension de l’inconnu d’une part, et émotion brute et viscérale d’autre part. En ce qui concerne les autres membres du groupe, Eglantine y a joué aussi, les autres non. Mais comme je disais plus haut, c’est le médium qui change (on n’est pas tous des joueurs fréquents), le propos tenu et les thématiques abordées nous passionnent tous les cinq.

– Quand on s’inspire d’un jeu vidéo, est-ce la recherche d’atmosphères particulières qui motive pour donner une cohérence à l’album, comme c’est le cas sur « Tales Of A Dying Sun » ?

Pas consciemment en tout cas. C’est vrai que le travail sur l’ambiance aide à ce qu’il y ait une cohérence sur tout l’album, mais pas sûr que ça ait un lien avec le fait que ça soit inspiré d’un jeu.

– Toujours à propos d’‘Outer Wilds’, le jeu tourne autour d’une boucle temporelle de 22 minutes précisément, et qui se réinitialise. C’est aussi un thème que l’on retrouve dans vos textes. Est-ce là le point de départ de l’aventure et du concept du groupe ? Et d’ailleurs, avez-vous envoyé votre album aux concepteurs du jeu ?

Non, on n’a pas envoyé l’album aux concepteurs, mais merci de le rappeler, il faut qu’on le fasse ! Alors, le point de départ est moins romanesque qu’une boucle temporelle. C’est le récital d’un examen pour que j’aie mon diplôme d’état de professeur de musique. Mais, oui, la notion de cycle est un des thèmes que l’on aborde et qu’on trouve intéressant, que ça soit pour s’intéresser à des choses abstraites (reproduction de schémas de pensée, ou de choix politiques) ou très concrètes (dynamique des astres et leur impact sur nos vies et croyances), voire les deux en même temps (liens entre la vie et la mort).

– ASH TWIN PROJECT présente des morceaux assez complexes dans leurs structures. Tout d’abord, sur quelles bases instrumentales partez-vous et est-ce que la technicité en elle-même peut aussi devenir une source d’inspiration ?

Sur cet album, la composition découlait d’une base instrumentale, car il n’y avait à l’époque simplement pas de chant. Ça pouvait venir d’une idée ou d’un exercice justement ! Par exemple, l’intro d’« Isolation » est un exercice de polyrythmie que j’avais trouvé sur internet. Arès l’avoir bossé derrière la batterie, je l’ai maquetté en jouant une basse qui suivait le rythme en 7 de la grosse caisse/caisse claire, et une guitare qui reproduisait le rythme en 5 du charley. Un exercice, ou quelque chose, qui nous attire l’oreille n’importe où peut devenir une source d’inspiration. Il s’agit ensuite de se l’approprier correctement. Dans « Isolation », cette idée a été vraiment reprise telle quelle sur la batterie, mais orchestrée différemment en faisant intervenir d’autre instruments. Et ça a inspiré la suite du morceau, où les rôles changent dans qui joue quel rythme (que ce soit les instruments ou les différents éléments de la batterie). En tout cas, la composition a été instrumentale, mais on espère pouvoir composer certains morceaux autour du chant maintenant, c’est une approche différente, mais qui permettrait à Eglantine d’apporter encore plus à l’esthétique du projet.

– Parallèlement à des aspects très Prog, post-Rock et parfois même Noise, ASH TWIN PROJECT reste très Metal au point même que vous accueillez le vocaliste Nicolas Lougnon pour quelques growls. En quoi est-ce pertinent compte tenu du talent de votre chanteuse Eglantine ? Est-ce devenu un passage obligé aujourd’hui, car les exemples se multiplient ?

Si on s’est senti obligés, ce n’est pas pour coller à une demande éventuelle des auditeurs, mais par goût personnel ! Certains riffs plus lourds, ou rapides, étaient propices à du chant saturé. Et comme on aime ça, cela aurait été dommage de s’en priver !

– Justement, il y a une direction artistique assez claire sur l’album. Le songwriting est efficace et la teneur des textes aussi. Malgré un univers dont on a déjà parlé, vos morceaux s’inscrivent dans une réalité authentique. De quelle manière faites-vous l’équilibre et le pont entre ce qui reste du domaine de l’imaginaire et un aspect plus concret ?

Finalement, le pont entre l’imaginaire et le réel se fait naturellement, parce que les deux sont liés. Il peut y avoir de l’abstrait et de la poésie dans n’importe quel objet concret, puisque cela réside dans l’œil de celui qui l’observe. On ne réfléchit pas toujours consciemment à cet équilibre, mais c’est vrai qu’il est présent. Disons que l’imaginaire est une porte d’entrée, une manière d’aborder certains thèmes tangibles avec plus de recul, et ça permet de laisser à chacun la possibilité de se les approprier à sa manière.

– Enfin, avec ses cinq titres, « Tales Of A Dying Sun » pourrait faire penser à un EP, mais sa durée se rapproche de celle d’un album. Avez-vous hésité entre les deux formats, car vous auriez aussi pu le compléter ?

À l’origine, on pensait sortir un EP autoproduit. Mais au fil du temps, une vraie thématique s’est imposée, avec une intention plus conceptuelle. Et ça, c’est typiquement ce qu’on associe à un album : un ensemble cohérent à écouter dans sa globalité. Aujourd’hui, le format album n’est plus forcément la norme, mais c’est celui qui nous semblait le plus adapté à ce qu’on voulait exprimer. Et puis, l’intérêt que nous a porté Klonosphere a aussi joué un rôle dans cette direction, bien sûr !

Le premier album d’ASH TWIN PROJECT, « Tales Of A Dying Sun », est disponible chez Klonosphere/Season Of Mist.

Photos : Roxane Claude

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Acoustic Rock Alternative Rock France Grunge Rock Progressif

Damage Done : closer songs [Interview]

A l’écoute de ce premier album de DAMAGE DONE, c’est tout d’abord cette ambiance très familière qui séduit, tant elle captive et peut même rappeler quelques souvenirs. La deuxième surprise vient du fait que le quatuor évolue entièrement en acoustique, soutenu par une rythmique légère et aérienne et quelques discrets claviers. Une approche qui nous renvoie forcément aux légendaires concerts d’une certaine chaîne musicale américaine dans les années 90. Cependant, pas l’ombre d’une quelconque nostalgie sur « Stranger Skies », qui nous transporte dans un univers très immersif avec une rare proximité. Les Français s’aventurent avec talent dans des chemins tracés par Pearl Jam ou Alice In Chains. Rencontre avec le chanteur Romaric Lamare et le guitariste Florian Saulnier.

– Cinq ans après un premier deux-titres, « The Fire », DAMAGE DONE livre enfin son premier album. « Stranger Skies » s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de l’EP. Est-ce que vous avez été ralenti dans votre élan par la pandémie, ou vous a-t-il fallu plus de temps pour l’écrire et le composer ?

Florian Saulnier (guitare lead, voix) : En 2020, on ne pensait clairement pas sortir l’album cinq ans plus tard. Le contexte de la pandémie nous a beaucoup ralentis et le groupe n’était pas encore au complet. En voyant que l’on allait devoir repousser le projet de l’album, même si peut-être la moitié des morceaux étaient déjà là, on tenait quand même à offrir un aperçu de ce qu’allait être cet album. « The Fire » a été enregistré chacun chez soi et n’a pas bénéficié d’une production optimale, mais il a tout de même permis de montrer une première facette de notre univers et c’était vraiment l’objectif de ce premier EP. Par la suite, on a pu compléter le groupe et finaliser les morceaux sur les aspects rythmiques et les arrangements. Ça a pris plus de temps que prévu initialement et par la suite, l’enregistrement de l’album a dû être réalisé sur six mois environ. Finalement, « Stranger Skies » arrive plus tard que ce que l’on aurait aimé, mais il sort avec les directions sonores et les choix artistiques qui correspondent pleinement à notre vision.

Romaric Lamare (chant, guitare) : Ce qui est intéressant, c’est que c’est à peu près à cette période qu’on a commencé à trouver notre rythme de composition. Et c’est à la sortie de la  pandémie qu’on a commencé à vouloir affiner l’évolution de notre musique.

– En tout cas, l’évolution musicale du groupe est très nette. J’ai le sentiment que « Stranger Skies » vous apporte aussi cette identité claire qui vous manquait peut-être avec, notamment, un son plus personnel. Sans parler forcément de maturité, avez-vous pu cette fois aller jusqu’au bout de vos idées ?

Florian : « Stranger Skies » a été composé sur la durée et je pense pouvoir dire qu’on a évolué dans notre style, et donc dans notre son, pendant la composition de ces morceaux.  On s’est pas mal attardé sur la direction vers laquelle on voulait emmener notre musique. Finalement, on a développé ce côté ‘Rock/Grunge’ en quelque chose d’un peu plus aérien et beaucoup plus arrangé que ce qu’étaient les morceaux du groupe à la base. C’est ce qui marque la différence entre « The Fire » et « Stranger Skies ». On a pu donner plus de profondeur à nos morceaux, tout en explorant des textures sonores que l’on n’avait pas imaginées à la base. Quelque part, on a mieux défini le style du groupe, tout en restant fidèles à nos premières inspirations.

– Etonnamment, on retrouve les deux chansons de « The Fire », c’est-à-dire le morceau-titre et « Dead End Run » dans des versions plus dynamiques et avec un relief nouveau. Vous teniez absolument à ce qu’elles soient présentes sur « Stranger Skies » ? Pour quelles raisons ? Et l’idée était-elle aussi de leur donner un nouvel éclat ?

Florian : Complètement car, à nos yeux, les morceaux n’avaient pas pu profiter d’une production optimale. Et même si effectivement, l’album sort cinq ans après cet EP, ces chansons faisaient partie intégrante de l’album au début du projet. On a donc pu, plus ou moins, les développer et les réarranger dans le sens du reste des compositions.

Romaric : Ça nous tenait à cœur que ces morceaux soient sur l’album et qu’ils bénéficient du même traitement que les autres, que ce soit en termes de production, comme le dit Flo, mais aussi en termes d’exposition et de diffusion.

– Ce premier album est également très bien produit et il met en valeur des arrangements qu’on ne trouvait pas sur l’EP, qui était plus brut dans l’approche. Est-ce que lorsqu’on propose une musique acoustique, ou semi-acoustique, c’est un travail plus important dans le sens où vous vous mettez peut-être plus à nu ? 

Romaric : Tout dépend de l’approche qu’on recherche. On aurait pu faire le choix de rester sur quelque chose de plus dépouillé et brut, mais ça ne cadrait pas avec notre vision. L’idée est vraiment de faire le lien entre le côté intimiste de l’acoustique et le côté plus immersif et moderne avec des arrangements discrets, mais qui permettent d’emporter encore plus l’auditeur avec nous.

– On l’a dit, DAMAGE DONE est apparu en 2020, une période où l’acoustique n’était pas un style très répandu, pour ne parler que du monde du Rock. Comment prend-on la décision de s’aventurer dans un tel registre, qui est devenu depuis la fin des 90’s très confidentiel ?

Florian : Je ne pense pas que l’on puisse vraiment parler de prise de décision. C’est surtout une question d’envie et de ce qui nous touche depuis pas mal de temps déjà. Au début du projet, on s’est retrouvé avec la même passion pour des morceaux que l’on chantait avec notre guitare chacun de notre côté. Après avoir passé pas mal de temps sur des reprises d’Alice In Chains, Pearl Jam ou d’autres artistes plus ‘Folk’ comme Ray LaMontagne ou même Neil Young, nos premières compositions étaient largement orientées. On a parlé précédemment des changements dans notre style qui sont venus un peu après, pendant le travail sur les morceaux, mais à la base que ce soient nos compositions ou notre style en lui-même, tout est vraiment venu naturellement.

– Justement, restons un peu sur ces fameuses années 90, et les légendaires ‘MTV Unplugged’, dont vous ne cachez d’ailleurs pas l’influence qu’elle a eu sur le groupe. Est-ce qu’il y a aujourd’hui un manque de ce côté-là, celui d’un Rock plus léger et aérien, qui ne se cache pas derrière un mur de guitare et qui laisse apparaître une authenticité réelle et palpable ?

Romaric : C’est encore une question de parti-pris. Mais si on s’y intéresse, il y en a pour tous les goûts. L’idée de l’acoustique, c’est en effet de rester au plus près des émotions, avec une sorte de fragilité et de simplicité, car on est plus à nu. Il y a tout de même pas mal d’artistes qui explorent cette voie acoustique, que ce soit le temps d’un album, ou bien de façon plus permanente. Il y a même des groupes qui, tout en restant électriques, arrivent à garder cette légèreté et ce côté aérien. Donc, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il y a un manque, simplement différentes approches. Pour nous, l’acoustique s’est imposée naturellement, parce que c’est ainsi qu’on se sent le plus à l’aise pour s’exprimer et transmettre ce qu’on a envie de partager.

 – D’ailleurs, même si DAMAGE DONE se présente en acoustique, on retrouve cette même touche dans d’autres registres comme la Folk, l’Americana ou le Blues. Et cela revient même en force. Même si vous restez dans un style très Rock et légèrement progressif, sentez-vous une certaine proximité avec ces autres genres, essentiellement américains d’ailleurs ?

Romaric : Oui, il y a forcément une sorte de proximité, et comme l’a dit Flo, on a pas mal écouté des artistes comme Brother Dege, Neil Young, Ray LaMontagne et d’autres, qui sont issus de ces genres… Aujourd’hui je pense qu’on s’en éloigne un peu avec quelque chose d’un peu plus progressif, mais on garde toujours cette connexion avec la Folk et ce côté plus Rock, ou Grunge pour faire court. Ça restera quelque chose qui est dans l’ADN du groupe et  le mien notamment dans ma façon de chanter. Ce sont aussi les styles où je me sens le plus à l’aise pour exprimer ce que j’ai à sortir.

– Revenons à « Stranger Skies », où l’on retrouve une douce mélancolie, qui colle souvent au style, c’est vrai. La prestation vocale est d’ailleurs incroyable, tant elle dégage une vérité dans l’engagement comme dans les textes. On a presque l’impression que la voix porte l’ensemble ou, en tout cas, est là pour captiver immédiatement l’auditeur avec des intros assez courtes. C’est le style qui nécessite une telle approche, selon vous ?

Romaric : C’est certain que ce style se prête bien à cette mélancolie. Il a un côté plus organique et l’idée de départ était justement de mêler cette chaleur acoustique avec une voix qui renforce cette intimité, tout en ajoutant les harmonies de Flo pour apporter plus de profondeur et d’ambiances à l’ensemble. Le fait que nous ayons commencé à composer à deux sur une bonne moitié de l’album n’y est pas étranger non plus, car l’intention était vraiment de placer les guitares et les voix au cœur de la démarche.

– Si votre musique peut paraître très épurée de prime abord, on est finalement assez loin du compte, puisque quelques claviers et samples viennent en complément des deux guitares et d’une rythmique électro-acoustique. L’objectif était-il aussi d’apporter une richesse sonore supplémentaire à « Stranger Skies » ?

Romaric : Exactement ! L’arrivée d’Antoine à la batterie et de Victor à la basse nous a vraiment poussés dans cette direction. Victor est un touche-à-tout passionné de synthétiseurs et de samples, et nous avons pris le temps de travailler chaque morceau pour enrichir les ambiances et la palette sonore. De son côté, Antoine a apporté son toucher et sa précision rythmique, donnant à l’album un juste équilibre entre intimité et une dynamique subtile.

– Enfin, on a l’impression qu’un style comme le vôtre se prête aussi à des endroits plus petits et des ambiances peut-être plus cosy et feutrées. Est-ce que c’est quelque chose que vous recherchez : une grande proximité avec votre public, plutôt que des lieux trop grands et peut-être mal adaptés ?

Florian : Alors, c’est ce que l’on recherche, mais peut-être pas entièrement. Et c’est clair aussi que l’on adore ces concerts donnés dans des endroits plus ‘petits’, car on va pouvoir aisément créer cette atmosphère intimiste qu’on affectionne beaucoup.

Romaric : Oui, ce qui compte vraiment pour nous, c’est l’atmosphère du concert. Peu importe la taille du lieu, tant que l’on arrive à créer cette bulle où la musique prend toute sa place. La proximité avec le public, c’est quelque chose de fort, mais on a aussi besoin que les conditions soient bonnes : un bon son, une belle écoute… C’est ça qui permet de transmettre pleinement l’émotion et de faire vivre les morceaux comme ils ont été pensés.

L’album de DAMAGE DONE, « Stranger Skies », sera disponible le 28 mars chez Klonosphere.

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Hard'n Heavy Metal Progressif

Bumblefoot : double fun

Révolutionnaire et exalté, BUMBLEFOOT fait partie d’une short-list de six-cordistes aussi novateurs qu’imprévisibles. Techniquement hyper-créatif, l’homme à la fretless double-manche ne cesse de se réinventer et d’aller vers l’inconnu pour libérer une musique qui n’appartient qu’à lui et qui semble si évidente à l’écoute. Sur « Bumblefoot… Returns! », il multiplie les surprises avec une incroyable fluidité dans des atmosphères changeantes et toujours très maîtrisées. Ces 14 nouveaux morceaux sont d’une audace totalement débridée et jubilatoire.

BUMBLEFOOT

« Bumblefoot… Returns! »

(Bumblefoot Music LLC)

Iconoclaste, fantasque et surtout virtuose, Ron Thal est un musicien étonnant, qui mène depuis plus de trois décennies une carrière qui lui ressemble finalement beaucoup. Après des débuts sous son propre nom, il adopte BUMBLEFOOT à la fin des 90’s et il se distingue aussitôt par son jeu hors-norme. En 2006, il intègre G N’R comme troisième guitariste, forme ensuite Act Of Anarchy, Sons Of Apollo et plus récemment le super-groupe Whom Gods Destroy. Et pourtant, son champ d’action est bien plus large et varié qu’il n’y paraît.

Du Breton Pat O’May en passant par Asia, il multiplie les collaborations en tant que producteur, compositeur et même enseignant, tout en prenant soin de ne jamais rester dans sa zone de confort. D’ailleurs, en a-t-il vraiment une ? BUMBLEFOOT est un technicien brillant doté d’une culture musicale complète et érudite. Sans virer à la démonstration, « Bumblefoot… Returns! » est un modèle du genre rassemblant à peu près tout ce qu’il peut faire avec son étonnant instrument, conçu sur mesure pour dépasser ses propres limites.

Cette nouvelle réalisation donne suite à « The Adventures Of Bumblefoot » sorti il y a tout juste 30 ans et qui présente l’Américain dans un registre entièrement instrumental, où il passe en revue tous les styles qui le font vibrer. BUMBLEFOOT transcende les genres (Metal, Rock, Blues, Acid Honky-Tonk, …), soigne les mélodies et présente ici quelques invités de choix comme Steve Vai, Brian May, Guthrie Govan et Ben Karas. Et surtout, complexe et pointu, l’album ne s’adresse pas qu’aux puristes. Une prouesse et une vraie gourmandise!

Photo : Andre Tedim

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France Metal Progressif Rock Progressif

Klone : l’avenir entre les mains [Interview]

Désormais incontournable sur la scène progressive française, Rock ou Metal d’ailleurs, KLONE livre un dixième album à la fois surprenant et très complet. Comme si le groupe tenait à parcourir les 25 ans d’une carrière riche et productive, « The Unseen » nous embarque dans un climat plus organique, légèrement plus abordable aussi, et nettement plus Rock. Sans faire pour autant l’impasse sur l’aspect massif de son registre, les morceaux sont ici presque plus intimes jouant sur une proximité très palpable. Malgré une fin de contrat quelque peu houleuse avec leur label, les Poitevins réalisent un disque chaleureux aussi aérien qu’accrocheur. Guillaume Bernard, guitariste et compositeur du sextet, revient sur cette nouvelle production et livre ses ambitions pour l’avenir de la formation.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur cette interview que tu as donnée cet été au Hellfest durant laquelle tu n’as pas ménagé le patron de Pelagic. Il se trouve que « The Unseen » est le dernier disque que vous deviez honorer contractuellement au label. Quel était le nœud du problème ?

En fait, cette interview, comme d’autres aussi, ont disparu du Net. Et je n’ai pas le droit d’en reparler avant un petit moment, c’est-à-dire pas avant que la sortie du disque soit terminée. C’est un peu délicat, je ne peux pas revenir sur le sujet. Mais d’ici quelques mois, je pourrais le faire. J’aurais à nouveau le droit d’en parler, car j’ai reçu des menaces et je suis contrait de me taire.

– Pour faire court et en évitant toute polémique, c’est un problème personnel ou c’est au niveau de la structure du label ?

C’est un problème du groupe avec la personne qui gère le label. Cela concerne aussi d’autres formations comme la nôtre, qui ont eu les mêmes soucis. Mais globalement, c’est relationnel, oui.

– J’imagine que la situation n’est pas des plus agréables pour vous, d’autant que « The Unseen » est un excellent album, peut-être même votre meilleur. Est-ce qu’on parvient malgré tout à faire facilement abstraction de tout ça pour composer d’abord, et ensuite pour le défendre au mieux et surtout sereinement ?

De toute façon, il y a tout intérêt à faire abstraction de cette histoire. Même si cela nous a occupés pas mal de temps, on s’est vite replongé dans l’album. On a avancé sur la musique de notre mieux et cela ne va pas nous empêcher de bien défendre le disque. On a d’ailleurs déjà beaucoup communiqué en France et à l’étranger. L’an prochain, on sera sur scène. En soi, ça n’a pas d’influence particulière à part quelques sauts d’humeur parfois quand tu reçois certains mails et messages. Ca devient un peu compliqué. Maintenant, on sait que c’est comme ça. Alors, on va à la fin de notre contrat avec ce label et on en retire aussi des enseignements pour que ce genre de situation ne se reproduise pas à l’avenir.

– Comme je le disais, « The Unseen » est probablement l’un des albums le plus abouti de KLONE. Comment se sont passés la composition et l’enregistrement dans un tel climat, car on vous sent tous très investis et épanouis, sans parler des morceaux qui dégagent une atmosphère très libre et positive. Vous auriez aussi pu y aller à reculons et c’est finalement tout le contraire…

Merci beaucoup, mais tu sais, on a travaillé dessus comme on l’a toujours fait sur les autres albums. Il faut savoir quand même que c’est un disque un peu particulier dans le sens où il y a des compositions qui datent d’un certain temps. La base vient de morceaux que je n’avais pas eu le temps de terminer. Il y en a même qui ont dix ans. En ce qui concerne la batterie, par exemple, cela aurait pu sortir au moment de « Here Comes The Sun » (2015 – NDR). En fait, à un moment donné, on avait tellement de morceaux qu’on n’avait pas pu tout finir et on voulait bosser sur du neuf. On a donc remis le nez dedans. Il n’y avait pas de lignes de basse, pas de guitares ou d’arrangements de sax, d’ambiances, etc… Et même pas de voix, ni de textes. Le socle était bien fixé et puis, ce sont aussi des morceaux qui nous tiennent à cœur. Pour l’anecdote, nous sommes même plus fiers de ces morceaux que ceux de « Meanwhile », par exemple. Ces titres auraient dû sortir et cela nous fait vraiment plaisir de le faire aujourd’hui.

– Et ça montre aussi une belle intemporalité de votre musique…

Oui, c’est vrai. Mais en soi, ça tient à l’adaptation des titres. Et puis, chaque morceau de KLONE a une histoire particulière. Souvent entre le début du travail et le moment de la sortie, il y a des espaces temps assez fous. C’est un peu comme si on avait mis des bouteilles de vin à la cave, et qu’on les ressortait. Et puis, on a eu le temps de les finir et d’obtenir un résultat certainement meilleur qu’il ne l’aurait été à l’époque et c’est ça qui est chouette. On a un regard nouveau dessus, avec de la fraîcheur, et cela nous permet de les fignoler comme on l’entend. Et là, avec des morceaux, c’est idéalement ce qu’on peut faire de mieux.

– Une fois que l’aventure Pelagic sera derrière vous, KLONE sera bien sûr en quête d’un nouveau label. Vous en avez déjà fait pas mal et non des moindres. Est-ce que vous avez déjà des pistes, voire déjà des pourparlers ? Et sinon, est-ce que la perspective de sortir le prochain album en indépendant est aussi une possibilité ?

C’est exactement notre questionnement d’aujourd’hui ! Du fait de nos expériences passées avec certains, et aussi sur le côté économique de la chose, on pense que nous serions capable d’investir ce que les labels ont pu investir sur nous. Ils se sont faits de l’argent sur le groupe, alors que nous n’avons quasiment rien perçu. On ne gagne même pas un Euro par disque vendus et c’est pareil pour le streaming. En fait, si on gagnait cet argent, ce ne serait pas pour acheter des maisons avec piscine, cela nous servirait à réinvestir dans le projet pour le faire grossir encore plus. On pourrait être beaucoup plus ambitieux sur pas mal de choses et mieux les faire. Je pense aux concerts, aux lights, à différents packagings, … à plein de petites choses en fait. Et aujourd’hui, on ne peut pas parce qu’on a ces contraintes financières qui sont là. Mais cela a toujours été le cas dans le milieu de la musique. Et comme on arrive à vendre pas mal de disques, on est à un stade où on se dit qu’on pourrait faire tout un tas de choses.

On sait aussi les domaines sur lesquels on peut être autonome et ceux où l’on peut éventuellement déléguer, à savoir la distribution, la mise en bac et même le travail de relation presse où on peut vite être débordé. Il y a du partage de tâches à faire avec des gens à payer pour l’entreprendre. En tout cas, ce qui est cool, c’est que nous avons cette option de l’indépendance et aussi celle de retravailler avec Kscope, par exemple. Season Of Mist serait aussi intéressé, on a eu également de belles accroches avec InsideOut Music, qui possède un très beau catalogue. Et il y a aussi d’autres labels, qui pourraient encore être intéressés. Après, dans le milieu, ce n’est pas une histoire de qualité musicale qui va faire pencher la balance, même si cela a son importance. Mais globalement, à partir du moment où tu vends un certain nombre de disques, tu peux être sûr que les labels vont être à l’affût, car ils vont pouvoir gagner de l’argent. Et ils sont aussi là pour ça, c’est vrai. Cela fait partie du jeu. En tout cas, on n’est pas en mauvaise position et on serait même en position de force pour négocier un contrat, qui irait dans le sens de KLONE. Et si on ne parvient pas à avoir ce que l’on veut, faire un mix entre l’indépendance et travailler avec certaines structures solides est envisageable et nous permettrait de franchir des étapes.

– « The Unseen » est également plus Rock que ses prédécesseurs et notamment que « Meanwhile ». J’ai pu lire que vous le définissiez comme de l’Art-Rock Progressif. KLONE a toujours eu cette approche, même si elle était plus marquée Metal. C’est un élan que vous entendez poursuivre ?

Ce qui est sûr, c’est que ces morceaux sont plus Rock, en effet, et c’est aussi là-dedans que nous nous épanouissons le plus. Aujourd’hui, on l’assume complètement et nous sommes vraiment l’aise avec ça. Même si on a pris du plaisir à faire « Meanwhile », on sent qu’on est plus proche des titres de « The Unseen ». Ensuite, pour ce qui est du terme ‘Art-Rock Progressif’, c’est l’appellation du label et c’est rigolo, mais ça reste du Rock au sens large avec des éléments progressifs qu’on retrouve dans des morceaux, qui peuvent être plus longs. Une chose est sûre, il n’y aura jamais de compromis dans notre musique. Si on continue à avoir des idées dans ce style, je pense qu’on continuera dans ce sens. On va essayer de faire de bonnes chansons. On pourra peut-être nous dire qu’on tourne en rond, puisque c’est ça aussi la musique de KLONE. Mais on ne va pas passer du coq à l’âne, non plus. Ca restera toujours progressif avec un côté plus aventureux peut-être dans les arrangements notamment, ou avec l’apparition d’autres instruments de musique aussi. L’optique de développement du projet se situe plutôt dans cette voie-là.

– La production est également plus légère et aérée et ce n’est pas seulement dû à son aspect plus Rock. Vous avez souhaité apporter des arrangements plus discrets et un spectre aussi moins chargé ? Je me souviens que pour « Meanwhile », tu me disais que vous avez eu du mal à tout faire entrer…

C’était le problème sur « Meanwhile », en effet. On avait mis beaucoup de distorsion sur nos guitares, parce qu’on voulait un son plus gros. Entre les riffs, les arrangements de synthés, de piano et autres, il y avait beaucoup de choses. Là, du fait qu’on voulait quelque chose de plus Rock, on a eu plus de place pour faire ressortir tous les détails. Précédemment, c’est vrai qu’on avait eu un problème pour tout faire entrer dans la machine. Cette fois, il y a plus d’air, le son est plus naturel aussi. On s’y retrouve plus. Il y avait un côté un peu chimique dans « Meanwhile », qui est aussi dû aussi aux codes du Metal. Là, le mix a été beaucoup plus simple. Ca reste quand même chargé en infos, mais chaque élément est plus facilement perceptible. Les lignes de basse, notamment, ressortent mieux et ça va dans le sens qu’on souhaitait.

– C’est vrai que dans l’ensemble « The Unseen » a des sonorités très organiques et assez acoustiques. C’était aussi dans la perspective de la tournée ‘unplugged’ que vous venez de terminer ? L’album se prête à une approche plus épurée en concert ? A moins que vous prévoyez de repartir dans une configuration plus Metal dans les mois qui viennent ?

Le côté ‘Unplugged’ nous sert toujours d’expérience pour tout un tas de choses et notamment pour le travail sur les nuances et la dynamique du son. Pour « The Unseen », on laisse d’abord le disque sortir et les gens s’en imprégner. Ensuite, pour ce qui est prévu pour les prochains concerts début février, on fera bien sûr attention à tout ça, mais ce sera plus Metal dans l’approche que sur le disque. Il y a ce côté rentre-dedans qui ressort toujours en live comme c’était déjà le cas sur « Le Grand Voyage » et « Here Comes The Sun ». Les concerts se prêtent beaucoup plus à ça, notamment pour nous.

– D’ailleurs en 2017, vous aviez déjà sorti « Unplugged », un album live entièrement acoustique. Je sais que les sensations sont opposées, mais quelle disposition est, selon toi, la plus proche de l’identité intrinsèque de KLONE ? Avec du gros son ou dans un registre plus intimiste ?

Un peu des deux, je pense, car cela fait partie de notre identité de groupe. KLONE a toujours été un mélange de subtilité et de choses plus Metal au niveau de la production. On se sent vraiment très à l’aise à jouer ‘unplugged’. On aime le format et aussi la possibilité que cela nous donne de pouvoir jouer dans des lieux très différents. On peut profiter de cadres dans lesquels on n’a pas la chance d’évoluer d’habitude. J’ai l’impression que le côté ‘Unplugged’ de KLONE passe peut-être mieux au niveau de l’émotion qu’en électrique. Après, les gens peuvent être aussi touchés différemment. Mais c’est vrai que si tu veux avoir du gros son avec des grosses distorsions, les grandes salles sont plus adaptées. J’aime bien les deux exercices, car cela nous permet de jouer sans nous lasser avec ces deux formules, avec une approche qui n’est pas la même. Et puis, on prend beaucoup de plaisir à tenter des choses différentes.

– J’aimerais aussi qu’on dise un mot du morceau « Spring », qui vient magnifiquement clore l’album du haut de ses 12 minutes. Forcément, il offre la liberté de produire de longues plages instrumentales. On sent que vous avez vraiment voulu vous faire plaisir. C’est quelque chose que vous affectionnez particulièrement de composer et de jouer des morceaux aussi longs, même si c’est assez courant dans le Prog ?

« Spring » est un morceau assez particulier, et notamment avec cette intro dont on nous parle souvent, qui a été ajoutée. En fait, le morceau a été composé à l’époque de « Here Comes The Sun ». En 1995, on l’avait donc enregistré, mais nous n’avions pas eu le temps de finir le texte et la voix. Comme on ne voulait pas le bâcler, on s’était dit qu’on le finirait plus tard. Et comme la production n’est pas la même, j’ai un peu fait exprès d’ajouter cette longue intro. C’était aussi pour qu’on oublie aussi un peu l’ancienne prod’ et que cela ne se fasse pas sentir à l’écoute. Elle permet d’aller un peu ailleurs et de retrouver le morceau sans se douter de la différence dans le temps. Car il faut aussi savoir que ce n’est pas non plus le même line-up de KLONE sur « Spring ». Ensuite, c’est vrai qu’on a toujours aimé faire des morceaux assez longs, même si celui-ci ne devait pas l’être à la base.

– Enfin, parlons aussi de cette superbe pochette, qui rappelle d’ailleurs un peu celle de « Meanwhile » dans ses couleurs et l’imaginaire auquel elle renvoie. Comment a-t-elle été conçue et avez-vous donné certaines consignes par rapport à ce que vous en attendiez ?

En fait, dans notre façon de procéder, on ne va plus demander à un artiste de créer quelque chose à partir d’une idée qu’on peut avoir. On cherche beaucoup de notre côté parmi des visuels qu’on aime bien et des gens dont on apprécie le boulot. Pour « The Unseen », comme pour presque tous les autres albums d’ailleurs, on a trouvé le visuel sur le compte Instagram d’un graphiste qu’on ne connaissait même pas. On l’a contacté, on lui a expliqué les choses pour la pochette et, en fait, il nous a dit qu’il avait travaillé à partir de l’Intelligence Artificielle. Au début, on n’était pas très chaud, mais on aimait beaucoup le visuel. On a fini par bosser avec lui, même si tout ça a été créé par un robot quelque part. Mais on savait qu’on ne retrouverait pas ça ailleurs. Et on avait tellement galéré pour trouver une pochette qui faisait l’unanimité qu’on a choisi celle-ci. On l’a fait passer dans l’entourage du groupe et tout le monde l’a trouvé mortelle ! On a donc fait ce choix d’autant que personne n’avait décelé que qu’elle avait été créée à partir de l’IA. Sur le principe, nous ne sommes pas vraiment pour. On s’était même un peu interdit de le faire, mais nous l’avons tous trouvé superbe et en vinyle, le rendu est magnifique !

L’album de KLONE, « The Unseen », est disponible chez Pelagic Records.

Retrouvez la chronique de « Meanwhile » :

Photos : Benjamin Delacoux (1, 3 & 5), Stephan Tidovar (4 & 6) et Talie Rose Eigeland (2).

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France Grunge Metal Indus Rock Indus

Wallack : l’urgence temporelle [Interview]

Malgré des changements de line-up finalement inhérents à chaque groupe, WALLACK est toujours debout et ressert dorénavant son jeu autour d’un Rock Indus aux légères teintes Metal et Grungy. Devenu trio depuis la récente sortie de « Loveless », les Poitevins s’aventurent dans des atmosphères bien plus sombres, mais toutes aussi prégnantes. Après deux albums (« White Noise »  et « Black Neons »), c’est dans un format plus court que le groupe joue avec le Fuzz et les machines dans un univers très personnel et saisissant. Cyprien Tillet (guitare, chant, synthé) revient sur les dernières péripéties du combo et surtout sur l’élaboration de ce deuxième album massif et compact.

Photo : Thibault Berthon

– Avant de parler de ce nouvel album, il s’est passé quatre ans depuis « Black Neons » et il y a eu quelques changements, à commencer par votre batteur et puis vous êtes désormais un trio, même si l’album a  été enregistré à quatre. Ça a été compliqué de maintenir le cap pendant et après la pandémie ? C’est l’une des raisons de ces mouvements de line-up ?

Notre précédent batteur, Vincent, a souhaité se consacrer pleinement à son entreprise de réparation et maintenance de matériel électronique et Marco, notre bassiste, a vogué vers de nouveaux projets musicaux. Thomas est arrivé à la batterie et, après avoir envisagé d’intégrer un nouveau bassiste, on s’est finalement rendu compte qu’on fonctionnait très bien en trio. On a décidé d’ajouter aux pistes programmées de synthé une piste de basse. Cela colle assez bien avec l’orientation Electro/Indus du nouveau disque. WALLACK a toujours été un groupe à géométrie variable et cela influe assez peu sur le rendu live ou studio. Pour en revenir à la période du Covid, ça a bien sûr été une période compliquée pour nous comme pour beaucoup de groupes, d’autant que notre album est sorti en début de confinement, ce qui nous a privés d’une diffusion efficace et d’une tournée promotionnelle. Il faut néanmoins relativiser les choses : beaucoup ont été plus durement touchés, et notamment au niveau sanitaire…

 On vous retrouve cette fois avec un EP ou un mini-album, c’est selon. C’est le format que vous aviez envisagé dès le départ ? Il n’était pas question d’un album complet ?

C’est un format qui s’est imposé, car nous visions à l’efficacité et voulions insuffler une vraie intensité et une forme d’urgence à ce disque. Pour autant, nous avons essayé de contrebalancer cette violence avec des plages plus ambiantes, presque cinématographiques. On a écrit beaucoup de morceaux entre mars 2020 et septembre 2022, date du début de l’enregistrement de « Loveless », et certains morceaux figureront peut-être sur un futur album. Mais nous avions un vrai désir de cohérence pour ce disque-là, ce qui nous a poussé à épurer le propos au maximum, pour arriver finalement à ce mini-album.

– L’univers musical de WALLACK est toujours aussi distinctif sur « Loveless » et il s’affirme nettement dans une dynamique Indus, qui n’est d’ailleurs pas rappeler Treponem Pal par moment. L’idée est maintenant de se poser clairement dans ce registre ?

Avant d’écouter du Stoner ou du Psyché, j’ai grandi dans une décennie où le Rock industriel et le Grunge ont explosé et j’ai toujours eu envie de marier ces deux styles sans vraiment savoir comment m’y prendre. Et puis le titre « Anxiety » sur le précédent album est arrivé et nous a montré une voie intéressante. Pour autant, on ne veut pas reproduire une recette, ni se concentrer sur un style au détriment d’autres influences chères à chacun de nous.

Photo : Thibault Berthon

 Pourtant, le Metal et le Rock font toujours cause commune dans des sonorités très organiques, loin de l’image souvent froide et sophistiquée de l’Indus. Malgré les claviers et/ou les samples, la musique de WALLACK garde beaucoup de proximité et même de chaleur. Tout en faisant preuve de beaucoup de modernité dans la démarche, vous restez fidèles à un son assez Rock. Cela dit, l’émancipation du Stoner semble faite, non ?

Même s’il y a un petit côté Metal, notamment dans la production, on est beaucoup plus proche du Rock, en effet. Nous avions l’objectif de faire un disque Rock et agressif, aux sonorités industrielles et qui n’oublie jamais d’être accessible. Pour autant, on ne s’interdit rien en termes d’influence et certains riffs comme les refrains de « Lux Altera » ou « More A Shade Than A Man » ne dépareilleraient pas dans un contexte Stoner. De même, on va trouver des influences Doom, voire Drone, sur un titre comme « To the End »… L’important est de faire coexister en toute intelligence ces différents styles.

– Tout comme sur « Black Neons », vous avez de nouveau fait appel à Fabien Devaux, qui s’est occupé de l’enregistrement, du mix et du mastering de « Loveless ». Il a dû s’adapter à cette évolution musicale, ou c’est le résultat d’une réflexion commune sur le son ?

Fabien n’a pas eu de mal à s’adapter à cette nouvelle orientation, puisqu’il a déjà une bonne expérience des projets Metal/Electro/Indus avec Step in Fluid ou Carpenter Brut. Il nous a même conseillés tout au long de la composition du disque et a suggéré nombre d’idées en terme de son compact et massif, sorte de fusion entre la basse, les guitares et les synthés Moog et Korg. On a finalement poursuivi les recherches sonores entamées sur certains titres de notre précédent disque, tout en allant plus loin dans la lourdeur avec l’omniprésence du fuzz. C’est aussi Fabien qui a organisé la rencontre avec notre batteur Thomas. Il existait déjà entre eux un passif de travail collaboratif, ainsi qu’une vraie alchimie, ce qui est un plus dans l’élaboration de notre nouveau son.

Photo : Thibault Berthon

– « Loveless » est aussi beaucoup plus sombre que « Black Neons » et le titre le souligne d’ailleurs aussi. Vous avez calqué la thématique du ‘Memento Mori’ sur vos morceaux, ou c’est la composition de ces nouveaux titres qui vous ont mené au sujet principal de ce nouvel EP ?

Cette thématique s’est imposée aux personnes que nous sommes aujourd’hui, préoccupées du temps qui passe, des choses que nous avons accomplies ou non, et du temps incertain qu’il nous reste pour les accomplir. J’ai toujours été obsédé par ces questions… Rien d’original au fond et quelque chose de terriblement humain. Cette urgence, nous l’avons mise dans des titres assez courts, visant à l’essentiel pour épouser d’un côté le ‘Carpe Diem’, la quête d’un plaisir immédiat, exigeant, insatiable, et de l’autre le ‘Memento Mori’, cette angoisse face au temps qui nous échappe et nous détruit.

 Ce qui ressort également de « Loveless », c’est l’aspect assez brut et très efficace, puisqu’on ne retrouve plus les sonorités post-Rock et Stoner. L’objectif était d’aller à l’essentiel, quitte à épurer vos compos au maximum ?

Oui, cette urgence répondait à un vrai besoin à un instant T, là où par le passé nous aimions étirer le propos en écrivant de longues montées, sans doute aussi parce que nous aimons la musique progressive et psychédélique. C’est en tout cas l’esthétique qu’on a souhaité insuffler à ce disque. Rien ne dit qu’on ne reviendra pas à des titres de huit minutes dans le futur ! On ne s’interdit rien, dans les limites de la cohérence inhérente à chaque disque.

– Il y a également une identité visuelle qui se dessine à travers les pochettes de vos deux dernières réalisations. La personnalité de WALLACK passe-t-elle aussi par l’image ? C’est devenu indissociable dans la musique aujourd’hui ? De pouvoir être rapidement identifié ? 

En effet, c’est indissociable. On pourrait le regretter, car l’image supplante souvent la musique. On cherche à capter l’œil rapidement, notamment dans les clips, car notre capacité d’attention est de plus en plus limitée, soumise à une culture du zapping. J’ai parfois l’impression que tout cela se fait au détriment de la musique. Cela court-circuite aussi l’imagination de l’auditeur qui, par un phénomène de correspondance, pourrait visualiser tout un monde, des paysages, des images, en fermant les yeux et en se laissant aller au rythme de la musique. Pour autant, je ne boude pas mon plaisir devant un super clip qui évite cet écueil et sublime un son ! Mais pour revenir plus précisément à la question de l’artwork, celui-ci est en effet très important, car il associe immédiatement un son à une image. Pour celui de « Loveless », on voulait représenter une vanité et, même si c’est un motif récurrent dans le Rock, le choix du crâne s’est imposé.  Seb a travaillé là-dessus et le résultat nous a bluffé tant il se démarquait des représentations ‘Rock’ habituelles. Il a aussi la subtilité de ne pas être immédiatement reconnaissable, de suggérer des visions personnelles et inconscientes.

 « Loveless » de WALLACK est disponible chez Klonosphere/Season Of Mist.

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Atmospheric Post-Metal Sludge

Inner Landscape : crépusculaire

Très live dans l’approche, la formation rhodanienne balance un premier album déjà très mature sur des références américaines que l’on rencontre assez peu en France. Très robuste grâce un Sludge puissant et robuste, INNER LANDSCAPE ne joue pas forcément l’écrasement, puisque le combo s’appuie aussi sur un post-Metal atmosphérique, qui confère des instants très contemplatifs et assez cinématographiques à « 3h33 », une réalisation à la production irréprochable et aux arrangements très soignés.

INNER LANDSCAPE

« 3H33 »

(Klonosphere/Season Of Mist)

Exigeant et pointilleux, Klonosphere n’a pas son pareil pour dénicher les pépites Metal de l’hexagone et être techniquement à la hauteur est l’une des premières prérogatives. Et de ce côté-là, INNER LANDSCAPE coche toutes les cases dès son arrivée sur la scène française. Il faut aussi préciser que les Lyonnais œuvrent dans un registre qui est plutôt confidentiel par chez nous. En effet, sur de solides et épaisses fondations Sludge, un post-Metal atmosphériques vient offrir un peu de légèreté à « 3h33 ». 

La pochette en elle-même donne le ton quant au contenu. C’est à la fois brut et rugueux, tout en étant assez lumineux. INNER LANDSCAPE joue sur les contrastes et le pari est plus que réussi. D’entrée de jeu, le chant hurlé saute justement à la gorge entre growl et scream, ce qui confirme le parti-pris du quatuor, même si quelques nuances apporteraient très probablement un peu plus de relief aux morceaux. Et cela vient également poser le son très organique de ce « 3h33 », très abouti.

Si le Sludge domine l’ensemble par son épaisseur et son aspect massif, les parties instrumentales libèrent des ambiances toutes en finesse et en précision, notamment grâce à un batteur qui joue sur le décalage des structures (« The Order Of Things », « Old Ghosts », « Unexpressive Fall »). Puis, INNER LANDSCAPE s’offre un break chaotique avec le bien-nommé « Wreckage » pour enchaîner sur le monumental morceau-titre, long de huit minutes. Malgré un format un peu spécial, le quatuor séduit déjà.

Photo : Jean-Sébastien Mattant
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Alternative Metal Alternative Rock Heavy Rock

Bad Situation : une belle ferveur

Frais et enthousiaste, ce premier opus complet de BAD SITUATION est peut-être celui que les amateurs de Rock musclé, Heavy et grungy attendaient pour démarrer enfin le printemps de la plus belle des manières. Très groove et même joyeux, les deux musiciens avancent sur un rythme soutenu et de bons gros riffs, soigneusement mis en valeur par une production-maison, qui tient bien la route. « Bad Situation » se dresse dans un esprit live, vivifiant et terriblement addictif.

BAD SITUATION

« Bad Situation »

(Thrash Talkin Records/Klonosphere/Season Of Mist)

Direct et efficace, BAD SITUATION se présente donc avec un premier album éponyme, qui ne manque pas d’énergie. Pour un peu, on en oublierait presque qu’ils ne sont que deux. Aziz Bentot (guitare, chant) et Lucas Pelletier (batterie, chœurs) confirment les bonnes choses entendues sur leur EP « Electrify Me », sorti il y a deux ans. Forcément sans fioritures, ces nouvelles compos s’inscrivent dans un Alternative Rock synthétisant les 30 dernières années. Le panel des références est vaste, mais le rendu très cohérent et carrément pêchu.

On connait l’explosivité des duos dans d’autres registres, mais c’est vrai aussi qu’en termes de Heavy Rock, la basse tient un rôle essentiel et remplir l’espace sonore ne règle pas tout. Et il faut reconnaître que BAD SITUATION s’en sort très bien grâce, notamment, à des guitares très présentes et solides et une bonne balance dans le chant entre le lead et les chœurs. Positifs et dynamiques, les Français distillent avec beaucoup d’entrain des morceaux accrocheurs et se promènent entre Nickelback et QOTSA, le sourire aux lèvres.

Sur un Rock massif flirtant avec le Metal, et malgré quelques touches de Punk californien, BAD SITUATION trouve l’équilibre entre puissance, mélodies entêtantes et refrains fédérateurs (« On My Own », « Fallin’ Apart », « Nothing Lasts Forever », « Echoes », « Won’t Back Home »). La belle ballade « Drown » offre une belle respiration, pleine d’émotion et dotée d’un songwriting imparable. On peut affirmer avec conviction que « Bad Situation » va faire des ravages en concert et guider le public dans une belle communion. Bien joué !

Photo : Kevin Merriaux
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Dark Folk Progressif

Los Disidentes Del Sucio Motel : une spontanéité si naturelle

Depuis bientôt deux décennies, les Alsaciens n’ont de cesse de faire évoluer leur style au fil des albums et des EP. Tout en gardant un pied dans un Stoner Prog souvent proche d’un post-Rock/Metal insaisissable, LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL multiplie les expériences, et celle-ci n’est peut-être pas la plus évidente. Légers, fins et presque mis à nu, ses propres morceaux s’exposent sur « Breath » dans une lumière nouvelle et flottante, où l’acoustique se revêt de cordes, comme pour mieux souffler et livrer ses mélodies dans une Dark Folk somptueuse.  

LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL

« Breath »

(Klonosphere)

C’est devenu une bonne habitude et même la marque de fabrique de LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL que de sortir un format court entre deux albums. Deux ans après « Polaris », le groupe s’offre donc une petite respiration avec le bien nommé « Breath », qui présente d’ailleurs deux nouveautés dans la démarche du quintet. Tout d’abord, on a le droit ici à cinq reprises, quelque chose d’assez inhabituel, et surtout pour la première fois en version acoustique, laissant les gros amplis de côté. 

Lorsqu’une chanson est bien écrite, elle se décline sans mal sous à peu près toutes les formes. Tous les musiciens vous le diront. On peut donc, sans exagérer, dire que les morceaux de LDDSM sont très bien composés car, en mode acoustique, ils ne souffrent d’aucune lacune, tant le passage de l’électrique à l’unplugged est évident et coule de source. Pour autant, il ne faut pas imaginer que les Strasbourgeois ont simplement épuré leur jeu et leurs compos, c’est même presque l’inverse.

LDDSM est donc allé puiser dans son dernier opus pour trois morceaux, avant de remonter le temps avec « Z » issu d’« Arcane » (2013) et le titre « From 66 To 51 », qui figure sur « Soundtrack from The Motion Picture » (2010). Réarrangées et livrées dans une interprétation aussi originale que délicate, ces cinq chansons mettent en avant les guitares sèches, le piano et le violoncelle, preuve qu’elles ont une intemporalité certaine. Peut-être un peu nostalgique, on retiendra plutôt la grande qualité artistique du répertoire.

Photo : Benjamin Hincker

Retrouvez la chronique de « Polaris » :