Catégories
International Psych Rock 70's Southern Rock

DeWolff : golden tracks revisited [Interview]

Devenus en quelques années un fer de lance du revival Rock Psych 70’s, les Hollandais ne cessent d’arpenter les scènes du monde entier. Cependant, ils ont trouvé le temps de s’offrir une sorte de récréation avec « Fuego! », un EP exclusivement composé de reprises, sur lequel le trio sort littéralement des sentiers battus. La sélection des morceaux parlent d’elle-même : originale et tout sauf mainstream. Une occasion aussi pour DEWOLFF de se faire plaisir et de présenter avec ses fans (et aux autres!) quelques titres qui ont forgé son style. Et c’est vrai qu’on y voit plus clair sur ses intentions, Entretien avec le très occupé guitariste et chanteur Pablo Van De Poel, qui revient aussi sur l’expérience « Muscle Shoals », marquante à plus d’un titre pour le groupe.

– Avant de parler de « Fuego! », j’aimerais que l’on revienne sur « Muscle Shoals », sorti il y a un petit plus d’un an maintenant. Tout d’abord, comment se sent-on en pénétrant dans un studio aussi mythique ?

C’était vraiment incroyable ! J’y avais déjà été une fois en 2019, alors que j’étais en vacances dans la région. J’avais d’ailleurs été visiter les studios. J’en avais fait plusieurs fois le tour en me disant que si je pouvais enregistrer un jour dans un endroit comme celui-ci, ce serait vraiment un rêve ! Pour cet album, nous avions décidé d’aller là-bas. Ce qui est drôle, c’est que tu peux juste envoyer un email, mais ça ne veut pas dire que tu pourras enregistrer pour autant. Dans notre cas, cela a été possible. Nous sommes donc allés sur place et rien que le fait d’être dans ces pièces avait quelque chose de magique ! Tu peux littéralement ressentir toute l’Histoire de la musique qui a traversé les studios. Et ensuite, le son qui en ressort est franchement magique, car tu peux reconnaître les sonorités d’anciens disques.

– D’ailleurs, saviez-vous que l’album serait enregistré là-bas avant de composer les morceaux ? Parce que cela peut aussi avoir une certaine influence sur l’écriture, non ?

Oui, c’est vrai, nous le savions un peu avant le processus de composition, seulement trois chansons étaient prêtes, quelque chose comme ça. En fait, l’idée originelle était d’enregistrer l’album avec Chris Robinson des Black Crowes à Los Angeles. Mais, après réflexion, nous nous sommes rendus compte que ce serait très difficile de caler un rendez-vous avec lui, car c’est un homme très occupé et nous sommes aussi un groupe très occupé ! (Sourires) Donc, quand nous nous sommes aperçus que cela ne se ferait pas, nous avons envoyé un email à Muscle Shoals.

– « Muscle Shoals » est votre album le plus Soul et le plus organique aussi. Est-ce que l’application et cette sérénité affichée tiennent d’une certaine manière à la solennité de l’endroit ?

Oui, je pense. Quand j’étais sur place, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. En revanche, mon inquiétude se situait plutôt sur le fait de savoir si je serai suffisamment bon pour enregistrer là-bas. Mais dès notre arrivée, je me suis dit qu’il fallait s’amuser de cette expérience. Et on l’a fait ! La plupart du temps, on s’est vraiment éclaté ! On n’a pas été forcément intimidés ou effrayés par rapport à l’endroit. Nous l’avons fait normalement et de la manière la plus naturelle pour nous. Et cela tient aussi aux gens que nous avons rencontrés sur place et qui ont entendu notre musique. Ils nous ont dit que c’était incroyable et que c’était exactement le genre de musique qu’il fallait jouer là-bas. Alors, finalement, on a été très à l’aise pendant l’enregistrement.

– Pour conclure sur cet album, c’est probablement celui qui sonne le plus américain aussi, alors que DEWOLFF a toujours eu un son européen dans sa production. Est-ce que votre objectif était aussi d’expérimenter quelque chose de différent au niveau du son ?

En fait, la plupart du temps, nous essayons de capturer le son de l’endroit où nous sommes, tout comme les vibrations qu’il dégage. Nous avons beaucoup expérimenté sur le placement des micros et sur place et nous avons accordé une grande confiance à notre ingénieur du son Ben Tanner pour ça. Par exemple, lorsqu’on essayait la batterie, il me demandait toujours mon avis. Je lui faisais part de mes doutes, car je pensais qu’elle devait être plus puissante. Alors, il me demandait ce que je pensais utiliser comme micro et on faisait des essais pour que ça fonctionne le mieux possible. On a donc fait pas mal d’expérimentations. Et puis, au fil des années, nous avons aussi beaucoup appris à ce niveau-là et il y a toujours des choses qui changent. Finalement, ça ne sert pas à grand-chose de tout préparer à 100 %, on préfère le faire à 75 ou 80% parce que, suivant où vous vous trouvez en arrivant, cela aura de toute façon une influence sur les morceaux. Alors, même si tu prépares déjà tout à fond, ça ne sera jamais le résultat final.

– Parlons maintenant de « Fuego! ». D’où est venue l’idée d’un EP de reprises ? C’est quelque chose que vous aviez en tête depuis un moment déjà, ou c’était l’occasion de faire une coupure après « Muscle Shoals » pour repartir avec une certaine fraîcheur ?

C’est quelque chose qui nous trotte dans la tête depuis un moment déjà. La principale raison est que nos fans sont de réels amoureux de musique, tout comme nous. Nous sommes très curieux de ce qui se fait et surtout a été fait. Des choses que nous ne connaissons pas forcément au départ. Parfois, je discute avec des gens qui adorent DEWOLFF, Led Zeppelin ou Deep Purple, notamment. Je peux leur demander s’il connaissent Little Feat, par exemple. Et là, je me dis : ‘Oh, mon dieu !’ ! C’est dans ces moments-là que je dis qu’il y a tellement de bonne musique. C’est vrai aussi que nous sommes un peu collectionneurs, mais il y a énormément de choses dont les gens n’ont jamais entendu parler et c’est vraiment dommage. Donc, c’est parti aussi un peu autour de ça. Et puis, ce sont aussi des morceaux que nous adorons jouer. On joue sur les arrangements, on s’amuse et c’est également un bon défi pour nous. Par exemple, si tu prends la chanson de Little Feat, c’est un titre que nous connaissons depuis une dizaine d’années. C’est un morceau que nous avons essayé de jouer de plein de manières différentes, mais nous n’y sommes jamais vraiment parvenus, car c’est trop compliqué ! Alors, pour cet EP, nous nous sommes dits qu’on allait y arriver et nous l’avions fait ! Voilà, on peut enfin la jouer ! (Sourires)

– D’ailleurs, vous l’avez enregistré dans ton studio et il est sorti sur votre label, Electrosaurus Records, ainsi qu’avec Suburban Records. Là aussi, vous aviez besoin de changements, de plus de proximité et de contrôle dans la production notamment ?

Oui, c’est vrai que nous avons notre label et l’idée était surtout de le maintenir en vie. Et c’est bien de sortir quelque chose dessus de temps en temps. Et c’est aussi une question financière pour être honnête. Quand nous sortons quelque chose chez Mascot, nous ne percevons qu’un faible pourcentage des recettes, Mais nous ne sommes pas partis pour autant ! Cela dit, lorsqu’il s’agit de ce genre de projet, c’est bien de le faire sur notre propre label, car c’est une opportunité intéressante.

– « Fuego! » est un véritable hommage aux artistes qui vous ont profondément marqué et influencé. Cela dit, on retrouve la touche DEWOLFF dès les premières notes. On s’éloigne donc des versions originales. Quelle a été l’intention première, car on vous sent très libres dans l’interprétation ?

Tu sais, cela dépend vraiment de la chanson. Si tu prends la chanson de Little Feat, par exemple, rien que de la jouer nous-mêmes lui donne beaucoup de différences et elles se font assez naturellement. Nous suivons l’originale, bien sûr, sauf pour les solos, et même de manière assez précise. Nous créons juste des versions différentes, mais fidèles. C’était la même chose pour la chanson de Leon Russell, qui est plus Rock, mais cela se fait vraiment de manière inconsciente et elle dénote de l’originale, c’est vrai. En fait, on prend les originaux, nous les jouons et, rapidement, cela devient du DEWOLFF de façon un peu automatique.

– Si on a la surprise de découvrir quelques chansons, il y a aussi la présence de Joe Bonamassa sur « The Fan » de Little Feat (Lowell George) avec un incroyable solo, dont il a le secret. Comment s’est montée cette collaboration ? Vous vous connaissiez déjà, car c’est un choix est très judicieux sur ce titre ?

J’ai rencontré Joe Bonamassa il y a deux ans environ. J’étais encore en voyage avec mon ex-compagne et nous étions aussi sur sa tournée auparavant. C’est le début de l’histoire, car nous avions joué sur la croisière ‘Keep The Blues Alive’ en Méditerranée. Après ça, il a dit au cours d’une interview collective qu’il aimait vraiment le groupe. Alors, quand je suis retourné au Etats-Unis il y a quelques mois, je me suis dit que s’il aimait notre musique, peut-être qu’il voudrait me rencontrer. Pourquoi pas ? (Sourires) Je lui ai envoyé un message sur Instagram et il m’a invité dans sa maison. J’y suis allé, j’ai vu toutes ses guitares et c’était totalement incroyable ! Ensuite, nous sommes restés en contact. Donc, nous étions en plein enregistrement de l’EP, et comme je savais qu’il était fan de Lowell George car il avait acheté son ampli, je lui ai envoyé un message. Je lui ai expliqué qu’on enregistrait un EP avec cette petite chanson de Little Feat en lui proposant de jouer dessus. Il m’a dit de la lui envoyer et qu’il allait le faire. Nous avions un délai très court et je lui ai demandé s’il pouvait la faire dès le lendemain, plutôt que la semaine suivante. Et il l’a fait ! C’était parfait ! (Rires)

– Un mot aussi sur ce medley long de dix minutes qui clot « Fuego! ». Est-ce que ces trois chansons vous ont immédiatement paru évidentes dans leur enchaînement, et leur fusion tient-elle d’un ordre précis ?

Tu sais, il y a beaucoup de chansons que nous aurions souhaité reprendre. Nous en avions enregistré cinq et nous avons commencé à réfléchir à une sixième. Cela a démarré en jouant « Fire And Brimstone », mais la version originale est tellement cool que cela aurait impossible de faire mieux ! (Sourires) Alors, on a juste commencé à jammer et j’avais en tête quelques titres qui étaient en accord avec celle de Link Wray. L’un d’entre-eux était « Hawg Frog », de Buzz Clifford, qui est assez simple à jouer. Et la dernière était « I Walk On Guilded Sprinters » de Dr. John. Ce sont toutes des chansons parfaites pour jammer ! Ensuite, on a réfléchi à l’ordre des morceaux et ce qui s’accordait et s’enchaînerait le mieux. Et en une demi-journée, les arrangements étaient faits !

– Enfin, est-ce que vous préparez déjà votre prochain album, ou les concerts sont-ils votre priorité pour l’instant ? Ou les deux ?

En fait, nous sommes très occupés par les concerts en ce moment, c’est vrai, et nous allons allés en Nouvelle-Zélande, en France aussi, en Scandinavie… Nous n’avons pas encore de nouvelles chansons pour un album. Mais ça va arriver ! (Sourires) Et puis, je suis occupé par d’autres projets, car nous venons de créer un groupe de Metal avec mon autre frère. Je suis d’ailleurs en train de mixer l’album à l’heure où nous parlons. Nous ferons quelque chose de neuf avec DEWOLFF, mais pas dans l’immédiat, Et puis, « Fuego! » vient de sortir et « Muscle Shoals » est encore chaud… Chaque chose en son temps ! (Sourires)

L’EP de DEWOLFF, « Fuego! » est disponible chez Electrosaurus/Suburban Records, et « Muscle Shoals » chez Mascot Label Group.

Photos : Satellite June (1, 2, 4, 5) et Svan Leijen (3).

Retrouvez les dernières chronique du groupe :

Catégories
Hard 70's Psychedelic Rock Rock 70's Southern Rock

DeWolff : first loves

Si certains se demandent de quelle manière le trio a bâti sa personnalité artistique et s’est façonné ce son à la fois vintage, organique et très contemporain, « Fuego! » devrait vous donner quelques réponses quant aux origines de son épopée. Avec ce choix très audacieux, DEWOLFF ne s’est pas contenté de simples covers, tant on les croirait issues de son propre répertoire pour quelques unes d’ente-elles. Ce format court est bien plus qu’un hommage, c’est un acte d’amour à tous ceux, qui lui donné la flamme qui l’anime aujourd’hui.

DEWOLFF

« Fuego! »

(Electrosaurus/Suburban Records)

Après une escapade au légendaire studio Fame de Muscle Shoals, Alabama, où il a enregistré le disque du même nom, qui reste un sommet de sa carrière, DEWOLFF sort un peu en catimini « Fuego! ». Sorte de long EP ou de mini-album, c’est selon, il contient six morceaux, dont un medley de trois titres pour une demi-heure purement Psych et terriblement Soul, Blues et Rock. Le groupe s’est vraiment fait plaisir à travers quelques reprises qui, d’après lui, ont forgé son identité et construit son style. Et c’est un bond assez inédit dans les années 70 auquel nous invitent les Hollandais.

A en juger par la tracklist de « Fuego! », DEWOLFF a voulu quelque chose de très personnel, car les chansons choisies sont d’une autre sphère que celles proposées habituellement par d’autres. Et cela en dit également long sur la culture musicale des trois jeunes musiciens. Ici, les bases sont solides et vont puiser dans les fondations-mêmes de cette tradition qu’ils entretiennent avec tant de brio. Et puis, c’est une belle occasion pour les plus curieux d’aller à la découverte de ces formations presque inconnues pour beaucoup, qui ont laissé une belle trace dans le temps.

Et il en a un que l’on connait bien et qui pose un brûlant solo sur « The Fan » de Little Feat, c’est Joe Bonamassa, qui bat ici son propre record de featurings sur une année. Par ailleurs, DEWOLFF est éblouissant sur « Judgment Day » des Redbone, sur le « Roll Away The Stone » du grand Leon Russell et la cover de Free, « Fire And Water », est magistrale. Après le génial « Faster And Faster » d’Eden Rose, les Néerlandais se lancent dans un mix très personnel de « Fire And Brimstone » (Link Wray), « Hawg Frog » (Buzz Clifford) et « I Walk On Guilded Sprinters » (Dr. John) sur dix minutes. Somptueux !

Retrouvez les chroniques de leurs derniers albums :

Catégories
Hard Rock Power Rock

Danko Jones : animal

Vigoureux et précis dans son jeu, le groupe de l’Ontario a toujours affiché beaucoup de fraîcheur et de liberté à travers ses disques, et « Leo Rising » ne vient pas trahir l’ADN du combo. Intense et bien charpenté, ce nouvel opus est aussi fougueux que groovy et, comme toujours, DANKO JONES est sûr de sa force, se montre également sleazy à l’occasion et surtout, il semble mettre un point d’honneur à ne pas sombrer dans des sonorités actuelles fadasses et stéréotypées.

DANKO JONES

« Leo Rising »

(Perception)

Après une trentaine d’année de carrière, DANKO JONES fait toujours figure d’électron libre. Un pied dans l’underground malgré une reconnaissance mondiale, il ne dévie pas d’un iota de sa trajectoire musicale. Comme toujours, « Leo Rising » percute d’entrée de jeu et les Canadiens ne lèvent pas le pied un seul instant. Imperturbables, ils balancent leur Hard Rock brut et tendu, délivrant au passage une énergie communicative. A priori franchement rude, ce douzième album est surtout une invitation au partage. En effet, il y a toujours cette envie très perceptible, qui transpire de ses morceaux et leur offre cette vélocité particulière.

Et la première chose que DANKO JONES a à partager, c’est son puissant Rock virevoltant et incisif. Coriace et sans compromis, « Leo Rising » ne manque pourtant pas d’humour et d’ironie, et avance au pas de charge. Le power trio se fait plaisir et la bonne production signée Erik Ratz ferait presque oublier que les chansons ont été enregistrées à distance, le bassiste John Calabrese étant en Finlande. Cependant, il y a une réelle cohésion et un bel esprit de corps, et cela se sent sur ces onze bâtons de dynamite. L’alchimie fait le reste et on peut compter l’implication de chacun d’entre eux pour faire parler la poudre.

Il y a aussi ce côté évident chez les Nord-Américains. L’aspect direct et frontal de leur musique y est pour beaucoup, tant le rythme est effréné et la succession de riffs tranchants efficace (« Diamond In The Rough » avec un solo de Marty Friedman, « Everyday Is Saturday Night », « Hot Fox », « Gotta Let In Go », « I ‘m Going Blind », « Pretty Stuff »). Tout en diffusant des titres costauds, DANKO JONES n’élude pas une certaine légèreté, et reste fidèle à une ligne de conduite très Rock’n’Roll. Taillée pour la scène, cette nouvelle réalisation s’inscrit dans une belle et robuste continuité et sans renier sa ligne de conduite.

Photo : Ole Martin Wold

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de « Power Trio » en 2021 et la chronique de l’album :

Catégories
Alternative Metal Stoner Rock

Bukowski : éruption spontanée

Volcaniques malgré une certaine mélancolie qui plane sur de ce nouvel opus, les Parisiens renouent avec l’efficacité du live. Percutant, « Cold Lava » frappe sans détour avec conviction, tout en conservant un sens de la mélodie intense. Car c’est bel et bien d’intensité dont il s’agit ici, et le quatuor en affichant un son dense et épais a fait le choix de présenter des compositions presque épurées de prime abord. BUKOWSKI cultive une énergie communicative amplifiée par la proximité du chant et un mur de guitare infranchissable.

BUKOWSKI

« Cold Lava »

(At(h)ome)

Après l’album éponyme sorti il y a trois ans, qui marquait le premier effort du combo après la tragique disparition de son bassiste et principal parolier Julien Bottel, « Cold Lava »  s’impose avec force dans un concentré de puissance brute. Une septième réalisation qui voit aussi BUKOWSKI revenir à l’essence-même de son registre à travers des fondations Metal et Rock, naviguant entre l’Alternative et le Stoner. Une recette parfaitement maîtrisée, originale et identifiable aussi, qui libère avec vigueur de belles sensations sismiques.

Très organique dans sa production, « Cold Lava » entérine donc un nouveau cycle et pour leur quatrième collaboration, Francis Castre a encore fait un beau travail derrière la console. Durant deux mois, BUKOWSKI s’est attelé à l’enregistrement de onze titres aux riffs racés, au groove enivrant et avec la fraîcheur qu’on lui connait. Un bloc uni, massif et renversant, qui avance sans faillir sur des textes sans concession entre colère et émotion. Très accrocheurs, les refrains emportent l’ensemble et viennent facilement se graver en tête.

En pleine confiance, BUKOWSKI ouvre les hostilités avec « Headlight », un premier titre qui en dit déjà long sur ses intentions, autant que sur l’atmosphère qui règne sur « Cold Lava ». Très fluides, les titres s’enchaînent avec beaucoup de nuances et de relief (« Criminals », « Isolation », « Neverending Fall », « Over The Vines »). Sur le morceau-titre, le break a lieu, mais ce n’est que pour mieux repartir jusqu’à atteindre « Communication In Silence » avec la participation de Reuno de Lofofora. Compact et sauvage, le magma se diffuse.

Photo : François Duffour

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie du précédent album :

Catégories
International Psych Prog Rock 70's

The Vintage Caravan : a taste of freedom [Interview]

Rétro, mais pas trop ! Les Islandais poursuivent leur irrésistible ascension avec « Portals », et ce sixième album vient confirmer une créativité toujours aussi présente. Audacieux, THE VINTAGE CARAVAN combine avec beaucoup de savoir-faire des élans classiques et une aspiration très moderne dans un Rock, qui s’aventure dans des contrées progressives, Folk et psychédéliques au parfum 70’s. Depuis quelques années maintenant, le power trio n’a de cesse d’écumer les scènes et cela s’en ressent dans ce nouvel opus très mature. Óskar Logi Ágústsson, chanteur et guitariste du groupe, revient sur sa conception et son enregistrement sous le soleil de Porto.

– Si l’on prend vos albums un par un, à savoir « Voyage », « Arrival », « Gateways » et « Monuments », sans compter votre premier opus éponyme, ils ont tous en commun un titre assez conceptuel. Est-ce que c’est quelque chose que vous faites consciemment, et est-ce qu’un titre peut vous inspirer la direction d’un disque ?

Oui, c’est vrai que nous avons principalement abordé le concept de mouvement en ce qui concerne les titres de nos albums, ce qui semble tout à fait approprié au nom du groupe. Nous avons parfois plaisanté en disant que le prochain album s’appellerait « Bagages encombrants » ou « Porte A23 » (« Bulky Luggage » ou « Gate A23 » – NDR). Les titres étaient généralement choisis après l’enregistrement des albums et ce n’est que cette fois-ci que le titre a influencé l’album lui-même. Stefán (Ari Stefánsson, batterie – NDR) a trouvé le titre en référence à Porto, où nous avons enregistré l’album. Et nous avons toujours voulu inclure des interludes sur l’un de nos albums, alors j’ai eu l’idée de créer « Portail I, II », etc… Alex (Örn Númason, basse – NDR) les a réalisé en utilisant de vieilles cassettes, en les étirant et en créant de véritables boucles, puis en y ajoutant des synthétiseurs, des enregistrements d’oiseaux, des conversations de personnes dans des restaurants et toutes sortes d’autres sons.

– D’ailleurs, en restant sur la notion de concept, quel est celui de « Portals », ou du moins sa ligne directrice ? En ponctuant l’album d’interludes du même nom et au nombre de cinq, quelle a été votre intention ? Marquer des chapitres ?

Il n’y a pas vraiment de concept précis. On voulait simplement faire le meilleur album possible et le plus expérimental qu’on ait jamais réalisé. On a souhaité essayer de nouvelles choses, ne pas avoir peur d’expérimenter, minimiser les superpositions de guitares, installer les baffles et les amplis dans la même pièce que nous et enregistrer comme si c’était un concert en direct. L’idée était de prendre des risques. Par exemple, tous les solos sont enregistrés en direct. Si je me ratais, on devait insérer une autre prise complète avec la basse, la batterie et tout le reste. Et si ça ne marchait pas, on devait carrément refaire une autre prise.

– « Monuments » est sorti il y a déjà quatre ans et il avait marqué un tournant dans votre style, qui était devenu plus volumineux et massif notamment. Avec « Portals », vous enfoncez le clou avec une démarche peut-être plus moderne dans le son surtout. C’était votre objectif ?

Curieusement, c’était la première fois que nous enregistrions sur bande et ce fut une expérience incroyable. Nous avons utilisé beaucoup d’amplis vintage. Alex a ajouté pas mal de synthétiseurs et un vieux Farfisa (marque de claviers italienne – NDR) pour créer de belles textures sonores. Notre approche était de faire en sorte que l’on ressente les synthétiseurs plutôt que de les entendre distinctement.

– Justement, est-ce qu’en modernisant votre approche musicale, THE VINTAGE CARAVAN est-il toujours aussi vintage ?

Je pense que nous sommes simplement en train de mûrir et de trouver notre propre style et notre propre voie. Il y a toujours un aspect vintage dans notre approche, mais nous avons toujours fait figure d’exception au sein des genres auxquels on nous a associés. Nous jouons du Rock’n’Roll un peu comme un groupe de Metal. D’ailleurs, les deux autres membres faisaient partie de groupes de Metal avant de rejoindre le groupe. Tandis que moi, j’ai toujours été dans THE VINTAGE CARAVAN ! (Rires) Mais au final, nous jouons ce que nous ressentons sans trop nous poser de questions, nous laissons la musique s’exprimer librement et nous la jouons avec sincérité.

– « Monuments » vous avait permis de beaucoup tourner et c’est toujours profitable pour la cohésion d’un groupe, ainsi que pour l’aspect expérimental que cela représente en public. Qu’avez-vous appris de tous ces concerts sur votre son, car « Portals » a également une production très live ?

Nous sommes en tournée intensive depuis 2014 et nous apprenons constamment de nouvelles choses. L’une des choses que nous voulions faire différemment était de minimiser les ajouts en post-production et d’aborder l’enregistrement comme un album live. Nous avons travaillé dur pour trouver le bon son dès le départ, puis nous avons commencé l’enregistrement. L’utilisation de la bande magnétique nous a incités à jouer différemment, à prendre plus de risques et il y a beaucoup d’imprévus et d’erreurs sur l’album, mais c’est précisément ce qui le rend authentique.

– Cela nous amène au morceau « The Philosopher », qui ouvre l’album, avec la présence de Mikael Åkerfeldt d’Opeth avec qui vous avez tourné. Cette collaboration est-elle née sur la route, ou l’avez-vous contacté une fois la chanson composée ?

Je lui ai envoyé un message après l’enregistrement. Il nous avait proposé d’enregistrer du mellotron sur l’album plus tôt dans l’année, lors de notre rencontre au festival ‘Bloodstock’. Alors, quand on a parlé de trouver quelqu’un pour faire des voix additionnelles, son nom est revenu. Je lui ai envoyé la chanson et il l’a aimée. On a encore du mal à croire que ça ait marché, c’est un musicien exceptionnel et un type formidable. Nous lui sommes très reconnaissants d’avoir accepté et de nous avoir donné l’opportunité de faire leurs premières parties sur trois tournées.

– Vous avez parlé d’un pont entre générations portées par le Prog pour ce morceau. Qu’est-ce que vous entendez par là ? Vous pensez à une succession, comme l’avenir d’un héritage ou à un rapprochement ?

Je ne sais pas qui a dit ça ​​! (Rires) Mais oui, il n’y a pas de réflexion profonde derrière cette collaboration, juste nous qui jouons la musique en laquelle nous croyons et que nous aimons, et heureusement, Mikael était partant.

– Pour l’enregistrement de « Portals », vous avez quitté votre Islande natale pour le Portugal. C’est un contraste géographique saisissant. Aviez-vous besoin de nouvelles sources d’inspiration ? Pourtant, vous êtes toujours accompagnés par votre ami Axel ‘Flexi’ Árnason. Est-il le garant de votre son d’une certaine manière, d’autant que l’enregistrement s’est fait cette fois sur bande comme tu l’as rappelé ?

Nous nous sommes simplement délectés de leur café et de leur Super Bock, après les sessions évidemment, et c’était une source d’inspiration suffisante ! (Sourires) Tu sais, Flexi joue un rôle important dans notre histoire. Il a été un mentor, mais cette fois-ci, nous avions plus d’expérience que lorsque nous avons travaillé ensemble sur « Arrival » en 2015, et nous savions ce que nous voulions. Flexi est vraiment incroyable et il parvient à faire ressortir quelque chose de spécial en nous.

– « Portals » présente les éléments caractéristiques de THE VINTAGE CARAVAN, c’est-à-dire un Heavy Rock 70’s teinté de Blues et de Stoner. Il est cependant plus nerveux et véloce que ses prédécesseurs. Est-ce vos participations au Wacken Open Air, au HellFest et votre tournée avec Opeth, donc des univers Metal, qui vous ont conduit à durcir le ton ?

Non, pas vraiment. Nous jouons dans des festivals de Metal depuis 2012 et nous participons régulièrement au Wacken et à d’autres festivals du même genre depuis 2014. Donc, cela ne nous a pas vraiment influencés. Je pense qu’il y avait pas mal de morceaux à tempo moyen sur le dernier album et j’avais juste envie de composer des morceaux plus rapides.

– Enfin, est-ce que le Psychédélisme originel des 70’s dans lequel vous avez commencé a, selon toi, évolué ces dernières années et aujourd’hui surtout à l’ère du tout numérique ?

Oui, je pense que cette scène perd en popularité et en créativité. Il y a de moins en moins de grands groupes et c’est aussi de plus en plus difficile à bien des égards. Mais nous sommes comme l’herpès : nous revenons toujours… et plus forts que jamais ! (Rires)

Le nouvel album de THE VINTAGE CARAVAN, « Portals », est disponible chez Napalm Records.

Photos : Stefen Ari Stefensson (1, 4, 5)

Retrouvez le groupe en interview à l’occasion de la sortie de « Monuments », ainsi que la chronique de l’album et celle du Live :

Catégories
Alternative Metal Hard'n Heavy

Halestorm : monumental

Sur une charge émotionnelle rare et parfaitement canalisée, la formation de Pennsylvanie vient affirmer avec force qu’elle est au sommet de son art. Un titre comme « Everest » s’imposait donc avec beaucoup d’évidence. Robuste et massive, mais aussi douce et assez éthérée, cette nouvelle réalisation dame le pion aux actuelles sorties formatées, grâce à une sincérité souvent poignante et surtout un jeu radieux et précis. Les guitares sont scintillantes, la rythmique profonde et solide et la voix déchirante et dominatrice. HALESTORM est dans une maîtrise totale et son sens de la mélodie est exacerbé.

HALESTORM

« Everest »

(Universal Music)

Adolescents, Lzzy hale et son batteur de frère Arejay n’avaient sûrement pas imaginé où les mènerait leur aventure musicale familiale. Fort d’un line-up stable, HALESTORM a gravi peut à peu les échelons au point de devenir une référence grâce à une explosivité et une sensibilité indissociables. Les nombreux featurings de sa frontwoman n’ont fait que confirmer l’assise des Américains, qui surgissent aujourd’hui avec un sixième album qui pourrait bien être leur meilleur. Sans faire dans l’esbroufe et le surfait, « Everest » est redoutablement efficace.

En confiant la production au brillant Dave Cobb, HALESTORM se démarque intelligemment de la scène Alternative Metal actuelle en misant sur un son organique, tout en relief et qui laisse respirer les morceaux. Et en évitant de surcharger le spectre sonore, le quatuor gagne en puissance, en vélocité et surtout en authenticité. Avec des structures Hard Rock et des attaques clairement Heavy, « Everest » surfe sur des recettes qui ont fait leurs preuves et qui, finalement, offrent plus de liberté aux musiciens et surtout à leur chanteuse dont la prestation est hors-norme.

S’il n’y a plus vraiment de doute sur les capacités vocales exceptionnelles de Lzzy Hale, il faut avouer qu’elle s’est taillé ce nouvel opus sur mesure. Féroce et délicate, elle y dévoile toute sa large palette sur des titres dominés par une certaine mélancolie, très personnels aussi et avec des fulgurances brutes et directes. Enfin HALESTORM joue également sur la corde sensible avec des parties de piano bien senties et un fond Rock très accrocheur (« Fallen Star », « Watch Out ! », « Shiver », « Everest », « Like A Woman Can », « Rain Your Blood On Me »). Magistral de finesse !

Retrouvez aussi la chronique de « Back From The Dead » :

Catégories
Blues Rock

Joe Bonamassa : l’audace des grands

Un an après le magnifique « Live At The Hollywood Bowl With Orchestra », l’incontournable JOE BONAMASSA livre dix nouvelles compostions, où son Blues Rock s’offre des teintes funky, flirte avec le Hard Rock, brille sur des ballades acoustiques et se montre aussi très fringuant sur du Texas Swing. Rien ne lui résiste et la classe dont il fait preuve est toujours aussi éclatante et tout en émotion. « Breakthrough » le révèle au sommet de son art et on peut se demander jusqu’où il ira dans sa maîtrise du genre.

JOE BONAMASSA

« Breakthrough »

(J&R Adventures)

Hyper-prolifique et véritable bourreau de travail, JOE BONAMASSA est sur tous les fronts et ça fait plus de 25 ans que ça dure. Quand il n’est pas en tournée, il produit de jeunes artistes talentueux, soutient l’éducation musicale via sa fondation, organise des croisières bluesy et va poser quelques beaux solos sur les albums de ses amis. De Popa Chubby à Sammy Hagar, en passant par Larry McCray, Janiva Magness ou Jimmy Vivino rien que pour cette année, on ne compte plus ses featurings et il ne semble jamais rassasié… bien au contraire !

Si l’an dernier, il a aussi fait son retour avec Black Country Communion avec un cinquième album très relevé, cela ne l’a pas empêché de s’atteler à la composition de « Breakthrough ». Pour autant, JOE BONAMASSA ne s’est pas enfermé en studio pour s’y consacrer. Ce nouvel opus a été concocté et façonné lors de sessions en Grèce, en Egypte, à Nashville et à Los Angeles. Et si la chaleur de son jeu est la même, les couleurs sont plus métissées que jamais. L’Américain se montre d’ailleurs assez audacieux cette fois dans son approche. 

Toujours produit avec soin par son ami Kevin Shirley, « Breakthrough » vient confirmer plusieurs choses entrevues depuis quelques temps déjà. Nul besoin évidemment de revenir sur les talents de guitariste de JOE BONAMASSA. En revanche, vocalement, il s’affirme et s’est même considérablement amélioré. Très Rock, l’ensemble est parfaitement équilibré et le virtuose se met de plus en plus au service des morceaux, ce qui donne beaucoup de relief et surtout un côté plus fédérateur à ses titres. L’homme au costume donne encore la leçon.

Photo : Mick Savoia

Retrouvez les chroniques de ses derniers albums :

Catégories
Hard Rock Rock US Rock/Hard

Dorothy : l’ascension

Chacun de ses disques est une montée en puissance phénoménale et « The Way » ne déroge pas à la règle. DOROTHY est devenue incontournable sur la scène Rock et Metal mondiale et elle ne doit ce constat qu’à une persévérance et une obstination qui ne la quittent jamais. La force qui guide l’artiste originaire de Budapest prend ici une ampleur incroyable, balayant sur son passage tous les doutes que l’on pourrait avoir sur son talent et ses capacités vocales. Elle joue en permanence sur la force des émotions avec beaucoup d’authenticité et surprend à chaque chanson.

DOROTHY

« The Way »

(Roc Nation)

Incontestablement la meilleure dans son registre, DOROTHY n’a pourtant pas eu le plus facile des parcours, loin de là. Arrivée à Los Angeles de sa Hongrie natale, elle a patiemment gravi les échelons depuis son premier et impressionnant album en 2016, « Rockisdead ». Depuis, la frontwoman tisse sa toile, multiplie les featurings, enflamme les salles et les festivals et nous livre aujourd’hui un quatrième opus détonnant. Avec « The Way », elle impose sa voix, d’une puissance et d’une clarté bien trop rare sur la scène actuelle féminine.

Résolument Hard Rock, DOROTHY se montre toujours aussi moderne dans l’approche comme dans la production. Une mise à jour effectuée à chaque nouvelle sortie. Aux côtés de Mme Martin, Sam Bam Koltun assène des riffs massifs et des solos racés, tandis qu’Eliot Lorango (basse) et Jake Hayden (batterie) font ronronner la machine de bien belle manière. Il n’y a rien de trop, et rien en manque, dans ce style en perpétuel mouvement. Le quatuor est d’une efficacité implacable et l’énergie déployée est à la mesure des ambitions affichées.

Déterminée et positive, la chanteuse percute et en impose quelque soit l’ambiance de ses morceaux. Très Heavy, DOROTHY est fidèle à un registre propre à la Cité des Anges (« I Come Alive », « The Devil I Know », « Unholy Water », « Puttin’ Out The Fire »). A noter aussi la présence explosive de Slash sur un « Tombstone Town » aux effluves Southern que l’on retrouve d’ailleurs parsemé au fil de « The Way ». Solide et mélodique, ce nouvel effort du combo laisse une belle impression de vérité (« Superhuman », « The Way »). Magistral !

Retrouvez la chronique de « Gifts From The Holy Ghost » :