FIRE DOWN BELOW a tellement bien intégré et assimilé les codes, les sensations, l’intention, le son et les vibrations inhérents et propres au Stoner Rock qu’il en vient à l’incarner pleinement et à lui donner une vision moderne, tout en respectant la tradition instaurée par ses aînés. Produit par Nick DiSalvo (frontman d’Elder et Delving), « Low Desert Surf Club » propulse le quatuor vers des sommets et se pose déjà comme l’un des meilleurs albums du genre de l’année. Incontournable !
FIRE DOWN BELOW
« Low Desert Surf Club »
(Ripple Music)
Depuis 2015 et « Viper Vixen Goddess Saint », l’ascension des Belges n’a pas cessé et leur Stoner Rock a très largement franchi les frontières du plat pays. Immédiatement repéré par le label américain Ripple Music, qui s’est empressé de rééditer son premier effort, FIRE DOWN BELOW est aujourd’hui un combo sur lequel il faut compter. Après « Hymn Of The Cosmic Man » trois ans plus tard, c’est « Low Desert Surf Club » qui vient mettre en joie les platines dans un registre aussi fun que fuzz.
Pourtant composé pendant la pandémie, ce troisième album est gorgé de soleil et contient exactement tous les ingrédients qui font que le Stoner peut être parfois tellement ‘feel good’. Et à ce niveau de qualité, on parle d’un concentré de bien-être absolu. Il suffit juste d’imaginer un road-trip ultra-festif sur une plage ou dans le désert de Californie, puis écouter « Low Desert Surf Club » très fort. Aux premières notes de « Cocaine Hippo », l’ambiance est posée et FIRE DOWN BELOW donne la charge.
Véloces sur « California », tripants et polyvalents sur « Hear Comes The Flood » et « Airwolf », les Flamands se baladent avec précision et puissance. L’incroyable rythmique bastonne sur un groove hypnotique, la voix brûlante de Jeroen Van Troyen enveloppe les titres avec une habileté imparable et les deux guitares rayonnent de concert (« Dune Buggy », « The Last Cowboy », « Surf Queen »). Enfin, FIRE DOWN BELOW se livre avec éclat sur « Mantra » et ses 16 minutes entre Psych et chaleur bluesy. Une masterclass !
Sauf incident majeur, MOON COVEN est en passe de s’installer dans la durée avec cette nouvelle galette, tant son style, sa technique et sa créativité sont à leur zénith. Sur une base Psych et Fuzz, le Stoner Rock asséné sur « Sun King » est d’une maturité absolue et d’une belle diversité. Effet bulldozer garanti !
MOON COVEN
« Sun King »
(Ripple Music)
Au printemps 2021, « Slumber Wood » avait tout balayé sur son passage et l’arrivée du groupe chez Ripple Music ne pouvait se faire de manière plus fracassante. Alors plongés dans un Stoner Doom très brumeux et massif, les Suédois avaient livré une copie parfaite après moins de dix d’existence. Mais MOON COVEN aime débarquer là où on ne l’attend pas. Et « Sun King » en est la preuve éclatante.
Le quatuor renoue avec les fondamentaux du Stoner Rock en gardant bien sûr un côté Heavy et très Fuzz. Et si l’on perçoit quelques riffs et rythmiques Doom, « Sun King » est bien plus lumineux que son prédécesseur. MOON COVEN n’a rien perdu non plus de son aspect obscur et occulte, mais il est beaucoup plus canalisé et distillé dans un registre plus aéré et beaucoup plus dynamique. Le combo n’a pas levé le pied !
Enregistré et mixé par David Regn Leban, guitariste et chanteur de la formation, ce quatrième opus se révèle aussi solide et Psych que ce à quoi nous ont habitué les Scandinaves. Compacts et aussi plus variés, les morceaux de « Sun King » ont un côté obsédant, qui les rend particulièrement puissants (« Wicked Words In Gold They Wrote », « The Yawning Wild », « The Last Color » et le morceau-titre. MOON COVEN est inarrêtable !
Toujours aussi costauds, les Américains s’affirment de plus en plus dans un style qu’ils ont forgé en assimilant et en digérant pleinement leurs influences. Avec « After The Fall », ils s’en détachent parfaitement pour s’engouffrer dans un Heavy Stoner Doom à la fois massif et lourd, mais aussi plein de finesse et très créatif. THUNDER HORSE atteint sa pleine puissance et un rythme de croisière soutenu.
THUNDER HORSE
« After The Fall »
(Ripple Music)
En découvrant THUNDER HORSE il y a deux ans après avec son deuxième album « Chosen One », la synthèse entre Black Sabbath, Saint Vitus, Mountain et Crowbar m’avait déjà conquis d’autant que le quatuor se montrait original et vivifiant. Avec « After The Fall », il peaufine de belle manière ses intentions et son Stoner aux saveurs Heavy Metal avec de légères teintes bluesy et à la chape de plomb Doom fait toujours des étincelles.
Sans doute plus groovy que son prédécesseur, ce troisième opus dispose aussi d’une production plus soignée et plus puissante, même si THUNDER HORSE reste fidèle à une conception artisanale. Le côté rugueux et brut des Texans est intact et entre références à la NWOBHM et un esprit très 70’s et Classic Rock, « After The Fall » trouve sa place dans un registre finalement personnel, savoureux et souvent sauvage.
Toujours guidé par son frontman et guitariste Stephen Bishop, le groupe présente un duo de six-cordistes hors-pair, grâce à des solos bien sentis et aux envolées de T.C. Connaly qui permettent à THUNDER HORSE de se lancer dans des chevauchées intenses (« After The Fall », « Monolith », la parenthèse « The Other Side », « Aberdeen », « Requiem »). Au fur et à mesure, cette nouvelle réalisation monte en qualité pour finir en apothéose.
Révélation de la scène underground allemande grâce à un style original et débridé, PLAINRIDE nous régale avec son nouvel opus. Max Rebel (chant, guitare), Florian Schlenker (batterie) et Bob Vogston (guitare), qui a aussi réalisé et produit « Plainride », se montrent particulièrement créatifs et leur Heavy Rock traverse les genres avec une énergie très communicative.
PLAINRIDE
« Plainride »
(Ripple Music)
Sorti fin avril, PLAINRIDE a à peine eu le temps de profiter pleinement de la parution de son nouvel album, puisqu’il a enchainé sur une tournée européenne en support de Corrosion Of Conformity. Un baptême du feu majestueux pour célébrer cette troisième réalisation éponyme, qui doit d’ailleurs prendre un relief saisissant sur scène. Pour l’heure, qu’en est-il de « Plainride » et de ses dix morceaux (dont un interlude très bien vu) ?
Originaires de Cologne, les Allemands ont signé chez Ripple en 2016, qui a aussitôt réédité leur premier effort, « Return Of Jackalope », avant de sortir « Life On Ares » deux ans plus tard. Et la suite de l’opération séduction du trio s’est tenue sur scène, où le combo livre des prestations percutantes. Et à en juger par cette nouvelle galette, il n’y a rien de très surprenant, tant le Heavy Rock de PLAINRIDE est inventif.
Autour d’un batteur et deux guitaristes, le trio a ouvert ses portes en grand et a invité beaucoup de monde à la fête pour y jouer des cuivres, de l’orgue, du thérémine, de l’harmonica, du piano et des percussions. L’ensemble est donc très riche et le Heavy Rock de PLAINRIDE emprunte autant au Stoner et à la Funk qu’au Desert Rock et au Fuzz. Un large panel qui brille entre autres sur « Shepherd » et « The Lilies ». Réjouissant !
Joshua Tree a déjà été le théâtre de belles réalisations musicales et l’expérience menée par le groupe Yawning Man accompagné de Bob Balch, guitariste de Fu Manchu, vient contribuer au mythe existant. Le Desert Psych Rock du quatuor atteint des sommets et dépasse de loin le simple exercice de jam. YAWNING BALCH vise les étoiles !
YAWNING BALCH
« Volume One »
(Heavy Psych Sounds Records)
Convié en novembre dernier par les membres de Yawning Man à une jam d’une journée à Joshua Tree, Bob Balch ne s’attendait sans doute pas à ce qui allait suivre. Le musicien de Fu Manchu et de Big Scenic Nowhere s’est laissé embarquer par le trio pour une session de cinq heures ! Le choc des légendes a eu lieu et YAWNING BALCH a vu le jour. Et voici le « Volume One » de leur aventure aérienne et captivante.
C’est donc en plein désert de Californie que le quatuor s’est mis en ordre de marche pour un trip incroyable, où ces pionniers et vétérans de la scène Desert Rock ont laissé libre-court à leur vivace créativité. A la guitare et aux claviers, Bob Balch trouve les yeux fermés Gary Arce (guitare), Billy Cordell (basse) et Bill Stinson (batterie) et pourtant, au départ, aucun des musiciens ne s’étaient concertés sur le déroulé de YAWNING BALCH.
Rompu à l’exercice, Yawning Man s’est déjà joint aux Anglais de Sons Of Alpha Centauri avec qui ils ont sortis deux albums sous le nom de Yawning Sons. Les Américains sont même passés maîtres en matière d’improvisation. Autour d’un Desert Rock immersif, instrumental et psychédélique, YAWNING BALCH s’évade aussi dans des sphères post-Rock lumineuses. Avec ces trois premiers (très) longs morceaux, on salive déjà à l’idée d’écouter la suite.
Pionnier du Desert Rock, YAWNING MAN se fait cependant assez discret depuis 1986 avec une discographie assez clairsemée, mais des sessions live qui ont forge sa réputation. Jammant comme nuls autres, les Américains sont devenus incontournables, leurs prestations inoubliables et un modèle pour beaucoup. Et « Long Walk Of The Navajo » vient confirmer et conforter leur légende.
YAWNING MAN
« Long Walk Of The Navajo »
(Heavy Psych Sounds Records)
Dans l’imaginaire collectif, on doit les bases du Desert Rock à Kyuss. Pourtant, YAWNING MAN a lui aussi apporté une contribution non-négligeable à un registre qui n’aurait sans doute pas évolué de la même manière. Car, un an avant leurs voisins, le désormais trio de Palm Springs avait déjà fait de leurs jams hypnotiques et endiablées les fondations de ce style aride et envoûtant. Et ça continue !
Après une escapade avec les Anglais de Sons Of Alpha Centauri le temps de deux albums restés dans les esprits (« Ceremony To The Sunset » en 2099 et « Sky Island » en 2021), YAWNING MAN est enfin de retour avec une sixième production, « Long Walk Of The Navajo ». Si le format est assez étonnant, trois morceaux oscillant entre 9 et 15 minutes, le contenu est toujours aussi fascinant et la performance du trio est unique.
Aujourd’hui composé de Gary Ace (guitare), Billy Cordell (basse) et Bill Stinson (batterie), le combo californien se livre à travers trois titres toujours instrumentaux, bien sûr, mais nettement plus sombres et Heavy. Secoué par la tempête qui s’est abattu sur le désert de Joshua Tree il y a peu, c’est dans une ambiance presqu’apocalyptique que YAWNING MAN nous guide et où l’aspect Psych de son jeu est plus présent que jamais.
Si la pochette, tout en sobriété, de ce quatrième opus de DEAD QUIET peut laisser penser à une musique sombre et violente, c’est presque le contraire que proposent les Canadiens avec « IV ». Les belles harmonies et les envolées métalliques nous replongent dans l’univers si créatif des années 70 et 80 et son esprit Rock indélébile et savoureusement rétro.
DEAD QUIET
« IV »
(Artoffact Records)
Faisant partie de la grande famille Stoner en raison de l’épaisseur des riffs essentiellement, c’est plutôt du côté des pionniers du Heavy Metal et du Hard Rock, à savoir Black Sabbath et Deep Purple pour faire court, qu’il faut regarder pour bien saisir l’essence-même et le feu qui animent DEAD QUIET. Depuis ses débuts en 2014, le groupe s’est forgé une solide réputation dans son Canada natal et tend à rugir partout ailleurs.
Dès son premier album éponyme l’année qui suivit sa formation, puis avec « Grand Rites » (2017) et surtout « Truth And Ruin » (2020), DEAD QUIET n’a laissé personne indifférent à Vancouver. La musique du quintet n’a pas tardé à se propager au-delà, fort d’un registre efficace, très travaillé et où les mélodies et la puissance jouent les équilibristes. Et malgré cet esprit très vintage, un vent de modernité souffle bel et bien ici.
Armé de deux très bons guitaristes, d’une rythmique massive, d’un claviériste parfois touché par la grâce et d’un frontman au charisme évident, DEAD QUIET possède de sérieux atouts. Les refrains sont implacables et l’énergie déployée rend ce quatrième album rapidement addictif (« The Hanging Man », « Dying To Live Again », « Existential Dread », « High Roads », « Murder City »). La marque des grands.
Comme à son habitude, le label californien Ripple Music lâche une nouvelle bombe Stoner Rock, très Heavy et aux contours Desert, et elle nous vient cette fois d’outre-Manche. DUCKWOOD nous invite au dernier voyage de son cow-boy intersidéral avec « The Last Voyage », un deuxième album dont l’intensité à tout de celles des plus grands.
DUSKWOOD
« The Last Voyage »
(Ripple Music)
C’est en 2016 que les Britanniques ont pris leur envol avec « Desert Queen », un premier opus déjà très prometteur et surtout avec lequel il a entamé la saga épique d’un cow-boy de l’espace voyageant dans le temps. Tout un programme ! Ensuite, DUSKWOOD a sorti deux EP (« The Long Dark » et « The Lost Tales »), où il a pu peaufiner son style et se concentrer sur un registre à la fois massif, immersif et groovy.
Musicalement, le quatuor s’est construit un son bâti sur l’héritage de grands noms du Stoner/Desert (Kyuss, Clutch, QOTSA), mais il parvient avec beaucoup de finesse à se distinguer grâce à une touche très personnelle. Sur un véritable mur de guitares, DUSKWOOK déploie des morceaux explosifs et hyper-musclés, tout en conservant des mélodies accrocheuses et terriblement efficaces.
Jouant avec subtilité sur les atmosphères et la tessiture des guitares, les Anglais peuvent compter sur une rythmique lourde et parfaitement huilée. Entre Heavy Rock et climat aride, DUSKWOOD alimente ses puissants titres grâce, notamment, à Liam Tinsley, son frontman, qui livre une énorme prestation sur les dix titres (« Vagrant », « She Calls », « Iliad », « Deathproof » et le génial « Legacy »). Somptueux et entêtant !
Que l’attente fut longue, mais que la récompense est belle ! 15 ans après « Beyond Colossal », son dernier album studio, DOZER est enfin de retour ! Et même si on a pu suivre les différents membres à travers d’autres formations, le quatuor réuni reste la référence en matière de Stoner Rock et le retrouver avec cette énergie et cette inspiration intacte est un ravissement… Et une grosse claque aussi, est-il besoin de la rappeler ! Fondateur et guitariste du combo suédois, Tommi Holappa nous fait une fois encore le plaisir de répondre à quelques questions au sujet de « Drifting In The Endless Void » et des retrouvailles du groupe.
Photo : Mats Ek
– Il y a deux ans, alors que DOZER repartait en tournée avec un passage notamment en Australie, tu m’avais affirmé qu’aucun nouveau morceau n’était en cours d’écriture et même au programme. Aujourd’hui, on vous retrouve avec plaisir pour ce « Drifting In The Endless Void » décapant. Qu’est-ce qui vous fait changer d’idée ? C’est la reprise des concerts et l’accueil du public ?
La dernière fois que nous nous sommes parlés, nous avions surtout évoqué nos retrouvailles en répétition d’abord et ensuite le fait d’essayer d’écrire une première nouvelle chanson, ou au moins de voir si nous serions à nouveau créatifs ensemble. Rien ne s’était passé pendant quelques années. Le timing n’était pas le bon, je suppose. Mais ensuite, le Covid est arrivé en 2020 et du coup, nous avons eu beaucoup de temps libre et aucune tournée n’était prévue avec mon autre groupe Greenleaf. Donc, en 2020, nous avons écrit et enregistré un nouvel album avec Greenleaf. Puis à la fin de cette session d’enregistrement, j’ai parlé aux autres gars de DOZER et je leur ai demandé s’ils étaient d’humeur à essayer d’écrire de nouveaux titres. Et la réponse a été oui ! Alors on s’est rencontrés, on a écrit une chanson et tout s’est bien passé. C’était presque comme si on n’avait jamais cessé de jouer ensemble ! Un premier morceau à déboucher sur deux autres, et ainsi de suite… Quand nous avons réuni 3/4 idées définitives pour de nouveaux titres, Blues Funeral Recordings nous a contacté et nous a proposé un contrat d’enregistrement… et le reste appartient à l’Histoire ! Je pense que nous pouvons remercier le Covid qui a permis à DOZER de sortir un nouvel album aujourd’hui ! (Rires)
– Après les rééditions de vos trois premiers albums chez Heavy Psych Sounds, il y a aussi eu la sortie de « Vultures », un EP constitué d’inédits enregistrés entre 2014 et 2015 et qui n’étaient au départ que des démos. Dis-moi, est-ce que vous aviez déjà en tête l’idée de ce come-back tant attendu ?
Lorsque ces rééditions sont sorties, nous n’avions pas prévu de faire un vrai retour. Quand nous avons recommencé à faire des concerts en 2013-2014, nous en avions fait juste une poignée dans des festivals comme le ‘Desertfest’ et le ‘Hellfest’. C’était juste histoire de sortir un peu, de jouer d’anciens morceaux et passer un bon moment. Mais ensuite, après quelques années et quelques concerts supplémentaires, nous avons commencé à parler d’écrire de nouvelles choses. Surtout si on voulait continuer à faire des concerts, on a senti qu’il nous fallait du nouveau matériel bien sûr, et aussi que ce serait amusant d’essayer d’écrire quelque chose de neuf et de voir comment cela se passe.
Photo : Mats Ek
– Revenons justement deux ans en arrière, date à laquelle vous veniez de signer chez Heavy Psych Sounds. Or vous faites votre retour sur le label américain Blues Funeral Recordings. Que s’est-il passé ? Vous n’êtes pas parvenus à trouver un accord pour ce nouvel album ? Ou est-ce que vous visez plus clairement le marché américain ?
Nous avons signé avec Heavy Psych Sounds juste pour ces rééditions. Et ensuite lorsque Jadd de Blues Funeral Recordings a découvert que nous écrivions de nouveaux morceaux, il nous a fait une offre que nous ne pouvions pas refuser. Il n’était pas prévu de cibler davantage le marché américain ou quelque chose comme ça, c’était juste une bonne opportunité et nous nous connaissons aussi depuis longtemps. Nous avons travaillé avec lui auparavant et nous savions donc que si nous voulions sortir un nouvel album, il était la bonne personne pour le job.
– DOZER a donc fait une pause de 15 ans. C’est très long ! Pendant ce temps, Johan a joué dans Besvärjelsen, Fredrik avec Ambassadors Of The Sun et Sebastian et toi bien sûr avec Greenleaf. Que va-t-il advenir de ces groupes ? Vous allez continuer ou donner la priorité à DOZER ?
Greenleaf continuera comme d’habitude. Nous écrivons d’ailleurs du nouveau matériel pour notre prochain album en ce moment et si tout se passe comme prévu, nous l’enregistrerons à la fin de l’année. Johan a quitté Besvärjelsen et je ne sais pas si Fredrik fera encore quelque chose avec Ambassadors Of The Sun. Je sais que pour Dozer et Greenleaf, je prendrai du temps pour les deux groupes. C’est comme si tu avais donné naissance à deux bébés, tu ne peux pas donner la priorité à l’un ou à l’autre. Il faut donner tout ton amour aux deux ! (Rires)
Photo : Mats Ek
– D’ailleurs, vous avez tous joué, et joué encore, dans Greenleaf. Quelle distinction fais-tu entre les deux groupes ? Musicalement, quelles sont leurs principales différences, selon toi ? Et enfin, créez-vous avec DOZER des choses que vous n’oseriez peut-être pas avec Greenleaf, ou vice-versa ?
Greenleaf est plus Classic Rock et plus Blues au final, alors que DOZER est un peu plus Heavy. Les trucs plus Blues ne fonctionneraient jamais avec DOZER et les trucs plus durs ne fonctionneraient pas non plus avec Greenleaf. Bien sûr, il y a des similitudes entre les deux groupes, puisqu’ils développent et se basent beaucoup sur les riffs de guitare. Mais au final, je pense que les voix de Fredrik et Arvids sont si différentes l’une de l’autre que je ne m’inquiète pas trop du fait que les deux groupes pourraient sonner de la même façon un jour.
– Même si vous êtes tous restés très actifs au sein de la scène Stoner Rock, quels sentiments vous animent aujourd’hui en offrant un nouveau souffle à DOZER ? Vous devez être excités et impatients, non ? Et puis, DOZER est une référence du Stoner européen et mondial, vous avez un rang à tenir…
Impatients et excités… oui ! L’album a été enregistré il y a presque un an ! Nous voulons juste que les gens entendent ce que nous avons créé et dont nous sommes si fiers ! Espérons qu’ils l’aimeront autant que nous. On essaie de ne pas trop penser à garder un certain rang et à satisfaire les autres. On fait ce qu’on fait et si on est content… c’est cool ! Si nous pouvons rendre les gens heureux… alors, c’est même extra-cool ! (Rires)
Photo : Mats Ek
– Parlons de ce nouvel album. Quand êtes-vous attelés à son écriture et quelle a été l’idée directrice ? Vous êtes tous arrivés avec vos idées respectives ou est-ce que la composition s’est faite à quatre ?
Nous avons commencé à travailler sur des idées chacun de notre côté en décembre 2020 et un mois plus tard, nous nous sommes retrouvés pour la première fois en répétition pour travailler sur de nouveaux morceaux. Les premières répétitions ont été un peu lentes. Je pense que nous ne savions pas vraiment ce que nous voulions faire. Alors nous nous sommes isolés, nous avons essayé un tas de choses, des bonnes et des moins bonnes ! (Rires)
Tout a vraiment commencé à rouler quand Fredrik a apporté l’idée de « Missing 13 ». Je pense que c’est venu des accords de l’intro qu’il a joué et nous avons senti que ça sonnait bien et que c’était vraiment la fraîcheur de DOZER. Nous avons donc commencé à jammer et chacun est venu avec ses idées et ses réflexions. Ensuite, on est rentré chez nous, on a travaillé un peu plus dessus, puis nous sommes retournés en répétition et on a continué à travailler encore… C’est comme ça qu’on écrit les chansons : on bosse chez nous séparément, puis nous assemblons tous les morceaux ensemble. C’est un véritable effort de groupe.
Quoi qu’il en soit, une fois cette chanson terminée, j’ai trouvé le riff pour « Ex Human, Now Beast » et à partir de là, les choses ont commencé à se dérouler sans accrocs et nous avons en quelque sorte trouvé le ‘concept’ de l’album.
– L’autre question qui se pose est de savoir si vous avez immédiatement retrouvé vos automatismes et la fluidité du jeu qui animaient DOZER près de 15 ans auparavant ? Est-ce que tout est revenu naturellement ? De manière instinctive ?
Dès la première répétition, c’était comme si nous n’avions jamais cessé de jouer ensemble ! Je pense que nous avons tous ressenti que c’était agréable d’être de retour dans une même pièce pour jouer et ça sonnait plutôt bien tout de suite ! C’était les mêmes vieux gars de DOZER, mais un peu plus gros et plus grisonnants. Mais dans nos têtes, nous faisons toujours la fête comme si nous étions en 2003 ! (Rires)
Photo : Mats Ek
– Dès le départ, vous attaquez le disque avec « Mutation/Transformation », long de plus de 7 minutes et dont l’impact est monstrueux. L’idée était d’imposer beaucoup de force et de puissance dès le début de l’album ?
C’était la dernière chanson que nous avons écrite pour ce nouvel album. Nous avions l’impression que nous avions besoin d’un titre un peu plus lourd et avec un joli groove sur lequel on puisse secouer la tête. C’est quelque chose de plus puissant qui vient compléter l’ambiance de l’album. Une fois l’ensemble enregistré et quand nous avons entendu les premiers mixages de l’album, nous avons tout de suite compris que « Mutation/Transformation » devait être le titre d’ouverture.
– « Drifting In The Endless Void » compte sept morceaux et ils sont assez longs. Vous jouez aussi beaucoup sur les atmosphères et on peut sentir un vrai fil conducteur sur l’album. On a presque l’impression que vous l’avez conçu comme un album-concept. C’est le cas ?
Eh bien, dès le début, Fredrik avait en tête un concept autour des textes pour l’album. La musique est aussi un peu influencée par son histoire. En fait, « Missing 13 » est la trame de l’histoire et le reste des chansons est basé sur le même concept. Globalement, il s’agit d’une justification pour nos enfants. Nous avons reçu cette Terre de nos ancêtres et nous l’avons prise pour acquise. Nous, les humains, sommes de petits rouages dans cette grande grosse machine, et parfois cela peut vous faire sentir très petits et impuissants. D’où ce sentiment de ‘dériver dans le vide sans fin’ (Traduction du titre de l’album – NDR).
– Un mot aussi sur le mix et la production de l’album. On retrouve immédiatement le son et la touche de DOZER avec une sonorité très actuelle. Où l’avez-vous enregistré et avec qui avez-vous travaillé ?
Nous l’avons enregistré au studio Gröndahl à Stockholm avec Karl Daniel Lidén, qui a également mixé et masterisé l’album. Karl Daniel et moi travaillons ensemble depuis la fin des années 90. Il a été le premier batteur de Greenleaf, il a également été le batteur sur l’album de DOZER « Through The Eyes of Heathens » en 2006. Il a aussi enregistré « Beyond Colossal », ainsi que les cinq derniers albums de Greenleaf. Donc nous avons une belle histoire ensemble. (Rires)
Quoi qu’il en soit, Karl Daniel connaît le groupe de fond en comble, il est comme notre cinquième membre. C’est facile de travailler avec lui et nous n’avons pas à nous inquiéter, car nous savons qu’il obtiendra toujours un son explosif et puissant. Et jusqu’à présent, nous ne pouvons pas imaginer travailler avec quelqu’un d’autre.
– Enfin, vous allez aussi reprendre la route des concerts. Dans quel état d’esprit êtes-vous, car les fans vous attendent depuis si longtemps et sont aussi impatients que vous ? Peut-être même beaucoup plus…
Oui, nous allons jouer un peu plus maintenant et laisse-moi te dire ceci… Nous mourons d’envie de venir jouer les nouvelles chansons ! Car enfin, nous avons quelque chose de nouveau à proposer au public !
Le nouvel album de DOZER, « Drifting In The Endless Void », est disponible chez Blues Funeral Recordings.
Retrouvez l’interview accordée à Rock’n Force à l’occasion de la réédition de leurs trois premiers albums chez Heavy Psych Sounds en 2020 :
Sur un Heavy Stoner Rock détonant, WOLFNAUT avance dans un registre musclé et saisissant et affiche une fraîcheur qui fait de cette quatrième réalisation l’une des meilleures du style de ces derniers mois. Produit par le groupe, « Return Of The Asteroid » brille aussi grâce au mix et au mastering du magicien Karl David Lidén (Greenleaf, Dozer, Lowrider), qui le rend irrésistiblement lumineux.
WOLFNAUT
« Return of the Asteroid »
(Ripple Music)
Formés à l’aube des années 2000 sous le nom de Wolfgang et auteurs d’un premier album, « Welcome To The Castus Mountains » plutôt bien reçu, les Norvégiens ont pourtant fait une longue pause avant de se reformer en 2013 sous le patronyme de WOLFNAUT. Depuis, ils ont sorti deux disques, sont de retour avec le quatrième sous la bannière de Ripple Music et sont loin de manquer d’arguments.
Au coeur d’un Heavy Stoner très varié, WOLFNAUT passe de sonorités Hard Rock à d’autres plus Metal avec quelques incartades vers le Desert Rock et le Doom, l’ensemble exécuté avec une grande fluidité. Très créatif, le trio offre une large palette musicale avec en fond, comme en surface, un fuzz gras et profond. Les Scandinaves ont de la suite dans les idées et « Return Of The Asteroid » montre une belle ouverture d’esprit.
Portés par des riffs tranchants et accrocheurs, une rythmique massive et étincelante et un chanteur captivant, les neuf titres s’avalent d’une traite et on se laisse irrémédiablement happer par l’énergie déployée par WOLFNAUT (« Brother Of The Badlands », « My Orbit Is Mine », « Crash Yer Asteroid » et la sublime ballade « Arrows »). Concluant avec les monstrueux « Crates Of Doom » et « Wolfnaut’s Lament », le combo signe un opus magistral.