Pour son 17ème album, celle qui compte sept Blues Music Awards dont le fameux BB King remis par la légende elle-même, nous plonge à la découverte de quelques trésors qu’elle a le don de régénérer en intériorisant les chansons pour les faire siennes. JANIVA MAGNESS est une interprète hors-norme et cette facilité à les personnaliser confère à ses reprises une authenticité toute flamboyante. Et si l’on ajoute le fait que « Back For Me » ait été enregistré en condition live, on constate que la blueswoman s’est à nouveau surpassée.
JANIVA MAGNESS
« Back For Me »
(Blue Élan Records)
Originaire de Detroit, Michigan, JANIVA MAGNESS est ce que l’on pourrait qualifier de diva (au bon sens du terme !), tant elle parvient à chaque nouvel album à fusionner le Blues, la Soul et l’Americana avec une grâce que l’on n’entend que très rarement. Avec sa voix rauque et puissante, elle reste toujours incroyablement captivante et, en un peu plus de 30 ans de carrière, ne déçoit jamais. Pourtant, l’Américaine est également une grande spécialiste des reprises qui, à chaque fois, sortent brillamment de l’ordinaire par leur choix.
Non que JANIVA MAGNESS ne soit pas une très bonne songwriter, bien au contraire, mais elle excelle dans l’art de magnifier les morceaux des autres en les transformant au point d’en faire de véritables déclarations personnelles. Et c’est encore le cas sur « Back For Me », où elle se montre à même de se les approprier avec un charisme incroyable pour leur offrir une nouvelle vie. Et comme cela ne paraît pas suffire, elle a même convié Joe Bonamassa (encore lui !), Sue Foley et l’électrique Jesse Dayton à la fête.
Une autre des multiples particularités de la chanteuse est aussi de dénicher des pépites méconnues d’artistes aux horizons divers. Et cette fois, c’est chez Bill Withers, Ray LaMontagne, Allen Toussaint, Doyle Bramhall II, Tracy Nelson et Irma Thomas que JANIVA MAGNESS a trouvé l’inspiration. Toujours produit par son ami Dave Darling, « Back For Me » balaie un large éventail de sonorités et de terroirs Blues et Soul, qui vibrent à l’unisson sur une dynamique brûlante entre émotions fortes et rythmes effrénés. Sompteux !
POPA CHUBBY a une telle culture du Blues, et même de tous les Blues, qu’il paraît presqu’étonnant qu’il n’y soit pas allé plus tôt de son hommage au grand Freddie King. Mais c’est dorénavant chose faite… et très bien faite ! Et la fête n’en est que plus belle, puisqu’en plus d’un groupe exceptionnel, il a fait appel à quelques amis. Et quand ils s’appellent Joe Bonamassa, Albert Castiglia, Christone ‘Kingfish’ Ingram, Mike Zito, Eric Gales ou Arthur Nielson, l’ensemble prend forcément une toute autre dimension. Tous l’ont clamé haut et fort et « I Love Freddie King » résonne comme l’une des plus belles marques de respect adressée au légendaire ‘Texas Cannonball’. Entretien avec le guitariste et chanteur new-yorkais, qui reprend des forces et livre l’un de ses plus beaux disques.
– Avant de parler de ce bel hommage que tu rends à Freddie King, j’aimerais tout d’abord prendre de tes nouvelles. Tu as été touché par une maladie rare de la colonne vertébrale, dont tu te remets depuis quelques mois. Comment vas-tu aujourd’hui ? C’est définitivement derrière toi, ou pas encore ?
Eh bien, ce n’est pas une réponse facile. Merci de t’en inquiéter. La convalescence après mon opération prendra au moins deux ans, car j’ai subi une grave lésion au bras et à la colonne vertébrale. Mais je marche, je joue de la guitare et je fais de nouveau des concerts, donc tout va bien. Je pratique actuellement le vaudou et je fais des cérémonies, mais je suis à court de cellules souches. Ces deux techniques sont légales aux Etats-Unis. Et puis, j’ai hâte aussi de rentrer en France pour retrouver mes frères et sœurs africains, algériens et marocains.
– Tu es resté immobilisé un certain temps, alors que tu avais déjà commencé l’enregistrement de l’album. Est-ce que, d’une manière ou d’une autre, tu dois à Freddie King et à son Blues une partie de ta guérison ?
Absolument, le pouvoir de cette musique m’a aidée à guérir et continue de le faire. Quant à l’aide directe que Freddie King a pu apporter à ma santé, il est mort à la quarantaine (à 42 ans en 1976 des suites d’un ulcère de l’estomac – NDR), faute d’avoir soigné la sienne. Il n’est donc peut-être pas le meilleur modèle à suivre. Mais musicalement, en tant que musicien qui travaille depuis aussi longtemps comme moi, j’ai arrêté de le suivre et je me concentre sur une approche plus équilibrée.
– On te sait d’un naturel très combatif et surtout un grand amoureux de musique. Comment est-ce qu’un musicien comme toi qui ne cesse de jouer, d’enregistrer et de tourner a-t-il vécu cette période ? L’objectif a été de reprendre ta guitare le plus vite possible ?
Ça a été extrêmement difficile. Mais je suis resté motivé et j’ai constamment progressé. Au début, je ne pouvais même pas jouer de la guitare, mais maintenant, je retrouve de la motivation. Franchement, chaque jour est un combat. Alors qu’avant, je réussissais facilement à faire les choses, je dois maintenant y réfléchir en faisant beaucoup d’efforts, mais ce n’est pas grave. Je ne m’apitoie pas sur mon sort. Je continue d’avancer. Et rien ne m’arrêtera.
– Parlons maintenant de ce bel album. Tu l’as enregistré à Long Island au G. Bluey’s Juke Joint avec des musiciens que tu as toi-même choisi. Quels étaient tes critères, outre une connaissance assidue de Freddie King ? C’est votre complicité qui a primé ?
Les critères étaient de couvrir plusieurs aspects de la carrière du bluesman et d’intégrer quelques uns des meilleurs musiciens du genre, et qui sont tous mes amis. Concernant le studio, l’un de mes meilleurs amis, un de mes anciens élèves, a ouvert un incroyable studio à New-York et m’a autorisé à y enregistrer. C’est vraiment époustouflant, avec une vue imprenable sur les gratte-ciels de New-York. L’enregistrement a été réalisé en deux jours pour les morceaux de base, comme ce qui était prévu. Les musiciens étaient préparés et le matériel était excellent, donc c’était assez facile. J’ai donc pu l’enregistrer correctement.
– Et puis, il y a le choix des morceaux, qui sont pour l’essentiel des classiques de Freddie King. Tu aurais pu aussi choisir des chansons moins connues. Comment as-tu procédé, et y avait-t-il aussi le désir de livrer ta propre version, sachant que beaucoup de chansons ont déjà été reprises ?
Il y a eu trois périodes distinctes dans la carrière de Freddie : les premiers morceaux instrumentaux à la guitare, les morceaux funky avec Mike Vernon sur l’album « Burglar » en 1974 et ceux avec Leon Russell. Il était important de tous les couvrir. Il y a tellement de gens dans la carrière de Freddie, qui ont joué un rôle sur son côté instrumental. Cela va du producteur Mike Vernon, qui a produit l’album « Burglar », et aussi John May Bino avec Eric Clapton jusqu’à Leon Russell, Don Nix et Duck Dunn avec des chansons comme « Going Down », qui est vraiment axée sur le piano.
– Freddie King utilisait des onglets à la main droite, en plastique pour le pouce et en métal pour l’index, et il portait sa bandoulière de manière inhabituelle pour un droitier, à savoir sur l’épaule droite. Est-ce que, même pour t’amuser, tu t’es déjà essayé à cette drôle de position ?
Tu sais, on réalise tout de suite qu’on ne pourra jamais reproduire le style de Freddie, alors on essaie d’en reprendre et de retrouver l’ambiance et l’énergie, comme je l’ai fait avec des gens comme Hendrix aussi. On essaie simplement de capter cette énergie, c’est le plus important. Et puis, c’est vraiment un truc texan et des gens comme Gatemouth, Brown, Anson Funderburgh et Omar Dykes, ainsi que Jimmie Vaughan, en sont tous des adeptes.
– Reprendre un maître du Blues comme Freddie King peut aussi déclencher beaucoup de questions : est-ce qu’il faut toucher l’œuvre originale le moins possible et la respecter au mieux, ou alors se l’approprier complètement et en donner sa propre vision. Même si j’ai ma petite idée, dans quelle posture t’es-tu mise ? Et est-ce que cela a été plutôt une délivrance, ou une petite crispation avec une légère appréhension ?
Tout en restant fidèles aux arrangements originaux, qui sont tous géniaux, nous avons essayé d’y apporter notre approche et notre propre sensibilité. Certains morceaux sont vraiment exceptionnels. Il y avait de nombreux sommets sur cet album qui devaient être atteints, notamment « Hideaway Another Being », qui l’une des chansons les plus marquantes et enthousiasmantes du genre. Ensuite, c’était une évidence d’avoir Joe Bonamassa sur le projet. Et je tenais absolument à jouer « Hideaway » avec Arthur Neilson.
– Sur l’album, il y a trois chansons datant de 1961 et les autres datent de 1971 à 1974. Ce qui est fascinant en écoutant le disque, c’est qu’elles auraient toutes aussi pu être composées de nos jours. Est-ce que cette intemporalité te séduit encore aujourd’hui chez Freddie King au-delà de son jeu ?
J’ai toujours dit que Freddie King était le chaînon manquant. On ne lui a jamais attribué le mérite qui lui était dû vu sa virtuosité musicale, tous les genres abordés et les différentes époques dans sa discographie. Alors, nous avons fait de notre mieux pour en couvrir l’essentiel et j’espère vraiment que nous avons contribué à lui rendre hommage.
– Comme tu le clames : tu aimes Freddie King. Et tu n’es pas le seul, puisque Mike Zito a aussi été partie prenante dans cette belle aventure. Quel a été son rôle en tant que producteur exécutif ?
Mike Zito a joué un rôle déterminant dans la réalisation de cet album. Il n’aurait pas pu voir le jour sans lui et je lui en suis très reconnaissant. C’est un type bien. Toute l’équipe de Gulf Coast Records m’a apporté un soutien incroyable. Je lui en suis très reconnaissant.
– D’ailleurs, j’aimerais savoir si des artistes comme Joe Bonamassa, Albert Castiglia, Christone ‘Kingfish’ Ingram et les autres ont pu choisi leur morceau, ou est-ce toi qui le leur as imposé ? Parce qu’il peut y avoir aussi une petite question de goût ou d’ego…
Il n’y a eu aucune question d’ego, vraiment. Tout le monde a apporté sa contribution et m’a aidé. Je suis tellement fier de tous mes amis, parmi les meilleurs guitaristes du genre et probablement du monde entier. Ma gratitude est éternelle. Mais j’avais aussi des idées précises sur qui jouerait quel morceau, et notamment Joe Bonamassa sur « I’m Going Down ».
– La technologie permet aujourd’hui beaucoup de choses, notamment de faire des albums à distance. Avez-vous tous pu vous rencontrer, car l’ensemble sonne terriblement live ? On vous imagine facilement tous dans la même pièce…
Seulement un ou deux morceaux ont été réalisés en présence de tous les musiciens. Les autres ont été envoyés par Internet. C’est comme ça que ça se passe maintenant, tu sais, avec nos agendas chargés et les tournées de chacun.
– Une dernière question plus personnelle et moins musicale pour conclure. Trump a été réélu pour une seconde fois. On te sait farouche opposant à sa politique et les choses prennent même une tournure assez dangereuse. Au-delà de ses idées que tu as toujours combattues, est-ce que tu penses que, tôt ou tard, le monde de la musique pourrait en être affecté aux Etats-Unis ?
Je pense que le monde entier est touché et la musique aussi forcément, mais il existe une résistance à la tyrannie et au fascisme et j’ai l’intention d’être à l’avant-garde, aux premiers postes. Je continuerai à résister grâce à des chansons de protestation et à utiliser mon influence pour prêcher le bien et uniquement le bien. Nous ne pouvons pas laisser le fascisme prendre le contrôle du monde.
L’album POPA CHUBBY & FRIENDS, «I Love Freddie King», sera disponible chez Gulf Coast Records le 28 mars.
Photos : Nelson D’Onfrio (4) et Photo Phillip Ducap (3, 6)
Retrouvez l’interview de Popa Chubby à l’occasion de la sortie de « Tinfoil Hat », sorti en pleine pandémie :
Pas totalement personnel, « Recordings : 2020-2025 » offre un beau panel des goûts et surtout du talent de SIMON McBRIDE et permettra à qui ne le connaîtrait pas vraiment de mieux comprendre pourquoi il a été le choix de Deep Purple pour remplacer Steve Morse. Entre Rock, Classic Rock et Hard Rock, le guitariste a enregistré quelques inédits, en une seule prise et au studio Chameleon à Hambourg en Allemagne, en complément de reprises réinventées, qui ne laissent pas de doute sur ses influences et encore moins sur sa virtuosité.
SIMON McBRIDE
« Recordings : 2020-2025 »
(earMUSIC)
En 2023, la carrière du musicien originaire de Belfast a pris un sacré tournant avec son intronisation au sein de Deep Purple et une implication conséquente sur « =1 », dernier et très bon opus en date de la légendaire formation. Cela dit, le parcours de SIMON McBRIDE est aussi assez éloquent. Compositeur, musicien et producteur, il signe ici son sixième album studio après avoir évolué au sein de Sweet Savage, Snakecharmer et aux côtés de Don Airey. Une carte de visite plus que conséquente et de haut vol.
Cette fois, l’Irlandais revient avec un disque un peu spécial, qui regroupe des enregistrements datant des cinq dernières années et même finalisés juste avant son arrivée chez Deep Purple. Composé de titres originaux et de reprises, « Recordings : 2020-2025 » résume plutôt bien la vision du Rock de SIMON McBRIDE et permet aussi de constater sa facilité à s’approprier à peu près tous les genres avec beaucoup de facilité. Pour autant, pas complètement caméléon, c’est essentiellement sa touche qu’on retrouve ici.
Après « The Fighter » en 2022, c’est donc un panorama plus Rock qu’il propose sur 15 titres, qui montrent une belle homogénéité. La production est assez sobre, mais le toucher est toujours aussi singulier. Nette et avec des accroches souvent Hard Rock, la fluidité de SIMON McBRIDE est un modèle du genre que ce soit sur les riffs ou les solos. Par ailleurs, c’est assez bluffant aussi de constater qu’il s’inscrive à ce point dans des sonorités ‘so british’, dans ses compositions comme dans le choix des reprises. Un bon moment !
Photo : Jim Rakete
Retrouvez la chronique de « The Fighter », celle du dernier album de Deep Purple et du coffret de Snakecharmer :
Artiste accomplie au parcourt assez étonnant, ZZ WARD sort un quatrième opus plein de surprises en suivant ses choix et ses envies. Sur « Liberation », chaque titre est concis et direct et traverse les courants du Blues avec passion et beaucoup de facilité. A la fois Roots, Blues Rock, Southern, aux sonorités du Delta comme sur un groove Honky-Tonk, la frontwoman se fait brûlante, poignante, délicate et forte. Vibrante et intense, l’Américaine est exaltante et conquérante. Une belle démonstration de feeling et de maîtrise.
ZZ WARD
« Liberation »
(Dirty Shine/Sun Records)
Chaque nouvelle sortie de ZZ WARD est dorénavant scrutée de très près et quelques mois après son arrivée sur le mythique label Sun Records qui avait été marqué par l’EP « Mother », elle nous livre « Liberation ». Et la songwriter de Roseburg, Oregon, se présente avec un quatrième opus étonnant à bien des égards. En effet, le successeur de « Dirty Shine », sorti il y a deux ans, est composé de quatre des six morceaux de son récent format court paru en octobre dernier, ainsi que de quelques classiques revisités et, bien sûr, de chansons originales.
Celles et ceux qui auraient manqué « Mother » ont donc le droit à une petite séance de rattrapage. La multi-instrumentiste a renouvelé sa confiance au producteur Ryan Spraker, ayant lui-même plusieurs cordes à son arc, et « Liberation » est un album qui n’aura jamais aussi bien porté son nom. Au fil des morceaux, on découvre ZZ WARD déclamant son amour du Blues, sans filtre et sans fard, que ce soit sur ses propres titres ou sur les reprises qu’elle a savamment choisi et qu’elle s’est approprié avec brio…. Une expression de la liberté plus flamboyante que jamais.
Libre et libérée, la chanteuse fait ce qu’elle veut et elle sait tout faire. A travers les 14 chansons de « Liberation », elle démontre sa polyvalence tout comme sa connaissance d’un répertoire Blues très large. Parmi les covers de Big John Hamilton, Son House, Robert Johnson ou Fats Domino, ZZ WARD fait plus qu’explorer l’Histoire du genre, elle la réinvente et lui offre une toute nouvelle couleur. Et en marge, on se délecte de ses compositions très personnelles et intimes (« Love Alive », « Liberation », « Lioness », « Clairvoyant », « Next To You »). Brillante !
Brut de décoffrage, le registre rocailleux des transalpins prend ici une toute autre direction musicale, même si leur touche reste intacte et leur esprit rebelle plus que vivace. Provocateur et irrévérencieux à souhait, THE DEVILS s’offre une virée dans les marécages avec un opus Stoner fait de Blues et de Soul, qui prend les traits d’un Heavy Blues sauvage au son primal et direct, façonné par un Alain Johannes des grands jours. « Devil’s Got It » traquent les décibels dans une séduisante et chaotique mixité. Magistral !
THE DEVILS
« Devil’s Got It »
(Go Down Records)
Survolté et électrisant, l’explosif duo napolitain fête ses dix ans d’existence avec un sixième album, dont le contenu paraît surprenant, mais dont le résultat colle terriblement à son image. Rock’n’Roll jusqu’au bout des doigts, Erika Switchblade (batterie, chant) et Gianni Blacula (guitare, chant) ont toujours mené leur carrière sans concession œuvrant dans un style hyper-roots entre Stoner et Garage. Epais et organique, THE DEVILS est d’une féroce authenticité et elle en est même devenue sa marque de fabrique. Une chaleur qui se répand délicieusement.
Dès le début de l’aventure, les complicités ont été aussi évidentes que redoutables. Sur les deux premiers efforts, c’est Jim Diamond (The White Stripes, The Sonics) qui s’est chargé de la production, avant que le grand Alain Johannes (QOTSA, Chris Cornell, …) ne prenne le relais. Solidement forgé par deux personnalités aussi singulières, le son de THE DEVILS a pris corps et s’est pleinement affirmé entre de si bonnes mains. Et alors que l’on pouvait s’attendre à un déferlement sonore dans les règles, c’est le Blues et la Soul qui sont ici à l’honneur.
Avec l’ardent désir de rendre hommage à une scène qui les inspire depuis toujours, les Italiens sont allés puiser dans les moindres recoins, souvent reculés mais toujours très pertinents, de ce style d’une magique intemporalité. Après un traitement de choc en bonne et due forme, les morceaux de Reverend Charlie Jackson, Freddie Scott, Robert Wilkins, Muddy Waters, Magic Slam, Z.Z. Hill ou encore William Bell reprennent vie comme s’ils avaient vu le diable en personne. Une jouissive frénésie que THE DEVILS distille sans retenue. Encore !
Le titre de cette nouvelle production de TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS résume à lui seul l’intention du maestro : revenir à l’essence-même du Blues, en parcourant ses différents courants et en s’y collant au plus près. Pari amplement remporté, ce qui n’est pas vraiment une surprise lorsque l’on connaît le sens de la musique qui l’habite. En ne proposant que trois petits inédits, c’est surtout vers des morceaux qui le font vibrer que le musicien s’est penché et « Closer To The Bone » côtoie les sommets.
TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS
« Closer To The Bone »
(Alligator Records)
En un peu plus de trois décennies, TOMMY CASTRO avoisine la vingtaine d’albums, une dizaine de Blues Music Awards et surtout un feeling qui va grandissant. Avec ses PAINKILLERS, c’est un disque un peu spécial que le natif de San José en Californie propose, puisque celui-ci ne comprend que trois chansons originales (« Can’t Catch A Break », « Crazy Woman Blues » et « Ain’t Worth The Heartache »), auxquelles il faut ajouter tout de même onze reprises, et pas n’importe lesquelles. Lui qui a exploré à peu près tous les registres, passant du R’n B à la Soul ou au Rock, s’offre le loisir de se faire plaisir… et nous avec !
TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS n’élude ici aucun d’entre-eux, sachant se faire tendre, délicat ou explosif et pétillant le morceau suivant. « Closer To The Bone » fait un peu le tour des goûts et des préférences du guitariste-chanteur et il faut bien avouer qu’on ne voit pas le temps passer. L’idée est donc de le réécouter dans la foulée avec la même délectation. Avec comme noyau dur Mike Emerson aux claviers, Randy McDonald à la basse et au chant et Bowen Brown à la batterie, l’ensemble sonne comme une ode au Blues sous toutes ses belles coutures et le talent de chacun fait naître une osmose savoureuse.
Car ce qui surprend aussi sur « Closer To The Bone », c’est l’harmonie qui règne au sein de THE PAINKILLERS, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, avec aussi un humour omniprésent. Petite cerise sur le gâteau, TOMMY CASTRO a invité quelques amis et non des moindres. On y croise au fil des titres Chris Cain, Rick Estrin, Christoffer ‘Kid’ Andersen et l’incroyable saxophoniste et chanteuse Deana Bogart sur « Some Moves Me » et « Bloodshot Eyes » pour un duo. Electrique et jouant sur une proximité naturelle, l’Américain livre un opus radieux, optimiste et tout simplement irrésistible. Une vraie gourmandise !
En 1987, en sortant l’album « Surfing With The Alien », JOE SATRIANI allait bouleverser le petit monde de la guitare et du Rock avec un disque entièrement instrumental et pourtant si fédérateur. Non pas qu’il fut le premier, ni même le plus technique, mais c’est ce feeling si particulier qu’il allait marquer plusieurs générations de musiciens et d’amoureux de musique, plus simplement. Depuis il n’a cessé d’expérimenter, d’innover et de se réinventer, tant en proposant des albums toujours accessibles malgré leur technicité. Aujourd’hui, c’est avec le G3, qu’il a fondé en 1996, qu’on le retrouve avec le line-up originel aux côtés de Steve Vai et Eric Johnson sur ce génial « Reunion Live ». Entretien avec le grand ‘Satch’, qui revient sur ce projet d’amoureux de la six-cordes.
– L’an dernier, c’était la première fois en 28 ans que G3 se produisait dans sa formation originelle avec Steve Vai et Eric Johnson. J’imagine qu’il devait y avoir beaucoup d’émotion et d’excitation pour vous trois. Est-ce que c’est cette magie retrouvée qui vous a poussé à enregistrer ce concert à l’Orpheum Theatre de Los Angeles ?
Oh, tu sais, l’histoire derrière tout ça est intéressante. Tout a commencé avec mon fils. Il avait l’idée de faire un film pour documenter sa première fois avec nous alors qu’il n’avait que quatre ans. C’était en octobre 1996, le tout premier ‘G3 Tour’. Et quelques jours plus tard, il s’est retrouvé avec nous dans le bus et ensuite il les a tous fait ! Il a donc voulu faire un film là-dessus et il a un peu utilisé G3 comme une sorte de véhicule pour expliquer son lien avec sa grande famille de guitaristes. Son père a un métier un peu bizarre et il connaissait aussi Steve Vai, Robert Fripp (le guitariste et fondateur du groupe Rock Progressif King Crimson – NDR) et tous ces grands musiciens depuis des années. Et même s’il est un bon guitariste lui-même, il n’a jamais voulu devenir professionnel. Son truc, ce sont les films. L’idée est donc venue sur la dernière tournée avec Steve et Eric et il ne voulait pas seulement filmer le concert. Le point culminant a été lorsqu’il m’a rejoint sur scène pour jouer « Summer Song ». Cela a vraiment été un moment magnifique pour nous nous deux, père et fils, de pouvoir la jouer tous les deux. Tout sera dans le film qu’il est actuellement en train de finaliser.
Et à la fin de cette tournée un peu particulière, earMusic, notre maison-de-disques, s’est montrée très intéressée pour sortir l’enregistrement d’un album. C’est donc à ce moment-là que les choses se sont faites et Steve, Eric et moi étions vraiment ravis. Tu sais, on ne reçoit plus beaucoup d’offres pour réaliser un album live. Mais on savait que le travail serait remarquable avec quatre vinyles et deux CD. C’est un projet magnifique, car le package est tellement beau et le set l’est tout aussi. Et puis, cela a été un peu comme une tornade, comme quelque chose de très excitant, car tout s’est réalisé très rapidement. Je pense que cela a ajouté encore plus d’énergie au projet, car tout a été très spécial pour nous.
– Depuis 1996, G3 a connu plusieurs lines-up et accueilli beaucoup de virtuoses de la guitare. J’aimerais savoir comment tu as choisi tous ces musiciens au fil des années ? D’abord parce que ce sont des amis, ou pour le simple plaisir de partager une fois la scène avec eux ?
C’est un processus vraiment intéressant. En fait, j’arrive avec des idées, uniquement basées sur la musique. Et ensuite, je me dis que ce sera génial d’avoir des gens vraiment différents les uns des autres, comme c’est le cas avec Steve et Eric. Je les ai d’abord contactés, parce que sont des gars qui font vraiment des choses uniques et qui sont en même temps tellement opposés dans leur jeu. Et je sais que la magie peut opérer. Ca ne sert à rien de mettre des gens qui font la même chose, comme on le voit tout le temps. C’est cette différence qui provoque et amène toute cette énergie.
Maintenant, voici le partie la plus compliquée : en tant que leader de G3, c’est aussi mon travail de vendre l’idée à des promoteurs. Et ils doivent aussi apprécier les deux autres personnes que j’ai invitées. Alors, parfois, il peut y avoir des problèmes liés à des points de vue artistiques différents, notamment concernant ensuite la vente des billets, car ils peuvent ne pas y croire. Et c’est quelque chose que je dois gérer moi-même. D’habitude, un projet de G3 se met en place au bout d’un an, en raison de ce que veulent les promoteurs ou les artistes qui veulent, ou pas, venir jouer. Tu vois ? Car certains ne veulent pas jouer ensemble ! (Rires) Et puis, je recherche toujours une sorte de défi musical. Mais peu de gens pensent comme moi. Je veux aussi être aux côtés de guitaristes qui jouent mieux que moi. Certains veulent aussi être perçus comme les meilleurs et être les plus brillants chaque soir. Alors, je me demande toujours quel serait le meilleur show et si le public appréciera. Mais c’est une tension positive entre trois guitaristes, car on s’amuse vraiment beaucoup ! C’est un sacré challenge pour moi. Et j’apprends énormément. Beaucoup de gens ne l’imaginent pas, mais lorsque l’on sort d’un concert, on discute beaucoup de ce que l’autre a joué et à quel point c’était cool ! On est vraiment des gosses excités par la guitare ! (Rires)
– Je ne vais pas te demander quel a été le meilleur G3, j’ai ma petite idée, mais est-ce que tu penses que chaque formation correspond parfaitement à une époque précise où tous ces musiciens étaient alors à leur sommet ?
Ah oui ? (Rires) En fait, je pense que chaque G3 que nous avons fait était exceptionnel. A l’exception d’un seul… Malheureusement, j’avais énormément d’espoir pour celui que nous avions fait en 1998, je crois, avec Uli Jon Roth que je trouve brillant. On n’en d’ailleurs pas fait d’autres. C’était pourtant incroyable, car c’est quelqu’un de formidable. Et il y avait Michael Schenker, qui est un guitariste génial dont j’ai beaucoup appris et que je faisais d’ailleurs apprendre aussi à mes élèves comme Steve Vai et Alex Klonick. Ils l’adoraient ! Seulement tourner avec lui a été très difficile, ce n’était pas son truc, en fait. Ce n’était pas le bon espace pour lui. Ce que je n’ai pas oublié c’est qu’il y avait énormément de tension, pour ne pas dire plus, entre lui et Uli Jon Roth. On était toujours sur la brèche. Je pensais que tout ça était terminé entre eux, par rapport à Scorpions, mais en fait, les problèmes sont revenus. La tournée a été très compliquée et je me sentais mal vis-à-vis des fans, qui n’ont pas pu voir les mêmes amitiés et les émulations des autres G3. Mais bon, on a joué tous les concerts. Par chance, Patrick Rondat, qui est un excellent guitariste français, que je connais bien, nous a sauvés sur la date française. Et là, ça été génial… sans Michael Schenker ! D’ailleurs, la dernière fois que nous sommes venus en France, Patrick, nous a rejoint sur scène et a joué avec nous. C’est un très bon ami et les connexions entre nous ont été fabuleuses.
– Revenons à ce « Reunion Live », qui est un peu particulier par rapport aux autres, car il contient trois sets complets de chacun de vous avant une jam finale. C’était important pour toi que vous ayez tous un espace de liberté conséquent ?
Oui, je pense la clef de la création de G3 est de donner à chaque musicien suffisamment de temps pour qu’ils puissent tous apporter leur lot de magie au public. Au départ, j’avais imaginé des plans avec huit/douze guitaristes. On s’est vite rendu compte qu’il fallait qu’ils aient vraiment le temps nécessaire pour s’exprimer. Quand on s’est retrouvé à trois, on s’est aperçu que tout le monde pouvait vraiment jouer pendant une heure ses propres morceaux, ce qui les a ravis, car ils avaient le temps de délivrer leur message. Et c’est ça qui est vraiment intéressant. Cela leur donnait vraiment la possibilité de faire leur truc pleinement. Et on ne s’implique pas non plus dans les autres sets. La seule chose que nous faisons, c’est cette jam où nous reprenons des chansons que tout le monde connait et sur lesquelles nous pouvons aussi apporter chacun notre touche, car ce sont des titres qui s’y prêtent vraiment. Et on peut laisser parler notre folie ! Et puis, on peut aussi y inviter n’importe quel autre musicien. On décide de ça environ deux mois avant. Par exemple, quand on reprend Jimi Hendrix, tout le monde connait et c’est facile d’y inviter deux ou trois guitaristes et c’est d’ailleurs ce qu’on a fait sur les deux derniers concerts à l’Orpheum Theater à Los Angeles. On avait sept invités ! Il y avait notamment Brendan Small, Jason Richardson et Nina Strauss, et c’était super excitant ! Et Phil X est aussi venu, on s’est bien amusé. Ce sont les chansons qui permettent ça.
– D’ailleurs, comment as-tu composé ton set ? Est-il tout de même différent des derniers concerts que tu as donnés en solo ?
En fait, c’est plus court et il faut créer une vague d’intensité et donner un certain rythme aussi. C’est d’ailleurs quelque chose d’assez amusant à faire et de voir si ça va prendre dans le public. Et puis, chaque personne se met sa propre pression. Steve doit ouvrir chaque concert et c’est quelque chose d’unique d’être le premier qu’on va voir sur scène. Ensuite, Eric doit le suivre et il peut y avoir quelque chose d’un peu effrayant. Il doit s’occuper de lui-même avec son jeu tellement unique et si différent. Et ensuite, c’est à moi de suivre ces deux excellents guitaristes (Rires). On se regarde tous jouer les uns les autres et on se demande à chaque fois comment on peut compléter les parties des autres, tout en apportant quelque chose de nouveau. En fin de compte, cela m’a aidé à trouver des éléments importants, comme la chanson « Sahara », qui possède une atmosphère très particulière et un peu étrange. J’ai aussi voulu faire « Big Dab Moon » où je chante, je joue de l’harmonica et de la slide guitare. C’est différent de d’habitude. Et puis, j’ai aussi désiré ce moment avec mon fils sur « Summer Song », qui est probablement l’une de mes chansons les plus connues. Il y a un peu de tout ça, y compris une belle ballade comme « Always With Me, Always With You » avec ensuite des trucs plus Rock très 80’s. C’est super intéressant. Enfin, on a aussi joué « Rasphberry Jam », sur laquelle on s’est vraiment amusé ! (Rires)
– Et puis, il y a les reprises d’Eric Clapton, de Jimi Hendrix et de Steppenwolf. Les avez-vous choisi ensemble et sur quels critères ? Et d’ailleurs, est-ce que trois guitaristes comme vous ont vraiment besoin de les répéter assidûment lors des préparations ?
Oui !!! (Rires) Je vais parler pour moi-même. J’aime répéter, car c’est toujours une exploration et j’aime ça. Quand tu es jeune et que tu commences, tu t’entraînes pour la mémorisation, pour développer la coordination et les bonnes techniques. Et cela dure même toute la vie. Mais après, peut-être quatre ou cinq ans plus tard, il faut espérer que tu maîtrises tout ça, les notes, les accords… Finalement, il faut que ça permette à tout ce travail de te donner ensuite toute la liberté d’explorer la musique en général. Mentalement, c’est la chose la plus difficile. Les limites que nous avons posées dans notre esprit vont répéter ce que nous pourrons, ou pas, jouer ensuite. Donc, répéter pour un musicien expérimenté permet d’aller de l’avant et de détruire tout ce qui est préconçu et qui pose des barrières. On choisit de jouer « Spanish Castle Magic » et « Crossroads », car ce sont des chansons que tout le monde connaît. Alors, comment les jouer différemment ? Doit-on faire ce que tout le monde attend, ou au contraire laisser nos sentiments personnels prendre le dessus ? Et c’est là que la pratique aide vraiment, parce qu’on détruit nos propres restrictions et on laisse parler notre feeling ! (Rires) Tu sais, à chaque concert, on joue tous les trois quelque chose de différent et c’est à moment-là qu’on voit les yeux des gens se tourner. Et que ce soit, Steve, Eric ou moi, c’est toujours un grand moment de plaisir, car nous nous lançons dans une exploration inédite pour nous. Et c’est vraiment ce qu’on adore faire !
– Ce qu’il y a aussi d’étonnant chez G3, c’est qu’au-delà de jouer ensemble, vous donnez l’impression aussi de le faire les uns pour les autres. C’est cette forte amitié qui vous lie qui efface si facilement les egos ? Ou c’est une question que vous ne vous posez même pas ?
Oh oui ! Ce n’est pas seulement une question d’amitié, c’est surtout l’immense respect que nous avons les uns pour les autres ! Cela comprend notre travail, notre créativité et l’originalité que nous avons chacun choisi de suivre. C’est aussi difficile de rester très vigilant et authentique vis-à-vis de notre rêve et de notre vision musicale. C’est compliqué, car nous vivons notre seule et unique vie sur cette seule planète et cette vie est difficile… C’est quelque chose d’assez fou ! Et si tu peux rester concentrer et continuer à créer ton propre monde, c’est assez remarquable. C’est pour ça que le respect que nous avons les uns pour les autres est extrêmement important. Jouer pour l’autre est aussi la raison pour laquelle nous sommes là. Etre présent pour tout le monde, peu importe la situation qui peut se produire sur scène. Même quand nous sommes moins bons ! On est là pour se rattraper aussi ! (Rires)
– Il y a une question que je me pose depuis des années. Tu n’as jamais envisagé de sortir un album studio de compositions originales de G3 ? C’est essentiellement une question d’emploi du temps, ou le groupe a-t-il une vocation uniquement live ?
C’est quelque chose d’assez inconcevable pour trois guitaristes comme nous de trouver du temps et de se retrouver en studio pour composer et enregistrer un album. Même si quelqu’un venait et nous dise qu’il nous donne assez d’argent pour faire le disque qu’on voudrait. L’une des principales raison est que Steve, Eric et moi avons des standards super élevés. Et puis, nous sommes vraiment entièrement dédiés à notre propre musique et ce que l’on peut faire en solo. Je sais que d’autres pourraient le faire, car ils sont à l’aise à ça, mais nous ne le ferons jamais. Nous prenons la musique de chacun très au sérieux. Il faudrait que nous faisions des enregistrements et des compositions dont nous soyons sûrs que c’est ce que nous voulons et il faudrait aussi que cela s’adapte à notre trajectoire et à nos carrières solos. Pas juste pour avoir quelque chose à vendre. Tu vois ce que je veux dire ? Cela dit, trouver le temps et abandonner le travail que nous faisons pour nous y consacrer ne s’est jamais présenté. Mais on ne le fera jamais, car nous prenons tout ça vraiment au sérieux.
Cela dit, c’est vrai que Steve et moi travaillons ensemble sur un album studio et c’est la première fois que nous le faisons. Et nous allons le faire du mieux possible ! (Rires) Nous avons terminé trois chansons et il y en a une vingtaine sur lesquelles nous travaillons. Nous allons essayer de tout terminer pour le mois de mars. Et puis, nous avons aussi quelques obstacles, car nous travaillons avec d’autres groupes et maintenant, il y a cette catastrophe à Los Angeles… Je n’ai d’ailleurs pas les mots, car cela va nous éloigner aussi du projet. Mais nous y travaillons ! Mais imaginer que nous arrêtions tous les trois ce que nous faisons pour nous consacrer à un album n’est pas envisageable pour le moment. Dans un monde idéal, j’adorerai, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal ! (Rires)
– Lors d’un concert à Paris il y a des années, j’avais été très surpris de voir le public chanter les mélodies de tes morceaux, alors qu’ils sont instrumentaux. Est-ce aussi quelque chose qui t’étonne et te touche aussi ?
Oui et j’adore ça, c’est vraiment incroyable ! C’est une expérience fantastique et c’est le rêve de tout artiste. On m’a toujours demandé si je voulais faire partie d’un groupe de Rock et c’est amusant, car j’ai déjà vécu cette expérience. Mais il n’y a rien de similaire que de travailler dans le monde entier et de jouer devant des milliers de gens qui ont mémorisé la mélodie et qui la chantent ! Que ce soit à Paris, à New-York, à Numbai en Inde… Il se passe la même chose partout où nous jouons. Et c’est la plus belle chose pour moi de vivre de pareils moments.
– J’aimerais aussi qu’on parle de SATCH/VAI que tu as monté avec Steve. On a pu découvrir la première partie de « The Sea Of Emotion » l’an dernier. Quand est-ce que vous allez sortir la suite et y aura-t-il un album complet dans la foulée ?
Oui, l’album est en cours. Les trois parties de « The Sea Of Emotion » sont terminées et nous avons déjà présenté la première. Cet album va être fou ! Je ne sais pas encore quelle chanson sera le prochain single. Ce sera d’ailleurs peut-être avec un chanteur, mais je ne peux pas t’en dire plus pour le moment. C’est encore un peu tôt pour en parler, mais ça arrive ! (Sourires)
– Vous serez aussi en tournée cet été en Europe tous les deux pour le « Surfing With The Hydra Tour » avec un passage par la France. De quoi seront composés les concerts de ce ‘G2’ ? Avec de tels répertoires personnels, comment avez-vous bâti votre set-list ?
Oui, c’est une sorte de ‘G2’ ! (Rires) Nous n’avons pas encore défini la setlist, c’est un peu prématuré ! (Rires) Nous avons créé ce groupe et Steve et moi serons sur scène ensemble. Nous jouerons ses chansons, les miennes et les nouvelles de Satch/Vai. Nous travaillons vraiment dessus et la tournée est presque totalement bookée. Je sais aussi que quelques dates ont été ajoutées en Europe de l’Est. Et nous avons le groupe au complet, c’est fait. Il nous reste à trouver un bus de tournée, réserver les hôtels et les vols ! (Rires) Notre principale préoccupation aujourd’hui, et c’est ce sur quoi nous travaillons, est de finir l’album. Je pense que nous ferons les premiers concerts en mars.
– Pour conclure et justement à propos d’Hydra, que penses-tu de cette nouvelle, incroyable et presque folle guitare de Steve, et t’a-t-il laissé l’essayer ?
Tu sais quoi ? Je suis resté autour de cette ‘chose’, cette ‘Hydra’, pendant plusieurs semaines, même quelques mois ! (Rires) Et puis, j’ai vu Steve en jouer… Et je n’arrive toujours pas à croire ce qu’il fait avec ! C’est tellement étrange pour moi d’imaginer écrire une chanson avec cet instrument qui a trois manches, des cordes différentes, etc… mais c’est tellement Steve Vai ! Elle lui ressemble ! C’est assez marrant pour moi, car je me souviens d’un Steve, qui avait 12 ans et qui venait à la maison prendre des cours ! (Rires) J’ai toujours su que c’était un génie. Je le vois sur scène, je le vois jouer et c’est vraiment quelque chose. Mais pour te répondre, je n’ai jamais voulu toucher cette guitare si spéciale. Si je l’avais fait, je l’aurais peut-être gardé ! (Rires) C’est quelque chose de spécial pour Steve, quelque chose qui lui est propre et qui représente aussi beaucoup d’espoir pour son jeu. Alors, je le laisse faire ! (Rires)
– Et toi personnellement, tu n’as jamais été tenté de jouer sur une guitare à double-manche, voire plus ?
Non, en fait, j’adore les guitares classiques avec six cordes et les basses avec quatre ou cinq. Et je suis toujours à la recherche d’une nouvelle… mais avec un seul manche ! (Rires) D’ailleurs avec cette ‘Hydra’, Steve devra la mettre sur un stand pour jouer, car il n’arrivera pas à la porter sur un concert ! (Rires) J’ai fait de rares expériences avec des guitares un peu curieuses à double-manche et autres avec Chickenfoot et il faut souvent les poser pour en jouer car, quand tu commences, ça peut durer des heures ! (Rires)
Le nouvel et double-album de G3 sera disponible chez earMUSIC dans quelques jours.
JOE SATRIANI et STEVE VAI défendront leur nouveau projet, ‘Satch/Vai’, en France avec un concert au ‘Hellfest’ à Clisson le 21 juin, le lendemain au Palais des Congrès de Paris, puis au Festival ‘Guitare en Scène’ à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie) le 18 juillet.
Photos : Max Crace (2, 7) et Jen Rosenstein (3, 5).
Dans dix jours sort le très attendu nouvel album du légendaire gang de Los Angeles BODY COUNT. Et après un « Carnivore » sans concession passé malheureusement un peu sous les radars en raison de la pandémie, le groupe n’a pas l’intention de lever le pied et se présente avec « Merciless », qui est probablement l’une de ses meilleures réalisations à ce jour. Comme de coutume, on y retrouve des invités, une reprise et surtout le mordant et l’intacte férocité des Californiens. Après une série de dates en Europe cet été, Ernie C., guitariste en chef et fondateur du combo avec Ice T., nous parle de ce huitième opus. Et puis, c’est aussi une petite exclusivité française, puisque l’interview a été réalisée le 20 octobre dernier…
– « Merciless » devait sortir cet été et le public le découvrira finalement en novembre. A quoi est dû ce retard ? La raison est-elle est la grosse tournée estivale, car j’imagine qu’il n’est pas facile de faire la promotion d’un album en sillonnant l’Europe notamment ?
Oui, c’est vrai et « Merciless » sortira finalement ce 22 novembre ! Il en aura fallu du temps. D’abord, bien sûr, il y a eu la pandémie, alors que nous venions juste de terminer « Carnivore ». Comme il est arrivé au début des confinements, nous nous sommes dit que nous devions commencer à travailler sur un autre disque. Ce que nous avons fait. D’ailleurs, il n’y avait même pas eu de tournée pour défendre « Carnivore ». Les nombreux concerts de cet été ont permis de le présenter enfin au public…
– D’ailleurs, vous nous avez mis l’eau à la bouche avec la sortie de trois singles (« Psychopath », « Fuck What You Heard » et « Comfortably Numb »). C’est une manière de vous faire un peu ‘pardonner’ de ce retard, ou avez-vous succombé aux nouvelles pratiques qui consistent à occuper le terrain sur les réseaux sociaux avec de nouveaux morceaux ?
Tu sais, ça, ce sont des trucs de maisons de disques. Ils sortent les disques lentement, au compte-goutte, c’est comme ça. Avant, c’était souvent comme ça qu’on faisait les disques. Les labels sortaient quelques singles et ensuite, l’album arrivait enfin… J’imagine qu’ils essaient de le faire un peu à l’ancienne.
– Lors de notre dernière interview à la sortie de « Carnivore », tu me disais que tu étais presque surpris par la dimension musicale de BODY COUNT aujourd’hui, par rapport au côté Punk de vos débuts. Tu ajoutais que vous étiez dorénavant un vrai groupe de Metal. C’est d’ailleurs quelque chose qui saute aux oreilles dès l’into de « Merciless »…
Oui, c’est vrai. En fait, c’est tout simplement ce que nous sommes aujourd’hui. Je ne pense pas que nous serons à nouveau un jour ce groupe Punk que nous étions à nos débuts. Mais c’est une progression assez naturelle de notre style musical, à mon avis…
– Pour ce huitième album, on retrouve toujours votre ‘troisième guitariste’ Will Putney à la production et le résultat est toujours aussi impressionnant. Vous n’imaginez pas un album sans lui ? Ne serait-ce que pour essayer une nouvelle approche musicale ? Est-il en quelque sorte le garant du son de BODY COUNT ?
Putney est évidemment un élément important de BODY COUNT. Nous aimons vraiment travailler ensemble. Ce que nous apprécions aussi, c’est que les choses sont très simples avec lui. En fait, nous ne voulons pas nous compliquer la vie, juste être efficace. Et il reste simple dans son approche, ce qui nous convient très bien. Et puis, je ne veux plus produire de disques de BODY COUNT, c’est plus simple de jouer de la guitare… (Sourires)
– Avant de parler des invités qui figurent sur « Merciless », il en est un qui a étonné tout le monde, car on n’aurait jamais imaginé qu’il se joigne à BODY COUNT : c’est bien sûr David Gilmour, ex-Pink Floyd, sur « Comfortably Numb ». De quelle manière deux univers aussi différents se sont-ils retrouvés car, même si Ice T a apporté du texte, on est très loin de South Central ? Et la reprise est magnifique…
Ice est arrivé avec la chanson et il voulait que je puisse la jouer sans aucune limite. Il faut savoir que dans la première version, je joue la première guitare et c’est Richie Sambora qui joue la seconde. Ensuite, nous l’avons donc envoyée à l’entourage de David Gilmour pour obtenir son approbation. Ils nous ont répondu qu’il adorait la version, mais qu’il voulait savoir s’il pouvait jouer dessus… et là, on s’est dit : ‘Oh putain, oui, tu peux !’ (Rires) Ce fut vraiment un honneur et un privilège de l’avoir sur le morceau. Nous l’avons ensuite renvoyée à Roger et son management nous a donné son accord… Le fait que ces deux-là, David et Ice, soient d’accord sur une chanson me donne foi et espoir pour le monde… (Rires)
– D’ailleurs à propos de reprises, sur « Carnivore », vous aviez repris « Ace Of Spades » de Motörhead et donc cette fois, c’est Pink Floyd. Le spectre s’élargit. C’est une manière de dire aussi que BODY COUNT peut surgir là où on ne l’attend pas ?
En fait, on ne l’a pas vraiment imaginé dans cette optique-là. Finalement, c’est juste notre façon de dire que nous écoutons toutes sortes de musique au sein de BODY COUNT. Nous ne nous mettons jamais de limites à ce qu’on peut jouer en termes de style. Et nous ne savons pas non plus ce qui arrivera dans les futurs albums… (Sourires)
– Parlons des guests qui figurent sur l’album, une vieille habitude maintenant. Ici, ils sont tous issus directement de la branche extrême du Metal. On retrouve Max Cavalera de Soufly, Joe Bad de Fit For An Autopsy, Howard Jones de Killswitch Engage et George ‘Corpsegrinder’ Fisher de Cannibal Corpse. C’est assez surprenant compte tenu de leur groupe respectif. C’est ça qui vous a attiré ? De confronter les styles ?
Tu sais, nous avons déjà tourné avec Cannibal Corpse par le passé. On se connait bien maintenant. Quant à Joe Bad, il joue avec Will Putney dans Fit for An Autopsy. Ca nous a donc paru assez évident. A y regarder de plus près, ce n’est pas si incohérent de retrouver ces artistes sur notre disque. Et pour Killswitch Engage, nous avons également fait de nombreux concerts ensemble. Et enfin, Max est un ami et il est à nos côtés depuis les années 90 maintenant…
– A y regarder de plus prêt, et si j’ai de bons yeux, ne serait-ce pas l’ami George Fisher entre les mains d’Ice T sur la pochette de l’album ? Comment se porte-t-il après cette petite séance de relaxation ?
(Rires) Georges va très bien, merci pour lui ! (Rires)
– Parlons un peu de ton jeu, qui est toujours aussi tranchant. Comment as-tu abordé la composition de « Merciless », car l’album est nettement plus sombre encore que « Carnivore » ?
Tu sais, c’est très simple. Avec le reste du groupe, nous avons juste abordé la composition de « Merciless » comme on le fait toujours, de la même manière et comme pour chaque album. Alors maintenant, je ne saurais te dire si ça sonne plus sombre que les précédents. Ce n’est pas vraiment quelque chose que je prends en compte. C’est tout simplement sorti de cette façon. Je n’ai pas vraiment de formule et il n’y a aucun calcul.
– Et enfin, vous venez de faire une grosse tournée en Europe après une longue absence due à la pandémie. J’imagine que les retrouvailles avec votre public ont été incroyables ?
Oh oui, c’était génial d’être de retour en Europe pour cette série de concerts. J’espère que nous pourrons revenir voir tous nos fans l’été prochain, car cette tournée était essentiellement consacrée à l’album « Carnivore ». Donc la prochaine fois, nous pourrons vraiment nous concentrer sur « Merciless ». Et ce qui m’a aussi marqué, c’est que les gens étaient vraiment heureux de nous voir. Tous nos concerts ont affiché complet, ce qui nous fait toujours très plaisir ! Keep rocking and keep rolling ! (Sourires)
Le nouvel album de BODY COUNT, « Merciless », sera disponible le 22 novembre chez Century Media Records.
Retrouvez l’interview d’Ernie C. accordée au site à la sortie de « Carnivore » :
En janvier dernier, un sextet aux horizons diverses avait bouleversé une institution du Metal en passant au spectre du Doom un répertoire quasi-intouchable. Composé de membres de Fu Manchu, Year of the Cobra, Kylesa, Lowrider, Kyuss et Monolord, SLOWER s’était approprié des morceaux de Slayer en leur infligeant un traitement très particulier… et le résultat était renversant ! Cette fois, avec « Rage And Ruin », c’est en trio que Bob Balch (Fu Manchu) à la guitare, Amy Tung Barrysmith (Year of the Cobra) à la basse et au chant et Esben Willems (Monolord) à la batterie remettent ça avec la surprise d’y aller aussi de leurs propres compositions. Le porteur du projet, et six-cordiste très ‘Fuzzy’ s’il en est, et la frontwoman du combo reviennent sur cette deuxième réalisation…
– Bob, au moment de concrétiser vraiment le projet, est-ce que tu as longtemps cherché le son de guitare le mieux adapté au registre de Slayer, ou s’est-il imposé rapidement à toi ?
Le son de guitare est arrivé assez rapidement, en fait. Je voulais qu’il soit aussi fuzz que possible, mais qu’il reste néanmoins très épais et fuyant avec des palm mutes prononcés. On ne peut pas jouer des chansons de Slayer sans palm mutes (une technique qui consiste à étouffer les cordes avec la paume de la main – NDR). Alors, j’ai installé une tonne de pédales fuzz avec différents drives, et c’est après avoir testé pas mal de choses que j’ai opté pour la meilleure combinaison que j’ai pu trouver.
– Amy, comment l’adaptation s’est-elle effectuée pour toi, d’abord au chant ? D’ailleurs, cette fois, tu joues également de la basse et du piano. C’est quelque chose qui t’avait manqué sur le premier album ?
En fait, ça s’est plutôt bien passé. Je me suis référée aux chansons originales uniquement pour déterminer où les voix devaient se placer. Mais j’ai essayé de garder l’esprit ouvert en ce qui concernait les mélodies. Et il n’y en a pas beaucoup dans les chansons originales de Slayer. J’ai donc pu laisser libre court à ma créativité dans l’interprétation. Et j’ai vraiment aimé explorer toutes sortes de choses, puis les instructions d’Esben (Willems, batterie – NDR), lorsqu’il m’a contacté pour la première fois, ont été essentielles. Il m’a dit : ‘fais ce que tu veux !’ Et j’ai vraiment pris ça à cœur.
En ce qui concerne la basse et le piano, au moment où j’ai rejoint le projet, nous avions déjà Peder (Bergstrand de Lowrider – NDR) à la basse. Il est tellement talentueux et il a fait un travail tellement incroyable que je n’ai pas pu imaginer qu’il en soit autrement que ce qu’il avait joué. J’ai donc suivi cette ligne. Et en ce qui concerne le piano, il ne semblait pas y avoir de réelles nécessités sur le premier LP, donc je ne pense pas qu’il manquait quoi que ce soit.
– Bob Balch –
– SLOWER a commencé avec un line-up de six musiciens et vous évoluez aujourd’hui en trio sur l’album. En quoi cela a-t-il changé votre jeu et votre approche à tous les deux sur « Rage And Ruin » ?
Bob : Je ne sais pas trop, si cela a changé grand-chose, en fait. Sans doute un peu, oui. Amy a dû en faire plus, parce qu’elle joue de la basse et elle chante. Mais de mon côté, mon approche a été similaire à celle du premier album, excepté dans l’écriture des morceaux originaux.
Amy : Je ne crois pas que ça a beaucoup changé. Au niveau vocal, j’ai abordé le projet de la même manière. Ajouter la basse, c’était juste voir les choses sous un angle différent, mais rien de très nouveau finalement. Pour les morceaux originaux, en revanche, cela a demandé certainement une approche différente, car nous n’avions jamais écrit ensemble auparavant. Et puis, nous étions à distance tout le temps. Cela dit, je m’attendais à ce que ce soit plus difficile, mais j’ai été très surprise de la facilité avec laquelle nous avons travaillé tous ensemble et de la rapidité avec laquelle nous avons pu assembler ces chansons. C’était assez fluide et très amusant.
– Vous venez tous les deux de la scène Stoner et vous vous frottez régulièrement au Doom (notamment Amy). Qu’est-ce qui peut paraître insurmontable lorsqu’on transpose des morceaux de Thrash Metal dans un registre comme celui-ci ?
Bob : Nous avons essayé une première chanson de Slayer et il est devenu très clair dès le début qu’elle ne voulait pas du traitement Doom Metal. Je suppose que les riffs donnent la voie et ils ont assez mal réagi à une telle chose cette fois-ci. La plupart des chansons mid-tempo acceptent assez bien une approche Doom plus lente. Mais celles-ci ne l’étaient tout simplement pas ! (Rires)
Amy : Honnêtement, j’adore faire ça avec les chansons : ralentir les chansons rapides, accélérer les chansons lentes, etc… Juste faire la maligne et voir ce qui se passe ! On ne sait jamais, il peut y avoir des surprises. Mais comme l’a dit Bob, ça ne marche pas toujours. L’un des titres sonnait plutôt bien au ralenti, mais une fois que j’y ai ajouté des voix, ça sonnait clairement très, très mal. Nous l’avons rapidement mis à la poubelle, après que tout le monde ait bien rigolé ! (Rires)
– Amy Tung Barrysmith –
– Le premier album était entièrement dédié à Slayer et à cinq de ses morceaux les plus emblématiques. Avec « Rage And Ruin », vous reprenez deux des trois titres de l’EP « Haunting The Chapel », sorti il y a 40 ans déjà et qui avait été un tournant pour le groupe. C’est un choix étonnant compte tenu de cette vaste discographie. L’idée était-elle de surprendre ?
Bob : L’idée initiale était de reprendre l’intégralité de ce premier EP. Une fois que nous avons réalisé qu’une des chansons n’était pas réalisable, la décision qui a suivi a été de commencer à travailler sur des chansons originales. Je suis content que nous nous soyons embarqués là-dedans. A mon avis, elles sont vraiment bonnes.
– La grande nouveauté sur « Rage And Ruin » est donc l’apparition de quatre morceaux originaux. Du 100% SLOWER ! Dans quel état d’esprit avez-vous abordé ses nouvelles compositions et l’objectif était-il aussi de coller au plus près aux reprises et donc à Slayer ?
Bob : J’ai vraiment puisé dans tous les trucs de Slayer pour écrire les originaux. Cependant, mon objectif principal est toujours de m’assurer qu’il y ait des BPM différents, des tonalités divergentes et des structures de chansons nouvelles, lorsque je compose pour un album. Je savais qu’une fois que nous aurions la version d’Esben sur les mélodies, puis le chant et la basse d’Amy, les chansons prendraient forme et trouveraient leur propre voie, leur identité.
– Esben Willems –
– Ces nouveaux morceaux se fondent parfaitement dans la sonorité des covers et il y a une réelle identité musicale qui émerge aussi. Est-ce que vous considérez tous les deux « Rage And Ruin » comme le véritable acte de naissance de SLOWER ?
Bob : Oui, bien sûr, étant donné que c’est la première fois que nous nous essayons à des morceaux originaux.
Amy : Absolument. Dès que nous avons commencé à écrire nos propres textes, nous avons compris que nous étions en train de créer quelque chose de très intéressant.
– Est-ce que maintenant que vous avez franchi l’étape de la création originale, le ‘Rubicon’ en quelque sorte, un nouveau chapitre s’ouvre pour SLOWER avec peut-être déjà quelques idées en tête ?
Bob : Il y a toujours des riffs qui circulent, bien sûr. J’aimerais beaucoup faire un album complet avec uniquement des morceaux originaux.
– Au fait, est-ce que vous avez eu des retours des membres de Slayer depuis le premier disque et ont-ils écouté celui-ci ?
Bob : Gary Holt nous a donné son feu vert, il m’a dit que c’était très ‘Heavy’ ! (Sourires)
– Enfin, j’aimerais savoir si vous allez prendre la route pour défendre ce nouvel album ?
Amy : Nous avions l’intention de le faire ce mois-ci, mais il y a eu des imprévus dus à des circonstances familiales. En tout cas, j’adorerais jouer ces chansons en live quand le moment sera venu.
« Rage And Ruin » de SLOWER est disponible chez Heavy Psych Sounds.
Piqué au vif pendant les deux jours passés au ‘Dark Dungeon Festival II’ en Belgique au printemps dernier par ce style qui restait à mes yeux un mystère à l’époque, j’y avais fait de belles rencontres, découvert un monde assez fascinant et surtout assisté à des concerts saisissants et envoûtants. Celui de MØRKE OG LYS en faisait partie, d’autant que nous avions beaucoup échangé ensemble sur le sujet. La récente sortie de son troisième album, « The Hollow Shadows », était l’occasion parfaite de me replonger dans le ‘Dungeon Synth’ et, peut-être par là même, de vous faire découvrir cet univers fascinant emprunt de mythologie et de rites ancestraux. Entretien (fleuve) avec l’une des très rares one-woman-band du genre, venue de Grèce…
– On te connait sous le nom d’Erkyna, aka Hildr Valkyrie, et tu as déjà une carrière conséquente. Avant de parler de ce nouvel album de MØRKE OG LYS, j’aimerais que tu reviennes sur ton parcours musical, qui a commencé en 1996… Te sens-tu d’ailleurs une âme de pionnière ?
Tout d’abord, je voudrais te remercier pour cette interview, qui est ma toute première pour MØRKE OG LYS ! Alors, pionnière est un titre assez lourd de sens ! Je ne peux pas dire que je me sente vraiment comme telle, car en 1995/96, je n’avais pas pleinement réalisé que créer un groupe sans guitare, basse ou batterie pourrait un jour devenir une étape importante dans la scène Dungeon Synth. Mais, laisse-moi plonger un peu plus dans mon passé…
Mon premier groupe s’appelait ‘Beyond The Forests’, composé de deux membres féminins, à savoir Natasha ‘Saturnalia’, qui était aussi ma meilleure amie, et moi-même. Nous jouions toutes les deux du clavier et je me faisais appeler ‘Iris’. Notre objectif initial était de créer du Black Metal, mais comme nous étions toutes les deux claviéristes, nous avons décidé de créer une musique qui pourrait servir d’intros, de breaks instrumentaux ou d’outros sur des albums. À cette époque, en Grèce, le terme ‘Dark Dungeon Music’ était pratiquement inconnu, nous avons donc simplement décrit notre son comme du ‘Black Metal sans guitare’, pour transmettre et définir notre vision.
Malheureusement, en raison de contraintes financières, nous n’avons jamais eu la chance d’enregistrer dans un studio de manière professionnelle. Nous étions étudiantes et les coûts dépassaient ce que nos familles pouvaient se permettre. Alors, on répétait chez moi, capturant nos sessions sur cassette. Nous avons réussi à faire deux séances photo pour ‘Beyond The Forests’, qui nous ont fait devenir le premier groupe de Dark Dungeon Synth, entièrement féminin, de Grèce. Je ne peux pas dire si nous étions les premières au monde, car ma connaissance des débuts de la scène reste assez floue.
Finalement, nous nous sommes séparées pour poursuivre des chemins musicaux différents dans le Black Metal. Natasha a rejoint ‘Kawir’ en tant que claviériste, et je suis devenue celle de la formation initiale d’’Astarte’ (alors connu sous le nom de ‘Lloth’), le premier groupe de Black Metal entièrement féminin de Grèce et j’ai contribué à leur toute première démo.
De là, j’ai rejoint ‘Nocteriny’ et j’ai ensuite retrouvé Natasha dans le groupe ‘Acherontas’, où nous avons toutes les deux joué jusqu’en 1999/2000. Malgré de multiples tentatives pour m’établir sur cette scène, j’ai fait face à trop d’obstacles. Alors en 2003, j’ai décidé de prendre le contrôle en créant un groupe que je pourrais gérer seule. Cette décision a conduit à la naissance de ‘Hildr Valkyrie’, faisant de moi le premier groupe composé d’une femme seule en Grèce.
En tant que ‘Hildr Valkyrie’, j’ai sorti trois albums : une démo et deux albums complets, tous écrits et composés par moi-même. J’ai eu le privilège de collaborer avec des amis qui m’ont rejoint comme guitaristes de session : ‘Alboin’ d’Allemagne et Aled Pashley du Pays de Galles sur le premier album « To Walhall Shall Meet », et Jan ‘Two Thousand Arrows’ d’Italie sur le deuxième « Revealing The Heathen Sun », où il a joué de la guitare et de la basse et m’a aidé à reprogrammer la batterie.
Avec ‘Hildr Valkyrie’, j’ai également eu l’honneur de contribuer à deux hommages à mes groupes préférés : « A Homage to Falkenbach », où j’ai repris « The Heralder », et « In The Darkness Bind Them » (un hommage à Summoning), pour lequel j’ai enregistré « Farewell ».
Au-delà de mes sorties personnelles, j’ai eu la chance de travailler sur de nombreuses collaborations avec des artistes et des groupes remarquables, dont Uruk Hai d’Autriche, Morgan the Bard d’Italie, Folkearth et Folkodia – les collectifs pionniers du Folk Metal -, Voluspaa de Norvège, Eliwagar (originaire de France, aujourd’hui en Norvège), Elffor du Pays Basque, Helrunar d’Allemagne et Emyn Muil d’Italie. L’une de mes dernières collaborations a été avec le talentueux Andrea d’Arcana Liturgia en Italie. J’ai également participé au travail de groupes grecs dont Meneapneontes, Kawir, Kaveiros, Athlos, Sacred Blood, Celtefog et d’autres.
En 2017, je me suis associé à George Golegos pour créer ‘Solis in Antris’, un groupe de Black Metal extrême. Dans ce projet, je fournis tous les chants et les claviers, tandis que George s’occupe des guitares, de la basse et de la programmation de la batterie. Nous avons sorti un album complet intitulé « The Forlorn Warrior », pour lequel j’ai écrit les paroles autour d’un même concept.
Et cela nous amène à MØRKE OG LYS, un projet solo de Dungeon Synth que j’ai lancé en 2022. Ce projet explore le Dungeon Synth avec des touches de Black Metal Atmosphérique, et compte trois sorties jusqu’à présent et toutes sur cassette, via les légendaires Dark Age Productions. J’ai également eu l’honneur de me produire en live pour la toute première fois en tant qu’artiste solo au ‘Dark Dungeon Festival II’, une expérience que je n’oublierai jamais. Ainsi, depuis mes débuts en 1995-1996 jusqu’à aujourd’hui, j’apparais sur plus de 70 sorties à divers titres. Voilà, c’était ma meilleure tentative d’un court résumé! (Sourires)
– Tu étais donc déjà présente à la fin des années 90 et tu t’es essayée ensuite à de nombreux styles comme le Viking, l’Ambient, le Black Metal, le Folk Black pour revenir au Dungeon Synth. Est-ce qu’avec le recul, tous ces passages musicaux ont été nécessaires pour élaborer et trouver ton style, qui nous mène aujourd’hui à MØRKE OG LYS ?
En un sens, j’ai bouclé la boucle ! J’ai commencé avec le Dungeon Synth, je me suis lancée dans le Black Metal, j’ai exploré les influences Viking et Folk, je suis revenu au Black Metal et j’ai finalement retrouvé le Dungeon Synth. Chaque genre a ajouté des influences uniques à mon style personnel, mais ce n’était pas une question de nécessité. Pour moi, c’était une progression naturelle, un mouvement circulaire qui reflète l’évolution de ma passion pour la musique au fil des années. En tant qu’artiste, j’ai du mal à rester ancrée dans un seul genre. Je suis guidée par le ressenti et l’inspiration, où qu’ils me mènent.
– Tu es d’ailleurs très prolifique avec cette nouvelle formation, dont tu viens de sortir le troisième album, « The Hollow Shadows », après « Lethal Sphere » (2022) et « Orcus Animus » (2023). Un album par an est un rythme de création soutenu. A moins que tu l’aies conçu comme une trilogie, parce qu’ils présentent tous les trois une même cohérence et une grande homogénéité ?
Pour la scène Dungeon Synth, je pense qu’une sortie par an est tout à fait acceptable ! (Sourires) Certains artistes font deux ou trois albums dans l’année dans le cadre d’un même projet, ou partagent leur inspiration dans différents projets, les canalisant ainsi à travers des paysages sonores et des histoires variés. Dans le monde de Dungeon Synth, sortir un album par an semble être un rythme naturel, car cela offre suffisamment de temps pour permettre à chaque production de respirer, tout en maintenant un flux constant de créativité.
On pourrait, en effet, considérer ces trois sorties comme une trilogie. Chaque album ajoutant un nouveau chapitre à une histoire globale. Pourtant, le voyage ne s’arrête pas là. Un quatrième album est déjà en train de remuer dans les profondeurs. Il reste encore tant de couches de magie à déterrer, tant de sorts cachés et de rituels anciens à révéler. Au cœur de tout cela se trouvent les histoires de sorcières, que j’insère dans la musique et que j’incarne dans le personnage de ma propre sorcière, une figure mystérieuse, dont le nom est enveloppé de secret et ne sera jamais prononcé. C’est la voix qui guide MØRKE OG LYS, emmenant les auditeurs à travers des paysages hantés et des royaumes obscurs.
– MØRKE OG LYS est donc un one-woman-band, l’un des rares dans le style. Le projet est si personnel que tu ne pouvais le partager et même le mener à bien en groupe ? D’ailleurs, tu gères l’ensemble seule, en dehors de quelques paroles signées Felf Dragon et Shadowkeeper. De la composition au mix, en passant par le mastering, tu es de toutes les étapes. C’est important pour toi de contrôler le projet à tous les niveaux ?
Comme je te le disais, je voulais créer quelque chose de sérieux et de durable. Et entreprendre ce voyage en solo semblait être le seul moyen de vraiment concrétiser cette vision. Oui, je gère tout moi-même, même si je suis autodidacte. En essayant beaucoup de choses, j’apprends aussi de mes erreurs. Même si je n’atteins pas toujours les standards professionnels que j’envisage, je suis incroyablement fière de ce que j’ai accompli. Je compose la musique, gère le mixage et le mastering et je produis même mes propres vidéos, avec l’aide précieuse d’amis. J’ai conçu le logo moi-même et j’ai même fabriqué des accessoires faits main pour ma tenue de scène.
Ce n’est pas par nécessité que je m’occupe de chaque détail, c’est plutôt un besoin personnel. Idéalement, j’aimerais travailler avec des professionnels, mais je n’ai tout simplement pas les moyens financiers pour le faire. Vivre et travailler en Grèce présente ses propres défis, ce qui rend difficile de supporter de tels coûts seule.
Pour les paroles, je reçois de l’aide, car même ma créativité a des limites. Un seul cerveau ne peut pas tout faire ! Je suis incroyablement reconnaissante d’avoir à mes côtés Felf Dragon (qui m’a également aidé pour le spectacle en direct que j’ai donné au ‘Dark Dungeon Festival’) et Shadowkeeper. Nous commençons par discuter du concept de chaque chanson, je leur fournis un cadre, puis je laisse faire leur magie. Je peux ensuite adapter les paroles pour qu’elles correspondent à la chanson selon les besoins.
– Le Dungeon Synth est un style très immersif et étonnamment très narratif, même s’il est essentiellement instrumental. Avec MØRKE OG LYS, tu poses aussi des voix, en elfique et en anglais, et quelques guitares Black assez discrètes. Le style est fait d’univers multiples et variés. Quel est le tien ? Comment le décrirais-tu et quelles histoires racontes-tu ?
Oui, le Dungeon Synth est généralement instrumental, avec parfois des narrations, mais la créativité n’a pas de limites ! Le Dungeon Synth ‘flirte’ naturellement avec le Black Metal, et en tant que fan dévouée, dont l’instrument principal est le clavier, il semblait tout à fait approprié de créer un projet Dungeon Synth avec des éléments de Black Metal Atmosphérique tissés partout.
Thématiquement, les paroles tournent autour des ingrédients mystérieux qu’une sorcière pourrait utiliser dans ses potions. Le premier album était consacré aux plantes vénéneuses, le deuxième aux champignons toxiques et le troisième explore une combinaison unique de ces éléments. De plus, les deuxième et troisième albums commencent à raconter les aventures de la sorcière de MØRKE OG LYS. Certaines de ces histoires sont purement issues de mon imagination, tandis que d’autres sont inspirées des riches traditions du folklore européen, profondément imprégné de mysticisme et de surnaturel.
– Ce qui est également fascinant sur « The Hollow Shadows », c’est cette richesse musicale, car les morceaux fourmillent de détails et d’arrangements. Comment crées-tu les sons que tu utilises ? Tu échantillonnes beaucoup, car c’est surprenant de voir à quel point tes morceaux ont un côté organique, alors qu’ils sont pour l’essentiel électroniques ?
Lorsque j’utilisais un clavier traditionnel, je créais mes propres sons selon mes goûts. Maintenant, avec le nouvel équipement qui est un midi avec VSTI, j’utilise simplement des sons soigneusement sélectionnés, afin qu’ils puissent ‘raconter’ ce que j’ai en tête ! Je ne force pas le processus. Il coule naturellement depuis des années. Je trouve qu’il est presque impossible de m’en tenir à une seule mélodie simple. Alors, je m’appuie sur la structure principale, en superposant des textures et des arrangements jusqu’à ce que la chanson me donne la chair de poule. C’est à ce moment-là que je sais qu’elle est complète. Si elle n’évoque pas cette réaction, alors je sais qu’il manque encore quelque chose. Pour moi, chaque morceau doit être un voyage immersif aussi riche que profond.
– Le chant est assez spécial lui aussi avec des moments chantés, parlés, screamés et parfois même chuchotés offrant ainsi une grande diversité. Cela vient de l’interprétation des personnages interprétés, car ta palette vocale est très large ?
En ce qui concerne le chant, je me laisse guider par les émotions et l’atmosphère de chaque morceau. Mon approche consiste à donner vie aux paroles par des voix parlées, criées et même chuchotées, créant ainsi un paysage sonore diversifié qui amplifie l’ambiance de la chanson. Cette variété vocale ne découle pas nécessairement du travail sur les personnages. Il s’agit plutôt d’exprimer l’essence des paroles et d’améliorer la qualité immersive de chaque morceau.
Actuellement, la narration se concentre sur un seul personnage : celui de la sorcière de MØRKE OG LYS. Sa voix à elle seule contient toute la gamme d’émotions nécessaires pour raconter ces histoires, de ses incantations chuchotées à ses cris féroces qui résonnent dans les ombres. Cette approche permet de garder un récit simple, mais puissant. Cependant, il se peut que j’introduise d’autres personnages à l’avenir. La direction de ce projet est organique et je veux le laisser évoluer naturellement. Pour l’instant, je suis complètement immergée dans la voix de la sorcière, mais je reste ouverte à la suite de l’histoire.
– « The Hollow Shadows » est très hypnotique et on plonge malgré nous dans ton univers, tant il est mélodique et fluide. Est-ce qu’au moment de commencer l’écriture et la composition, tu penses à l’album dans son entier, de manière conceptuelle ?
En vérité, j’essaie de ne penser à rien du tout, lorsque je commence à écrire et à composer. Mon objectif est de me vider l’esprit complètement, de me libérer de toute idée ou de tout plan préconçu. Lorsque je m’assois derrière mes claviers, je ferme les yeux et je me laisse aller à la mélodie, me perdant dans chaque note et laissant la musique prendre forme naturellement. C’est un processus très instinctif, presque comme entrer en transe.
Cette approche est peut-être mon ‘petit secret’, si je puis dire, car elle garde mes compositions fluides et organiques. Plutôt que de façonner consciemment un concept, je laisse la musique elle-même dicter la direction, laissant les émotions et les atmosphères me guider. Ce n’est qu’après avoir terminé plusieurs morceaux que je commence à voir émerger un thème, et c’est là que l’identité de l’album se révèle.
– On te sait inspirée du monde de JRR Tolkien et cela renvoie, pour beaucoup de monde, aux livres bien sûr, mais aussi aux films et aux séries. Est-ce que tu as déjà imaginé et composé ta musique avec une approche de musique de films, par exemple ? On en revient encore à ce côté narratif…
Je ne pense pas qu’il y ait un seul d’entre nous qui ne soit pas au moins un peu inspiré par le monde de Tolkien ! Son travail résonne à un niveau très profond, non seulement pour ses histoires, mais aussi pour la vaste mythologie qu’il a créée. Cependant, si le monde de Tolkien m’influence, je m’inspire aussi beaucoup des riches traditions de l’Europe, qui sont remplies de leurs propres légendes et éléments mystiques.
En ce qui concerne une approche de musique de film, je dois dire que si je prétendais composer avec cette intention, ce serait un peu un mensonge ! Je ne suis pas naturellement enclin à penser en termes de bandes sonores ou à envisager ma musique comme cinématographique. Je me concentre davantage sur une création qui capture un moment, un sentiment, ou un lieu mystique dans mon imagination. Si on m’invitait un jour à composer pour un film, je relèverai le défi sans réserve et j’adapterai mon travail en conséquence. Mais de mon côté, je n’ai jamais entrepris de le faire.
– D’ailleurs, pour composer du Dungeon Synth, qui est une musique assez contemplative, faut-il être (ou se mettre) dans un état d’esprit particulier à savoir calme, voire méditatif, ou au contraire rester en alerte en fonction des textes, par exemple ?
C’est une excellente question et elle rejoint ce que je disais juste avant ! En fait, mon approche consiste à vider mon esprit de toutes pensées, me permettant de m’immerger complètement dans le monde des mélodies. Je ne me prépare pas consciemment, ni n’entre dans un état méditatif. Au lieu de cela, je me contente de tout libérer mentalement pour laisser la musique couler naturellement. Les paroles viennent toujours après, une fois que la musique a pris forme.
Je n’ai pas le luxe d’un rituel ou d’une préparation particulière. La plupart du temps, je compose après une longue journée de travail de 12 heures. Et parfois, l’inspiration me vient au milieu de la nuit. Alors, je me réveille avec une mélodie en tête et je me précipite sur mon clavier pour la capturer avant qu’elle ne s’estompe.
– J’ai eu la chance de te voir sur scène à la deuxième édition du ‘Dark Dungeon Festival’ dans le magnifique château d’Avouerie à Anthisnes, près de Liège en Belgique. Outre ta musique, qui est très prenante et captivante, il y a également une réelle mise en scène du spectacle, une sorte de cérémonial. Quelles sont les significations de cet espèce de rituel, car c’était très ‘Black’ ?
C’est exactement l’atmosphère que je souhaitais créer : une cérémonie qui transmettrait l’essence-même de la sorcière. Je voulais que la performance ressemble à un rituel sombre, quelque chose qui attirerait le public dans son monde, à la fois visuellement et musicalement. Le spectacle a commencé avec la « Ghost Dance », où je tenais une lame cérémonielle, préparant le terrain pour la descente de la sorcière dans les ombres. C’était une façon d’exprimer la nature obsédante et surnaturelle du personnage, une figure qui existe entre les royaumes.
Tout au long de la performance, j’ai cherché à incarner les images et les symboles qui m’étaient venus pendant la composition, en leur donnant vie sur scène. Chaque chanson reflétait différents aspects de son voyage, que ce soit par des incantations chuchotées, des voix féroces ou l’utilisation symbolique d’accessoires.
La danse cérémonielle finale s’inspire des rituels de la Grèce antique, symbolisant le voyage de l’âme à travers le monde souterrain, un passage dans les profondeurs où les ombres et les esprits s’entremêlent. C’est un hommage aux origines mystiques et anciennes de la sorcière, ainsi qu’aux rituels intemporels qui nous lient à nos ancêtres. Pour moi, ce n’est pas seulement une performance, c’est une forme puissante de narration qui capture l’esprit de MØRKE OG LYS.
– Comme on me l’avait fait remarquer, le Dungeon Synth nécessite une solide culture musicale, qui s’étend aussi à la littérature fantasy et aux jeux vidéo ce qui en fait, de fait, un style de niche. Il y a un côté très élitiste finalement. Quels sont, pour toi, les éléments essentiels à maîtriser avant de se mettre à composer, car il semble y avoir beaucoup de codes ?
C’est vrai que le Dungeon Synth, en tant que genre, s’inspire souvent d’un large éventail d’influences telles que la littérature fantastique, les jeux vidéo et même les films. De nombreux artistes et fans de Dungeon Synth ont une profonde passion pour ces univers, car ils contribuent à cultiver les paysages vivants et immersifs que la musique elle-même s’efforce d’évoquer. Il y a, il faut l’admettre, un certain ‘élitisme’ dans le Dungeon Synth. Pour apprécier, comprendre pleinement ou créer dans ce genre, il faut être imprégné de ces royaumes fantastiques et d’une certaine profondeur de l’histoire musicale.
Cependant, mon approche personnelle est un peu différente. En raison d’un manque de temps, je ne peux pas m’immerger autant que je le voudrais dans les médias ou les jeux fantastiques. Au lieu de cela, je m’inspire des mythes, de l’Histoire et des traditions auxquels je me sens étroitement liée, en particulier du folklore et de la mythologie européens.
– Tes albums sortent en numérique sur Bandcamp et aussi en format cassette chez Dark Age Productions, un label spécialisé américain, et en assez peu d’exemplaires. C’est un vrai parti-pris que le style reste si confidentiel et très underground ?
Je suis extrêmement reconnaissant à Bard Algol et à Dark Age Productions d’avoir cru en ma vision et d’avoir soutenu MØRKE OG LYS dès le début en publiant mes albums sur cassette. Travailler avec un label si profondément ancré dans la scène underground est un véritable honneur, car ils comprennent l’essence et l’esprit du Dungeon Synth à un niveau profond.
Le format cassette, en particulier, a une signification particulière dans ce genre. Il préserve cette qualité brute et intime essentielle à l’atmosphère de la musique, et il reflète également la nature underground et de niche du Dungeon Synth. Les éditions limitées de cassettes donnent l’impression d’être des artefacts uniques, personnels, à collectionner et conçus pour ceux qui se connectent véritablement à cette musique. En ce sens, elles deviennent plus que de simples enregistrements ; ce sont des reliques de l’esprit du genre.
Cela dit, je suis tout à fait ouverte à l’exploration d’autres formats s’il y a de l’intérêt. En fait, ce serait un rêve de voir ma musique pressée sur vinyle un jour. La sortie d’un LP est une étape que je n’ai pas encore franchie dans ma carrière, et je pense que cela apporterait une nouvelle profondeur et une intemporalité à MØRKE OG LYS !
– Enfin, la question qui se pose, puisque tu produis beaucoup de musique : est-ce que tu travailles déjà sur un prochain album et y a-t-il des projets de concerts également ?
Oui ! Je travaille actuellement sur mon prochain album, j’ai toujours envie de créer ! Même si je n’ai reçu aucune nouvelle offre de collaboration avec un groupe, j’ai une proposition de sortie séparée qui m’enthousiasme vraiment. C’est toujours inspirant de s’associer à d’autres artistes qui partagent une vision similaire. Alors, j’ai hâte de voir où cette collaboration me mènera.
Dernièrement, j’ai aussi revisité certaines de mes chansons préférées, ce qui a ravivé ma ‘fièvre des reprises’ ! J’en ai récemment publié trois sur la page Bandcamp de MØRKE OG LYS. La première est « Long Lost To Where No Pathway Goes » de Summoning, que j’ai également interprétée en live au ‘Dark Dungeon Festival II’. La deuxième est « The Prologue » d’Evol, et la troisième « Son Of The Shades » d’Elffor. Les trois morceaux sont disponibles en téléchargement gratuit sur la page Bandcamp pour tous ceux qui souhaitent les écouter !
Les trois albums de MØRKE OG LYS sont disponibles chez Dark Age Productions et sur le Bandcamp de l’artiste : https://morkeoglys.bandcamp.com/
Retrouvez l’article consacré au ‘Dark Dungeon Festival II’ :