Enfants terribles de la nouvelle génération Hard Sleaze/Rock US de Los Angeles, les cinq membres de BUCKCHERRY ont toujours le diable au corps et « Hellbound » sent la poudre et le souffre. Inspiré et rentre-dedans, le quintet sort les crocs (et les guitares !) et, avec un Josh Todd (chant) en grande forme, livre l’un de ses meilleurs albums.
BUCKCHERRY
« Hellbound »
(Round Hill Records)
Après avoir frappé un grand coup en 2019 avec « Warpaint », les Californiens font leur retour avec « Hellbound », enregistré à Nashville aux côtés de Marti Frederiksen, dont la grande expérience sert les morceaux avec brio. Avec une carrière en deux temps, BUCKCHERRY semble être sur de bons rails depuis 2006 et l’album « 15 », qui les avait propulsé sur le devant de la scène.
Toujours guidé par son chanteur Josh Todd, dernier membre originel qui livre une solide prestation, le quintet peut aussi compter sur ses guitaristes Stevie D et Kevin Winchester qui enquillent les riffs racés et efficaces avec des solos très Rock’n’Roll et plein de feeling. L’énergie de BUCKCHERRY est contagieuse et même si les départs ont encore été nombreux, l’unité est bien réelle.
Comme d’habitude, ce neuvième album sent bon l’esprit de Los Angeles. Rafraîchissant et solide, « Hellbound » présente le groupe dans tout ce qui a de plus Sleazy, déjanté et avec une irrévérence propre à ce qu’ont toujours proposé les Californiens. Fédérateur et costaud, BUCKCHERRY livre probablement l’un de ses meilleurs albums et vu la qualité des nouveaux titres : on en redemande.
Avec sa récente participation à l’Eurovision, les Finlandais de BLIND CHANNEL sont sortis du bois avec un morceau qui a propulsé le groupe sous les projecteurs. A l’image de Lordi en son temps, le sextet défend un registre assez peu présent dans les médias, malgré la multitude festivals et de concerts, et surtout à grande échelle et à travers un très grand nombre de télévisions européennes. Retour avec le combo sur cette expérience particulière et surtout sur un album à venir très attendu.
Photo : Mona Salminen
– Vous avez sorti deux singles en 2014, puis un premier album en 2016 et ensuite en continuant votre carrière sur un rythme plus classique. Vous vous attendiez à représenter votre pays, même si vous notoriété est solide, mais modeste ?
Oui, nous avons commencé au lycée en 2013. Après cela, nous avons commencé à travailler avec notre propre musique et notre propre son. L’Eurovision n’a jamais été un rêve ou un objectif, mais il s’est avéré être l’une des meilleures vitrines pour montrer ce sur quoi nous travaillons depuis des années.
– De quelle manière vous êtes-vous retrouvés dans cette aventure ? Comment se sont passés les premiers contacts ? C’est une personne de votre délégation qui a eu un véritable coup de foudre pour BLIND CHANNEL, ou est-ce vous qui avez entrepris les démarches ?
Nous avions entendu que la société de diffusion finlandaise YLE (la BBC finlandaise – NDR) était intéressée pour avoir des groupes de Rock et de Metal modernes pour la compétition. La Finlande est très connue pour sa scène Metal et Rock internationalement, donc nous avons pensé que ce serait une belle occasion de représenter notre drapeau !
– Est-ce que lorsqu’on évolue dans un registre Metal ou Hard Rock, on a une obligation de jouer de manière peut-être plus accessible ?
Si vous pensez à l’Eurovision en elle-même, il s’agit principalement de chansons Pop et de ballades, il est donc assez facile de se démarquer avec une chanson plus Rock ou Metal. Dans notre cas, nous pensions avoir quelque chose d’assez unique dans les mains et nous avons également une très forte confiance en ce que nous faisons.
Photo : Mona Salminen
– Votre dernier album date de 2020 (« Violent Pop »), et j’imagine que l’Eurovision vous apporté un sérieux coup de boost. Est-ce que vous travaillez déjà sur votre prochain album, et est-ce que du coup, vous êtes obligés d’accélérer un peu les choses ?
Oui, nous travaillons actuellement à fond pour notre quatrième album. Nous avons passé un énorme contrat avec Century Media/Sony, donc la machine derrière nous est énorme. Heureusement, nous avons fait beaucoup de démos à l’automne 2020, nous n’avons donc pas à trop nous dépêcher et nous pouvons vraiment nous concentrer sur le contenu ! Et l’album sera épique.
-Est-ce que cette participation et cette belle sixième place vous obligent-elles à ralentir un peu le rythme et la percussion de vos prochaines compositions, ou au contraire elles vous apportent un élan supplémentaire via une nouvelle explosivité ?
Cette sixième place et le succès à l’Eurovision n’affectent pas notre musique. Nous continuons toujours à faire les choses selon nos propres envies et sans aucun compromis. Ça a toujours été comme ça et ça le restera !
– Une petite question me titille : comment est-ce qu’on peut sortir une vingtaine de singles en ne proposant que trois albums depuis vos débuts ? C’est plus facile à mettre en œuvre, ou est-ce une réelle volonté de notre part ?
Nous écrivons essentiellement des chansons assez courtes. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais c’est comme ça ! Donc, elles s’adaptent très bien au format du single. Et puis, nous pensons toujours que chaque morceau doit être assez bon pour devenir un single. Donc la barre est assez haute au niveau de la composition, je pense.
Photo : Mona Salminen
– Cette participation à l’Eurovision a également décuplé votre notoriété, et il est aujourd’hui difficile de passer à côté de BLIND CHANNEL et de votre single « Dark Side ». Est-ce que vous pensez que votre succès assez soudain va changer quelque chose à votre démarche et surtout à l’intention musicale du groupe ?
Non, et comme je l’ai mentionné, nous ferons toujours les choses comme nous le souhaitons et sans aucun compromis. Nous croyons que si l’on fait les choses avec le cœur, cela fonctionne. Dans notre cas, le succès semble être arrivé assez rapidement, mais en fait nous avons fait un sacré boulot avant et nous avons mangé notre pain noir ! Donc, BLIND CHANNEL ne sera jamais un groupe de « vendu ». Jamais.
– Dernière question, histoire de détendre cette atmosphère déjà détendue, ça a dû vous amusé cette micro-polémique créée par les Italiens de Måneskin. Avouez que ça frôle le comique, notamment dans le milieu du Rock et du Metal, non ?
Nous adorons Måneskin et nous avons passé un bon moment avec eux à Rotterdam. Je suppose que certaines personnes aiment nous comparer. Nous avons tous les deux la même mission : apporter la musique Rock au grand public. Et avec ce qui se passe, il semble que cela va vraiment arriver ! Et on adore vraiment ça !
Brant Bjork et Nick Oliveri ont retrouvé le chemin du (même) studio et, accompagnés par l’excellent Ryan Güt derrière les fûts, font jaillir avec STÖNER le meilleur de l’esprit du Stoner Rock. Gras, bluesy, punk et addictif, « Stoners Rule » est un modèle du genre. Tout en perpétuant la tradition, le trio américain s’engouffre dans une grande jam millimétrée et groovy.
STÖNER
« Stoners Rule »
(Heavy Psych Sounds Records)
On avait découvert le trio dans le volume 4 des « Live In The Mojave Desert » paru il y a quelques mois avec un set aussi endiablé que magique. STÖNER nous propose avec « Stoners Rule » la version studio de ses morceaux. C’est bien entendu à Joshua Tree au Rab Cabin et par Yosef Sanborn que l’album a été enregistré et il représente l’incarnation-même de l’esprit Stoner.
STÖNER, c’est bien sûr le grand Brant Bjork (ex-Kyuss, Fu Manchu) à la guitare et au chant, l’incomparable Nick Oliveri (Mondo Generator, ex-Kyuss, QOTSA) à la basse et au chant et l’excellent Ryan Güt à la batterie. Plus que complices, les trois musiciens se trouvent les yeux fermés à travers les sept titres de « Stoners Rule », qui ne devrait pas tarder à devenir un classique du genre.
Grâce aux riffs épais de Brant Bjork, aux vrombissements et au groove de la basse de Nick Oliveri et à la frappe sèche et appuyée de Ryan Güt, c’est une véritable célébration que propose le power trio américain. Hypnotique et bluesy, STÖNER vient du désert, celui où hippies, metalheads et autres punks forment une même communauté, qui va au-delà de la musique, et « Stoners Rule » en est la personnification.
Avant l’été, ATREYU vient poser une petite bombe et on n’en attendait pas moins d’eux vu leurs récents albums. Les Californiens reviennent en forme et c’est peu de le dire. « Baptize » est un petit bijou de Metal… sur courant alternatif et pas si Core que ça. Et ce huitième album studio vient confirmer la grande forme du quintet.
ATREYU
« Baptize »
(Spinefarm Records)
On ne va pas se mentir. J’ai lâché l’affaire en 2000 et suis revenu en 2015… environ. Donc ATREYU, je connais et de mon temps, on ne disait pas MetalCore, mais Metal Alternatif. Donc, on va rester là-dessus. Déjà parce que le groupe n’est pas tombé dans le panneau et qu’en plus, il s’est amélioré avec le temps. Le combo était authentique à l’époque et « Baptize » confirme simplement leur évolution.
Témoin de l’héritage des années 2000, ATREYU va donc de l’avant et propose des compos aussi musclées qu’intéressantes. Agressifs, mélodiques et très techniques, les Américains ne manquent pas d’idées. Et si le chanteur Alex Varkatzaz n’est plus là, le groupe peut compter sur Brandon Saller, d’ailleurs bien meilleur. Ainsi, « Baptize » se présente sous les meilleurs auspices.
Très costaud sur les rythmiques et incisif sur les riffs, ATREYU surprend aussi par des solos très mélodiques, et pour le coup agréable, qui viennent appuyer le propos. Car le quintet n’est venu déterrer les morts, mais plutôt leur redonner vie (« Save Us », « Catastrophe », « Weed », « Sabotage Me », « Dead Weight »). Sans casser trois pattes à un canard, ça détend !
Dernier représentant de la scène Metal HxC française, PRIMAL AGE est toujours debout, et semble même plus virulent et motivé que jamais. Avec « Masked Enemy », le quintet s’inscrit dans son temps avec des compos très rentre-dedans aux textes acidifiés. Dimitri, bassiste et fondateur du groupe, revient sur le parcours du combo, ses convictions et ce très bon nouvel album.
– Pour vous suivre depuis le début des 90’s, la première chose que j’ai notée en écoutant « Masked Enemy », c’est que votre jeu semble beaucoup plus complexe, tout en restant très direct. C’était votre intention première ?
La seule intention a été de faire un album brutal, genre uppercut au foie. La complexité vient si elle doit venir, mais sans calcul. Ce qui ressort quand on lit les chroniques, c’est ce côté rouleau compresseur.
– PRIMAL AGE a toujours évolué dans un registre Punk HardCore teinté de Metal, et vous n’avez pas changé. Pourtant votre son et vos compos ont une résonnance et une production très actuelles. Finalement, votre évolution a été permanente toutes ces années ?
En 28 ans, bien sûr et heureusement que le dernier disque ne sonne pas comme le premier. (Rires) La prod’ est forcément plus grosse, car ça a beaucoup évolué dans ce domaine. Quand tu écoutes certaines productions de HardCore il y a 25 ans, il y avait franchement peu de moyen et la qualité pouvait être très limite. En revanche, on a trouvé dès les débuts notre identité musicale et on s’y tient, car c’est exactement le son qu’on veut faire. On a réussi à évoluer dans la continuité et faire notre meilleur album au bout de 28 ans, comme quoi…
– « Masked Enemy » est un album très varié et il aborde plusieurs styles musicaux, mais sans porter dans la Fusion pour autant. Il est aussi très homogène et montre un registre assez peu répandu et toujours underground. PRIMAL AGE semble se jouer des modes et des courants. C’est le cas ?
Clairement, les modes on s’en cogne. Quand tu t’inscris dans la durée et que tu veux suivre le dernier truc qui marche, ça fait du n’importe quoi, t’imagines la discographie qu’on aurait ? Cela dit, Flo et moi, qui avons composé les morceaux sur cet album, écoutons des styles variés et ça ressort. En même temps il est impératif que le tout reste cohérant et je pense qu’on a bien réussi à se compléter et à apporter un max de relief et de richesse.
– Vous faites partie des vétérans, ou précurseurs, de la scène Metal HardCore française, et pourtant vous êtes sûrement les plus discrets et les moins exposés. C’est un choix de votre part ou un concours de circonstance ?
C’est un choix dans le sens où on a toujours voulu rester amateurs et que, par conséquent, nous ne sommes pas appuyés par de grosses structures. La différence se fait là et il faut l’assumer, même si on sent bien qu’on aurait pu faire de plus belles choses encore si on était plus soutenus et donc mis en évidence. On souffre clairement d’un déficit d’image, mais ça ce n’est pas de notre ressort. C’est comme ça que fonctionne le milieu de la musique. Cela dit, dans ce style et de cette époque, il n’y a plus que nous en France.
– Pionniers, vous l’êtes aussi en ayant adopté une philosophie straight edge dès vos débuts, alors que personne n’en parlait. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce mouvement, dont on ne parle qu’épisodiquement, et êtes vous toujours dans cette démarche ?
Il n’y a plus que Didier au chant et moi comme membres d’origine. Nous sommes toujours straight edge. Par la suite, si on voulait continuer à jouer, on a dû s’ouvrir, car on n’aurait pas pu faire une formation complète. Ce n’est pas très répandu dans la scène Metal, mais tant pis, ça nous permet de rester en forme à nos âges, ce choix est le nôtre et chacun fait comme il le sent.
– Au niveau des textes de ce nouvel album, on vous sent toujours engagés et revendicatifs. Contrairement à beaucoup d’autres, vous ne faites pas que dresser des constats, votre propos est plus incisif et protestataire. Votre démarche est toujours très politique finalement ?
Beaucoup de sujets sont politiques finalement, mais on n’a jamais eu de carte pour autant. Ca ne veut pas dire qu’on est indifférent. Il n’est pas question de laisser la politique à ceux dont c’est le métier et l’écologie être représentée par des guignols avec lesquels on n’a rien à voir. Ces sujets m’inspirent et reviennent dans chaque album quand je me mets à écrire. Mais comme pour la musique, l’idée est d’avoir de la variété dans les sujets traités.
– Vous qui êtes issus de la mouvance Metal HardCore, quel est votre sentiment sur le phénomène MetalCore, très Pop, que l’on subit depuis quelques années ? Vous êtes plutôt amusés, intéressés, tentés par l’expérience ou carrément indifférents ?
Je crois qu’on s’en fout un peu. Encore fois, quand on compose, on sort la musique qu’on a envie de faire sans se préoccuper de ce qui marche. On fait ça par passion et avec authenticité, le reste importe peu.
– Pour conclure, le line-up de PRIMAL AGE semble stabilisé avec l’arrivée de Miguel derrière les fûts. Les batteurs et vous, c’est une longue histoire. Cette fois, c’est le bon ?
Oui, on espère et il nous donne de bonnes garanties pour le peu qu’on a eu d’occasions de jouer ensemble. C’est un vrai musicien. La batterie est un élément très important pour la musique qu’on fait. Hormis le tout premier « MCD » sorti en 1999 avec Stéphane, et ce dernier pour lequel on a eu l’aide providentielle de Rudy d’Explicit Silence, il a toujours fallu expliquer aux batteurs comment jouer de leur instrument. Les phases de compo ont toujours été compliquées à ce niveau. Quand on écoute le résultat final, on est sûr d’avoir fait les bons choix. Avec Rudy, nous n’avons rien eu à lui dire, il comprend notre musique et est un excellent musicien. Miguel semble avoir cette fibre.
« Masked Enemy » de PRIMAL AGE est disponible depuis le 11 juin chez WTF Records.
Même s’il n’était pas encore né, Igor Amadeus, fils de Max Cavalera, semble avoir été bien élevé et biberonné au Thrash Metal si l’on en juge ses capacités à plonger dans le Metal extrême des 80’s. Allant jusqu’à écrire la quasi-totalité de cet album éponyme, le fiston (guitare, basse, chant) marche dans les pas de son père et GO AHEAD AND DIE porte bel et bien l’empreinte familiale.
GO AHEAD AND DIE
« Go Ahead And Die »
(Nuclear Blast)
Chez les Cavalera, on aime jouer de la musique en famille et en voici une nouvelle preuve. Durant le premier confinement, alors que les studios avaient fermé leurs portes et que les tournées étaient annulées, Max et son fils Igor Amadeus se sont dits que c’était enfin l’occasion de s’atteler ensemble et pour la première fois à la création d’un album. GO AHEAD AND DIE était né.
Forcément, la famille n’est pas très portée sur la Bossa Nova, alors c’est dans un registre Thrash Old School très brut que le leader de Soulfly a traîné le fiston, qui n’en demandait pas tant, puisqu’il a écrit la quasi-totalité de cet album éponyme. Et c’est l’excellent Zach Coleman (Khemmis, Black Curse) derrière les fûts qui vient compléter le line-up hyperactif de GO AHEAD AND DIE.
Direct et soutenu par une production digne du meilleur des 80’s, le power trio livre un brûlot très politique dans le propos (« I.C.E. Cage », « Toxic Freedom », « Worth Less Than Piss », « Truckload Full Of Bodies »). Efficace et frontal, le groupe maltraite les rythmique, appuie ses riffs et fait un superbe pied de nez au groove : réjouissant. GO AHEAD AND DIE est un bain de jouvence.
Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !
MUDDLES – « Mind Muddling » – Klonosphere
C’est un vent de fraîcheur qui souffle sur ce « Mind Muddling », premier album des Français de MUDDLES. Le quatuor signe ici de bonnes compos, très abouties et très bien produites. Mélodique et percutant, le Rock Alternatif du groupe, qui tire très franchement sur le Metal, puise son énergie chez des formations des 90’s. La voix de Barbara, toute en puissance, combinée au registre de MUDDLES fait irrémédiablement penser à Skunk Anansie mais des influences, on en trouve toujours. Le combo s’appuie sur une guitare efficace et aiguisée, une solide rythmique et surtout des refrains qui font mouche et viennent s’enraciner dans le cerveau. Sobre, direct et grâce à des arrangements dthe widow,iscrets et subtils, « Mind Muddling » laisse entrevoir un bel avenir au quatuor.
EREI CROSS – « The Widow » – Klonosphere
Décidemment, Poitiers semble devenue un point névralgique en termes de créativité et, forcément, tout ce qui est Rock et Metal n’est pas en reste. Ouvertement féministe dans son propos, ce premier EP de six titres est un concentré de sonorités très variées. Difficilement identifiable musicalement, EREI CROSS avance dans un Rock Alternatif aux vastes contours, qui vont d’ambiances très Electro à des fulgurances Stoner, le tout appuyé par de gros riffs rappelant le Metal Fusion des 90’s. Autoproduit, « The Widow » affiche une très belle production, mise en valeur par des arrangements très soignés et inventifs. Le trio composé d’Adrien Grousset (guitare), Laetitia Finidori (basse, chant) et Matthieu Guérineau (batterie) compte une solide expérience que l’on ressent sur l’ensemble très mature de ce premier EP, qui laisse même un goût de trop peu.
Depuis 1984, HELLOWEEN a vécu pas mal de changements de line-up, mais le plus marquant fut le départ de Kaï Hansen et Michaël Kiske, qui a ouvert une seconde voie au groupe en 1996. Depuis quelques années, tout le monde est de retour au bercail et si les prestations scéniques n’ont pas manqué de piquant, on attendait surtout un album studio de la part du septet. C’est chose faite avec « Helloween », qui vient s’inscrire dans la lignée des meilleures productions des Allemands.
HELLOWEEN
« Helloween »
(Nuclear Blast)
Même si le groupe arpente les scènes du monde entier depuis quatre ans maintenant, HELLOWEEN livre enfin son premier album avec le line-up complet et presque transgénérationnel. Forcément, les retours de Kaï Hansen et Michaël Kiske, pierres angulaires du combo, sont la première attraction de cet opus de la nouvelle ère des Allemands. Et il faut bien reconnaître que ce disque éponyme est l’une de leurs meilleures réalisations depuis de très longues années.
Toujours produit par Charlie Bauerfeind, cette fois accompagné de Dennis Ward (Pink Cream 69, Unisonic, …), on retrouve donc le son inimitable du désormais septet et, loin de se marcher dessus, chaque musicien trouve sa place comme par magie. Vocalement, la cohabitation entre Andi Deris et Michaël Kiske est le point fort du groupe, qui retrouve un bel élan à travers ce duo très complémentaire. Même si on pouvait attendre beaucoup plus du trio de guitaristes, HELLOWEEN ne manque pas de puissance.
Au-delà des compositions qui restent fidèles au registre, et sont même un beau compromis entre les deux époques, c’est l’unité affichée par les Allemands qui fait plaisir à entendre (« Out for the Glory », « Mass Pollution », « Best Time » presqu’estampillé Billy Idol). Avec des chorus toujours aussi fédérateurs, des riffs costauds et une belle rythmique, HELLOWEEN continue d’honorer le Speed Metal dont il est maintenant l’un des derniers représentants (« Indestructible », « Orbit », « Skyfall »). Belle réunion de famille.
Même instrumentale, la musique de GLEN ne manque ni de poésie, ni d’expression. Le Post-Rock Progressif du groupe berlinois prend une dimension nouvelle sur ce deuxième album, « Pull ! », parfaitement interprété et superbement bien produit. Parvenant à captiver à travers des morceaux pourtant assez longs, mais très rythmés et accrocheurs, le quatuor présente de multiples facettes dues aux parcours singuliers de ses membres. Entretien avec Wilhelm Stegmeier et Eleni Ampelakioutou pour évoquer ce nouvel opus, mais pas seulement…
– On sait que Berlin est une capitale culturelle cosmopolite et GLEN avec son line-up international en est la preuve. Comment vous êtes-vous rencontrés et sur quelles bases et quelles influences musicales avez-vous décidé de bâtir votre répertoire ?
Wilhelm : Eleni et moi sommes des collaborateurs de longue date, tant dans la musique qu’au cinéma. Nous avons collaboré sur plusieurs projets de films : Eleni en tant que réalisatrice, et moi comme compositeur de longs métrages, de documentaires et de films abstraits expérimentaux. Brendan Dougherty nous a été présenté. En plus d’être batteur, il travaille dans le théâtre en tant qu’artiste sonore et a collaboré avec l’Ensemble de danse Meg Stuarts, « Damad Goods », ainsi qu’avec divers autres groupes de danse et de performance. Nous connaissons aussi Maria Zastrow depuis assez longtemps. Elle a animé une émission dans une station de radio indépendante à Berlin, où elle nous avait invité à présenter notre précédent album « Crack ». Elle s’est demandé pourquoi nous ne lui avons pas demandé de jouer de la basse. Et comme elle avait déjà participé à un autre projet musical avec nous, on lui a simplement proposé.
– Vous venez de sortir « Pull ! », votre deuxième album et il est cette fois entièrement instrumental. Le choix de se passer de chant a été une décision que vous aviez prise dès le départ, ou est-ce venu naturellement ? Les morceaux se suffisant à eux-mêmes finalement ?
Wilhelm : Au sein du groupe, il y a toujours eu un terrain d’entente. Il y a une forte influence de l’élément narratif épique issu de la musique cinématographique, la création de nouveaux espaces sonores et de structures ouvertes aux musiques expérimentales ; et d’autre part, celle de la puissante dynamique et l’énergie du Noise, du Drone et du Rock Progressif également. Nous ne voulons pas nous limiter à produire de la musique qui contribue à un genre spécifique. Il y a une transformation constante au sein du groupe.
– Bien qu’instrumental, « Pull ! » se présente comme un album-concept. Est-ce que vous pouvez entrer dans le détail pour nous l’expliquer, et est-ce que le fait de se priver de textes complique les choses pour le côté narratif ?
Eleni : Le titre « Pull ! », ainsi que chaque titre de l’album ouvre la voie à une ambiguïté délibérée. Le morceau « Ahab » et ses illustrations font référence à Mocha Dick, une célèbre baleine agressive, mentionnée pour la première fois en 1839 dans une histoire publiée dans « The Knickerbocker » et « New-York Monthly Magazine », et qui ont probablement été une inspiration pour « Moby Dick » de Melville. Par ailleurs, il se dégage d’autres thèmes comme les personnages mythiques à domination masculine dans « Ahab », les efforts insurmontables sur « Korinth » et le bouton de rose comme énigme de « Davos », entourés de la « Montagne magique » de Thomas Mann accueillant le Forum Economique Mondial, et « Buffalo Ballet », qui est le témoin des batailles historiques de l’urbanisation, sont ouverts à de multiples interprétations. Autant, chacun de ces titres signifie quelque chose pour nous, autant ils laissent suffisamment d’espace à l’auditeur pour de multiples interprétations. Et c’est ce que nous voulions.
– Wilhelm, toi qui viens de la composition de musiques de films, tu as dû être peut-être plus à l’aise dans l’écriture de ces nouveaux morceaux, non ?
Wilhelm : Je suis venu à la musique de film, car j’étais fan de musique de film. J’aime les aspects narratifs des compositions et les paysages sonores de compositeurs comme Ennio Morricone, Pierre Jansen, Georges Delerue, Jerry Fielding ou Michael Small pour n’en citer que quelques-uns. J’aime les images que crée cette musique, même sans regarder le film. Travailler comme compositeur de film, c’est un rêve devenu réalité d’une certaine façon. D’un autre côté, c’est un engagement, car il faut servir les images du réalisateur, bonnes ou mauvaises. En travaillant sur la musique sans ces limitations, je peux servir et orchestrer mes propres images personnelles. Au-delà de cela, travailler en tant que compositeur peut aussi être une entreprise solitaire. Mais j’aime collaborer dans un contexte de groupe et apporter à la musique l’élan des autres musiciens.
– Le fait aussi que les nouveaux titres soient assez longs doit faciliter l’installation d’ambiances musicales grâce à une plus grande liberté, notamment pour un album-concept, non ?
Wilhelm : Tu as tout à fait raison. Certains effets ont besoin de temps pour se développer et s’élever. Par exemple, le rythme répétitif de « Yoo Doo Right » du groupe Can crée un vortex hypnotique qui dure 20 minutes. Cela créé une atmosphère qui rappelle la transe des percussions tribales. Sunn O))) a aussi créé un environnement transcendantal sacré avec son Drones et son volume massif. Pour ce genre de compositions, le temps est une partie essentielle de la musique. C’est un concept complètement différent d’une chanson Pop de trois minutes.
– Musicalement, l’univers de GLEN est assez vaste, même si on peut vous définir comme un groupe de Post-Rock Progressif. C’est une façon de brouiller les pistes, de ne pas se restreindre à un style ?
Eleni : Comme Wilhelm l’a mentionné précédemment, nous ne voulons pas contribuer à la musique d’un genre spécifique. On ne pense jamais à ça. Le terme « Post-Rock » contient tellement de musique et de styles différents que nous nous sentons assez à l’aise pour être définis comme tel, même si nous n’aimons vraiment pas être cataloguer de quelque manière que ce soit.
– Etonnamment, « Pull ! » est un album très technique musicalement et pourtant il est très abordable et ne présente pas de complexité apparente à l’écoute. C’est important pour vous d’être le plus « lisible » possible ?
Wilhelm : Pour moi, la musique est avant tout une expression émotionnelle et non une représentation de virtuosité et de technique. C’est une autre forme de communication. C’est merveilleux quand cette connexion émotionnelle se produit. Donc être « lisible », c’est probablement souhaité par n’importe quel musicien. Cela dit, nous ne changerons jamais un morceau ou une partie pour la rendre plus « lisible » ou consommable. En écoutant notre précédent disque, un ami a été surpris de pouvoir même danser sur notre musique… Je lui ai dit : eh bien danse ! D’un autre côté, Morricone, même avec ses compositions les plus expérimentales pour le cinéma et avec le collectif de compositeurs d’Avant-Garde Gruppo Di Improvvisazione Nuova Consananza ou The Group, a toujours réussi d’une manière ou d’une autre à créer des « Hits », en tout cas selon moi.
– Un dernier mot aussi sur votre travail avec le grand Reinhold Mack, qui a mixé l’album. Comment s’est passé votre collaboration et comment le contact a-t-il eu lieu ?
Wilhelm : Pour faire court, nous avons grandi dans le même petit village dans le sud profond de l’Allemagne… mais pas exactement au même moment. Sa famille avait un magasin de piano à côté de la maison de mes parents. Quand j’étais petit, il avait déjà du succès dans le monde de la musique. Dans le magasin de piano, ses parents avaient exposé une collection de ses disques d’or et je me tenais devant la fenêtre quand j’étais jeune, pensant qu’il y avait une sorte de sortie par là… Je me souviens juste de l’avoir sans doute vu une fois avec mon père quand j’avais peut-être trois ans dans la rue. Il portait un long manteau et des cheveux longs avec un autre gars dans le même style. Je les pointais du doigt en disant « Deatels », ce qui était censé signifier « Beatles ».
De nombreuses années plus tard, j’ai reçu un e-mail surprenant de sa part. Il était à Los Angeles et il venait de rentrer d’Allemagne. Il a allumé la télévision et a regardé un film allemand découvrant mon nom dans le générique de fin pour la musique… Calculant alors que nous étions autrefois voisins… Nous avons alors eu des contacts sporadiques. Quand on travaillait sur « Pull ! », il m’a contacté pour tout autre chose. Nous avons parlé un peu de musique et de business, je lui ai parlé de GLEN et du fait que nous travaillions sur un nouvel album.
De retour au studio, Eleni et moi étions coincés sur un morceau et on avait tendance à en faire de trop. J’avais nos échanges en tête et je lui ai dit : « Qu’aurait fait Mack ? », en pensant à la simplification parfaite de « Another One Bites the Dust ». Nous avons écouté la chanson et avons été subjugués par la parfaite production. Je lui ai alors écrit et il m’a répondu : « Si vous avez un problème, envoyez-le moi ». C’est ainsi qu’a commencé la collaboration, qui a été une belle expérience et vraiment un grand plaisir ! Au final, il a mixé l’intégralité de l’album et nous lui en sommes très reconnaissants ! Ce qui est drôle, c’est que nous ne nous sommes jamais rencontrés en personne jusqu’à présent… sauf par incident quand j’étais petit garçon… peut-être.
L’album « Pull ! » est disponible chez Anesthetize Productions depuis le 7 mai.
Ils ont beau se dire en colère et énervés, c’est pourtant avec une sacrée dose de bonne humeur et une énergie folle que le trio français THE CHRIS ROLLING SQUAD nous balance en pleine tête ce troisième album. « Cannonball Holocaust » est l’œuvre d’un power trio de fous-furieux qui fait rimer refrains accrocheurs et riffs assassins. Poussez les meubles et montez le son !
THE CHRIS ROLLING SQUAD
« Cannonball Holocaust »
(Cimex Records/Tvåtakt Records)
Invitez à la même table les Ramones, Motörhead, GBH et Slayer et vous aurez une petite idée du registre sauvage, véloce et enjoué de THE CHRIS ROLLING SQUAD. Entre la puissance du Hard Rock, l’énergie Punk et la fougue Rock’n’Roll, le trio n’a pas choisi, il a préféré se les approprier et l’idée est carrément bonne. Pied au plancher, le combo balance 14 baignes qui sont autant de bouffées d’oxygène.
Sorti il y a deux petits mois, « Cannonball Holocaust » est le troisième album de THE CHRIS ROLLING SQUAD et son premier sur les labels suédois Cimex Records et Tvåtakt Records, qui ont franchement eu du nez sur ce coup-là. Entre deux coups de speed, les riffs acérés et la très massive rythmique nous renvoient aux belles heures d’un Rock débridé, insolent et irrévérencieux à souhait.
Vocalement très en place, tant au niveau du lead que des chœurs, THE CHRIS ROLLING SQUAD rappelle des ambiances américaines (« Crazy Little Boy », « Revolution », « All Around »), des assauts très britishs (« Straight Down To Hell », « Desperate City ») et une énergie qui lui est très personnelle (« Faster », « Staying Home With Mommy », « Hollywood »). Courts et racés à l’instar des solos (!), les morceaux du trio claquent et fouettent !