Catégories
Contemporary Blues Soul

Christone ‘Kingfish’ Ingram : bluesy highway

Avec un tel potentiel et une virtuosité sans faille, CHRISTONE ‘KINGFISH’ INGRAM s’est forgé une belle réputation, loin d’être usurpée. Capable de faire parler la poudre comme d’être d’une finesse absolue, l’Américain parrainé par les plus grands poursuit son chemin avec élégance et beaucoup de raffinement dans le jeu. Six-cordiste polymorphe et chanteur délicat, c’est avec « Hard Road » qu’il fait son retour. Un opus très personnel sur lequel il ne se refuse rien, n’en fait pas trop, mais où il pèche par un manque d’accroche récurrent. On reste cependant sous le charme de ce futur très grand du Blues. 

CHRISTONE ‘KINGFISH’ INGRAM

« Hard Road »

(Red Zero Records)

Du haut de ses 26 ans, CHRISTONE ‘KINGFISH’ INGRAM affiche une carrière assez incroyable, et même s’il se présente avec son troisième album studio (auquel il faut ajouter « Live In London » en 2023), il fait déjà figure de vieux routard du Blues. Originaire de Clarksdale, épicentre du légendaire Mississippi Delta, il fait ses armes très tôt pour ensuite enchaîner un nombre incalculable de featuring en jouant sur les disques de Devon Allman, Eric Gales, Popa Chubby, Ally Venable, Albert Castiglia, Buddy Guy ou Keb’ Mo’ notamment, sans compter qu’il a partagé la scène avec les plus grands noms. Le jeune homme a donc un solide bagage.

Lauréat d’un Grammy Award du meilleur album de blues contemporain en 2022 pour « 662 », il est déjà considéré comme l’un des bluesmen incontournables et ce n’est donc pas très surprenant de le voir sortir « Hard Road » sur son propre label, Red Zero Records. Une émancipation précoce là aussi. Evoluant dans un registre très actuel, CHRISTONE ‘KINGFISH’ INGRAM excelle autant dans des sonorités très Rock que d’autres plus Soul et presque Gospel. Redoutable guitariste, il n’a pas son pareil pour enflammer un morceau et lui donner instantanément du relief. Il électrise un titre en quelques accords et c’est là toute sa force.

Enregistré entre les Royal studios de Memphis, à Santa Monica et à North Hollywood sous la houlette de Tom Hambridge, Nick Goldston et Patrick Hayes, « Hard Road » est donc, et légitimement, très attendu. Une fois encore, ses parties de guitares sont somptueuses, son chant aussi a pris du coffre et de l’assurance, mais c’est du côté de la composition que réside la plus grande inconnue. Bien sûr, l’âge de CHRISTONE ‘KINGFISH’ INGRAM est un élément important, qui vient expliquer certaines facilités sur la longueur et, par conséquent, une absence de piment, de vécu et d’homogénéité. Mais l’attente est-elle peut-être trop forte ?

Catégories
Southern Rock

Whiskey Myers : foudroyant de vérité

Pour qui attendrait encore le renouveau d’une classieuse et référentielle vieille garde avec impatience, voire en vain, WHISKEY MYERS vient apporter la plus somptueuse des réponses avec « Whomp Whack Thunder ». Narrative et percutante, sincère et foudroyante, la formation texane est au sommet de son art et s’attèle avec ferveur à perpétuer l’esprit du Southern Rock dans son époque. Sur un groove tourbillonnant, des guitares lourdes et épaisses et un chant habité, le groupe œuvre dans une immédiateté scintillante aux mélodies imparables.

WHISKEY MYERS

« Whomp Whack Thunder »

(Wiggy Thump Records)

Le son est si brut et organique que, pour un peu, on se croirait au beau milieu du studio dans lequel les Texans se sont engouffrés. Alors qu’ils avaient autoproduit leurs derniers albums, dont le génial « Tornillo » il y a trois ans, WHISKEY MYERS a cette fois laissé les manettes au producteur awardisé Jay Joyce (Eric Church, Cage The Elephant) pour faire briller « Whomp Whack Thunder ». Et cette sage décision lui offre une dimension nouvelle, alors même qu’il est devenu incontournable en s’invitant aussi dans des B.O. sur petits et grands écrans.

Mené par son chanteur et compositeur Cody Cannon plus créatif et expressif que jamais, WHISKEY MYERS livre une septième réalisation guidée par le plaisir de jouer et un instinct qui explosent dans une belle débauche d’énergie. Accessible et décomplexé, « Whomp Whack Thunder » incarne l’idée-même du Rock Sudiste, où la Country se joint au Blues et à l’Americana dans une fusion spontanée. Avant tout très Rock’n’Roll, les Américains sont de plus en plus au service de leurs émotions et d’une honnêteté artistique sans faille.

S’il s’est, par le passé, essayé à différentes sonorités Southern, le sextet les englobent toutes sur « Whomp Whack Thunder », révélant ainsi l’audace et l’authenticité de son écriture. Nerveux et entraînant sur « Time Bomb », « Tailspin », « Icarus » ou « Ramblin’ Jones », plus Blues sur « Break These Chains », « Midnight Woman » et profond sur « Born To Do », WHISKEY MYERS fait un pas de côté et se pose en marge d’une industrie musicale, qui renvoie aux stéréotypes. Ce nouvel opus porte généreusement à l’âme et impressionne de volonté.

Retrouvez la chronique de « Tornillo » :

Catégories
Blues Rock Soul / Funk

Ana Popovic : la reine

Si le Blues féminin possède enfin ses lettres de noblesse, le premier nom qui revient encore et toujours est celui d’ANA POPOVIC, bien sûr. Du haut de ses sept Blues Music Grammy, elle revient avec un douzième album studio stratosphérique, qui se pose dans la continuité de « Power », paru il y a deux ans. Très Rock, hyper funky et fondamental Blues, les morceaux de la néo-Californienne prennent une hauteur encore jamais atteinte et « Dance To The Rhythm » offre un panel complet de son univers. Délicat et jubilatoire, rien ne résiste à cette héroïne de la guitare au sommet de son art.

ANA POPOVIC

« Dance To The Rhythm »

((Electric Heels Records – Socadisc)

Après un combat victorieux face à la maladie, la guitariste et chanteuse serbe était revenue avec « Power » en 2023, un album d’une grande fraîcheur sur lequel son bassiste et ami Buthel Burns lui avait redonné envie et joie de vivre, autant que de jouer. Avec « Dance To The Rhythm », c’est cette même énergie qui resplendit sur chaque note et dans chaque parole. ANA POPOVIC, désormais installée depuis quelques années à Los Angeles, a retrouvé la pleine possession de son incroyable talent et ce nouvel opus vient même s’inscrire comme une suite logique. Les deux auraient même fait un superbe double-album…

Et comme sur « Power »,  on retrouve des sonorités Rock, Soul, Jazz, Afrobeat et Funk : tout ce qui fait le style et la personnalité de l’artiste. Exaltée sur scène comme sur disque, la musicienne peut encore et toujours compter sur un groupe incroyable, qui évolue à la manière d’un Big Band. Enveloppée de chœurs envoûtants, dynamisée par une section cuivre torride, ANA POPOVIC a tout le loisir de se présenter sur un chant sensuel et entraînant pour y diffuser des messages toujours très positifs, afin de communier pleinement avec un auditoire aimanté par autant de classe et de grâce.

Dire qu’elle resplendit est un doux euphémisme. Que ce soit dans le chant où elle ne manque ni de variations, ni d’assurance, ou dans son jeu de guitare évidemment scruté de près, ANA POPOVIC est à la hauteur de sa légende. D’une fluidité renversante et d’une technique infaillible, elle passe d’un univers à l’autre avec la même énergie et une facilité décidemment déconcertante. Du groove survitaminé du morceau-titre ou « Sho’ Nuf », des très Bluesy « Hottest Ticket In Town » et « Sisters And Brothers », elle rayonne aussi sur « Worked Up », « Dwell On The Feeling » ou « California Chase ». Irrésistible !

Retrouvez l’interview de la musicienne accordée à la sortie de « Power » et la chronique de l’album :

Catégories
Folk/Americana

Robert Plant with Suzi Dian : entre lande et grands espaces

Pourquoi traverser les océans lorsqu’autant de talents gravitent autour de vous ? A en croire un ROBERT PLANT détendu et souriant, il lui suffisait d’arpenter les environs de son Royaume-Uni natal pour trouver des artistes enthousiastes à l’idée de revisiter un répertoire  de haute volée. Car « Saving Grace » pose un regard inédit et singulier sur des chansons faisant partie du patrimoine Folk, Blues, Americana et Gospel des Etats-Unis qu’il réinvente avec beaucoup de fraîcheur. Pas de quoi donc décontenancer ce sextet très soudé. Au contraire, l’émulation est forte et palpable.

ROBERT PLANT with SUZI DIAN

« Saving Grace »

(Nonesuch Records)

C’est dans la champagne anglaise, non loin des frontières du Pays de Galles, que l’emblématique chanteur a commence à travailler sur « Saving Grace ». Au gré des rencontres, il a rassemblé un groupe de musiciens locaux et aguerris. Alors qu’avec Alison Krauss, il avait posé son dévolu sur un style plutôt axé sur la Country Americana de Nashville avec l’album « Raise The Roof » en 2021, c’est une sorte de retour aux sources harmoniques qu’il effectue. Et à l’écoute de ces nouveaux morceaux, on retrouve un ROBERT PLANT sensible, appliqué et concerné en duo avec SUZI DIAN.

C’est donc dans un registre qui lui convient parfaitement et des harmonies qu’il maîtrise et connait bien qu’il revient pour donner une version personnelle d’une Folk apparemment anglaise dans le son, qui n’est pas sans rappeler celle que l’on retrouve aussi en Irlande et, par extension, dans certaines contrées canadiennes. Et pour se faire ROBERT PLANT a monté une formation connaisseuse et affûtée. En partageant le chant avec SUZI DIAN, il créé aussi un équilibre vocal solide, lumineux et complémentaire. Et « Saving Grace », comme par magie, se fait immédiatement envoûtant.

Avec cet album, le Britannique a aussi ouvert une sorte de boîte de Pandore. Pas de compositions personnelles, mais un recueil de reprises qu’il est allé dénicher dans un héritage Folk étonnamment exclusivement américain et qui, ici, sonne totalement british. Oli Jefferson (batterie), Tony Kelsey (guitare), Matt Worley (banjo, cordes) et Barney Morse-Brown (violoncelle) libèrent des horizons emprunts de liberté et de vastes étendues à SUZI DIAN et ROBERT PLANT, qui excellent dans une interprétation et une approche assez rurales et très attachantes… Monumental !

Photo : Tom Oldham

Catégories
Blues Rock International

Eric Gales : le feeling en héritage [Interview]

Ayant grandi dans un foyer bercé par le Blues, c’est tout naturellement qu’ERIC GALES s’y est plongé à bras le corps pour devenir aujourd’hui l’une des références mondiales du Blues Rock. Aussi électrique qu’électrisant, le guitariste, chanteur et songwriter a mis cette fois ses propres compositions de côté pour se pencher sur celles de son frère, Emmanuel, alias Little Jimmy King. Avec « Tribute To LJK », le virtuose revisite le répertoire de son aîné, non sans y apporter sa touche personnelle, bien sûr, et soutenu par quelques invités marqués eux aussi par la musique du bluesman de Memphis. Entretien avec un artiste qui porte haut l’héritage familial.   

– Tout d’abord, au-delà de l’héritage familial bien sûr, est-ce que ton frère Emmanuel a aussi eu une influence sur ton jeu, tout du moins au début lors de ton apprentissage de la guitare ? Et qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Peut-être d’ailleurs que cela se situe-t-il plus dans l’attitude et dans ton approche du Blues ?

Oui, bien sûr, son empreinte est énorme et je pense aussi que toute ma famille a été une influence pour moi. Tu sais, je suis le plus jeune de la fratrie et j’ai pu puiser dans tous les styles différents qui passaient à la maison. Il y avait toujours de la musique, tout le monde jouait ! Alors, évidemment, j’ai gardé de nombreux éléments de tout ça au fil du temps et cela m’a forgé peu à peu. Et puis, d’autres membres de ma famille étaient aussi musiciens et ont aussi eu un impact, même inconscient.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on dise aussi un mot au sujet de la B.O. du film « Sinners » de Ryan Coogler, sorti en avril. Tu as participé à la musique avec d’autres comme Buddy Guy et Christone ‘Kingfish’ Ingram, d’ailleurs. C’était une première pour toi. Comment cela s’est-il passé ? Est-ce très différent de composer pour une musique de film, ou pas vraiment ?

En fait, ce n’est pas si différent que ça. La seule chose qui a changé pour moi, c’est que c’était la première fois que je faisais une musique de film. En fait, tu regardes un écran, tout en jouant des notes qui doivent s’accorder à l’ambiance de ce que tu vois. C’est assez spécial, car il faut capter les vibrations. Et puis, tu ne sais pas si ce que tu joues va être gardé, ou pas. Et ce qui m’a étonné, c’est qu’au final, presque tout ce que j’ai joué a été conservé pour le film. Il y a eu une formidable collaboration avec Ludwig (Göransson, qui signe la B.O.- NDR). Quand nous avons travaillé ensemble sur le projet, j’étais très à l’aise, comme si j’étais à la maison. Il m’a juste dit de faire comme je ne le sentais et de rester moi-même… Et cela a fonctionné !

– Revenons à « Tribute To LJK » et la première question qui vient à l’esprit est comment s’est fait le choix des morceaux ? Est-ce que l’idée a été d’être le plus représentatif possible de sa musique avec un certain équilibre, ou au contraire de te faire avant tout plaisir en reprenant des chansons qui te touchent plus que d’autres ?

C’est un peu des deux, en fait. J’ai choisi des chansons que j’aime et que j’ai écoutées pendant des années. Il y en a certaines dont je suis très proche, car j’ai été élevé en les entendant. Et puis, j’ai aussi un peu redécouvert un répertoire de Jimmy King que je ne connaissais pas beaucoup. L’idée a été de respecter le plus fidèlement possible les versions originales, tout en leur donnant mon regard, ainsi que des sonorités inscrites dans notre époque, c’est-à-dire un son moderne.

– Toutes les chansons de l’album font partie du répertoire de Little Jimmy King et une seule n’est pas de lui. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à trouver laquelle ! Tu n’as pas pensé à composer un titre original vraiment dédié, afin que cet hommage soit encore plus personnel ?

La chanson dont tu parles est « Somethin Inside of Me » (Sourires) C’est d’ailleurs un morceau qui a été repris par beaucoup de monde. Je pense que mon frère s’est servi de la version d’Elmore James pour réaliser la sienne. Pour ma part, j’ai décidé d’en faire un Blues assez lent, c’est comme ça que je la voyais et que je la sentais.

Et en ce qui concerne l’écriture d’un titre original, l’idée m’a traversé l’esprit, mais je ne l’ai finalement pas fait. C’est aussi quelque chose que j’ai déjà réalisé. Là, je voulais vraiment m’investir dans le répertoire de mon frère et aller encore plus loin dans l’exploration. Je pense que c’était la meilleure façon de lui rendre hommage.

– D’ailleurs, cet album a été réalisé avec des proches et notamment Joe Bonamassa et Josh Smith, qui le produisent et jouent également sur plusieurs morceaux. Tu avais travaillé avec eux sur l’album « Crown » (2022). Est-ce aussi pour cette raison que vous avez renouvelé cette collaboration ?

Pas au départ, car on n’avait rien planifié de côté-là. Mais comme il y a vraiment eu une très bonne relation de travail entre nous trois, ils avaient toute ma confiance. Ils m’ont aussi aidé à amener la vision que j’avais de l’album là où je le voulais. Ils ont parfaitement compris ma relation avec mon frère et ils ont fait un super boulot ! 

– En introduction, ton autre frère Daniel, le jumeau d’Emmanuel, dit quelques mots très touchants. D’entrée de jeu, on sait que l’album aura une saveur très familiale, d’autant qu’il y a aussi des chansons composées par Eugene. Est-ce que, finalement, tu as voulu réaliser un témoignage sur l’empreinte de cette fratrie dans le Blues ?

Oui, c’était intentionnel. C’est l’idée avec laquelle je suis venu dès le départ. J’ai tenu à retranscrire ce sentiment très fort qui existait entre mon frère et moi. Et pour l’introduction et ce court texte, comme ils étaient jumeaux, c’est aussi un peu comme si j’écoutais sa voix. Ils étaient si semblables. Ouvrir l’album de cette manière est comme offrir une validation au projet, c’est pourquoi je tenais à cette participation. C’est vraiment lui qui permet d’avoir  cette présence et cette sensation unique, du fait de leur gémellité. Tu sais, nous sommes tous frères, mais Daniel et Emmanuel avaient une relation très particulière avec un lien beaucoup plus proche que nous autres. Quand notre sœur nous a quittés, cela a été encore différent. Deux frères si identiques, c’est vraiment très spécial. Je tenais à ce que mon autre frère valide littéralement le projet et il n’y avait aucune autre façon que celle de le faire parler en introduction de l’album. Et c’est la première chose que l’on entend en découvrant le disque.

– En reprenant les chansons de ton frère, ton envie première a-t-elle été de respecter le plus possible les versions originales, ou au contraire de leur donner un nouvel éclat avec une production très actuelle, par exemple, et quelques arrangements ?

Oui, oui, oui ! Bien sûr que l’idée était de respecter au maximum ce qu’il avait fait. La question ne s’est même pas posée. En même temps, je tenais absolument à imposer ma touche et ma vision de ses chansons et je crois que mon frère aurait été très fier de moi. Il aurait été fier de l’écouter. Tu sais, il y a déjà eu des rééditions des versions originelles de ces morceaux, mais j’ai souhaité avoir une approche personnelle, qui me ressemble. Mon envie était de leur donner une autre perspective, grâce à mon point de vue sur son œuvre. Et je pense que ça fonctionne bien.

En ce qui concerne les arrangements et la production, Joe et Josh m’ont juste demandé de leur laisser les rênes. Ils savaient parfaitement que j’avais une vision précise de ce que je voulais faire sur cet hommage à mon frère, et ils l’ont bien compris. Pour l’essentiel, ils m’ont juste aidé à m’assurer que ce que j’avais en tête serait très bien retranscrit. Ils ont tout fait pour ça, et ils ont réussi !

– Et puis, tu es très bien entouré sur l’album. On sent une grande complicité et une proximité entre vous tous. Ce sont les musiciens qui t’accompagnent habituellement, ou as-tu réuni une line-up spécial pour l’occasion ?

En fait, j’ai cherché à établir un line-up qui me permettrait de trouver des idées, tout en intégrant les leurs, et tout cela a bien fusionné sur l’album. Je voulais une émulation de tous autour des chansons. En restant eux-mêmes, ils ont apporté un supplément d’âme et je pense que c’est aussi ce qui ressort sur le disque.

– Un mot sur les invités prestigieux qui figurent sur l’album. On a parlé de Joe Bonamassa et Josh Smith. Il y a aussi Christone ‘Kingfish’ Ingram, Roosevelt Collier et le grand Buddy Guy pour un magnifique duo. Ils ont tous un lien plus ou moins fort avec Little Jimmy King et sa musique. Ce sont des choix qui t’ont paru immédiatement évidents ?

Oui, car leur proximité avec lui était très forte, ainsi qu’avec sa musique. Donc, ça n’a pas été très compliqué de faire des choix, même si j’en avais encore d’autres en tête. Mais je me suis  arrêté sur eux et leur évidente connexion. J’avais vraiment envie qu’il participe à l’album. Je me suis aussi posé beaucoup de questions, notamment sur le fait d’avoir des invités sur chaque morceau. J’ai décidé finalement qu’il n’y en aura que quelques uns, mais ils ont des références, des significations et une importance directement liées à mon frère. C’était l’essentiel. Après, on aurait pu faire plus de reprises, bien sûr, mais je pense que réunir dix chansons était suffisant et amplement représentatif de la musique de Little Jimmy King.

– Enfin, l’album a été enregistré à Nashville, pas très loin de Memphis où vous avez grandi. C’était important aussi que l’album se fasse dans le Tennessee pour conserver cette chaleur et ce son qui vous suivent depuis toujours ?

Je pense que cela a aidé, oui. Mais, à mon avis, l’album aurait été tel qu’il est peu importe où on l’aurait enregistré. C’est surtout une question de valeurs communes. C’est vrai qu’il y a  un aspect sentimental à l’avoir réalisé dans le Tennessee. Etant donné le temps dont nous disposions, c’était le meilleur studio disponible à ce moment-là. J’avais perdu l’espoir de l’enregistrer à Memphis, donc nous l’avons fait à Nashville. Il y a de très bons studios à même de nous mettre dans les meilleures conditions pour ce que nous avions à faire. Et ça a vraiment été génial ! Et oui, je suis très heureux que l’album ait été enregistré dans le Tennessee, où mon frère est né et où il a vécu. Ca a été fantastique ! 

L’album hommage à son frère par ERIC GALES, « A Tribute to LJK », est disponible chez Mascot Records.

Photos : Jim Arbogast

Retrouvez également la chronique du dernier album d’ERIC GALES, « Crown » :

Catégories
Blues Soul

Tedeschi Trucks Band And Leon Russell : magic communion

Dix ans après une prestation qui a du laisser des étoiles dans les yeux des spectateurs, TEDESCHI TRUCKS BAND AND LEON RUSSELL nous offrent enfin un témoignage concret de leur passage au ‘Lockn’ Festival’ américain et de leur réinterprétation du fiévreux album live de Joe Cocker, « Mad Dogs & Englishmen », paru quelques décennies plus tôt. La ferveur est là et la performance exceptionnelle, d’autant que ce disque pour le moins mythique traverse les âges avec une élégance rare et un sens de la Soul et du Blues qui atteint des sommets.

TEDESCHI TRUCKS BAND AND LEON RUSSELL

« Mad Dogs & Englishmen Revisited – Live At Lockn’ »

(Fantasy Records)

Alors que Susan Tedeschi voyait le jour et que neuf ans plus tard, ce serait au tour de Derek Trucks, Joe Cocker, quant à lui, enregistrait l’emblématique « Mad Dogs & Englishmen » au Fillmore East de New-York les 27 et 28 mars 1970. Un disque qui les a donc marqués au fer rouge. A l’époque, c’est le claviériste, chanteur et directeur musical LEON RUSSELL qui était aux manettes et c’est aussi lui que l’on retrouve, bien accompagné, à la production de cette version revisitée par le TEDESCHI TRUCKS BAND et captée en septembre 2015 au ‘Lockn’ Festival’ d’Arrington, en Virginie.

45 ans après l’édition originale, quelques musiciens de Mad Dogs sont revenus fouler la scène et Rita Coolidge, Claudia Lennear et Chris Stainton sont toujours aussi rayonnants. Et comme pour rendre cet hommage inoubliable, TEDESCHI TRUCKS BAND et LEON RUSSELL ont convié quelques invités de marque, qui confèrent à cet album une incroyable générosité. Cette célébration collective rappelle d’ailleurs naturellement celles de Joe Cocker. Ici aussi, on a le sentiment que des amis se sont rassemblés dans une harmonie très fluide et une énergie communicative.

Si à eux seuls, TEDESCHI TRUCKS BAND et LEON RUSELL font trembler n’importe quelle scène, alors imaginez un peu les frissons supplémentaires procurés par Chris Robinson des Black Crowes, John Bell, le grand Warren Haynes, Anders Osborne, Doyle Bramhall II et Shannon McNally. Il y a autant d’électricité que de magie pendant plus d’une heure de concert. Susan Tedeschi est impériale au chant, son guitariste de mari Derek Trucks brille de mille feux et les chœurs omniprésents font jaillir autant de lumière et de sourires que la vibrante section de cuivres. Incontournable !

Retrouvez les chroniques de l’album en quatre actes « I Am The Moon » du groupe :

Catégories
Blues Rock

Rawland : flavors of Tennessee

Par-delà ses montagnes suisses, RAWLAND retourne une deuxième fois goûter aux saveurs bleutées du Tennessee pour y poser son propre regard sur la musique du berceau du Blues. Globalement assez Rock, le musicien, accompagné d’un groupe chevronné, traverse aussi des contrées plus acoustiques avec beaucoup de conviction et un grand respect pour cet héritage musical. Sur un son tout de même assez européen, « From Nashville To Memphis » est une belle balade très rythmée, non loin des parfums du Mississippi.  

RAWLAND

« From Nashville To Memphis »

(Independant)

Après avoir œuvré quelques décennies dans la sphère Hard Rock et Heavy Metal avec Genocide et Sideburn notamment, le Suisse s’est ensuite tourné vers le Blues, d’abord avec Blue Mojo’s, puis en solo il y a cinq ans. « Snakes & Repents », son premier album sous le nom de RAWLAND, avait même été enregistré à Nashville dans le légendaire Sound Emporium Studio, puis mixé et masterisé également aux Etats-Unis. Avec « From Nashville To Memphis », le chanteur, harmoniciste et guitariste, grand adepte de la slide, poursuit cette belle aventure avec beaucoup de feeling et de finesse.

RAWLAND enfonce le clou avec l’assurance d’un vieux bluesman, même si ce n’est pas le style dans lequel il s’est illustré au départ. Avec ce deuxième opus, il conforte des prédispositions indiscutables et une touche qui se fait elle aussi plus personnelle. Et pour mener à bien son entreprise, le frontman s’est entouré de Sicky Lio (guitare), Nick Thornton (basse), Dono (claviers), Pat Aeby (batterie) et la machine est bien huilée. Les compositions sont variées et explorent plusieurs dominantes du genre avec brio dans des atmosphères chaleureuses.

Difficile pour autant de faire l’impasse sur son parcours et son héritage musicale et Roland Pierrehumbert fait donc parler la poudre à l’occasion, histoire de faire rugir son Blues Rock (« Sleepdog », « Don’t Get Me Down »). Comme son titre l’indique, RAWLAND a posé sa valise dans le Tennessee, alors cela valait bien qu’on y parcourt son territoire avec toutes les saveurs qu’il contient et en variant les tempos (« Out Of The Fire », « Rolling & Tumbling », « Dreams Of Blue », « Sign It »). Vocalement irréprochable, l’Helvète signe avec « From Nashville To Memphis » un bel album.

Photo : Jacques Apothéloz

Catégories
Blues Rock

Walter Trout : blue time

Avec sa classe naturelle, beaucoup d’élégance dans le jeu et une polyvalence rare, le natif du New-Jersey a fait du Blues Rock sa seconde maison. Avec « Sign Of The Times », WALTER TROUT élève encore son niveau et avec le même groupe que sur son précédent opus, il régale en multipliant les ambiances avec une grande facilité et une dextérité fascinante. En fin observateur qu’il est, il jette un coup d’œil bleuté sur un mode qu’il juge devenu obsolète et en perte de repères.

WALTER TROUT

« Sign Of The Times »

(Provogue/Mascot Records)

A 74 ans et avec une quarantaine d’albums à son actif, WALTER TROUT a conservé cette énergie qui le pousse depuis ses débuts aux côtés du grand John Mayall au sein des fameux Bluesbreakers. S’il mène une carrière en apparence assez discrète, il n’en est pas moins l’un des meilleurs bluesmen du circuit depuis des années. Auteur, compositeur, guitariste, harmoniciste et chanteur, il surgit après un « Broken » (2024) de haute volée avec « Sign Of The Times », une sorte de récit observateur des maux de notre époque et le sens qu’elle prend… ou pas.

Autoproduit et coécrit pour les textes avec son épouse, manageuse et auteure Marie, WALTER TROUT sonde cette fois encore les recoins de sa propre histoire et de la société qui nous entoure, non sans beaucoup d’humour et sur un mode souvent satirique. Mordant et perspicace, son Blues Rock est peut-être plus dur et plus sombre qu’à l’habitude (« Sign Of The Times », « Struggle To Believe »), mais la fougue à l’œuvre ici le rend encore plus saisissant de vérité. L’Américain se livre complètement et toujours le sourire au bord des lèvres, malgré le propos.

Parti enregistrer à Los Angeles, WALTER TROUT est accompagné de Michael Leasure (batterie), John Avila (basse) et Terry Andreadis (claviers) et le quatuor déploie un groove absorbant et surtout affiche une complicité évidente. « Sign Of The Times » contient dix morceaux qui sont autant d’atmosphères différentes. Costaud à deux reprises, son Blues se fait aussi plus classique (« Blood On My Pillow », « Too Bad ») et évolue aussi avec souplesse vers l’acoustique. Et on retiendra « Mona Lisa Smile », « No Strings Attached » et « I Remember ». Brillant !

Photo : Leland Hayward

Retrouvez aussi les chroniques précédentes :

Catégories
Blues Rock France Soul Southern Blues

Jessie Lee & The Alchemists : nourrir l’héritage [Interview]

Fort d’un nouvel album dont les morceaux ont déjà été bien éprouvés sur scène, JESSIE LEE & THE ALCHEMISTS livre « Legacy » à travers lequel il revient sur ses racines. On y décèle un hommage, bien sûr, mais pour autant les Français continue d’œuvrer dans la démarche qui les guide depuis leurs débuts. Très live et organique, la production dégage une chaleur enveloppante, inhérente au style et avec une touche très 70’s. La chanteuse et son groupe ont une fois encore façonné une belle réalisation et ils reviennent sur sa conception.

– Ce troisième album est assez spécial pour plusieurs raisons. La première est que vous avez composé les morceaux pour ensuite les roder sur scène Qu’est-ce qui vous a mené à ce processus ?

Nous avons toujours fait comme ça, dès le début du groupe. Nous répétons peu les nouveaux morceaux, nous les laissons évoluer et s’affiner sur scène, ensuite seulement nous répétons pour préparer l’album. Cela nous permet aussi de ne pas nous poser de question au moment de l’enregistrement. Les titres sont digérés tout en gardant la fraîcheur de la nouveauté. En studio, nous jouons live en essayant de garder le même feeling que sur scène, c’est donc important pour nous que tous les titres aient été rodés avant.

– D’habitude, les groupes attendent la sortie du disque pour le défendre sur scène, ce qui créée aussi une certaine émulation pour le groupe comme pour les fans. Comme vous avez joué ces morceaux lors votre dernière tournée européenne, est-ce que cela vous a consolidé dans la composition de certains, et d’ailleurs en avez-vous retiré de votre répertoire suivant les réactions ?

Plein de petits détails s’affinent à force de jouer les nouveaux titres en live et ils continuent d’ailleurs à évoluer même après l’enregistrement de l’album. Et les réactions du public peuvent aussi contribuer à conforter nos choix, bien sûr.

– Si on reste sur l’aspect scénique, la sortie de « Legacy » signifie aller tourner de nouveau avec ces mêmes morceaux. Comment, et allez-vous d’ailleurs le faire, réinventer vos setlists ?

En réalité, nous introduisons des nouveaux titres à l’intérieur de la setlist précédente, donc ils arrivent par ‘roulement’, un ou deux, comme une sorte d’exclusivité pour le public. Seulement maintenant, nous jouons tous les titres du nouvel album avec un nouveau show. Il est d’ailleurs possible, d’ici quelques temps, que des nouveautés se glissent dans ce dernier !

– Musicalement aussi, votre démarche peut paraître surprenante. On a tendance à imaginer un troisième album comme celui qui vient conforter la personnalité d’un style. Or, ici, vous rendez hommage à vos racines musicales. C’est tout aussi enthousiasmant, mais c’est le genre de réalisation qu’on attend peut-être plus tard dans une discographie. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ?

Il n’y a rien de bien différent. Ce sont toujours des compositions originales avec notre son et notre personnalité, plus affirmée que jamais. Chaque album se doit d’être différent, et chaque morceau une histoire et un tableau à lui seul. La démarche était plutôt de revenir à ce par quoi nous avions commencé, s’inspirer de nos racines tout en mettant en avant le groupe live et ‘jam band’ que nous sommes. Nous nous laissons avant tout porter par nos envies du moment.

– « Legacy » a aussi été enregistré en studio dans des conditions live. Est-ce justement parce qu’il a été joué sur scène que vous avez opté pour cette façon de procéder ?

Tous nos albums ont été enregistrés de cette façon, tout en produisant de façon plus ou moins sophistiquée les morceaux, en ajoutant des guitares, des claviers, etc… C’est important pour nous de garder cette énergie live, qui doit rester la base des titres.

– Ce nouvel album est aussi un beau voyage musical à travers le Blues bien sûr, la Soul, le Rythm’n’ Blues et le Southern Rock, tout ce qui vous caractérise. Justement, comment avez-vous réussi à éviter les clichés des habituels hommages, tout en gardant votre identité artistique ?

Merci ! Les morceaux sont avant tout des originaux, notre identité artistique et musicale est partout. Ce sont plus des évocations, des clins d’œil, une manière de jouer et une façon de composer, qui rendent hommage à certains artistes et certains morceaux.

– Un mot aussi sur la production de l’album, qui est entièrement analogique et réalisée sur du matériel vintage. Est-ce que ce n’est finalement pas ça l’essence-même du Blues et ce qui retranscrit le mieux son âme ?

Il est important pour nous de ne jouer que sur du matériel analogique, des lampes dans les amplis, un vrai piano, un vrai orgue Hammond, etc… C’est ce avec quoi nous avons grandi et, effectivement, c’est ce que nous aimons et avons dans les oreilles. Nous n’allions pas faire de clins d’œil aux Allman Brothers, Edgar Winter ou à Jeff Beck, pour n’en citer que quelques uns, en utilisant des modélisations numériques ! (Rires)

– Enfin, vous reprenez « You’re The One That I Want » de John Farrar, rendu populaire par le film « Grease ». Vous en faites même une version presque Reggae, même si le final est beaucoup plus puissant. L’objectif de départ était-il de déconstruire l’original pour vous l’approprier ensuite complètement ?

Exactement, y mettre de nous, et prendre à contre-pied ce morceau que nous adorons ! La chose amusante est le refrain. Alors, nous avons modulé la tonalité, changé l’harmonie et la mélodie, ainsi que le rythme et pourtant on le reconnait. Il n’y a qu’une petite guitare qui fait un clin d’œil aux choeurs originaux du morceau. C’était un vrai challenge !

Le nouvel album de JESSIE LEE & THE ALCHEMISTS, « Legacy », est disponible chez Binaural Production/Absilone.

Photos : Eric Martin

Retrouvez aussi la chronique de leur album précédent, « Let It Shine » :

Catégories
Blues Rock Soul / Funk

Patrick Sweany : driven by truth

Avec « Baby, It’s Late », PATRICK SWEANY va encore plus loin dans sa recherche d’un Blues électrique et universel. Rock, Funky et Soul, ce nouvel opus dégage une proximité dense et explosive. Particulièrement bien accompagné, son chant se fait également plus profond et le côté très organique du son met en évidence une écriture efficace et accrocheuse. Et l’enregistrement à l’ancienne offre un aspect luxuriant et chaleureux à l’ensemble

PATRICK SWEANY

« Baby, It’s Late »

(Nine Mile)

Bluesman accompli et redoutable homme de scène, le natif de l’Ohio basé à Nashville depuis de nombreuses années fait enfin son retour sept ans après « Ancient Noise ». Non qu’il soit resté les bras croisés, bien au contraire, PATRICK SWEANY a enchaîné les concerts tout en mettant sur pied deux formations. Avec The Tigers Beats, il s’est consacré au répertoire Blues des années 50 et 60, tandis qu’avec Super Felon, le quintet est plus axé sur la Soul et le Funk. De quoi s’ouvrir des horizons nouveaux et rompre avec la routine.

Et durant tout ce temps, l’Américain n’a pas cessé non plus de composer de nouvelles chansons. Ce sont d’ailleurs des musiciens issus de ses deux groupes qui l’accompagnent sur « Baby, It’s Late » et le feeling qui les lie est juste phénoménal. C’est dans un Blues Rock brut, au groove épais et rugueux que PATRICK SWEANEY se déploie et laisse s’échapper aussi de subtiles ballades pleines d’émotion (« Christmas Parade » et « See Through »). Le style est direct et sans fioriture et il se montre littéralement habité par son jeu.

Signe  d’une  grande maturité artistique acquise après plus de 25 ans de carrière, le chanteur, guitariste et songwriter s’est occupé lui-même de la production de ce onzième album studio. Enregistré en deux jours seulement et en conditions live avec ses partenaires, « Baby, It’s Late » est d’une authentique sincérité et PATRICK SWEANY affiche la vérité d’un leader à la fois solide et sensible. En quête d’immédiateté, c’est un Blues très instinctif aux sensations Southern et avec une fraîcheur d’âme intemporelle qu’il présente. Intense !