Très bien captée, la prestation des Scandinaves dans leur Danemark natal semble avoir marqué autant le public que les membres d’IOTUNN eux-mêmes, qui ont décidé d’immortaliser ce concert au ‘Copenhell’. Premier live après trois opus et leur Progressive Metal teinté de Death prend ici toute sa dimension, grâce à des structures solides et une manière de développer les atmosphères imparable. « Waves Over Copenhell » est aussi massif qu’immersif.
IOTUNN
« Waves Over Copenhell »
(Metal Blade Records)
Apparu il y a dix ans sur la scène danoise avec un premier EP, « The Wizard Falls », le groupe n’a pas mis longtemps à attirer l’attention bien au-delà de ses frontières. En 2021, le quintet sort « Access All Worlds » et sa version acoustique l’année suivante, qui lui servent de rampe de lancement. Après la pandémie, IOTUNN reprend la route et fait justement une halte très remarquée au ‘Copenhell’ dans sa ville d’origine. C’est cette soirée de juin 2023 qu’il nous propose de revivre avec « Waves Over Copenhell ».
A cette période-là, le combo travaillait sur son deuxième album à venir, « Kinship », et c’est donc très logiquement que les cinq morceaux (pour 50 minutes !) sont essentiellement extraits d’« Access All Worlds ». Cependant, le public a eu la chance de découvrir en live le single « Mistand », qui a fait la transition entre les deux réalisations studio. IOTUNN donne donc la priorité à d’anciennes compositions et la toute nouvelle laisse entrevoir déjà l’évolution des cinq musiciens, qui se montreront brillants sur « Kinship » en 2024.
En cette quatorzième édition du ‘Copenhell’, la colossale rythmique formée par Eskil Rask (basse) et Bjørn Wind Andersen (batterie), la fratrie Gräs (Jens Nicolai et Jesper) aux guitares et le frontman Jón Aldará ont livré un set captivant et particulièrement percutant, malgré la longueur des titres. Aussi technique que virtuose, IOTUNN a montré que ses performances sur scène sont aussi accomplies que sur disque. Et son côté avant-gardiste et les embardées MeloDeath en font une formation désormais incontournables.
Photo : Bransholm
Retrouvez la chronique de la version acoustique de « Access All Worlds » et l’interview accordée à la sortie du premier album :
Entre rythmes tribaux et une narration profonde, ce nouveau chapitre de DANHEIM se veut spiritual, convivial aussi et surtout d’une précision qui le rend très intense. Très créatif et reposant sur une Histoire d’une grande richesse, cette balade au cœur d’une Scandinavie vivifiante, qui va puiser son art dans la mémoire des hommes comme de la nature, et contribue à l’élan de cette néo-Folk viking, dont l’étendue semble inatteignable, tant les trésors y sont nombreux. Et l’artiste y déploie une force saisissante dans un écrin de délicatesse.
DANHEIM
« Heimferd »
(Season Of Mist)
Le très prolifique multi-instrumentiste et producteur Reidar Schæfer Olsen, plus connu pour ses réalisations sous le nom de DANHEIM, n’est pas homme à rester les bras croisés et son ambition consistant à partager la mémoire ancestrale de la culture viking et nordique est grande. « Heimferd » est déjà son dixième album depuis 2017. Et celui qui a désormais franchi le milliard de streams dans le monde et participé à plusieurs saisons de la bande son de la série « Vikings », continue ici son voyage intemporel avec une authenticité troublante.
Les adeptes de Wardruna et Heilung ne seront donc pas dépaysés et devraient se retrouver sans mal dans l’univers mythologique de DANHEIM. Enregistré dans son propre studio et assurant également la production, l’artiste de Copenhague a particulièrement soigné le son et l’écoute au casque de « Heimferd » est captivante au point de vous transporter au cœur d’un monde où l’imagination s’envole. Et son expérience dans les musiques électroniques et Ambient offre beaucoup de relief et de proximité à un registre hypnotique et mystérieux.
Les paysages défilent, les atmosphères évoluent au gré de l’immersion de DANHEIM lui-même et, entre folklore et tradition, son inspiration comme son interprétation se font aussi ténébreuses que lumineuses (« Brenhin Llwyd », « Haukadalur », « Heljar Skuggar », « Jǫtunsvärd », « Kominn Dagr », « Stormdans »). Le musicien s’offre aussi une petite entorse dans cette plongée danoise sur « Yggdrasil II », où des paroles en anglais font leur incursion sur la suite du morceau figurant sur « Fridr » (2017). Moderne et hors du temps.
Non qu’il soit poursuivi par son passé, car MIKE TRAMP mène une carrière solo brillante depuis la fin de White Lion, ou qu’il ait lui-même le désir de retrouver quelques sensations passées, le chanteur et compositeur a simplement décidé d’en finir avec un cycle. De retour sur scène où il interprète les hits de son ancien groupe, le Danois s’est attelé en 2023 au premier chapitre des « Songs Of White Lion », dont voici l’épisode final, une fois encore très bien revisité par son fondateur.
MIKE TRAMP
« Songs Of White Lion Vol. III »
(Frontiers Music)
En replongeant dans ses années White Lion, MIKE TRAMP a tenu à écarter tout de suite toute forme de nostalgie. Et c’est vrai qu’à l’écoute de ce troisième volume, il s’agit surtout de perpétuer une sensation de fraîcheur et surtout l’envie non-dissimulée de lui offrir une seconde vie dans un nouvel écrin. Les mauvaises langues auraient pu dire qu’un seul volet, en guise de ‘Best Of’, aurait amplement suffit à faire le tour de cette institution européenne, et même mondiale, de ce groupe iconique pour tous fans de Hard Rock des années 80.
Et pourtant, il en aurait manqué des morceaux devenus des classiques sur un seul disque. « Songs Of White Lion Vol. III » vient nous rappeler au bon souvenir de mélodies et de riffs qui font immédiatement l’effet d’une madelaine de Proust, qui n’attendait juste qu’on en prenne une bouchée. Non que la recette ait été modifiée, mais l’interprétation bénéficie d’un élan particulier, de subtils nouveaux arrangements et surtout de la voix devenue bien sûr plus mature, mais toujours magnétique et puissante, d’un MIKE TRAMP inamovible.
Ainsi, on ne boudera pas son plaisir de réentendre près de 40 ans après des titres comme « Dirty Woman », « War Song », « Fight To Survive », « If My Mind Is Evil », « Cherokee », « All Burn In Hell » ou « Radar Love ». Autant de petits plaisirs qui remontent à la surface avec la même force. Et pour les rendre toujours aussi incisif, MIKE TRAMP peut compter sur ses musiciens et compagnons de route Marcus Nand (guitare), Claus Langeskov (basse) et Morten Hellborn (batterie). Un ultime effort qui vient clore une belle et grande trilogie !
Photo : Michael Anthony
Retrouvez l’interview de MIKE TRAMP à l’occasion de la sortie du volume 2 :
Rugueux et puissants, les Scandinaves remettent le couvert avec « 2 », une réalisation clairement rentre-dedans, qui nous renvoie aux belles heures d’un Hard Rock sauvage, racé et fédérateur. Guidés par un explosif frontman, ils enchaînent les riffs et les refrains entêtants sur une dynamique très maîtrisée. BLOODY DICE sait où il va et, sans fioriture, assène un jeu percutant mis en relief par un son d’une qualité qui se fait de plus en plus rare. Un disque qui réveille, enchante et se réécoute en boucle !
BLOODY DICE
« 2 »
(Eönian Records)
Chez BLOODY DICE, on ne s’encombre pas avec les titres des albums. Sorti en 2023, le premier était éponyme et celui qui nous intéresse s’intitule tout naturellement « 2 ». Logique ! Quant au line-up, Dagfinn Joensen assure le chant, Nickie Jansen la guitare, Jakob Haugaard la basse et Peter Larsen donne le tempo. Très aguerri, le quatuor reprend les choses là où elle en était et enfonce même le clou en affirmant avec vigueur et fermeté une identité forte, forgée sur un Hard Rock massif et vif.
Une chose est sûre, le changement complet de rythmique n’a pas entamé l’enthousiasme des Danois, qui renforcent même une assise déjà musclée. Et cette fois, ils se sont aussi adjoint les services du célèbre Flemming Rasmussen pour la production. Au niveau du son, BLOODY DICE prend sacrément du volume dans un parfait équilibre et une belle débauche d’énergie. Pourtant, pas question ici de formatage des morceaux, la liberté et cette sensation très instinctive sont plus jamais mises en avant.
L’unité est palpable et les titres sont bruts et sincères. « 2 » bénéficie aussi d’une précision chirurgicale, ce qui ne fait qu’augmenter son côté organique. Certes, le style de BLOODY DICE est assez classique, mais la fraîcheur du songwriting lui confère un caractère très actuel. A la fois rassembleur et à même de livrer des compositions très personnelles, le combo reste très Rock, bluesy à l’occasion et fidèle à un groove constant (« Cry For War », « The Bitch Is Crazy », « Back To Hell », « Unspoken », « Struggling To Breathe »). Rock’n Roll !
Grosse flemme ou signe des temps ? Ou les deux, tant ils sont inhérents ? Une chose est sûre, certaines formations s’usent plus vite que d’autres et atteignent leur plafond de verre une fois la reconnaissance et le succès obtenus. Cela semble être le cas de VOLBEAT qui, faute de se renouveler, régresse au fil des disques. Les Scandinaves ont perdu leur guitariste solo Rob Caggiano et, comme on s’y attendait, le coup est rude. A l’écoute de « God Of Angels Trust », on cherche vainement un peu d’imagination… avant de se rendre à l’évidence.
VOLBEAT
« God Of Angels Trust »
(Universal)
Alors qu’il n’avait fallu que trois mois aux Danois pour mettre en boîte « Servant Of The Mind » il y a quatre ans, six petites semaines, dont treize jours de studio, ont suffi à l’élaboration de « God Of Angels Trust ». Et cela s’entend ! Depuis deux albums maintenant, VOLBEAT se montre expéditif et ça ne joue pas forcément en sa faveur. La routine s’installe et avec elle une créativité qui s’étiole. Michael Poulsen peine très franchement à retrouver l’explosivité d’un « Rewind, Replay, Rebound », par exemple. Les idées manquent et l’ennui pointe très rapidement le bout de son nez.
Certes, le groupe livre toujours de bonnes mélodies et le fantomatique (car il n’est toujours pas un membre officiel) Flemming C. Lund d’Asinhell fait même de petites merveilles sur les solos, tandis que la rythmique fait le taff, tout comme Jacob Hansen à la production, mais VOLBEAT semble avoir perdu la flamme. Capable de belles étincelles ponctuellement, il ne va plus au fond des choses en présentant des morceaux qui tiennent en haleine jusqu’au bout. Sans surprise donc, le combo ne met plus le feu… ou alors, très brièvement. On a le sentiment qu’il expédie le truc sans conviction.
Se reposer ainsi sur ses lauriers n’est pas donné à tout le monde. L’ombre de Metallica pèse lourdement sur « God Of Angels Trust », tant au niveau des riffs que des nombreux gimmicks vocaux. Cependant, la bonne nouvelle vient du single au titre interminable « In The Barn Of The Goat Giving Birth To Satan’s Spawn In A Dying World Of Doom » (on ne rit pas !), où plane cette fois l’esprit de Johnny Cash. Ensuite, VOLBEAT sombre totalement sur « Time Will Heal » et « Lonely Fields », entre autres. Le désormais power trio n’a plus de power que son appellation. Circulez !
Associées, la créativité scandinave et l’élégance italienne font des merveilles sur cette entrée en matière très réussie. L’idée du combo européen est d’apporter un souffle nouveau sur la scène Hard Rock, en affichant clairement l’ambition de présenter un style accessible en gardant un aspect explosif. Et le mélange entre un certain classicisme du genre sur une production très actuelle fait de W’t’M un nouveau venu plein d’impact et guidé par une voix exceptionnelle sur ce vigoureux « Witness The Madness » très prometteur.
W’t’M
« Witness The Madness »
(Popshit Records)
A en croire ce premier album, la ligne entre Copenhague et Rome fonctionne très bien et la connexion est même parfaite. Formé autour de Michael Bastholm Dahl, l’ancien chanteur d’Artillery et ici à la guitare, le groupe est essentiellement danois à l’exception de sa frontwoman, l’Italienne Marica Moire. Après plusieurs singles, W’t’M sort enfin son premier effort et « Witness The Madness » (titre dont il tire son nom en abrégé) est une bonne surprise. Un mix entre Hard Rock moderne et un Heavy polyvalent et costaud.
Sur une ligne mélodique aux structures souvent complexes, la dynamique est enthousiasmante et l’ensemble franchement rafraîchissant. La puissance vocale toute en nuances de la Romaine créé l’équilibre avec les guitares notamment, et elle marque littéralement d’une empreinte forte « Witness The Madness ». Et puis, W’t’M a pris autant de soin à se montrer véloce et percutant qu’à être très attentif aux moindres détails des arrangements. Rien n’est laissé au hasard et c’est justement ce savoir-faire qui brille ici.
Multipliant les changements de tempos, s’engouffrant dans des parties plus progressives et distillant habillement ses parties de claviers, la formation italo-danoise sait se montrer aussi puissante que d’une grande finesse. Dans un registre qu’elle maîtrise parfaitement, elle réoxygène un Hard Rock déjà moderne et, à ce niveau-là, la gamme vocale de sa chanteuse impressionne et fait toute la différence (« A Symphony Of Brillance », « Wake Up Too A Breakdown », « Moments Of Light », « One Reason », « Eternal Echoes »). Foudroyant !
C’est suffisamment rare pour être souligné, THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO est un octuor ou un octette, c’est selon, et les possibilités lorsque l’on parcourt autant de registres comme le font les Scandinaves sont donc presqu’infinies. Sur une base Roots, Rock et Blues, « House Of Sticks », dernière production en date, s’autorise tous les écarts et toutes les fantaisies avec une virtuosité qui rend leurs nouveaux morceaux si évidents, grâce aussi à un son qui ne souffre d’aucune négligence. Un bel et grand album qui rend les Nordiques un peu incontournables encore.
THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO
« House Of Sticks »
(Provogue/Mascot Label Group)
Cela fait maintenant deux décennies que les Danois foulent les scènes du monde entier et chaque prestation aiguise toujours un peu plus ce Roots Rock fait de Boogie, de Soul, de Funk et d’un esprit rappelant celui du Chicago Blues. A la fois délicate et entraînante, la formation enchaîne aussi les albums, « House Of Sticks » étant le neuvième, auquel il faut ajouter cinq live et un Best Of. En collectif expérimenté donc, THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO se montre cette fois encore étincelant et tout en diversité.
Guitariste et chanteur, Risager s’affirme aussi comme un compositeur hors-pair, qui parvient à libérer avec la même sensibilité des textes bien ciselés et se montre aussi d’un dynamisme revigorant sur des grooves endiablés. Moderne et très frais, le style du groupe est vaste, mais réussir à afficher une belle unité. THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO ne se disperse jamais et « House Of Sticks » passe d’une ambiance à l’autre avec beaucoup d’habilité à travers une tracklist très bien étudiée.
Multi-récompensé avec notamment un ‘European Blues Award’, quatre autres prix dans son pays et en Allemagne, le collectif s’impose de disque en disque et celui-ci devrait aussi faire quelques étincelles. Produit par son leader accompagné par le bassiste Søren Bøjgaard et le guitariste Joachim Svensmark, THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO se veut aussi le garant d’un son très personnel. Et puis, lorsque l’on compte huit musiciens de ce calibre dans ses rangs, inutile de préciser que le soin apporté aux arrangements le rend irrésistible.
C’est encore avec une grande discrétion que THE BOY THAT GHOT AWAY présente son quatrième effort, un peu comme s’il voulait s’éviter une trop forte exposition, une lumière aveuglante. Pourtant, le potentiel est énorme, le style racé et costaud et « Peacetime » devient même très vite addictif. Jouant sur la densité du Stoner Rock et l’intensité émotionnelle du Grunge originel, les musiciens évitent pourtant les sonorités trop 90’s et s’inscrivent même parfaitement dans leur temps. Solide, nerveux et accrocheur, il est difficile de ne pas succomber à cette authentique immersion hyper-Rock.
THE BOY THAT GOT AWAY
« Peacetime »
(Independant)
La pochette est ténébreuse, vierge de toute indication sur le nom du groupe et le titre de l’album. Et cela caractérise finalement assez bien la démarche très DIY et indépendante des trois Danois. Pourtant, cela fait maintenant plus de dix ans que THE BOY THAT GOT AWAY œuvre à l’explosion de son Stoner Grunge graveleux et massif. On peine à croire que le reste du monde ne s’en soit pas aperçu un peu plus tôt. Car « Peacetime » est tout de même le quatrième effort du power trio et la maîtrise et l’intelligence des morceaux sont incontestables et captivantes.
Dès « Influx », titre d’introduction instrumental qui vient poser l’ambiance, THE BOY THAT GOT AWAY instaure un climat d’une grande froideur. Enregistré, mixé et produit par Tue Madsen, la production se veut brute et très organique. Pas de superflu donc et encore moins d’effets de manche, le morceau-titre ouvre les hostilités et la puissance affichée montre un combo expérimenté et décidé. L’impression d’un Desert Rock typiquement nordique s’entend peu à peu pour nous envelopper d’une harmonie étonnamment familière et attachante, malgré un propos assez noir.
Sombre et emprunt de mélancolie, il se dégage pourtant une force incroyable de « Peacetime », due à un groove épais oscillant entre colère et quiétude. Bien sûr, THE BOY THAT GOT AWAY rappellera les premiers QOTSA avec des clins d’œil à Soundgarden, mais c’est sans compter sur l’originalité des Scandinaves. Car, quand ils lâchent les chevaux, le ton monte et les décibels grimpent en volume (« Sleepwalker », « The How », « Aesel », « Homecoming »). Et c’est la chanson semi-acoustique chantée en danois, « Boy », qui vient clore cette belle réalisation. Enthousiasmant !
Alors que son pays voit un important revival Hard Rock 90’s, c’est le moment choisi par BLACK OAK COUNTY pour évoluer dans un Alternative Metal très moderne et fédérateur. Direct et mélodique, le quatuor dispose d’une force de frappe conséquente. « III » devrait ravir les amateurs de Rock très musclé et Heavy, où les effluves d’un style plus classique et intemporel résistent bien. Une réussite totale et une belle reconversion, qui offrent un avenir radieux à la formation nordique.
BLACK OAK COUNTY
« III »
(Mighty Music)
L’histoire de BLACK OAK COUNTY a connu quelques rebondissements à commencer par un changement de nom dès sa création. Ensuite, après un premier album éponyme en 2017 enregistré chez Jacob Hansen (Volbeat, Pretty Maids), le groupe connait un succès notable, ce qui n’empêche pas son chanteur et guitariste Niels Beier de quitter le navire. Qu’à cela ne tienne, le trio sort un nouvel opus avec son bassiste René Kristensen au chant en 2019 (« Theater Of The Mind »). Et c’est il y a deux ans que l’ancien frontman réintègre le combo.
Avec Jack Svendsen à la guitare et Mike Svendsen derrière les fûts, BLACK OAK COUNTY semble plus soudé que jamais et prend même un virage important dans son aventure musicale sur cette nouvelle réalisation sobrement intitulée « III ». Arborant jusqu’à présent un Hard Rock assez classique et de bonne tenue, les Danois œuvrent désormais dans un Alternative Metal, où la présence des deux chanteurs est vraiment un plus. Et c’est sans compter sur un songwriting redoutablement efficace et une production massive.
Co-écrit et produit par Nicklas Sonne, une sommité du milieu musical au Danemark, « III » affiche une puissance dévastatrice, des riffs lourds à souhait et des refrains implacables, le tout dans une dynamique très groove. BLACK OAK COUNTY tient le bon bout et montre de solides arguments, quelque part entre Shinedown et un Nickelback sous stéroïdes (« Crossed The Line », « Save Your Breath », « No More », « « Enemy », « Timebomb », « Fire Inside », « www.lies »). Frais et énergique, le jeu des Scandinaves est très accrocheur.
Ces cinq dernières années sont probablement les plus créatives de D-A-D depuis un bon moment. Même si la formation de Copenhague est restée fidèle à ce Hard Rock si californien, le définissant presque comme le plus américain des groupes scandinaves, elle semble surfer aujourd’hui sur la vague d’une inspiration retrouvée. Dynamique et accrocheur, le quatuor y va même de son premier double-album en 40 ans de carrière et le musée national de la capitale danoise lui a même dédié une exposition relatant sa belle aventure. Autant d’évènements sur lesquels revient Jesper Binzer, heureux frontman d’un groupe qui mesure sereinement le chemin parcouru et le travail accompli…
– Avant de parler de ce nouvel et double album, j’aimerais que tu me dises quels sentiments t’ont traversé lorsque le ‘Danish National Museum’ a décidé de vous consacrer une exposition pour célébrer les 40 ans du groupe en mars dernier ? C’est quelque chose d’assez exceptionnel, j’imagine, que de devenir une institution dans son pays ?
Lorsque le Musée National du Danemark nous a demandé si nous souhaitions participer à une exposition D-A-D pour célébrer les 40 ans du groupe, nous avons commencé par rire ! Sommes-nous désormais devenus des pièces de musée ? (Rires) Il s’avère que oui et c’était un grand honneur et beaucoup de travail aussi. Ils ont eu leur façon de communiquer dessus et nous avons eu la nôtre. Mais nous avons trouvé un terrain d’entente et cela s’est avéré être un très grand moment de culture contemporaine, avec tout ce que nous avons pu traverser et transmettre à travers notre musique dans le temps.
– Autre moment fort de cette année en plus de cette exposition, c’est ce concert que vous avez donné au ‘Planetarium’ à Copenhague, qui est l’endroit où se trouvait l’emblématique théâtre ‘Saltlageret’ et où D-A-D a donné son tout premier concert. Est-ce que c’est la date la plus excitante, et émotionnellement la plus forte, de cette tournée avec ce que cela représente ?
Remonter dans le temps est bien sûr le mot d’ordre lorsqu’il s’agit d’un 40ème anniversaire. Donc jouer un concert au sommet des ruines du lieu de l’un de nos premiers concerts était une excellente idée. Et comme le nouvel album a une pochette très spatiale et lointaine avec le crâne de vache en guise de météore, c’était parfait pour coller au thème. Doublement parfait, en fait… (Sourires)
– Parlons de « Speed Of Darkness », votre treizième album, qui se trouve aussi être votre premier double-album. Qu’est-ce qui pousse une formation reconnue comme la vôtre à sortir un tel disque dans une époque où le streaming est devenu envahissant ? Peut-être un peu de nostalgie par rapport au vinyle et à vos débuts, où ce genre de production n’était pas rare du tout ?
En fait, nous avons passé beaucoup de temps à composer et à nous amuser ensemble. A tel point que c’était difficile de choisir les morceaux à la fin… Après, chacun peut écouter tout ce qu’il veut aujourd’hui avec le streaming, c’est vrai. Mais le vinyle est aussi quelque chose de spécial pour beaucoup de nos fans…
– Justement, depuis la sortie du très bon « A Prayer For The Loud » en 2019, où on vous avait retrouvé très inspirés, vous avez composé 40 chansons pour n’en garder que celles qui figurent sur « Speed Of Darkness ». Comment expliques-tu cette grande créativité de ces dernières années ? Y a-t-il eu un déclic entre vous ? Quelque chose de particulier et de déclencheur ?
Pour être honnête, il a fallu très longtemps pour que ce déclic arrive. Nous avions composé au moins une dizaine de chansons, qui étaient fondamentalement nulles. Mais nous avons continué et insisté, même si rien de génial n’est apparu immédiatement. Je pense que le déclic a eu lieu début 2023. À ce moment-là, nous étions en répétition depuis plus d’un an déjà. Au final, ce sont l’astuce, la persévérance et le travail acharné, bien sûr associés à une certaine forme de confiance en nous, qui nous ont aidés à y parvenir.
– 2024 marque donc le quarantième anniversaire de D-A-D et l’on ne peut que saluer une telle longévité, d’autant que votre line-up n’a pas bougé depuis les débuts en dehors de l’arrivée de Peter Lundholm en 1998, il y a 26 ans déjà. C’est aussi ça le secret du groupe ? D’être restés unis et avec une idée commune de la musique que vous avez toujours souhaité faire ?
J’imagine que nous avons la chance d’avoir un objectif commun. Sans doute aussi avons-nous peut-être eu une bonne éducation ? Il faut beaucoup d’introspection pour pouvoir non seulement voir les défauts des autres, mais aussi essayer de changer soi-même parfois. Mais je pense aussi que c’est principalement parce que nous nous offrons la possibilité de pouvoir toujours façonner le Rock dont nous rêvons. La communion entre nous est parfaite et nous savons tous comment faire un super riff bien Rock… (Sourires)
– Vous avez également fait appel à Nick Foss, qui vous connait très bien, pour produire « Speed Of Darkness ». On y retrouve vraiment ce qui fait l’essence-même de D-A-D, c’est-à-dire un son à la fois puissant et moderne, mais paradoxalement très intemporel. L’objectif était-il de réaliser une sorte de synthèse musicale et sonore de votre carrière à l’occasion cet anniversaire ?
En fait, nous avons simplement composé beaucoup de chansons. Ensuite, plus nous nous sommes impliqués, mieux nous avons su qui nous sommes aujourd’hui. On ne voulait pas non plus être des copies, ou des parodies, de nous-mêmes, mais créer un D-A-D nouveau et amélioré.
– L’album contient des morceaux très directs, parfois assez épurés puisqu’ils ne sont pas surproduits justement. C’est vers cette efficacité que vous tendiez dès le début ? Ecrire et jouer des chansons fraîches, directes et accrocheuses ? Retrouver les fondamentaux du Hard Rock comme on le jouait dans les années 90 et avec l’esprit d’aujourd’hui ?
C’est vrai que nous avons travaillé dur et, au fil du temps, notre confiance en nous a grandi. Cela dit, nous ne pouvons pas nier que nous sommes aussi des témoins de l’évolution du Rock. Nous avons donc essayé de maintenir notre meilleur côté au goût du jour, c’est-à-dire en restant très actuel, tout en conservant l’énergie de nos débuts.
– Justement, où est-ce que vous vous situez aujourd’hui sur la scène Hard Rock en tant que précurseurs du genre ? Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération et vous sentez-vous aussi dépositaires d’un certain héritage musical ?
Nous sommes un vieux groupe de ‘Punk Rock’ dans l’âme et cela nous permet de rester authentiques ! (Sourires) Nous savons que la mélodie et l’énergie sont les deux choses les plus importantes dans notre musique et dans cet ordre-là. Et puis, avoir des fans fidèles, notamment dans notre pays, constitue également une grande partie de notre travail au fil des années. Nous sommes constamment en dialogue avec eux et avec ce qui se passe autour de nous. Aujourd’hui, nous restons curieux de voir ce que l’avenir nous réserve… (Sourires)
– La tournée a déjà commencé et elle doit avoir une saveur particulière, d’autant que vous êtes aussi réputés pour être un groupe de scène redoutable. Sortir un double-album et fêter en même temps ses 40 ans d’existence peuvent avoir des avantages et quelques inconvénients… Comment choisir vos meilleures chansons dans un tel répertoire ? Vous allez donner des concerts de quatre heures ?
Je ne pense pas que nous ferons un jour un concert de quatre heures ! (Rires) C’est vrai que nous avons environ 200 chansons que nous pourrions jouer sans même les répéter. En l’occurrence, et comme il s’agit de concerts anniversaires sur la tournée, nous jouerons environ cinq nouvelles chansons au milieu des classiques. Notre objectif est surtout de délivrer beaucoup d’énergie sur scène.
– Enfin, à l’écoute de « Speed The Darkness », D-A-D apparait avec une incroyable fraîcheur et surtout beaucoup d’envie. Et on a le sentiment que vous n’êtes vraiment pas prêts de lever le pied et qu’au contraire, ce nouvel album vous a donné un nouveau souffle et qu’il a presque un effet ‘fontaine de jouvence’ sur vous. C’est le cas ?
L’expérience de l’exposition au Musée National nous a permis d’apprendre à mieux connaître notre passé. Nous avons passé des nuits là-bas à regarder de vieilles photos des premiers albums et des concerts de D-A-D. Nous avons aussi pu observer et écouter beaucoup d’enregistrements et de documentaires. Tout cela nous a apporté un nouveau regard et aussi une certaine douceur de voir ce que nous avons réellement accompli pendant 40 ans. Et puis, c’est vrai que nous sommes dans une bonne phase en ce moment… (Sourires)
Le nouvel et double-album de D-A-D, « Speed The Darkness » est disponible chez AFM Records.