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Desert Rock International Stoner Rock

Steak : sonic perspectives [Interview]

Quatrième album pour les Londoniens qui reviennent dans une configuration en quintet, ce qui leur apporte encore plus de volume et de relief. En un peu plus de quinze ans, ils ont su s’imposer au point qu’on a l’impression qu’ils ont toujours fait partie du paysage Stoner/Desert européen. Et cette forte présence s’explique par un son immédiatement reconnaissable, un jeu massif et mélodique et des albums qui vont à chaque fois creuser un peu plus profond. STEAK n’est pas l’un des fers de lance de la scène britannique par hasard et l’arrêt d’une des locomotives du genre, également londonienne, ne laissera pas un grand vide. Sobrement, et sombrement, éponyme, ce nouvel opus garde cette identité très Desert Rock dans ses fondations, tout en faisant grandir et évoluer son Stoner : la marque des grands. « Steak » est aussi surprenant qu’addictif, porté par un chant captivant, des guitares enivrantes et tranchantes et un duo rythmique d’un groove majestueux. Les Anglais frappent très fort, vont aussi régaler leurs fans et s’imposent ici avec une incontestable évidence. Entretien avec un groupe en perpétuel mouvement et qui ne renie pas la scène underground d’où il est issu.

– On vous avait quitté il y a quatre ans avec le très rouge « Acute Mania » et vous revenez avec un album à la pochette très sombre. Comme d’autres avant vous, « Steak » est-il votre ‘Black album’ ?

C’est fascinant de voir à quel point la pochette de l’album a suscité de nombreuses discussions… (Sourires) De nos jours, tout est instantané, alors c’est agréable de proposer quelque chose d’un peu mystérieux qui incite à regarder de plus près. Quiconque prend la peine d’aller au-delà des apparences est récompensé par une explosion de couleurs grâce à l’illustration intérieure réalisée par notre ami et collaborateur Schoph. C’est notre façon de dire que les meilleures choses sont celles qu’il faut découvrir en creusant un peu. Nous espérons que c’est ainsi que la musique sera appréciée.

– Sur ce nouvel album, vous accueillez aussi le guitariste Tom Cameron et STEAK est désormais un quintet. Le groupe avait-il besoin de prendre du volume dans l’objectif peut-être aussi de vos prochaines prestations live ?

C’était une suite logique après sa contribution au morceau « System » sur « Acute Mania ». Cet album était plus complexe que nos précédents, alors quand on est partis en tournée, il a rejoint le groupe. On est amis depuis une vingtaine d’années, alors on savait donc tous à quoi s’attendre ! (Sourires)

– D’ailleurs, le groupe s’agrandit et sort aussi un album éponyme, ce qui est toujours très significatif dans une carrière. Est-ce la version 2.0 de STEAK que vous livrez ici ? Comme un nouveau chapitre dans votre parcours ?

Peut-être une remise à zéro, ou une rupture définitive. Avec le recul, on voulait peut-être simplement laisser la musique parler d’elle-même, sans être contraints par un concept ou un angle précis. Le prochain album s’appellera peut-être « Steak 2.0 » ! Ou peut-être pas… (Sourires)

– Il y a une véritable géographie sonore sur ce nouvel album avec beaucoup de relief et surtout un spectre qui n’est pas écrasé. Est-ce que, étant donné le contenu de « Steak », la production a eu une importance toute particulière cette fois ?

Pour cet album, nous ne voulions pas trop en faire côté production. Avec tous ces nouveaux projets, ce n’était pas le moment de trop expérimenter en studio. Pour la première fois, nous avons deux chanteurs, deux guitaristes et de nouvelles idées de composition. Rien que cela apportera une perspective et une profondeur inédites à la musique.

– Outre ses riffs puissants et massifs, STEAK reste un groupe finalement très accessible, avec des parties vocales très accrocheuses. Vos mélodies partent-elles des voix, ou au contraire des parties instrumentales, car les refrains sont encore très soignés ?

Il n’y a pas de formule toute faite… Parfois, on travaille un morceau pendant des mois avant même de penser à le structurer et à y ajouter le chant. Parfois, la mélodie vocale vient en premier et la musique se construit autour. Ou alors, tout se fait naturellement et la chanson s’écrit d’elle-même.

– Ce qu’il y a aussi d’assez particulier chez STEAK, c’est votre touche britannique assez spécifique dans le son que l’on n’entend peu, même chez les groupes de Stoner anglais. Comment se traduit-elle dans votre jeu, selon vous, et comment l’associez-vous à vos autres influences plutôt américaines ?

Nous étions tous de jeunes adolescents dans les années 90, et il y avait tellement de groupes de guitare Pop au Royaume-Uni à l’époque. Il est presque impossible pour nous de ne pas être influencés d’une manière ou d’une autre par le son de cette période. De même, le Grunge, le Blues et l’émergence du Desert Rock américain durant cette même période ont laissé une empreinte indélébile sur notre musique. Cependant, vous avez plus de chances d’entendre les Commodores ou du Roachford dans le bus de tournée ! (Rires)

– Par ailleurs, une chose est assez marquante, c’est la manière dont les morceaux « Cometh » et « Short Arms » encadrent l’album au début et à la fin. On croirait presque qu’ils servent d’écrin au reste du disque. Est-ce que vous les avez pensé dans cette optique ?

Elles n’ont pas été écrites intentionnellement comme des morceaux de transition, mais « Cometh » semblait être un excellent moyen de présenter toutes les nouveautés du groupe et « Short Arms » ne ressemble à rien de ce que nous avons fait auparavant. Peut-être un avant-goût de ce qui nous attend ? Et cela nous semblait aussi une bonne façon de conclure l’album.

– En près de 15 ans d’existence, STEAK s’est toujours distingué par un son très live dans l’approche et ce nouvel album s’inscrit encore dans cette veine. La scène vous sert-elle aussi de champ d’expérimentation pour vos futures compositions ?

Parfois, c’est certain. Par exemple, « Dust », sur notre nouvel album, est né d’un riff improvisé pendant les balances. « Two By Two », on l’a joué en live pendant deux ans avant d’entrer en studio. Mais parfois, on attend d’être sûrs qu’un morceau soit abouti avant de se lancer à corps perdu. Par ailleurs, on a joué « Infinite » au Roundhouse à Londres, un morceau inédit, lors d’un de nos plus grands concerts à ce jour. Je crois qu’on aime bien se tester sans même y penser sur le moment… (Sourires)

– Enfin, vous qui venez de la scène stoner underground londonienne et qui aimez à le rappeler, vous considérez-vous encore en faire partie ? Ou certaines étapes clés ont-elles été franchies en ce qui concerne STEAK dans son statut notamment ?

Notre récente soirée de lancement de l’album dans le quartier de Camden à Londres pour ‘Desertscene’ était une véritable fête, non seulement pour nous, mais aussi pour toute la scène. Et ce fut aussi une façon de remercier tous ceux qui nous ont accompagnés dans cette aventure depuis toutes ces années. Nous sommes conscients de notre chance et nous sommes très exigeants envers nous-mêmes. Nous n’avons donc jamais la prétention d’être trop ambitieux. Nous sommes juste des potes qui font de la musique, et c’est la scène qui nous offre ce tremplin pour la partager avec le public.

Le nouvel album éponyme de STEAK est disponible chez Stickman Records et Ripple Music.

Photos : Sylvain Golvet (1) et Sam Huddleston (2).

Retrouvez aussi la chronique de « Acute Mania » :

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Desert Rock Heavy Stoner Psych

Spirit Mother : un espace imposant

Dès son premier album, « Cadets » sorti en 2020, SPIRIT MOTHER s’est distingué de la scène Stoner grâce à une touche singulière. L’année suivante, son « Live In The Mojave Desert » vient confirmer ce bel élan dans un décor où il semble littéralement dans son élément. Après « Trails » en 2024 et un départ de Californie, des touches plus Desert Rock et Americana viennent se greffer à leur univers, qui est aujourd’hui atypique, imprévisible et profondément vivant.

SPIRIT MOTHER

« Thistle »

(Sound Of Liberation Records)

Après avoir quitté Long Beach pour le Haut Désert de l’Oregon, SPIRIT MOTHER a trouvé un nouveau souffle et surtout une source d’inspiration intarissable. Depuis « Trails » sorti il y a deux ans, le groupe a quelque peu remanié son line-up. Le chanteur Armand Lance a laissé la basse à Michael Feuris pour prendre la guitare. SJ Lance est aujourd’hui soutenue par l’autre violoniste Mia Rose et elles assurent également toutes les deux les chœurs. Et enfin, Chase Howard de Kadabra qui œuvre derrière les fûts et livre une prestation de haute volée.

Pour son troisième album, SPIRIT MOTHER est allé puiser au cœur même de ses influences, et elle sont aussi nombreuses que différentes. Et il faut reconnaître aussi qu’il faut vraiment apprivoiser « Thistle », tant il multiplie les atmosphères. Heavy Rock, Stoner Psych, Grunge et Americana cohabitent ici très bien et contribuent, s’il en était encore besoin, à sceller la signature et l’identité du combo. Ecrit, enregistré et autoproduit dans l’ancienne cabane du chanteur, on entre en immersion pour faire corps avec l’aride et sauvage paysage alentour.

SPIRIT MOTHER est également passé maître dans l’art de conjuguer la puissance de son jeu avec une certaine nonchalance, tout en préservant une tension palpable grâce à un Fuzz omniprésent enrobé des deux violons. Ceux-ci sont d’ailleurs parmi les acteurs les plus pertinents de la formation. Derrière les vapeurs psychédéliques, « Thistle » propose un voyage sonore assez inédit et très original. Parfois mélancolique, ce nouvel opus trouve sa force dans un aspect brut et soigné (« Dog Machine », « Good Faith », « Crux », « Odetta »). Captivant !

Retrouvez les dernières chroniques des albums de SPIRIT MOTHER :

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Desert Rock Drone

Brad Frye : natural wanderings

Ode à la nature et déclaration d’amour au Nouveau-Mexique, cette première escapade en solitaire, à tous points de vue, de BRAD FRYE est assez unique en son genre. Empruntant à l’univers Drone comme à celui du Desert Rock, « Reverberations From The American Southwest » se détache des habituelles réalisations pour adopter pleinement une production organique à l’étonnante proximité. Plus que jamais, le terme d’immersion prend tout son sens lors de cette escapade musicale au cœur des éléments terrestres.

BRAD FRYE

« Reverberations From The American Southwest »

(Desert Records)

Si vous rêvez d’une balade aride au cœur du désert du Nouveau-Mexique, non loin d’Albuquerque, cet incroyable album de BRAD FRYE n’attend que vous. Patron du label Desert Records, fondateur du groupe Red Mesa et moitié du duo Droni Eye Omi, le musicien et explorateur sonore est parti s’isoler en pleine nature au printemps 2025 avec pour objectif d’enregistrer son premier effort solo. En effet, il fallait bien plus grand que les quatre murs d’un studio pour élaborer « Reverberations From The American Southwest ».

Afin de capturer au mieux l’atmosphère ambiante, BRAD FRYE a voyagé léger et n’a emporté que l’essentiel. Muni d’une guitare baryton Reverend, d’un ampli à lampes Fender Champ, d’un générateur solaire et d’un pédalier, notre randonneur a utilisé un enregistreur Zoom H6 pour saisir à la fois son instrument, mais aussi les sons naturels de son entourage direct. Et entre les accords de sa six-cordes, les visites sont nombreuses : oiseaux, trains, rivières, insectes et animaux se joignent à lui et poursuivent leur vie dans la chaleur du vent du Nouveau-Mexique.

Reparti en 15 capsules hypnotiques, « Reverberations From The American Southwest » se révèle comme une sorte de rêverie, où chacun peut laisser divaguer son esprit sur les improvisations, mais pas seulement, de BRAD FRYE. Dans une ambiance vaporeuse, on croise Sergio Leone sur « The Good, The Brad, And The Ugly » en version épurée. Un harmonica surgit aussi délicatement sur « Three Gun » et « Stone Hut », tandis que des résonnantes locales émergent de « Celestial Skies », « Desert Is As Desert Does », « Temazcal » ou « Gila ». Envoûtant !

Photo : Diego Pani

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Desert Rock Heavy Stoner Doom

Holystone : apocalyptique

Le Desert/Stoner Doom des trois Australiens a de quoi étonner. Lourd et épais, le style se veut à dominante Metal, et pourtant quelques passages diffusent des ambiances plus alternatives et à l’empreinte 90’s. Avec des harmonies vocales très fortes, HOLYSTONE avance dans des reliefs changeants, sur des contrastes incroyables et avec une puissance phénoménale. N’éludant pas pour autant les mélodies, « Accepting Omega » brille par son originalité.

HOLYSTONE

« Accepting Omega »

(Independant)

Assez différent de « East Of The Sun, West Of The Moon » sorti il y a deux ans, « Accepting Omega » laisse apparaître un nouveau visage et élargit considérablement l’horizon musical de HOLYSTONE. Adepte d’un Heavy Desert Doom hypnotique, ce deuxième effort révèle un contenu assez surprenant. Bien sûr, le Metal domine, mais de nouvelles sonorités sont mises en évidence et cela ne doit rien au hasard. La formation de Brisbane dévoile des aspects plus Rock et même Grunge, qui viennent alléger certains morceaux dans leur substance et s’y fondent naturellement.

Si HOLYSTONE s’ouvre ainsi à d’autres registres moins Doom et pesants, c’est probablement du au fait que le trio a quitté son Australien natale pour les Etats-Unis pour y enregistrer « Accepting Omega ». Et pas n’importe où puisqu’une moitié de l’album a été réalisé à Seattle sous la houlette du producteur Jack Endino, connu pour son travail avec Soundgarden et Nirvana, soulignant l’aspect alternatif et grungy émergeant. Pour autant, l’univers immersif et captivant est toujours très prégnant et ces quelques respirations sont bienvenues et laissent aussi plus de place aux voix.

Car chez HOLYSTONE, elles sont deux et c’est un atout majeur. La bassiste Madison Morris et le guitariste Wolfe Peterson entremêlent leur chant et la complémentarité entre le féminin et le masculin rend saisissant leurs propos souvent sombres. A noter que l’autre partie d’« Accepting Omega » a été conçu avec Dave Catching au légendaire studio Rancho De La Luna à Joshua Tree, dans le désert de Mojave. Un lieu plus propice aux envolées Psych et aux fulgurances Doom que le combo distille dans un paysage aride, rythmé par Jonny Pickvance aux baguettes. Terrassant !

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Desert Rock post-Rock

Yawning Balch : natural feeling

Après trois volumes qui ont laissé une empreinte forte dans le paysage Desert, Psych et post-Rock, place au quatrième et il reste dans la même veine. Avec quatre musiciens de ce calibre, YAWNING BALCH n’en est même plus à expérimenter un style, mais préfère plutôt combiner les inspirations à travers des sessions où les musiciens se confrontent autant qu’ils se complètent. Si le registre a déjà proposer ce genre d’exercice, on touche ici l’excellence. Le ciel est bleu, la température monte d’un cran et les accords s’échappent de la manière la plus naturelle qui soit.

YAWNING BALCH

« Volume Four »

(Heavy Psych Sounds)

Quand il n’est pas avec son groupe Fu Manchu, qu’il ne s’autorise pas une escapade avec Slower, Axemaster ou Big Scene Nowhere, Bob Balch retrouve ses amis de Yawning Man pour des jams aussi hallucinantes qu’hallucinatoires. Démarré en 2023, cette collaboration avec Gary Arce (guitare) Mario Lalli (basse) et Bill Stinson (batterie), tous regroupés sous l’emblème YAWNING BALCH, lui offre aussi l’occasion de satisfaire sa curiosité musicale à travers un Desert Rock psychédélique instrumental, où seules l’imagination et la créativité les guident et ont leur mot à dire.

Réunis dans le désert de Mojave en Californie, le quatuor a désormais pris ses marques et ses habitudes au Gatos Trail Studio de Joshua Tree, et la jam peut donc reprendre son cours. Pour ce « Volume Four », YAWNING BALCH utilise les mêmes recettes. Et cela se traduit par une sorte de laisser-aller onirique, immersif à souhait et où chaque musicien semble a priori dans sa bulle. Sauf que nos quatre experts sont hyper-connectés les uns aux autres et font corps pour un seul et même voyage. Aérien et insaisissable, leur jeu est d’une fluidité incroyable et d’une grande variété.

Comme précédemment, ce quatrième effort se déroule en deux actes de vingt minutes chacun. Ainsi, on se perd d’abord dans les méandres de la chaleur de « Pyramid Of Djoser » avant de plonger dans le très aride « Water Ritual ». Bien sûr, ce sont Gary Arce et Bob Balch qui donnent le ton et l’atmosphère de chaque titre, rivalisant chacun de prouesses pas forcément techniques, mais au service d’une ambiance générale, qui se veut au contraire une sorte de dialogue entre les deux guitaristes. YAWNING BALCH est une expérience musicale unique et presque nécessaire.

Retrouvez les chroniques des trois précédents volumes de l’odyssée YAWNING BALCH :

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Desert Rock Stoner Rock

Avon : through the clouds

Huit ans après son dernier effort, AVON revient irradier de son Desert Rock la planète Stoner. Toujours aussi californien dans le son comme dans l’esprit, il est plus irrésistible que jamais. Très organique et avec l’instinct du live, le groupe incarne l’essence-même du style avec tout ce qu’il contient d’instantanéité et de vérité dans le jeu. Expressif autant qu’explosif, « Black On Sunshine » fait l’équilibre entre onirisme et mélodies appuyée avec maestria.

AVON

« Black On Sunshine »

(Go Down Records)

Après « Mad Marco » (2016) et « Dave’s Dungeon » (2018), « Black In Sunshine » est donc le troisième album de l’emblématique trio AVON. Enregistré et produit par James Childs lui-même, on retrouve l’esthétisme du Desert/Stoner Rock dans toute sa splendeur . Malgré un nombre conséquent de productions du même genre, et même si ce nouvel opus dépasse tout juste les 30 minutes, les trois musiciens atteignent des sommets et se hissent tranquillement au dessus du lot. Soudés autour du même line-up depuis le début, l’osmose et la complicité sont palpables.

Il faut dire qu’ils ont du métier. Le batteur Alfredo Hernández a œuvré chez Kyuss, QOTSA et Yawning Man, James Childs au chant et à la guitare a pris la lumière avec les Anglais de Airbus notamment et Charles Pasreli fait vibrer sa basse sur la scène de Palm Springs au sein de plusieurs formations. AVON a donc beaucoup de caractère, d’expérience et possède surtout un sens du songwriting, qui semble tellement naturel. Le groove est épais, le Fuzz transcende les riffs et la voix du frontman vient éclairer des morceaux d’une rare efficacité et d’une intensité constante.

Et c’est un souffle chaud qui traverse « Black On Sunshine » dans la plus pure tradition Desert Rock. Rebelle et psychédélique, le Heavy Rock du combo livre aussi quelques clins d’œil bluesy, ou Surf sur l’éponyme titre d’ouverture. AVON vit et respire les sonorités de son désert voisin et atteste que Mojave n’est qu’à deux pas. En exhumant « Super Furry Antidote » et « Doorway », il jette un regard sur un passé pas si lointain, mais continue d’avancer sans nostalgie sur des morceaux percutants (« Awkwardness », « Spacebar », « Never In A Million Years », « Bandits »). Magique !

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Desert Rock Heavy Psych Rock Stoner Punk

Red Sun Atacama : une chaleur magnétique

Fiévreux et gorgé d’énergie, le power trio basé à Bordeaux maintient la cadence et ne s’interdit rien sur ce « Summerchild » palpitant et virevoltant. Multipliant les tempos et les ambiances tout en édifiant à l’envie des murs de décibels, RED SUN ATACAMA emprunte des chemins sinueux avec vélocité et s’autorise des embardées plus délicates pour explorer des sonorités inattendues et très soignées. Et cette nouvelle réalisation atteste sans aucun doute qu’il a réellement trouvé sa voie dans un registre souvent insaisissable, entre percussion et moments d’accalmie.

RED SUN ATACAMA

« Summerchild »

(Mrs Red Sound)

Il y a des groupes dont on aime vraiment suivre le parcours et c’est le cas avec RED SUN ATACAMA, qui se bonifie et s’affirme au fil des albums dans un style qu’il est à peu près le seul à représenter en France. Quatre ans après « Darwin », son sulfureux Desert Rock dont les contours sont toujours aussi nuancés, fait de nouveau parler la poudre et ce troisième effort semble atteindre les objectifs que le combo s’est fixé. Son Heavy Stoner aux saveurs californiennes s’engouffre dans un fuzz irradiant et des fulgurances Punk que ne renierait pas un certain Nick Oliveri.

Comme pour son deuxième opus, RED SUN ATACAMA a de nouveau confié les rênes de l’enregistrement à Amaury Sauvé au studio The Apiary de Laval, et le résultat est encore plus abouti sur ce « Summerchild ». Et il faut admettre aussi que les nouveaux morceaux ont gagné en subtilité et Clément Márquez (chant, basse), Vincent Hospital (guitare) et Robin Caillon (batterie) se sont vraiment fait plaisir. Ils ont joué et multiplié les effets sur les cordes, ce qui libère beaucoup d’espace et de profondeur en laissant du champ aux parties du cogneur en chef.

L’autre aspect concerne directement la structure des titres et « Summerchild » est tout sauf linéaire. Si la base reste Stoner et Desert Rock, les ruptures ne manquent pas qu’elles soient bluesy, Folk, Country ou tirant sur un Space Rock bien senti. Les touches Punk ajoutent une dynamique légère et insouciante, tandis que les mélodies et l’atmosphère Psych dominent et cadre l’ensemble. Intense et groovy, RED SUN ATACAMA nous fait transpirer autant qu’il fascine et les surprises ne manquent pas tout au long de cette troisième réalisation très personnelle.

Photo : Hugues de Castillo

Retrouvez la chronique de « Darwin » :

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Americana Dark Folk Desert Rock

Wildhorse : l’Ouest en grand

Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.

WILDHORSE

« Shewolf »

(Independant)

Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.

C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.

Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.

Retrouvez aussi les interviews d’Appalooza…

… la chronique de « The Holy Of Holies » et le [Going Faster] du « Live at Smoky Van Sessions » :

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Desert Rock Stoner Rock

Yawning Man : rockin’ nomads

Deux ans après l’étonnant « Long Walk Of The Navajo », YAWNING MAN semble plus apaisé et moins apocalyptique dans l’approche sur ce « Pavement Ends », qui renoue avec les saveurs arides qui font son ADN depuis sa création. D’ailleurs, Mario Lalli fait aussi son retour à la basse et, malgré le talent de Billy Cordell, il est l’un des piliers essentiels de la mythique formation. La rondeur et le groove de son jeu reste l’une des pièces maîtresses de la couleur artistique des pionniers de la côté ouest, comme en témoigne ce septième opus.  

YAWNING MAN

« Pavement Ends »

(Heavy Psych Sounds)

Près de 40 ans déjà après sa formation dans la vallée de Coachella, YAWNING MAN continue de nourrir ce Desert Rock aux contours psychédéliques tellement identifiables qu’il a d’ailleurs lui-même créé. Toujours guidé par ses fondateurs Gary Arce (guitare) et Mario Lalli (basse) accompagnés depuis 2013 par le batteur Bill Stinson, qui a lui aussi fait grandir cet univers sonore, le trio ne cesse d’alimenter ses longues jams instrumentales, qui traversent le désert de Mojave avec une fluidité quasi-hypnotique et un magnétisme constant. Il y a de la poésie et du rêve chez ces musiciens.

Suite aux expérimentations Yawning Sons et Yawning Balch, le noyau dur est de nouveau à l’œuvre et « Pavement Ends » vient marquer un chapitre supplémentaire de la discographie et du style insaisissable des Américains. Toujours instrumentale, la musique de YAWNING MAN garde les pieds dans le sable chaud de Californie et les yeux tournés vers le ciel et ses étoiles. Sur six titres, l’envoûtement ne tarde pas entre contemplation, textures éthérées et tempos bruts et aérés. La recette des maîtres du genre évolue peu, certes, mais reste d’une redoutable efficacité.  

« Burrito Power » donne le ton avec un riff très Stoner, où l’on retrouve le sens de l’humour décalé du groupe toujours attaché au Surf Rock. Car, YAWNING MAN est avant tout un état d’esprit et une vision très atypique d’un Desert Rock écrasé par la chaleur et la lumière. Entretenant un aspect mystérieux, souvent proche du mystique, le combo avance sur les incroyables lignes de basse de Mario Lalli, véritable architecte du groupe, tandis que les guitares prennent de la hauteur et se projette dans un horizon mouvant (« Dust Depression », « Bomba Negra », « Gestapo Pop » et le morceau-titre). Magistral !

Retrouvez la chronique du précédent album :

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Desert Rock Drone post-Rock

SoftSun : une projection lumineuse

L’entente américano-norvégienne entre Gary Arce et Pia Isaksen continue d’œuvrer dans un même élan avec un style qui s’affirme sur « Eternal Sunrise ». Changement de label et aussi de batteur pour le trio dont le Post-Rock au saveurs Desert Rock trouve son harmonie dans une lueur qu’a priori tout oppose. Cette nouvelle réalisation est dense, presque onirique, et invite autant à la rêverie qu’au voyage. L’immersion proposée par SOFTSUN brille aussi grâce à un jeu d’une incroyable minutie et des arrangements très soignés.

SOFTSUN

« Eternal Sunrise »

(Heavy Psych Sounds)

Depuis deux maintenant, la connexion entre les terres norvégiennes balayées par le froid et les paysages arides du désert de Mojave en Californie est établie et pas le moindre parasite à l’horizon. Un horizon justement aussi lointain qu’imprévisible que la chanteuse et bassiste scandinave Pia Isaksen et l’Américain Gary Arce à la guitare ont transformé en terrain de jeu. Assez éloigné de leurs projets musicaux respectifs (Superlynx et une carrière solo pour l’une, Yawning man et ses dérivés pour l’autre), SOFTSUN affiche une osmose évidente et un univers singulier.

Un an tout juste après un premier effort étonnant et réussi, les deux musiciens poursuivent leur belle aventure et développent encore un peu plus leur Post-Rock aux contours Shoegaze, Desert et parfois Drone. Légèrement moins expérimental, « Eternal Sunrise » s’inscrit pourtant dans la lignée de « Daylight In The Dark » avec toujours cette ambiance à la fois mystérieuse et emprunte d’une légèreté très fluide. Et puis, SOFTSUN acte aussi l’arrivée de Robert Garson, en lieu et place de Dan Joeright, derrière les fûts et la console, puisqu’il a également enregistré ce deuxième opus.

Toujours aussi aérien, le trio joue sur des tempos lents et hypnotiques, laissant tout le loisir à Gary Arce de s’engouffrer dans un flot d’effets captivants dessinant des atmosphères assez uniques. Vocalement lumineuse, Pia Isaksen distille son chant de manière très éthérée, tout en faisant bourdonner sa basse à l’envie. Sensuel, subtil et parfois mélancolique, SOFTSUN s’est façonné un registre bien à lui. Hypnotique et lancinant, « Eternal Sunrise » captive (« Sacred Heart », « A Hundred And Sixteen », « Abandoned Lands »). Le combo se dévoile ici encore un peu plus.

Retrouvez l’interview de Pia Isaksen et Gary Arce à l’occasion de la sortie de « Daylight In The Dark » :