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Rythm'n' Blues Soul / Funk

The Supersoul Brothers : lumineux

Dans son univers feutré et explosif à l’occasion, la Soul, le Blues et la Funk font cause commune dans une belle harmonie et avec « By The Way », la formation du sud-ouest impose définitivement son style, sa patte et un son très personnel. Bien sûr, on perçoit encore brièvement des références comme celles des Blues Brothers, l’ambiance de ‘The Commitments’ ou même les fulgurances d’un Maceo Parker, mais THE SUPERSOUL BROTHERS est plus identifiable que jamais, preuve d’un allant créatif imperturbable.

THE SUPERSOUL BROTHERS

« By The Way »

(Dixiefrog/Pias)

Bien que fondé en 2015, c’est surtout depuis trois ans que l’on n’arrête plus THE SUPERSOUL BROTHERS. Depuis « Shadows & Light » en 2021, suivi de près par le monumental « The Road To Sound Live » sur lequel le groupe livre une performance incroyable dans son Béarn natal, les choses se sont franchement accélérées. Parti à la conquête de Memphis en janvier dernier pour le légendaire International Blues Challenge (IBC) où ils ont terminé dans le ‘Final Four’, les Français réapparaissent déjà avec « By the Way », leur deuxième album studio. Et là encore, ils surprennent autant qu’ils enchantent.

Dorénavant incontournable sur la scène Soul hexagonale, et pas seulement, THE SUPERSOUL BROTHERS réussit le tour de force de concrétiser la qualité de ses précédentes prestations vinyliques avec une réalisation plus profonde de prime abord, d’où émane à nouveau une atmosphère à la fois douce et festive. Sur une production et des arrangements très soignés, l’énergique combo, qui a entretemps changé de batteur, met un peu plus l’accent sur l’aspect cuivré de son registre, tout en laissant une place de choix à l’orgue Hammond et ses effluves enveloppantes.

Autour de son frontman David Noël, les SUPERSOUL BROTHERS se sont parés d’une section cuivre de quatre musiciens, qui viennent grossir le groove à l’œuvre sur « By The Way ». La chanteuse Claire Rousselot-Paillez se fait aussi plus présente et prend même le lead sur l’excellent « Play It Like A Sister ». Les Palois prennent du volume, de l’assurance et dégagent plus que jamais beaucoup de classe. Au milieu du très addictif morceau-titre, de « Toy Party Tim », « Time Is Right », « Snow Day In The World » ou « Take My Hand » vient même se nicher l’ensoleillé Reggae des Viceroys « Heart Made Of Stone ». Envoûtant !

Retrouvez la chronique de l’album live du groupe :

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Rythm'n' Blues Soul Southern Blues

Britti : l’âme des grandes

Dans un registre très cuivré, mâtiné de piano, de délicates guitares et d’une rythmique au groove imparable, BRITTI s’avance avec « Hello, Im Britti », dont on peut d’ores et déjà présager qu’il s’agit du premier opus d’une très longue série. Sur 11 chansons, les présentations sont faites et on survole la Nouvelle-Orleans dans un souffle Soul tout aussi feutré que doté d’une grande ferveur. Chanteuse et compositrice, Brittany Guerin, à l’état civil, joue sur une certaine fragilité, tout en évoluant avec un bel aplomb.

BRITTI

« Hello, I’m Britti »

(Easy Eye Sound)

Du haut de sa petite vingtaine d’années, BRITTI se présente sur son premier album avec une assurance, un feeling et surtout un talent incroyable. Cela n’aura d’ailleurs pas échappé à Dan Auerbach, la moitié des Black Keys et le patron du label Easy Eyes Sound, qui ne s’est pas contenté de la signer aussitôt, mais il l’a également accompagné, et de belle manière, dans ses premiers pas vinyliques. Et le résultat est là : une voix envoûtante et cristalline, une Soul très Southern, où se projettent d’étincelants reflets de Blues, de  R&B, de Country et de Rock. Un mix à la fois hors du temps et pourtant si actuel.    

Née à Baton Rouge, elle qui chantait déjà, parait-il, au saut du berceau, embrasse avec un  naturel déconcertant tout l’héritage musical de sa Louisiane natale. Il y a aussi autant de Muscle Shoals que de l’esprit de la Motown dans ce premier album, si bien ciselé. C’est très probablement cette facilité à s’approprier autant de styles pour n’en faire qu’un qui a séduit Auerbach, qui produit « Hello, I’m Britti », mais qui l’a aussi co-écrit. BRITTI chante comme elle respire et on ne lui en voudra sûrement pas si on pense parfois à Sade, bien sûr, mais aussi à Dolly Parton, Tracy Chapman ou Diana Ross.

Sur une production très organique et chaleureuse, les morceaux de l’Américaine nous embarquent dans un univers où la douceur et la légèreté règnent. La jeune songwriter offre évidemment une vision très contemporaine à ce « Hello, I’m Britti », qui prend soin de ne surtout tomber dans le panneau de la célébration et de l’hommage. Elle mène ses chansons avec une touche très personnelle et s’impose grâce à une présence vocale irrésistible (« So Tired », « Still Gone », « Nothing Compares To You », «Silly Boy », « There Ain’t Nothing », « Reach Out », « Save  Me »). BRITTI éblouit d’entrée de jeu avec classe.

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Blues Rythm'n' Blues Soul

Robin Trower featuring Sari Schorr : éblouissant

C’est de l’autre côté de l’Atlantique que le bluesman ROBIN TROWER est allé chercher sa nouvelle muse artistique en la présence de SARI SCHORR, rayonnante chanteuse de la ‘Big Apple’. Et cette rencontre fait des étincelles sur ce « Joyful Sky », dont on espère qu’il ne soit pas un simple one-shot. Très Soul et R&B dans l’ensemble, le Blues resplendit à travers la guitare du maître, tandis que sa partenaire multiplie les variations en jetant le trouble sur des titres taillés sur mesure. Du grand art ! 

ROBIN TROWER featuring SARI SCHORR

« Joyful Sky »

(Provogue/Mascot Label Group)

A travers sa belle et longue carrière, ROBIN TROWER n’a eu de cesse de faire preuve de créativité que ce soit en solo ou au cours de ses très nombreuses collaborations. Avec la New-Yorkaise SARI SCHORR, le guitariste a visé juste tant le duo fonctionne à merveille. Partageant aussi le même manageur, les deux artistes se trouvent très naturellement sur des chansons que le Britannique a composé spécialement et d’autres plus anciennes qu’il a réarrangé en fonction de la voix de l’américaine. La combinaison de ces deux talents est tout simplement exceptionnelle, le tout dans une chaleur d’un groove irrésistible.

Si SARI SCHORR n’a pas bénéficié des mêmes lumières que certaines de ses consœurs, elle compte deux albums studio et un live à son actif, est membre du ‘New-York Blues Hall Of Fame’ et fut longtemps la choriste de Joe Louis Walker et de Popa Chubby avant de former un groupe avec Innes Sibun, le guitariste de Robert Plant. Autant dire que la blueswoman n’est pas la première venue comme on peut l’entendre sur « Joyful Sky », où sa voix puissante, délicatement éraillée et sensuelle fait des merveilles. Sa présence aux côtés de ROBIN TROWER ne doit donc rien au hasard.

Interprète des compositions de l’Anglais, elle se meut subtilement entre ses notes pleines d’émotion enveloppées de la wah-wah de sa célèbre Stratocaster rendues inimitables par ce toucher unique. Avec un registre vocal dont on peut retrouver des similitudes chez Beth Hart notamment, SARI SCHORR illumine littéralement « Joyful Sky », qui porte si bien son nom (« Burn », « The Distance », « The Circle Is Complete » avec ses sept minutes très 70’s, « Joyful Sky », « Flatter To Deceive », « I’ll Be Moving On »). Tandis que l’Américaine séduit par une intonation sublime et flottante, ROBIN TROWER éblouit par sa justesse et un feeling brûlant.

Photo : Blackham Images
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Blues Rock Country Rythm'n' Blues Soul

ZZ Ward : on the top

Rien que le fait d’oser utiliser comme pseudonyme ZZ WARD en dit long et montre à quel point Zsuzsanna Eva Ward n’a pas froid aux yeux et possède une incroyable détermination. Son étonnant timbre de voix, sa faculté à assimiler un grand nombre d’univers différents dans un Blues Rock entrainant, mêlés à une authenticité omniprésente, font d’elle une musicienne hors-norme à bien des égards. En brisant les cloisons et les étiquettes, elle affiche une liberté singulière sur ce troisième opus, « Dirty Shine », avec lequel elle prend pleinement son envol.

ZZ WARD

« Dirty Shine »

(Dirty Shine Records)

Placer ZZ WARD dans la catégorie Blues Rock n’est pas quelque chose d’erroné bien sur, mais ce serait bien trop restrictif et réducteur pour la chanteuse américaine, puisque l’une de ses particularités est justement de s’engouffrer dans tous les genres qu’elle affectionne. Depuis « Til The Casket Drops » (2012), puis avec « The Storm » (2017), elle s’affirme musicalement en brouillant les pistes et en déjouant tous les pronostics. Et en ayant créé son propre label, la multi-instrumentiste affirme son caractère et son indépendance. « Dirty  Shine » se pose comme un accomplissement de son très créatif parcours.

Avec un style aussi distinctif basé sur le Blues, la songwriter navigue à l’envie en suivant son instinct et surtout ce qui la fait vibrer. Ainsi, « Dirty Shine » comporte des sonorités Rock, R&B, Hip-Hop (notamment sur « Tin Cups » en duo avec Aloe Blacc), Pop et insuffle même des ambiances Country très Roots. ZZ WARD est à l’aise partout et avec une telle voix, rien ne lui parait interdit, tant elle est capable d’user de variations phénoménales. Démontrant que le Blues mène à tout et en le mettant à la base de ses chansons, elle s’impose comme une artiste complète, inventive et sans frontières musicales.

Ayant grandi dans l’Oregon, c’est désormais depuis Los Angeles qu’elle distille son Blues Rock aux multiples saveurs. Le groovy « OverdoZZe », la slide sur « Don’t Let Me Down », « Baby Don’t » et ses effluves Hip-Hop, l’ensoleillé « Dirty Shine », le bluesy « Ride Or Die » et l’accrocheur « Dead Or Alive » montrent à quel point ce troisième album de la frontwoman est unique en son genre. Vocalement irrésistible, jouant de sa force et de sensualité, ZZ WARD est aussi atypique que touchante. Avec « Dirty Shine », elle rassemble et séduit avec naturel et spontanéité.

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Blues Rythm'n' Blues Soul

Kaz Hawkins : une belle rencontre

Libre et forte, KAZ HAWKINS respire la Soul et même si son affection pour Etta James se fait sentir, elle possède un monde et un style bien à elle. A la fois pleine de joie et très attachante, la songwriter irlandaise se présente dans un registre authentique et dynamique avec ce « Until We Meet Again », qui la hisse au rang des plus grandes artistes du genre.

KAZ HAWKINS

« Until We Meet Again »

(Dixiefrog/Rock’n Hall)

Le légendaire flair de Dixiefrog a encore frappé avec la découverte l’an dernier par le public français de la chanteuse nord-irlandaise KAZ HAWKINS. Le label avait en effet sorti « My Life And I », une sorte de compilation d’anciennes chansons revisitées. Et sans perdre de temps, on replonge dans cet univers plein d’émotion avec « Until We Meet Again », plus abouti encore que son prédécesseur.

Grâce à une voix puissante et touchante, KAZ HAWKINS parvient à transmettre une rare intensité sur des textes sincères et souvent émouvants. Depuis la sortie du précédent opus, la France semble avoir adopté l’Irlandaise qui évolue avec un groupe composé de trois Français et d’un Flamand, dont la virtuosité égale le feeling à l’œuvre tout au long de ces rayonnantes nouvelles compositions.

KAZ HAWKINS n’a pas son pareil pour distiller ses ondes positives et ses vibrations hyper colorées sur des morceaux où la Soul, le Blues, le Rythm’n Blues, la Folk et même le Gospel s’entremêlent majestueusement, comme sur la stupéfiante intro a capella de « Pray To ». Très groove sur « Hold On For Home » et « Get Up And Go », la chanteuse se fait aussi très touchante et poignante sur « Standing Tall » et « I Gotta Be Me ». Exaltant !

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Blues Rythm'n' Blues Soul / Funk

Bai Kamara Jr & The Voodoo Sniffers : la révolte par les notes

Figure atypique du monde du Blues, BAI KAMARA JR marie avec talent ses racines africaines avec l’école américaine initiée par le grand John Lee Hooker notamment. Engagé, l’artiste appuie là où ça fait mal avec des textes aussi incisifs qu’ironiques. « Travelling Medicine Man » est un voyage musical bercé par un chant accrocheur et une musique élégante.

BAI KAMARA JR & THE VOODOO SNIFFERS

« Travelling Medicine Man »

(Mig Music/UVM)

BAI KAMARA JR est un homme du monde… du monde entier. Originaire du Sierra Leone, il a grandi en Angleterre et vit depuis plus de 25 ans à Bruxelles d’où il compose un Blues d’une inspiration très américaine. Car si la base de son jeu prend racine dans le Delta avec les pionniers du genre, il est aussi et surtout teinté de rythmes et de couleurs africaines. Afro-Blues ou World Blues, c’est selon.

Entouré d’un quatuor de haut vol dont deux très bons six-cordistes, c’est donc autour de trois guitares que se forge le Blues ensoleillé de BAI KAMARA JR & THE VOODOO SNIFFERS. Et pour ce dixième album, le musicien se présente avec 13 nouveaux morceaux et il est difficile de se défaire de ce très bon « Travelling Medicine Man ». Très narratif et délicat, le style du Sierra-Léonais est aussi épicé que chaleureux.

Généreuse, cette nouvelle réalisation traverse donc bien des registres à l’instar du précédent « Salone » sorti en 2020, qui lui a valu une belle reconnaissance et un succès mondial. Mais loin de s’endormir sur ses lauriers, BAI KAMARA JR va encore plus loin dans sa quête  artistique et le résultat est brillant (« Shake It, Shake It, Shake It », « Good, Good Man », « Enemies », « Star Angel », « Mister President », « It Ain’t Easy »). Rayonnant !

Photo : Bjorn Comhaire
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Rythm'n' Blues Soul / Funk

The Supersoul Brothers : soul on fire !

Un premier album studio très bien accueilli et voilà que THE SUPERSOUL BROTHERS réapparaît déjà avec un disque live enregistré à domicile, « The Road To Sound Live ». Et c’est avec un optimisme communicatif que les musiciens du Sud-ouest font parler la poudre dans la joie à travers 15 titres mêlant Blues, Soul et Rythm’n Blues. Entre fougue et émotion, la communion est intense.   

THE SUPERSOUL BROTHERS

« The Road To Sound Live »

(Dixiefrog)

Révélé en 2021 grâce à un premier album digne des meilleures formations du genre (« Shadows & Light »), le sextet palois a cette fois les honneurs de son label et de ses ‘Dixiefrog Live Series’. La collection propose des captations scéniques inédites et THE SUPERSOUL BROTHERS se livre brillamment à l’exercice sur ce deuxième volume de haut standing. Un pari osé après un unique opus… mais largement remporté !

C’est dans leur Béarn natal, lors de ‘La Route du Son’, que le groupe a enflammé le public le 26 mars 2022 lors d’un concert désormais gravé dans le sillon et dépositaire d’une Deep Soul torride. Et l’énergie déployée sans compter par le frontman David Noël et ses compagnons de route hisse THE SUPERSOUL BROTHERS parmi les combos hexagonaux les plus dynamiques et inspirés… et évoluant dans une bonne humeur omniprésente.

Faisant la part belle à leur effort studio avec sept morceaux, les Français sont littéralement portés par une foule entièrement acquise à leur cause. Et si l’ombre de leurs aînés The Blues Brothers plane sur « The Road To Sound Live », la puissance du set lève rapidement le voile et THE SUPERSOUL BROTHERS partage de somptueuses reprises de grands noms, dont le « Heroes » de David Bowie dans une version Soul étonnante. Brillant et vivifiant ! 

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Blues Blues Rock International Rythm'n' Blues

Starlite Campbell Band : le plaisir dans l’osmose [Interview]

Unis à la ville comme à la scène, Suzy Starlite et Simon Campbell se sont presque naturellement trouvés pour donner naissance à un Blues Rock riche, varié et terriblement envoûtant. Parcourant avec une grande facilité de nombreux courants en imposant un style bien à lui, le STARLITE CAMPBELL BAND livre son premier album live, où l’on prend la pleine mesure du talent de la bassiste-chanteuse et de son mari guitariste-chanteur. Entretien avec un duo dont les yeux ne cessent de pétiller.

Photo : Paul Husband

– Avant de parler de ce très bon album, j’aimerais que vous nous parliez de votre rencontre aussi musicale que sentimentale en 2012. Le groupe est le fruit d’une très belle connexion à tous les niveaux… Musicalement et techniquement, STARLITE CAMPBELL BAND affiche une belle créativité et une expérience évidente. Quel a été votre parcours respectif avant de fonder le groupe ?

Simon : J’ai commencé à jouer de la guitare à 16 ans et j’ai passé la majeure partie de ma vie immergé dans la musique, une passion qui m’a donné une riche expérience à travers les décennies, les pays et les genres. C’est à 18 ans et je me suis intéressé à l’enregistrement et à la production en travaillant comme guitariste de session et j’adorais être des deux côtés de la barrière. Les personnes, avec lesquelles j’ai appris, ont toutes été formées dans les années 50 et 60, ce qui m’a donné un excellent aperçu de la meilleure façon d’enregistrer de manière vraiment analogique.

J’ai toujours écrit ma propre musique et après les groupes ‘Whitefire‘ et ‘Roadrunner‘, j’ai signé un important contrat d’enregistrement avec Line Records (Polydor Allemagne) en 1989 avec mon groupe ‘Little Brother‘.

Suzy et moi sommes nés au Royaume-Uni. Je suis né à Radcliffe, au nord de Manchester et Suzy à Ross-on-Wye, au centre de l’Angleterre, près de la frontière galloise. Nous avions tous les deux déménagé sur l’île de Man indépendamment et j’ai rencontré Suzy pour la première fois en 2011 par l’intermédiaire d’un ami qui m’a parlé de sa merveilleuse écriture. Puis, Starlite a organisé l’événement de lancement de mon premier album solo « ThirtySix » au Centenary Centre.

Peu de temps après, j’ai monté un groupe de quatre musiciens avec Suzy au chant et à la guitare acoustique appelé ‘Starlite’. Je suis devenu le guitariste électrique du groupe et, collectivement, nous avons apporté une touche plus Rock à la musique. Mettant en avant nos propres chansons originales, le quatuor a écumé le circuit live qui comprenait un ensemble dynamique jusqu’au Mannifest, le plus grand festival en plein air de trois jours de l’île.

Suzy : J’avais étudié les médias et la performance à l’université de Salford et j’avais été avec mes propres groupes, ‘Megiddo’ et ‘Trade’, en tournée dans le circuit Folk et Indie britannique dans les années 90. Quand j’ai commencé à travailler avec Simon, nous étions tellement connectés à tellement de niveaux que nous avons finis par tomber amoureux accidentellement sur scène. Après une romance musicale éclair, nous avons décidé de quitter l’île de Man et de commencer une toute nouvelle vie ensemble. Nous avons donc déménagé en France en 2014 avec Hummock, la bête poilue de Simon, un labrador.

Ce fut une période incroyablement belle et romantique entourée de champs de vignes, dégustant la merveilleuse cuisine française et des vins de classe mondiale. Nous avons commencé à écrire des chansons ensemble, ce qui a vu naître le projet de danse synthétique « Electrolite » dans les années 80 avec le claviériste analogique Mark Cleator. L’EP de trois titres est sorti sur un vinyle 180g 12″ en édition limitée et plus tard, il a été signé chez Ninth Wave Records à New-York, aux États-Unis.

Après sept mois dans la campagne française, nous sommes ensuite partis à la recherche de climats plus chauds et d’une expérience culturelle différente à Valence, en Espagne. Cette année-là a également changé notre vie à bien des égards : nous nous sommes mariés sur les rives du Loch Fyne à Inveraray, en Écosse, et je suis devenu complètement accro à la basse.

Ce n’est que fin 2016 que nous avons décidé de former le STARLITE CAMPBELL BAND et co-écrit notre premier album « Blueberry Pie » en seulement deux semaines.

Photo : Peter Putters

– Vous avez deux albums à votre actif. Vous êtes tous les deux le socle du groupe avec plusieurs musiciens qui gravitent autour de vous. De quelle manière se passe le processus d’écriture ? Vous travaillez tous ensemble, ou est-ce que vous partagez vos idées après avoir composé chacun de votre côté ?

Simon : Suzy et moi écrivons toutes les chansons du groupe et avons la chance de travailler avec de fabuleux musiciens de session. Parfois, nous écrivons indépendamment et d’autres fois ensemble, cela change tout le temps. Ce qui nous intéresse le plus, c’est l’art et le processus d’écriture des chansons et de répondre aux besoins de celle-ci, afin qu’il n’y ait pas d’ego impliqué. Nous avons un plaisir compétitif très léger.

Suzy : Comme nous faisons tout nous-mêmes, depuis l’écriture, le jeu, l’enregistrement, la production, le marketing, les relations publiques ou la démarche pour caler les concerts, nous avons tendance à réserver du temps pour l’écriture. Nous sommes actuellement dans l’un de ces cycles et travaillons sur de nouvelles compositions pour élargir l’étendue de notre palette musicale et d’écriture.

– Vous êtes originaires de l’île de Man et pourtant votre Blues ne sonne pas totalement anglais. Il y a beaucoup d’influences diverses et notamment américaines. Habituellement, le British Blues est très identifiable et même souvent revendiqué. C’est un choix délibéré ou c’est dû à la variété de votre culture musicale à tous les deux ?

Notre écriture est basée sur des influences musicales de nombreux pays. Bien sûr, les États-Unis sont le berceau du Blues, du Jazz et de la Country, qui influencent la plupart des musiques occidentales. Nous accordons beaucoup d’attention à la musique folklorique de différents pays, en particulier l’Afrique, le Royaume-Uni, l’Europe et bien sûr la péninsule ibérique où nous vivons maintenant ! Par essence, le ‘son’ de notre musique est basé sur une esthétique de jeu, d’enregistrement et de production très britannique.

Photo : Paul Husband

– Un petit mot aussi sur les musiciens qui vous accompagnent. Ce sont les mêmes en studio et sur scène, car il y a un esprit jam prédominant dans votre jeu et plus largement dans votre style ? Et pour cela, il faut une grande complicité…

Simon : Une excellente section rythmique est essentielle dans chaque groupe et notre batteur de prédilection pour le STARLITE CAMPBELL BAND est Steve Gibson, qui est basé dans le sud de Manchester. Combiné avec Suzy à la basse, je peux honnêtement dire que c’est la meilleure section rythmique avec laquelle j’ai jamais joué, à la fois en live et en studio.

Cette solide rythmique derrière nous permet d’intégrer une variété de claviéristes live au fil des ans, notamment Jamie Pipe (Martin Barre, Danny Bryant), Jonny Henderson (Matt Scofield, Kirk Fletcher), Christian Madden (Liam Gallagher Band), Gabriele del Vecchio (Los Perros del Boogie) et Josh Phillips (Procol Harum).

Suzy : Oui, on s’amuse !!! La beauté de travailler avec ces musiciens  de classe mondiale est la liberté d’improviser, de changer les choses et de s’amuser avec le public, ainsi que quelques sympathiques duels guitare/clavier. Il n’y a jamais deux concerts identiques !

En studio avec le STARLITE CAMPBELL BAND, nous avons utilisé exclusivement Henderson et del Vecchio, mais Madden et Dave Formula (Magazine & Visage) sont apparus sur les deux premiers disques solos de Simon.

– D’ailleurs, vous êtes basés au Portugal. Cela ne complique pas trop les choses pour fixer le groupe, échanger entre musiciens ou partager vos idées ? Ou alors, vous soumettez vos morceaux aux autres membres du groupe une fois les chansons écrites ?

Simon : Cela entraîne certaines complications, ce qui était évident pendant la pandémie, alors que nous essayons d’enregistrer tous ensemble. Suzy et moi avons une bonne idée du tempo et de la sensation de base de la batterie, lorsque nous arrangeons les morceaux sur nos postes de travail audio numériques, à savoir Pro Tools et Ableton Live.

Suzy : La section rythmique et la guitare de base sont posées en même temps, alors nous emmenons Steve pour passer une semaine environ à travailler sur les chansons et à trouver juste le groove, puis à jouer ensuite les pistes. Il est très rapide et précis, nous avons donc le temps de nous amuser!

Simon : À moins que ce ne soit une partie très rythmée, les claviers ont tendance à être des overdubs et sur notre dernier album « The Language of Curiosity », nous avons réussi à suivre Jonny aux Rockfield Studios (l’endroit où « Bohemian Rhapsody » et bien d’autres grands succès ont été créés), qui est situé à Monmouth, au Pays de Galles et à seulement quelques kilomètres de la ville natale de Suzy. Encore une fois, j’ai tendance à avoir une idée de ce que nous voulons, et lorsque le bouton d’enregistrement passe au rouge, le véritable professionnalisme et l’art transparaissent !

Photo : Ken Jackson

– Parlons de ce troisième album qui est un enregistrement live. Sortir un disque comme celui-là après seulement deux réalisations en studio est assez rare. C’est une manière de dire que STARLITE CAMPBELL BAND est avant tout un groupe de scène ?

Suzy : Le projet STARLITE CAMPBELL BAND est aussi à l’aise en studio que sur la scène d’un festival. En tant qu’artistes, Simon et moi sommes curieux, posant constamment des questions et explorant de nouveaux sons, idées et pensées en studio. En ce sens, nous voulions vraiment capturer la spontanéité d’une performance live comme celle d’un ‘polaroid musical’ avant de passer à notre prochain projet d’album.

Simon : L’album contient des morceaux de mon catalogue solo que nous avons présentés en live. Ce sont des interprétations totalement différentes des originaux et très STARLITE CAMPBELL ! Je pense qu’ici, nous voulions présenter à notre public, qui n’a peut-être jamais vu le groupe sur scène, la façon dont nous réinterprétons et ajoutons de l’énergie et de l’improvisation aux morceaux dans cette configuration live.

– Vous l’avez enregistré en Angleterre entre Met, Bury et The Grange Theatre. Là encore, c’est surprenant. Pourquoi ne pas avoir gardé une seule et unique soirée sur le disque ? En dehors de ne vouloir garder que le meilleur, bien sûr…

Suzy : La plupart des albums live sont compilés à partir d’une série de soirées au même endroit, tout comme l’ultime enregistrement live « Made In Japan » de Deep Purple. Tous nos enregistrements ont été réalisés dans le cadre de différentes tournées à des moments différents où nous avons joué dans les salles un soir. Nous avons donc sélectionné les morceaux qui fonctionnent vraiment pour notre album lors de trois soirées différentes.

– Outre la qualité de jeu au niveau guitare, le groove incroyable de Suzy à la basse et le chant que vous partagez, il y a également une belle mise en lumière des claviers et plus particulièrement de l’orgue Hammond. D’ailleurs, il y a trois claviéristes sur l’album. Comment cela se fait-il ?

Simon : Merci pour le compliment ! Comme nous en avons discuté dans la question précédente, les enregistrements ont été réalisés au cours de tournées différentes mettant en vedette différents claviéristes. Chacun a un style unique. C’est comme cuisiner le même plat, mais en variant l’un des ingrédients !

– Enfin, j’aimerais que vous nous disiez un mot sur votre reprise du standard de Procol Harum, « A Whiter Shade Of Pale », qui clôt l’album. Il y a la rencontre avec Josh Phillips qui vous avait rejoint sur scène, c’est ça ?

Suzy : Josh avait un créneau dans le planning de tournée de Procol Harum, ce qui nous a donné l’opportunité de travailler ensemble et de jouer des concerts complets lors d’une tournée au Royaume-Uni. Nous avons passé quelques jours à répéter le set du STARLITE CAMPBELL BAND dans son studio dans le sud de l’Angleterre, ce qui était très amusant ! « A Whiter Shade Of Pale » résonne avec Simon car c’est le deuxième single qu’il a acheté et c’était presque un devoir de le jouer pour clôturer les spectacles. Un beau et poignant moment pour nous tous !

L’album Live de STARLITE CAMPBELL BAND est disponible depuis le 22 juillet sur le site du groupe :

https://starlite-campbell.com

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Blues Rythm'n' Blues Soul / Funk

Kat Riggins : un groove électrisant

D’une sincérité absolue et d’une grande profondeur, KAT RIGGINS revient avec un deuxième album très coloré et intense. « Progeny » s’inscrit dans un Blues, qui s’avère être une véritable déclaration d’amour à une musique en perpétuel mouvement et d’une émotion constante, ainsi qu’à la vie plus simplement.

KAT RIGGINS

« Progeny »

(Gulf Coast Records)

Deux ans après l’excellent « Cry Out », la chanteuse américaine vient confirmer tous les espoirs placés en elle par le guitariste Mike Zito, patron de Gulf Coast Records, qui a su immédiatement percer à jour l’incroyable voix et les capacités de la chanteuse. Et pour « Progeny », il a également réuni un groupe hors-norme pour interpréter les compositions flamboyantes de KAT RIGGINS.

Celle-ci ne chante pas seulement le Blues, elle le respire. Nourrie au Gospel, au Rythm’n Blues, à la Soul et au Rock notamment, la Floridienne se livre sur des textes très personnels dans lesquels elle apparait aussi vulnérable qu’incroyablement forte. Sur « Progeny », KAT RIGGINS rend hommage à la vie avec tout ce qu’elle comporte comme bonheur, joie, tristesse et colère.

Riche et abondante, la musique de l’Américaine se place dans un registre très actuel, où toute la culture Blues a sa place et rayonne à travers sa puissance vocale (« My City », « Warriors »). Très varié, « Progeny » passe du Blues Rock à la Funk, la Soul et même des passages Rap en clin d’œil (« In My Blood », « Expresso », « Walk On », « Promised Land », « Mama »). KAT RIGGINS régale une nouvelle fois !

Photo : Dennica Pearl Worrell
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Blues Rythm'n' Blues Soul / Funk

Elise & The Sugarsweets : un feeling ouvert au monde

Porté par une belle énergie, le quintet parisien continue sa route dans une ambiance Blues, Soul, Funk et Rythm’n Blues qui ne manque ni de couleurs, ni de fraîcheur et encore moins d’humanisme. Avec « Horosho », son deuxième album, ELISE & THE SUGARSWEETS libère un héritage musical hors du temps et, par conséquent, très actuel.

ELISE & THE SUGARSWEETS

« Horosho »

(Adora Blues/Absilone)

« Horosho » est déjà la troisième réalisation du groupe en six ans. Après un EP (« When The Whistle Blows ») et un premier album (« It Can’t Go Wrong »), tous deux très réussis, ELISE & THE SUGARSWEETS fait son retour avec un changement de taille. Au chant, c’est dorénavant Yulia Gubenko qui officie en lieu et place d’Elisa Heyte, ce qui n’a d’ailleurs pas empêché le quintet de conserver son nom.

Toujours aussi intemporelle, la musique des Français s’inscrit dans la veine des productions de Stax, Atlantic et de la Motown avec tellement de talent que la comparaison s’impose d’elle-même. Entre Blues, Soul et Rythm’n’ n Blues, ELISE & THE SUGARSWEETS nous entraîne dans un groove et un swing irrésistibles dans lesquels quelques pulsations Funk trouvent aussi un peu de place.

En montrant une belle diversité à travers de nombreuses teintes Blues et Soul, les Parisiens affichent aussi une identité musicale très personnelle. Grâce à une incroyable technique et une dextérité de haut vol, ELISE & THE SUGARSWEETS nous font passer par tous les états et le voyage est enchanteur (« In The Shadow Of Your Wings », « Galaxy », « Birthrights », « Not Allowed To Sing The Blues », « Stolen Sun »). Superbe.    

Photo : Philippe Poitevin