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Heavy metal Old School Speed Metal

Scavenger : un Heavy aussi Metal qu’authentique

Originaire d’Antwerp (Anvers pour nous autres), SCAVENGER ressuscite avec panache d’une hibernation de quelques décennies et fait même son retour sous une formation entièrement remaniée. Avec une chanteuse à la fois fédératrice et captivante, le combo continue de marier avec la manière le Heavy de la NWOBHM, et donc des 80’s, avec un Hard Rock du même cru et quelques passages Speed Metal. Autant dire un vrai bain de jouvence pour certains et une belle initiation pour la jeune génération. Avec « Beyond The Bells », les Diables Rouges sonnent le tocsin avec force !  

SCAVENGER

« Beyond The Bells »

(No Remorse Records)

Depuis la pochette de l’album jusqu’au look des musiciens et forcément à travers la production, SCAVENGER fait plus que jouer la carte du Old School et du vintage : il le vit totalement. Avec une histoire chaotique due surtout à l’arrêt des activités de son premier label, Mausoleum Records, les Belges se sont éclipsés de 1986 à 2018. Une très, très longue pause, qui se traduit par une nouveau line-up, mais aussi par un souffle nouveau, qui redonne une vigueur pleine de fraîcheur à un style d’une éternité incontestable. Pas d’accélération Power Metal, pas de lignes de violons symphoniques : juste du vrai Metal !

Malgré un retour aux affaires pourtant impulsé par les membres originels Marc Herremans à la guitare et le batteur Luc Ebinger, ceux-ci quittent le groupe juste après la sortie du single « Backslider » en 2020. Place nette donc pour ce deuxième effort de SCAVENGER, où l’on retrouve tout de même les bases posées en 1985 sur « Battlefields ». Depuis quatre ans, c’est donc un quintet entièrement refondé, qui a repris le flambeau et de très belle manière. Il est toujours question d’hymnes à la NWOBHM, de fulgurances Speed Metal et de refrains Hard Rock entêtants et accrocheurs. Et « Beyond The Bells » claque avec classe !

Sur une intro de près de deux minutes, SCAVENGER annonce la couleur : elle sera puissante et mélodique. Mené de main, et surtout de voix, de maître(sse) par sa frontwoman Tine ’Lucifera’ Callebaut, on y retrouve quelques clins d’œil à sa compatriote d’Acid, ainsi que du côté de Warlock, ce qui fait toujours très plaisir. Le nouveau duo de guitaristes réalise un travail de dingue, entre riffs tendus et solos millimétrés (« Black Witchery », « Watchout ! », « Streetfighter », « Hellfire », « Crystal Light »). Nos amis du ‘Plat Pays’ nous régalent, se font plaisir et, finalement, n’est-ce pas ce que l’on attend d’un bon album de Heavy Metal ?  

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Blues Rock Heavy Blues International

Thomas Frank Hopper : génération crossover [Interview]

THOMAS FRANK HOPPER fait partie de cette génération d’artistes qui s’est nourrie d’un vaste spectre musical, et qui a su en garder le meilleur. Résolument Rock dans ce qu’il a de plus ‘Classic’, à savoir les bases posées dans les 70’s et qu’il a fortement modernisé, le Belge évolue pourtant dans un Blues nerveux et actuel. Avec « Paradize City », son dernier album en date, le guitariste et chanteur revitalise un genre, qui fait d’ailleurs son retour sur le devant de la scène. Entretien avec un passionné de musique, bien sûr, et aussi d’instruments et à l’univers très personnel.     

Photo : Nathalie Paesmans

– Avant de parler de « Paradize City », j’aimerais que l’on revienne sur ton parcours, qui n’est pas vraiment linéaire. Avant de te lancer en solo, tu as joué notamment dans Cheeky Jack que tu avais fondé et dans un registre plus Pop. Avec le recul, tu penses que c’était une sorte de tremplin ?

Tout d’abord, merci de m’accorder cette interview. Il est important que les artistes ‘locaux’ aient accès à différents médias pour s’exprimer. Merci donc à toi !

Donc, oui, absolument. Cheeky Jack a été mon premier groupe avec lequel je me suis fait les dents. Nous étions six musiciens et ce fut une grande expérience pour moi. Nous étions jeunes à l’époque, avec des désirs différents les uns des autres. A la fin, les tensions étaient trop palpables et, personnellement, je ne me retrouvais plus trop dans le style que nous jouions sur scène (une espèce de Pop-Rock plutôt groovy). Mais j’en garde un bon souvenir.

– Ensuite, il y a eu l’EP « No Man’s Land » et l’album « Searching Lights ». La direction musicale était encore différente. Cela t’a paru complexe de trouver ton style ? Tu as ressenti le besoin d’expérimenter encore un peu plus et dans divers courants musicaux ?

Pour moi, ce sont des essais. Sortes d’ébauches pour trouver ma voie. J’en parle rarement, car elles ne correspondent pas vraiment à ce que je propose à mon public aujourd’hui. A l’époque, je n’avais pas vraiment trouvé mon style, ni même les musiciens dont j’avais besoin. J’ai travaillé avec plusieurs artistes d’horizons très différents. Par conséquent, ces deux compilations musicales sont un ‘mach-up’ de plusieurs compositions très variées. Cela m’a permis de trouver ma véritable identité musicale.

Photo : Loreta Mander

– J’ai pu lire que c’est un voyage au Pays de Galles qui a en quelque sorte révélé, ou réveillé, ton identité musicale. En dehors de la découverte de la guitare Weissenborn, dont on reparlera, en quoi le pays a-t-il déclenché en toi le besoin de composer une musique plus roots et surtout plus authentique ?

Je ne pense pas que ce soit le Pays de Galles en tant que tel qui ait éveillé mon identité musicale. Je pense que c’est le voyage en lui-même. Dans ma famille, nous avons tous la bougeotte. Mes sœurs et moi aimons voyager. Et nous avons beaucoup bourlingué. C’est un héritage que mes parents nous ont légué depuis que je suis né. Ils nous ont toujours emmenés dans leurs périples, en Afrique notamment. Ma mère y travaillait alors comme institutrice et mon père en tant qu’ingénieur-architecte.

Et dans ma vingtaine, j’avais l’habitude de partir seul avec mon sac à dos pendant des semaines, en auto-stop, pour me perdre dans des contrées inconnues. Je pense sincèrement que nos voyages dans cette vie ne sont pas aléatoires ou désordonnés. Au contraire, ils sont tissés de manière complexe, nous menant aux endroits et aux gens que nous sommes destinés à rencontrer. Chaque personne que nous rencontrons, chaque expérience que nous vivons avec d’autres, ou seul dans la nature, nous façonnent et donne un sens à notre vie.

Photo : Yves Maquinay

– Est-ce que c’est ce ‘déclic’ qui t’a plongé plus profondément dans le Blues, le Classic Rock et le Blues Rock, ou est-ce que c’est une culture musicale que tu possédais déjà ?

Quand j’étais enfant, dans la voiture de mon père, j’écoutais déjà le Blues de Lightnin’ Hopkins ou de Ray Charles, mais également le Rock de Supertramp, The Rolling Stones, Janis Joplin, The Doors, Pink Floyd ou Genesis. Alors bien sûr, aujourd’hui encore, je suis inspiré par ces formidables musiciens. Cela dit, je dois bien avouer que le Rock n’a jamais cessé de battre dans mon cœur depuis le jour où j’ai découvert « Nevermind » de Nirvana, seul dans ma chambre d’adolescent sale et désordonnée. Je fais partie de cette génération ‘crossover’, où les styles musicaux se sont fortement mélangés, parfois avec des résultats surprenants. Adolescent, j’ai donc beaucoup écouté des groupes légendaires comme Led Zeppelin, Aerosmith, Guns N’Roses et des artistes comme John Butler, Ben Harper, Alanis Morissette, Sheryl Crow ou Lenny Kravitz. Mais également des groupes comme RHCP, Foo Fighters, Limp Bizkit, Blink 182, NOFX, System Of A Down, RATM ou même Deftones. Ainsi que quelques groupes de Rock français comme Noir Désir, Louise Attaque ou Mathieu Chedid. Quel que soit le style, tous ces musiciens ont contribué à nourrir ma passion, et certains d’entre eux m’inspirent encore énormément aujourd’hui. C’est pour cela que je définis ma musique comme un véritable ‘Crossover’ entre du Blues et du Rock.

– Parlons de cette fameuse et galloise Weissenborn, qui s’apparente à une lapsteel. Est-ce que c’est un type d’instrument que tu avais déjà pratiqué, toi qui est guitariste ?

Comme je le disais, j’ai beaucoup voyagé. Et une année, je me suis donc retrouvé au Pays de Galles. Par hasard, je suis tombé sur une famille de luthiers, qui fabriquait des Weissenborn. Cela m’a rappelé que certains des artistes que j’ai toujours admirés utilisaient, et utilisent encore, cet instrument incroyable, dont le son m’est si cher. Je suis revenu en Belgique avec une Weissenborn sur le dos. Et depuis, elle ne me quitte plus. Je ne cesse d’apprivoiser cet animal mystérieux.

– Par rapport à une guitare classique, en quoi l’approche est-elle différente pour toi ? Elle te permet d’explorer des sonorités particulières qui manquaient jusqu’alors à ton registre ?

En réalité, la Weissenborn est une marque hawaïenne de guitares en bois de koa, un bois originaire d’Hawaï justement. Personnellement, j’utilise peu la Weissenborn sur scène. J’utilise plus la lapsteel électrique. Mais que ce soit la lapsteel ou la Weissenborn, j’adore le son que cela produit et la façon dont la Steelbar glisse sur les cordes. On ne pince pas les cordes ici, on fait glisser la steelbar dessus, ce qui donne le côté slide. Et effectivement, les couleurs que cela produit sont différentes d’une guitare classique. Et j’adore !

– Pour l’anecdote, je t’ai vu jouer sur une lapsteel conçue sur une planche de skateboard. Quelles sont les sensations que cela procure, car c’est plutôt insolite ? Et est-ce que, dans un autre registre, tu fais un parallèle avec la cigarbox ?

L’instrument a été fabriqué par un ami luthier dans son atelier de Bruxelles, Rafael Van Mulders (Jug Instruments). C’est un instrument inhabituel, en effet. Avant de devenir un instrument de musique, cette planche a été utilisée comme skateboard. Véridique ! C’est en quelque sorte une seconde vie qu’on lui donne ici. Les gens sont toujours intrigués lorsque je l’utilise sur scène. J’ai décidé de l’appeler la ‘lapboard’, car c’est un mélange entre la lapsteel et le skateboard. Par ailleurs, j’aime beaucoup la cigarbox que j’utilise d’ailleurs dans un des titres du nouvel album, « April Fool ». Et en effet, le son de ma lapboard est très proche de celui d’une cigarbox, même si je trouve qu’il est plus complet.

Photo : Loreta Mander

– « Paradize City » est sorti il y a quelques semaines et il donne l’impression que tu as réalisé l’album qui te ressemble sans doute le plus. Il marie un Classic Rock nerveux et moderne avec des touches de Blues appuyées, authentiques et savamment dosées. La production est également très organique et brute. C’est le disque que tu en avais en tête dès le début ?

Merci beaucoup. On est très content du résultat final. Pourtant, ça n’a pas été simple de sortir cet album. On a pas mal hésité sur les voix et le mix. Notre ingénieur du son, Alexandre Leroy, a fait un boulot formidable. Encore une fois, c’est un beau travail d’équipe. Nous nous sommes pas mal inspirés de groupes mythiques actuels que nous écoutons régulièrement comme Rival Sons, Queens of the Stone Age, Larkin Poe, Dewolff… Et le résultat est très satisfaisant.

– S’il y a un gros travail sur les guitares, il y a également un grand soin apporté aux parties vocales. Tu as donné autant d’attention à l’une et à l’autre, ou as-tu privilégié l’un des deux aspects ? Car tu évolues aussi en quintet avec un second guitariste…

En réalité, nous avons enregistré tous les instruments au studio Six, à Bruxelles. On fait du Blues Rock moderne, donc il nous faut une belle ‘room’ pour les grattes et la batterie. Pas de click, pas d’auto-tune (beurk !) et, excepté pour les solos guitares et quelques rajouts post-prod’, on a enregistré les instruments simultanément, c’est-à-dire qu’on joue tous ensemble.

Pour les voix, j’ai tout fait chez moi. J’ai besoin de ma bulle, mon espace et ma machine à café à porter de main. Quand je m’attaque à l’enregistrement des voix, je n’aime pas être dérangé. J’ai besoin de me couper du monde. Cela m’aide à sentir les couleurs des morceaux. Je peux alors donner le meilleur de ce que j’ai.

Photo : Marc Gilson

– Cette formule électrique sur l’album te va très bien et tu joues aussi régulièrement en formule acoustique en concert. Dans quel registre es-tu le plus à ton aise ? Et ce dernier t’ouvre-t-il d’autres possibilités artistiques ?

La scène nourrit l’esprit et le corps de tout musicien. Donc peu importe la formule, on est toujours heureux d’être sur scène. Alors, il est vrai que de temps en temps, nous proposons le duo, lorsque la situation s’y prête. C’est très agréable, car le jeu en acoustique crée une atmosphère chaleureuse et intime. Cela donne beaucoup d’espace à ma voix et je peux varier davantage les couleurs. Mais pour découvrir un album en concert, il n’y a rien de mieux qu’un groupe au complet. C’est lorsque nous sommes cinq sur scène que toute l’énergie vitale et l’âme du projet se révèlent.

 – Enfin, alors que « Paradize City » a une dominance plus Rock que Blues, as-tu dans un coin de la tête l’idée de faire un album entièrement Blues à l’avenir ?

Mmmmm… Pas sûr. Je vais décevoir les puristes de Blues ! (Rires) Mais je ne suis pas un musicien de Blues, du moins je n’ai pas la prétention de l’être. Je fais ce que je sais faire de mieux, c’est-à-dire un mélange de Blues et de Rock : un ‘crossover’. Finalement, ma musique n’est que le reflet de mon âme. Une âme nourrie par tous mes voyages et qui trouve de l’inspiration à travers les œuvres de ces artistes de Blues, de Rock et de ceux qui ont judicieusement mélangé les styles, ajoutant ainsi des couleurs à une palette déjà existante.

Encore plus d’infos sur le site THOMAS FRANK HOPPER :

www.thomasfrankhopper.com

Retrouvez la chronique de l’album :

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Folk/Americana

Colline Hill : gravir les émotions

Ce quatrième album de COLLINE HILL vient souligner toute la force d’une voix aussi légère que puissante, qui glisse avec harmonie dans un style qui va bien plus en profondeur que la simple Folk. En surface, la sobriété des chansons semble s’effacer derrière la narration. Or c’est justement cette belle complicité entre la guitare et le chant qui libère une lumière dans laquelle une certaine universalité du propos rejoint avec élégance notre quotidien. « In-Between » interroge et hypnotise avec beaucoup d’émotion.

COLLINE HILL

« In-Between »

(Hill & Lake Productions)

Elle aurait pu choisir l’art de la Gwerz de sa Bretagne natale, mais c’est vers l’Americana que COLLINE HILL s’est tournée pour conter ses histoires. Car dans ce style si spécifique à la culture américaine, le storytelling compte autant, sinon parfois plus, que la musique en elle-même. Majoritairement interprété en guitare/voix avec en héritage direct la Folk, la Country et le Blues, le registre va comme un gant à la chanteuse désormais installée en Belgique, après l’Irlande, un pays plus enclin à la culture musicale des Etats-Unis que la France.

Déjà présente et très bien mise en valeur sur « Shelter », son précédent mini-album sorti en 2019, c’est bel et bien la plume de COLLINE HILL qui nous guide. Soutenus par une guitare qui semble épurée de prime abord, ses textes nous transportent littéralement au cœur de cette Amérique oubliée et dont les récits résonnent tout au long de « In-Between ». La richesse de l’écriture réside justement dans cette apparente simplicité que seule l’Americana révèle au grand jour. Et la Morbihannaise en possède tous les codes.

Superbement réalisé par Géraldine Capart qui a parfaitement saisi l’univers et la musicalité de l’artiste, « In-Between » suit sur un chemin plein de poésie et si touchant de réalité. Parler d’authenticité ou de sincérité dans le chant et le jeu de COLLINE HILL est un doux euphémisme, tant la finesse et la délicatesse de sa voix captent toute l’attention (« What If », « Life’s A Ride », « Out Of The Blue », « Kate », « Mary Jane », « Winters »). Pourtant loin des Appalaches et du Midwest, la compositrice nous invite à un voyage dépaysant et si familier.

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Blues Rock Electro Southern Blues

Red Red : futur Blues

Percutant, langoureux, joyeux ou plus sombre, RED RED multiplie les atmosphères pour rendre son Southern Blues le plus attachant, le plus véritable et aussi le plus moderne possible. Et le pari est réussi sur « The Alabama Kid », un album si coloré et diversifié dans ses sonorités, qu’on se perd entre le climat d’un désert aride et l’asphalte des métropoles d’un morceau à l’autre. Créative et sans doute un peu visionnaire, cette association transatlantique de musiciens chevronnés s’engage dans une voie très personnelle savoureuse.

RED RED

« The Alabama Kid »

(Naked)

Après un long chemin entrepris pour forger leur style et peaufiner leur identité musicale, mais aussi à devenir une machine redoutable sur scène, les membres de RED RED livrent enfin leur premier effort vinylique. Et le périple proposé par la formation belgo-américaine est chaleureux et dépaysant à bien des égards. On voyage ici dans le sud des Etats-Unis sur la base d’un Southern Blues Rock savamment épicé de Bluegrass, de Country Outlaw, de Psych et d’autres surprises, qui jalonnent ce très bon « The Alabama Kid ».

Dès les premières notes de « Lay me Down Marie », on est happé par le souffle chaud qui se dégage du jeu très organique et terriblement vivant du quintet. RED RED sait où il va et lorsque la technique se met au service du feeling, la connexion est instantanée. Le combo se promène dans un univers, où l’on retrouve l’âme du Southern Rock sur des atmosphères Blues très roots, mais pas seulement. Et guidé par son guitariste et frontman Tom Beardslee, originaire de l’Ohio, l’authenticité est évidemment au rendez-vous.  

Le groupe n’en finit plus d’étonner et de surprendre. Pas question de rester dans un registre respectant à la lettre les traditions. Bien au contraire, RED RED est solidement ancré dans son temps et le DJ belge Courtasock vient nous le rappeler avec des scratches et des ambiances aussi bienvenues que bien senties (« Spoon And The Flame », « Long Black Train », « I Gotta Know », « The Cuckoo » et le morceau-titre). Entre Drum’n Bass et Boogie Blues, les Américano-belges réinventent le Blues avec talent et une fraîcheur réconfortante.

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Rock Progressif

Fish On Friday : une pêche miraculeuse

Brillant cette fois encore, le quatuor belgo-anglo-américain continue son aventure musicale entre un Rock Progressif fin et un Art-Rock très élaboré. Avec « 8mm », FISH ON FRIDAY avance dans une sorte de spleen très positif (si, si !) où les claviers se mêlent à la guitare, guidés par un chant à trois voix particulièrement bien mixé. Atmosphérique et aux multiples reliefs, cette nouvelle réalisation surprend et détend autant qu’elle envoûte.

FISH ON FRIDAY

« 8mm »

(Cherry Red Records)

Après le très bon « Black Rain » sorti il y a trois ans, la multinationale progressive livre « 8mm », un album d’une élégance renouvelée à laquelle elle nous a habitués depuis ses débuts. Toujours emprunt d’une certaine nostalgie dans ses textes et sa musique, FISH ON FRIDAY fait cette fois un clin d’œil aux vieux films amateurs à travers son titre bien sûr, et aussi dans son contenu qui met en valeur les mélodies, les harmonies, la créativité des musiciens et livre quelques surprises.

Fondé il y a un peu plus de 15 ans à Anvers en Belgique par le claviériste, chanteur et producteur Frank Van Bogaert (avec Williams Beckers parti depuis) et aujourd’hui accompagné du guitariste californien Marty Townsend, du bassiste anglais Nick Beggs et du Belge Marcus Weymaere à la batterie, FISH ON FRIDAY dévoile son univers si singulier sur des réalisations toujours aussi raffinées. « 8mm » ne déroge pas à la règle et le voyage est beau, tant l’envolée est constante.

Coproduit par Beggs et Van Bogaert, qui se partagent subtilement le chant, ce sixième opus accueille aussi la chanteuse Lula Beggs sur plusieurs titres, ainsi que Theo Travis (flûte et saxo). Délicate et aérienne, la légèreté apparente fait presqu’oublier la virtuosité du groupe et la grande qualité des arrangements. FISH ON FRIDAY se fend même d’une superbe reprise des Britanniques Metro (« Flames » sorti en 1977) et enchaine quelques merveilles (« 8mm », « Jump This Wall », « Silently Raging »).

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Blues Rock Heavy Blues

Thomas Frank Hopper : red rockin’ devil

Avec une approche très live et un son inspiré du Sud des Etats-Unis, THOMAS FRANK HOPPER nous fait voyager dans les grands espaces, grâce à un registre Blues Rock relevé, mélodique et que le groupe qui l’accompagne rend littéralement lumineux. Guitariste accompli, le Belge se révèle également redoutable vocaliste, tant il mène ce « Paradize City » de main de maître, malgré sa jeune expérience. Incandescentes, ses compositions affichent déjà une belle assise et une créativité certaine.

THOMAS FRANK HOPPER

« Paradize City »

(Independant)

Contrairement à sa compatriote Ghalia Volt, le guitariste et chanteur THOMAS FRANK HOPPER n’a pas encore franchi l’océan qui le sépare des Etats-Unis, et c’est depuis sa Belgique natale qu’il distille son Blues Rock. Deux ans après « Bloodstone » où il avait déjà montré de bien belles choses, avec « Paradize City », le songwriter se montre plus audacieux et aussi plus brut dans son jeu. Assez Heavy dans l’ensemble, sa nouvelle réalisation est avant tout très roots et sans artifice.

Particulièrement bien entouré, THOMAS FRANK HOPPER évolue en quintet, ce qui donne sa pleine dimension à des morceaux finement ciselés. Même si ce deuxième album s’inspire des piliers et fondateurs du genre, il s’inscrit terriblement dans l’air du temps, celui du Blues et du Rock. Ainsi dans les arrangements et la production, on perçoit quelques inspirations puisées chez Jack White, Larkin Poe bien sûr, QOTSA et Rival Sons. Mais le Belge affiche un répertoire très personnel, et pour cause !

Le son si particulier de THOMAS FRANK HOPPER vient directement de l’instrument sur lequel il interprète la majorité des titres : une Weissenborn. Sorte de lapsteel qui se joue donc à plat, la guitare libère une chaleur et un grain proche des sonorités Southern. Dès « Troublemaker » au faux air de Queen dans la voix, la guitare se fait grinçante. Entre chansons musclées (« Tribe », « Paradize City », « April Fool », « Crossroads ») ou plus calmes (« Dog In An Alley », « Boundless »), le frontman est très convaincant dans ce bel équilibre.

Photo : Marc Gilson
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Blues Blues Rock Shuffle Blues Southern Blues

Ghalia Volt : aux portes du désert

Dans une atmosphère très vintage, mêlant sonorités Country, Boogie, Rockabilly et Shuffle, le Blues GHALIA VOLT revêt une parure bien différente de ce à quoi elle nous a habitué. Toujours incisive et aussi un peu plus légère, elle livre un manifeste féministe d’une grande finesse d’écriture et d’une musicalité très colorée. Avec « Shout Sister Shout ! », la musicienne ouvre un nouveau chapitre de sa belle carrière sur de nouveaux horizons.

GHALIA VOLT

« Shout Sister Shout! »

(Ruf Records)

Une fois franchi l’océan qui sépare la capital belge de la Nouvelle-Orléans, GHALIA VOLT n’a pas perdu de temps et a rapidement pris les choses en main. Dès son premier album autoproduit en 2016, « Have You Seen My Woman », jusqu’à « One Woman Band » qu’elle a enregistré seule en live au mythique Royal Sound Studio de Memphis, la blueswoman est dorénavant une artiste reconnue sur la scène internationale et avec « Shout Sister Shout ! », c’est une nouvelle facette de sa personnalité qu’elle dévoile.

Après s’être exprimée dans un registre assez traditionnel et un Blues Rock électrisant, GHALIA VOLT s’essaie à autre chose en passant de la chaleur Southern de la Louisiane et du Tennessee à celle, nettement plus aride, de Joshua Tree dans le désert californien de Mojave. Et si les célèbres studios Rancho De La Luna sont surtout réputés pour leurs joutes Desert Rock, Stoner et Psych, c’est dans un style très marqué Hill Country Blues que la Bruxelloise présente ses nouveaux morceaux.

Sur ce cinquième opus, la songwriter n’est plus seule et est même particulièrement bien entourée. Sous la houlette de David Catching à la production et à la guitare, on retrouve le batteur Danny Frankel et le claviériste Ben Alleman. Avec Eddie 9V qui co-signe « Hope On A Rides », GHALIA VOLT forme aussi un duo complice. Jouant sur la diversité, la chanteuse montre une incroyable polyvalence et beaucoup de facilité (« Every Cloud », « No Happy Home », « Shout Sister Shout ! », « Can’t Have It All », « Po’ Boy John »). Très rafraîchissant !

Retrouvez l’artiste en interview…

… Et la chronique de l’album « One Woman Band »

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Stoner Rock

Fire Down Below : sunny storm

FIRE DOWN BELOW a tellement bien intégré et assimilé les codes, les sensations, l’intention, le son et les vibrations inhérents et propres au Stoner Rock qu’il en vient à l’incarner pleinement et à lui donner une vision moderne, tout en respectant la tradition instaurée par ses aînés. Produit par Nick DiSalvo (frontman d’Elder et Delving), « Low Desert Surf Club » propulse le quatuor vers des sommets et se pose déjà comme l’un des meilleurs albums du genre de l’année. Incontournable !

FIRE DOWN BELOW

« Low Desert Surf Club »

(Ripple Music)

Depuis 2015 et « Viper Vixen Goddess Saint », l’ascension des Belges n’a pas cessé et leur Stoner Rock a très largement franchi les frontières du plat pays. Immédiatement repéré par le label américain Ripple Music, qui s’est empressé de rééditer son premier effort, FIRE DOWN BELOW est aujourd’hui un combo sur lequel il faut compter. Après « Hymn Of The Cosmic Man » trois ans plus tard, c’est « Low Desert Surf Club » qui vient mettre en joie les platines dans un registre aussi fun que fuzz.

Pourtant composé pendant la pandémie, ce troisième album est gorgé de soleil et contient exactement tous les ingrédients qui font que le Stoner peut être parfois tellement ‘feel good’. Et à ce niveau de qualité, on parle d’un concentré de bien-être absolu. Il suffit juste d’imaginer un road-trip ultra-festif sur une plage ou dans le désert de Californie, puis écouter « Low Desert Surf Club » très fort. Aux premières notes de « Cocaine Hippo », l’ambiance est posée et FIRE DOWN BELOW donne la charge.

Véloces sur « California », tripants et polyvalents sur « Hear Comes The Flood » et « Airwolf », les Flamands se baladent avec précision et puissance. L’incroyable rythmique bastonne sur un groove hypnotique, la voix brûlante de Jeroen Van Troyen enveloppe les titres avec une habileté imparable et les deux guitares rayonnent de concert (« Dune Buggy », « The Last Cowboy », « Surf Queen »). Enfin, FIRE DOWN BELOW se livre avec éclat sur « Mantra » et ses 16 minutes entre Psych et chaleur bluesy. Une masterclass !

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Psych Space Rock Stoner Rock

Apex Ten : l’accomplissement par la performance

Irrésistible et aventureux, « Aashray » est un album aussi séduisant qu’audacieux. Derrière un Stoner Rock solide et entêtant, le combo s’engouffre dans des profondeurs Psych et Space, qui lui laissent un champ d’investigation presque sans limite. APEX TEN joue très subtilement sur les reliefs d’un Fuzz contagieux.

APEX TEN

« Aashray »

(Independant)

Originaire de Liège, APEX TEN est un jeune groupe fondé en 2021 et qui pourtant sort déjà sa quatrième production. Il faut aussi préciser que le trio a basé son concept autour de l’improvisation et des jams. Mais si l’exercice peut paraître aisé, encore faut-il taper juste ! Et pour y parvenir, Alexis Radelet (batterie), Brad Masaya (basse) et Benoît Velez (guitare) savent comment s’y prendre pour hypnotiser l’auditeur.

Le power trio libère sa créativité dans un Stoner Rock instrumental où le côté Space Rock côtoie et se mêle à un univers psychédélique aussi vaste que cosmique. APEX TEN promet de l’évasion et il s’y tient. Les paysages sonores se suivent et se distinguent à travers ce « Aashray » à la fois profond et léger. Très aboutis, les sept morceaux bénéficient également d’une production claire et puissante.

Ce qui surprend aussi avec ce deuxième opus studio, c’est que l’on y découvre une multitude de détails d’une grande finesse au fil des écoutes. Si les Belges annoncent que les compositions proviennent essentiellement de l’improvisation, celles-ci sont très travaillées et les arrangements savamment étudiés (« Awakening », « Dazed », « Nagā », « Brahma »). Et enfin, APEX TEN ajoute à son Fuzz des sonorités hindoues parfaitement distillées.

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Blues Blues Rock Contemporary Blues

The BluesBones : so soulful

Maniant les émotions avec toujours autant de délicatesse et de force, THE BLUESBONES se livre sur un nouvel opus aussi varié que complet dans une voie traditionnelle et des sonorités très actuelles. « Unchained » est taillé pour la scène, tant l’intensité de chaque morceau et l’interprétation des cinq musiciens rayonnent sur l’ensemble des titres. La signature est bel et bien là et plus assumée que jamais.

THE BLUESBONES

« Unchained »

(Naked/Donor Company)

Devenue incontournable sur la scène Blues européenne, le groupe vient assoir encore un peu plus sa position et surtout son style avec ce septième album. Comme ses prédécesseurs, « Unchained » possède ce son si organique qui vient du fait que THE BLUESBONES a toujours tenu à enregistrer en prise directe et en analogique, une marque de fabrique qu’il doit à son amour de la scène. Un acte de vérité et d’authenticité.

Car chez les Belges, la musique est bien vivante et vibre grâce à un groove imparable et inimitable. Si on peut clairement qualifier le registre du groupe de ce que l’on appelle communément le ‘Contemporary Blues’, THE BLUESBONES s’approprie de nombreux courants, passant du Blues Rock à des ambiances plus feutrées et aussi plus roots. Et « Unchained » présente tout cela à la fois avec élégance.

La production est remarquable et le soin apporté aux arrangements met encore plus en lumière la qualité d’écriture des bluesmen. Galvanisé par le chant de Nico de Cock, le quintet propose une approche sensible, ainsi que directe et relevée (« Chain  Gang », « Time To Learn », « Talking To The Lord », « The Road Ahead »). Mention spéciale à « I Cry », véritable machine à frissons que THE BLUESBONES décline en deux versions. Etincelant !