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Folk/Americana

Tony Reed : la surprise folk du chef

Malgré une discographie impressionnante et une réputation qui le précède très largement, TONY REED, leader de Mos Generator entre autre, parvient encore à surprendre, comme avec ce premier album solo, « Funeral Suit », délicat et attachant.

TONY REED

« Funeral Suit »

(Ripple Music)

Multi-instrumentiste chevronné et consacré, en plus d’être un producteur génial, TONY REED est aussi reconnu à travers les très nombreux projets musicaux qu’il a conduit (encore très récemment avec Big Scenic Nowhere). Leader du trio Heavy Rock Mos Generator, c’est en solo qu’il se présente cette fois et sous son nom.

Faisant une petite entorse à son registre de prédilection, c’est seul aux commandes que le musicien de Seattle présente « Funeral Suit », son premier album solo. Et avec sa guitare et son piano (et quelques autres instruments plus discrets), TONY REED se livre comme rarement à travers huit morceaux introspectifs, très personnels et touchants.

Dans un registre Folk Rock très Americana, le songwriter dévoile une facette qu’on ne lui connaissait pas. Délicat, légèrement progressif et toujours aussi riche et assez complexe, « Funeral Suit » est aussi immersif que varié et même émouvant sur certains passages. Décidemment, TONY REED est un touche-à-tout de génie et vient encore de le démontrer.

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Stoner/Desert

Hvalross : la mélodie au service d’un puissant Stoner Hard

En finalement assez peu de temps, le groupe hollandais s’est forgé un son que l’on sent construit à grand renfort de concerts intensifs. Le Stoner Hard de HVALROSS rayonne de l’expérience de ses musiciens, dont la maîtrise est totale. « Cold Dark Rain » montre une grande maturité pour un premier album. Souhaitons que ce ne soit qu’un début.

HVALROSS

« Cold Dark Rain »

(Independant)

Les quatre membres de HVALROSS ont fait leurs preuves depuis des années dans diverses formations avant de se réunir en 2018 pour de conjuguer leurs talents. Et bien leur en a pris, puisque ce premier album est original tout en rassemblant des styles et des courants qui vont du Rock au Metal. L’ensemble, sous une bannière Stoner, offre un saisissant « Cold Dark Rain », plein de panache et furieusement addictif.

Rappelant autant des ambiances chères à la NWOBHM qu’à Black Sabbath ou Mastodon, le quatuor hollandais libère une énergie globalement Hard Rock, tout en nuance et en finesse. Puissant et percutant, HVALROSS a profité d’une grosse année de concerts en 2019 pour peaufiner et façonner des compositions d’une grande maturité (« As I Am », « Death From Above », « Geryon », « Trenchfeet »).

Sur des riffs épais et massifs, les Néerlandais déploient un Stoner efficace que la voix de Gerben van Oosterhout rend encore plus saisissant et empreint d’une douce mélancolie et d’une force omniprésente (« Oblivion », « The Old Master »). HVALROSS livre un album complet, bien produit, très cohérent et entrainant, et nul doute qu’on entendra parler du quatuor au-delà d’un pays qui se fait de plus en plus Stoner.

Bandcamp : https://hvalross.bandcamp.com/

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Progressif

Simulacrum : l’avenir et la tradition

Avec « Genesis », les Finlandais de SIMULACRUM sont parvenus à une combinaison idéale entre le Metal Progressif actuelle proche du Power et l’héritage plus Rock des années 70. Techniquement et dans la structure de l’album, le septet montre de très belles choses et des variations étonnantes. Très mélodiques dans leur approche, les Scandinaves se veulent fédérateurs sans être trop solennels.

SIMULACRUM

« Genesis »

(Frontiers Music)

L’histoire de SIMULACRUM est assez singulière, puisque le groupe finlandais sort son troisième album, « Genesis », en 20 ans d’existence ! Fondé autour du claviériste, compositeur et arrangeur Christian ‘Chrism’ Pulkkinen, le groupe a donc sorti en 2012 « The Master And The Simulacrum » puis « Sky Divided » trois ans plus tard. C’est suite à ce deuxième opus que les Scandinaves vont opérer de gros changements et affichent ici un line-up très complet et techniquement irréprochable.

Aujourd’hui, ce sont sept musiciens qui œuvrent au bon fonctionnement de SIMULACRUM. La particularité du combo réside notamment sur la présence de deux chanteurs, Niklas Broman et Erik Kraemer, dont les timbres de voix sont aussi différents qu’ils se complètent parfaitement. Musicalement, le septet évolue dans un registre Metal Progressif, où il côtoie aussi et avec respect le Rock Progressif des pères fondateurs des années 70, montrant une maîtrise aussi puissante que délicate sur des arrangements très soignés.

Très virulent et proche du Power Metal qui fait la réputation du pays, SIMULACRUM livre des titres très incisifs et tranchants, voire Thrash, sur la première partie de l’album (« Traumatized », « Arrhythmic Distortions », « Scorched Earth »). Place ensuite à la pièce maîtresse avec le morceau-titre « Genesis », s’étalant sur quatre parties pour un total de 30 minutes. Percutantes, planantes et très mélodiques, les ambiances y sont étonnamment variées et même jazzy par moment. Un album brillant et très accompli.      

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Stoner/Desert

Komatsu : une lumineuse asphyxie

Le moins que l’on puise dire, c’est que les neufs nouveaux morceaux qui composent « Rose Of Jericho », le quatrième album de KOMATSU va faire trembler quelques murs. Le Stoner teinté de Metal et d’ambiances bluesy est probablement le meilleur proposé par les Néerlandais depuis dix ans.  

KOMATSU

« Rose Of Jericho »

(Heavy Psych Sounds Records)

Avec les musiciens de KOMATSU, tout commence et se poursuit dans leur ville natale d’Eindhoven aux Pays-Bas. C’est là que tout démarre en 2010 avec un premier EP l’année suivante avant « Manu Armata » deux ans plus tard. Encensé par la presse, le nom du quatuor arrive aux oreilles du grand Nick Oliveri (ex-Kyuss, QOTSA) qui posera sa voix sur deux morceaux de leur deuxième album « Recipe For Murder One » en 2016.

Après « A New Horizon », son troisième opus, KOMATSU entre en studio à Eindhoven pour y concocter « Rose Of Jericho », enregistré et mixé dans sa ville. Est-ce la raison pour laquelle le quatuor est si inspiré ? Une chose est sûre, ce quatrième sonne et résonne de manière massive et profonde. Son Stoner Rock a pris une réelle envergure et le combo se présente aujourd’hui comme l’une des valeurs sûres européennes.

Depuis sa propre capitale du Rock néerlandais, le groupe s’est même auto-qualifié ‘supermassive mothersludgers’, c’est dire l’ambition de ses membres. Et force est de constater que ça leur va plutôt bien. Entre Stoner et Metal, KOMATSU alterne avec des  titres épais et costauds et d’autres plus bluesy et mid-tempos. « Rose Of Jericho » est un album qu’on saisit pour ne plus le lâcher. Une bombe !

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Rock

DeWolff : le groove bienfaiteur et old school

Décidemment, DeWOLFF n’aime ni les vacances, ni les pauses. Après une année 2020 bien remplie avec deux sorties discographiques, le trio néerlandais livre un nouvel album toujours aussi vintage, attachant et aux vibrations chaleureuses. Et « Wolffpack » regorge de belles surprises.

DeWOLFF

« Wolffpack »

(Mascot Label Group)

Un an tout juste après l’album « Tascam Tapes » et un Live enregistré au Royal Theatre Carré d’Amsterdam, le trio néerlandais refait déjà surface avec « Wolffpack ». La tracklist de ce neuvième opus a été constituée par les fans, qui ont pu choisir parmi 17 morceaux pour n’en garder que dix. Et cette fois encore, l’éclectisme et la douceur old school de DeWOLFF sont au rendez-vous.

Les frères Van de Poel et Robin Piso ont même invité des musiciens de la scène Rock émergeante, qui apportent une belle fraîcheur à « Wolffpack ». Vibrant, authentique et très groove, le groupe opère une remise au goût du jour de sonorités très 70’s (« Yes You Do », « Treasure City Moonchild » et le langoureux « Do Me »). DeWOLFF a trouvé la bonne formule et fait des étincelles.

Electrisants et nonchalants, les Néerlandais multiplient les ambiances et les atmosphères avec une facilité déconcertante passant d’un registre à l’autre avec la même générosité (« Roll Up The Rise », « Bonafide », « R U My Savior »). DeWOLFF étonne et épate. Avec la même énergie et la même liberté que sur ses précédents albums, le trio bouscule les normes et ne montre aucune limite.

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Hard Rock Rock

The Hawkins : l’art d’envoyer du bois

Après deux albums, THE HAWKINS s’est senti coupé dans son élan et s’est engouffré dans la profondeur d’une forêt suédoise, puis dans un lieu laissé à l’abandon et carrément chez son brasseur pour enregistrer cet EP très authentique. Entre Rock, Hard, Punk et Classic Rock,  les Suédois ont su parfaitement capter ces instants irrésistibles, qu’ils ont eux-mêmes mixé et masterisé.

THE HAWKINS

« Live in the Woods »

(The Sign Records)

Faute de pouvoir se produire sur scène, c’est au fin fond d’une forêt suédoise, dans une grange abandonnée et enfin dans la brasserie qui fabrique la bière du groupe que THE HAWKINS a enregistré cet EP Live d’où émane une belle énergie et qui reflète bien les performances du quatuor en concert. « Live In The Woods » contient six titres explosifs, mélodiques et Rock’n’Roll à souhait et la proximité avec les musiciens est surprenante.

Les Suédois semblent étonnamment dans leur élément et en ont profité pour expérimenter des sonorités difficiles à reproduire en studio. La réverbe naturelle de la forêt en est un bon exemple (« Hilow », « Black Gold »). Chaleureux, on sent le groupe particulièrement heureux de se retrouver dans cette configuration originale. Mené par Johannes Carlsson, guitariste et chanteur, THE HAWKINS prend une dimension étonnante.

Le Classic Rock du combo aux accents Hard et parfois Punk dans l’intention est plus solide que jamais (« Stranger In The Next Room », « Roomer »). Décontractés et très énergiques, les Scandinaves se livrent sans complexe, ce qui rend cette prestation très naturelle et directe (« Cut Moon Bleeds », « Fisherman Blues »). Franchement enthousiasmant, « Live In The Woods » montre une facette inédite de THE HAWKINS un peu plus d’un an après son premier album. 

https://thehawkinsband.bandcamp.com/album/live-in-the-woods

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Blues

Ghalia Volt : une slide sous haute tension

Fougueuse et délicate, la Blueswoman GHALIA VOLT a un parcours qui force le respect. Quitter le Plat Pays pour s’expatrier au cœur des origines du Blues et côtoyer presqu’aussitôt les meilleurs musiciens du genre semble avoir été quelque chose de très naturelle pour la chanteuse et compositrice, qui livre avec « One Woman Band », un album troublant de sincérité.

GHALIA VOLT

« One Woman Band »

(Ruf Records)

Cela fait déjà quelques années que GHALIA VOLT, a quitté sa Belgique natale pour partir à la conquête des Etats-Unis. Blueswoman dans l’âme, c’est assez naturellement qu’elle s’est installée dans le sud du pays, plus précisément en Louisiane à la Nouvelle-Orléans. Elle n’a pas mis bien longtemps à séduire quelques pointures locales et la revoici avec un troisième album sensible et très roots, « One Woman Band », où elle excelle de bout en bout.

Après le très bon accueil de « Let The Demons Out » en 2017 et « Mississippi Blend » en 2019, la chanteuse et songwriter a décidé de faire fi des restrictions sanitaires due à la pandémie et de relever le défi en enregistrant elle-même tous les instruments et essentiellement en direct de son nouvel album « One Woman Band ». Et le résultat est aussi époustouflant que bluffant. GHALIA VOLT n’a (presque) besoin de personne, même si elle a co-produit ce nouvel opus avec Lawrence Boo Mitchell (quand même !).

Sur un Blues très Roots aux guitares saturées et avec une voix aussi sensuelle que puissante, la musicienne livre onze nouveaux titres entièrement écrits à partir d’une traversée des Etats-Unis. Parcourant un grand nombre d’Etats où résonne le Blues, elle en a profité pour composer des morceaux aussi profonds qu’explosifs (« Last Minute Packer », « Evil Thoughts », « Loving Me Is A Full Time Job », « Bad Apple », …). Et armée d’une Slide rugueuse et intense, GHALIA VOLT est d’une authenticité rare.   

www.ghaliavolt.com/

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Hard Rock

Metal & Rockabilly

Depuis un peu plus de deux ans, VOLBEAT est sur tous les fronts. Un Live, un album couronné de succès et maintenant un nouveau témoignage scénique enregistré lors de sa dernière tournée en Allemagne, le combo danois embrase les foules et offre de belles sensations.

VOLBEAT

« Rewind, Replay, Rebound (Live in Deutschland) »

(Republic Records)

VOLBEAT fait partie de ces groupes qui s’épanouissent vraiment sur scène. Deux ans après le très bon « Let’s Boogie, Live in Tella Parken » et « Rewind, Replay, Rebound » dans la foulée, les Danois ont profité de leur tournée allemande pour en capter les meilleurs moments. Enregistré à Stuttgart, Cologne et Hambourg, ce nouveau Live et son ambiance font plaisir à entendre.

Quelques 27 morceaux viennent garnir ce nouvel opus, où l’on retrouve d’ailleurs l’intégralité du dernier album, soigneusement complété par les classiques du groupe. Le frontman Michael Poulsen a reconnu que le public allemand leur avait toujours réservé un accueil chaleureux, et VOLBEAT le leur rend bien à travers des prestations enflammées, une foule enthousiaste et une belle communion entre les deux.

« Leviathan », « When We’re Kids », « The Awakening of Bonnie Parker », « The Everlasting » ou le virulent « Cheapside Sloggers » retournent littéralement l’assemblée. Le Metal/Rockabilly des Scandinaves prend toute son ampleur sur scène et VOLBEAT rend aussi hommage au grand Johnny Cash (« Ring Of Fire ») et à Elvis (« Pelvis On Fire »). Mélodique et rentre-dedans, le combo nous envoie de belles vibrations.

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France Rock

Yarol Poupaud : guitare show !

Guitariste reconnu et devenu incontournable dans l’hexagone, Yarol Poupaud a contribué à l’explosion de FFF avant de multiplier les collaborations aussi diverses que variées. Et curieusement, UNITED GUITARS est un projet qui l’a surpris à bien des égards…

Photo : Christian Viala

– Tout d’abord, dans quelle mesure la participation à un project collectif est-elle différente d’un projet solo ? Même si là aussi, tu composes le morceau…

Il y a pas mal de choses qui diffèrent. Par exemple, je ne connaissais pas les musiciens de la section rythmique avec qui j’allais travailler. Déjà, j’étais ravi de les rencontrer et de bosser avec eux. Et puis la différence aussi, c’est qu’on n’avait pas tout un album à faire ! (Rires)

– Est-ce que le fait de figurer aux côtés d’autres guitaristes aussi talentueux créé une forme d’exaltation, une envie de se dépasser ou un désir d’impressionner techniquement les autres musiciens ?

En fait, je suis passé par plein d’états d’esprit. Quand j’ai dit oui à Ludovic (Egraz – réalisateur de l’album – NDR), je me demandais ce que j’allais faire. Ce n’est pas ma tasse de thé la musique instrumentale. En général, je fais des chansons ou des choses en groupe. J’étais un peu paniqué au départ. Et c’est vrai que la barre était très haute au niveau des autres participants. Ensuite, le riff est venu en faisant un jam lors de l’un de mes rares concerts de cet été, et puis on a développé le thème. En ce qui concerne les autres guitaristes, soit je me mettais une pression de dingue ou alors je passais à autre chose, et c’est ce que j’ai fini par faire.   

– Cette participation à « United Guitars » a-t-elle aussi été l’occasion pour toi de sortir de ton registre ou de bousculer certaines habitudes ?

Ah oui, je ne fais jamais de morceaux instrumentaux comme je te le disais. Ensuite, mon registre musical est tellement vaste que je ne réfléchis pas de cette manière. Je fais aussi bien des disques de Reggae que des albums de Country, de Punk Rock ou de la musique Electro. Je ne suis pas figé dans un style. C’est sûr que guitaristiquement, j’apporte ma patte et mon identité et j’espère que cela s’entend. Mais c’est vrai que je suis sorti de ma zone de confort pour composer ce morceau et faire un titre instrumental qui tienne la route.

– Parmi, les talentueux guitaristes qui figurent sur ce volume 2 de « United Guitars », avec qui aurais-tu vraiment eu envie de faire un duo si l’occasion s’était présentée ?

Il y en a plein, car je fonctionne par rencontre. Malheureusement, je n’ai pas croisé grand-monde sur le projet et j’espère qu’on aura vite l’occasion de faire un concert avec tout ce beau monde. C’est vrai qu’avec Fred Chapellier, on se connait bien depuis les « Vieilles Canailles » et on s’entend très bien. J’aime beaucoup Nina Attal aussi. Elle a vraiment du talent et fait plein de choses intéressantes.

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France Progressif Rock

Une légende à écrire

MORGAN MARLET

Cette nouvelle décennie, MORGAN MARLET l’entame en franchisant un cap avec un très bon premier album solo, « LégendeS ». Bâti sur les musiques et quelques textes des opéras-Rock du Nantais Alan Simon, le chanteur y a apporté une touche toute personnelle. Et ce beau résultat est le travail d’une équipe de professionnels très soudée.

C’est en breton que MORGAN MARLET a souhaité interpréter une grande partie du disque, offrant une couleur très nouvelle et inédite à l’ensemble. Grâce à une production irréprochable et très actuelle, « LégendeS »  explore des registres qui vont du Rock à la chanson, avec des sonorités Progressives et parfois bluesy.

– Après avoir écumé de nombreuses scènes avec de multiples formations, d’où est venue l’idée d’un album solo ? Les groupes dans lesquels tu joues ne suffisaient pas ?

Il y a très longtemps que j’espérais enregistrer mon album solo. Comme tu le dis, j’ai participé à beaucoup de projets divers et variés. C’est toujours un plaisir de retrouver les amis avec lesquels je joue, pour certains depuis plus de 30 ans. Mais sortir un album en son nom propre, c’est autre chose. C’est un sentiment différent, on y met beaucoup de soi, c’est un investissement humain très important. Mais je savais que j’allais m’engager dans une telle aventure un jour.

L’ensemble de « LégendeS » est constitué de morceaux des opéras-Rock d’Alan Simon. Comment ce choix, et celui des morceaux, se sont-ils faits et pourquoi ne pas en avoir écrit de nouveaux ?

Après la première de « Chouans », Alan et moi étions invités à Minsk, en Biélorussie, pour l’anniversaire de son chorégraphe Nikolay Androsov. J’ai eu la chance d’y chanter des extraits d’« Excalibur » et de « Tristan & Iseult » et, bien sûr, un titre de « Chouans ». C’est ensuite que nous avons émis cette idée. Alan m’a proposé de choisir parmi les titres que j’aimais, et nous nous sommes tous les deux mis très vite d’accord sur une première sélection. Il a été question de les réécrire en français, car ils sont en anglais. Je lui ai tout de même demandé s’il avait un inédit à m’offrir… Il m’a alors fait parvenir un titre au piano: « The Tears ». L’autre inédit est signé Ronan Le Quintrec, avec qui nous nous étions promis de travailler ensemble un jour. C’est chose faite avec le magnifique morceau qu’il m’a offert : « Compagnon de Bordée ».

– D’où vient le choix de réécrire et de réadapter ces morceaux en breton ?

J’avais envie de faire figurer les deux tires que j’interprète dans « Chouans » (dans le rôle de Georges Cadoudal – NDR) : « L’Appel de Cadoudal » et « Mon Petit Frère ». Mais je ne voyais pas l’intérêt de les reprendre en l’état. En lisant une chronique du spectacle, le journaliste regrettait que Georges Cadoudal ne chante pas dans sa langue maternelle… J’ai eu un déclic immédiat, et j’ai proposé à Alan l’idée de les ré-enregistrer en Breton. Il a aussi trouvé cette opportunité intéressante, puis m’a suggéré d’en chanter d’autres. N’étant pas bretonnant, il me fallait donc être coaché pour apprendre, non pas à parler breton, mais savoir l’interpréter. J’ai donc sollicité Enora de Parscau, qui a rapidement accepté, puis traduit et adapté six des onze titres du disque. Elle m’a ensuite enseigné la manière de prononcer et de chanter les morceaux, et le résultat est au delà de mes espérances.

Chanter en breton n’est pas le choix le plus évident. Qu’est-ce qui diffère le plus d’avec le français ou l’anglais, et est-ce qu’il se marie facilement à un registre actuel ?

C’est une autre langue ! Pour ma part, j’ai toujours été baigné dans cet univers, puisque mes grands-parents parlaient breton. Mon arrière grand-mère maternelle ne s’exprimait qu’en breton. J’avais quelques prédispositions pour m’atteler à un tel exercice, Enora me l’a confirmé et nous avons travaillé sur la prononciation, les subtilités de la langue et ses difficultés. J’ai ressenti beaucoup d’émotion et de fierté à réussir cette épreuve. Concernant le mariage avec un registre actuel, il m’apparait comme un complément important pour un chanteur qui aime sa région. Intégrer une forme d’héritage culturel dans un projet musical n’est pas anodin. C’est un choix presque naturel et réfléchi, et pas pour faire joli ou amuser la galerie ! Ensuite, il y a le plaisir de découvrir le résultat de ce travail et là, ce fut une bonne surprise, à tel point que je m’ennuie presque lorsque je passe du breton au français…

– Sur « LégendeS », il y a aussi un titre que tu signes, « L’Ordalie ». Peux-tu en dire plus sur ce morceau ?

C’est presque un concours de circonstance. Alan étant très occupé, j’ai pris l’initiative d’écrire des textes, un exercice que j’avais abandonné depuis longtemps. J’ai demandé à Marine Dehy, une amie dont j’adore la plume, d’esquisser des idées de paroles sur quelques instrumentaux. Ce titre ne devait pas figurer initialement sur le disque, mais j’ai adoré le thème et j’ai trouvé qu’au final, une fois enregistré ça sonnait plutôt bien. Et Alan a aussi accepté ce choix.

Après cette belle expérience, est-ce qu’écrire et composer entièrement un album te démange-t-il ?

Bien sûr, même si je suis vraiment très fier de « LégendeS ». Un album où l’on partirait de zéro, et où il faudrait tout écrire et composer, c’est une toute autre aventure. Au départ, je me demandais bien à quoi pourrait ressembler cet album au final. Il a évolué au fil du temps, et a pris une toute autre couleur que celle initialement prévue.

Parlons un peu des nombreux invités figurants sur l’album. Comment cela s’est-il passé en studio, quel est était l’objectif premier et comment se sont faites ces rencontres ?

Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit bel et bien d’un album de reprises de titres existants, du moins neuf sur onze. Les parties instrumentales ont été conservées. Bien que les morceaux originaux aient subi un nouveau traitement audio, aient été améliorés par un nouveau mastering, nous n’avons changé que les paroles. Les six titres en breton sont des traductions assez fidèles, et les chansons ont gardé leur signification, ce qui n’est pas le cas des trois autres chantées en français dont les thèmes ont changé. Donc, malgré le fait que je partage parfois la scène avec des artistes comme John Hellywell (saxophoniste de Supertramp) pour ne citer que lui, il n’y pas eu d’interventions autres que celles des musiciens avec qui j’ai travaillé sur l’enregistrement de « The Tears ». Il s’agit de Patrick Boileau à la batterie, Bernard Clémence à la basse, Jean-Noël Rozé au piano, John Chaussepied à la guitare acoustique, électrique et pedal steel. En ce qui concerne l’autre titre enregistré en studio, Ronan Le Quintrec (Ronan One Man Band) est venu jouer ses propres parties de guitare, et Jean-Noël Rozé a posé quelques jolies nappes de claviers pour donner une ambiance spécifique à « Compagnon de Bordée ». Ronan m’a fait cadeau de ce morceau, et je lui en suis très reconnaissant car j’apprécie autant l’artiste que le bonhomme !

Pour conclure, que gardes-tu comme souvenirs les plus marquants, et qu’est-ce qui t’a le plus enrichi lors de l’enregistrement de « LégendeS » ?

Avant toute chose, je tiens à souligner l’énorme travail accompli par Patrick Boileau car, outre le fait qu’il soit un batteur extraordinaire, c’est lui qui m’a dirigé artistiquement. Il est ingénieur du son, à la tête du studio « Blue Field ». Sa sensibilité et son professionnalisme m’ont beaucoup aidé à construire ce disque. Il m’a apporté des solutions, y compris dans l’harmonie de certains chœurs, quand parfois j’étais à court d’idées. Son travail d’enregistrement et de pré-mixage ont permis à Marco Canepa, autre ingénieur du son italien, de me proposer un mixage et un mastering réalisés en un temps record ! Enora, quant à elle, m’a donné des clefs importantes et une précision nécessaire pour bien appréhender le travail de studio sereinement. Lorsqu’Alan a pu se libérer pour venir écouter les premières mises à plat, il a été immédiatement emballé par la nouvelle version de ses morceaux. Bernard, John et Jean-Noël, tour à tour, sont venus faire leurs prises pour donner vie au titre « The Tears », arrangé sur place et finalisé en Italie par Marco, qui a posé des parties d’orgue Hammond avant le mixage final. C’est donc bien un travail d’équipe, dont j’ai adoré toutes les étapes de la création. Souvent, nous nous regardions sans même parler et nos sourires en disaient long sur le plaisir que nous ressentions durant ces moments. Il faut le vivre pour comprendre à quel point on s’investit dans ce genre de projet, à quel point on donne ce qu’on a de meilleur. Aujourd’hui, c’est une autre aventure qui commence, car il va falloir défendre ce disque. Nous avons entamé une série de répétitions pour préparer le concert de présentation de l’album le 29 février à la salle Océanis à Ploemeur (56). Nous espérons réunir une belle assemblée pour fêter la sortie de « LégendeS » avec un plateau où d’autres invités nous rejoindront, et dont Ronan One Man Band assurera l’ouverture. A galon !

Billetterie et « Légendes » disponibles sur le site du chanteur : www.morganmarlet.art

(Photo : Autre regard… Photographies)