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Nothing But Real : refreshed dimension [Interview]

Si les Parisiens se réinventent, ou plutôt précisent leurs intentions, cela ne doit rien au hasard. En faisant un retour aussi surprenant que réussi avec une belle refonte de leur deuxième album, « Lost In The World Rebirth  », le quatuor explore son précédent effort dans une formule clairement cinématique, avec un nouveau chanteur également et surtout un concept visuel et musical plus profond et très travaillé. Hybride ou Alternatif, le Rock/Metal de NOTHING BUT REAL est plus captivant que jamais, porté par une production ample et solide, qui offre à ses morceaux la brillance qui leur manquait peut-être un peu précédemment. Histoire d’en savoir un peu plus, retour auprès de Tom l’un des principaux architectes de ce projet, dont les racines se sont considérablement étendues…  

– Trois ans après « Lost In The World », il y a du changement chez NOTHING BUT REAL, puisque vous faites votre retour avec… le même album, ou presque ! Blague à part, et nous y reviendrons, c’est d’abord le line-up qui a bougé avec l’arrivée d’un nouveau chanteur. De qui est constitué le groupe aujourd’hui ?

Le groupe est constitué de quatre membres sur scène, même si je considère que c’est bien plus que cela avec l’équipe derrière. Il y a ‘Infini’ à la guitare, ‘Eveil’ à la basse, ‘Vérité Absolue’ à la batterie et l’’Oracle’ au chant et à la guitare, par moment. En coulisses, et c’est tout aussi important, il y a notre ingénieur du son Clément, notre chargée de production Néa, notre webmaster Quentin, Christine qui gère l’association ‘Coire Ernmae’ pour porter nos évènements, Flow pour les créations et illustrations qu’on travaille en collaboration, Bertrand au mix, mastering et post-production, moi-même sur la partie administrative, la direction artistique, la gestion de notre nouveau label Soundload Production et tous les trucs relous à faire pour le groupe. (Sourires)

– Justement, dans cette refonte de votre album précédent, le passage du chant féminin au masculin a-t-il nécessité une nouvelle approche et présenté quelques difficultés d’adaptation, ou d’ajustements plus précisément ?

Oui, il a fallu passer du temps pour se détacher de l’existant qui, pour moi, était au final plus une démo. Il y avait cette petite voix intérieure qui me répétait par moment que ce n’était pas abouti, qu’on aurait pu mieux faire, comme ce que j’avais imaginé en rêve. Donc, il a fallu réécrire, réarranger, réimaginer et enregistrer ce qui manquait. L’approche était claire, car NOTHING BUT REAL a toujours eu vocation à avoir un son pour de la performance live. Fusionner les genres avec une approche orchestrale comme les bandes sonores de films, d’animés, … c’est ça l’ADN du groupe. Donc, il a fallu passer beaucoup de temps, autant sur le côté technique pour reprendre les bandes et corriger, que d’enregistrer de nouvelles choses pour ramener la couleur souhaitée et coller avec le nouveau chant et l’esthétique. J’espère qu’on a réussi cet exercice, qui a pris du temps, et que cet album plaira aux créatures qui vont l’écouter en entier pour voyager.

– « Rebirth » est donc une sorte de version 2.0 de « Lost In The World ». Tout d’abord, un mot sur la production que vous avez confié à Bertrand Poncet (Landmvrks, Storm Orchestra), car c’est une vraie métamorphose. Où se situaient vos priorités et surtout avez-vous réenregistré l’ensemble de l’album ? Ou un gros lifting en dehors des voix, a-t-il été suffisant ?

Un très gros lifting pour parler mode ! (Rires) Je considère que la version 2022 est une version bêta, et que « Lost in the World Rebirth » est le véritable album. Il correspond à la vision que j’en avais et que j’ai toujours eue de NOTHING BUT REAL. Pour l’anecdote j’ai rencontré Bertrand et Clément en même temps au studio de l’Orangerie au début de l’année 2024. C’était pour la suite et avec l’ancien line-up. Un gros projet… Je voulais faire un enregistrement, qui allie la force de vrais instruments avec celle du numérique. C’est aussi ça l’hybride pour moi quand je dis qu’on fait du ’Rock Hybride Cinématographique’. Et on venait de finir d’enregistrer tous les instruments en studio. Malheureusement, le processus d’écriture des voix et des paroles n’a pas été au bout. Quelque chose ne fonctionnait plus. Donc, avec Hanta l’ancienne chanteuse, on a préféré stopper l’aventure. A partir de là, comme la version de 2022 ne correspondait pas à ce que j’avais en tête initialement, j’ai annoncé à l’été 2024 qu’on referait l’album, ainsi que le chant pour enclencher cette renaissance.  

– On redécouvre les morceaux sous un angle nouveau et certaines choses émergent aussi. Ainsi, « Rebirth » semble plus cinématographique et atmosphérique que dans sa première mouture. Un voile semble levé. Vous a-t-il fallu aérer certains titres pour laisser éclore une substance plus profonde ?

Alors déjà, ça fait plaisir que tu en parles en ces termes, car c’est exactement la sensation que j’avais. Dès le travail en studio sur le premier titre avec Bertrand, je savais que c’était la bonne personne avec qui j’aurai dû bosser depuis les débuts du groupe. Ma vision et sa compréhension étaient parfaitement alignées. Les choses se sont faites naturellement. On a calé nos agendas et on a déroulé. Tout n’était pas si simple, car il y a des passages harmoniques un peu façon Tricky sur nos titres. Il a fallu décortiquer quelques passages de morceaux comme « Behind the Door » ou « Strike », par exemple, justement pour que ce soit orchestral, un peu Electro et profond. Bref, créer un voyage sonore pour cet album avec des touches de multiples influences, qui ont maturé dans notre inconscient.

– Pour celles et ceux qui vous découvrent avec ce nouvel album, j’aimerais que vous nous parliez de l’univers musical de NOTHING BUT REAL, fait de contrastes assez saisissants. D’ailleurs, est-ce que cette nouvelle production vous a aussi permis d’apporter plus de liant entre les morceaux ?

Pour te donner un peu de perspective et repartir un peu en arrière, dans l’univers narratif de NOTHING BUT REAL, il y a une recherche d’équilibre entre ombre et lumière, bien et mal… que j’ai appelé le ‘Nothing’, assimilable au rêve, au côté irréel.  Et il y a le ‘Real’, qui est le côté terre à terre, les musiciens, un son, quelque chose de palpable, nos vies quotidiennes, … Dans le ‘Nothing’, Sakar (l’avatar) tire en partie sa force de trois symboles, qui sont les Sentinelles, trois entités ayant la possibilité de s’incarner physiquement. Les trois symboles forment un tout, qui est le logo du groupe. Ces trois sentinelles, que j’aime appeler ‘Sentries’, car c’est plus cool, sont ‘Eveil’, ‘Vérité Absolue’ et ‘Infini’, et elles forment le Triumvirat.  Elles confèrent à Sakar une puissance énorme, bien plus que tous les personnages des univers que l’on connait. Je suis un gamin, donc je me suis fait un kiffe en créant mon personnage, qui défonce tous les autres ! (Rires) Les sentinelles l’accompagnent dans sa quête pour nous comprendre pauvres humains que nous sommes, avec nos démons et nos vices. Tout cela est incarné par des Vilains, qui sont en chacun de nous. Du liant ? Je pense que maintenant, c’est surtout vraiment assumé.

– Et il y a le côté visuel que vous avez toujours beaucoup travaillé et qui est encore très présent cette fois-ci. Plus que jamais, aujourd’hui, l’image et le son vous paraissent-ils vraiment indissociables ?

Complètement. Si tu devais retenir trois mots de NOTHING BUT REAL, au-delà du Rock aux influences multiples, ce serait : cinéma, dualité et énergie.

– Par ailleurs, on retrouve votre personnage principal, Sakar. En avez-vous profité pour lui offrir plus de place à travers quelques petites modifications dans les textes, par exemple ?

Oui, il a une place prépondérante et il aura un rôle sur scène, ou dans les events pour rencontrer le public. Nous l’avons déjà fait dans un festival et les enfants l’adorent. Dans les textes forcément aussi, car j’ai repris naturellement toute l’écriture, ce qui fait sens pour créer des histoires et tout connecter. Le tout étant de ne pas se perdre ! (Rires)

– Sur « Scars And Burdens », il y a également ce passage en français, qui se fond parfaitement dans le morceau. Avez-vous songé un instant avec votre nouveau chanteur, jouer un peu plus sur ce bilinguisme ?

Ce n’était vraiment pas prévu et pour l’anecdote, je bloquais sur ce passage en termes d’écriture. Et je me suis dit qu’en fait ce serait vraiment cool en français. Je ne fais pas de Slam ou de Rap, donc j’ai essayé de faire quelque chose, qui s’imbrique sur ce passage narratif intense. Les autres l’ont trouvé efficace et touchant, alors nous l’avons gardé. C’est un titre qui plait beaucoup au groupe et qui nous parle, je pense.

– D’ailleurs, comment considérez-vous « Lost In The Wolrd Rebirth » ? Est-ce votre véritable troisième album ? Ou un deux et demi ?  Ou encore un interlude ou une mise au point ?

Tu sais, c’est la mode du Multiverse… C’est peut-être l’un des rares retours en arrière possible, quand tu y penses. Je ne regrette pas le passé, mais la version de l’album de 2022 ne reflète pas ce que j’avais en tête. Au sens propre, on pourrait parler de réédition, mais pour moi, c’est la concrétisation d’une vision. C’est bien plus que cela, car il nous a fallu près d’un an à tout reprendre avec un fil conducteur plus clair dans la narration, pour la suite… Et une sorte de mise au point aussi, pourquoi pas… (Sourires)

– Enfin, comme cet album est une espèce de renaissance pour NOTHING BUT REAL, pourquoi n’êtes-vous pas repartis d’une page blanche, d’autant qu’un nouveau chanteur aurait peut-être eu des choses à dire ? Et puis, à l’instar d’un tableau, on peut  réarranger à l’infini… C’est sans fin, non ?

Ce n’est pas une ‘espère’, c’en est une, crois-moi. Il n’y aura pas d’autre retour, même si je t’avoue que dans l’album de 2020, il y a deux ou trois titres qui me titillent. Mais il faut avancer et c’est déjà le cas, car nous avons enregistré un nouvel EP dans le cadre du prochain projet que je dévoilerai en 2026. Le nouveau chanteur a des choses à dire, oui… (Sourires) Alors, rendez vous l’année prochaine et sur scène.

Le nouvel album de NOTHING BUT REAL est disponible sur le site du groupe, via son label  Soundload Production : https://www.nothingbutreal-theband.com/

Retrouvez la première interview :

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folk Symphonic Metal

Serpentyne : black dreams

Toujours aussi narrative, la musique de SERPENTYNE est plus imaginative que jamais. Entre contes de fée horrifiques et sombres fables obsédantes, « Tales From The Dark » se meut dans une noirceur captivante, d’où jaillit la voix envoûtante de sa frontwoman qui semble parfois passer d’un cauchemar à l’autre avec une ténébreuse fluidité. Les Britanniques n’ont jamais été aussi sûrs de leur force et cela s’entend. L’ensemble est vif et palpitant.

SERPENTYNE

« Tales From The Dark »

(Rockshots Records)

Depuis son premier effort en 2010, SERPENTYNE est l’un des rares groupes de Metal Symphonique de son pays à s’être hissé au rang des meilleures formations européennes. En effet, les Londoniens ont de quoi de sentir seuls sur leur île à évoluer dans un tel registre. Pour autant, album après album, leur jeu s’affine et se renforce dans un univers original où la mythologie côtoie le médiéval avec une touche Folk et dans un esprit fantastique. Et avec « Tales From The Dark », le niveau montre encore d’un cran.

Six ans après « Angels Of The Night » et un changement de batteur, SERPENTYNE se montre toujours aussi solide. Assez loin des stéréotypes du genre, il évite soigneusement les écueils souvent pompeux pour livrer un Metal, certes symphonique, mais très Heavy, bardé de grosses guitares, d’une rythmique massive, de claviers assez discrets et surtout de la voix toujours aussi cristalline de Maggiebeth Sand. La chanteuse possède une large palette vocale et guide littéralement « Tales From the Dark ».

Ce sixième opus est aussi remarquablement produit et le son très organique à l’œuvre met en évidence les instruments dans un équilibre parfait. Et c’est cette atmosphère très brute qui apporte une belle respiration à « Tales From The Dark ». SERPENTYNE joue également sur la variété des ambiances, passant de moments très puissants et très Metal à d’autres presque gothiques et plus légers et cinématiques (« Phophetess Of Dreams », « Ghost Of Time Past », « Dreamer », « March Of Death »). Une belle inspiration.

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Metal Progressif

Virtual Symmetry : une précision d’orfèvre

De crescendos en accélérations haletantes, cette quatrième réalisation de VIRTUAL SYMMETRY atteint des sommets en termes de Metal Progressif. Grâce à un chanteur hors-norme et des partenaires qui avancent à l’unisson, on en oublierait presque la grande technicité à l’œuvre sur « Veils Of Illumination ». Les huit morceaux sont si fluides qu’il est impossible de s’y perdre, même s’ils affichent une bonne longueur. On reste plutôt captivé par tant d’émotion véhiculé de main de maître par une maîtrise de chaque instant. Une prouesse musicale qui célèbre un savoir-faire et un talent d’écriture rare.

VIRTUAL SYMMETRY

« Veils Of Illumination »

(Independant)

Fondé en 2009 par Valerio Æsir Villa, multi-instrumentiste qui tient ici la guitare, VIRTAL SYMMETRY a patienté jusqu’en 2016 et « Message From Eternity » pour faire son entrée sur la scène progressive européenne. Depuis ses débuts, le registre du combo italo-suisse ne cesse de repousser ses propres limites en termes de compositions. Il faut dire que son Metal se pare de très nombreuses influences, qui viennent autant du classique que du Heavy Metal, et avec une touche cinématographique très présente. Et c’est cela qui le rend inimitable dans les atmosphères déployées et la richesse des harmonies. Un véritable travail d’orfèvre.

Deux ans tout juste après son dernier album éponyme, le quintet présente « Veils Of Illumination », où il vient lever tous les doutes quant à une éventuelle panne d’inspiration. Bien au contraire, VIRTUAL SYMMETRY est au sommet de son art et s’il reste techniquement impressionnant, il n’a pas son pareil pour développer des mélodies accrocheuses. Accueillant Andrea Gianangeli à la batterie et Ruben Paganelli aux claviers, il semble plus affûté que jamais et l’entente entre les musiciens est, elle aussi, très palpable. Et mixé et masterisé par Simone Mularoni de DGM, la production est éclatante.

Malgré la complexité des morceaux et un travail sur les arrangements aussi conséquent que soigné, les nouveaux titres n’ont rien d’étouffants, là où tellement d’autres sont souvent pompeux. VIRTUAL SYMMETRY possède une vélocité et une dynamique, qui le propulsent dans un univers profond et lourd, mais aussi une énergie qui le rend vraiment imprévisible. Les riffs sont efficaces, la rythmique virevoltante, les claviers virtuoses et Marco Pastorino au chant passe d’une tonalité à l’autre presque naturellement. Imparable, on retiendra notamment « Eightfold Path » et ses enivrantes 20 minutes. Monumental !   

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Alternative Metal

Sevendust : l’air du temps

Très attendue, la nouvelle galette de la formation de Georgie laisse un sentiment assez mitigé. D’un côté, les fans ne jurant que par l’aspect Metal et Heavy du combo risquent d’être un peu perdus et de l’autre, les plus jeunes, adeptes de MetalCore et de sonorités sirupeuses, vont se régaler. Alors peut-être en vue d’un éventail rapprochement, SEVENDUST livre avec « Truth Killer » un album complet et sans froisser personne !

SEVENDUST

« Truth Killer »

(Napalm Records)

Alors que leur album « Blood & Stone », considéré à juste titre comme l’un de leurs meilleurs, était sorti en pleine pandémie, les privant ainsi de scène, les Américains font un retour fracassant avec « Truth Killer ». Certes, gavé de sons électroniques et d’une production massive mais un peu lisse, ce quatorzième opus se veut pourtant l’un des plus sombres du groupe au niveau des textes et il propose également des fulgurances rageuses avec des chocs décibéliques proches d’un (bon) MetalCore. Pour autant, SEVENDUST s’inscrit toujours dans un Alternative Metal, dont il est désormais un fer de lance.

Assez éloigné des (très bonnes) productions qu’il a livré en solo ces derniers temps, Clint Lowery retrouve son jeu pointu, précis et incisif. Ses riffs costauds permettent des instants où il envoie ses camarades de jeu dans des sphères plus musclées, nous rappelant aux opus plus bruts et directs des premiers SEVENDUST. Car « Truth Killer » est assez différent de ses prédécesseurs, puisque le combo l’a voulu plus introspectif et cinématique, d’où l’importance donnée aux atmosphères des morceaux et au déroulé de l’album. Sans livrer un album-concept à proprement parler, il nous transporte dans un univers singulier.

Vocalement impressionnant, Lajon Witherspoon passe d’un growl agressif à un chant clair, rappelant même parfois celui de Corey Glover de Living Coloür, avec une facilité déconcertante. Etonnamment, le quintet ouvre avec le morceau le plus calme du disque, « I Might Let The Devil Win », comme pour mieux lâcher les chevaux. Et SEVENDUST ne nous fait pas languir très longtemps (« Truth Killer », « No Revolution », « Leave Hell Behind », « Fence »). Certes, le gang d’Atlanta ne livre pas son meilleur cru, car à trop vouloir coller à l’air du temps, cela lui donne une saveur de déjà-vu, mais son expérience sauve les meubles.

Photo : Chuck Brueckmann
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Post-Metal post-Rock

Girih : la philosophie de l’épanouissement

Le registre instrumental du trio américain se suffit à lui-même et y poser du chant serait même un sacrilège tant les morceaux de « Ikigai » racontent déjà leurs histoires. Le post-Rock très Metal de GIRIH entre dans une nouvelle dimension avec ces huit nouvelles compositions d’une liberté totale et profonde. Un modèle du genre.  

GIRIH

« Ikigai »

(Dunk! Records/A Thousand Arms Music)

Derrière cette majestueuse pochette se cache (à peine!) un album qui l’est tout autant. Après « Eigengram » sorti en 2018, GIRIH continue de perpétuer son art avec « Ikigai », un deuxième album aussi travaillé et accrocheur que le précédent. Impressionnant de fluidité, le trio pose un style original entre légèreté et puissance, post-Rock et Metal, et avec une souplesse artistique rare.

Tout en progression, les Américains jouent avec les tessitures sonores en alternant les passages délicats et les assauts engendrés par des riffs gigantesques et des rythmiques fulgurantes. D’ailleurs, l’excellent travail effectué par le producteur Mike Maschetto met parfaitement en lumière l’univers torturé de GIRIH en illuminant la chaleur très organique de son jeu.

Dans une évolution et un déroulé très cinématographiques, le groupe du New Jersey manie les émotions avec une précision d’orfèvre et une technique imparable (« The Mirror », « The Key », « The Ring »). La dynamique de l’album varie aussi avec des crescendos incroyables libérant de fortes tensions (« The Sand », « The Hourglass »). GIRIH rend une partition royale.

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Metal Progressif

Etrange : Metal spatio-temporel

Raconter une histoire sur fond de Metal Progressif instrumental est le pari un peu fou et surtout la démarche entreprise avec talent par ETRANGE. Le duo français met toute son inspiration et sa technicité sur un deuxième album, « Enigme », dont les contrastes sont saisissants et le relief étonnant. Le voyage dans l’espace suit son cours.

ETRANGE

« Enigme »

(Independant)

Alors que le site n’existait pas encore, je me souviens très bien avoir écrit quelques lignes sur la page Rock’n Force du réseau social bleu en 2019 lors de la sortie du premier album éponyme d’ETRANGE. L’occasion était donc trop belle pour m’y replonger avant d’écouter le petit dernier, « Enigme », qui se présente comme une belle suite.

Fondé en 2017, le duo instrumental français est le fruit du travail en commun de Velhon (claviers, programmations, mix/master) et de Deadale (guitares, basse, illustrations), qui sont parvenus à créer un univers très personnel à travers une musique qui l’est tout autant. ETRANGE évolue dans un Metal progressif Cinématique très immersif et vigoureux.

Sur des morceaux assez longs allant de sept à près de dix minutes, « Enigme » propose un voyage spatial tout en mouvement en parcourant un large spectre Metal. ETRANGE pose un décor de science-fiction sur fond de Heavy et de Progressif avec des fulgurances extrêmes, qui offrent des atmosphères aux aspects originaux et très travaillés. Une belle réalisation.

L’album est disponible sur le site du groupe : http://etrangemusic.com/home

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Metal Progressif Symphonic Metal

Anthea : progressif, symphonique et cinématique

Ils sont peu nombreux les groupes de la cité des anges à donner dans le Metal Progressif et Symphonique. Pourtant, c’est la parti pris par ANTHEA qui, à grand renfort de lignes très Thrash et cinématiques, rend un deuxième album très bien produit et costaud. « Tales Untold » a du répondant.

ANTHEA

« Tales Untold »

(Rockshots Records)

Privés de tournée comme tout le monde après la sortie de leur premier album « Illusion » (2020), les Américains n’ont pas pour autant baisé les bras et se sont attelés à leur deuxième opus, « Tales Untold ». Prenant tout en main, c’est le chanteur Diego Valadez qui s’est occupé avec talent de la production et ANTHEA sonne plus massif que jamais.

Le quintet de Los Angeles présente un style nettement plus élaboré sur la base d’un Metal mélodique et symphonique, auquel il a intégré de solides éléments Thrash avec de puissants growls et une touche progressive constante. ANTHEA a donc bénéficié d’un an pour composer et réaliser « Tales Untold » et le résultat est plus que probant.

Présentant une belle unité, tant dans l’approche des morceaux que dans leur composition, les Californiens se distinguent rapidement de Nightwish, Kamelot et autre Wintersun dont ils s’inspirent pour créer un univers très personnel et cinématique (« Tales Untold », « The Deceiver », « Sunder Heart »). ANTHEA, avec ce deuxième effort, devrait faire parler de lui.

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Extrême France Metal

C R O W N : repousser encore et toujours les limites [Interview]

Stéphane Azam et David Husser, alias C R O W N, viennent de livrer un troisième album où ils se sont tout autorisés, quitte à déboussoler un peu leur public de base. Mais avec le duo de Colmar, garder des œillères : c’est déjà faire fausse route. « The End Of All Thing » va encore plus loin dans l’imaginaire sombre et expérimental du combo. Musicalement, la grande expérience des protagonistes leur permet à peu près tout, et ce nouvel opus est d’une richesse incroyable. Rencontre avec ces deux sorciers du son, qui font de C R O W N ce groupe si atypique de la scène hexagonale.   

Photo : Jenn Brachet

– « The End Of All Thing » sort 6 ans après « Natron », dont il est étonnamment différent. Toutes ces années ont été nécessaires pour parvenir à une certaine maturité des nouveaux morceaux, ou est-ce que ce sont d’autres projets qui vous ont occupé ?

Stéphane : Professionnellement en tant qu’ingénieur du son, je fais des tournées aussi à l’international notamment avec Alcest. Et depuis 2015, j’ai été très occupé, mais j’avais déjà commencé à bosser sur les démos fin 2017. Et puis, ça n’a pas été toujours simple de se voir avec David. C’est venu s’ajouter à la durée du processus de composition.

David : Il faut aussi savoir que l’album est prêt depuis un an et demi déjà. On a du le reporter pour des raisons évidentes. Au final, ça n’a pas pris autant de temps que ça.

– Avant de parler de l’album en lui-même, j’aimerais qu’on parle de la production qui est exceptionnelle. Comment avez-vous travaillé et comment vous êtes-vous réparti les taches étant donné votre expérience d’ingénieur du son ?

David : C’est mon job et j’ai fait une quantité d’albums en tant que producteur. J’avais déjà mixé « Natron » que j’avais récupéré sur la fin, car Stéphane sentait qu’il y avait besoin d’un petit coup de boost. J’y ai ajouté quelques programmations, de la basse ce qui était inédit chez nous et surtout j’avais remarqué que c’était mortel lorsqu’il chantait. Du coup, je l’ai poussé dans ce sens. Il a aussi composé l’intégralité de l’album et je suis assez peu intervenu en dehors de quelques riffs et arrangements. Je me suis vraiment concentré sur la prod’ en poussant aussi le truc un peu plus loin.

– Au-delà de ça, j’imagine que ce doit être un plaisir pour vous de produire vos propres compos et de pouvoir y apporter une touche très personnelle sans contraintes extérieures ?

David : Evidemment ! Je fais de la prod’ depuis une trentaine d’années maintenant, et depuis que j’ai un studio chez moi : ça change la vie ! Je ne calcule plus les jours de studio dont j’ai besoin. C’est fantastique de pouvoir travailler comme tu l’entends, et pour qui que ce soit d’ailleurs. C’est aussi lié à l’évolution de la technologie. Aujourd’hui, tu n’es plus obligé d’investir deux millions d’Euro dans un studio pour avoir un truc qui tienne la route.

– Justement, et après on parle musique, est-ce que vous avez pu expérimenter ou mettre des choses en place au niveau de la production que vous n’aviez pas eu l’occasion jusqu’à présent ?

David : J’ai repris pas mal de choses que je faisais à la fin des années 90/début 2000, où j’expérimentais beaucoup. J’avais eu l’impression d’être arrivé au bout de ce que je pouvais faire à la guitare dans ce contexte-là. Là, j’ai repris en quelque sorte les choses des années plus tard, et là où je les avais laissé. Il y avait encore des choses à dire au niveau guitare/synthé, par exemple, et aussi dans l’utilisation et même l’abus de certains effets et certaines techniques de guitare qui sont assez loin de ce qui se fait conventionnellement. Après, beaucoup de choses sont parties à la poubelle, mais c’était le bon terreau pour planter ce genre de graines. (Rires)

Photo : Jenn Brachet

– « The End Of All Thing » sonne vraiment différemment de vos deux derniers albums notamment. Je sais bien que tous les groupes disent qu’ils n’aiment pas refaire le même album (et pourtant !), mais là vous faites le grand écart. Ca s’est fait sur un coup de tête, ou c’est une chose à laquelle vous réfléchissez depuis longtemps ?

Stéphane : C’est venu très naturellement en fait. Au départ, je voulais faire quelque chose de beaucoup plus extrême et surtout ne pas faire la même chose. Je me suis laissé aller en essayant  de dégager quelque chose d’émotionnel, qui pourrait aussi toucher les gens.

– Est-ce qu’avec un virage aussi radical, vous n’avez pas peur de perdre du monde en route ? A moins que le but soit justement d’élargir votre audience ?

David : On n’a pas du tout réfléchi comme ça. Tu sais, les coups de tête, ça n’existe pas vraiment dans le monde musical. Ou alors, un coup de tête qui dure un après-midi et deux jours après, tu te reprends. C’est toujours un petit peu réfléchi. Jusqu’ici, les retours sont très positifs, alors que je m’attendais à beaucoup d’insatisfactions. Quand je vois ce que certains prennent dans la gueule, juste parce qu’ils ont baissé un peu les guitares, alors que c’est le même groupe ! Je me demandais un peu à quoi on aurait le droit avec C R O W N !

Stéphane : Et puis, sur la dernière tournée par exemple, le public était composé de gens de 20 ans à la cinquantaine et plus, et donc assez ouverts. Avec une bonne ouverture d’esprit, ça ne pose pas de problème. Ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète plus que ça. Et on a toujours ce côté sombre dans notre musique.

David : De toute façon, on a fait ce qu’on avait envie de faire et surtout du mieux qu’on a pu. C’est vraiment ça qui nous a drivé. Et puis, si à la fin de la journée, tu n’es pas un peu meilleur que la veille, c’est que tu ne l’as pas réussi ! Aujourd’hui, les choses ont quand même beaucoup évolué et c’est nettement plus ouvert malgré tout.

– En plus de vous présenter avec un son plus synthétique et donc moins organique ou analogique, c’est selon, il y a aussi un changement important sur la voix. C’est définitivement celle de C R O W N qu’on entend sur ce nouvel album ?

Stéphane : Pour celui-là en tout cas, oui ! (Rires) Pour les prochains, il y aura de toute façon de la voix claire, parce que cela me plait beaucoup et des voix hurlées aussi. Il n’y a pas vraiment de plans, c’est une question de ressenti. Mais pour le côté organique, avant il n’y avait que des machines alors que là, il y a une vraie batterie, par exemple. On a essayé de mélanger ce côté batterie naturelle avec des machines. Après, elles ont été retraitées, mais il en ressort un aspect plus dynamique et plus vivant aussi.

David : On a enregistré un vrai batteur et on l’a fait sonner comme une boîte à rythme, tu as tout à fait raison. Je pense d’ailleurs que si nous avions eu un peu plus de temps, j’aurais probablement refait la batterie pour l’avoir encore plus naturelle. Entre le moment où on a commencé et celui où on a fini, on a tellement dénaturé les choses, on s’est tellement éloigné de ce qui avait été fait à la base. Ca va pouvoir paraître un peu grossier, mais j’avais presqu’envie d’un côté Hip-Hop au sens noble du terme, c’est-à-dire un son très sec et au premier plan, un peu médium et dur. C’est comme ça que je l’entendais. C’est vrai que quelque part, c’est très synthétique, mais paradoxalement, c’est peut-être l’album le plus organique de C R O W N.

Photo : Jenn Brachet

– Et contrairement aux autres albums, on ne retrouve que la chanteuse Karin Parks d’Årabrot. Comment s’est porté votre choix, alors que d’habitude, on compte beaucoup plus de guests sur vos albums ? 

David : Lorsque j’ai mixé l’album d’avant, c’est vraiment ce que j’avais préféré. La voix de Stéphane en clair est très réussie mélodiquement. Et c’est donc la première chose que je lui ai proposé : de s’occuper de la partie vocale tout seul, ou presque. C’est aussi une histoire de cohésion et surtout, c’est parce que je savais qu’il y avait quelque chose à creuser de ce côté-là. C’était peut-être du à une certaine timidité ou un manque de confiance de sa part, mais je pensais qu’il fallait le pousser dans ce sens. Il méritait d’être soutenu dans cette voie. J’étais persuadé que Stéphane pouvait tenir la voix sur tout l’album sans forcément gueuler, et ça a même profité aux morceaux.  

– Enfin, l’album est très prenant et laisse place à l’imaginaire où se bousculent beaucoup d’images. C’est quelque chose à laquelle vous pensez déjà pour la scène ?

Stéphane : On utilise déjà des vidéos sur scène. Mais c’est vrai que les nouveaux morceaux en eux-mêmes sont assez cinématiques. Nous avons récemment réalisé un Live Stream avec un fond Led, et c’est effectivement quelque chose à renouveler et qui apporterait une dimension supplémentaire à la musique aussi.

David : Il y a un côté onirique évident, c’est sûr. Mais, par exemple, lorsque Pink Floyd a fait « The Wall » et qu’il y a eu le film après, plusieurs membres du groupe, y compris le producteur, ont dit qu’ils n’aimaient pas du tout le film. Il imposait des images au public, alors que l’album laissait libre-court à une tonne d’interprétations différentes. Dans notre musique, on ne réfléchit pas à la façon dont les gens vont pouvoir interpréter les choses. En revanche, ce que je peux te dire, c’est que très souvent le public a une vision bien plus radicale, et plus intéressante même, que l’artiste quand ils interprètent eux-mêmes les choses. J’adore vraiment discuter avec eux des morceaux qu’ils ont aimé, car je me dis souvent que j’aurais du l’écrire comme ça. C’est toute la beauté de l’esprit humain. On y pense bien sûr et en espérant que ça puisse apporter telle vision ou telle réflexion par la suite.

« The End Of All Things » est disponible depuis le 16 avril chez Pelagic Records

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