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Blues Rock International

Albert Castiglia : so british [Interview]

Sorti au cœur de l’été, « Grits & Glory » est probablement l’album le plus étonnant du guitariste et chanteur américain. Envoûtant dans le son et les ambiances, percutant comme il sait le faire à travers ses riffs et ses solos, ALBERT CASTIGLIA offre cette fois une saveur très british à son Blues Rock. Enregistré aux célèbres studios Abbey Road de Londres, on se doute bien qu’il s’est laissé porté par des influences anglaises qu’il n’a d’ailleurs jamais reniées. Saisi en formule trio, l’ensemble est direct et dégage une proximité vraiment immédiate. Difficile de lâcher ce treizième opus du bluesman, dont l’univers se dévoile finalement au fil des disques. Rencontre avec un artiste au style très libre et à l’instinct redoutable.

– Tout d’abord, puisque ce nouvel album a été enregistré à Londres, j’aimerais savoir quel impact le Blues britannique a eu sur ton jeu, toi qui as grandi en Floride et à Chicago, où le style est très prononcé et assez unique ?

Le Blues britannique a eu une influence majeure sur moi. Mon oncle possédait de nombreux albums de Led Zeppelin, des Who et des Rolling Stones, et c’est grâce à lui que j’ai découvert leur musique. Eric Clapton a été ma plus grande influence à mes débuts, et c’est lui qui m’a fait découvrir le Blues de Chicago. Ce sont les bluesmen britanniques qui m’ont finalement orienté vers Muddy Waters, Howlin’ Wolf et d’autres.. (Sourires)

– L’idée d’enregistrer un album à Londres, aux studios Abbey Road, t’est venue en parlant avec Olly Overton de Gulf Coast Records. Entre-temps, tu assorti « Righteous Souls » en solo, ainsi que « Live In Canada » et « Help Yourself » de Blood Brothers avec Mike Zito. Avais-tu déjà en tête l’idée d’un album réalisé en Angleterre pendant toutes ces années, et comment envisageais-tu cette future expérience ?

En fait, l’idée d’enregistrer à Londres m’est venue au début de l’année dernière. Olly m’a proposé d’enregistrer au Royaume-Uni et, un peu par plaisanterie, je lui ai suggéré de se renseigner sur Abbey Road. Il a pris la chose au sérieux et a réservé une semaine à Abbey Road en décembre. Je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, mettre les pieds à Abbey Road ! (Rires) La vie m’a tellement donné et continue de le faire. J’en suis très reconnaissant ! (Sourires)

– « Grits & Glory » reflète clairement ton style et il reste fidèle à tes albums précédents, avec toutefois quelques touches distinctives. L’idée de faire un album entièrement consacré au Blues britannique t’a-t-elle traversé l’esprit, ou était-ce plutôt l’expérience du lieu qui comptait pour toi ?

L’album, de par son ambiance typiquement britannique, était déjà imprégné de cette identité, ne serait-ce que par le fait d’être enregistré dans ce studio. Nous avons utilisé des amplis Marshall et Vox AC 30 pour l’enregistrement. Mon producteur, grand disciple de George Martin, a employé certaines de ses techniques pour donner à quelques morceaux une sonorité proche des Beatles. Cependant, mes autres influences sont très présentes sur l’album : beaucoup de Southern Rock, de Blues américain, de Funk, de R&B, de Jazz afro-cubain… On y trouve un bel équilibre avec d’autres genres ! (Sourires)

– J’imagine que jouer et enregistrer aux studios Abbey Road est une expérience incroyable pour un artiste, ne serait-ce que pour l’Histoire qui imprègne ces lieux. Pourtant, vous y êtes allés en trio et « Grits & Glory » a également été enregistré en live. Alors, au final, y a-t-il eu plus de joie que d’appréhension ?

Uniquement de la joie ! (Sourires) Le groupe et moi avons savouré chaque instant. Si j’avais eu vingt ans, j’aurais peut-être été nerveux, mais j’ai la cinquantaine maintenant et je n’ai plus vraiment d’appréhension face aux défis, ou aux situations, qui me dépassent ! (Sourires)

– Et puis, tu ouvres l’album avec « In My America », une chanson très forte sur les divisions aux Etats-Unis. L’as-tu finalement composée comme un message aux Anglais, et plus largement aux Européens, parmi lesquels tu séjournais, car le symbolisme pourrait être très pertinent dans la situation actuelle ?

Mon message s’adresse à tous ceux qui veulent bien l’écouter. J’aurais enregistré cette chanson que je sois aux Etats-Unis, ou non. Quand j’écris une chanson, elle doit être sincère. Mon pays est plus divisé que jamais, au point que le monde entier le sait. Ne pas en parler serait fermer les yeux. Mes albums sont comme des journaux intimes sur disque. Nous avons bien plus de points communs que de différences. C’était le message principal que je voulais transmettre avec « In My America ».

– Comme on l’a dit, tu travailles sur cet album depuis quelques temps déjà. Concernant la composition, tant les paroles que la musique, astu défini le son global de l’album au fil du temps, ou tout s’est-il mis en place rapidement avant ton départ pour l’Angleterre ?

La majeure partie était prête. Nous avons peaufiné quelques détails à la dernière minute concernant les paroles et les arrangements, mais l’essentiel a été finalisé aux Etats-Unis.

– D’ailleurs, si on écoute attentivement « The Milk Is Still Good », on peut reconnaître un extrait de la mélodie de « Come Together » des Beatles. Est-ce une sorte d’hommage subtil que tu voulais glisser, puisque tu étais dans le studio où ils enregistraient souvent ?

Le subconscient est une chose merveilleuse ! (Sourires) Tout ce que je compose est une compilation de toutes les musiques qui m’ont influencé, donc cela ne me surprend pas que tu aies repéré « Come Together » dans « The Milk Is Still Good »… (Sourires) Ce n’était pas intentionnel, mais parfois l’univers nous réserve des surprises… (Sourires)

– Etonnamment, « Grits & Glory » dégage une impression assez différente des précédents : celle d’une grande liberté artistique, qui te permet de révéler d’autres facettes de ton jeu. L’idée de départ était-elle de te laisser carte blanche et de développer pleinement les vastes émotions que le Blues évoque, c’est-à-dire sans aucune limite ?

Oui, c’est ainsi que j’aime travailler. Il y a un mouvement dans mon pays, qui veut restreindre les sentiments, les pensées et les opinions et cela se déverse dans la créativité. J’ai toujours été un fervent défenseur de la liberté d’expression et aujourd’hui plus que jamais, les gens ont besoin de créer sans les contraintes extérieures. Je suis très heureux d’être dans un label qui me permet cette liberté. Certains veulent imposer leurs auteurs et leurs idées aux artistes. C’est leur choix, mais pas le mien. Il y a toujours des gens dans l’industrie qui signent un artiste pour en faire leur propre outil de création. Je me suis battu contre ça pendant des années et j’ai parfois perdu cette bataille. Maintenant, j’ai atteint un âge où je ne me soucie plus de ce que pensent les autres et je refuse qu’ils m’imposent leur philosophie créative. Si j’ai de la chance, il me reste encore une trentaine d’années à vivre. Je ne les passerai pas à me soumettre aux désirs de la société… (Sourires)

– J’aimerais parler un peu de la préparation de « Grits & Glory », au-delà de la composition. Quand vous êtes arrivé aux studios Abbey Road, tout était-il déjà bien en place avec ton bassiste Cliff Moore et ton batteur Ray Hangen, avec qui tu tournes également ? Ou vous êtes-vous laissé une certaine marge d’improvisation une fois sur place ?

Il y a toujours de la place pour l’improvisation. On arrive toujours en studio avec un plan de base, mais il est toujours amené à évoluer. C’est un peu comme la constitution d’un pays. Un plan peut et doit toujours légèrement dévier, car on peut trouver une meilleure idée une fois en studio. Il ne faut jamais exclure de petits changements.

– Enfin, cet été, vous étiez en Europe pour quelques concerts avec Blood Brothers, juste au moment où ton album sortait avec une photo de toi en couverture devant le célèbre Big Ben. Prévoies-tu de revenir jouer à Londres dans les prochains mois, et si possible en France également ?

Nous préparons une tournée en Europe et au Royaume-Uni pour mai 2027 environ. La France est définitivement sur ma liste. J’adore la France et cela fait longtemps que je n’y ai pas joué ! (Sourires)

« Grits & Glory » par ALBERT CASTIGLIA est disponible chez Gulf Coast Records.

Photos : Rob Blackham / Blackham Images

Retrouvez quelques chroniques de ses albums précédents, ainsi qu’avec Blood Brothers :

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Alternative Metal post-Rock

A.A. Williams : l’alignement des genres

Avec « Solstice », la Londonienne vient s’inscrire parmi les artistes les plus créatives de sa génération. Si elle est souvent affiliée à la tendance Alternative Metal, son champ d’investigation est bien plus large. De formation classique, elle insuffle à ses compositions des éléments qui dépassent largement le genre et l’aspect cinématographique élève autant la teneur de ses textes que l’ambiance de ce nouvel opus. Inclassable et pertinente.

A.A. WILLIAMS

« Solstice »

(Reigning Phoenix Music)

Malgré son apparition assez récente sur la scène européenne, A.A. WILLIAMS n’a pas mis longtemps à se faire un nom. Dès 2019 avec un EP éponyme aux sonorités acoustiques, l’Anglaise marque les esprits. « Forever Blue » (2020) et « As The Moon Rest » (2022) ont confirmé l’originalité de l’artiste, dont les prestations scéniques ont conquis de plus en plus d’adeptes. Il faut dire que son style à mi-chemin entre post-Rock, Metal et musique classique a de quoi séduire bien au-delà des habituelles chapelles musicales. Un style affirmé !

Mais il n’y a pas que cette touche avant-gardiste qui attire chez elle. Au chant, au piano, à la guitare ou au violoncelle, A.A. WILLIAMS envoûte et électrise. Avec « Solstice », son troisième album, elle franchit un nouveau cap et la production signée Matt de Burgh Daly offre un relief supplémentaire à ses compositions, lui qui officie par ailleurs à la guitare, à la basse et à la batterie. Et le line-up est complété, toujours derrière les fûts, par Wayne Proctor. Précis et d’une élégance rare, le trio impressionne autant par sa finesse que sa puissance.

Si l’on peut faire un rapide parallèle avec l’Américaine Chelsea Wolfe dans le traitement des atmosphères, il faut reconnaître à A.A. WILLIAMS la conception d’un univers très personnel. Intimiste et souvent hypnotique, elle atteint des profondeurs froides et mélancoliques, où sa voix cristalline transcende les émotions entre deux déflagrations. La Britannique bouscule les codes en faisant le lien entre des passages Metal sauvages qui viennent se fondre dans son post-Rock avec une sensation gothique étonnante (« Poison », « Outlines », « Breathe »). Incontournable.

Photo : Jake Owens

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Classic Hard Rock Hard 70's

Bad Company : golden years

Presque aussi éphémère que Free, BAD COMPANY a pourtant sorti quelques albums majeurs jusqu’au départ de son chanteur Paul Rodgers. De cette épopée, il reste des disques qui connurent le succès sur le label de Led Zeppelin, Swan Song. Les années 80 ont eu raison de cette belle aventure, malgré une suite avec un line-up remanié peu convaincant. Mais le Hard Rock très bluesy des Londoniens résonne encore chez quelques un. Ils livrent ici un beau témoignage avec une nouvelle génération, qui semble toujours s’en inspirer.

BAD COMPANY

« Can’t Get Enough : A Tribute To Bad Company »

(Primary Wave Music)

Fondé en 1973 dans la foulée de la séparation de Free par Paul Rodgers (chant) et Simon Kirke (batterie), accompagnes d’Andy Fraser (basse) et Paul Kossoff (guitare), BAD COMPANY est probablement l’un des groupes les plus sous-estimés de la scène Rock britannique. Avec le succès sous l’ère Rodgers, il en a inspiré beaucoup. Aujourd’hui, seuls le frontman et le batteur sont toujours en vie et ils peuvent se réjouir de ce bel hommage rendu par une dizaine de groupes et d’artistes, d’ailleurs étonnamment presque tous américains.

Nul n’est prophète en son pays, donc, puisque BAD COMPANY semble avoir laissé bien plus de traces outre-Atlantique que sur son île. Sur l’album, on retrouve seulement le jeune combo The Struts, originaire du nord de l’Angleterre, pour une version explosive de « Rock’n’Roll Fantasy » et Joe Elliot et Phil Collen de Def Leppard sur « Seagull ». Et le morceau est d’autant plus réussi qu’on se régale de la présence des rescapés Paul Rodgers et Simon Kirke, qui en font un moment tout en émotion et d’une réelle authenticité.

Direction les Etats-Unis pour la suite avec huit formations parmi les plus emblématiques du Hard Rock, du Southern Rock et même de la Country avec Hardy et Charley Crockett. Après la jeune garde menée par Dirty Honey et The Pretty Reckless avec une étonnante reprise de ces derniers de « All Right Now » de Free, l’artillerie lourde fait ensuite parler la poudre avec Halestorm, Black Stone Cherry, Slash avec Myles Kennedy & The Conspirators et Blackberry Smoke accompagné de Brann Dailor de Mastodon. Beaucoup d’énergie et de sincérité.

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Hard 70's Hard Blues Stoner Rock

The Lunar Effect : full light

Avec son côté roots et vintage, THE LUNAR EFFECT traverse le temps et n’en oublie pas pour autant d’être finalement très contemporain. Energique et intense, le quintet multiple les embardées, se faisant bluesy ou très compact, avec autant de facilité que d’inspiration. Entre calme et tempête, « Fortune’s Always Hiding » navigue sur un groove dynamique, une voix puissante, des riffs tranchants et des claviers qui offrent des atmosphères intemporelles aux contrastes toujours bien sentis. Une nouvelle réalisation, qui ne manque pas de panache !

THE LUNAR EFFECT

« Fortune’s Always Hiding »

(Svart Records)

Après s’être aguerri dans l’underground londonien dès 2017, le groupe n’a pas tardé à faire parler de lui au-delà, notamment grâce à « Calm Before The Calm », un premier album sorti deux ans plus tard. Repéré par Svart Records, THE LUNAR EFFECT sort « Sounds Of Green & Blue » l’année suivante, qui a rencontré son public et fut salué par la critique. Après avoir tourné dans toute l’Europe, les Anglais sont de retour avec « Fortune’s Always Hiding », un disque accompli sur lequel le côté massif se fond dans une grande finesse.

Riche et chaleureux, le registre des Britanniques s’inspirent des années 70 en empruntant autant au Rock psychédélique qu’au Hard Rock ou au proto-Metal. Ajoutez-y une dose de Stoner et de Blues et vous obtenez le savoureux mix de ce troisième opus. La production est solide, organique et aérée, de quoi donner des ailes à THE LUNAR EFFECT au point d’offrir une sorte d’état des lieux des dernières décennies du Rock, avec même quelques élans qui ne sont pas sans rappeler des formations plus récentes comme Alice In Chains.

Ainsi, dans les entrailles d’un style rétro assumé, on retrouve des grosses guitares, des rythmiques relevées et un chant très maîtrisé avec des similitudes qu’on peut retrouver sur la scène actuelle chez Rival Sons, notamment, ou Greta Van Fleet. Mais THE LUNAR EFFECT se distingue par une touche très personnelle, qui fait de « Fortune’s Always Hiding » un disque varié et qui témoigne d’une évolution grandissante du genre (« Feel The Hand », « Watchful Eye », « Stay With Me », « Settle Down », « A New Moon Rising »). Flamboyant !

Photo : James Bennett

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AOR Hard FM

FM : une légende intacte

D’un classicisme implacable et indémodable, « Brotherhood » est une nouvelle pierre à l’édifice des infatigables rockeurs. Avec quinze réalisations studio en plus de quatre décennies d’activité, les Londoniens ont  façonné un Rock mélodique très identifiable, où les envolées Hard Rock et cette touche bluesy cohabitent dans un ensemble fédérateur et raffiné. Une fois encore, FM se montre à la hauteur de son statut avec robustesse et virtuosité. Une nouvelle production qui ressemble à tout, sauf à un chant du cygne.

FM

« Brotherhood »

(Frontiers Music)

Caractérisé par une élégance musicale constante depuis une quarantaine d’années, le groupe fondé par les frères Overland conforte sa réputation avec un quinzième album, qui vient compléter une belle discographie. L’emblématique formation britannique ne change rien à ses bonnes habitudes et, entre AOR et pulsations Hard Rock, FM se montre d’une précision absolue et d’un raffinement pointilleux, jusque dans le moindre détail. Et les arrangements sont bien sûr subtils et les refrains toujours aussi accrocheurs.

Loin de sombrer dans la facilité, les Anglais continuent d’explorer un registre qu’ils maîtrisent parfaitement. Produit par leurs soins et enregistré par leur batteur Pete Jupp, « Brotherhood » possède un aspect scintillant, tout en gardant ce petit côté bluesy qui le rend si chaleureux. FM peut aussi compter sur la clarté et la puissance vocale de son frontman, qui compose d’ailleurs aussi un beau duo de guitaristes avec Jim Kirkpatrick. Distillant un Rock tout en mouvement, ce nouvel opus oscille entre force et émotion.

Sur des riffs entraînants et des solos millimétrés tout en feeling, « Brotherhood » présente aussi quelques surprises comme ces chœurs féminins qui apportent beaucoup de relief à « Do You Mean It » et « Just Walk Away ». Pour le reste, FM fait ce qu’il sait faire avec aplomb et l’alchimie au sein du quintet est toujours aussi évidente. La fluidité dont il fait preuve est imparable et libère une dynamique au groove assuré (« Living On The Run », « Coming For You », « Don’t Call It Love »). Loin de l’épuisement, son Rock resplendit.

Photo : Tony Ayiotou

Retrouvez aussi les chroniques de leurs derniers albums :

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Heavy metal

Ellefson-Soto : solid as a rock

Cohérent et véloce, ce deuxième effort révèle enfin de manière claire les capacités du tandem ELLEFSON-SOTO. Certes, le pédigrée des quatre musiciens à l’œuvre ici parle pour eux, mais lorsque son chanteur se montre en pleine possession de ses moyens et que les guitares flambent à ce point, c’est un vent de liberté qui se met à souffler sur « Unbreakable », le bien-nommé. La formation italo-américaine est en ordre de marche et ça cogne sévère sur un Heavy Metal puissant et très actuel.

ELLEFSON-SOTO

« Unbreakable »

(Rat Pak Records)

Après avoir participé au concert d’adieu à Ozzy il y a quelques semaines et alors que son ancien groupe vient d’annoncer la sortie de son ultime album studio l’année prochaine, l’ex-bassiste de Megadeth et lauréat d’un Grammy Award est de retour avec son dernier projet personnel en date. Trois ans après « Vacation in The Underworld », ELLEFSON-SOTO remet le couvert avec « Unbreakable » et de bien belle manière. Aux côtés du frontman Jeff Scott Soto, du guitariste Andy Martongelli et de Paolo Caridi à la batterie, le line-up est plus qu’affûté.

Si le premier album avait permis au quatuor de poser de bonnes bases et surtout de se jauger, David Ellefson et ses compagnons savent aujourd’hui beaucoup mieux où ils vont musicalement. « Unbreakable » est plus personnel et présente nettement plus de caractère que le précédent. Agressif, déterminé et percutant, ELLEFSON-SOTO a trouvé son style, peaufiné son entente et la complicité affichée en dit long sur ses intentions. Cette fois, le Heavy Metal domine largement les débats avec même quelques élans Thrash bienvenus et qui offrent du corps.

Si l’on connait déjà bien les performances de Soto et bien sûr d’Ellefson, celles du six-cordistes italien illuminent littéralement ce bel opus, d’ailleurs enregistré aux Rogue Studios de Wembley à Londres et produit par Chris Collier (Mick Mars, Korn). Dès le morceau-titre, ELLEFSON-SOTO sort les griffes, bastonne et enthousiasme. Et ça continue avec « SOAB », « Hate You, Hate Me », « Snakes & Bastards », sans oublier « Poison Tears » avec Laura Guldemond de Burning Witches et « Vengeance » avec Tim ‘Reaper’ Owens. Une bonne beigne !

Retrouvez la chronique du premier album :

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Classic Rock Hard 70's

Gypsy’s Kiss : beyond time

Formé une première fois il y a 50 ans et donc juste avant la déferlante de la NWOBHM, les Britanniques auraient pu suivre cette voie royale. Mais après une longue absence, ils ont jeté leur dévolu sur un Classic Rock musclé faisant la part belle aux guitares et aux refrains bien ciselés. Avec « Piece By Piece », GYPSY’S KISS poursuit finalement son début de carrière avec une fougue de jeunes premiers, qui semblent galvaniser le sextet londonien.

GYPSY’S KISS

« Piece by Piece »

(Independant)

Chez la plupart des groupes fondés dans les 70’s, et notamment en Angleterre, on retrouve toujours cette petite part de légende, de celle qui vient s’ajouter à la grande Histoire. GYPSY’S KISS ne déroge pas à la règle. Créé dans l’Est de Londres en 1974, l’aventure s’arrête pourtant l’année suivante après quelques concerts et vierge de tout enregistrement. Seulement, le chanteur et guitariste David Smith a fondé le combo avec un certain Steve Harris à la basse. Le mythe se joue souvent sur un détail.

Réactivité en 2018 avec plusieurs membres originels, mais sans celui parti bâtir Iron Maiden, GYPSY’S KISS a sorti un  premier single (« Influence » en 2019), deux EPs (« Heart Crazed Vole And Other Talls » en 2019 avec une ressortie dans le foulée), puis l’album « 74 » paru en 2021. Après deux titres l’an dernier (« We’ve Come To Play », et « Jack For All Times ») qui figurent d’ailleurs sur « Piece By Piece », les Anglais se présentent donc avec un deuxième long format bien produit et qui garde intactes les saveurs de leurs débuts.

Fidèle à un Classic Rock intemporel tirant sur le Hard Rock et plus légèrement sur le Heavy, GYPSY’S KISS avance avec une armada de trois guitaristes, un claviériste inspiré et une rythmique groovy. Cela dit, l’ensemble ne sonne pas vraiment vintage et affiche plutôt une fraîcheur actuelle. Mélodique et accrocheur, « Piece By Piece » est abouti et soigné et ses morceaux ne manquent de diversité (« War Of The World », « Spirit Of Lost Years », « A Soldiers Tale », « Electrify Me »). A noter la belle prestation de son vigoureux frontman.

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Blues Soul

Eva Carboni : bluesy overview

Dotée de l’une des plus belles voix du Blues actuel, EVA CARBONI brille de nouveau sur ce disque un peu spécial, où elle a rassemblé des inédits, des remixes de raretés et quelques pépites qui l’ont fait connaître. « The Blues Archives » peut donc se voir comme une sorte d’état des lieux d’une carrière qui ne demande qu’à gagner encore plus en notoriété et en reconnaissance, tant ses performances vocales sont habitées et uniques. Encore un beau moment !

EVA CARBONI

« The Blues Archives »

(Mad Ears Productions)

Après un troisième album sorti en novembre dernier, « Blues Siren », EVA CARBONI nous fait le plaisir de se présenter aujourd’hui avec « The Blues Archives ». Constitué de morceaux inédits et d’autres moins connus, ce nouvel opus est encore un ravissement, où elle s’illustre grâce à sa voix limpide, puissante et très Soul. La chanteuse née en Sardaigne et basée à Londres propose également de nouveaux mixes de ses titres les plus représentatifs, l’occasion de se familiariser avec son répertoire sur un même disque.

Toujours accompagnée par son ami le producteur anglais Andy Littlewood, également excellent guitariste, bassiste et claviériste, EVA CARBONI propose un mélange de Blues et de Rock et cette ambiance très feutrée aux accents jazzy est vraiment enveloppante. Il faut aussi préciser que l’Italienne est remarquablement mise en valeur par des musiciens exceptionnels. Aux guitares, Mick Simpson et Andrias Linsdell se relaient à merveille, Pete Nelson fait groover la rythmique et Dave Hunt enflamme « Bad Blood » à l’harmonica.

Reparti sur onze chansons, « The Blues Archives » n’a rien de poussiéreux comme pourrait le sous-entendre son titre, c’est même tout le contraire. Le son est très homogène et offre une belle unité musicale et l’intemporalité à l’œuvre est remarquable. EVA CARBONI ouvre majestueusement avec « Someone Else’s Life », puis on retrouve les ‘Archives Mix’ de « Love Me Tonight », « Bad Blood », « The Magic » et « Wrong Turn ». Suivent le ‘Freedom Mix’ de « Goin’ Back Home » et le très bon ‘Bar Room Mix’ de « A Woman Scorned ». Resplendissante !  

Retrouvez l’interview de l’Italienne à l’occasion de la sortie de « Blues Siren » :

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Classic Hard Rock Rock Hard

Star Circus : intrépide

Avec « From The Wreckage », STAR CIRCUS vient assoir une position déjà séduisante entrevue sur « Separate Sides ». Avec un titre qui vient habillement faire mentir son contenu, le duo, qui a doublé de volume entretemps, se montre à la hauteur d’un héritage musical qu’il ne cherche même pas à cacher. Classique sans être poussiéreux, les Britanniques s’inscrivent dans une lignée déjà bien tracée et s’y engouffrent avec plaisir en apportant une touche de fraîcheur à un Rock rassembleur et percutant, sans être nostalgique. Deuxième essai transformé !

STAR CIRCUS

« From The Wreckage »

(Renaissance Records)

Trois ans après un premier effort, « Separate Sides », qui avait valu aux Londoniens une belle reconnaissance nationale, STAR CIRCUS fait un retour en force avec « From The Wreckage ». Et le duo initialement composé de Tony Winkler (chant, guitare) qui avait d’ailleurs produit le premier opus et Sophie Aurelia Young (basse, chant) accueille Reuben O’Donoghue (batterie/chœurs) et les guitaristes Tom Draper (ex-Carcass, Spirit Adrift) et Ritchie Mohicano (Dobermann), venus renforcer les rangs. La nouvelle configuration a fière allure et l’entente est claire. Autour d’un Hard Rock qui évolue entre Classic Rock et un Glam Metal estampillé 80’s, l’ensemble est enthousiasmant.

Signé sur le label Renaissance Records basé en Arizona, les Anglais sous-entendent que leur projet vise l’international et « From The Wreckage » devrait leur permettre, en effet, de quitter leur île sans trop de mal. L’album est plus que cohérent, malgré quelques grands écarts stylistiques bien maîtrisés et franchement bien sentis. STAR CIRCUS est absolument ancré dans son temps et la variété des compositions vient confirmer le savoir-faire du quatuor, qui est assez bluffant en termes de mélodies avec des refrains qui restent en tête. La machine est parfaitement huilée et les membres plus qu’aguerris.

Et ce qui frappe aussitôt également sur « From The Wreckage », c’est la combinaison des deux six-cordistes, qui jouent à armes égales et se partagent très bien les riffs et les solos, se relayant avec beaucoup de finesse et sans se marcher dessus. STAR CIRCUS se montre volontiers ambitieux, alternant des élans musclés et des passages plus sombres avec une efficacité redoutable. Le frontman tient la baraque, mais quand la bassiste prend le chant sur « Masquerade », on regrette qu’elle ne le fasse pas un peu plus. Le combo se montre donc très convaincant et assène un Rock solide, enthousiasmant et personnel.

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Alternative Rock

Skunk Anansie : sans faille

Sa voix, sa silhouette et son engagement auront marqué d’une empreinte indélébile le Rock exalté des 90’s. La frontwoman Skin et ses trois compagnons d’armes sont enfin de retour avec « The Painful Truth ». Cumulant plus de cinq millions d’albums vendus, SKUNK ANANSIE a pourtant connu des passages à vide, malgré une notoriété conséquente. Peut-être parce qu’il ne triche pas, le combo a pris son temps pour élaborer ce nouvel opus et on y retrouve la même pertinence dans le propos, des mélodies entêtantes et une électricité palpable. L’ambition est intacte et le verbe haut.

SKUNK ANANSIE

« The Painful Truth »

(FLG Records)

On aurait pu croire SKUNK ANANSIE mort et enterré, mais c’était sans compter sur l’énergie qui guide le groupe anglais depuis sa création en 1994. Après des débuts fracassants avec les monumentaux « Paranoid & Sunburnt » (1995), « Stoosh » (1996) voire « Post Organic Chill » (1999), on ne voyait pas bien qui, ou quoi, pouvait les arrêter. Pourtant, une longue pause de 2001 à 2008 l’a fait un peu passer au second plan, et malgré trois albums, le quatuor n’a jamais véritablement retrouvé son aura originelle. La faute probablement à une époque en pleine mutation à laquelle l’adaptation a mis du temps à se faire.

Neuf ans après « Anarchytecture », SKUNK ANANSIE livre son septième opus et celui-ci pourrait bien être celui de la renaissance et d’une impulsion créatrice retrouvée. Toujours menée par sa charismatique (le mot est faible pour qui l’a vu sur scène) chanteuse Skin, la formation londonienne se met à refaire ce qu’elle fait de mieux : un Alternative Rock mélodique, accrocheur, engagé, car il ne saurait en être autrement, et surtout percutant et provocateur à souhait. Sur « The Painful Truth » au titre si évocateur, le groupe paraît même ouvrir un nouveau cycle avec l’assurance des grands.

Après une sérieuse remise en question, les Britanniques ont retrouvé cette fraîcheur et ce dynamisme qui les a toujours caractérisés. Riche en textures et très bien produit, SKUNK ANANSIE se montre ambitieux, tenace et livre autant de paroles et de refrains qui restent ancrés instantanément. Sans remettre en question son style et son jeu, l’évolution est pourtant manifeste. Et cette hargne militante avec ses positions politiques et sociales affirmées resplendit (« An Artist Is An Artist », « Shame », « Cheers », le dubesque « Shoulda Been You » à la Nina Hagen, « Animal » et le tendre « Meltdown »). Quel retour !

Photo : Rob O’Connor