Si TONY HOLIDAY se présente avec des réalisations surpassant les précédentes sur un tel rythme, il devrait toucher la perfection d’ici peu. D’une écriture éclatante et entouré d’incroyables musiciens, il parvient à un somptueux mélange des genres, où les guitares rivalisent avec les cuivres, l’orgue et l’harmonica dans une rare harmonie. Avec « Keep You Head Up », le bluesman s’affirme comme une valeur sûre et incontournable de la scène Blues actuelle.
TONY HOLIDAY
« Keep Your Head Up »
(Forty Below Records)
TONY HOLIDAY a de la suite dans les idées et c’est peu de le dire. Septième album depuis « Porch Sessions », son premier opus sorti en 2019, et alors qu’on pourrait imaginer un certain essoufflement, c’est tout le contraire. Le chanteur se bonifie disque après disque et son style s’affine d’autant plus vite. Originaire de l’Utah et installé à Memphis depuis 2017, le songwriter distille un Soul Blues très expressif, basé sur un savant mix de Blues texan, de celui de Chicago aussi et de Blues Rock auquel il faut ajouter une touche de Hill Country. Et le pont entre les styles est solide.
Et le plus surprenant chez l’Américain est qu’il parvient à conserver une touche Old School tout en se présentant avec des chansons modernes dans leur écriture comme dans le son. Et pour « Keep Your Head Up », TONY HOLIDAY a fait appel à de très nombreux musiciens, dont quelques invités de renom. Enregistrés entre le Tennessee et la Californie par Eric Corne, les huit morceaux sont impressionnants de feeling et de finesse d’interprétation, et la profondeur, tout comme le relief et la chaleur, de la production sont exceptionnels. En somme, on cherche en vain les défauts.
Même si « Keep Your Head Up » ne s’étend que sur une demi-heure, les surprises sont nombreuses. Avec Eddie 9V sur le funky « She’s A Burglar », en duo avec le brillant Kevin Burt sur « Twist My Fate », accompagné par la guitare de Laura Chavez sur « Shoulda Known Better » ou aux côtés d’Albert Castiglia sur « Drive It Home », TONY HOLIDAY est à l’aise dans tous les registres. Y allant de son tonique harmonica sur trois titres, il porte littéralement ce nouvel album de sa voix enveloppante et tellement Soul. Une fois encore, il nous régale avec talent et on en redemande.
Compositeur, guitariste et chanteur, KUSTAN ADAM présente un deuxième album constitué de Blues Rock énergique et de titres plus Funky et Soul. « Pretty Black Suit » est un beau condensé du savoir-faire et du raffinement musical du Hongrois. Entre accords bien sentis et solos enflammés, il réussit à capter l’attention grâce à une approche très élégante et des mélodies imparables. Toujours réalisé en indépendant, le musicien ne devrait pas tarder à être approché par de sérieux labels.
KUSTAN ADAM
« Pretty Black Suit »
(Independant)
Après un premier effort convaincant en 2021, « I Ain’t Got A Car », KUSTAN ADAM confirme ses débuts prometteurs avec « Pretty Black Suit ». Le Hongrois a passé du temps sur la route, s’est aguerri et cela s’entend. De retour avec son power trio, son Blues Rock aux saveurs Soul a pris du volume et, grâce à une production très soignée, son jeu de guitare resplendit et pas seulement. Ses talents de songwriter montrent aussi un artiste plus mature et qui élargit aussi son spectre musical dans une polyvalence stylistique très bien maîtrisée.
Très imprégné d’un Rock 60’s savoureux, KUSTAN ADAM distille un Blues moderne qui ne renie pas non plus ses racines, notamment celles du Delta. Dynamique et jouant sur une certaine légèreté qui rend ses morceaux assez aériens, le bluesman s’avère être aussi un très bon chanteur. Sa jeunesse apporte également beaucoup de fraîcheur sur ce « Pretty Black Suit », bien trop court au final. Rock, Funky ou Soul, il s’approprie tous ces registres avec facilité et une séduisante décontraction, qui rend l’ensemble très fluide.
En libérant un riff bien fuzz dès le départ sur « Little Blue Man », KUSTAN ADAM montre qu’il n’a pas froid aux yeux et ce deuxième opus s’annonce haut en couleur. Même si la suite est plus posée (« I’m Alone »), le très Funky « We Were Born » remet du tonus avant la belle slide de « Young Boy ». Et c’est « Travellin’ Man » et son Blues Rock contagieux qui emporte tout grâce aussi à un superbe dialogue avec sa choriste. Des douces notes de trompette sur le morceau-titre, jusqu’au délicat « Going Down To Memphis », on est tenu en haleine.
Compositrice, chanteuse et guitariste accomplie, NINA ATTAL se présente avec une cinquième réalisation très aboutie, remarquablement bien produite et d’une belle diversité. Fluide et instinctif, son jeu paraît évident, malgré une technicité de chaque instant qui se niche au creux de chaque arrangement. Avec beaucoup de fraîcheur et d’énergie, « Tales Of A GuitarWoman » est la signature d’une artiste aguerrie et pleine de ressources. Organique et moderne.
NINA ATTAL
« Tales Of A Guitar Woman »
(LVCO)
Ce qui caractérise notamment NINA ATTAL depuis ses débuts il y a un peu plus de 15 ans, c’est son indépendance et sa liberté artistique. Et c’est sûrement ce qui a contribué à son éclosion et sa longévité… au-delà de son talent, bien sûr. Devenue incontournable sur la scène Rock et Blues française, elle s’est affranchi des frontières musicales depuis longtemps déjà pour laisser éclore un style très personnel où la Folk, le Rock, l’Americana et la Pop trouvent refuge autour d’un Blues rassembleur, qui fait le guide.
Quatre ans après un resplendissant « Pieces Of Soul », NINA ATTAL livre son cinquième album et il se montre largement à la hauteur des attentes. Très introspectif dans les textes, il est aussi une véritable déclaration d’amour à son instrument : la guitare. Et sur « Tales Of A GuitarWoman », elle passe de l’électrique à l’acoustique, de la 12 cordes au dobro avec la même dextérité, le même feeling et cette même technique qui fait d’elle l’une des plus impressionnantes et éclectiques musiciennes du paysage musical actuel.
Composé de 13 chansons, ce nouvel opus nous conte aussi 13 histoires, qui sont autant de propos intimes que de réflexions sur l’état de notre monde. NINA ATTAL joue sur les émotions avec douceur, toujours chevillée à cette explosivité qu’on lui connaît. Incendiaire ou délicate, la musicienne reste d’une spontanéité constante, et peu importe le style abordé. Enfin, « Tales Of A GuitarWoman » compte également trois titres en français et des duos, qui viennent confirmer sa polyvalence et un sens du songwriting imparable. Intense !
Retrouvez également sa récente interview et la chronique de « Pieces Of Soul » :
Pour son 17ème album, celle qui compte sept Blues Music Awards dont le fameux BB King remis par la légende elle-même, nous plonge à la découverte de quelques trésors qu’elle a le don de régénérer en intériorisant les chansons pour les faire siennes. JANIVA MAGNESS est une interprète hors-norme et cette facilité à les personnaliser confère à ses reprises une authenticité toute flamboyante. Et si l’on ajoute le fait que « Back For Me » ait été enregistré en condition live, on constate que la blueswoman s’est à nouveau surpassée.
JANIVA MAGNESS
« Back For Me »
(Blue Élan Records)
Originaire de Detroit, Michigan, JANIVA MAGNESS est ce que l’on pourrait qualifier de diva (au bon sens du terme !), tant elle parvient à chaque nouvel album à fusionner le Blues, la Soul et l’Americana avec une grâce que l’on n’entend que très rarement. Avec sa voix rauque et puissante, elle reste toujours incroyablement captivante et, en un peu plus de 30 ans de carrière, ne déçoit jamais. Pourtant, l’Américaine est également une grande spécialiste des reprises qui, à chaque fois, sortent brillamment de l’ordinaire par leur choix.
Non que JANIVA MAGNESS ne soit pas une très bonne songwriter, bien au contraire, mais elle excelle dans l’art de magnifier les morceaux des autres en les transformant au point d’en faire de véritables déclarations personnelles. Et c’est encore le cas sur « Back For Me », où elle se montre à même de se les approprier avec un charisme incroyable pour leur offrir une nouvelle vie. Et comme cela ne paraît pas suffire, elle a même convié Joe Bonamassa (encore lui !), Sue Foley et l’électrique Jesse Dayton à la fête.
Une autre des multiples particularités de la chanteuse est aussi de dénicher des pépites méconnues d’artistes aux horizons divers. Et cette fois, c’est chez Bill Withers, Ray LaMontagne, Allen Toussaint, Doyle Bramhall II, Tracy Nelson et Irma Thomas que JANIVA MAGNESS a trouvé l’inspiration. Toujours produit par son ami Dave Darling, « Back For Me » balaie un large éventail de sonorités et de terroirs Blues et Soul, qui vibrent à l’unisson sur une dynamique brûlante entre émotions fortes et rythmes effrénés. Sompteux !
Elle chante depuis sa tendre enfance et, aujourd’hui, la force et la puissance qu’elle dégage est au service d’un Blues emprunt de Soul, de R&B, de Funk et d’Americana. Avec « August Moon », ALLISON AUGUST multiplie les écarts, passant d’un registre à l’autre avec une totale maîtrise. D’une belle authenticité et avec une sincérité très perceptible, elle interprète de manière limpide des chansons qu’elle a écrites ou co-écrites et où elle brille en offrant une sensation très familière et proche. Un moment de vie sur une musique très élégante.
ALLISON AUGUST
« August Moon »
(MoMojo Records)
Elle a le soleil dans la voix et neuf longues années après « Holy Water », elle signe enfin son retour avec un nouvel album auquel elle se consacre depuis quelques années. Et si la Californienne affiche déjà un beau parcours, ce nouvel opus vient sonner en quelque sorte l’heure d’une certaine consécration artistique pour elle. En effet, ALISSON AUGUST a fait appel au grand et awardisé Tony Braunagel, batteur auprès des plus grands noms du Blues et de la Soul, et sur plusieurs titres du disque, ainsi que metteur en son pour Eric Burdon, Mike Zito, Taj Mahal ou Coco Montoya pour ne citer qu’eux.
Autant dire que la voix de l’Américaine résonne de la plus belle des manières sur ce « August Moon », qui nous transporte sur des ambiances variées et qui, dans un écrin Blues Americana, laisse échapper des styles qui la porte depuis toujours comme le Jazz, le R&B, la Country-Soul ou la Funk. C’est d’ailleurs le cas sur « I Won’t Say No » qu’elle interprète magistralement en duo Sugaray Rayford, autre monument électrisant de la scène Soul Blues. Deux personnalités qui se complètent à merveille sur ce titre qui vient confirmer qu’ALLISON AUGUST mène sa barque avec une folle énergie.
Tendre ou survoltée, la chanteuse passe par toutes les émotions sur un groove de chaque instant, magnifiquement orchestré par un groupe qui met toute son expérience au service d’un feeling implacable. Soutenue par un trio de chœurs vibrants et chaleureux, elle enchaîne des morceaux au songwriting efficace et elle laisse respirer les chansons tout en évoquant des sujets souvent très personnels, traités avec délicatesse. ALLISON AUGUST livre ici l’une de ses plus belles performances sur album et on se délecte de chaque instant (« Blue Eye Boy », « Blues Is My Religion », « I Ain’t Lyin’ »). Somptueux !
L’addition de talents ne garantit pas forcément l’enthousiasme, ni un résultat à la hauteur. Et si les exemples sont nombreux, il y a toujours des exceptions qui débouchent sur des albums renversants où l’on touche la perfection. Le grand BOBBY RUSH et l’incontournable KENNY WAYNE SHEPHERD ont mis en commun leur expérience et leur feeling dans une réalisation qui fera date sans aucun doute. « Young Fashioned Ways » incarne un Blues intemporel et majestueux. La classe et le feeling en symbiose.
BOBBY RUSH & KENNY WAYNE SHEPHERD
« Young Fashioned Ways »
(Deep Rush Records)
L’un a 91 ans et l’autre 47. Deux générations les séparent et pourtant, ils ont le même amour et la même passion du Blues. Alors, lorsqu’une légende vivante rencontre une si belle étoile qui incarne à elle seul l’avenir du genre, on ne peut que se réjouir. Il faut bien avouer que BOBBY RUSH et KENNY WAYNE SHEPHERD n’ont pas mis bien longtemps à s’aligner sur la même longueur d’onde. Et ce qui est assez génial sur « Young Fashioned Ways », c’est qu’aucun de ces deux géants du Blues n’a fait de concession dans son jeu. Au contraire, si le respect est palpable, c’est surtout la complicité entre eux qui brille !
Bien sûr, le timbre de voix et l’harmonica de BOBBY RUSH est identifiable en quelques secondes seulement et il va sans dire que le toucher et le son de guitare de KENNY WAYNE SHEPHERD ne laissent pas l’ombre d’un doute, non plus. La connexion est instantanée entre l’approche très moderne du Blues de l’un et toute la classe et l’héritage si bien préservé de l’autre. Il faut aussi préciser aussi que notre duo vient de Louisiane et les deux musiciens partagent donc des valeurs et une vision commune du Blues, cette atmosphère si spécifique à cet autre berceau du style. Et c’est pourtant ailleurs qu’ils vont se retrouver.
Entre compostions originales et réinterprétations de classiques de BOBBY RUSH, « Young Fashioned Ways » témoigne aussi de l’amour que les deux hommes ont pour Muddy Waters, comme en témoigne le titre de l’album. Accompagné d’un groupe virtuose, on se laisse littéralement envoûter par cette éclatante célébration de l’Histoire, de la culture et même de l’âme du Blues. Et KENNY WAYNE SHEPHERD navigue sur des tempos et des ambiances différentes avec le talent inouï qu’on lui connait. On peut ici parler de chef-d’œuvre, tant les deux artistes atteignent des sommets, tout en se faisant vraiment plaisir.
Retrouvez la chronique du dernier album solo de BOBBY RUSH…
Artiste accomplie au parcourt assez étonnant, ZZ WARD sort un quatrième opus plein de surprises en suivant ses choix et ses envies. Sur « Liberation », chaque titre est concis et direct et traverse les courants du Blues avec passion et beaucoup de facilité. A la fois Roots, Blues Rock, Southern, aux sonorités du Delta comme sur un groove Honky-Tonk, la frontwoman se fait brûlante, poignante, délicate et forte. Vibrante et intense, l’Américaine est exaltante et conquérante. Une belle démonstration de feeling et de maîtrise.
ZZ WARD
« Liberation »
(Dirty Shine/Sun Records)
Chaque nouvelle sortie de ZZ WARD est dorénavant scrutée de très près et quelques mois après son arrivée sur le mythique label Sun Records qui avait été marqué par l’EP « Mother », elle nous livre « Liberation ». Et la songwriter de Roseburg, Oregon, se présente avec un quatrième opus étonnant à bien des égards. En effet, le successeur de « Dirty Shine », sorti il y a deux ans, est composé de quatre des six morceaux de son récent format court paru en octobre dernier, ainsi que de quelques classiques revisités et, bien sûr, de chansons originales.
Celles et ceux qui auraient manqué « Mother » ont donc le droit à une petite séance de rattrapage. La multi-instrumentiste a renouvelé sa confiance au producteur Ryan Spraker, ayant lui-même plusieurs cordes à son arc, et « Liberation » est un album qui n’aura jamais aussi bien porté son nom. Au fil des morceaux, on découvre ZZ WARD déclamant son amour du Blues, sans filtre et sans fard, que ce soit sur ses propres titres ou sur les reprises qu’elle a savamment choisi et qu’elle s’est approprié avec brio…. Une expression de la liberté plus flamboyante que jamais.
Libre et libérée, la chanteuse fait ce qu’elle veut et elle sait tout faire. A travers les 14 chansons de « Liberation », elle démontre sa polyvalence tout comme sa connaissance d’un répertoire Blues très large. Parmi les covers de Big John Hamilton, Son House, Robert Johnson ou Fats Domino, ZZ WARD fait plus qu’explorer l’Histoire du genre, elle la réinvente et lui offre une toute nouvelle couleur. Et en marge, on se délecte de ses compositions très personnelles et intimes (« Love Alive », « Liberation », « Lioness », « Clairvoyant », « Next To You »). Brillante !
Brut de décoffrage, le registre rocailleux des transalpins prend ici une toute autre direction musicale, même si leur touche reste intacte et leur esprit rebelle plus que vivace. Provocateur et irrévérencieux à souhait, THE DEVILS s’offre une virée dans les marécages avec un opus Stoner fait de Blues et de Soul, qui prend les traits d’un Heavy Blues sauvage au son primal et direct, façonné par un Alain Johannes des grands jours. « Devil’s Got It » traquent les décibels dans une séduisante et chaotique mixité. Magistral !
THE DEVILS
« Devil’s Got It »
(Go Down Records)
Survolté et électrisant, l’explosif duo napolitain fête ses dix ans d’existence avec un sixième album, dont le contenu paraît surprenant, mais dont le résultat colle terriblement à son image. Rock’n’Roll jusqu’au bout des doigts, Erika Switchblade (batterie, chant) et Gianni Blacula (guitare, chant) ont toujours mené leur carrière sans concession œuvrant dans un style hyper-roots entre Stoner et Garage. Epais et organique, THE DEVILS est d’une féroce authenticité et elle en est même devenue sa marque de fabrique. Une chaleur qui se répand délicieusement.
Dès le début de l’aventure, les complicités ont été aussi évidentes que redoutables. Sur les deux premiers efforts, c’est Jim Diamond (The White Stripes, The Sonics) qui s’est chargé de la production, avant que le grand Alain Johannes (QOTSA, Chris Cornell, …) ne prenne le relais. Solidement forgé par deux personnalités aussi singulières, le son de THE DEVILS a pris corps et s’est pleinement affirmé entre de si bonnes mains. Et alors que l’on pouvait s’attendre à un déferlement sonore dans les règles, c’est le Blues et la Soul qui sont ici à l’honneur.
Avec l’ardent désir de rendre hommage à une scène qui les inspire depuis toujours, les Italiens sont allés puiser dans les moindres recoins, souvent reculés mais toujours très pertinents, de ce style d’une magique intemporalité. Après un traitement de choc en bonne et due forme, les morceaux de Reverend Charlie Jackson, Freddie Scott, Robert Wilkins, Muddy Waters, Magic Slam, Z.Z. Hill ou encore William Bell reprennent vie comme s’ils avaient vu le diable en personne. Une jouissive frénésie que THE DEVILS distille sans retenue. Encore !
C’est suffisamment rare pour être souligné, THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO est un octuor ou un octette, c’est selon, et les possibilités lorsque l’on parcourt autant de registres comme le font les Scandinaves sont donc presqu’infinies. Sur une base Roots, Rock et Blues, « House Of Sticks », dernière production en date, s’autorise tous les écarts et toutes les fantaisies avec une virtuosité qui rend leurs nouveaux morceaux si évidents, grâce aussi à un son qui ne souffre d’aucune négligence. Un bel et grand album qui rend les Nordiques un peu incontournables encore.
THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO
« House Of Sticks »
(Provogue/Mascot Label Group)
Cela fait maintenant deux décennies que les Danois foulent les scènes du monde entier et chaque prestation aiguise toujours un peu plus ce Roots Rock fait de Boogie, de Soul, de Funk et d’un esprit rappelant celui du Chicago Blues. A la fois délicate et entraînante, la formation enchaîne aussi les albums, « House Of Sticks » étant le neuvième, auquel il faut ajouter cinq live et un Best Of. En collectif expérimenté donc, THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO se montre cette fois encore étincelant et tout en diversité.
Guitariste et chanteur, Risager s’affirme aussi comme un compositeur hors-pair, qui parvient à libérer avec la même sensibilité des textes bien ciselés et se montre aussi d’un dynamisme revigorant sur des grooves endiablés. Moderne et très frais, le style du groupe est vaste, mais réussir à afficher une belle unité. THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO ne se disperse jamais et « House Of Sticks » passe d’une ambiance à l’autre avec beaucoup d’habilité à travers une tracklist très bien étudiée.
Multi-récompensé avec notamment un ‘European Blues Award’, quatre autres prix dans son pays et en Allemagne, le collectif s’impose de disque en disque et celui-ci devrait aussi faire quelques étincelles. Produit par son leader accompagné par le bassiste Søren Bøjgaard et le guitariste Joachim Svensmark, THORBJØRN RISAGER & THE BLACK TORNADO se veut aussi le garant d’un son très personnel. Et puis, lorsque l’on compte huit musiciens de ce calibre dans ses rangs, inutile de préciser que le soin apporté aux arrangements le rend irrésistible.
A mi-chemin entre Rock, Pop, Blues, Folk et Americana, NINA ATTAL trace sa route depuis plus d’une quinzaine d’année et elle semble avoir trouvé une belle allure de croisière. A quelques jours de la sortie de son cinquième album, « Tales Of A Guitar Woman », la guitariste et chanteuse affiche la sérénité d’une artiste accomplie et toujours en quête de renouveau et de découverte. Ce nouvel opus en est le parfait exemple, puisqu’il parcourt les styles qu’elle affectionne en mettant en lumière son instrument de prédilection avec beaucoup de délicatesse et une fougue jamais très loin. Entretien avec une musicienne passionnée, sincère et qui fait fi des frontières musicales pour mieux suivre sa voie.
– Comme son titre l’indique, « Tales Of A Guitar Woman » est un album de guitariste, mais où tu te mets véritablement au service des chansons. On est loin de quelque chose de démonstratif et tu alternes l’électrique et l’acoustique avec du dobro, de la slide, une guitare 12 cordes, etc… Musicalement, l’idée première était-elle de jouer le plus large éventail possible ?
C’est exactement ça, j’avais envie de mettre mon instrument au centre de l’album. J’ai voulu élargir la palette sonore de la guitare, d’autant que depuis quelques années, leur nombre a bien augmenté chez moi. L’idée était de montrer un peu tout ça. Et c’est très joliment dit quand tu dis que je me suis mise au service des chansons, car c’est vraiment mon instrument qui m’inspire. Je me laisse toujours guidé par ce que j’ai en main. Je suis entourée de toutes mes guitares et lorsque j’en prends une, cela peut être le dobro, la douze cordes ou une autre et je me laisse un peu mener par l’instrument. Les chansons se fondent dans ce côté guitaristique. Et puis, j’aime bien chiader un peu mes parties, que ce soit un peu complexe, sans que ce soit forcément très technique, mais aller au-delà de trois accords. Je suis guitariste avant tout. J’aime aussi me dire que je me challenge à jouer mes parties en même temps que de chanter et que tout cela forme une jolie chanson avec des aspects plus Pop, plus Folk ou Rock, selon les envies.
– Chacun de tes albums est différent dans son approche, même si tous se baladent autour du Blues et on te reconnaît immédiatement. Est-ce que tu considères chaque disque comme une sorte de défi à travers lequel tu te dévoiles un peu plus à chaque fois ?
Oui et c’est vrai qu’un album est toujours un morceau de vie, car l’idée est aussi de partir en tournée avec ensuite. Ça te caractérise à l’instant où tu le fais. Il y a toujours un challenge, même si à la base, tu fais de la musique pour qu’elle soit écoutée. Ce n’est pas une question d’ego-trip, même si certains sont là-dedans. Mais, pas moi. (Rires) Tu as toujours envie de faire mieux que ce soit dans la guitare, dans le chant ou le songwriting. Au final, je me suis aperçue au fil du temps que j’avais de moins en moins besoin et envie de fioritures. J’ai le désir d’être plus brute et authentique dans ma manière de m’exprimer et c’est ce que j’essaie de faire. C’est vrai que maintenant, je compose guitare-voix, seule et mes chansons sortent comme ça. Cela m’aide à concrétiser ma musique dans une forme plus épurée vers laquelle je tends de plus en plus.
– Même si « Tales Of A Guitar Woman » traite de sujets parfois douloureux, je le trouve d’une grande douceur avec ses moments plus fougueux aussi. Il dégage beaucoup de sérénité. Est-il le reflet de ton état d’esprit actuel, ou du moins de celui qui t’animait lors de sa composition ? Je le trouve presque zen dans ses sonorités…
Oui, c’est ça. Tu sais, on vieillit. Maintenant, j’ai 33 ans et, forcément, je suis plus sereine et plus en adéquation avec moi-même. Ma vie va aussi dans ce sens. Là, on parle et je suis devant les montagnes en Suisse. Il y a aussi une forme de sérénité là-dedans, même si les sujets de l’album sont très intimes. C’est ce que j’aime faire dans mes chansons : raconter des choses à la fois très personnelles et qui fassent aussi écho en chacun de nous pour que l’auditeur puisse également s’y retrouver. L’album est en adéquation avec des questionnements que tout le monde peut avoir aujourd’hui sur l’état du monde. Cela peut être l’environnement, les guerres qui se déroulent autour de nous ou des choses plus immédiates comme la maladie d’un proche, par exemple. Je ne voulais pas, non plus, que cela soit déprimant, car il y a toujours une lueur d’espoir. C’est d’ailleurs pour ça qu’on fait de la musique. Et tout ça est aussi représentatif de la personne que je suis aujourd’hui.
– Cette fois aussi, tu renoues avec des chansons en français (« L’hiver », « Jimmy » et « Pas La Peine »), ce qui était aussi le cas sur ton EP « Verso » en 2016, ainsi que sur l’album « Jump » deux ans plus tard. Quel est a été le déclic ? Un désir de retrouver d’anciennes sensations, ou plus simplement de t’exprimer dans ta langue maternelle ?
Il y a un peu de tout ça. J’ai une relation très simple avec le français. Quand je compose un morceau, j’entends la sonorité des mots et quand mon instinct me mène vers le français, je le fais. Je ne me pose pas trop de questions à ce niveau-là, quant à savoir s’il faut que l’album soit en français, en anglais ou moitié-moitié. Est-ce que ça va marcher, ou pas… Je pense que si tu ne le fais pas naturellement, ça ne fonctionne pas. En fait, je me pose avec ma guitare et certaines sont venues en français. Et puis, utiliser sa langue maternelle permet aussi de parler d’autre chose avec peut-être moins de filtres et de barrières. Je suis contente de ça. J’ai aussi une relation plus fusionnelle avec l’anglais, car mon compagnon ne parle pas français et ma langue du quotidien est devenue l’anglais depuis cinq ans. Je développe une relation plus intime avec l’anglais.
– D’ailleurs, qu’est-ce qui change dans le processus d’écriture ? Est-il le même en français et en anglais ? Ou est-ce que l’approche est assez éloignée, car les mots sonnent différemment également ?
Je ne saurais pas trop t’expliquer. Je pense que ça vient beaucoup des accords que tu choisis et de ta mélodie. On a tous une oreille musicale et je pense que certaines sonorités nous amènent inconsciemment vers des choses que l’on connait comme la chanson française, par exemple, qui sont en nous et qu’on a entendues dans notre vie. Quand je chante en français, j’essaie de ne pas trop me rapprocher de ces ‘clichés’, car ce n’est pas vraiment ma musique. Et puis, je pense aussi que ça marche, parce que la musique peut avoir des sonorités plus Americana, ou même Country, et qui vont aller à l’encontre de ce qu’on peut attendre d’une chanson en français. C’est ma vision de la chose ! (Sourires)
– Tu as écrit et composé seule l’ensemble de ce nouvel album. C’est important pour toi de rester seule aux commandes, même si Gunnar Ellwanger et Mathieu Gramoli qui le co-produit avec toi ont participé à son élaboration finale ?
C’est déjà ce que j’avais fait pour « Pieces Of Soul » en 2021 et c’est quelque chose sur laquelle je ne reviendrai pas. C’est hyper-important que je commence le processus de composition seule, parce que c’est comme ça que je me sens libre de m’exprimer et d’être aussi la plus authentique possible dans ce que je fais. C’est ce que je vais proposer aux gens et il faut que ce soit 100% moi. Et c’est la meilleure manière de l’être. En général, je compose la chanson en guitare-voix jusqu’à ce qu’elle fonctionne comme telle. Ensuite, je fais une maquette sur ordinateur où j’ajoute la batterie, la basse et les claviers. Puis, le processus d’arrangement est très important avec les musiciens, car ils le font beaucoup mieux que moi. Il faut que les morceaux les inspirent pour qu’ils amènent leur propre touche. Mon objectif est que ce soit suffisamment bien composé pour que ce soit évident pour tout le monde dans la manière dont la chanson doit être jouée. Gunnar m’aide aussi pour les paroles, même si j’ai déjà les thèmes et les grandes lignes. Il peaufine un peu les paroles pour exprimer au mieux ce que j’ai à dire. Avec Mathieu, nous avons co-produit l’album ensemble et là, il s’agit d’enregistrement des instruments, du son et globalement de ce vers quoi on va aller. J’arrive avec des références et on essaie de développer tout ça ensemble pour que ça fasse une belle unité et un bel album. C’est important d’avoir des gens qui ont un peu plus de recul que moi.
– Lorsque l’on prend « Tales Of A Guitar Woman » titre par titre, on constate qu’il s’articule autour de 13 histoires différentes. C’est un schéma que l’on retrouve aussi dans l’Americana. C’est un registre qui a été une source d’inspiration cette fois, au moins dans les structures des morceaux ?
Oui, c’est une idée qui était assez claire dans ma tête depuis le départ. Je voulais vraiment que chaque chanson raconte l’histoire d’un personnage. Elle contienne d’ailleurs toutes le nom d’un personnage que ce soit Ben ou Suzy, par exemple. C’est à travers eux que je raconte des histoires personnelles. C’est une source d’inspiration que l’on retrouve aussi chez Lou Reed, Bob Dylan, David Bowie, Billy Joel et beaucoup d’autres. C’est une façon de raconter des histoires à travers les chansons. Ce processus m’a toujours beaucoup inspiré et je voulais le retranscrire dans cet album.
– Autre nouveauté sur l’album, on te retrouve en duo à deux reprises avec Victor Mechanick sur « Missed Something » et « Pas La Peine ». Même si tu es une habituée des collaborations, c’est plus inédit sur tes albums. Comment sont nées ces chansons avec cette envie d’en partager le chant ?
On se connaît depuis longtemps avec Victor. On s’est souvent croisé sur la scène parisienne avec nos amis Yarol Poupaud, Raoul Chichin et quelques autres. J’aime beaucoup ce qu’il fait sur son projet personnel. Cela faisait longtemps que l’idée me trottait dans la tête. Quand j’ai fini l’album avec Mathieu, nous nous sommes dit que ce serait sympa qu’il partage le titre « Missed Something » avec moi. La chanson était déjà composée et il est venu la chanter en studio. C’était cool et on s’est dit que c’était dommage qu’on n’écrive pas un titre ensemble. On a pris nos guitares en essayant d’écrire quelque chose et voir ce que cela donnait. On est parti sur une grille d’accords, puis sur des idées différentes et cela s’est fait assez rapidement. Ensuite, on s’est chacun mis dans un coin de la pièce pour écrire nos paroles, je faisais le couplet et lui le refrain. Et ce qui est drôle, c’est que nous ne nous sommes pas du tout concertés, ni donné de thème, de mot ou de champ lexical, et pourtant on avait pris la même direction. On a gardé la chanson, on n’a rien touché et on l’a enregistré comme ça. Et c’est devenu « Pas La Peine ». Ca fait partie des petits moments magiques en studio, c’est très sympa ! (Sourires)
– Un petit mot également au sujet de l’aventure ‘Electric Ladyland’. En t’écoutant attentivement, on perçoit facilement l’empreinte de Jimi Hendrix sur ton jeu, mais ce qui rend unique ce projet, c’est que le groupe est entièrement féminin. C’est important pour toi de faire vivre cette belle sororité sur scène ? Même si le mot est aujourd’hui un peu galvaudé…
Oui et ce qui était important pour nous, c’était de faire une sorte de pied de nez pour dire qu’il y a beaucoup de femmes qui savent très bien jouer du Rock’n’Roll en France. Et le projet hommage à Jimi Hendrix est aussi un challenge en soi, car c’est l’un des plus grands guitar-heros. Ca peut faire peur et il n’y en a d’ailleurs pas beaucoup qui s’y frottent ! (Rires) Techniquement et musicalement, ce n’est pas évident. On connaît toutes les chansons et on a toutes essayé de les jouer adolescentes. Alors aujourd’hui, les jouer sur scène et rendre un bel hommage à Jimi est quelque chose qui nous rend fières. En ce qui concerne ce groupe entièrement féminin, c’est quelque chose qui nous tenait vraiment à cœur, car on souhaitait mettre les femmes en avant, les femmes talentueuses. Et c’était aussi l’occasion de mettre en lumière des musiciennes qui n’ont pas forcément leur projet à elles en tant que lead, qui sont accompagnatrices, pour les mettre au centre d’un projet. Il y a Antonella Mazza à la basse, Laëza Massa à la batterie, Léa Worms aux claviers, … Ce sont de super musiciennes et c’était important qu’elles soient très centrales, d’autant qu’elles ont une belle carrière. Alors, même si le côté ‘femmes sur scène’ est un concept en soi, l’idée est quand même de venir nous voir en concert et de vite oublier ça ! L’essentiel est de kiffer la musique et de trouver que c’est un bel hommage à Hendrix. En tout cas, on s’amuse beaucoup sur scène, on tourne toujours et n’hésitez surtout pas à venir nous voir !
– Enfin, ce qui peut paraître étonnant, c’est que tu ne sois pas signée sur un label. On a d’ailleurs de plus en plus le sentiment que beaucoup d’artistes souhaitent évoluer en marge de l’industrie musicale traditionnelle. C’est vrai aussi que les plateformes ont bouleversé la donne, et pas forcément en bien. Cela dit, l’indépendance est-elle le salut pour de nombreux musiciens comme toi ?
Vaste sujet ! Je pourrais t’en parler des heures. Tout d’abord, cet album est co-produit par mon batteur Mathieu Gramoli et il sort sur son label LVCO, qui est indépendant. J’ai pu avoir des rendez-vous avec des gros labels ou des gens intéressés par le passé. Malheureusement, ce sont toujours des gens qui veulent te changer, te façonner à une image qui n’est pas la tienne. Cela fait 16 ans que je fais ce métier avec des valeurs et des choses auxquelles je crois. Donc, répondre à certaines attentes dans ce milieu n’est même imaginable pour moi. On essaie de vivre, parfois même de survivre, on ne va pas sentir, dans cette industrie qui est bien chargée. Se faire une place sur les plateformes est très difficile vu le nombre de sorties quotidiennes. Alors, je joue le jeu en sortant des singles en streaming, car on ne peut pas aller non plus à l’encontre du système. Mais je pense que si mon projet dure depuis si longtemps, c’est parce que tout ça est ailleurs et notamment chez ma fan-base, les vrais gens qui me suivent depuis 16 ans. D’ailleurs, on a co-produit l’album avec Mathieu, mais il a aussi été soutenu par les KissKissbankers via un financement participatif. Je me suis vraiment rendu compte à quel point les gens me suivaient et étaient au rendez-vous quand il fallait l’être. Ça m’a beaucoup ému et touché. La vraie vie se passe sur scène, sur la route et c’est là que tu vois à quel point ton projet peut durer dans le temps. On essaie de construire les choses sur la durée et pas en créant le buzz. Mais on doit aussi s’adapter pour suivre une certaine cadence. Et il faut continuer ce métier avec passion et en se faisant plaisir aussi. Et la démarche de sortir un album complet est également une chose très importante à laquelle je tiens beaucoup, même si ça peut paraître aujourd’hui un peu obsolète. L’idée est vraiment de fédérer des gens autour de la musique et ça, c’est cool et plutôt gratifiant.
L’album de NINA ATTAL, « Tales Of A Woman Guitar », est disponible chez LVCO.