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No Return : une identité confortée [Interview]

Pionnier de la scène Metal française au début des années 90, NO RETURN continue son bonhomme de chemin, se bonifie avec le temps et surtout peaufine son style. Avec « Requiem », le quintet français conjugue puissance et efficacité sur un album qui bénéficie d’une production massive et révélatrice d’un groupe toujours en quête de performance. Fondateur et dernier membre du line-up originel, le guitariste Alain Clément revient sur ce nouvel opus et le retour de leur ancien chanteur, notamment. Entretien.

– J’ai encore en mémoire notre première interview en 1990 à la sortie de « Psychological Torment » chez Semetery Records. A cette époque où les fanzines comme Rock’n Force étaient les principaux relais et la scène Thrash/Death était composée de NO RETURN, Loudblast, Agressor, Mercyless, Misanthrope et Massacra pour l’essentiel. Et tout le monde, ou presque, est encore là. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur vos débuts et sur le parcours du groupe ?

Ah oui, cette interview ne nous rajeunit pas, c’était hier ! On a effectivement commencé à la même période que tous ces groupes. C’était une époque où il y avait moins d’anonymat, car aujourd’hui il y a une multitude de groupes. Si je regarde l’histoire de NO RETURN, je pense que les deux premiers albums sont très importants. Pour le premier, « Psychological Torment », nous avions le batteur de Coroner, Marquis Marky, comme directeur artistique et producteur. C’était important pour nous, car nous étions jeunes et nous n’avions pas vraiment d’expérience et cet album nous a permis de tourner à la fois en France et en Europe. Le deuxième album « Contamination Rises » que nous avons enregistré à Tampa dans les studios Morrisound en Floride et qui était la capitale du Death Metal, a été très important également, car nous avons pu franchir un palier supplémentaire. Plus tard, l’album « Machinery » nous a permis, notamment en Europe, de nous faire un nom. Globalement, je suis fier de notre parcours car, même si parfois cela a été difficile au niveau du line-up ou des labels, nous avons pu au fil de toutes ces années partager notre musique dans de nombreux endroits et faire des rencontres humaines très enrichissantes.

– Onze albums en trois décennies est un bilan très honorable. Tout en restant ancré dans le Thrash/Death dans lequel s’est construit NO RETURN, comment vois-tu l’évolution de votre musique, car elle est vraiment manifeste sur cet album ?

Nous évoluons depuis plusieurs années maintenant dans un Thrash/Death mélodique. Je pense qu’on peut trouver sur cet album de nouvelles choses, car nous avons aussi évolué techniquement et cela nous apporte de la diversité, tout en gardant nos racines musicales. Nous pouvons ainsi proposer des chansons avec des atmosphères différentes. On veut mélanger le côté mélodique et l’agressivité. Je pense que c’est une bonne chose de d’offrir toutes ces possibilités et montrer ce que NO RETURN peut proposer actuellement.

– Ce qui n’a pourtant pas changé chez NO RETURN, c’est cet alliage entre le Thrash de la Bay Area et la fureur du Death suédois. Finalement, et même si le groupe a évolué pour sonner aujourd’hui différemment et très actuel, vos racines sont toujours très présentes et traversent plutôt bien l’épreuve du temps, non ?

Oui, au-delà de l’évolution musicale du groupe, il est important que ces racines soient toujours présentes et notamment ce coté Thrash de la Bay Area qui est, c’est vrai, l’ADN de NO RETURN.

– Parlons maintenant de ce nouvel album, « Requiem », tout en puissance et très bien produit. Tout d’abord, j’aimerais que l’on parle du retour de Steeve au chant, lui qui avait déjà officié sur deux albums (« Self Mutilation » et « Machinery »). Comment le rapprochement a-t-il eu lieu et qui en est à l’initiative ?

C’est Steve qui m’a contacté alors que nous recherchions un chanteur. Même si cela m’a surpris au début, j’ai vraiment réfléchi à sa proposition avec attention. Ses qualités artistiques et de frontman sont évidentes et l’expérience et la maturité qu’il a acquises au cours des 20 dernières années, ainsi que des discussions constructives, m’ont convaincu que ce serait une très bonne chose pour le groupe de travailler ensemble sur un nouvel album.

– Si l’évolution de NO RETURN s’est fait naturellement au fil du temps, « Requiem » marque, je trouve, une certaine rupture et un incroyable bond en avant. Que ce soit musicalement, vocalement et tout en restant mélodique, le groupe propose des compos massives et percutantes. A quoi cela est-il dû ? Les cinq années entre vos deux derniers albums ? Une plus grande ouverture sur d’autres registres, peut-être ?  

Ce que l’on souhaitait, c’est en fait mixer le NO RETURN de la période où il y avait Steeve et celui des derniers albums studios, c’est-à-dire un mélange de Death Metal et de Thrash assez agressif et mélodique, tout en restant moderne. Le but est vraiment de pouvoir montrer la diversité musicale du groupe en 2022 avec tous ces éléments anciens et nouveaux. Et donc ne pas jouer uniquement sur la nostalgie, car le groupe doit toujours évoluer et montrer ce que NO RETURN est capable d’aborder.

– Je sais que la question est facile, mais elle me titille ! « Requiem » est peut-être votre meilleur album à ce jour, tant dans son écriture qu’au niveau de sa production. Avec le retour de Steeve dans la balance, NO RETURN tient-il son meilleur line-up, et surtout enfin le définitif ?

Merci pour ton compliment. Nous avons essayé de faire du mieux possible, tant au niveau de l’écriture que de la production. Après comme toujours, c’est le public qui, selon ses gouts, apprécie ou pas. Artistiquement parlant, je suis très content en tout cas du résultat final, car tout le monde s’est vraiment arraché sur cet album. Et j’aimerais sincèrement que ce line-up soit définitif.

– Pour la production de ce nouvel album, vous avez confié les manettes à Olivier Didillon, qui est votre ingé-son live et à qui l’on doit aussi des albums de Manigance, Messaline et Dreamcatcher. Après avoir travaillé avec de grands noms, c’est peut-être finalement l’un de vos plus proches collaborateurs qui a su développer et peaufiner le mieux votre son. C’est une belle ironie de l’histoire et une belle satisfaction aussi, non ?

Oui, c’est une belle satisfaction, car ce choix s’est imposé comme une évidence. Olive est notre ingénieur du son live depuis plusieurs années maintenant. Il a fait plusieurs tournées européennes avec nous, dont la dernière avec Cannibal Corpse. Il connaît très bien le groupe et sait le faire sonner de manière très performante. Il est très talentueux et c’est avant tout un véritable ami doté de qualités humaines rares de nos jours dans ce milieu. Le travail et le résultat final qu’il a effectué sur ce nouvel album sont impressionnants de qualité.

– J’aimerais que l’on dise un mot aussi sur les parties de guitares et notamment sur les solos que tu partages avec Geoffroy (Lebon). Il y a une complicité palpable entre vous deux et une nette distinction dans le son et l’accroche. De quelle manière avez-vous travaillé et comment vous êtes-vous repartis les rôles ? Sans oublier le travail du riff sur les rythmiques…

Effectivement, je pense qu’il y a une bonne complémentarité et une osmose avec Geoffroy à ce niveau. Pour les solos, il n’y a pas spécialement de règles et l’idée en général, c’est vraiment de servir le morceau plutôt que d’en mettre partout. Ainsi, il peut y avoir un seul solo dans un titre, parfois deux, en fonction de l’intérêt que cela peut apporter au titre et à l’ambiance qui s’en dégage. En ce qui concerne le travail des rythmiques, on utilise la même approche. Le riff doit être accrocheur, parfois mélodique, sans être forcément trop technique, car le but n’est pas de le rendre difficile à l’écoute et qu’il soit indigeste. 

– On assiste depuis quelques années à l’émergence de très nombreux groupes français dans tout style de Metal d’ailleurs. Quel regard portes-tu sur cette nouvelle scène et est-ce qu’elle t’inspire ?

Je pense que la scène Metal française est très riche aujourd’hui tout style confondu et beaucoup plus professionnelle aussi. La diversité et la qualité fait que chacun peut y trouver son compte que ce soit dans le Heavy, le Thrash, le Death, le Black ou d’autres styles et c’est bien cela le plus important à mon sens.

– Enfin, quelle est la suite immédiate pour NO RETURN ? J’imagine que vous devez être impatients de reprendre la route ? D’ailleurs, avez-vous déjà élaboré une setlist autour de vos onze albums, ou resterez-vous concentré sur « Requiem » ?

La suite immédiate est d’effectuer la promotion du nouvel album et bien sûr, nous sommes impatients de rejouer un peu partout après cette triste période de pandémie. L’essentiel des dates arrivera en 2023. Concernant la set-list, on proposera bien évidement des morceaux de « Requiem » avec d’autres titres, mais pas autour des onze albums comme nous l’avons fait pour le live « XXX ». Le but est aussi de jouer des morceaux que nous n’avons pas joué depuis longtemps et notamment ceux de la période « Self Mutilation », ainsi que des reprises qui, je l’espère, feront plaisir au public.  

L’album de NO RETURN, « Requiem », est disponible chez Mighty Music/Target Group.

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Heavy metal Speed Metal

Rising Steel : crossover Heavy

Affichant une belle puissance et des morceaux costauds et véloces, RISING STEEL sort un troisième album dans lequel le groupe peaufine son Crossover Heavy, teinté d’éléments Thrash et Speed Metal. En s’éloignant ainsi du son de la MWOBHM, mais on conservant sa structure et ses codes, les Rhodaniens s’inscrivent dans une modernité flagrante en dépoussiérant quelques peu leur registre pour le rendre plus hargneux et massif.

RISING STEEL

« Beyond The Gates Of Hell »

(Frontiers Music)

Depuis son premier EP en 2015 (« Warlord »), RISING STEEL poursuit son chemin avec une régularité remarquable, tant dans le rythme de ses productions que dans leur qualité. Et il faut reconnaître que les Grenoblois affinent leur style depuis quelques années aujourd’hui et le Heavy Metal du combo se précise au fil des albums. Ancré dans un Heavy Metal Old School, qui vaut surtout par les caractéristiques de la voix de son frontman Emmanuelson, d’autres particularités se font plus présentes.

Sans tomber franchement dans un registre Thrash, les guitares notamment ne sont pas sans rappeler dans leurs riffs celles qui firent les belles années de la Bay Area. Cependant, la comparaison est plutôt sonore car, musicalement, on se rapproche nettement plus d’un Speed Metal plus européen. Bref, ce qui importe ici, c’est que RISING STEEL se forge une identité musicale très identifiable, qui vient probablement aussi des nombreuses tournées aux côtés de cadors du genre ces dernières années.

Mais revenons à « Beyond The Gates Of Hell », troisième opus des Français, qui ne manque ni de vigueur, ni d’inspiration. Direct tout en restant mélodique, la maturité affichée sert des morceaux solides et racés. RISING STEEL ne lève pas le pied un seul instant et assène un Metal aux variations très maîtrisées (« Life Awaits », « Infinite Pain », « Skullcrusher », « Beast », et le très bon « We Are Free » qui vient clore l’album). Enregistré chez lui et mixé en Suède, cette nouvelle réalisation marque une assise indiscutable.    

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Thrash Metal

Megadeth : the riffing, the Metal… and Dave !

Après trois ans de travail, une victoire sur le cancer et les changements de line-up habituels, Dave Mustaine est plus présent que jamais et l’on peut même affirmer que ce seizième opus est à son image, celle d’un battant et d’un véritable thrasher. Sans compromis, MEGADETH se donne avec force sur « The Sick, The Dying… And The Dead ! », un album respectueux d’une certaine tradition et résolument moderne.

MEGADETH

« The Sick, The Dying… And The Dead! »

(Universal Music)

En 40 ans d’activités (d’ici quelques mois), Dave Mustaine aura réussi à hisser MEGADETH au rang des plus grands groupes de Metal de la planète. Et même si l’histoire du groupe, c’est-à-dire celle de son leader, a parfois joué aux montagnes russes, sa discographie parle d’elle-même dans une voix claire et forte. Alors, que peut-on attendre d’une telle institution ? Du renouveau ou de la continuité ? Et si finalement, ce n’était pas le propos… 

Un brin nostalgique et légèrement plus Heavy, le Thrash Metal de MEGADETH conserve toujours un impact indiscutable, une vélocité à toute épreuve et même des lignes mélodiques imparables. Mustaine sait y faire et il le fait très bien. « The Sick, The Dying… And The Dead ! » tient donc toutes ses promesses, allant même jusqu’à reprendre les gimmicks des titres des albums phares du quatuor. Alors, faut-il y voir un signe de bon augure ?

Ce seizième opus offre aussi l’occasion de retrouver une superbe complicité guitaristique que MEGADETH n’avait plus connue depuis des lustres. Kiko Loureiro et son patron s’en donnent à cœur-joie sur des riffs tranchants et hargneux, alors que les solos laissent place à de belles envolées percutantes (« We’ll Be Back », « Dogs Of Chernobyl », « Sacrifice », « Killing Time »). La Bay Area est en fusion et c’est réjouissant.

Certes, les Américains tombent aussi un peu dans la facilité sur le trop évident « Soldier on ! » ou le presque ironique « Junkie », qui apparaît comme une sorte d’exorcisme pour Mustaine, dont on connait le passé. La présence d’Ice T. sur « Night Stalkers » donne un sérieux coup de fouet, même si un vrai duo aurait été le bienvenu. Bref, MEGADETH en a encore sous le pied (« Celébutante », « Mission To Mars »). Que ses fans soient rassurés !

Photo : Travis Shinn
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Groove Metal Thrash Metal

Machine Head : la leçon

A en croire certains, MACHINE HEAD n’est plus que l’ombre de lui-même depuis quelques albums. Assez inégal, c’est vrai, le quatuor de la Bay Area reste pourtant une valeur sûre du Thrash/Groove Metal depuis trois décennies. Avec « Øf Kingdøm And Crøwn », le combo fait bien plus que de redorer son blason : il l’illumine. Rendant coup pour coup, cette dixième réalisation vient remettre l’église au centre du village Metal avec éclat.

MACHINE HEAD

« Øf Kingdøm And Crøwn »

(Nuclear Blast)

Et si, avec ce dixième album, MACHINE HEAD venait de livrer la pièce maîtresse de sa discographie ? Ça en fera certainement hurler plus d’un, mais si on y réfléchit bien… « Øf Kingdøm And Crøwn » recèle d’innombrables trésors répartis sur 15 pistes pour une heure de Thrash/Groove Metal de haute voltige. Les Californiens atteignent enfin le niveau auquel on les a toujours imaginés.

Robb Flynn et ses hommes apposent d’entrée leur ambition et leur assurance avec « Slaughter The Martyr », titanesque morceau de dix minutes où la mélancolie se mêle à une brutalité foudroyante. Dans le même temps, techniquement et au niveau des harmonies, MACHINE HEAD affiche la couleur : elle sera noire. Le quatuor se montre plus affûté que jamais et la fluidité de son Metal est juste phénoménale.

Entre Waclaw Kieltyka et son leader, l’osmose guitaristique est au sommet, tandis que Matt Alston (batterie) et Jared McEachern (basse) apportent à « Øf Kingdøm And Crøwn » un rythme infernal et un groove énorme (« Chøke Øn The Ashes Øf Yøur Hate », « Becøme The Firestørm »). Si la mécanique de MACHINE HEAD est parfaitement huilée, les mélodies et le chant libèrent une diversité presqu’addictive et très audacieuse (« Unhalløwed »). 

La facilité affichée sur l’ensemble de cet album-concept montre aussi à quel point le groupe a atteint sa pleine maturité et sa perpétuelle remise en question porte enfin ses fruits. Les Américains ne sont plus des challengers depuis longtemps et ce nouvel opus vient faire taire ses détracteurs. MACHINE HEAD est affamé, surpuissant et cette démonstration est franchement implacable (« Kill Thy Enemies », « Bløødshøt », « Røtten »).

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Thrash Metal

[Going Faster] : Vio-Lence / Warpath

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

VIO-LENCE – « Let the World Burn » – Metal Blade Records

Damned ! VIO-LENCE est de retour ! Silencieux depuis 1993, les Californiens ont marqué le Thrash made in Bay Area en seulement trois albums entre 1988 et 1993, époque bénie et créative du genre. Toujours aussi déterminé, Phil Demmel, guitariste et fondateur du groupe, a repris le chemin des studios accompagné par Perry Strickland (batterie), Sean Killian (chant), Bobby Gustafson (ex-Overkill, guitare) et Christian Olde Wolbers (ex-Fear Factory, basse). Malheureusement bien trop court, « Let The World Burn » et ses cinq morceaux s’inscrivent dans ce Thrash Metal de la fin des années 80 basé sur une solide et galopante rythmique, mais aussi et surtout des riffs acérés, tendus et tranchants. Le retour de VIO-LENCE fait plaisir. On attend vite la suite !

WARPATH – « Disharmonic Revelations » – Massacre Records

Présenté, à raison, comme l’un des fers de lance de la scène Thrash allemande, il faut reconnaître que WARPATH n’a pas mis bien longtemps à assoir sa réputation. Quatre ans après « Filthy Bastard Culture », le combo a bien évolué et son style avec. Première apparition sur disque pour le nouveau duo de guitaristes Claudio Illanes et Roman Spinka, et le changement commence d’abord par là. L’autre particularité de ce très bon « Disharmonic revelations » est évidemment musicale. Si le côté aiguisé et puissant, dont le groupe a fait sa marque de fabrique, est toujours présent, WARPATH s’est décidé à explorer de nouvelles atmosphères, toujours aussi sombres, en s’engouffrant dans le Doom, le post-Rock et le Progressif avec une précision sur une production d’orfèvre. Ce septième album est un vrai chef-d’œuvre.

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Thrash Metal

Exodus : combo grata !

Avec « Persona Non Grata », le combo de la Bay Area reprend définitivement son destin en main et cogne sans retenue. Avec des textes montrant une conscience sociale aiguisée et des musiques déterminées alliant puissance et précision, EXODUS s’élève à un niveau qu’il a rarement atteint. De quoi remettre bien des pendules à l’heure.  

EXODUS

« Persona No Grata »

(Nuclear Blast Records)

Mais bien sûr qu’EXODUS a toute sa place dans le fameux ‘Big Four’ conceptualisé par Lars Ulrich ! Et si Ian Scott d’Anthrax en a récemment parlé, une très grande majorité des Thrashers n’en pense pas moins. Alors que celles (et ceux aussi, bien sûr !), qui auraient encore des doutes, se penchent sur ce nouvel et onzième album des Californiens pour en être persuadé.

En 2014, le frontman Steve Souza reprenait du service sur le très bon « Blood In, Blood Out », marquant le réveil du légendaire combo de la Bay Area. Avec « Persona Non Grata », EXODUS enfonce le clou avec une virulence et une agressivité intactes. Il faut aussi préciser que l’ex-guitariste de Slayer, Gary Holt, est pour beaucoup dans l’écriture de ce nouvel opus et cela s’entend !

Outre les riffs acérés et tranchants, la prestation de Tom Hunting derrière les fûts est époustouflante, tout comme celle de Jack Gibson à la basse (« Clickbait », « The Years Of Death And Dying »). EXODUS a très habillement offert à des titres Old School une production très moderne et le résultat est phénoménal (« Elitist », « The Fires OF Destruction »). Explosif et indispensable !

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International Metal Fusion Thrash Metal

Mordred : la Bay Area dans le sang [Interview]

Au début des années 90, MORDRED a marqué de son empreinte le Metal en étant le premier à effectuer une telle fusion des genres. Bien avant Anthrax, RATM ou encore Limp Bizkit (Oups !), le gang californien avait montré la voie dans laquelle tant de groupes se sont depuis engouffrés avec plus ou moins de bonheur. 27 longues années après leur dernier album, le sextet fait un retour fracassant avec « The Dark Parade » et sous le même line-up ! Rencontre avec Danny White, guitariste et principal compositeur du groupe.

– En l’espace de cinq ans, de 1989 à 1994, et avec seulement trois albums et un EP, vous avez révolutionné le Metal en incluant notamment un Dj dans le groupe. Vous aviez d’ailleurs peut-être un peu trop d’avance sur votre époque. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces groupes qui ont fait la même chose ou ajouté des samples des années plus tard ?

Je pense que c’était l’étape suivante et elle est assez logique. La synthèse en musique a toujours eu une grande place. Regarde combien de styles de Metal il y a aujourd’hui ! (Rires)  Dans les années 70, il y en avait environ trois. Maintenant, c’est probablement plus de 300 !  (Rires) Ce sont des gens qui veulent faire quelque chose de différent, se l’approprier et voir jusqu’où l’expérimentation les mène. Quand on y pense, le Metal est une émanation du Rock’n’Roll, qu’on le veuille ou non. C’est une évolution naturelle.

– Avant de parler de « The Dark Parade », pourquoi avez-vous mis si longtemps, 27 ans exactement, pour continuer l’aventure ou plus simplement reprendre les choses là où vous en étiez, car le Metal avait beaucoup changé entre-temps ?

Ce sont les aléas de la vie. Les gens sont occupés, nous travaillons, certains ont une carrière, d’autres se marient ou ont des enfants. Après la rupture, nous nous sommes tous dispersés pour mieux nous retrouver. Pour ma part, je l’ai fait aussi. J’ai posé ma guitare pendant 2 ans !

– Alors qu’on aurait pu s’attendre à de gros changements artistiques, vous restez ancrés dans ce style si unique tout en l’actualisant. « The Dark Parade » n’est pas du tout un album nostalgique, bien au contraire. C’était votre objectif ou est-ce MORDRED qui est intemporel dans le son comme dans la forme ?

Eh bien, c’est ce nous sommes. MORDRED a toujours été cette entité, une grande expérience. Nous sommes juste restés fidèles à nous-mêmes. J’aimerais penser que MORDRED est intemporel. Aujourd’hui, la musique possède de très nombreuses incarnations. Nous faisons juste ce que nous faisons, tout en espérant que les gens l’apprécient. C’est tout ce qu’on peut demander. Et jusqu’ici tout va bien encore, semble-t-il.

– Aujourd’hui, Aaron ‘Dj Pause’ est intégré à part entière au groupe et n’apparaît plus en tant qu’invité. Ca aussi, c’est ce qui a forgé l’identité de MORDRED, non ?

Oui, même si c’était vraiment expérimental, non ? Donc sans lui, ce n’est pas MORDRED. Nous avons pris ce chemin et adopté cette idée avec cet ensemble de mécanismes. Il est maintenant notre « spécialiste des médias mixtes » ! (Rires) C’est vrai que son rôle s’est élargi au fil du temps.

– Sur « The Dark Parade », on retrouve des ambiances et une énergie propres à votre premier album, « Fool’s Game ». C’est aussi une façon de revenir aux origines pour mieux se projeter dans le futur ?

Oui, nous voulions retrouver ce son lourd et puissant, avec ce côté flamboyant aussi. Je suis sûr que nous ferons des trucs encore différents sur le prochain album. Nous avons d’ailleurs déjà commencé à l’écrire. Nous avons signé un contrat de deux albums avec M-Theory Audio et Marco Barbieri, donc c’est à nous de jouer maintenant.

– Ce nouvel album est également assez sombre, malgré des sonorités funky et même world. L’intention était aussi de conserver un côté Thrash affirmé, car on retrouve ces guitares propres à la Bay Area ?

Oui, c’est vrai. Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, la région a connu des moments très sombres au cours des dernières années ! Il n’a pas fallu grand-chose pour réactiver cette créativité inhérente à ce qui se passe ici. Et nous sommes Californiens, donc oui, nous sommes un pur produit de la Bay Area, avec ce son ancré au plus profond de nous.

– En tant que Français et journaliste, j’ai bien sûr été marqué par la tragédie de Charlie Hebdo. Avec le morceau « I Am Charlie » et les samples de la foule qui scande le nom du journal, vous rendez un bel hommage à ceux qui sont disparus ce jour-là. Dans quelles mesures était-ce important pour vous de revenir sur ce douloureux événement ?

Je l’ai écrit juste après que ce soit arrivé. Il a juste fallu quelques années pour lui donner vie sur ce nouvel album ! Je me souviens avoir été tellement submergé par l’émotion à ce moment-là. Cela semblait tellement insensé et arriéré de tuer pour quelque chose qui avait été mis sur papier. La liberté d’expression est au cœur de ce que nous faisons, alors je me suis senti attaqué aussi, par association.

– « The Dark Parade » est d’ailleurs assez engagé et revendicatif dans son ensemble avec des morceaux très forts. Avez-vous plus de choses à dénoncer aujourd’hui ? Et quel regard portez-vous sur la société 27 ans après « The Next Room », et plus largement artistiquement ?

Cela dépend des jours ! À l’heure actuelle, la société ici aux États-Unis est plus divisée que jamais. Chaque sujet majeur de nos vies a été politisé : les soins de santé, l’éducation, l’environnement… Tout le monde semble avoir une vision des faits différente et les médias n’aident pas à améliorer la situation. Ils ont besoin de vendre des journaux, alors ils publient des trucs, que ce soit vrai ou non : il faut que ça sorte ! En ce moment avec le variant Delta, nous sommes dans une bataille entre non-vaccinés et vaccinés. Et nous attendons juste que cela passe sans rien faire. Plus les entreprises souffrent et plus les gens tombent malades et meurent. Nous sommes à nouveau sur un pic épidémique.

En ce qui concerne la musique, c’est vraiment la société qui la façonne. Nous sommes des artistes et des miroirs de celle-ci. Que nous créions de cette façon, intentionnellement ou inconsciemment, il n’y a pas moyen d’y échapper. MORDRED ne peut écrire que sa propre vérité.

– Un petit mot enfin sur la production de l’album et le mix de Matt Winegar (Faith No More, Primus). Il vous fallait quelqu’un comme lui, garant de l’esprit Metal Fusion, pour réaliser parfaitement « The Dark Parade » aujourd’hui en 2021 ?

Nous aimons beaucoup le travail que Matt a fait ! Il a réussi à donner à l’album une vraie sensation en trois dimensions. Toutes les parties sont parfaitement audibles et trouvent leur place. C’est quelque chose d’énorme et ça n’a été pas une mince affaire pour lui avec un groupe comme nous ! (Rires)

L’album, « The Dark Parade », de MORDRED est disponible depuis le 23 juillet chez M-Theory Audio.

Retrouvez la chronique :

https://rocknforce.com/mordred-born-again/

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Metal Fusion Thrash Metal

Mordred : born again

Les fans de Thrash made in Bay Area se souviennent forcément de MORDRED, qui a fortement marqué les esprits avec « In This Life », album de Metal Fusion  précurseur, dans lequel les Californiens mixaient Thrash, Funk et Rap à grand renfort de scratches dévastateurs. 27 longues années plus tard, le combo est de retour le couteau entre les dents et avec « The Dark Parade », un album affûté comme jamais.

MORDRED

« The Dark Parade »

(M-Theory Audio)

Pionnier et précurseur dans son domaine, MORDRED a été le premier groupe de Thrash, et même de Metal au sens large, à intégrer un Dj. Dès 1989 avec leur premier album (« Fool’s Game »), les Californiens se font remarquer grâce à un style sauvage où leurs riffs assassins mêlés à des scratches bien sentis et percutants leur donne une touche particulière et inédite jusqu’alors.

En seulement trois albums et un EP entre 1989 et 1994, MORDRED a marqué de son empreinte le Thrash de la Bay Area en y incluant des éléments Funk et Rap notamment. Ouvrant la voie au Metal Fusion, qui explosera par la suite, le combo de San Francisco avait sans doute un temps d’avance et n’a malheureusement pas reçu la reconnaissance qu’il méritait amplement.

Loin d’abandonner son côté incisif ancré dans un Thrash Metal aux guitares acérées, le sextet fait aujourd’hui son grand retour avec « The Dark Parade », un album un peu plus sombre et moins fun que ses prédécesseurs, mais toujours aussi créatif. De « Demonic # 7 » à « Malignancy », « Dragging For Bodies » ou le très bon « I Am Charlie », MORDRED nous replonge dans une époque bénie.

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Metal Thrash Metal

Crawling Manifest : Thrash’em all !

Originaire de la côte est américaine, CRAWLING MANIFEST se présente avec un très bon deuxième album. « Radical Absolution » s’inscrit dans la tradition Thrash Metal de la Bay Area combinée à des éléments Death et une production moderne et assez groove. La grosse rythmique, les riffs acérés et tranchants et la voix agressive distillés sur ce nouvel opus sont réjouissants.  

CRAWLING MANIFEST

« Radical Absolution »

(Independant)

Formé en 2014 dans le Maryland, CRAWLING MANIFEST compte à son actif deux EP, un album et « Radical Absolution » est donc le deuxième opus des Américains, et il vient marquer un nouveau départ pour le groupe. Après plusieurs changements de line-up et des tournées aux côtés de Soulfly et Fleshgod Apocalypse notamment, les thrashers reviennent en force.

Seuls rescapés de la formation originelle, Andrew Gladu (chant, basse, batterie) et Trevor Layton (guitare) ont décidé de continuer l’aventure et de se recentrer sur leurs premières amours : le Thrash made in Bay Area. En y incorporant une dose de Groove Metal et de Death dans la voix, CRAWLING MANIFEST a même pris du volume et ce deuxième album renvoie aux belles heures du Thrash américain.

Puissant et assez intemporel, « Radical Absolution » est aussi engagé politiquement et dresse un constat brutal sur l’état de la société (« World War III », « Revolution »). A l’ancienne, CRAWLING MANIFEST a construit son album autour d’une intro instrumentale (« Land Of The Free ») et un dernier titre instrumental sur un groove presque bluesy (« Onslaught »). Le duo réussit le pari d’un disque sobre et agressif.

Bandcamp : https://crawlingmanifest.bandcamp.com/

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Extrême Thrash Metal

Primal Creation : frappes chirurgicales

Sur un Thrash Metal moderne forgé dans la tradition californienne, PRIMAL CREATION vient porter une virulente critique sociopolitique des réseaux sociaux et des colporteurs de fake news en tout genre. Avec « News Feed », le quintet belge frappe très fort et réalise une synthèse très réussie entre un passé musical glorieux et un Thrash polymorphe en devenir.  

PRIMAL CREATION

« News Feed »

(Independant)

Après avoir sorti « Demockacy » en 2017, les Belges sont partis s’aguerrir sur les scènes européennes pour revenir aujourd’hui avec « News Feed », un deuxième album massif et mature. Toujours autoproduit, ce nouvel opus du quintet propose un Thrash moderne et acéré et toujours aussi engagé. PRIMAL CREATION s’inscrit parfaitement dans son époque tant au niveau du son que de son propos.

Si le style du combo trouve naturellement ses fondations dans celui des créateurs de la Bay Area, il est pourtant loin de donner dans un registre Old School, bien au contraire. Mené par  un Koen Mattheeuws tranchant et puissant à la fois au chant, PRIMAL CREATION combine un Thrash Metal efficace et racé avec des tonalités clairement ancrées dans un Death mélodique.  

Avec une production qui fait la part belle à une rythmique basse/batterie survoltée, les guitares ne sont pas en reste et distillent des riffs assassins, vifs et agressifs (« A Post-Truth Order », « Follow The Readers »). Dénonçant tour à tour les réseaux sociaux et sa déferlante de fake news, PRIMAL CREATION avance avec assurance en distribuant les beignes (« Please Disperse », « Lie – Share – Subscribe ». Bouillonnant !