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Contemporary Blues

Bernard Allison : love is all

Depuis ses débuts, le Blues Rock de BERNARD ALLISON est synonyme de communion et de transmission aussi d’une certaine manière, puisqu’il est lui-même détenteur d’un héritage conséquent. S’il n’a jamais cherché à cacher la filiation directe et naturelle avec celle de son père, embrassant lui-même un registre assez proche, il s’est rapidement émancipé au point de devenir une référence pour la nouvelle génération. Avec « Loving You », il exprime sa passion pour cette musique dans ce qu’elle de plus contemporaine et avec la classe qu’on lui connaît.

BERNARD ALLISON

« Loving You »

(Ruf Records)

Sorti depuis longtemps de l’ombre de sa légende de père, le grand Luther, BERNARD ALLISON mène une belle carrière, peut-être trop discrète et pas suffisamment reconnue, mais en tous points exemplaire. Guitariste virtuose et chanteur investi, l’Américain est l’auteur d’une bonne vingtaine d’albums et le fait d’avoir des racines à Chicago comme en Europe lui confère une touche et un son très identifiables. Bien sûr, l’influence paternelle est là, tout comme son admiration pour SRV et Johnny Winter, mais son Blues est unique et toujours très enjoué.

L’une des caractéristiques de BERNARD ALLISON est aussi son plaisir à partager sa musique et surtout à la jouer. Et cela s’entend ! C’est tellement palpable que cela en est communicatif. Avec « Loving You », il fait probablement sa plus belle déclaration à ses proches, mais aussi à ses amis musiciens. Et parmi eux, on retrouve les six-cordistes Larry McCray, Devon Allman et Matthew Curry. Un vrai feu d’artifice bâti sur un Blues traditionnel, qui se pare au fil de l’album de couleurs funky, Rock et R&B. L’alliance est majestueuse, d’autant que l’ensemble est brillamment interprété.

Dans cette belle réunion figurent aussi la violoncelliste Heather Hardy, le pianiste Victor Wainright, ainsi que sa nièce et son neveu Lyndrey et Jasper aux chœurs. Et avec Stephen Johnson à la guitare rythmique, co-auteur de cinq titres, Sam Butt Jr III derrière les fûts, Eric Roberts aux claviers et George Moye à la basse, BERNARD ALLISON ne pouvait rêver mieux ! Limpide et si naturel, son Blues est à la fois familier et plein de surprises (« Left Me With My Guitar », « Time Traveler », « Rock’n’Roll Hoochie Koo » de Rick Derringer, « Blues Thang » et le morceau-titre). Un régal !

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Blues Rock Southern Blues Rock

Jovin Webb : bayou’s calling

Songwriter affûté et frontman assuré, le musicien de Baton Rouge donne déjà une suite à « Drifter » et fait par la même occasion taire tous ceux qui pensaient qu’il ne s’agissait que d’un feu de paille. Avec un producteur d’exception à ses côtés, JOVIN WEBB libère ses propres sentiments sur un « Son Of A Sinner » qu’il vit sur chaque note. Tout en mouvement, il fait également résonner son harmonica avec justesse et pose ainsi un pied dans la cour des grands.

JOVIN WEBB

« Son Of A Sinner »

(Blind Pig Records)

Tout juste deux ans après être apparu avec « Drifter » où il s’est révélé être un véritable bluesman, JOVIN WEBB nous revient avec la même fraîcheur et la même sincérité. Il avait laissé une forte impression sur un premier album déjà très abouti. Et pour continuer sur sa belle lancée, c’est à nouveau Tom Hambridge qui est aux manettes et derrière les fûts. L’incontournable producteur, connu pour ses collaborations avec Buddy Guy, Joe Bonamassa, Susan Tedeschi, Kingfish, Ally Venable, Devon Allman et tant d’autres, y va même de ses propres compositions.

En effet, ce dernier cosigne avec Richard Fleming le très relevé morceau d’ouverture, « Gunlead & Lead », « Pull’Em In » et « These Boots » rejoint sur cette dernière par un JOVIN WEBB très convaincant. C’est d’ailleurs lui qui signe le reste de « Son Of A Sinner », avant de s’offrir une belle reprise de Gregg Allman pour clore ce deuxième chapitre (« Whipping Post »). Et l’ensemble est d’ailleurs d’une grande variété, car le natif de Louisiane a baigné dans le Blues bien sûr, le Rock, le Gospel, la Soul et le Southern Rock. Un savoureux et très complémentaire mélange.

Très bien entouré par Kenny Greenberg (guitare), Mike Rojas (claviers), Tommy MacDonald (basse) et donc Tom Hambridge (batterie), JOVIN WEBB livre une prestation vocale à la fois puissante et touchante. Porté par des textes sensibles et personnels, le chanteur semble littéralement habité par les chansons de « Son Of A Sinner » auxquelles il apporte beaucoup d’émotion (« Pray For Me », « Every Time I Roll A Dice » composée par Max Barnes et Troy Seals, « When I’m Gone », « It’s Alright »). Une performance de haut vol et la confirmation d’un grand talent.

Photo : J.B. Lawrence

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Blues Rock Hard Blues Heavy Blues Southern Blues

Eric Steckel : ascensionnel

Intense, fougueuse, mais aussi libre et délicate, « Sandstorm » est exactement la réalisation que l’on attendait d’ERIC STECKEL, six ans après le très bon « Grandview Drive ». Capable d’enchaîner les accords rugueux et les solos cristallins avec une fluidité déconcertante, le compositeur semble à un pic de sa carrière et son jeu, comme sa créativité, pénètre son Blues Rock avec exaltation. Pour autant, on sent une grande sérénité et même de la joie sur ce tumultueux nouvel opus. Renversant à tous points de vue.

ERIC STECKEL

« Sandstorm »

(SPV Recordings)

A seulement 36 ans, ERIC STECKEL a fait un bon bout de chemin et en y mettant la manière. A onze ans, il sortait déjà son premier album, « A Few Degrees Warmer », avant de rejoindre les légendaires Bluesbreakers de John Mayall, qui avait déjà décelé chez lui un talent hors-norme. De la trempe d’un Rory Gallagher ou d’un SRV, l’Américain a affirmé avoir pris beaucoup de plaisir et s’être vraiment amusé lors de l’enregistrement de « Sandstorm ». Et on le croit volontiers, car ce nouvel effort est aussi brut qu’immédiat et d’une profonde respiration.

En revenant à l’essence-même du Blues Rock, ERIC STECKEL et son groupe se sont volontairement privés de pédaliers numériques et autres effets pour revenir à l’essentiel. Et la production de « Sandstorm » y gagne en authenticité. Ample et puissant, le son captive dès les premières notes et il faut reconnaître que l’intro de « When It Rains, It Pours » par son batteur a de quoi faire trembler les murs. Il avait annoncé une tempête, c’est un ouragan de riffs solides et chaleureux, de notes d’orgue envoûtantes et un groove massif qui déferlent ici.

Guitariste virtuose, ERIC STECKEL se montre également redoutable au chant, comme sur cette reprise du classique de Lance Lopez, « El Paso Sugar », qui se fond parfaitement dans l’ambiance survoltée de « Sandstorm ». Entre Heavy Blues, Hard Southern et Blues Rock moderne, ces nouveaux titres montrent toute l’étendue de la gamme de cet artiste débridé (« The Other Guy », « Blues For The Lonely », « What I Wanna Believe », « Axe To Grind », « She’s A Golddinger » et le morceau-titre). Le natif de Pennsylvanie signe tout simplement l’un des disques de l’année !

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International Southern Rock

Parker Barrow : the beautiful escape [Interview]

Trois ans après un premier album, « Jukebox Gypsies », qui les a fait émerger de la bouillonnante scène de Nashville, les desperados de PARKER BARROW ont pris du volume et de l’assurance. Toujours ancré dans un Southern Rock aux riffs ravageurs et aux envolées d’orgue captivantes, le groupe emmené par le couple Megan Kane à l’incroyable puissance vocale et Dylan Turner, derrière les fûts et à la composition, poursuit son ascension de belle manière. Suivant également les codes modernes de l’industrie musicale tout en conservant une approche très roots, le sextet a enchaîné les singles avant de livrer « Hold The Mash », un deuxième opus qui compile leurs compositions de ses dernières années. Une bonne occasion pour en parler avec son batteur et fondateur.

– Tout d’abord, près de huit ans après sa formation, PARKER BARROW en a fait du chemin entre de nombreux concerts, deux albums et un EP entre les deux. Pour vous suivre depuis « Jukebox Gypsies », je trouve votre progression assez incroyable. Avez-vous senti un point de bascule dans votre jeu à un moment donné, ou est-ce une évolution très naturelle pour vous ?

Je pense que l’évolution a été très naturelle. Megan et moi avons commencé toutes les deux il y a presque huit ans, et depuis, nous avons eu la chance d’accueillir de nombreuses personnes incroyables dans le groupe. Chacune apporte sa propre touche musicale, enrichissant en quelque sorte les sonorités que nous avions en tête depuis des années.

– L’an dernier, votre EP « Hold The Mash » avait conforté le bel élan pris depuis vos débuts. Pourquoi aviez-vous décidé de ne sortir qu’un format court plutôt qu’un album complet ?

C’est la réalité d’aujourd’hui, avec le streaming musical. On reste nostalgiques de l’album dans son format et de la possibilité d’offrir à l’auditeur l’opportunité de découvrir notre musique sous cette forme. Mais avec le streaming et les différentes façons d’écouter de la musique, il est important de sortir régulièrement des titres pour maintenir l’intérêt du public.

– Ce deuxième album porte d’ailleurs le titre de votre EP et il est complété de trois nouveaux morceaux, dont la reprise des Black Crowes «  My Morning Song ». Pourquoi vous êtes-vous précipités ainsi ? Vous sentiez qu’il fallait profiter de la belle dynamique en cours, à moins qu’il vous paraissait peut-être incomplet ?

Je ne crois pas que nous nous soyons sentis pressés. Par ailleurs, « My Morning Song » est un incontournable de nos concerts depuis des années et nous savions que nous voulions inclure une reprise sur cet album, alors ça nous a semblé tout à fait naturel.

– D’ailleurs, l’essentiel des chansons de « Hold The Mash », c’est-à-dire l’EP inclus, est sorti en singles. Est-ce qu’aujourd’hui le format de l’album vous paraît obsolète compte tenu de l’impact des plateformes numériques dans les habitudes d’écoutes, même si celles-ci sont aussi d’une certaine façon biaisées ?

Je pense que les albums ont encore toute leur place. C’est pourquoi nous avons réuni les titres sortis en singles et sur l’EP dans un album. Comme je te le disais, nous adorons l’idée de l’album et ce qu’il représente pour nous, en tant que groupe et aussi en tant que fans de musique.

– La composition et l’enregistrement des nouveaux morceaux complétant l’album se sont faits durant ces derniers mois, j’imagine. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre fonctionnement après vos expériences précédentes ?

En fait, nous n’avons pas vraiment de processus standard. Chaque chanson est unique et se doit d’être traitée comme telle. Nous ne nous focalisons pas sur le processus. Nous laissons la chanson s’exprimer et se développer naturellement.

– Le choix de cette reprise des Black Crowes est très cohérent et parfaitement en phase avec votre univers musical, puisqu’elle associe les racines du Southern Rock et la modernité de la nouvelle génération. Est-ce pour cette raison que vous l’avez choisie, et aussi parce que c’est unechanson que vous jouez régulièrement en concert ?

Oui, c’est un morceau qu’on joue depuis des années. On trouve qu’il met vraiment en valeur toutes les facettes de notre groupe : les duels entre les guitares et l’orgue et bien sûr la voix de Megan. C’est un morceau qui change toujours l’atmosphère et l’ambiance de nos concerts. On adore tous le jouer ensemble.

– Est-ce qu’avec le recul depuis l’EP, vous pensez que « Hold The Mash » représente aujourd’hui toutes les facettes de PARKER BARROW ? Et avez-vous justement profité du fait que ce soit votre deuxième album pour expérimenter plus de climats, car il est très varié au final ?

Je pense que « Hold The Mash » résume parfaitement où nous en sommes en tant que groupe actuellement. Je crois que c’est ce qu’on essaie de faire avec n’importe quel album : créer une trace tangible de nous-mêmes, un témoignage de notre évolution en tant que groupe. A mon avis, « Hold The Mash » y parvient parfaitement.

– Enfin, vous êtes basés dans la très foisonnante cité de Nashville. Est-ce pour cette raison que vous restez toujours indépendants ? Face aux nombreux groupes présents, un label ne vous serait-il pas utile pour vous imposer dans cette jungle musicale très débridée ?

Nous avons tendance à nous concentrer uniquement sur ce que nous pouvons contrôler : notre attitude et nos efforts. Nous n’accordons pas beaucoup d’importance au reste. Actuellement, notre travail consiste à composer une musique qui nous ressemble et que nous prenons plaisir à créer et à jouer. Nous avons la chance de pouvoir le faire et nous en sommes pleinement conscients. Si un jour nous sentons qu’un élément extérieur à notre activité actuelle pourrait nous aider à atteindre cet objectif, nous l’explorerons, mais pour l’instant, ce n’est pas notre priorité.

Le nouvel album de PARKER BARROW, « Hold The Mash », est disponible sur le site du groupe, tout comme les billets de leur prochaine tournée en Angleterre, qui débutera le 25 novembre : www.weareparkerbarrow.com

Photos : Ryan Alexander (1, 3) et Joe del Tufo (4).

Retrouvez aussi les chroniques de leurs précédentes réalisations :

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Blues Rock

Philip Sayce : life on stage

Brute et généreuse, on n’en attendait pas moins de la seconde partie de « Scorched Earth », la série de ‘Live’ entamée il y a une décennie déjà par le Britannique et qui avait démarré au Canada, son pays d’adoption. Les concerts de PHILIP SAYCE font le plein à chaque passage et c’est cette intensité mêlée à la fougue du songwriter qui ressurgit sur ce « Volume 2 – Live in LA/London ». Car c’est sur les deux continents qu’il a sélectionné ces huit morceaux, où le six-cordiste fait parler la poudre grâce à une approche fougueuse de son instrument, mais aussi avec une voix qui traverse les émotions avec naturel.

PHILIP SAYCE

« Scorched Earth Volume 2 – Live In L.A./London »

(Atomic Gemini Records)

On n’osait plus y croire ! Dix ans après le ‘Volume 1’, PHILIP SAYCE offre donc une suite à « Scorched Earth » et l’ambiance est toujours aussi électrique. Si le premier volet avait été enregistré à Toronto au Canada où il réside, cette fois le musicien fait le grand écart entre Los Angeles et Londres, plus précisément au club ‘The Baked Potato’ de la Cité des Anges et au ‘Garage’ de la capitale anglaise. Et dans les deux cas, il faut bien avouer que le bluesman a littéralement retourné les lieux et les extraits proposés ici sont de la dynamite.

Avec sept albums au compteur, dont l’excellent « The Wolves Are Coming » sorti il y a deux ans, PHILIP SAYCE mène pourtant une carrière bien trop discrète au regard de son talent. Chanteur et guitariste, il distille un Blues Rock explosif, à la fois massif et virtuose. Et si ses enregistrements studios sont toujours pointilleux et plein de feeling, c’est bel et bien sur scène que sa musique prend tout son sens et que la puissance de son jeu change de dimension. Chargé d’émotion et incendiaire, « Scorched Earth » atteint encore des sommets.

Et pour sublimer le tout, le Gallois a fait appel au réputé Mark Rains pour le mastering, lequel a su révéler tout le relief et l’exceptionnelle prestation du groupe. Car pour l’accompagner, PHILIP SAYCE s’est entouré du bassiste Sam Bolle et du batteur Bryan Head : un power trio relevé qui fait corps et qui a régalé le public. Les versions de « Bitter Monday » et « Once » sont éblouissantes, celles de « Peace Machine » et de « Lady Love Divine » tout aussi incroyables, et le survitaminé « Spanish Castle Magic » de Jimi Hendrix confirme une filiation plus qu’évidente.

Photo : Robert Sutton

Retrouvez aussi la chronique de « The Wolves Are Coming » :

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Hard'n Heavy International

Hardline : le regard vers l’avenir [Interview]

Souvent sous-estimé, faute sans doute de n’avoir pas bénéficié de la même exposition que ses homologues américains dans les années 90, HARDLINE reste pourtant une référence du Hard Rock. Toujours debout malgré un line-up qui a beaucoup changé au fil du temps, son frontman Johnny Gioeli reste la voix irrésistible d’une formation qui a aujourd’hui une saveur très italienne, au regard de ses débuts en Californie. Avec « Shout », le quintet fait bien plus que d’entretenir le mythe, il l’enrichit et le fait avancer, grâce à des musiciens aussi talentueux que complets. Alessandro Del Vecchio, claviériste, chanteur, compositeur et aussi producteur de ce huitième album, nous parle justement de la démarche et du fonctionnement de l’entité actuelle.

– Alessandro, cela fait maintenant 15 ans que tu joues avec HARDLINE et « Shout » est ton cinquième album avec le groupe. Même si Johnny reste le seul membre originel, comment s’y prend-on pour conserver l’ADN d’une formation créée en 1992 ?

C’est une excellente question, car nous en sommes parfaitement conscients. L’ADN d’un groupe ne réside pas dans sa composition, mais dans son identité. Et chez HARDLINE, cette identité est très claire : elle prend racine chez Johnny. Sa voix, son phrasé, son interprétation émotionnelle, c’est le cœur même de notre musique. Mon rôle, au fil des années, a été de comprendre profondément cette identité et de la préserver, tout en laissant le groupe évoluer naturellement. On ne préserve pas quelque chose en le figeant, on le préserve en comprenant ce qui fonctionne et en s’appuyant dessus. Ainsi, même si la composition du groupe a changé, l’essence demeure, et c’est à cela que les gens s’identifient.

– Vous avez dit vouloir reprendre les choses là où elles en étaient restées sur « Double Eclypse » il y a 34 ans. C’est vrai que c’est l’album le plus marquant de HARDLINE. Sur quelles bases es-tu parti pour garder cet état d’esprit sur les neuf chansons que tu as composé pour « Shout » ?

Le point de départ a toujours été la chanson. On ne s’est pas dit ‘recréons « Double Eclipse »’, on s’est concentrés sur ce qui a rendu cet album intemporel : des compositions solides, des refrains accrocheurs et une forte charge émotionnelle. L’idée était d’écrire des chansons qui se suffisent à elles-mêmes, même dans leur version la plus simple. Si une chanson fonctionne juste avec voix et piano ou guitare, alors on sait qu’on est sur la bonne voie. Tout le reste, c’est-à-dire la production, les arrangements, le son, vient après. C’est comme ça qu’on reste fidèle à cet héritage sans tomber dans la nostalgie.

– « Shout » a évidemment un son plus moderne que « Double Eclypse », mais l’approche est aussi différente. Quatre des cinq musiciens du groupe sont aujourd’hui italiennes et la touche est forcément moins californienne qu’au début. Est-ce à dire que le Hard Rock américain a encore de l’influence sur vous ?

Absolument, cette influence est toujours présente. Le Hard Rock américain, surtout celui de cette époque, fait partie intégrante de l’ADN du groupe et de mon éducation musicale. Parallèlement, nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, et le groupe possède un bagage culturel différent, ce qui influence naturellement notre son. Je ne le vois pas comme un manque d’authenticité californienne, mais plutôt comme une évolution de ce langage musical. La musique actuelle est bien plus globale, et c’est une bonne chose, tant que l’identité reste forte.

– Justement aujourd’hui, en plus du fait qu’on peut réaliser des albums à distance, j’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et les Etats-Unis est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce qu’on assiste à une uniformisation des styles et du son surtout, selon toi, qui es aussi producteur ?

Oui, dans une certaine mesure, nous le constatons. La technologie a rendu tout plus accessible, ce qui entraîne naturellement une certaine uniformisation des sonorités et des méthodes de production. Mais je pense aussi que la véritable différence aujourd’hui n’est pas géographique, elle est artistique. Tout se résume à avoir une identité forte, ou non. On peut utiliser les mêmes outils, les mêmes plugins, les mêmes techniques de production, mais si l’on a quelque chose à dire, on gardera sa propre signature sonore.

– Ce huitième album reprend finalement plusieurs éléments musicaux de la carrière du groupe avec un style globalement Hard’n Heavy et quelques touches AOR et même Glam à un moindre degré. Est-ce que HARDLINE joue et fait aujourd’hui des choses qu’il n’a jamais produit auparavant dans sa carrière ?

Je pense que ce que nous faisons aujourd’hui consiste davantage à peaufiner qu’à réinventer. Tous ces éléments, à savoir le Hard Rock, AOR, et même une touche de Glam, ont toujours fait partie intégrante de HARDLINE, d’une manière ou d’une autre. Ce qui change aujourd’hui, c’est notre prise de conscience. Nous savons précisément qui nous sommes, ce qui fonctionne et comment combiner ces éléments de façon plus ciblée. Il ne s’agit donc pas de créer quelque chose de totalement nouveau, mais de faire ce que nous faisons déjà, à un niveau supérieur et avec plus de clarté.

– D’ailleurs, si on entre dans le détail de « Shout », c’est peut-être l’album le plus personnel du groupe, notamment au niveau des textes. Est-ce que l’objectif était de vous dévoiler un peu plus, tout en étant le plus efficace possible dans les mélodies et solides sur les tempos ?

Oui, c’était tout à fait intentionnel. Il faut toujours trouver un équilibre entre l’authenticité et la capacité à créer des chansons qui touchent immédiatement. Nous voulions que les paroles soient sincères, qu’elles ne se contentent pas de thèmes génériques, tout en conservant la force mélodique et les arrangements solides qui caractérisent HARDLINE. L’objectif était d’allier profondeur et immédiateté, et je pense que c’est ce qui donne à l’album son côté plus humain.

– Et puis, il y a cette reprise de Scorpions, « When You Came Into My Life », sortie en 1996 et dont vous avez aussi fait un single. On revient à cette touche européenne, mais il possède également la touche HARDLINE. Comment s’est fait l’équilibre pour vous l’approprier tout en respectant l’originale ? Et est-ce qu’il peut y avoir eu une certaine retenue au départ ?

Il y a toujours une petite hésitation lorsqu’on aborde une chanson comme celle-ci, car elle est déjà parfaite en soi. Mais en même temps, c’est précisément pour cela qu’on la choisit. L’essentiel était de respecter l’essence même du morceau, la mélodie, l’émotion, et de construire autour avec notre propre son. Nous ne voulions pas la changer juste pour le plaisir de la modifier. Nous nous sommes demandé à quoi ressemblerait cette chanson si elle était écrite par HARDLINE aujourd’hui, et une fois cet équilibre trouvé, tout s’est mis en place naturellement.

– Enfin, et avant de partir en tournée, qu’est-ce que cela représente pour toi qui a déjà une longue discographie, d’enregistrer et de monter sur scène avec Johnny Gioeli, qui compte plus d’une centaine d’albums à son actif ? C’est le genre de musicien, qu’on ne rencontre pas souvent…

Cela compte énormément pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel. Johnny fait partie de ces rares artistes qui ont conservé cette flamme, cette passion, mais aussi une immense expérience et une grande maturité. On se stimule mutuellement, surtout vocalement, car on partage cette même expérience, et on discute souvent de technique, d’approche et de la façon de garantir une performance constante soir après soir. Sur scène, il est une véritable force de la nature. On peut avoir toute l’expérience du monde, mais sans cette énergie et cette connexion avec le public, ça ne sert à rien. Johnny possède tout cela, et partager cette aventure avec lui est un privilège que je mesure pleinement.

Le nouvel album de HARDLINE, « Shout », est disponible chez Steamhammer.

Photos : Alessandro Quadrelli

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Alternative Metal International Southern Metal

Black Stone Cherry : the taste of sharing [Interview]

Que l’on adhère, ou pas, à l’évolution musicale du quatuor du Kentucky, il reste une variante qui ne bouge pas : cet investissement constant et une volonté à toujours se dépasser, qui font partie de son ADN et, finalement, que l’on se ressent dans chacun de ses albums . Avec « Celebrate », BLACK STONE CHERRY s’essaie à un nouvel exercice, celui de l’EP, un format particulier et surtout une première pour lui, habituellement ancré dans une manière de fonctionner plus traditionnelle. Six titres, donc, et autant de facettes différentes, mais qui se rejoignent sur la démarche devenue familière des Américains. Dans la lignée de leurs deux derniers albums, ils se présentent avec un Alternative Metal costaud, sans éluder la fragilité qui peut aussi les envahir. Ils restent d’une sincérité et d’une authenticité sans faille. Chris Robertson, chanteur et guitariste du combo, revient sur l’élaboration de « Celebrate » avant de repartir sur la route dans les mois qui viennent.

– Trois ans après « Screamin’ At The Sky », vous faites votre retour avec « Celebrate ». Alors, la première question que j’ai envie de te poser est : qu’est-ce qu’on célèbre ? Votre retour ?

Tout, on célèbre tout ! L’idée globale derrière la chanson « Celebrate » sont tous les petits moments, les petites choses. Nous vivons actuellement dans un monde où on ne célèbre pas assez. Le monde va trop vite et ne fait que séparer le gens et les rendre négatifs. Essayons donc de célébrer plus et d’être plus positifs.

– C’est assez surprenant de vous voir revenir avec un EP. Vous n’aviez pas la patience d’attendre de composer un album complet ? A moins que ce ne soit la scène qui vous manque vraiment ?

En fait, on voulait juste faire quelque chose de différent. Nous avions 12 ou 13 chansons, mais le monde consomme les choses si rapidement. D’ailleurs, nous sommes déjà prêts pour ce qui va suivre. Au lieu d’attendre deux ou trois ans pour sortir un album, nous voulions essayer de faire un EP pour voir comment cela se passe. Et si cela se passe bien, nous en ferons un autre avant de ressortir un album.

– « Celebrate » est donc votre premier et unique EP, un format assez inédit pour vous. Est-ce que vous avez appréhendé l’aspect créatif différemment, sachant qu’il y avait moins de morceaux ?

Non, pas vraiment, on a gardé nos habitudes. Nous avons fait les choses de la même manière. Nous avons juste essayé de composer les meilleures chansons possibles et de les jouer au mieux. Nous avons procédé comme si c’était un album normal, tout en sachant qu’on allait juste enregistrer la moitié. On voulait vraiment essayé ça, car c’est quelque chose de différent pour nous. C’était l’objectif. Ce n’est pas une question de manque de créativité, ou un truc comme ça. Tu sais, on a enregistré beaucoup d’albums et les EPs ont toujours eu cette image de format destiné aux reprises. Habituellement, ce n’est pas vraiment fait pour de la musique originale. Et pourtant, ça marche bien, notamment en ce moment. Alors, on a juste voulu faire le nôtre, et avec des chansons inédites, bien sûr.

– Il y a quelques mois, vous aviez sorti « This Is Black Stone Cherry’s RSD Album » pour célébrer justement les magasins de disques indépendants, lors du ‘Record Store Day’ et là, vous revenez avec une nouvelle réalisation qui sort uniquement en digital. C’est assez paradoxal, non ?

Ah… C’est le monde dans lequel nous vivons. Pour le ‘Record Store Day’, c’était assez spécial, car le disque a été publié à un nombre très limité. Il n’était pas destiné à un plus grand nombre. Et j’espère vraiment aussi que cet EP sera disponible en format physique également. Ce n’est pas prévu pour le moment, mais ça pourrait l’être. Mais c’est vrai que pour l’instant, il ne sort qu’en format numérique.

– « Celebrate » sera donc disponible seulement sur les plateformes, une première pour BLACK STONE CHERRY. Cela correspond aussi aux changements de l’industrie musicale. Est-ce que cela annonce également un tournant pour le groupe en termes de diffusion ? Ou est-ce juste un one-shot ?

Je ne sais pas. L’industrie musicale a tellement changé depuis 2005, lorsque nous avons sorti notre premier album. Ces 21 dernières années n’ont plus rien à voir avec nos débuts. D’ailleurs, je n’aurais jamais imaginer ça il y a encore 15 ans. C’était impensable de concevoir que les gens n’achèteraient plus d’albums, qu’ils les streameraient et qu’ils auraient même trois applications différentes sur leur téléphone pour écouter de la musique. Donc, je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir. Je sais juste qu’avec cet EP, il était temps pour nous d’essayer quelque chose de différent, de nouveau et de voir ce qui allait se passer. Et la décision de le faire uniquement en numérique a été le fruit de discussion avec notre label. A priori, c’était une bonne chose à faire, selon lui. Et puis, nous aimons bien ce genre de challenge.

– Pour « Celebrate », vous vous êtes retrouvés dans le home studio de Ben (Wells, guitare). Aviez-vous besoin d’être uniquement entre vous dans un environnement familier pour mettre en forme les idées accumulées en tournée ?

Exactement, nous avons écrit tous nos derniers albums à l’arrière du bus quand nous étions sur la route. Il n’y a pas beaucoup d’espace et on chope vite des crampes, car ce n’est pas facile de caler quatre personnes dans un endroit aussi petit. (Sourires) Mais on a l’habitude. Alors qu’aller dans la maison de Ben, nous ne l’avions jamais fait. Là, on pouvait bouger, on avait de l’espace pour nous déplacer et nous épanouir. C’était super confortable, on a pu se dégourdir les jambes ! (Sourires)

– Justement, « Celebrate » offre un beau panorama du groupe avec ses multiples facettes. Quitte à sortir un EP, l’idée était-elle d’être le plus complet possible ?

Je ne pense pas qu’on avait une intention précise, au-delà du fait de sortir un EP. On n’avait pas pour objectif de faire des chansons qui sonnent forcément différemment. On écrit des morceaux et ce sont ceux qui nous parlent le plus que nous avons décidé de présenter. Ce sont vraiment ceux qui ont le plus d’impact sur nous que ce soit personnellement, au niveau des textes et des mélodies. Donc, nous avons choisi les six meilleurs, selon nous. Par exemple, le titre éponyme d’intro est celui décidé depuis le début, et ensuite nous nous sommes bien amusés avec la reprise de « Don’t You (Forget About Me) » aussi. C’était vraiment sympa à faire et on a passé un bon moment à élaborer notre propre version ! (Sourires)

– Il y a beaucoup d’énergie sur ces nouveaux morceaux, malgré les différences de tempos, et aussi un message toujours très positif d’une manière ou d’une autre. Et la sensation de proximité de la production joue aussi beaucoup. C’est cette connexion que vous recherchez à chaque fois ? Proches dans les textes comme dans le son ?

Oui ! La façon dont nous composons fait que c’est la musique qui vient souvent dicter le chemin que le morceau va prendre, même au niveau des textes. Cela a une influence, d’une manière ou d’une autre. Si tu prends un morceau comme « Celebrate », le refrain arrive au bon moment et colle parfaitement avec la musique. Mais ce n’est pas toujours le cas, bien sûr. C’est là que nous devons faire des choix et décider ce qui est le mieux. Est-ce que le texte est plus important que la mélodie ? Cela arrive qu’on reste sur une seule et même ligne sur les deux aspects, et d’autres fois, on va mettre plus de temps à trouver le bon message. Finalement, le plus compliqué est de trouver le parfait équilibre entre les paroles et la musique, et faire en sorte qu’elles se retrouvent à un moment donné dans la chanson.

– Parlons de la reprise de Simple Minds, « Don’t You (Forget About Me) ». Pour un Européen comme moi qui connaît cette chanson qui depuis sa sortie, son traitement est assez surprenant et très loin de l’originale. C’est vrai que tu rêvais de la chanter depuis plus de dix ans ?

Oui, c’est vrai ! (Sourires) J’ai essayé de faire cette chanson pendant plus de 15 ans. J’ai 40 ans aujourd’hui et je suis donc né en 1985, l’année de la sortie du film « Breakfast Club » (un teen-movie réalisé par John Hughes – NDR). Cette chanson et ce film m’ont suivi toute ma vie, et je me souviens encore de la première fois que je l’ai vu quand j’étais enfant. J’ai toujours adoré ce morceau et j’ai toujours pensé qu’on pouvait en faire quelque chose de cool. J’étais sûr que c’était possible. Et lorsqu’on a essayé, ça a fonctionné. On connaît tous la chanson, mais elle donne aussi l’impression que c’est nous qui l’avons écrite sur notre version. Et c’était vraiment notre objectif avec cette reprise. On s’est vraiment amusé à le faire, car on s’est mis à la place des compositeurs. On a pris l’original et on y a ajouté un autre point de vue. On a mis un riff de guitare et ensuite, on l’a joué comme on le fait avec nos autres morceaux, tout en gardant la structure de l’original. C’est la même construction, mais interprété à notre façon et j’espère que les gens l’ont apprécié. D’ailleurs, j’ai hâte de pouvoir la jouer en Ecosse pour voir la réaction des gens. Est-ce que les pouces seront levés ou baissés ? (Sourires)

– Un mot aussi sur la participation de votre ami Tyler Connoly du groupe canadien Theory Of A Deadman sur le morceau. Comment avez-vous envisagé cette collaboration ?

Nous étions en pleine discussion avec notre management et le label et l’idée d’un invité a surgit. On a bien aimé la proposition, mais on ne savait pas vraiment comment s’y prendre. Alors, j’ai envoyé un message à Tyler en lui disant qu’on avait une version de la chanson et s’il voudrait la chanter avec nous. Il a accepté et a demandé quelle partie nous souhaitions qu’il interprète. On a juste coupé un passage pour qu’il ajoute sa voix et on lui a envoyé la chanson. Et le résultat est super ! Tyler et moi sommes de grands amis et nous sommes tous fans de Theory Of A Deadman. Il a une très belle voix et c’est un mec super. Et il correspond vraiment au morceau vocalement. Le résultat est fantastique, on forme un bon duo.

– J’aimerais que l’on parle aussi de l’évolution, voire la mutation, de BLACK STONE CHERRY. Je trouve que l’empreinte sudiste qui vous animait se dissipe peu à peu. Aujourd’hui, votre Hard Rock tend d’ailleurs plus vers l’Alternative Metal. Est-ce une évolution naturelle pour vous, ou un simple passage avant un retour vers les sonorités Southern de vos débuts ?

Je ne sais pas, je pense qu’on joue simplement ce que l’on aime. Notre premier album était très varié. Le deuxième, puis « The Devil In The Deep Blue Sea », étaient plus modernes, plus alternatifs. Ensuite les trois suivants, « Magic Mountain », « Kentucky » et surtout « Family Tree » qui est un super album, étaient plus Southern, c’est vrai. Après, je pense qu’on a juste voulu jouer des trucs plus Heavy, parce que c’était quelque chose qu’on n’avait jamais vraiment fait. Je ne sais pas, c’est venu comme ça ! (Rires) Tu sais, on fait des choses à travers lesquelles on se sent bien. Alors, qui sait ? Je n’ai vraiment aucune idée à quoi le prochain album ressemblera. On n’a pas encore commencé à travailler dessus. Peut-être qu’il sera acoustique ! (Rires) En fait, les chansons arrivent comme ça et nous n’avons jamais choisi le parti-pris de sonner plus Metal notamment sur un album. Cependant, il peut y avoir des parties, à l’intérieur des morceaux avec des intentions Speed Metal, par exemple. En tout cas, on n’est jamais parti avec un concept précis, sauf sur « Folklore And Superstition », où on voulait un truc très lourd, très épais. Et c’est ce qu’on a fait ! Sinon, ce n’est pas vraiment un truc qui marche chez nous. On joue plutôt à l’intuition.

– Pourtant, vos racines musicales restent Southern…

Oh oui, bien sûr ! Mais en fait, ça fait partie de ce que nous sommes. L’esprit Southern est et sera toujours là. Je pense que c’est juste une approche plus moderne et des mélanges plus actuels comme sur « The Human Condition » et « Screamin’ At The Sky ». Et finalement, « Celebrate » est un brassage de ces deux derniers albums. Alors, peut-être que cela se ressent moins dans les sonorités, mais structurellement, c’est toujours bien présent. Il y a toujours du Lynyrd Skynyrd et du ZZ Top en nous. C’est ce que nous sommes. Je ne me sens pas du tout comme un gars qui vient de New-York ! (Rires) L’empreinte dans les guitares est indélébile et on essaie en aucun cas de s’éloigner de ce que nous sommes profondément.

– Enfin, cette année marque aussi vos 20 ans de carrière. Est-ce que vous avez prévu quelque chose de particulier? Il y a une grosse tournée, certes, et peut-être un nouvel album en fin d’année ?

Oui, on a une grosse tournée en Europe et aux Etats-Unis, puis nous reviendrons au Royaume-Uni pendant environ trois semaines, où nous serons l’unique groupe de la soirée. Mais pour le reste de la tournée européenne, nous aurons un groupe en soutien. Pour l’Angleterre, nous jouons tout l’album et d’autres chansons pour fêter ces 20 ans. L’idée est de proposer une longue nuit autour du groupe et ce sera vraiment génial. On a vraiment hâte !

Le nouvel EP de BLACK STONE CHERRY, « Celebrate », sera disponible le 6 mars sur toutes les plateformes.

Photos : Jimmy Fontaine

Retrouvez aussi les chroniques des dernières sorties du groupe :

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Blues Rock

Spencer Mackenzie : golden Blues

Explosif et d’une incroyable fraîcheur, « Empty Chairs » laisse éclater tout le talent de SPENCER MACKENZIE, dont l’approche est plus assurée que jamais. Audacieux, percutant et surfant sur un belle énergie, le bluesman est à mille lieux du débutant que l’on avait découvert en 2016. Soliste exceptionnel et distillant avec beaucoup de naturel des riffs accrocheurs, il rayonne littéralement dans une atmosphère emprunte de Soul et très personnelle. Il s’impose avec beaucoup de classe et compte parmi les meilleurs de sa génération.

SPENCER MACKENZIE

« Empty Chairs »

(Gypsy Soul Records)

Que l’époque où le chanteur-guitariste faisait son apparition avec « Infected With The Blues » paraît lointaine. C’était il y a dix ans et le jeune Canadien surgit aujourd’hui avec son quatrième album. Du haut de ses 25 ans, SPENCER MACKENZIE reste impressionnant et, loin de faire dans l’exhibition technique comme certains, il laisse surtout parler son feeling et sa créativité. Et avec « Empty Chairs », il touche déjà un sommet de sa courte carrière. Délicat et puissant, son Blues Rock est complet et il atteste de manière flamboyante qu’il a toujours été très prometteur.

Malgré son âge, il s’est déjà forgé un style très personnel, faisant la jonction entre le Blues traditionnel et l’aspect très moderne du genre. Et si ses références sont assez évidentes, SPENCER MACKENZIE s’en sert pour mettre en lumière son jeu et surtout une vision bien à lui. En témoigne d’ailleurs la reprise de « Don’t Know Where I’m Going » du grand Rory Gallagher. Acoustique et presque Folk dans sa version originale sortie du « Deuce » en 1971, elle se retrouve ici, sans harmonica, enveloppée d’une chaleur incroyable et d’arrangements très soignés.

Ce qui est également saisissant sur « Empty Chairs », outre la maturité du songwriting, c’est le contraste entre une musique enjouée et dynamique et des textes assez sérieux et souvent sombres (« Frozen Hearts », « Shoot Me Down », « Till I Get To You » et le morceau-titre). Très bien produit par le guitariste de The Commoners, Ross Hayes Citrullo, ce nouvel opus de SPENCER MACKENZIE nous en dit encore un peu plus sur le six-cordiste venu d’Ontario et il s’affiche comme une belle étape dans un parcours sans faute. Magistral et virtuose.

Photo : SG Wills Photography

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Americana Bluesy Rock Country-Rock

Lucinda Williams : un œil sur le monde

Emouvante et combative, l’Américaine n’a pas son pareil pour mettre ses luttes et ses convictions en musique. Après une parenthèse récréative où elle a repris sur disque les Beatles dans les studios d’Abbey Road, LUCINDA WILLIAMS reprend la plume et la guitare pour se livrer à son domaine de prédilection. Assez Rock et bluesy dans la forme, son Americana fait encore et toujours des étincelles, bien aidée par des musiciens de haut vol. Préoccupée par la situation et les positions de son pays, elle évite tout fatalisme et se montre pleine d’espoir sur ce puissant « World’s Gone Wrong ».

LUCINDA WILLIAMS

« World’s Gone Wrong »

(Highway 20 Records/Thirty Tigers Records)

Le nouvel album, son 17ème, de LUCINDA WILLIAMS s’inscrit comme toujours dans le combat et la protestation. Une quête de liberté, d’égalité et de justice qui lui colle à la peau et qui fait d’elle une artiste unique et authentique, à l’instar d’un Bruce Springsteen. Son engagement est sans faille et « World’s Gone Wrong », dont le titre parole de lui-même, est un reflet de notre époque, une sorte de miroir de notre société, celle où elle vit en tout cas. Composé et enregistré dans l’urgence au printemps dernier, la songwriter lance une sorte de cri d’alarme.

Derrière l’apparente légèreté de son Americana aux élans Blues et Country, le propos est plus sévère et très réaliste. Indomptable, LUCINDA WILLIAMS se nourrit de son quotidien, de sa propre histoire et bien sûr de son environnement. Et le monde qui l’entoure l’inquiète et provoque sa colère. L’Amérique contemporaine qu’elle dépeint avec tant de justesse et de vérité a, cette fois, des allures d’apocalypse. La chanteuse se débat au milieu des mensonges et de la désinformation, mais sans jamais tomber dans le moralisme.

Musicalement, le style ne change pas tellement. On perçoit toujours cette fibre Gospel nichée aux creux des refrains, entre les couplets ou dans un simple accord de guitare. LUCINDA WILLIAMS signe neuf nouvelles compositions et livre une reprise de circonstance avec une invitée de marque. Sorti en single, « So Much Trouble In The World » de Bob Marley prend une toute autre ampleur aux côtés de la grande Mavis Staples, icône de la lutte des droits civiques. Et avec la participation de Norah Jones, « World’s Gone Wrong » est littéralement rayonnant.

Photo : Danny Clinch

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Thrash Metal

Megadeth : that’s all, folks !

L’annonce avait fait l’effet d’une bombe dans le petit monde du Metal. L’un des membres du ‘Big Four’, et pas des moindres, tire sa révérence et met ainsi fin à l’âge d’or du Thrash ‘Made in Bay Area’ de la côte ouest américaine. Bien sûr, il reste une magnifique discographie, des coups de gueule et des petites phrases de son frontman qui resteront longtemps gravés, mais plus de disques. Cependant, le séisme aura quelques longues répliques, puisque le quatuor s’engage pour une tournée de trois ans. MEGADETH fait donc ses adieux vinyliques avec même un ultime pied de nez à ses meilleurs ennemis de Metallica en reprenant « Ride The Lightning », co-écrit avec James Hetfield, Cliff Burton et Lars Ulrich. « Megadeth » n’est probablement pas l’œuvre la plus marquante du groupe, mais il n’en est pas moins une très belle conclusion.

MEGADETH

« Megadeth »

(BLKIIBLK Records)

Chroniquer l’ultime opus d’une telle légende peut vite tourner à la nécrologie, sauf que l’envie et l’élan qu’apporte Dave Mustaine à ce « Megadeth », le bien-nommé, laissent sous-entendre que la tournée d’adieu devrait être musclée. Surtout, il parvient à réaliser le tour de force de représenter sur dix morceaux, et un joli bonus, l’ensemble des tendances du combo à travers les époques, bravant les modes en imposant un style unique et tellement personnel. Bien sûr, certains puristes ne jurent que par les quatre premières réalisations, tandis que d’autres sont tombés dans la marmite avec « Youthanasia » et son aspect plus mélodique. Et c’est aussi parce que MEGADETH incarne tous ces courants et reste au sommet à chaque fois qu’il demeure une machine inusable.

C’est donc une sorte de regard panoramique qu’offre « Megadeth » avec ce son et cette rugosité si particulière. De « Killing Is My Business… And Business Is Good! » à « The Sick, The Dying… And The Dead! » en passant par « So Far, So Good… So What! », «  Rust In Peace », « Countdown To Extinction » ou même « Th1rt3en », la gamme de MEGADETH est si vaste qu’elle traverse avec classe le monde du Thrash Metal pour lequel il a tant œuvré. Au-delà de quelques titres de très bonne facture, c’est surtout un ensemble que l’on retient ici dans une ambiance globale et avec cette touche inimitable (« Tipping Point », « Hey God! », « Puppet Parade », « Made To Kill », « Obey The Call », « The Last Note » et la brillante cover de « Ride The Lightning »).

En bons mercenaires qu’ils sont, Teemu Mäntysaari (guitare), James LoMenzo (basse) et Dirk Verbeuren (batterie) peuvent remercier Dave Mustaine pour la faveur accordée, même si on aurait souhaité un tout autre line-up pour clore ce beau chapitre. On peut regretter les absences de David Ellefson pour plus de groove, ainsi qu’un clin d’œil du magicien Marty Friedman pour une dernière envolée sur un duel dont ils avaient le secret. Bref, la vraie formation ! Après tout, MEGADETH est l’œuvre de son fondateur et ne brille plus que par lui depuis longtemps déjà. Ce 17ème album est une vraie réussite et ce que l’on était en droit d’attendre d’une carrière longue de plus de quatre décennies en guise de clap de fin. Merci pour tout, Monsieur Mustaine.

Retrouvez la chronique de l’avant-dernier album du groupe :