Même si le frontman Doogie White fait le job, il faut bien avouer qu’ALCATRAZZ a perdu de sa superbe depuis le limogeage de Graham Bonnet. Pourtant le groupe poursuit sa route, emmené par des musiciens chevronnés, virtuoses et dont les morceaux sont toujours bien écrits. « Take No Prisoners » ne renversent pas la table, mais ne manque pas non plus d’intérêt.
ALCATRAZZ
« Take No Prisoners »
(Silver Lining Music)
Depuis 1983, la vie est loin d’être un long fleuve tranquille chez ALCATRAZZ. C’en est même au point que l’on suit les évolutions du line-up comme on suit un feuilleton. Pour faire court, le chanteur Graham Bonnet a laissé sa place (!) à Doogie White, qui livre ici son deuxième album avec la formation américaine qui a aussi, rappelons-le, vu passer Yngwie J. Malmsteen et Steve Vai et qui peut aujourd’hui compter sur l’excellent Joe Stump et son légendaire toucher shred.
Une chose reste cependant immuable chez ALCATRAZZ, c’est la présence de Gary Shea à la basse et de Jimmy Waldo aux claviers, véritables piliers depuis le début. Quant au style du quintet, on oscille toujours entre Hard Rock et Heavy Metal avec une touche très british de plus en plus perceptible. Et il faut dire que l’ex-Rainbow et MSG, Doogie White, y est pour beaucoup. Pour un peu, on croirait entendre ce bon Biff Byford de Saxon à la manœuvre, c’est dire.
Quant au contenu de « Take No Prisoners », on reste dans la continuité de « V » avec même un léger mieux au niveau des compos. Dès « Little Viper », ALCATRAZZ donne le ton d’un album qui s’annonce dynamique (« Bring On The Rawk », « Battle Lines »). Le groupe a même convié ces Dames de Girlschool sur « Don’t Get Mad… Get Even », un morceau mélodique et accrocheur qui résume d’ailleurs assez bien l’ensemble. Pour le reste, Joe Stump semble porter les titres à bout de bras. En demi-teinte.
La musique d’INNESSA ne manque pas de charme et l’Alternative Folk proposée par la chanteuse, guitariste et compositrice s’ouvre à bien des horizons. Avec « Golden Wreath », la Russe installée en Australie partage un univers assez singulier à la fois slave et celtique, Pop et acoustique… Un moment suspendu.
INNESSA
« Golden Wreath »
(Independant)
Variée et lumineuse, la Folk d’INNESSA montre autant de finesse et de délicatesse que de caractère. Arrivée en Australie depuis sa Russie Natale il y a quelques années maintenant, la chanteuse a déjà sorti trois albums et s’affirme au fil de ses productions. Avec « Golden Wreath », elle présente de multiples visages grâce à une voix limpide, douce et tout en poésie.
Si l’âme slave de la songwriter plane sur « Golden Wreath », d’autres sonorités plus étonnantes viennent alimenter la belle diversité de ce quatrième opus. Très personnel sur le morceau-titre, le style d’INNESSA sait aussi se faire acoustique (« Hollow »), Pop (« Wild Horses », « We », « Strange World »), cinématographique (« Wings ») et très envoûtant (« Wave »).
Autofinancé et très bien produit, l’artiste a apporté un soin tout particulier aux arrangements qui restent sobres et épurés, mais non sans beaucoup de richesse, comme les interventions de violon notamment. D’une belle naïveté sur « Beneath The Azure Skies », INNESSA nous entraîne aussi dans des ambiances celtiques (« Shallop »), avec une flûte enchanteresse. Très réussi !
Comme à son habitude, le label californien Ripple Music lâche une nouvelle bombe Stoner Rock, très Heavy et aux contours Desert, et elle nous vient cette fois d’outre-Manche. DUCKWOOD nous invite au dernier voyage de son cow-boy intersidéral avec « The Last Voyage », un deuxième album dont l’intensité à tout de celles des plus grands.
DUSKWOOD
« The Last Voyage »
(Ripple Music)
C’est en 2016 que les Britanniques ont pris leur envol avec « Desert Queen », un premier opus déjà très prometteur et surtout avec lequel il a entamé la saga épique d’un cow-boy de l’espace voyageant dans le temps. Tout un programme ! Ensuite, DUSKWOOD a sorti deux EP (« The Long Dark » et « The Lost Tales »), où il a pu peaufiner son style et se concentrer sur un registre à la fois massif, immersif et groovy.
Musicalement, le quatuor s’est construit un son bâti sur l’héritage de grands noms du Stoner/Desert (Kyuss, Clutch, QOTSA), mais il parvient avec beaucoup de finesse à se distinguer grâce à une touche très personnelle. Sur un véritable mur de guitares, DUSKWOOK déploie des morceaux explosifs et hyper-musclés, tout en conservant des mélodies accrocheuses et terriblement efficaces.
Jouant avec subtilité sur les atmosphères et la tessiture des guitares, les Anglais peuvent compter sur une rythmique lourde et parfaitement huilée. Entre Heavy Rock et climat aride, DUSKWOOD alimente ses puissants titres grâce, notamment, à Liam Tinsley, son frontman, qui livre une énorme prestation sur les dix titres (« Vagrant », « She Calls », « Iliad », « Deathproof » et le génial « Legacy »). Somptueux et entêtant !
Deux ans après « Insurgency », les Lyonnais sont déjà de retour avec le très mélodique et fédérateur « From High Above », un quatrième opus où des éléments Neo-Classic et symphoniques viennent se greffer à un Heavy Metal ancré dans une tradition très européenne, héritée de la NWOBHM, mais aussi (et surtout) de la scène allemande. Fort d’une longue expérience, FORTUNATO peut désormais se frotter sereinement aux meilleures formations du genre.
FORTUNATO
« From High Above »
(Independant)
Si vous suivez le Metal underground français depuis la fin des années 80, le nom de Markus Fortunato ne vous est sûrement pas inconnu. Fondateur de MZ avec qui il a sorti sept albums en une décennie, c’est sous la bannière de FORTUNATO que le frontman et bassiste officie dorénavant et c’est en quatuor qu’il se présente aujourd’hui avec « From High Above », le quatrième opus du groupe, riche de dix titres sans détour, ni esbroufe.
Ayant parcouru différents styles allant du Hard Rock à une version musclée de l’AOR, c’est armé d’un solide Heavy Metal que FORTUNATO nous livre sa nouvelle réalisation. D’ailleurs, bien qu’autoproduit, « From High Above » n’a pas à rougir face à certaines signatures élogieuses, mais approximatives actuelles. Et les Français possèdent un atout de taille, c’est cette sincérité qui se dégage de tous leurs morceaux.
Grâce à ses deux virevoltants guitaristes (Alex Faccinetto et Seb Vallée) et à un batteur tout aussi véloce et costaud (Sly Tale), FORTUNATO peut aisément distiller ce Heavy aux consonances Neo-Classic et même légèrement symphonique. La virtuosité des deux six-cordistes offre un aspect shred efficace et très mélodique, avec en soutien un synthé pertinent. Le combo manie la puissance du Metal sur des thèmes accrocheurs et maîtrisés.
Avec son caractère bien trempé et une virtuosité sur laquelle on ne reviendra pas, ANA POPOVIC est probablement l’une des plus grandes blueswomen de son temps. Grande guitariste et chanteuse hors-pair, la Serbe s’est imposée au fil d’albums de plus en plus affinés à travers lesquels elle affirme également de plus en plus sa forte personnalité. Avec « Power », son treizième album, la musicienne et son incroyable groupe libèrent des ambiances savoureuses, le tout dans une atmosphère de liberté et de bien-être. Entre deux concerts, cette grande Dame du Blues m’a fait le plaisir de répondre à quelques questions avec toute la franchise qu’on lui connait. Entretien.
Photo : Brian Rasic
– Après avoir vaincu la maladie, tu reviens avec un album fantastique et vraiment lumineux. Il faut une volonté incroyable pour obtenir un tel résultat aussi stupéfiant. Est-ce que tu perçois « Power » comme un symbole et un moment unique de ta carrière ?
Absolument. Cela a été un réel ‘entraînement ‘ pour moi et un ‘carburant’ pour mon âme. J’y ai mis tout ce que j’avais ! Le processus a été très enrichissant. Le simple fait de le concevoir m’a donné tellement de joie et cela a aussi guéri ma douleur dans les moments difficiles. Je l’ai abordé très sérieusement. Je ne voulais rien de faible sur le disque. De chaque musicien, de chaque partie, de chaque arrangement et à chacune des performances, je voulais TOUT donner et j’attendais aussi le meilleur des musiciens.
– Justement, le titre de l’album est très évocateur et les morceaux parlent aussi de cette force dans l’unité à travers l’amitié et l’acceptation de l’autre. Est-ce que les épreuves que tu as traversées t’ont donné un regard nouveau sur la société et notre époque ?
Oh non, j’ai toujours eu cette perspective. Buthel (Burns, bassiste – NDR) et moi avons grandi dans des foyers différents. J’ai grandi dans une famille aimant la musique et la fête en Serbie, et lui dans une famille aimant la musique et la fête dans le Michigan. Mais nous avons tous les deux le même goût pour la musique. Par exemple, nous aimons des thèmes de l’unité et de l’acceptation, ce que l’on peut aborder à travers la musique. Nous avons tous les deux adoré le ‘Live Aid’, quand le monde entier se réunissait pour aider l’Afrique. Et aussi, Paul Simon et son groupe africain, les duos d’Aretha Franklin avec différents artistes, ou lorsque Stevie Wonder pose un regard émouvant sur la vie. C’était donc le bon moment pour s’attaquer à tous les maux du monde : l’injustice sociale, le racisme, la lutte des femmes pour l’acceptation et leurs libertés, les droits des LGBT… Vivez et laissez vivre ! Cela a toujours été ma devise.
Photo : Brian Rasic
– Tu as composé l’album avec ton bassiste et directeur musical Buthel et, entre Los Angeles et Amsterdam où tu te soignais, les choses n’ont pas du être simples. Comment as-tu vécu cette expérience inédite et est-ce que tu penses que « Power » aurait eu le même éclat dans une configuration plus ‘normale’ ?
Oui, je pense que cela aurait été le cas. Après tout, nous travaillions déjà sur ces chansons avant que je sois diagnostiquée. Mais cela a sûrement apporté de l’intensité et plus de sensations aux chansons, c’est sûr. On peut dire que « Power » a été habité par les événements de ma vie personnelle, bien sûr. Mais les chansons et leurs messages positifs auraient été là quoiqu’il en soit. Nous avions commencé à écrire ces chansons avant mon traitement et nous avions des bribes de morceaux qui avaient juste besoin d’une touche finale, au contraire d’autres qui ont été composées à partir de zéro. Mais ce que cette période m’a offert, c’est une envie de les terminer et de livrer un bilan positif à travers un excellent disque, déjà pour moi-même en premier lieu. Si cela avait été mon dernier disque, pour une raison quelconque, quel genre de message aurais-je laissé derrière moi ? C’est en tout cas la question que je me suis toujours posée pour chaque album.
– On sent un engagement total sur « Power » et pourtant il s’en dégage beaucoup de sensibilité, de délicatesse et même de douceur. Tu n’as été tentée d’écrire un album plus nerveux et plus musclé compte tenu des circonstances, peut-être en guise de rébellion ?
J’ai fait exactement ce que je voulais ! Le disque a tout pour plaire. « Luv ’n Touch » est aussi sensible, profond et délicat que possible ! « Recipe Is Romance » et « Deep Down » sont doux, pleins de sentiments, de désir et parlent du manque d’une personne… de l’aimer dans les moments difficiles de notre vie. Il y a beaucoup de nuances sur ce disque, de la sensibilité et de la délicatesse, ainsi que de la rébellion et du caractère comme sur « Queen Of The Pack », « Flicker ‘n Flame », « Power Over Me » ou « Turn My Luck ». Et il y a aussi de la pure luxure sur « Strong Taste ». On trouve également beaucoup de choses mystérieuses et de petites surprises dans chaque chanson, que ce soit dans des changements de tempo inattendus, des chants de type gospel et d’autres passages forts qui vous transportent.
Photo : Brian Rasic
– Tu sembles aussi très sereine dans ton jeu et au chant et cela se ressent notamment sur le morceau « Queen Of The Pack ». Là encore, tu dégages beaucoup de force et d’énergie. Quelle était l’intention première de cette chanson ?
C’est exactement ça. C’est déjà assez difficile comme ça d’affronter et de diriger un groupe formidable, même composé de joueurs d’excellence. Je dois donc jouer le rôle de la reine de la meute et leur faire savoir exactement ce que je veux et comment je le veux. Ces dernières années, j’ai une conduite plus fluide en ce qui concerne les membres de mon groupe, mais par le passé, il y a eu des moments où j’ai senti que je devais ‘taper du poing sur la table et leur montrer qui était la Boss Lady !’. C’est mon travail en tant que leader de livrer un excellent spectacle et je tiens absolument à faire ça !
– Un petit mot aussi au sujet de « Rise Up ! » qui ouvre l’album et qui est signé Kenny Wayne Shepherd, qui est un ami de longue date. C’est assez étonnant de commencer un disque avec le morceau d’un autre, surtout quand on a composé tout le reste. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Les paroles et l’ambiance générale de la chanson, tout d’abord. La façon dont nous l’avons faite est différente de l’originale et elle est très fédératrice. Je voulais ‘sonner le rappel des troupes’ pour changer tout ce qui ne va pas dans le monde aujourd’hui. Et je voulais aussi une chanson assortie à la pochette du disque (deux mains noires et blanches se tenant comme symbole du bien, de l’unité et du pouvoir). Donc, « Rise Up » s’imposait. Et cela avait aussi une signification particulière pour moi quand je l’ai entendu pour la première fois, alors que je traversais ce que je vivais. Cela m’a donné de l’optimisme et l’envie de continuer.
Ana et Buthel Burns – Photo : Brian Rasic
– « Power » est bien plus qu’un simple album de Blues, puisqu’il contient beaucoup de sonorités Rock, Soul, Jazz, Afro-Beat et Funk. On perçoit un énorme élan de liberté. C’est pour cette raison que tu as voulu aborder autant de variétés musicales et de styles différents ?
Putain, ouais ! Je voulais faire exactement ça ! La musique devrait TOUJOURS te faire te sentir libre. Elle doit ressembler à la liberté : celle de s’exprimer et de tout explorer. C’est le plus grand défi et aussi une récompense. Je tenais absolument à mettre quelque chose de nouveau sur la table ! Quelque chose que personne n’avait fait auparavant. On ne peut pas comparer ce disque et son style musical à quoi que ce soit d’autre existant déjà. Nous sommes dans notre propre voie ! Il y a beaucoup d’influences et c’est ça ANA POPOVIC !
– Tu es comme toujours très bien entourée avec une section cuivre conséquente et des choristes incroyables, qui apportent beaucoup de chaleur. Il y a un esprit très ‘Big Band’ sur « Power ». C’est justement pour affirmer cet aspect d’unité et de fraternité qui règne que les chansons que l’ensemble du groupe est autant mis en avant ?
Oh oui ! C’est cette unité qui rend mon groupe si incroyable. J’ai toujours eu le don de faire sonner n’importe quel musicien du groupe, parce que je mettais en évidence ses forces et que je cachais ses faiblesses musicales. Mais à ce stade de ma carrière, j’ai enfin un groupe des deux côtés de l’océan, dans lequel je n’ai pas besoin de cacher quoi que ce soit. Je dois juste mettre en évidence leur incroyable talent et qu’ils continuent de dévoiler de plus en plus leurs qualités. C’est parfois époustouflant de diriger un tel groupe. Et c’est très enrichissant.
Photo : Brian Rasic
– J’aimerais que l’on parle de ton jeu de guitare qui est très aérien, tout en feeling et peut-être moins ‘shred’ que d’habitude. Tu as dit que ta Stratocaster de 1964 t’avait sauvé la vie. Quel un impact cela a-t-il eu sur ton jeu et au moment de composer l’album ?
Sur les albums, j’ai toujours mis la guitare au service de la chanson. Shred, tu dis ? Trop de guitares ? Viens me voir en live ! La musique est mon art, à travers mes chansons et je ne mets jamais en péril la valeur d’un morceau au profit d’aucun instrument, y compris la guitare. C’est la chanson qui tient la première place. Les guitares sont sauvages quand cela est nécessaire, et elles sont plus subtiles quand il le faut. Mais ne vous y trompez pas, il y a plein de guitares sur « Power » !
– Ton album sort sur ton propre label, ArtisteXclusive, Là encore, cela montre à quel point ta liberté artistique est importante. Qu’est-ce que cela t’apporte concrètement et as-tu dans l’idée de signer d’autres artistes ?
Ce serait bien de signer d’autres artistes, si j’avais le temps pour ça ! Il n’y a vraiment plus besoin d’être signé sur un label de nos jours. Vous pouvez faire tellement de choses par vous-même. C’est l’avantage de cette période dans laquelle nous sommes. Sauf si c’est énorme et qu’on ne peut pas le refuser, bien sûr.
– Enfin, tu es venue en Europe et notamment en France pour une série de concerts, alors que « Power » n’était pas encore sorti. Tu avais un besoin irrésistible de retrouver la scène au plus vite ?
Oui, j’avais ce besoin irrésistible de jouer ces chansons et nous avions cette tournée prévue bien avant le jour de la sortie de l’album. Particulièrement en France, car c’était ma façon de tester les chansons et ça n’a jamais été aussi bon ! On a travaillé ces morceaux pour la scène. Tout était prêt et le public s’est régalé. Les gens n’ont pas eu besoin d’un moment d’échauffement et ils n’ont pas eu besoin non plus d’écouter l’album à la maison avant. C’est ça ‘l’amour de la première écoute !’.
Le nouvel album d’ANA POPOVIC, « Power », est disponible partout, via son label ArtisteXclusive.
On aurait pu s’attendre à un simple album de Blues Rock de la part de la blueswoman SAMANTHA FISH et du rockeur JESSE DAYTON, mais c’eût été trop facile et tellement prévisible surtout. Avec des caractères aussi trempés, c’est donc assez logiquement que les deux artistes se livrent à travers des compositions qui leur ressemblent, les différencient aussi et les subliment. Roots et sincère !
SAMANTHA FISH & JESSE DAYTON
« Death Wish Blues »
(Rounder Records)
Il y a un mois, de passage à Paris, SAMANTHA FISH me faisait le plaisir se répondre à quelques questions dans une interview consacrée à « Death Wish Blues », premier album en duo avec le rockeur JESSE DAYTON. Explosif et différent de ce que l’Américaine propose en solo, le disque arrive enfin et, réalisé sous la houlette du grand Jon Spencer, il ne manque pas de piquant et explore bien des horizons.
Sur le papier, la rencontre entre SAMANTHA FISH et JESSE DAYTON promet des étincelles comme on avait déjà pu le constater sur l’EP de reprises « The Stardust Sessions », sorti en décembre dernier. Et les morceaux présentés ici vont même au-delà de toute attente. Enregistré en seulement dix jours dans un studio de Woodstock dans l’Etat de New-York, « Death Wish Blues » est plus que séduisant : il ensorcelle.
Si les deux personnalités sont très fortes, leur complicité est évidente et les nuances artistiques du tumultueux tandem sont même surprenantes. Bien sûr, on parle ici de Blues, d’un Rock’n’Roll brut et authentique, mais aussi de petites escapades dans des contrées Soul et forcément d’une Country très alternative. SAMANTHA FISH & JESSE DAYTON propose un véritable bain de jouvence. Attitude et émotion sont au rendez-vous.
Retrouvez l’interview de SAMANTHA FISH accordée à Rock’n Force :
Le cumul des talents ne vaut rien si la magie n’opère pas. Mais la symbiose entre le frontman Michael Sweet et le génial guitariste George Lynch est tellement évidente qu’ils semblent capables de réoxygéner le Hard Rock et son essence-même à chaque réunion. Et ce troisième opus de SWEET & LYNCH indique que ces deux-là sont loin d’être à court d’imagination, tant « Heart & Sacrifice » est accrocheur et tellement Heavy.
SWEET & LYNCH
« Heart & Sacrifice »
(Frontiers Music)
Un peu moins de dix ans après leur rencontre musicale et un premier album (« Only To Rise » – 2015), Michael Sweet et George Lynch remettent le couvert pour donner suite à « Unified » (2017). Le duo avait fait des étincelles grâce à l’incroyable combinaison entre la puissante voix du leader de Stryper et toute la dextérité et le talent de l’ex-Dokken et Lynch Mob. Avec « Heart & Sacrifice », SWEET & LYNCH refait parler la poudre.
Vocalement irrésistible, Michael Sweet offre une véritable démonstration de force. A l’instar de ce qu’il produit avec son groupe depuis plus de 25 ans, en solo ou avec Iconic, il reste égal à lui-même et le temps ne semble n’avoir aucune emprise. Les grands chanteurs ne sont pas légion et il en fait définitivement partie. La vigueur mélodique et ce côté fédérateur de SWEET & LYNCH lui doit beaucoup cette fois encore.
Quant à George Lynch, il semble avoir mis de côté les domaines plus expérimentaux qu’il a abordé (avec talent !) ces dernières années pour revenir à ses propres fondamentaux, à savoir la fougue ultra-précise des riffs de ses débuts. Cette énergie et cette créativité ne l’ont jamais quitté et SWEET & LYNCH ne brillerait pas non plus sans lui. Avec un tel duo, le Hard Rock a de beaux jours devant lui et c’est très réjouissant !
Relativement épurés, mais compacts et avec suffisamment d’épaisseur dans les guitares, les morceaux de cette deuxième réalisation de RUSTY BONEZ révèlent une belle inspiration de la part des Grecs. D’ailleurs, « Brainworm » repose sur une rythmique libérée par un souffle Stoner terriblement Heavy, qui flirte parfois avec des sonorités Sludge enthousiasmantes. Solide et entraînant !
RUSTY BONEZ
« Brainworm »
(Vinyl Store Gr.)
RUSTY BONEZ fait partie des très bonnes formations Stoner dont la Grèce a le secret. En un peu moins de dix ans, le quatuor s’est forgé une solide petite réputation, résultat d’un travail acharné depuis son premier album « Wrath », sorti en 2017. Après la parution de celui-ci, le groupe a enchainé les concerts ce qui lui permet aujourd’hui d’afficher des compositions radieuses sur ce nouveau « Brainworm ».
Freiné dans son élan par la pandémie, RUSTY BONEZ a du se résoudre à renouveler la moitié de son line-up, et c’est donc plein de fraîcheur et d’envie qu’il réapparait sur ce deuxième opus. Avec « Brainworm », les Hellènes nous baladent dans un univers très Stoner donc, avec de multiples influences Heavy Rock et même parfois Grunge (en nettement plus musclé). En résumé, on navigue entre Clutch et Black Label Society.
Grâce à son frontman à la voix puissante et accrocheuse, RUSTY BONEZ dégage une énergie très communicative et les mélodies accentuent l’impact des riffs, le tout sur un groove enivrant (« Nowhere », « If », « Pile Of Stones », « Brainworm », « Shadow Of Faith »). La grande variété de l’album est également très bien mise en valeur par le mastering de George Nerantziz (Pain Of Salvation, Gus G). Bref, une bonne grosse claque !
On vit une époque formidable ! Et c’est même un doux euphémisme lorsque l’on voit à quelle vitesse et surtout dans quelle proportion la médiocrité devient de plus en plus envahissante. Sans remontrer jusqu’au sommet de l’Etat (et de tant d’autres) ou dans les hautes sphères du pouvoir, de la finance ou de l’industrie plus globalement, restons juste dans le domaine de la musique. C’est déjà pas mal… y compris artistiquement.
Je me souviens d’une époque pas si lointaine où l’on parlait du ’monde de la musique’. Aujourd’hui, on dit simplement ‘l’industrie musicale’. Tout est résumé et on pourrait même s’arrêter là. Sauf qu’il reste d’autres petites choses, devenues habituelles, qui me gênent et même m’insupportent. Cela dit, depuis que n’importe qui peut sortir n’importe quoi, il faut plus de monde pour faire passer le mot. Alors, il y a des failles… qui s’accroissent.
Il y a encore peu de temps, un attaché-de-presse savait de quoi il parlait. On était entre passionnés, bien avant l’avènement du marketing. Les interlocuteurs d’aujourd’hui ont bien changé et ont muté en vendeurs et vendeuses. La musique, c’est comme les pâtes et le shampoing finalement. Et donc, ils se sentent obligés de nous expliquer ce que l’on va écouter à grand renfort de ‘FFO’ et de ‘Pour les Fans De’… Des fois que !
On pourrait juste nous dire qu’il s’agit de tel ou tel style, mais non, on a besoin de comparaisons, faute de culture. Comme si on ne savait pas de quoi l’on parle, que l’on était totalement ‘inculturé’ et qu’on avait besoin qu’on nous tienne la main… fermement. Cela dit, certains en ont besoin, c’est vrai. Mais le plus triste, c’est que les groupes indépendants entrent maintenant dans la boucle. Et les rapprochements sont aussi flatteurs que comiques.
Voilà donc où nous en sommes. Alors forcément, je me sens souvent assez seul. On ne parle plus musique avec ceux qui la distribuent, on attend juste le résultat, la publication. D’ailleurs, on peut descendre un artiste sans que son communicant s’en aperçoive. Cet assistanat dans mon travail devient vraiment gênant. Et ce sont les mêmes qui font la promo et la comm’ de tous ces ‘Tribute Bands’ qui se réunissent dorénavant en festival, carrément !
Si l’on considère la musique comme un art, ne doit-on donc pas faire preuve d’un minimum de respect ? Occuper l’espace avec un album comme on place un produit en tête de gondole au supermarché n’est-il pas un peu déplacé ? Surtout lorsqu’on voit que cette même musique ne nourrit plus son homme, un changement d’attitude et de braquet ne serait-il pas bienvenue ? Je garde espoir et c’est pourquoi l’indépendance de Rock’n Force est vitale !
Alors, écoutez avec vos oreilles plutôt que sur l’étiquette. La curiosité est un bien joli défaut !
Combative et pleine d’ardeur, c’est une ANA POPOVIC ressourcée et d’un optimisme incroyable qui revient avec « Power » sur le devant d’une scène qu’elle ne quitte plus. L’artiste a écrit et composé cette nouvelle réalisation à un moment compliqué pour elle et son Blues coloré montre une vigueur et une puissance mélodique rare et d’une authenticité qui force le respect.
ANA POPOVIC
« Power »
(ArtisteXexclusive Records/Socadisc)
Mener de main de maître une superbe carrière durant 25 ans n’exclue pas de devoir traverser les difficiles épreuves de la vie. C’est précisément ce que vient de faire ANA POPOVIC qui a trouvé dans la musique, bien aidée par sa Stratocaster de 1964, la force et la détermination pour vaincre la maladie. Et il en résulte ce majestueux « Power », soigneusement élaboré à Detroit, une cité tellement emblématique.
Et ce combat, la virtuose serbe l’a effectué main dans la main avec son bassiste et ami Buthel Burns, comme en témoigne la pochette de ce très bon treizième album. Malgré sa production très feutrée, « Power » sonne comme une libération à l’ambiance festive et enjouée. Groovy et sensuel, le registre d’ANA POPOVIC passe d’un Blues aérien à un Rock nappé de Soul, le tout entrecoupé de quelques éclats de Funk et de Jazz.
Malgré une configuration assez ‘Big Band’, l’ensemble est comme toujours d’une grande sobriété, la guitariste s’évertuant à se mettre au service des morceaux, tout en gardant le panache qu’on lui connait (« Queen Of The Pack », « Power Over Me », « Flicker’n Flame »). ANA POPOVIC se régale, cela s’entend, et nous régale aussi en éclaboussant de son immense talent ce nouvel opus, l’un de ses meilleurs. Immanquable !