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International Rock Progressif

Imaginaerium : renaissance symphonique [Interview]

Ultime projet d’Eric Bouillette (Nine Skies, Solace Supplice), IMAGINAERIUM est né de sa complicité et de son travail avec la chanteuse italienne Laura Piazzai et le multi-instrumentiste anglais Clive Nolan. Une partition qui ne se limite pas au trio, puisque « The Rise Of Medici » regroupe pas moins de neuf musiciens, chanteuses et chanteurs. En immersion dans l’Italie du XVème siècle, l’album-concept narre la montée au pouvoir de la famille Médicis dans un style progressif et symphonique de haute volée. Ambitieux, théâtral et très Rock, le style affiché met en lumière une démarche artistique assez unique et menée de main de maître. Malgré la récente disparition d’Eric, « The Rise Of Medici » vient de sortir et rayonne déjà de toute part. Particulièrement intense et riche en émotion de toutes sortes, l’album invite à la rêverie et pique forcément aussi la curiosité. Entretien avec Laura Piazzai et Clive Nolan.

– Tout d’abord, la première question qui me vient à l’esprit est d’avoir votre sentiment sur la sortie de cet album, car elle est très particulière. IMAGINAERIUM est aussi et surtout le projet d’Eric Bouillette, dont la disparition nous a tous bouleversé. Dans quel état d’esprit êtes-vous tous les deux ? C’est un album doublement chargé en émotion…

Clive : En effet, c’est tellement triste qu’Eric n’ait pu voir son projet sortir sur un format physique. Mais il a au moins pu entendre l’album terminé et il était très satisfait du résultat. Néanmoins, j’ai un sentiment positif sur cet album, je pense qu’il nous réserve de bonnes choses !

Laura : Cet album a commencé avec Eric et il a été comme un rêve pour nous tous. Ce projet a été façonné par l’enthousiasme, des sentiments heureux et d’amitié avec uniquement des ondes positives. Quand vous perdez l’un de vos piliers de manière aussi dramatique, bien sûr, vous vous sentez perdus au début. Mais immédiatement après, il faut repartir de l’avant et se concentrer encore plus profondément sur ce qui doit être fait. Dans un grand projet comme celui-ci, il n’est pas toujours facile de gérer ‘l’après’, mais c’est ce que nous faisons aujourd’hui avec le groupe fantastique que nous avons créé. Il est extrêmement important pour nous de continuer ce qu’Eric a commencé et nous vous promettons que ce n’est que le début, comme il l’avait dit lui-même. Le pire pour moi, et pour nous tous, c’est qu’Eric n’a pas pu tenir l’album entre ses mains, mais je sais qu’il nous regarde et je sens qu’il sourit où qu’il soit maintenant et son incroyable esprit sera toujours avec nous. Nous ne l’oublierons jamais.

– Clive, tu as enregistré et composé l’album avec Eric. Comment vous êtes-vous répartis les rôles et, outre l’aspect musical, est-ce que des recherches historiques approfondies ont été nécessaires pour l’écriture de cette fresque qui dépasse même la fiction ?

Une fois que j’ai rejoint le projet, j’ai fait quelques recherches pour avoir une idée de l’histoire des Médicis. J’ai tout de suite compris que je devais me concentrer sur les origines de leur montée au pouvoir. Ensuite, j’ai écrit un concept pour l’album et je l’ai présenté à Eric. Il a aimé, alors j’ai commencé à considérer d’autres aspects comme le nombre de chanteurs et le format orchestral. Eric avait écrit six morceaux et cinq ont été retenus, puis j’ai écrit le reste. Ca a vraiment été un processus assez facile et la musique est venue toute seule.

– « The Rise Of Medici » retrace plusieurs épisodes de la vie de Cosimo et Contessina de Medici au XVème siècle. Est-ce qu’au début du travail d’écriture, tu avais déjà en tête quels artistes endosseraient le rôle des principaux protagonistes, car il y a un aspect théâtral qui rend l’exercice très particulier ?

Laura tenait déjà le chant principal et j’ai suggéré Andy et Elena. Je n’avais pas vraiment l’intention d’être le quatrième chanteur, mais l’idée de jouer le ‘méchant’ était plutôt attrayante, alors j’ai finalement endossé le rôle. Une fois que le choix des chanteurs était établi, il a été plus facile de créer leurs parties vocales.

– Laura, tu es aussi à l’origine de la création du groupe. En tant qu’Italienne, j’imagine que cette histoire te touche et te concerne encore plus. Quelle a été ton implication au cœur de ce concept, et as-tu fait quelques prospections sur le personnage de ton côté, afin de mieux l’incarner ?

Eh bien, en tant qu’italienne, j’aime l’art et l’Histoire de mon pays et l’idée de les mettre en musique m’a complètement captivé. Pour mon interprétation, j’ai beaucoup lu sur Contessina De Bardi, mais je me suis davantage intéressée à elle en imaginant ses pensées, ses sentiments et ses émotions, et en prenant en compte toutes les responsabilités et les devoirs qu’elle portait sur ses épaules. Je voulais donner du sens à sa part de vulnérabilité et à sa fragilité, mais surtout donner de l’énergie, afin de représenter la force de sa position au sein de la famille. J’ai un peu créé ma propre Contessina, comme j’imagine qu’elle aurait pu être et j’espère lui avoir rendu justice.

– Au-delà du chant, il y a un véritable jeu, presque d’acteur, dans ton interprétation. Est-ce qu’IMAGINAERIUM t’a aussi permis d’explorer d’autres facettes de ton travail et qui ont d’ailleurs peut-être été révélatrices de nouvelles envies artistiques ?

Merci pour cette belle question ! Oui, c’est un album-concept qui demande plus que des compétences vocales, et tu as raison quand tu dis que derrière le personnage il y a une sorte de jeu d’acteur. Pour que les auditeurs plongent dans l’histoire, il faut la faire vivre et laisser le toucher du doigt le personnage. Il doit avoir la sensation de presque ‘voir’ ce qu’il écoute. C’est la raison pour laquelle Clive a eu l’idée de ces trois voix avec de grandes personnalités. Je pense qu’avec sa musique et avec « The Rise of Medici », j’ai montré que je pouvais évoluer dans différents registres. A chaque fois que je commence quelque chose de nouveau, c’est toujours une aventure pour moi et j’y mets tout mon cœur et ma passion. J’essaie toujours de proposer des choses nouvelles dans chaque projet. J’adore explorer de nouvelles directions avec ma voix et découvrir d’autres possibilités.

– Clive, lorsqu’on écoute l’album, on se rend compte de l’incroyable travail effectué au niveau de la composition, des arrangements et de la production. Comment est-ce qu’on aborde ce genre de projet si ambitieux ? Quel est le point de départ en dehors de la trame narrative principale ?

Dans ce cas, c’était facile… J’ai juste rebondi sur le matériel de départ qu’Eric avait fait. Une fois que j’ai vu ce qu’il essayait de réaliser, je suis parti de là. Je savais que ça devait être mélodique et épique, alors c’est ce que j’ai tenté de faire ! Avec toutes les orchestrations et les chœurs, ainsi que le groupe et les chanteurs, c’était tout un défi à relever…

– A l’écoute de « The Rise Of Medici », on se rend compte de la très grande richesse musicale qu’il contient. On te retrouve dans ton univers progressif bien sûr, dans lequel viennent s’intégrer des éléments symphoniques, Rock et même un peu Heavy dans les guitares, mais aussi des aspects très théâtraux et d’autres plus médiévaux en rapport avec l’époque de l’histoire. Pour connaître ton travail, IMAGINAERIUM se présente-t-il un peu comme une sorte d’accomplissement artistique ?

J’aime penser que chaque album que je fais est une sorte d’accomplissement, mais ce n’est pas quelque chose sur lequel j’ai tendance à m’attarder. Je suis fier du travail que nous avons tous fait sur « The Rise of Medici » et le résultat est excellent. Il faut maintenant attendre et voir ce que les auditeurs en feront. Il y a déjà de très bonnes critiques.

– Laura, tu partages le chant avec Andy Sears, Elena Vladyuk, Mark Spencer et Clive aussi. Y a-t-il eu un esprit ‘troupe’ comme on peut le retrouver au théâtre notamment, dans le sens où les échanges ont dû être plus nombreux entre vous au fil de cette narration musicale ?

Avec Andy et Clive, cela s’est fait très naturellement. J’aime leur talent d’interprétation et ça a été une chance de pouvoir m’amuser à chanter avec eux. C’était un rêve pour moi d’entendre trois voix très Rock et d’enregistrer ces duos. Avec Elena, c’était différent. J’ai l’impression de la connaître depuis des lustres, mais en fait, nous ne nous sommes jamais rencontrées. Nos voix et nos styles sont si différents, et pourtant l’ensemble fonctionne très bien. C’était vraiment une merveilleuse aventure de chanter avec elle.

– Comme j’ai pu le dire à Eric la première fois que j’ai écouté l’album, c’est qu’on n’est pas dans un registre, ou même un concept, d’Opera Rock ou de comédie musicale. On a plutôt le sentiment d’écouter une histoire du début à la fin et en musique. Le fil conducteur est évident et c’est difficile de prendre l’album en cours. Est-ce que c’est aussi ton impression et surtout l’envie de départ ? Créer une sorte de conte historique musicale ?

Laura : Oui, c’est exactement ce que nous avions compris, lorsque nous avons commencé. Nous voulions simplement qu’il soit épique comme l’histoire qu’il raconte, et symphonique comme la musique qu’on peut entendre. Un immense morceau d’Histoire raconté par quatre voix. Comment traduire ‘Huge’ en musique ? De grandes voix, de grandes orchestrations, un scénario puissant et enfin réussir à inviter le public dans votre vision du concept. Je pense que nous avons réussi. L’auditeur peut fermer les yeux et s’imaginer faire partie de l’histoire. Nous voulions vraiment l’accompagner avec cet album. Et d’ailleurs, la même chose se produit avec le magnifique album bonus.

– Evidemment, quand on écoute « The Rise Of Medici », les images se bousculent et chacun peut visualiser à sa manière le déroulé de l’histoire. Y as-tu pensé aussi au moment de l’écriture, Clive ? Et toi, Laura, as-tu chanté ‘en costume d’époque’ pour ainsi dire sur certains morceaux ?

Clive : Je pense que nous étions très conscients de la période représentée par la musique de l’album. J’aime penser que chaque chanteur s’identifie à un personnage et j’espère que l’auditeur pourra lui aussi vivre cette histoire en écoutant l’album.

Laura : Je vais te décevoir, mais non ! (Rires) Je suis complètement submergée par l’interprétation et j’essaie d’exprimer le mieux possible les sentiments quand je chante. La partie visuelle vient après dans mon esprit.

– Clive, enfin et malgré les tristes évènements récents, conserves-tu dans un coin de la tête le désir de voir un jour IMAGINAERIUM sur scène ? Et dans quelle configuration l’imagines-tu ?

Je pense que cet album fonctionnerait très bien sur scène. Cela pourrait être une production assez somptueuse, car la musique est très forte. Mais je pense aussi qu’elle pourrait fonctionner de manière beaucoup plus basique. Espérons que cela arrivera…

Un grand merci à Laura et Clive et un dernier salut en forme de grand clin d’œil à EricMerci pour tout, mon ami !

L’album d’IMAGINAERIUM, « The Rise Of Medici », est disponible chez Anesthetize Productions : https://linktr.ee/imaginaerium

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Metal Progressif Rock Progressif

Feather Mountain : clair-obscur

Les Danois de FEATHER MOUNTAIN soufflent le chaud et le froid sur leur deuxième album, « To Exit A Maelstrom », qui sort étonnamment en indépendant. Technique et véloce, le Metal Progressif du quatuor, teinté de Rock du même registre, se faufile brillamment à travers des atmosphères très variées d’où s’échappe une dualité artistique opposant complexité et légèreté.

FEATHER MOUNTAIN

« To Exit A Maelstrom »

(Independant)

En explorant des thèmes comme la maladie ou la perte d’un être cher, FEATHER MOUNTAIN n’a pas choisi le chemin le plus facile. Et pourtant, c’est la paix de l’esprit et un horizon d’espoir et de réconfort que vise le groupe. Et c’est réussi. A l’écoute de ce deuxième album, « To Exit A Maelstrom », qui succède à « Nidus » sorti il y a trois ans, le quatuor touche vraiment au but, grâce à des morceaux très travaillés et fournis.

Sur une production limpide et lumineuse signée Johan Emanuel Jørgensen, les Danois trouvent un bel équilibre entre un Metal Progressif lourd et massif et des envolées plus Rock propres à l’évasion. FEATHER MOUNTAIN développe des sujets existentiels à base de métaphores et de symboliques, ce qui donne une touche très particulière et tout en contraste à sa musique.

Très technique, les Scandinaves s’engouffrent dans des méandres très progressifs en alternant des titres très nerveux et féroces avec des ambiances plus légères, mais également saisissantes et envoûtantes (« August Mantra », « Pariah », « Cloud-Headed », « Bliss »,  et le génial « Maelstrom »). FEATHER MOUNTAIN séduit grâce à une approche très créative et une maîtrise qui lui ouvre tous les champs du possible.

Photo : Kim Song Sternkopf Heart Matter Artwork
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Heavy Psych Rock

Motorpsycho : orbite psychédélique

Seulement quatre morceaux pour ce nouvel album de MOTORPSYCHO, c’est dire la liberté prise par le trio norvégien sur « Ancien Astronauts ». Avec des titres allant de 2 à 22 minutes, l’incroyable combo de multi-instrumentistes joue sur le Psych, le Rock et le Prog avec un côté Fuzz, parfois Drone et toujours stupéfiant.

MOTORPSYCHO

« Ancient Astronauts »

(Stickman Records)

Après les très bons « The All Is One » (2020) et « Kingdom Of Oblivion » (2021), le prolifique trio norvégien n’a mis que 16 petits mois pour composer et enregistrer « Ancient Astronauts ». Une fois encore magistral, ce nouvel opus très instrumental de MOTORPSYCHO est très expansif et conserve ce côté expérimental qui caractérise son Heavy Psych Prog.

Toujours aussi créatifs, les Scandinaves ont profité du confinement pour mettre en boîte cette nouvelle réalisation en quatre actes pour autant de morceaux toujours aussi distinctifs. En cinq jours de studio sous la houlette du producteur Deathprod, qui fait presque partie du groupe, « Ancient  Astronauts » montre un MOTORPSYCHO très aérien, toujours très Rock et naviguant au gré des sonorités.

Psychédélique et progressif, ce nouvel album a été conçu en condition live et seules quelques guitares et voix sont venues se greffer au mix final. On profite ainsi pleinement de la gigantesque énergie de MOTORPSYCHO avec un son toujours très organique et des atmosphères planantes. A noter l’incroyable « Chariot of the Sun – to Phaeton On The Occasion Of Sunrise » qui s’étend sur 22 minutes. Phénoménal !

Photo : Terje Visnes
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Progressif Rock

Solace Supplice : dystopie poétique

Acteurs reconnus dans le monde Rock Progressif, Anne-Claire Rallo et Eric Bouillette mènent désormais de front SOLACE SUPPLICE et leur groupe Nine Skies. Cependant, sur « Liturgies Contemporaines », c’est à travers un Rock plus direct, assez épuré et sur des arrangements subtils et soignés, qu’ils évoluent en quatuor. Porté par des textes délicats, touchants et forts, ce premier album rayonne par ses atmosphères parfois sombres, mais toujours scintillantes.

SOLACE SUPPLICE

« Liturgies Contemporaines »

(FTF Music)

Alors qu’ils viennent tout juste d’annoncer avoir commencé à travailler sur le prochain album de Nine Skies, Anne-Claire Rallo et Eric Bouillette sont déjà sur le pont avec le premier album de SOLACE SUPPLICE, side-projet en français et clairement orienté Rock. Egalement soutenu par Willow Beggs (basse) et Jimmy Pallagrosi (batterie), « Liturgies Contemporaines » est une évasion poétique et envoûtante guidée par un quatuor solide et inspiré.

Deux ans après un très bon EP éponyme, le duo revient dans un format où il peut aller au bout de ses idées dans un registre très personnel et finalement assez peu répandu. Très Rock tout en lorgnant à l’occasion sur le Prog, SOLACE SUPPLICE présente les compositions d’Eric (également au chant, guitare, claviers, violon et aux arrangements) mises en lumière par les textes étincelants d’Anne-Claire, dont on connait toute la finesse de la plume.

Forcement, parler d’osmose entre les paroles et la musique est un doux euphémisme, tant elles forment une combinaison évidente (« Le Tartufe Exemplaire », « En Guidant Les Hussards »). Sur des guitares souvent gilmouriennes, le chant vient déclamer librement et avec un grand soin une réflexion poétique toute en émotion (« Sunset Street », « A Demi-Maux », « Cosmos Adultérin » et le morceau-titre). SOLACE SUPPLICE impose sa patte avec une classe naturelle et un feeling communicatif.  

Pour vous procurer l’album, rendez-vous sur le bandcamp du groupe : https://solacesupplice.bandcamp.com/album/liturgies-contemporaines

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Metal Progressif Rock Progressif

Heterochrome : en lutte

Jouer du Metal, chanté de surcroît par une femme, est une chose impensable dans un pays comme l’Iran. Pourtant, c’est la démarche et aussi le challenge relevés par HETEROCHROME. Le trio de Téhéran sort un deuxième album de Metal/Rock Progressif aux savoureuses influences persanes. «  From The Ashes » est une très belle découverte.

HETEROCHROME

« From The Ashes »

(Independant)

Il est tellement rare de pouvoir chroniquer l’album d’un groupe iranien que lorsque l’occasion se présente, et qu’en plus celui-ci est bon, c’est un vrai plaisir. Fondé à Téhéran en 2014, HETEROCHROME sort son troisième opus, « From The Ashes », un beau mélange de Rock et de Metal Progressif aux influences persanes. Basés sur les problèmes sociaux et politiques du pays, les dix titres sont plus qu’intéressants. 

Composé du guitariste et chanteur Arash Rezaei, du batteur Mohammad Mirboland et de la chanteuse Mida Malek, HETEROCHROME a mis quatre ans après « Melancholia » pour enregistrer « From The Ashes » pour des raisons évidentes liées à la situation iranienne. Conçu dans cinq pays différents et masterisé en Russie, l’album inclue aussi des instruments acoustiques et évolue sur des influences comme celle d’Opeth notamment.

Le contraste entre le chant clair et le growl apporte une solidité et une puissance pleine de relief, qui mettent en évidence la volonté artistique de revendiquer la situation du pays du trio. HETEROCHROME appose aussi des influences orientales et le fait que, pour l’essentiel, « From The Ashes » soit chanté par une femme est un acte fort de résistance en soit. Un album de Rock/Metal Progressif à découvrir d’urgence.

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Rock Progressif

Pure Reason Revolution : en perpétuelle évolution

En l’espace de cinq albums, ponctués par une longue coupure, PURE REASON REVOLUTION a su imposer un style et un son très personnel. Parfaitement structuré et bénéficiant d’une incroyable production, « Above Cirrus » parcourt le monde progressif avec brio entre Rock, Metal et électronique et à travers de multiples émotions.

PURE REASON REVOLUTION

« Above Cirrus »

(InsideOut Music)

Depuis sa reformation il y a trois ans, PURE REASON REVOLUTION semble bénéficier d’un nouveau souffle créatif. Après l’excellent « Eupnea », les Anglais livrent « Above Cirrus » et retrouve par la même occasion le chanteur et guitariste Greg Jong, déjà à l’œuvre sur l’EP « Cautionary Tales For The Brave » paru en 2005. Et il faut reconnaître que le trio se trouve les yeux fermés et s’aventure même hors des sentiers battus, tout en gardant une maîtrise complète de son jeu.

Comme toujours, PRR présente un équilibre parfait entre des atmosphères lumineuses, d’autres plus sombres et mélancoliques et un mix entre sonorités électroniques et organiques, qui viennent apporter un relief et un volume particulier au style des Britanniques. Et la touche du duo fondateur composé de Chloë Alper (basse, claviers, chant) et Jon Courtney (guitare, claviers, chant) continue de faire des étincelles, notamment sur les harmonies vocales.

L’aspect hybride, véritable marque de fabrique du désormais trio, se fait déjà sentir sur les premiers morceaux de l’album (« Prism », « New Kind Of Evil »). Ancré dans un Rock Progressif moderne, qui lorgne parfois même sur le Metal, PRR reste pointilleux, sophistiqué et toujours aussi intense (« Scream Sideways », « Dead Butterfly », « Lucid »). Mélodique, créatif et très élaboré, « Above Cirrus » brille aussi par ses arrangements très soignés. Classieux… encore !

Photo : Greg Jong

Retrouvez l’interview de Jon Courtney réalisée à la sortie de « Eupnea » :

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folk Hard 70's Psych Rock Progressif

Hällas : un îlot psychédélique

L’Adventure Rock’ proposée cette fois encore par le quintet montant de la scène suédoise, HÄLLAS, va régaler les amateurs de styles progressifs au sens large. Passant par des contrées proto-Metal, Hard Rock et Folk dans un univers 70’s quasi-mystique, « Isle Of Wisdom » est à la fois épique, déjanté et captivant grâce à des musiciens de haut vol.

HÄLLAS

« Isle Of Wisdom »

(Napalm Records)

HÄLLAS est le nom du chevalier imagine et créé par le groupe, et dont le dessein est de prendre part à une guerre provoquée par une reine tyrannique. Et il vit dans un univers parallèle médiéval, cela va de soi. Une fois le décor planté, on a déjà une petite idée du style musical du quintet suédois : un Rock Progressif aux très nombreuses facettes. L’idée est de se laisser guider…

Non sans une certaine nostalgie, le registre du groupe regorge d’influences 70’s allant du proto-Metal au Hard Rock et de la Folk au Psychédélique. Cependant, cela n’empêche pas à HÄLLAS de présenter une réelle originalité sur ce troisième album, « Isle Of Wisdom ». L’aventure Rock proposée par les Scandinaves ne manque pas de sel et attise même une certaine curiosité.

Assez mystique, l’ambiance rétro-Rock Progressive qui règne sur ce nouvel opus est assez saisissante, au point que l’on se retrouve projeté des décennies en arrière. Les claviers, les orgues et les synthés livrent des atmosphères épiques, bien soutenus par les envolées guitaristiques des deux six-cordistes. Avec « Isle Of Wisdom », HÄLLAS assume parfaitement son style débridé (« Birth Into Darkness », « Earl’s Theme », « Elusion Gate »).

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Post-Metal post-Rock Progressif

Ok Wait : d’une beauté renversante

Autour de musiciens aguerris de la scène underground de Hambourg, OK WAIT est le fruit d’une association de talents, dont la vision musicale fait preuve de beaucoup d’originalité et d’ambition. Au cœur d’un post-Rock, souvent Metal et progressif, les Allemands traversent avec émotion et des sensations variées sur ce « Well », qui va crescendo au fil de morceaux instrumentaux  puissants et délicats à la fois. Une expérience singulière et très réussie.  

OK WAIT

« Well »

(Golden Antenna Records)

Pour son premier album, le quatuor de Hambourg frappe fort en proposant un voyage très immersif dans un post-Rock, d’où émergent des sonorités empruntant au post-Metal, au Noise et au Rock Progressif. Entièrement instrumental, « Well » joue autant sur des mélodies entêtantes que sur des fulgurances beaucoup plus musclées. Et si ce premier opus de OK WAIT sonne si bien, ce n’est pas vraiment surprenant. La finesse d’interprétation et la force des compositions ne peuvent laisser insensible.

Issu du milieu underground, ce post-Rock à la fois épique et hypnotique est le fruit d’une collaboration entre quatre musiciens partageant la même fibre pour des atmosphères aériennes, et pour l’essentielle très appuyées. A la barre d’OK WAIT, on retrouve les guitaristes Christoph Härtwig et Michel Jahn (Sonic Black Holes), le bassiste Florian Zeh (Ex-Rodha) et le batteur Lutz Möllmann (Barrels). Un casting de choix et une production signée Magnus Lindberg, qui ne laisse rien au hasard.

Dès les 15 minutes de « Wait », les Allemands nous propulsent dans un univers lumineux avant de laisser place à une ambiance plus sombre avec « Blow » ou « Cope ». OK WAIT se meut dans des titres très organiques et planants en s’appropriant des tessitures musicales très rythmées aux couleurs saisissantes (« Time »). Et « Well » monte en régime au fil de l’album, laissant place à quelques belles explosions très maîtrisées. Un beau périple dans lequel on aime se perdre avec insouciance (« Dust »).

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Metal Progressif post-Rock Rock Progressif

[Going Faster] : Xavier Boscher / Day Of Departure

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

XAVIER BOSCHER – « Cosmic Variations » – Orfeo’Lab

Loin d’être un inconnu sur la scène Rock et Metal française, XAVIER BOSCHER a travaillé pour et avec de nombreux groupes, dont Nebuleyes et Misanthrope, avant de se consacrer à sa propre musique au sein de sa structure, où il produit aussi d’autres artistes. Aujourd’hui, c’est avec un album instrumental, « Cosmic Variations », sur lequel il joue tous les instruments qu’il se présente pour un voyage lumineux. Entre Rock et Metal Progressif, XAVIER BOSCHER livre un opus conceptuel où les mélodies se fondent dans une technique exemplaire, sans être exubérante, à travers sept morceaux séparés par des « Echo », intermèdes Drone joués à la guitare et très immersifs. Avec « Cosmic Variations », le multi-instrumentiste se fait aussi subtil que puisant dans un registre très maîtrisé et captivant.

DAY OF DEPARTURE – « Day of Departure » – Bravemusic

Originaire de Washington DC, DAY OF DEPARTURE sort enfin son premier album éponyme, fruit de deux ans de travail à distance pour ses cinq membres. Dans un registre Progressif et Ambient, les Américains proposent un style entre Rock et Metal avec quelques embardées post-Rock qui confèrent à cet opus une originalité et une touche toutes particulières. Enveloppé par la voix de sa chanteuse Michelle Schrotz, DAY OF DEPARTURE nous invite à le suivre dans un périple basé sur le thème de la science fiction. Le pari est osé, l’album très bien réalisé et couronné d’une belle production assurée par le groupe lui-même, et qui traverse les atmosphères spatiales avec talent. Un bel opus pour un départ qui se présente sous les meilleurs auspices. 

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Rock Progressif

Marillion : un élan lumineux

Limpide et tout en émotion, MARILLION livre un album très attendu, qui se révèle être la plus inspirée de ses récentes réalisations. A travers un propos très sociétal, le quintet britannique se montre très entreprenant en mettant en avant une musicalité incroyable et des mélodies somptueuses. « An Hour Before It’s Dark » fait assurément partie des joyaux du groupe, grâce aussi à un Steve Hogarth éblouissant.

MARILLION

« An Hour Before It’s Dark »

(Ear Music)

J’avoue ne pas avoir été conquis par un album de MARILLION depuis bien longtemps. Inspiré par la crise sanitaire, on aurait pu imaginer un album très sombre, voire mélancolique, mais les Anglais proposent une autre version de cette époque trouble pour faire jaillir de « An Hour Before It’s Dark » une lumière apaisante et vraiment teintée d’espoir. Enregistré dans les studios de Peter Gabriel au Real World, ce nouvel opus rayonne littéralement.

Pour ce seizième album sous l’ère Steve Hogarth, les Britanniques font parler leur longue expérience, ainsi que cette fluidité qui a fait sa réputation. Ouvrant sur le dynamique « Be Hard On Yourself », sur lequel la rythmique menée par Ian Mosley et Pete Trewavas fait des merveilles, MARILLION prend son envol de manière relevée et dense. Et le groupe enchaine avec « Reprogram The Gen » et « Murder Machine », affichant un bel enthousiasme.

Si d’aucuns diront que le quintet ne sort pas des clous et se contente de jouer son Rock Progressif avec le même raffinement et la même sophistication, mais sans sortir de sa zone de confort, il n’en est rien… ou pas seulement. Entre murmures et envolées lyriques, Steve Hogarth se meut avec un grand talent dans un registre très maîtrisé et toujours envoûtant (« Sierra Leon », « Care »). MARILLION se montre sensible, touchant et d’une grande sincérité.