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Sophie Gault : wild sensations

A la manière d’un ouragan, SOPHIE GAULT déferle avec la fougue qu’on lui connaît sur « Unhinged », une nouvelle réalisation très Rock, accrocheuse, moderne et débridée. Epanouie et volontaire, la songwriter, guitariste et chanteuse se montre sous son meilleur jour avec des titres habités et débordants d’énergie. Americana, Blues ou Honky Tong, rien ne lui résiste et elle impulse un souffle d’une grande fraîcheur sur la scène de Nashville, d’où elle est originaire. Une vraie pépite.

SOPHIE GAULT

« Unhinged »

(Torrez Music Group)

Auréolée d’une solide réputation sur la scène d’East Nashville, véritable poumon musical de la vile, SOPHIE GAULT sort un troisième album où elle sort les crocs dans un Americana Rock féroce aux sensibilités Country. Indépendante, son jeu a quelque chose de sauvage et d’imprévisible, qui a fait d’elle une musicienne incontournable bien au-delà du Tennessee, même si son style y est profondément lié. Pour autant, la musicienne est loin de se conformer à un système quelconque et rejette même toute sorte de zone de confort.

Moins de deux ans après « Baltic Street Hotel », l’Américaine revient plus aiguisée encore et plus Rock’n’Roll que jamais, sans mâcher ses mots et en lâchant des riffs tendus sur des mélodies entêtantes. « Unhinged » lui ressemble beaucoup, rebelle et libre. La production est brute et organique, puisque ce nouvel opus a été enregistré en condition live avec toute la vérité que cela demande. Particulièrement bien épaulée, SOPHIE GAULT peut compter sur des partenaires solides et aguerris, qui se montrent tous flamboyants.

Provocante et touchante à la fois, elle chante sa vie sans fard avec une folle énergie dans un Americana gorgé de Rock, de Blues, de Honky Tong et parfois même funky. Et entre ses compositions, SOPHIE GAULT a glissé quelques reprises tellement bien senties qu’on les croirait siennes, comme « Loves Gonna Live Here » de Buck Owen ou le fulgurant « Stop Breaking Down » de Robert Johnson. Et elle régale aussi sur « Whiskey Would Help », « Chesnut Street », « Pocket Change » en duo avec Mando Saenz et le morceau-titre. Epoustoufflant !

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Lucinda Williams : un œil sur le monde

Emouvante et combative, l’Américaine n’a pas son pareil pour mettre ses luttes et ses convictions en musique. Après une parenthèse récréative où elle a repris sur disque les Beatles dans les studios d’Abbey Road, LUCINDA WILLIAMS reprend la plume et la guitare pour se livrer à son domaine de prédilection. Assez Rock et bluesy dans la forme, son Americana fait encore et toujours des étincelles, bien aidée par des musiciens de haut vol. Préoccupée par la situation et les positions de son pays, elle évite tout fatalisme et se montre pleine d’espoir sur ce puissant « World’s Gone Wrong ».

LUCINDA WILLIAMS

« World’s Gone Wrong »

(Highway 20 Records/Thirty Tigers Records)

Le nouvel album, son 17ème, de LUCINDA WILLIAMS s’inscrit comme toujours dans le combat et la protestation. Une quête de liberté, d’égalité et de justice qui lui colle à la peau et qui fait d’elle une artiste unique et authentique, à l’instar d’un Bruce Springsteen. Son engagement est sans faille et « World’s Gone Wrong », dont le titre parole de lui-même, est un reflet de notre époque, une sorte de miroir de notre société, celle où elle vit en tout cas. Composé et enregistré dans l’urgence au printemps dernier, la songwriter lance une sorte de cri d’alarme.

Derrière l’apparente légèreté de son Americana aux élans Blues et Country, le propos est plus sévère et très réaliste. Indomptable, LUCINDA WILLIAMS se nourrit de son quotidien, de sa propre histoire et bien sûr de son environnement. Et le monde qui l’entoure l’inquiète et provoque sa colère. L’Amérique contemporaine qu’elle dépeint avec tant de justesse et de vérité a, cette fois, des allures d’apocalypse. La chanteuse se débat au milieu des mensonges et de la désinformation, mais sans jamais tomber dans le moralisme.

Musicalement, le style ne change pas tellement. On perçoit toujours cette fibre Gospel nichée aux creux des refrains, entre les couplets ou dans un simple accord de guitare. LUCINDA WILLIAMS signe neuf nouvelles compositions et livre une reprise de circonstance avec une invitée de marque. Sorti en single, « So Much Trouble In The World » de Bob Marley prend une toute autre ampleur aux côtés de la grande Mavis Staples, icône de la lutte des droits civiques. Et avec la participation de Norah Jones, « World’s Gone Wrong » est littéralement rayonnant.

Photo : Danny Clinch

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Larkin Poe : bluesy flowers [Interview]

La créativité des sœurs Lovell est suffisamment rare pour être soulignée. Alors que certains artistes peuvent connaître un moment d’essoufflement, chez LARKIN POE, l’enchaînement des albums semble plutôt leur faire du bien… Une sorte d’épanouissement comme le laisse entendre le titre de l’album, le huitième album des Américaines. De passage à Paris, Rebecca et Megan reviennent sur la conception de « Bloom », leur travail avec Tyler Bryant, cette connexion privilégiée avec leurs fans et, bien sûr, leur Grammy Award pour le ‘meilleur album de Blues contemporain’ l’année dernière…

– Avant de parler de « Bloom », votre nouvel album, j’aimerais vous féliciter pour votre Grammy Award remporté l’an dernier pour « Blood Harmony », et amplement mérité vu sa qualité et son succès. Il donne aussi l’impression d’arriver au bon moment dans votre carrière. Au-delà de la joie que cela procure, est-ce aussi une réflexion que vous vous êtes faite par rapport à votre parcours ?

Rebecca : En fait, c’est très rafraîchissant ! Et c’est assez fou de voir que 2025 marque aussi les 15 ans de LARKIN POE. Au fil des années, nous avons vécu un long et incroyable voyage avec de nombreuses expériences qui ont été très formatrices. On a vraiment eu la chance d’avoir le temps et l’espace pour vraiment déterminer les histoires que nous voulions raconter et cela nous a aussi construit en tant que groupe. C’est vrai que d’avoir tourné aussi intensément à la sortie de « Blood Harmony » nous a appris énormément de choses sur nous-mêmes. Alors, recevoir un Grammy pour cet album est véritablement un honneur. Et par ailleurs, c’est arrivé à un moment génial, car nous étions en pleine écriture de « Bloom », au mois de janvier de l’an dernier. Quand nous sommes allées à Los Angeles et que nous avons remporté ce Grammy, nous sommes juste rentrées chez nous pour terminer l’album. Finalement, je pense qu’il a eu un impact très positif d’un point de vue créatif dans son processus d’écriture.

– Justement, où en étiez-vous de la composition de « Bloom » lorsque vous avez gagné ce Grammy Award ? Et a-t-il changé quelques petites choses par rapport à l’album, voire lui a donné une nouvelle direction avec une perspective différente ?

Rebecca : Je pense que cela nous a donné la confiance de nous dire que nous étions sur le bon chemin. Tu peux parfois te retrouver sur une voie qui peut s’assombrir et tout à coup, tu aperçois cette petite lumière qui te rassure. Ce Grammy nous a donné la conviction que ce que nous faisions allait dans le bon sens.

Megan : Nous créons notre propre musique, nous la produisons nous-mêmes et nous la sortons sur notre propre label. Nous faisons exactement ce que l’on aime, sans essayer d’être influencées par des pressions extérieures. C’est même le contraire, on regarde beaucoup autour de nous pour essayer de trouver ce que nous voulons dire aux gens.

– Vous avez beaucoup tourné pour défendre « Blood Harmony ». Dans ces cas-là, est-ce que vous vous consacrez uniquement à la scène, ou trouvez-vous le temps aussi pour composer ?

Megan : Nous aimons écrire en saison, en quelque sorte. En fait, lorsque nous sommes en tournée, nous classons et répertorons toutes nos expériences. Et parce que nous sommes avant tout un groupe de scène, nous adorons les concerts. C’est ce qui conduit tout notre processus de création, cette idée de jouer et de communier avec les gens. Donc, nous avons pris beaucoup de notes de tous les moments spéciaux lors de la tournée de « Blood Harmony ». Et ensuite, nous avons pu tous les apporter en studio quand nous avons enregistré les chansons de « Bloom ». Et je dois dire que de tous les albums que nous avons faits, j’ai vraiment hâte de présenter celui-ci au public cette année. Nous avons vraiment hâte de revenir et de jouer ces nouvelles chansons.

Rebecca : D’ailleurs, je crois que c’est en France que nous avons le plus de dates dans toute l’Europe. Et cela va être une expérience vraiment cool de se connecter avec les gens à travers ces nouveaux morceaux.

– Si ce nouvel album est toujours aussi accrocheur, l’impression qui domine est que vous semblez plus ‘sérieuses’ dans la composition comme dans votre jeu. Il y a beaucoup d’assurance et de sérénité. Avez-vous le sentiment d’avoir encore franchi un nouveau palier ?

Rebecca : Oh, merci ! Je pense qu’en entrant dans la trentaine, nous avons réussi à définir ce que peut être le succès à nos yeux. C’est aussi dû à toutes les conversations que nous avons pu avoir entre sœurs, sur qui nous sommes en tant qu’individus, tout en réfléchissant sur nos vies intensément. Nous essayons de nous défaire des critiques extérieures ou de n’importe quelle autre pression. Et je pense, en effet, que l’âge que nous avons aujourd’hui se reflète dans les chansons de « Bloom ». C’est vrai que, par rapport à nos autres albums, l’expérience acquise dans la composition et l’enregistrement se ressent plus ici.

Megan : Notre principal engagement en entrant en studio a été de se dire que nous voulions écrire avec le plus d’honnêteté et de vulnérabilité possible. Parfois, on peut être tenté de composer avec le point de vue d’un personnage et cela ne nous ressemble pas forcément, car nous sommes vraiment empathiques et sensibles. Et je pense que c’est aussi ce qu’attendent les gens pour se retrouver dans nos chansons. Ainsi, lorsque l’on se met à écrire et à composer, nous voulons absolument que cela se rapproche le plus du réel.

– « Bloom » dans son ensemble est plus tourné vers le Blues Rock et vous y apportez beaucoup de fraîcheur avec un son plus massif. Il sonne d’ailleurs très live. C’était l’intention de départ ? D’avoir ce côté plus brut et très roots ?

Rebecca : En fait, nos albums précédents étaient une sorte de ‘retour à la maison’. Nous avons été élevées dans la musique roots et nous avons joué très jeunes du Bluegrass, de la Country et toute la musique américaine en général. Et le Blues a eu une influence majeure pendant des années, tout au long de notre enfance.  

Megan : Nos avons grandi au son du Allman Brothers Band et du Blues du Delta. Puis, nous avons éliminé beaucoup de paramètres autour de tout ça pour ne garder que ce qui représente les véritables aspects de nous-mêmes. Mais nous écoutons tous les genres de musique et nous les accueillons volontiers. Je pense que la plupart d’entre elles ressortent et se font entendre sur « Bloom ». Elles brillent à côté du Blues…

– Cet album est aussi très personnel et parfois même sociétal dans le propos. Et vous avez écrit et composé « Bloom » ensemble. Il semble très fusionnel. C’est le cas ou êtes-vous aussi peut-être à un moment de votre vie où vous vous posez de nouvelles questions ?

Rebecca : Je pense que cela vient sûrement avec l’âge aussi. L’expérience que nous acquérons tous les jours suit son cours et on continue à apprendre. On se construit petit à petit en faisant des erreurs. Et nous en ferons encore, tout en nous connaissant mieux en vieillissant. Je pense qu’aujourd’hui, à la trentaine, nous avons déjà vécu beaucoup de choses. En tant que sœurs, nous avons partagé de la joie et de la tristesse ensemble. Nous avons connu la paix et la lutte. Nos préférences et nos envies aujourd’hui vont vers plus de paix, d’empathie, d’entendement et de joie. Et je pense que nous pouvons écrire dans cette perspective, même en célébrant nos erreurs à travers tout ce que nous vivons. Ces expériences nous connectent profondément. Paradoxalement, nous nous sentons bien dans ce monde de chaos, avec cette information en continue qui ne fait qu’alimenter la peur chez les gens. La musique doit nous inspirer de la joie, du lâcher-prise et célébrer les petits moments de bonheur et toute la beauté de la vie. On le prend comme un grand cadeau pour nous-mêmes et on espère vraiment aussi que nos fans le percevront de la même manière.   

– Tout en restant assez Heavy, « Bloom » a toujours cette saveur Southern avec des touches Country, Americana et 70’s. LARKIN POE a-t-il déjà trouvé le juste milieu, cet équilibre qui vous convient et vous caractérise ?

(Rires) Megan : Pour ce disque en tout cas, je pense que « Bloom » représente où nous en sommes et qui nous sommes aujourd’hui. Qui sait ce que l’avenir nous réserve… Nous essayons toujours de faire d’autres choses, donc nous verrons bien. Mais, pour le moment, c’est vrai que cet album représente un bel équilibre entre le Blues, la Country, la Folk et l’Americana… La musique, la musique, la musique !!! (Sourires)

– Et le Rock… !

(Rires) Megan et Rebecca : Oh oui ! Et le Rock, le Rock, le Rock !!! Un sacré paquet de Rock même ! (Rires)

– Rebecca, Tyler Bryant ton époux, est également très impliqué dans l’album et il le coproduit d’ailleurs avec vous. Est-ce que l’évolution musicale sur « Bloom » vient d’une collaboration plus étroite entre vous trois ?

Rebecca : « Bloom » est, je crois, le troisième ou le quatrième album sur lequel nous travaillons avec Tyler. C’est une expérience incroyable de pouvoir garder ça dans la famille et de l’avoir comme partenaire. C’est une ‘Dream Team’ ! Et au-delà de la connexion familiale, nous avons enregistré l’album dans notre studio à la maison. C’est un environnement très sécurisant et créatif pour nous. Et pour être honnête, c’est la meilleure façon pour nous d’écrire et de produire notre musique ensemble. De mon point de vue, Tyler est ma muse et je suis heureuse de pouvoir faire de la musique avec l’amour de ma vie ! C’est d’ailleurs aussi le cas avec Megan, qui m’inspire énormément. Et puis, Tyler a un réel respect pour Megan et moi en tant que groupe. C’est un grand fan de LARKIN POE et il n’a aucun intérêt à tenter de changer ce que nous sommes et ce que nous faisons. Il veut simplement nous soutenir. Je pense que nous faisons du bon travail ensemble, tous les trois, en tant qu’équipe. Je suis particulièrement fière de ce que nous avons co-écrit. « Mockingbird », « Little Bit » et d’autres chansons sont parmi mes préférées sur l’album et cela a quelque chose de très spécial de le faire en famille.

– On pourrait passer tout l’album en revue, car il contient d’excellentes chansons, mais j’aimerais qu’on s’arrête sur « Easy Love », qui est décliné en deux parties. L’avez-vous pensé comme la charnière du disque avec ses deux ambiances très différentes ?

Rebecca : C’est vrai qu’elles ont des atmosphères très différentes. Nous étions un peu réticentes à l’idée d’inclure les deux parties d’« Easy Love » sur l’album, parce que beaucoup de paroles se rejoignent. Mais je pense que c’est une expérience assez cool pour les auditeurs de démarrer le voyage avec la première partie, qui détaille le début d’une relation. La seconde va plus loin dans l’amitié. On a donc ces deux phases représentées dans l’album et cela me va très bien comme ça.

Megan : C’était assez amusant aussi de faire quelque chose de différent et d’inclure finalement les deux chansons sur le disque. C’est également un petit écart dans notre processus habituel de création. En fait, Rebecca et Tyler étaient en train de chanter la première partie et, au fur et à mesure, celle-ci est devenue la seconde. C’est un bel exemple de la façon dont les chansons peuvent se développer, grandir et changer. Elles sont devenues très différentes l’une de l’autre. C’est assez cool pour nous de pouvoir faire ça. La tension n’est pas la même sur les deux parties, alors qu’elles sont en fait une suite. C’est très intéressant à concevoir.

– Entre le travail sur toutes les cordes, guitares et violon, et sur vos voix, il y a énormément de soin porté aux arrangements. Est-ce que vous avez plus osé cette fois-ci, ou est-ce que, plus simplement, vous avez eu plus de temps pour vous investir pleinement ?

Rebecca : C’est une bonne question, car nous étions plus focalisées sur le chant au départ, Megan et moi. On voulait vraiment mettre les voix en avant et nous y avons beaucoup travaillé. On a passé beaucoup de temps à jouer les morceaux en acoustique avant d’entrer en studio. Nous étions concentrées sur les riffs, les ponts et la dynamique de chaque chanson. C’était important pour nous qu’elles soient déjà très fortes avant d’être produites. Cela nous a donné, à Megan et moi, l’occasion de nous assoir avec juste une guitare et un dobro pour les jouer encore et encore. Il fallait qu’elles soient vraiment terminées, complètement écrites avant d’être prêtes à être enregistrées. A mon avis, c’était une bonne idée d’avoir passé autant de temps en pré-production pour les développer.

Megan : Je pense que nous sommes surtout restées focalisées sur les structures des chansons et notamment leurs rythmes, avant même les voix et les arrangements. On voulait aussi limiter le temps passé à chanter en studio, afin de garder le plus d’authenticité et éviter de multiplier le nombre de prises pour rester le plus sincère possible. On ne souhaitait pas trop les interpréter pour essayer d’atteindre une certaine perfection, mais plutôt conserver l’aspect sincère de chacune d’elles. C’était très bien comme ça et c’est aussi une façon de donner plus d’importance au moment précis où l’on chante.

– Puisque vous êtes en France où l’on vous aime beaucoup, est-ce que l’ingénieur du son avec qui vous avez longtemps travaillé, David Benjamin, sera de cette nouvelle aventure et de votre prochaine tournée cet automne ?

Rebecca : Nous sommes tellement honorées d’avoir pu travailler avec lui. Combien d’albums avons-nous fait ensemble ? Trois, peut-être même plus si on inclue les EPs. Il est devenu au fil du temps un partenaire très important pour nous. A chaque fois que nous jouons à Paris, c’est un peu spécial, car il vit ici. S’il vient, il participera au concert, car il a laissé une empreinte importante sur notre musique. Et nous le remercions sincèrement pour toute l’énergie créative qu’il a apporté, car il a  su développer notre son sur tous les albums que nous avons fait ensemble. Nous aimons David comme un frère. C’est une connexion familiale de plus avec ce beau pays qu’est la France et c’est fabuleux ! (Sourires)

– Une dernière petite question avant de se quitter. Vous qui avez de si jolis sourires, pourquoi êtes-vous toujours si sérieuses sur les photos et vos pochettes d’albums?

(Grands rires) Rebecca et Megan : On ne sait pas ! Quand on est devant des photographes, c’est toujours bizarre et parfois, il faut avoir un visage courageux et valeureux ! Mais on y travaille ! (Rires) Nous sommes des personnes très souriantes au quotidien et nous aimons rire et sourire ! Nous n’aimons tout simplement pas sourire aux photographes ! (Rires) Ok, alors regarde bien nos prochaines pochettes d’album ! (Rires)

« Bloom » est disponible sur le label du groupe, Tricki-Woo Records, distribué par Wagram Music en France.

Retrouvez la chronique de l’album…

… Et l’interview des sœurs Lovell à la sortie de « Blood Harmony » :

Photos : Robby Klein (2, 5) et Zach Whitford (4)

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Southern Blues Rock

Larkin Poe : une identité affirmée

La confiance affichée sur ce nouvel opus de LARKIN POE fait plaisir à entendre ! Déterminées et sensibles, les Américaines s’affirment avec force, que ce soit dans des morceaux très, très appuyés ou des petites douceurs plus délicates et très sudistes. La chaleur du son, la pertinence du songwriting et l’interprétation de chaque membre du groupe vient confirmer, si c’était nécessaire, que le duo familial est là pour durer et l’instantanéité de son jeu est plus éclatante que jamais. « Bloom » ne triche pas et dispatche des saveurs live irrésistibles. On en redemande.

LARKIN POE

« Bloom »

(Tricki-Woo Records/Wagram Music)

Tout juste auréolées d’un Grammy Award l’an dernier pour leur album « Blood Harmony », les sœurs Lovell font déjà leur retour avec un septième album, qui se veut plus mature que son prédécesseur. Il y a une tonalité plus grave sur ce « Bloom », ce qui n’en fait pas pour autant un disque sombre ou triste. C’est surtout dans le jeu que ça se sent, comme si LARKIN POE jouait avec plus de sérieux, laissant de côté (du moins en partie) les envolées de Megan et sa lap-steel pour un Blues Rock plus carré et peut-être un peu moins pétillant, mais plus élaboré et engagé, et avec aussi une certaine nostalgie.

Toujours magistralement accompagné par Tarka Layman à la basse, Caleb Crosby à la batterie, Michael Webb à l’orgue, Eleonore Denig au violon et Tyler Bryant à la guitare rythmique, à la basse et qui co-produit également « Bloom », Rebecca et Megan livrent probablement l’une des réalisations de LARKIN POE les plus abouties. Très Rock et brut, l’énergie très Southern se propage à une vitesse folle dès « Mockingbird » et se diffuse sur l’ensemble des 11 chansons. Les riffs sont toujours aussi accrocheurs, les voix entraînantes et l’authenticité plus présente que jamais. 

Leurs influences Country et 70’s sont cette fois plus manifestes aussi, comme si les deux musiciennes avaient le désir de revenir à leur tendre enfance bercée par le Bluegrass et le soleil de leur Georgie natale. « Easy Love », déclinée en deux partie, semble la chanson charnière de l’album, qui éblouit ensuite grâce à « Bluephonia » et « If God is A Woman », les deux morceaux incontournables et emblématiques de « Bloom ». LARKIN POE dévoile un potentiel qu’on soupçonnait déjà, bien sûr, mais qui prend ici une nouvelle dimension (« Pearls », « You Are the River », « Bloom Again », « Nowhere Fast »). Addictif !

Retrouvez l’interview de Rebecca et Megan…

… Et les chroniques de « Blood Harmony » et « Kindred Spirits » :

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Americana Country Soul Southern Blues Southern Rock

Kyle Daniel : Southern flavors

Tout ici respire le sud des Etats-Unis. L’Alternative Country enrobée d’Americana, de Blues et de Rock rayonne et se diffuse avec évidence sur « Kentucky Gold », premier opus d’un KYLE DANIEL qui se pose déjà comme le futur songwriter incontournable de cette nouvelle génération Southern Rock, décidemment en pleine ébullition. Il a écumé les bars et les clubs et a appris les moindres détails qui font flamboyer l’âme de baroudeur qu’il affiche déjà. Modernes et avec une approche Old School raffinée, ces douze morceaux se savourent encore et encore.  

KYLE DANIEL

« Kentucky Gold »

(Snakefarm Records)

Comme l’indique le titre de son album, c’est bel et bien du Kentucky et plus précisément de Bowling Green qu’est originaire le talentueux KYLE DANIEL. Basé à Nashville depuis la pandémie, celui qui a été élevé en écoutant de la Country et du Southern Rock n’est donc pas dépaysé, même si son style se démarque franchement de sa nouvelle ville d’adoption. Après deux EPs en indépendant, un éponyme en 2018 et « What’s There To Say » l’année suivante, « Kentucky Gold » marque le franchissement d’une étape importante, le tout avec une maîtrise totale et un sens de la chanson captivant.  

Cela dit, KYLE DANIEL n’est pas totalement inconnu sur le circuit Blues, Country et plus largement Southern américain. Redoutable guitariste, il remporte le ‘Kentucky Blues Challenge’ à 17 ans, puis le très renommé ‘International Blues Challenge’ dans la foulée. Autant dire que le musicien sait parfaitement où il va, et en confiant la production à Jaren Johnston (The Cadillac Three), Brian Elmquist (The Lone Bellow) et au faiseur de hits canadien Mike Krompass, il s’assure une entrée en matière somptueuse pour un résultat qui l’est tout autant.

Torride, l’entame de « Kentucky Gold » s’inscrit dans la lignée classique du Rock Sudiste, musclée et fédératrice (« Can’t Hold Me Back »). KYLE DANIEL a aussi pris le soin de se rendre à Muscle Shoals, ce qui libère un côté Soul très authentique (« Me And My Old Man »). Puis, les surprises s’égrainent au fil du disque avec des duos de haut vol. On se régale de « Fire Me Up » avec Maggie Rose, de « Southern Sounds » avec Kendrell Marvel, de « Summer Down South » avec The Cadillac Three et enfin de « Everybody’s Talkin’ » avec Sarah Zimmerman. Epoustouflant !

(Photo : Jason Stolzfus)

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France Southern Rock

Gunsmoke Brothers Band : l’esprit de famille [Interview]

Si GUNSMOKE BROTHERS BAND frappe si fort dès son premier album, ce n’est pas vraiment une surprise. Au-delà de la qualité et de la maturité technique du groupe, on doit ce souffle chaud et ces mélodies entêtantes à un style que les Bretons font littéralement rayonner. Et cela fait déjà un moment que l’hexagone attend une formation de Southern Rock capable de tenir la dragée haute à n’importe quelle autre sur la scène actuelle. Avec ses trois guitaristes, une rythmique en béton et un chant qui nous embarque dans des histoires qui parlent à tous, le quintet a vraiment peaufiné « Band Of Brothers », emmené par Xavier Quémet, chanteur, guitariste et compositeur. Déterminé et prolifique, il nous parle de ce projet qu’il porte et de cette musique qu’il a en tête depuis des années et qui se matérialise enfin.

Photo : Véro Pennec

– Tout d’abord, Xavier, GUNSMOKE BROTHERS BAND est ton projet et tu le mûris de longue date. La première question qui me vient à l’esprit, c’est comment est-ce qu’on fait pour rassembler quatre musiciens aguerris, comme c’est le cas et doté d’une solide culture Southern aussi, dans un périmètre aussi restreint que le Finistère en Bretagne ? Ca ne doit pas courir les rues…

Oui, j’ai galéré ! (Rires) J’ai eu la chance que Tony (Vasary, basse – NDR), avec qui je joue dans What A Mess, me suive dans le projet. Ensuite, Niko (Ar Beleg, guitare – NDR) est entré dans le groupe, mais en tant que batteur. Or, je cherchais deux guitaristes en plus. Après quelques essais peu concluants, Thibault (Menut, batterie – NDR) souhaitait revenir en Bretagne. C’est un très, très bon guitariste et il voulait intégrer le projet, mais comme batteur ! Niko a donc repris sa guitare, mais il en manquait toujours un. J’ai donc proposé à Seb (Ar Beleg, guitariste et frère de Niko – NDR) qui ne connaissait pas bien le style, mais qui a tout de suite adoré. Ils ont tous été d’accord pour que je dirige l’ensemble. C’était vraiment la condition sine qua none. L’idée n’était pas d’avoir une attitude autoritaire sur la musique, mais je voulais juste vraiment obtenir le son et la couleur qu’il y a maintenant et à laquelle nous sommes arrivés.

– Certains l’ignorent sans doute, mais il y a quelques décennies, tu avais monté Bounty Hunter, là aussi dans un registre Southern Rock. C’est donc un amour pour cette musique qui ne date pas d’hier. Est-ce que GUNSMOKE BROTHERS BAND est enfin le groupe que tu as en tête depuis toutes ces années ?

Exactement, c’est vraiment un aboutissement. A l’époque avec Bounty Hunter, on était tous fans de Rock Sudiste, mais on n’y arrivait pas vraiment. Ce n’était pas encore abouti. On était peut-être un peu jeunes, on avait tous un boulot et des envies de jeunesse aussi, comme ne pas vouloir forcément prendre la route. On a eu notre petit succès, mais une fois en trio pendant quelques années, il était temps de passer à autre chose. J’ai ensuite fait plusieurs groupes de Hard Rock, de Stoner et encore de Rock Sudiste. Mais j’avais toujours en tête cette musique. Et aujourd’hui, c’est vraiment celle que j’entends.

– Avant de parler de ce très bon premier album, « Band Of Brothers », j’aimerais que tu nous dises un mot du Rock Sudiste, comme on l’appelait naguère, et de sa situation en France où sa présence est quasi-inexistante. Ce n’est pas notre culture, c’est vrai, alors qu’est-ce qui vous pousse à le faire ? Et est-ce que, dans cette perspective, il y a un esprit de conquête, de pédagogie peut-être, ou alors c’est aussi à l’étranger que vous pensez pour le futur ?

Evidemment, on vise à jouer à l’étranger et à s’y faire connaître, car le public y est aussi bien plus connaisseur. Quant au ‘Rock Sudiste’, ce qui m’énerve profondément, c’est que lorsqu’on en parle, on a l’impression qu’on dit un gros mot. C’est comme quand on met un drapeau français au balcon, on est catalogué facho ou de droite. Non ! J’aime cette culture depuis gamin, car j’adore ce son qui est un mélange de Blues, de Gospel, de Rock’n’Roll et de Country. C’est une musique hyper-riche avec des chœurs fantastiques, des échanges de guitares et aussi parce que ça joue super bien ! Alors et pourquoi ‘Rock Sudiste’ ? Juste parce que cette musique-là vient du Sud des Etats-Unis, et c’est tout ! Il n’y a absolument rien de politique quand on en parle entre-nous. Et on ne veut pas de cette étiquette de fachos, car nous ne le sommes pas. Mais en France, on confond tout… et surtout beaucoup de choses ne sont pas comprises, ou très mal.

Xavier Quémet – Photo : Véro Pennec

– J’aimerais qu’on parle du mot « Brothers », qui revient à la fois dans le nom du groupe, dans le titre de l’album et le morceau-titre, mais aussi dans le line-up, puisque ce sont les frères Ar Beleg, Seb et Niko, qui officient à tes côtés aux postes de guitaristes. Que signifie pour vous ce terme de ‘fratrie’, qui est d’ailleurs aussi très présent dans le Southern Rock en général, qui est un style très fédérateur et rassembleur ?

C’est ça, il y a un côté très familial. Déjà, la notion de ‘frangins’ est très forte à mes yeux. Je pense qu’on ne peut pas faire de musique ensemble, si on n’a pas une totale confiance en l’un et l’autre. Si l’un d’entre-nous est dans la merde, on est tous là derrière. Maintenant, au niveau musical, cela se voit aussi sur scène. Il y a des échanges de guitares notamment, qui reflètent ce côté fraternel. Personne n’est meilleur que l’autre, nous sommes tous là pour s’entraider. Et en ce sens, Lynyrd Skynyrd est la référence. Et c’est vraiment ce que je veux laisser paraître avec le groupe. Et même si je suis le ‘frontman’, personne n’est meilleur que l’autre dans GUNSMOKE BROTHERS BAND.

– Parlons maintenant de l’album. Quand la composition a-t-elle commencé, car je sais que certains morceaux sont écrits depuis un bon moment maintenant ?

L’un des morceaux phares, « Song For The Brave », a été composé il y a environ dix ans. Je voulais absolument qu’il se retrouve sur disque un jour ou l’autre. Les gens sont très émus en l’entendant et même Tony en a des frissons en le jouant ! Je l’ai écrit pour tous ceux qui souffrent, ou qui ont souffert et qui luttent contre les agressions, les viols, etc…

– Vous êtes donc trois guitaristes au sein du GUNSMOKE BROTHERS BAND et on vous retrouve tous à la rythmique comme au lead. Et entre les riffs, les chorus, les solos et les twin-guitares, il y a beaucoup de contenu. Comment se répartissent les rôles et est-ce que certains d’entre-vous ont plus d’affinités pour certaines techniques ?

L’avantage de jouer avec les frangins Ar Beleg, Niko et Seb, c’est qu’ils ont une technique incroyable. Pour ma part, je suis plus Blues dans les riffs et les solos Et c’est finalement assez simpliste ce que je fais. Quant à Niko, c’est un technicien hors-pair, qui me fait penser à Doug Aldrich dans sa façon de jouer et la rapidité. Et Seb est un putain de rockeur ! Il possède un grain très Rock’n’Roll. Il a ça dans le sang ! Alors en général, je viens avec un riff, qui est ensuite jouer avec la batterie, puis avec tous les autres. Après, je leur donne certaines indications sur les solos notamment, tout en sachant ce que je veux entendre à tel et tel moment. Et c’est une chance de travailler avec eux, car il y a une réelle compréhension dans l’écriture des morceaux. On va tous dans le même sens en échangeant des regards et des sourires… et ils sont bourrés de feeling ! (Sourires)

Photo : Véro Pennec

– J’aimerais aussi qu’on dise un mot sur la rythmique emmenée par Tony (Vasary, basse) et Thibault (Menut, batterie), car elle guide et donne aussi le ton grâce à un groove imparable. Là aussi, ça ronronne, puisqu’elle donne souvent l’impulsion aux morceaux. J’ai même l’impression qu’elle est le garant de la structure des titres qui auraient vite fait de s’envoler sur des parties de guitares assez sauvages. C’est le cas ?

En fait, c’est l’assise. Maintenant, mes morceaux sont très structurés et je sais ce qu’il va se passer, tout le temps. Même sur scène, il n’y a pas d’impro. Pour le moment, je pense que les morceaux ne s’y prêtent pas encore. C’est en cela que Thibault et Tony portent vraiment la structure, ce sont les poutres. Dans ce style de groupe, si tu as un bon batteur, pas forcément hyper-technique et qui en met partout, et un super bassiste, le reste ne sont que les cerises que tu poses sur le gâteau. Les fondations doivent être solides, c’est très important.

– Un mot aussi sur la production, dont le mix et le master sont signés Ben Lesous de B-Blast Records. La priorité était d’obtenir ce son très organique et finalement très live ?

Avant d’entrer en studio, on a beaucoup discuté avec Ben, qui est un metalleux et un sacré batteur. Je lui ai dit que je voulais un son qui soit entre Molly Hatchet et The Outlaws, c’est-à-dire une production vintage moderne ! (Rires) Et pas non plus un son ‘frenchy’, notamment dans les voix. Et il m’a répondu qu’il voyait exactement ce que je demandais. Ensuite, je lui ai dit qu’il y avait trois guitaristes qu’il fallait devoir aussi faire ressortir, en plus de la basse. Et c’est vrai qu’il a fait des prises les plus live possible. Il a enregistré la batterie et les voix et, de notre côté, on a enregistré les guitares chez nous. Et pour obtenir ce son, c’est Ben qui a donné toute cette cohésion pour atteindre cet esprit live.

– Pour rester sur le son de l’album, on voit aujourd’hui beaucoup de groupes qui multiplient les pistes de guitares, histoire aussi et surtout de remplir l’espace sonore. Chez vous, c’est très différent, car il faut plutôt se faire une place. Est-ce que l’équilibre s’est fait assez facilement, chacun ayant déjà sa ‘partie’ en quelque sorte ?

Dès le départ, entre guitaristes, on s’est mis d’accord. Lorsque l’un d’entre-nous fait un solo, par exemple, on n’entend pas sa rythmique sur l’album. Elle est assurée par les deux autres, sans la sienne. On voulait que ça sonne vrai et authentique.

Photo : Véro Pennec

– Par ailleurs, et on en revient aussi un peu à cet esprit de fraternité, vous faites tous les chœurs sur l’album. Et au-delà de l’investissement que cela peut demander à chacun, ça sonne très naturel et très spontané. Est-ce que vous placez cette unité artistique au-dessus de tout, comme étant indispensable aux morceaux ?

Oui et on a encore du travail de ce côté-là. D’ailleurs, c’est quelque chose sur laquelle on est très concentré et qu’on veut améliorer. En France, on ne fait absolument pas ça. Les groupes ne s’intéressent pas à cet aspect, en dehors de quelques uns. On met un point d’honneur à travailler les choeurs, parce qu’on est tous persuadé que ça va nous apporter un gros plus. En ce moment, nous sommes vraiment en train de chercher et de trouver nos voix pour les harmoniser toutes ensemble, car nous avons des voix avec des tessitures différentes et complémentaires. J’ai vraiment envie qu’on retrouve un côté Gospel et nous avons la possibilité de le faire.

– Pour les textes, même si certains sont plus graves, l’ensemble se veut très chaleureux et, toute proportion gardée, très festif avec beaucoup d’humour (« My Dog », « Big Tits, Sweet Lips »). C’est pour s’inscrire dans une certaine tradition du Southern Rock aussi, ou plus simplement pour apporter un peu d’évasion et de légèreté ?

En fait, la plupart des morceaux me racontent en quelque sorte, en dehors de certaines, bien sûr. Dans les chansons, je n’ai pas envie de parler de politique, on l’a déjà évoqué, mais on vit une époque de dingues. Tout le monde vit pour soi au lieu d’être fraternel justement. C’est très important et c’est aussi pour ça qu’on a appelé l’album « Band Of Brothers ». Par ailleurs, si tu prends un morceau comme « A Place In The Sun », c’est vraiment mon histoire. Tu comptes sur tes potes et ils te donnent des coups de pied dans le dos, alors que tu ne t’y attends pas. Et ils continuent à te considérer comme un ‘ami’. J’avais vraiment envie d’en parler…

– Et puis, ça aussi c’est une coutume inhérente au style, il y a « Song For The Brave » et ses neuf minutes avec une inspiration assez épique. On peut penser dans la forme et la longueur à « Freebird » de Lynyrd Skynyrd bien sûr, aussi à « Mountain Jam » du Allman Brothers Band ou même à « Silent Reign of Heroes » de Molly Hatchet dans une certaine mesure. C’est presqu’un passage obligé, une sorte de morceau-signature quand on fait du Rock Sudiste ?

Ca vient naturellement, en fait. Mon idée des trois guitaristes solistes est une sorte de revanche. C’est une façon de dire, on vous a raconté une histoire : maintenant, écoutez ce qui s’est passé. Et les duels de guitares sont là pour ça. C’est vraiment ça l’idée première, d’adapter aussi les solos au contexte de la chanson, de ce qu’on vient de dire. Et ce sont les ambiances qui jouent aussi ce rôle. « Song For A Brave », c’est vraiment tout ça à travers un morceau qui parle de la guerre de sécession, de l’esclavage, d’évangélisation et de la souffrance… avec une partie solo qui atteint près de cinq minutes justement.

Photo : Véro Pennec

– « Band Of Brothers » sort en autoproduction et je sais que vous n’avez même pas cherché de label, que votre désir était de le réaliser vous-mêmes du début à la fin. Si cet esprit d’indépendance et de liberté est très compréhensible, est-ce qu’à l’avenir l’apport d’un label vous paraît, sinon indispensable, du moins très important ?

Absolument ! Si on veut bien faire évoluer les choses, il nous faudra un label, un ingé-son permanent aussi (tiens, ça me rappelle quelque chose ça… – NDR), quelqu’un aux lumières, un manageur… On aurait aussi besoin d’un ‘capitaine’, d’une sorte de dirigeant qui nous dise où aller et quoi et qui éviter. Maintenant, pour trouver un label, je compte plus sur nos confrères américains. Ce ne sera pas en France en tout cas, mais peut-être en Allemagne ou en Hollande, où j’ai de bons contacts.

– D’ailleurs, si mes sources ont bonnes, et elles le sont, vous travaillez déjà sur le deuxième album. L’appétit vient en mangeant, ou est-ce parce que vous aviez l’idée folle de sortir un double-album au départ ?

En fait, c’était une blague et on avait même parlé de sortir un double, voire un triple album ! (Rires) C’est parti là-dessus parce qu’à chaque fois que j’arrivais en répétition, je disais aux gars que j’avais un nouveau morceau. Mais ce qui est drôle, c’est que pour la sortie en vinyle, la boîte qui s’en occupe m’a contacté pour me dire que c’était trop lourd pour un disque unique. Il en fallait clairement deux et ils devraient d’ailleurs sortir d’ici quelques semaines maintenant. Et sur notre lancée, je pense que le deuxième album sera aussi un double-vinyle. Et je vais même te dire un truc : j’ai déjà en tête le début du troisième album ! (Rires) Et puis, pour sortir un double-album, il nous aurait aussi fallu quatre vinyles ! (Rires

– Enfin, on a beaucoup parlé de guitare, puisque GUNSMOKE BROTHERS BAND est particulièrement bien équipé de ce côté-là. Bon, maintenant, tu peux me le dire : qui est le meilleur des trois ?

Le batteur !!! (Rires)

« Band Of Brothers » de GUNSMOKE BROTHERS BAND est disponible sur le Bandcamp du groupe :

https://gunsmokebrothersband.bandcamp.com/album/band-of-brothers

Et retrouvez la chronique de l’album :

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Southern Rock

Gunsmoke Brothers Band : proud legacy

Le Finistère étant en quelque sorte le far-west de notre pays, notre bout du monde, c’est avec un naturel et une facilité évidente que GUNSMOKE BROTHERS BAND aborde le Southern Rock avec un regard neuf et une touche originale. Avec son armada de guitaristes, il distille des chansons qui restent gravées, des parties de guitares forcément de haute volée sur un chant sincère. « Band Of Brothers » est le disque d’un combo attachant et virtuose, qui va vite faire parler de lui. Le Rock Sudiste français a enfin son digne représentant.

GUNSMOKE BROTHERS BAND

« Band Of Brothers »

(Independant)

Malgré une scène hexagonale désertique, les fans de Southern Rock ne manquent pourtant pas, si l’on en croit l’intérêt porté à des groupes mythiques comme Lynyrd Skynyrd, Molly Hatchet ou Allman Brothers Band pour ne citer qu’eux. Au-delà du fait que le style soit assez éloigné de notre culture, le ‘Rock Sudiste’ souffre aussi sûrement d’un déficit d’image lié au drapeau confédéré souvent arboré outre-Atlantique… Et c’est bien dommage. Mais ici, on parle musique, pas politique. Et celle, très fédératrice, du GUNSMOKE BROTHERS BAND vaut bien plus qu’un simple détour, tant elle ne manque ni d’atouts convaincants, ni de chaleur.

A la tête du quintet, on retrouve le chevronné Xavier Quémet, chanteur, guitariste et compositeur de « Band Of Brothers ». Et, car il s’agit réellement d’une fratrie de musiciens œuvrant à l’unisson, il est brillamment accompagné de Tony Vasary (basse), Thibault Menut (batterie) et des frères Ar Beleg, Seb et Niko, aux guitares. Fratrie donc. Et si on fait les comptes, GUNSMOKE BROTHERS BAND se présente bel et bien avec trois six-cordistes, tous en lead comme à la rythmique. Et cette belle tradition Southern se reflète sur 12 morceaux bardés de riffs entêtants, de solos virtuoses et de twin-guitares endiablées.

Loin des caricatures, la formation bretonne distille des compos efficaces, mélodiques et suffisamment percutantes pour obtenir un savoureux mélange de Country-Rock et de Hard Blues dans un vrai moment de partage et d’authenticité. Dès « Liar Pigs », on perçoit l’unité du groupe sur ce chorus majestueux, qui se propage et infuse littéralement la suite de « Band Of Brothers » (« My Dog », « Wild White Wine », « Song for The Brave », « Martin Brown », « Big Tits, Sweet Lips » et le morceau-titre). GUNSMOKE BROTHERS BAND passe haut la main le cap du premier opus et travaille déjà sur le deuxième. Inspiré et prolifique !  

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Southern Rock

The Black Crowes : la fratrie retrouvée

Après les si peu convaincants « Croweology » et « 1972 » il y a deux ans, ainsi que la tournée des retrouvailles qui a débouché sur « Shake Your Money Maker Live », version public de leur premier et plus grand succès, THE BLACK CROWES est attendu au tournant… et c’est peu de le dire ! On sait les hommes d’Atlanta investis et aussi connus pour afficher des caractères bien trempés, mais « Happiness Bastards » confirme et rassure sur leur inébranlable passion. De plus, la production au lustre poussiéreux de Jay Joyce est le tour de magie qui rend son âme au combo, grâce aussi à des chœurs enchanteurs et des guitares scintillantes. En un mot, c’est bon de les retrouver avec cette envie et cette audace !

THE BLACK CROWES

« Happiness Bastards »

(Silver Arrow Records)

Que l’attente fut longue… au point qu’on y croyait presque plus. 15 ans après leur dernière réalisation studio, les frères Robinson se sont enfin de nouveau réunis pour s’atteler au successeur de « Before the Frost…Until the Freeze » et faire un retour très convaincant avec « Happiness Bastards », un disque au titre joyeux et à la vilaine pochette. Mais c’est ce qui se passe au cœur des dix nouvelles compositions qui nous intéresse ici, d’autant qu’elles viennent aussi, pour l’anecdote, célébrer les 40 ans d’existence du groupe. Ce neuvième opus est résolument tourné vers le Rock très Southern qui a fait l’identité de THE BLACK CROWES et il dégage une fraîcheur et une hardiesse qu’on espérait tellement.  

Si le calme est revenu dans cette fratrie aux egos plus qu’affirmés et dans les vies de Chris et Rich, « Happiness Bastards », ne manque pas d’énergie pour autant et renoue avec un son authentique, légèrement gras et épais à souhait. Et cela n’est nullement dû au hasard, puisque c’est l’excellent et désormais incontournable producteur Jay Joyce, qui est aux manettes. Et question musique roots, il en connaît un rayon, puisqu’on lui doit les récentes réalisations de Carrie Underwood, Osborne Brothers, Miranda Lambert ou encore Zac Brown. THE BLACK CROWES a appelé en renfort celui qui fait briller la musique de l’Amérique profonde d’aujourd’hui. Electrique et relativement dépouillé, c’est irrésistible.  

Les frangins brandissent cet esprit sudiste comme pour mieux faire sonner ce Rock véritable et relevé. « Bedside Manners » et « Rats And Clowns » donnent le ton avant le très attachant « Cross Your Fingers ». Pourtant, c’est bel et bien « Wanting And Waiting », qui met le feu aux poudres avec son riff démoniaque. THE BLACK CROWES a même convié (pour la forme) la belle étoile montante de la Country Music Lainey Wilson sur le délicat « Wilted Rose ». Mais Chris Robinson retrouve vite sa verve accrocheuse et les titres aux refrains entêtants s’enchaînent (« Dirty Cold Sun », « Flesh Wound », « Follow The Moon »). Bluesy, lumineux et avec le groove aux tripes, les Américains semblent repartis un tour !

Photo : Ross Halfin
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Americana Country folk

Jesper Lindell : une douce mélodie nordique

Et si un souffle frais venu d’Europe du Nord venait rafraîchir et revigorer le petit monde de l’Americana ? C’est en tout cas la promesse faite avec « Before The Rain », troisième réalisation en cinq ans du songwriter JESPER LINDELL. L’écriture et la composition sont très sûres, l’interprétation en sextet donne du volume et un relief mélodique souvent familier. Les morceaux du chanteur dévoilent une âme de caractère et un cœur tendre et entier. Un disque qui fait du bien !

JESPER LINDELL

« Before The Sun »

(Brunnsvik Sounds)

S’il n’était pas originaire du nord-ouest de Stockhölm, on aurait peine à imaginer JESPER LINDELL les pieds dans la neige, mais plutôt en balade du côté des Appalaches ou dans l’Amérique profonde. Avec son Americana, teinté de Folk, de Soul et de Country Rock, le Suédois est au diapason d’un registre qu’il embrasse pleinement et avec beaucoup d’élégance et de finesse. Bien sûr, on perçoit une sensibilité proche de The Band, Ray LaMontagne et surtout Van Morrison et Chris Stapleton. Pour autant, son style est très personnel, lumineux et ce troisième album l’inscrit parmi les valeurs sûres du genre. 

Enregistré chez lui, dans son studio, et avec ses cinq musiciens de tournée, JESPER LINDELL a écrit et composé l’ensemble de « Before The Sun », excepté « Honesty Is No Excuse » du grand Phil Lynnot. Et le songwriter ne manque pas d’inspiration puisque ce nouvel opus arrive dans la foulée de « Twilights », sorti il y a à peine deux ans. Des ennuis de santé désormais derrière lui (il a subi une greffe de rein), le Scandinave se meut dans une certaine mélancolie assez positive et ensoleillée, offrant de beaux contrastes à travers des chansons à la narration douce et à l’interprétation souvent surprenante.

Très cuivré, « Before The Sun » a un aspect très ‘Muscle Shoals’ dans la couleur et la chaleur très organique qu’il dégage. « One Of These Rainy Day » donne une pulsation originale dès l’entame et tout en émotion par la suite (« A Little Light In The Dark »), JESPER LINDELL montre un large spectre musical et ce n’est pas tout. L’un des moments forts est aussi le duo avec la chanteuse de l’Oregon Kassi Valazza, valeur montante de la Country Folk (« A Strange Goodbye »), puis le génial « Do Me In » où il alterne un chant très aigu avec sa voix normale. Il se montre bluffant de bout en bout. Un futur très grand !

Photo : Emilia Bergmark Jiménez
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Blues

Louis Mezzasoma : bumpy Blues

On pourrait facilement énumérer les artistes qui ont forgé la culture musicale de LOUIS MEZZASOMA, c’est assez évident, mais ce serait sans compter sur l’originalité et la personnalité artistique à l’œuvre dans son répertoire. Toujours aussi variée et chaleureuse, cette quatrième réalisation du musicien du Forez l’élève un peu plus parmi les plus créatifs de l’hexagone. « Good Or Bad Time » s’écoute en boucle.

LOUIS MEZZASOMA

« Good Or Bad Time »

(Le Cri Du Charbon)

Le Stéphanois avait déjà attisé ma curiosité avec « Mercenary », son troisième album sorti en 2021. Très authentique et direct, LOUIS MEZZASOMA accueillait pour la première fois un batteur-percussionniste, alors qu’il évoluait jusqu’alors en one-man-band. Pour « Good Or Bad Time », c’est dans une formule en trio que le bluesman présente onze nouveaux titres. Alors, si son ‘Dirty Old Blues’ a pris du volume, l’intention est toujours la même,  tout comme sa démarche qui reste d’une sincérité absolue.

Et ce nouveau line-up a même de quoi surprendre. Bien sûr, LOUIS MEZZASOMA est au chant, aux guitares, au banjo et joue de son Diddley Bow personnel, qui lui fait remonter aux origines du style. A ses côtés, pas moins de deux batteurs qui assurent aussi les chœurs : Arthur Parmentier et Hugo Etay Mora. Sur les textes du multi-cordiste, le groupe a composé ensemble les chansons sur lesquelles intervient également Brice Rivey au violon et au banjo. Un beau travail d’équipe où le songwriter semble s’épanouir.

Musicalement toujours aussi épuré, LOUIS MEZZASOMA navigue dans des atmosphères Southern, où il continue sa recherche du Blues originel qu’il parcourt pourtant avec talent. Traversant la Folk, la Country et le Rock, son jeu poursuit une même direction entre ballades et morceaux plus enlevés et électrisants, porté par un esprit roots à la fois serein et exacerbé (« Funny Boy », « Decent Man », « Lucky Tim », « Cloudy Day », « Corruption »). Aussi moderne qu’intemporel, « Good Or Bad Time » s’inscrit dans une belle tradition.

Retrouvez l’interview de LOUIS MEZZASOMA accordée à la sortie de « Mercenary » :