Catégories
Doom Metal International Symphonic Metal

A Dream Of Poe : failures and falls [Interview]

De par son contexte, ce nouvel album a une résonance particulière pour A DREAM OF POE. L’entité portugaise portée par Miguel Santos se présente avec « Katabasis : A Marriage Among Ashes », une cinquième réalisation née dans une douleur personnelle, qui s’est greffée à des thématiques déjà lourdes de sens. Toujours accompagné par son partenaire Paulo Pacheco, garant de l’univers narratif du groupe, le multi-instrumentiste semble même y franchir un cap en termes de profondeur, que ce soit musicalement ou à travers les mots posés sur ce Doom Symphonique à la fois ample et pesant. D’une grande finesse dans les arrangements et articulé autour d’une écriture très poétique, la noirceur guide l’auditeur dans quelque chose d’aussi monumentale que solennelle. C’est l’histoire d’une chute, d’une descente qui paraît inéluctable et qui se traduit dans un maelstrom d’émotions. Interview avec un musicien dont le parcours de vie se fond dans l’œuvre…

– Nommer son groupe A DREAM OF POE n’a rien d’anodin. Quelle relation entretiens-tu avec l’œuvre du poète américain, et en quoi pèse-t-elle sur ta musique ?

C’est un rapport entre esthétisme et émotion, car elle va chercher en chacun de nous et au plus profond. C’est quelque chose qui me parle vraiment. Dans ma musique, c’est essentiellement l’aspect narratif et atmosphérique qui en est le lien principal. Même sans le vouloir, j’ai toujours voulu composé une musique, qui évoque la chute à plusieurs niveaux. Ce sentiment d’inéluctabilité propre à Poe, cet effondrement progressif de soi, s’est naturellement inscrit dans l’ADN de A DREAM OF POE. Le nom lui-même est aussi, d’une certaine manière, né d’une chanson. Il y a de nombreuses années, Paulo Pacheco et moi jouions ensemble dans un groupe appelé Sacred Tears. A l’époque, j’avais déjà décidé de créer un projet solo, brièvement baptisé Theatre of Seven Hells. Mais lors d’une répétition en particulier, j’ai été frappé par les paroles que chantait Paulo. La fin disait : « L’un de nous doit partir, dans un rêve… un rêve de Poe ». Ce fut une révélation. A cet instant précis, j’ai su non seulement la direction que je voulais prendre, mais aussi le nom sous lequel je composerais ma musique.

– « Katabasis : A Marriage Among Ashes » a mis cinq ans à voir le jour, puisque tu as subi un incendie qui a détruit toute ta maison, mais aussi ton travail. Est-ce qu’une telle tragédie peut se transformer en un moteur créatif pour la suite, malgré tout ?

Je l’ai vécu comme une véritable tragédie. Perdre sa maison, la plupart de ses biens et devoir reconstruire sa vie à partir de rien est une épreuve incroyablement difficile, non seulement à surmonter, mais aussi à accepter pleinement. Retrouvez sa maison entièrement détruite par les flammes et ne plus jamais pouvoir y retourner. Rien que ça, ça m’a brisé le cœur. Franchement, je ne suis pas sûr de m’être jamais remis de cette incapacité à dire adieu à cette partie de ma vie. Concernant ma musique, ce fut un immense déchirement. En tant que musicien, quelqu’un qui utilise la musique pour exprimer ses émotions et immortaliser des moments, perdre des années de travail comme ça a été un véritable déchirement. J’écris avant tout pour moi, pour le processus créatif, pour ce que la musique m’apporte, mais il y a aussi quelque chose de très spécial à la partager, à savoir que quelqu’un d’autre pourrait s’y reconnaître. Alors, l’idée que ces chansons ne seraient plus jamais entendues, même pas par moi, était incroyablement difficile à accepter. Je me suis retrouvé dans un état étrange, entre le chagrin et le vide. Pendant un temps, il n’y avait plus rien sur quoi se reposer, si ce n’est un fragment survivant : ‘La Complainte de Phaeton’. Mais avant même de penser à nouveau à la musique, il y avait des choses plus importantes à gérer : s’assurer que ma copine, nos chats et moi étions en sécurité, que nous avions un toit, des vêtements… tout. C’était comme renaître dans un corps d’adulte, sans rien, et devoir reconstruire toute sa vie à partir de zéro.

Ce n’est qu’une fois ces bases posées que j’ai pu envisager de reprendre une guitare – une guitare que j’ai dû acheter, ainsi que du nouveau matériel de studio – et de recommencer à composer. D’une certaine manière, cette perte totale est devenue le fondement de l’album. Je n’avais pas d’autre choix que de recommencer et ce processus s’est avéré plus honnête, plus vulnérable, plus brut émotionnellement. Tout ce que j’écris est issu de mon vécu et un événement aussi bouleversant ne pouvait que façonner le résultat. Cet album ne parle pas d’une descente imaginaire, il est une descente. C’est vrai qu’il est devenu une force motrice, mais pas au sens d’une source d’inspiration. Plus par nécessité, pour donner enfin voix à quelque chose d’intérieur, là où les mots seuls ne suffisaient plus. Et je ne pouvais répondre à cette question sans remercier toutes les personnes qui nous ont accompagnés. Amis, collègues et même inconnus se sont mobilisés pour nous soutenir financièrement, moralement, et même en nous fournissant des choses essentielles comme de la nourriture et des vêtements. Cette solidarité, je ne l’oublierai jamais. Je leur en suis profondément et éternellement reconnaissant.

– Est-ce que vingt après la naissance de A DREAM OF POE, tu considères ce nouvel album comme un renouveau, un nouvel ancrage avec de nouvelles possibilités aussi peut-être ?

En effet, même si je le considère plutôt comme une transformation finalement. A bout de vingt ans, on peut aussi prendre des habitude pas toujours bonnes et c’est peut-être donc le moment de me renouveler, de me réinventer, mais sans perdre de vue mon identité. « Katabasis » reflète bien cette dualité. Il reprend tout ce qui a précédé, mais le redéfinit aussi. Le son, l’orchestration, la charge émotionnelle, tout est poussé plus loin que jamais. Si mes précédents albums exploraient une identité, celui-ci, pour des raisons évidentes, donne l’impression d’être… d’incarner.

– Alors que tu composes, arranges, orchestres et produis l’intégralité de l’album, en plus de jouer de presque tous les instruments, c’est ton partenaire Paulo Pacheco qui co-écrit les paroles et a développé le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes ». Comment fonctionne cette collaboration, qui exige sans doute une grande complicité, mais aussi un travail d’équipe intense ?

Elle fonctionne car, à la base, il y a une amitié de plus de 25 ans. Paulo n’écrit pas seulement des paroles, il construit des univers. Le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes », comme celui de tous les albums précédents, vient de lui et donne à la musique une trame narrative. Mon rôle est de composer la bande-son de cet univers. Parfois, la musique vient en premier et il y réagit, parfois c’est l’inverse, et d’autres fois encore, les deux processus se déroulent presque indépendamment. Mais au final, ça fonctionne toujours, car nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous partageons beaucoup de choses, surtout artistiquement. Il y a un dialogue constant entre nous, et surtout, une grande confiance. Nous n’envisageons pas les choses comme deux rôles distincts, mais comme deux perspectives convergeant vers un même résultat émotionnel.

– Par ailleurs, plusieurs musiciens t’accompagnent sur l’album à la basse, à la batterie, à la guitare, au violon et au chant. Est-ce aussi une façon d’éviter le syndrome du one-man-band et un certain isolement artistique ?

En partie, oui. Même si je m’occupe de la majeure partie de la composition et de la production, faire appel à d’autres musiciens est essentiel. J’ai une vision claire en tête, je sais généralement où je veux aller, surtout une fois que la structure principale d’une chanson est en place. Mais inviter des musiciens de confiance à développer cette base apporte quelque chose que je ne peux pas créer seul. Cela ajoute une perspective différente, une énergie nouvelle. Il ne s’agit pas seulement d’éviter l’isolement artistique, même si cela en fait partie, il s’agit de donner plus de vie aux chansons. Chaque personne apporte quelque chose d’humain et d’unique à la musique. Au final, il s’agit de laisser la musique respirer au-delà de moi.

– Les arrangements jouent aussi un rôle très important sur l’album, par ailleurs très bien produit. Avec son aspect symphonique, il ouvre également une fenêtre sur le musique classique. Est-ce que ta volonté était de jouer sur cette dualité entre une certaine douceur et une violence contenue dans le Doom ?

Ce serait plutôt une forme de coexistence, car le côté symphonique peut également augmenter cette impression de ‘violence’. Ils sont là pour l’amplifier, lui insuffler une nouvelle vie, voire la mort ou la misère. C’est simplement une autre façon de transmettre des émotions et des lignes mélodiques que j’écrirais autrement à la guitare. Remplacer ou compléter ces lignes par une orchestration ouvre des possibilités totalement différentes, qu’il s’agisse de créer quelque chose de plus intime ou de plus chaotique et bouleversant. J’ai toujours été influencé autant par des artistes comme Andrea Bocelli que par le Metal lui-même, et par bien d’autres genres. Ce sens de l’espace, de la mélodie et de l’intensité émotionnelle se fond naturellement avec la lourdeur, tant émotionnelle que musicale, du Doom Metal. Ainsi, plutôt que de faire le lien entre deux mondes, il s’agit d’en créer un où les deux peuvent coexister sans compromis. Au lien de créer un lien, l’idée pour moi est de les faire coexister. Je sais que ce ne sera pas du goût de tout le monde, certains pourraient même y voir une hérésie, mais pour moi, c’est simplement la façon la plus honnête d’exprimer ce que j’entends dans ma tête.

– De plus, on retrouve une touche gothique, au sens le plus pur du terme, tout au long de l’album. On l’associe souvent au romantisme, alors qu’ici, elle évoque davantage la souffrance et l’effondrement. L’idée était-elle de souligner l’aspect monumental et solennel, ou simplement de présenter deux scènes différentes, comme deux points de vue ou deux interprétations ?

Le gothique est plus synonyme de décrépitude pour moi que de romantisme, même si très souvent, les deux sont très liés et même inhérents. J’y perçois une beauté brisée. Pour moi, l’élément gothique a toujours été plus proche de la décrépitude que du romantisme, même si je ne pense pas qu’on puisse véritablement avoir l’un sans l’autre. Il y a de la beauté là-dedans, mais une beauté brisée. L’album ne cherche pas à présenter des points de vue opposés, il présente une descente continue. Une descente très réelle, enracinée dans la tragédie que nous avons vécue en 2023, et une descente imaginaire, façonnée par Paulo Pacheco. Le côté monumental vient de ce sentiment que l’effondrement se fait quoiqu’il arrive de manière assez lente, mais irrémédiable. Et toutes ses composantes, ses vérités et ses perspectives mènent toutes au même endroit. Et finalement, j’espère que les auditeurs trouveront leur propre vérité dans l’album. Cela a toujours été l’objectif : créer quelque chose avec lequel les gens puissent se connecter personnellement.

– Enfin, j’ai remarqué que tu te produisais assez rarement en concert. Est-ce dû à la difficulté de recréer parfaitement l’univers de A DREAM OF POE, tel que tu l’imagines ?

Ce n’est pas certain. Vu le peu de concerts, ça pourrait le laisser penser, mais j’adore vraiment jouer en live, et je pense que ça se voit sur scène. Après l’incendie, je me suis promis de faire plus de choses qui me rendent vraiment heureux, et jouer avec A DREAM OF POE en fait assurément partie. Cela dit, la réalité est un peu plus complexe. Même si on le perçoit souvent comme un projet solo, ce n’en est pas vraiment un, et cela engendre des défis. Monter un spectacle représente un coût important, et pour que cela se concrétise, de nombreux éléments doivent être réunis. Cela exige aussi plus des musiciens qui m’accompagnent. Dans un groupe ‘traditionnel’, tout le monde participe à la composition, ce qui facilite naturellement l’apprentissage et l’intégration des morceaux. Avec A DREAM OF POE, les musiciens qui me rejoignent sur scène n’ont pas participé à la création initiale. Il faut donc plus de temps pour atteindre le même niveau de confort et de confiance avec le répertoire. Nous avons été un peu plus actifs entre 2015 et 2017, principalement à Edimbourg, avec aussi un concert en Roumanie. Après cela, je me suis concentré sur l’écriture de « The Wraith Uncrowned » (sorti en 2019 – NDR), et nous avions prévu une tournée en 2020 pour fêter les 15 ans du groupe… mais on connaît la suite.

Pour ce qui est de recréer la musique en live, la technologie moderne le permet très bien. Certains puristes critiquent l’utilisation de samples, comme s’il s’agissait de playback, mais c’est tout à fait faux. Jouer au métronome, rester parfaitement synchronisé avec l’orchestration, exige précision, discipline et assurance. Si quelque chose tourne mal, la musique ne vous attend pas. Nous l’avons déjà fait, avec la formation écossaise et la formation açoréenne, et ça a extrêmement bien fonctionné. En 2024, nous avons donné un concert exceptionnel aux Açores, où nous avons interprété des morceaux plus orchestraux, comme « The Lament of Phaethon », « The Bringer Of Dawn » et une réinterprétation de « Whispers Of Osiris ». Ce fut une expérience incroyable, même pour moi. Par moments, on ferme les yeux et on a presque l’impression d’avoir un orchestre complet derrière soi. Cela dit, nous mettons tout en œuvre pour remonter sur scène d’ici fin 2026 et en 2027. Nous avons tous hâte de jouer en live et de présenter ces nouveaux morceaux à un nouveau public comme à nos fans de longue date.

Le nouvel album de A DREAM OF POE,  « Katabasis : A Marriage Among Ashes », est disponible chez Meuse Music Records.

Catégories
International Symphonic Metal

Blackbriar : une ode au romantisme [Interview]

Loin des frasques habituelles inhérentes au Metal Symphonique, la formation hollandaise présente depuis ses débuts en 2012 un registre aéré et presque flottant. Si les arrangements et les orchestrations ont très présentes, ils n’écrasent pas les mélodies et, au contraire, évoluent dans un équilibre parfait entre des voix fortes et multiples et des parties instrumentales entièrement à son service. Porté par une frontwoman au chant puissant et délicat à la fois, BLACKBRIAR signe un troisième album très abouti, qui nous entraîne dans un Metal fait de romantisme, tout en restant véloce et percutant. Ses fondateurs, Zora Cock (chant) et René Boxem (batterie) nous parlent de ces deux dernières années et de la conception de « A Thousand Little Deaths », un nouvel opus qui vient brillamment enrichir sa discographie.

– Lors de notre dernière interview il y a deux ans à l’occasion de la sortie de « A Dark Euphony », vous confirmiez avoir pris une nouvelle dimension artistique avec cet album. Sur cette belle lancée, on peut voir « A Thousand Little Deaths » comme son successeur et une suite assez logique. Est-ce dans cette perspective que vous l’avez imaginé et composé ?

Zora : Pour « A Thousand Little Deaths », nous n’avons pas suivi de plan fixe. J’ai accueilli tout ce qui m’inspirait sur le moment et je l’ai suivi, en étant créative quel que soit le résultat. J’aime travailler comme ça. Si je fais des plans, ou si je me dis que je veux que quelque chose soit d’une certaine manière à l’avance, je suis généralement bloquée assez facilement. Nous pensons que cet album est un digne successeur de nos précédents travaux. Rester fidèles à nous-mêmes est important pour nous, et nous avons construit cet univers BLACKBRIAR que nous aimons explorer. Nous n’avons pas ressenti le besoin de nous en éloigner, car c’est là que nous nous sentons chez nous créativement. En même temps, j’ai l’impression qu’il y a une croissance naturelle en nous et nous avons creusé encore plus profondément dans tous les détails.

– Sur ce nouvel album, vous appuyez sur vos points forts, à savoir un grand sens de la narration et des paysages sonores très cinématographiques. De quelle manière avez-vous élaboré ces nouveaux morceaux, car vous êtes aussi retournés dans le manoir où vous aviez tourné le clip de « Until Eternity Ends ». C’est un lieu propice à l’inspiration pour vous ?

Zora : D’habitude, on écrit nos chansons à deux, René et moi. On voulait faire un peu différemment cette fois-ci, et comme René bloquait sur une chanson, proposer un camp des auteurs m’est venu à l’esprit. J’ai eu l’idée romantique de retourner au manoir où nous avons tourné le clip d’« Until Eternity » et d’y passer quelques nuits avec tous les membres de BLACKBRIAR. C’est une magnifique maison du XIXème siècle avec toute sa décoration. Je suis passionnée par l’époque victorienne et l’Histoire en général, donc ça m’a vraiment mis dans l’ambiance idéale pour travailler sur notre nouvel album. La chanson sur laquelle on a le plus travaillé pendant notre séjour était « The Hermit and the Lover », qui tient une place importante dans mon cœur grâce aussi à ces souvenirs.

– Justement, vous restez fidèles à un univers musical axé sur les contes de fées sombres et gothiques, qui vous distinguent vraiment du reste de la scène symphonique. Entre ambiances macabres et Fantasy, il émane un certain romantisme que l’on retrouve dans la littérature romantique du XIXème siècle notamment. Est-ce aussi pour vous une certaine quête d’intemporalité, au moins dans le propos ?

Zora : Merci ! Mon amour pour le romantisme, la littérature et le folklore du XIXème siècle m’inspire beaucoup lorsque j’écris des chansons. Pour cet album en particulier, je me suis beaucoup inspirée de la poésie d’Emily Dickinson. Je ne dirais pas qu’il s’agit d’une quête délibérée d’intemporalité, mais plutôt d’une conséquence naturelle de mes centres d’intérêt, de mes muses et de ce qui captive mon imagination à un moment précis.

– BLACKBRIAR a aussi la particularité de présenter un registre très équilibré, alors que certains penchent soit sur le côté lyrique, soit sur l’aspect plus Metal. Est-ce une chose sur laquelle vous êtes très attentifs au moment de l’écriture ?

Zora : Les paroles sont très importantes pour moi, j’oserais même dire la partie la plus importante, peut-être. Notre processus d’écriture commence toujours par là. Ensuite, René prend mes paroles et mes mélodies et construit la musique autour, façonnant les éléments Metal, l’atmosphère et le son global. Je pense que l’équilibre que vous entendez est simplement le résultat naturel de la collaboration de deux personnes, chacune apportant des forces différentes et se concentrant sur les aspects qu’elle apprécie le plus.

– « A Thousand Little Deaths » est également votre album le plus riche musicalement, notamment au niveau des arrangements comme de l’utilisation du spectre sonore, car vous êtes tout de même six dans le groupe. Est-ce que le fait de travailler depuis vos débuts avec votre producteur Joost van den Broek vous aide dans ce sens ? Peut-être pour canaliser votre énergie créative ?

René : Joost nous accompagne depuis notre deuxième EP, « We’d Rather Burn », et au fil des années, nous avons énormément appris de lui, de l’écriture à la création d’atmosphères musicales, en passant par les arrangements et l’orchestration. Travailler avec Joost a eu une énorme influence sur nous, nous aidant à progresser en tant qu’auteurs-compositeurs et à tirer le meilleur de nous-mêmes et de notre processus d’écriture. Je me souviens très bien de la première fois où nous lui avons présenté notre musique. Nous étions arrivés avec la batterie, les guitares, la basse et, bien sûr, le chant de Zora. Mais de manière très basique, sans grand-chose d’autre en termes d’atmosphère ou d’orchestration dans ces premières versions. Aujourd’hui, des années plus tard, après d’innombrables séances avec lui, nous avons appris à approfondir nos chansons. Il nous a essentiellement appris à donner le meilleur de nous-mêmes. Désormais, nous arrivons avec quelque chose qui sonne déjà bien plus proche du son BLACKBRIAR que nous connaissons tous, et c’est grâce à cela que Joost peut aller encore plus loin.

– Là où de nombreux groupes de Metal Symphonique proposent des morceaux assez longs, ce n’est pas votre cas, alors que votre style est très narratif et pourrait s’y prêter. Est-ce un désir d’aller à l’essentiel, tout en maintenant un certain rythme et de la percussion ?

René : Nous nous efforçons d’écrire des chansons fluides et qui s’accordent parfaitement avec la narration de Zora. Je comprends que l’on puisse donner l’impression d’aller droit au but, mais ce n’est pas du tout le cas, ni ce qui, à mon avis, fait la qualité d’une chanson. Personnellement, j’aime tout simplement une chanson qui s’oriente davantage vers une structure Pop, en permettant d’avoir les moments les plus aigus et les plus graves aussi proches que possible. Dans notre cas, cela crée parfois un contraste très agréable, où l’on peut passer du sommet de la chanson à un paysage sonore très silencieux et prémonitoire qui transporte vraiment nos auditeurs dans un autre monde en un laps de temps relativement court.

– Depuis vos débuts, vos compositions s’articlent autour de ta voix,  Zora, et tu proposes aussi les lignes vocales et en partie les mélodies. De quelle manière travaillez-vous ensemble, car le plus souvent c’est le riff qui conduit l’écriture d’une chanson, non ?

Zora : On a développé ensemble un processus d’écriture qui nous convient parfaitement. Je commence toujours par les paroles, la base de l’histoire. Une fois que je pense que c’est terminé, je me mets au micro et je commence à chanter des mélodies possibles avec ces paroles, en voyant ce qui me vient à l’esprit. J’enregistre ces mélodies a cappella, j’ajoute une note de piano comme référence pour rester dans la tonalité et je décide du tempo de la chanson. Souvent, j’enregistre aussi des harmonies et des couches vocales supplémentaires à ce stade. Une fois que c’est fait, j’envoie le tout à René, qui construit la musique autour de ma voix. Donc, dans notre cas, ce sont généralement les idées vocales et lyriques qui donnent la direction, plutôt que de commencer par un riff.

– Pour ce nouvel album, vous avez de nouveau fait appel à vos fans pour les précommandes. C’est une démarche qui peut paraître assez étonnante compte tenu que vous êtes chez Nuclear Blast, qui est un label de Metal parmi les plus importants. Outre l’envie de conserver cette connexion avec votre fan-base que l’on peut comprendre, cela peut interroger aussi sur l’industrie musicale. Quel est votre regard là-dessus ?

René : Cette approche ne serait surprenante, ou déroutante, que pour ceux qui ne nous connaissent pas encore. Etre signés sur un grand label comme Nuclear Blast ne signifie pas que nous devons tourner le dos à nos fans, et encore moins que nous n’avons plus à assumer notre part de responsabilité. Etre capable de produire un album, ou de garder nos fans au plus près, est un poids que nous partageons avec le label. Notre collaboration est incroyable et fructueuse, et nous nous complétons parfaitement. En tant que groupe indépendant, c’est ce que nous avions prévu, c’est exactement comme ça que nous avons imaginé notre parcours avec un label comme Nuclear Blast à nos côtés. Respecter les souhaits de chacun et travailler ensemble, en harmonie, sur l’aventure de BLACKBRIAR.

– J’aimerais aussi que l’on revienne sur l’année dernière, car 2024 a été très riche pour BLACKBRIAR. Vous avez tournée en Amérique du Nord avec Battle Beast, vous avez participé au ‘Wacken Open Air’ et vous avez aussi sorti le single « Moonflower » avec Marjana Semkina d’Iamthemorning. J’imagine que les émotions se sont succédé avec beaucoup d’intensité. Qu’en retenez-vous et est-ce que ce rythme assez soutenu vous a convenu ?

Zora : Je me souviens de 2024 comme d’une année incroyable pour nous, remplie de tant de moments particuliers. La sortie de « Moonflower » et la collaboration avec Marjana me tenaient particulièrement à cœur. Participer à la première tournée nord-américaine avec Battle Beast était un rêve devenu réalité et jouer au ‘Wacken Open Air’, un festival incontournable pour nous, était inoubliable. Pendant ce temps, nous étions également plongés dans l’écriture de « A Thousand Little Deaths » à travers divers ateliers. Je m’en souviens parfaitement, car tout ce n’est pas passé comme un rêve lointain et c’est ça qui est merveilleux, j’ai vraiment pu en profiter pleinement. Cela dit, vers la fin de l’année, après notre tournée européenne avec Kamelot, j’ai vraiment atteint mes limites. Je suis tombée très malade vers la fin de cette tournée, et une fois rentrée chez moi, il m’a fallu un temps incroyable pour me rétablir. Le temps que je me sente enfin à nouveau moi-même, il était déjà temps de filer directement en studio pour enregistrer l’album (Rires)

– Enfin, vous êtes aussi impressionnants au niveau des statistiques de streaming, ce qui a par ailleurs aussi bouleversé le monde de la musique ces dernières années. Est-ce que, dans un sens, cela vous oblige également à sortir un certain nombre de singles avant la sortie de l’album pour maintenir votre présence et une actualité sur les plateformes ?

René : Merci de votre attention ! Nous sommes très fiers de ces chiffres et tout le mérite en revient à nos auditeurs ! On ne nous impose rien et nous ne choisissons pas le nombre de singles dans le but d’obtenir plus de streams ou d’attention. Petite anecdote : nos singles nous apparaissent généralement clairement très tôt. Il y a une logique particulière. Si nous avons une excellente idée de clip, ce morceau deviendra très probablement un single, quelle que soit sa pertinence, son côté Pop ou son synchronisme pour le streaming. Nous sommes convaincus que si nous pouvons pleinement soutenir une chanson et son histoire avec des visuels qui représentent fidèlement ce que nous essayons de raconter, alors ce morceau deviendra un single pour nous.

Le nouvel album de BLACKBRIAR, « A Thousand Little Deaths », est disponible chez Nuclear Blast.

Retrouvez aussi la précédente interview du groupe :

Catégories
Dark Gothic Death Mélodique Doom

Helevorn : une fresque stellaire

Figure incontournable de la scène Doom Metal espagnole et européenne, HELEVORN célèbre son premier quart de siècle avec l’un de ses meilleurs opus. Très éclectique, elle montre un visage polymorphe et actuel, tout en vibrant sur des sonorités très 90’s à l’occasion. Toujours prompt à afficher ses origines, le groupe multiplie les variations musicales selon son humeur et propose sur ce très bon « Espectres » un voyage souvent mélancolique, mais aussi lumineux à travers des mélodies très soignées.

HELEVORN

« Espectres »

(Meuse Music Records)

Les eaux turquoises et le soleil radieux de son archipel n’ont toujours pas d’emprise sur le puissant et élégant Doom Metal du combo originaire des Baléares. Après 25 ans d’existence, HELEVORN, qui a fait appel au batteur Sebastià Barceló pour les sessions studio, sort un cinquième album, « Espectres », avec la régularité métronomique d’une réalisation tous les cinq ans. Enregistré et mixé à Majorque, puis masterisé en Suède par Jens Bogren (Opeth, Katatonia, Paradise Lost), il parvient encore à surprendre grâce à un univers original.

Malgré le contexte, HELEVORN prend avec toujours autant de plaisir le contrepied d’un environnement idyllique pour plonger dans une atmosphère Death/Doom, d’où émanent des effluves gothiques qu’on imagine inspirées de l’imposante cathédrale Sainte-Marie. La parenthèse touristique faite, « Espectres » libère des émotions intenses et profondes, offrant une dramaturgie à un ensemble loin d’être linéaires, et qui est le fruit d’une combinaison maîtrisée entre une puissance brute et une grande délicatesse d’écriture.

Avec un bel équilibre entre des guitares tranchantes et des claviers aux ambiances sombres et pesantes, « Espectres » impressionne par la qualité d’interprétation et de composition. La dualité du chant de Josep Brunet est incroyablement fluide. Le Metal des Ibériques agit avec force, tout en laissant de beaux espaces à des plages plus douces comme sur « L’Endemà », chanté en catalan avec Inès González. HELEVORN est tout sauf uniforme et le prouve avec beaucoup de classe (« Signals », « The Defiant God », « Children Of The Sunrise »).

Catégories
Metal Electro Metal Indus

Horskh : une mécanique très futuriste

Dense et chaotique, « Body » joue sur des climats, dont la palette semble illimitée. Bardé de machines, mais aussi de riffs incandescents et d’un frontman polymorphe, ce nouvel opus de la formation de Besançon a de quoi vous remuer les tripes et vous fracasser les neurones. HORSKH avance dans une noirceur Indus et Metal, qui se fait de plus en plus personnelle et où se nichent des mélodies qui viennent se graver dans le crâne. Explosif !

HORSKH

« Body »

(Wire Control)

Le temps passe, HORSKH continue son bonhomme de chemin et, mine de rien, s’apprête déjà à célébrer ses 15 ans de carrière. Et le bilan est plus qu’honorable avec deux EP et un savoureux troisième album, histoire de démarrer l’année en trombe. Toujours solidement ancré dans son temps, une constante à chaque disque, le trio parvient encore à surprendre et surtout à peaufiner son identité sonore et musicale. Et si les ingrédients sont sensiblement les mêmes, leur mise à jour est pointilleuse et terriblement efficace.

Au confluent du Metal et du Rock, de l’Indus et de l’Electro, HORSKH impose un son massif et brutal et avec « Body », le groupe repousse un peu plus ses limites tout en allant à l’essentiel. Un  leitmotiv. Courts et compacts, les morceaux sont le reflet et le regard sur une époque où l’humain se prête à toutes sortes de connexions, laissant presque le champ libre aux machines. Avec un tel propos, les Français se montrent peut-être plus froids encore que sur « Wire », mais l’énergie déployée et propagée sème le même chaos.

Dans le contenu, ce nouvel opus affiche une belle diversité, tout en restant majoritairement très impactants. « Tension » nous saute à la gorge dès l’entame et c’est loin d’être terminé. De rythmes survitaminés en passant par de grosses guitares et des voix changeantes et sauvages, HORSKH passe en revue des paysages futuristes avec une fureur concentrée (« Interface », « Body Building », « XlungX », « Laying Down », « It Spreads »). Par ailleurs teinté d’ambiances Goth et New-Wave, le combo élargit toujours son spectre. Costaud !

Photo : Thomas Fournier

Retrouvez la chronique de « Wire » :

Catégories
Dark Metal Symphonic Metal

Penumbra : en pleine lumière

Trois voix, dont une lyrique, un hautbois, quelques touches tribales et celtiques et un Metal compact et racé, telle est la formule à l’œuvre sur ce nouvel album de PENUMBRA. Le combo français fait un retour costaud et fracassant avec « Eden », un cinquième opus savoureux et très créatif, et qui devrait prendre sa pleine mesure sur scène.

PENUMBRA

« Eden »

(M&O Music)

Après des débuts tonitruants avec quatre albums très remarqués jusqu’en 2009, PENUMBRA a fait un break de quatre ans pour revenir avec « Era 4.0 », où un virage avait été amorcé. Aujourd’hui, les Parisiens confortent une identité musicale très personnelle à travers laquelle le Metal Gothique et Symphonique se côtoient dans une belle symbiose. « Eden » déploie donc beaucoup de fraîcheur et de vélocité dans sa réalisation.  

Depuis sa création, PENUMBRA a toujours suscité la curiosité, que ce soit en se présentant avec un trio de chanteurs ou en introduisant le hautbois dans sa musique. Le groupe n’a rien perdu de sa pertinence, présente toujours cette dualité entre la douceur du chant de Valérie Chantraine et une brutalité assumée entre growl et scream sur de lourdes rythmiques. Des coexistences qui sont sa marque de fabrique.

Toujours aussi éclectique dans son approche, PENUMBRA réussit donc à équilibrer un Metal solide, massif et moderne avec des sonorités ethniques et celtiques et porté par un chant lyrique qui dévoile beaucoup de profondeur. Très bien produit, « Eden » parviendra à séduire les adeptes de registres extrêmes, et mélodiques, comme les amateurs de voix envoûtantes (« Inferno », « Sorrow », « Boogeyman », « Eden », « Aïon »).

Catégories
Dark Gothic Doom

Celestial Season : l’art du mystère

En trente ans de carrière, CELESTIAL SEASON a posé une empreinte conséquente sur le Doom, empruntant de multiples sentiers et osant des combinaisons audacieuses. Les sept musiciens qui composent cette institution se sont lancés cette année dans une trilogie, « Mysterium », dont le second volet sort aujourd’hui. Le Doom des Bataves joue sur des tonalités et des couleurs abyssales issues du Death, du Gothic avec une touche de classique et avec toute la finesse qu’on leur connait.   

CELESTIAL SEASON

« Mysterium II »

(Burning World Records)

Groupe au parcours atypique, CELESTIAL SEASON a retrouvé un second souffle depuis un peu plus de deux ans. En 2020, les Hollandais sont revenus avec la fameuse Box « The Doom Era », rompant ainsi de belle manière un silence assourdissant de 20 ans. Depuis, les vétérans du Doom se sont fixés autour d’un line-up solide de sept musiciens inspirés et créatifs et surtout un style unique en son genre.

En marge d’une flopée de singles et d’EP, « Mysterium II » est le huitième album de CELESTIAL SEASON et il surgit sept petits mois seulement après le premier volume. Avec cette seconde partie de la trilogie en cours, le sextet reprend les choses où elles en étaient et poursuit ce voyage sombre et ténébreux dans des atmosphères Death et gothiques où la mélancolie se noie dans un désespoir palpable et hypnotique.

Le travail et l’interprétation de Jiska Ter Bals (violon) et Eliane Anemaat (violoncelle), ainsi que des guitaristes Olly Smit et Pim Van Zanen font de CELESTIAL SEASON un combo hors-norme, qui prend encore de l’ampleur grâce à la voix toute en nuances de Stefan Ruiters. Et la métronomique, mais très organique, rythmique basse/batterie de Lucas Van Slegtenhorst et Jason Kohnen fait le reste. La symbiose est totale.

Musicalement, les morceaux prennent le temps de poser des ambiances saisissantes et « Mysterium II » se fait obsédant en jouant avec une grande maîtrise sur les contrastes (« The Divine Duty Of Servants », « Tomorow Mourning », « The Sun The Moon And The Truth », « Pictures O Endless Beauty – Cooper Sunset »). CELESTIAL SEASON voit et fait les choses en grand pour s’imposer avec maestria. Une habitude…

Catégories
Dark Folk Dark Gothic Neo-Folk

Lisieux : religieusement éthéré

Très enveloppant, ce nouvel opus des Français de LISIEUX joue sur des tonalités à la fois inquiétantes et d’un éclat intense. L’esthétisme de « Abide ! » se forge dans les détails, ceux de la subtile voix de sa chanteuse pleine de nuances et dans des arrangements où l’Electro se joint à l’acoustique des guitares comme une évidence. Folk, sombre et très mélodique, le quatuor montre un style aussi baroque qu’intemporel. Il suffit d’y consentir…

LISIEUX

« Abide ! »

(Throatruiner Records)

Original et d’une grande liberté artistique, le style musical de LISIEUX peut paraître déroutant pour peu que l’on ne soit curieux et ouvert s’esprit. Car, après immersion, les Toulousains s’avèrent d’une fraîcheur et d’une créativité très développée. L’univers du groupe s’articule autour d’un imaginaire où se croisent des ambiances liturgiques et médiévales, mais pas seulement. De quoi donc aiguiser la curiosité.

Formé en 2014 autour de Cindy Sanchez (chant) et Hugo Campion (guitare), le duo est devenu quatuor deux ans plus tard avec les arrivées de Michael De Almeida et Christèle Gaye, ouvrant ainsi le champ des possibilités. Très atmosphérique, LISIEUX se pose au croisement de la Dark et de la Néofolk, mâtinées d’un soupçon d’Electro-gothique. Et malgré ce spleen ambiant, « Abide ! » ne manque pas de luminosité.

Enregistré par le groupe lui-même et masterisé par Michael Lawrence (Ulver, Current 93), ce deuxième album saisit par l’enchevêtrement de sonorités acoustiques et électroniques. Les harmonies de l’orgue rendent souvent le propos austère ou grandiloquent, c’est selon, mais LISIEUX parvient toujours à rebondir en se livrant là où on ne l’attend avec délicatesse (« Lys Noir », « Abide ! », « Herb Harp », « Le Chant de Fer », « Déluge »). Ensorceleur !

Photo Alexandre Ollier
Catégories
Dark Gothic Doom France Metal

GoneZilla : une poésie doomesque [Interview]

Sans afficher une lourdeur trop pesante, le Doom de GONEZILLA se précise au fil du temps et après deux EP et un album, les Lyonnais livrent leur deuxième réalisation, « Aurore », tout en accueillant la chanteuse Karen Hau. Venant contraster un growl ravageur, elle apporte un peu de douceur mélancolique au quintet, dont l’évolution gothique et progressive se précise aussi. Ce nouvel opus montre également une maturité évidente sur laquelle revient la frontwoman du groupe.

– Avant de parler du nouvel album, j’aimerais que l’on évoque ton parcours. Tu es arrivée au sein de GONEZILLA il y a moins de deux ans et tu œuvres toujours chez Octavus Lupus. Comment s’est passé ton arrivée et qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans cette nouvelle aventure?

En fait, j’étais en contact avec Julien (Babot, lead guitare – NDR) depuis cinq ans sur Facebook. Les groupes amateurs de Metal se connaissant tous un peu. Et il m’a contacté un jour sans savoir encore si c’était pour prendre le relais sur GONEZILLA, ou pour un side-projet. Il m’a fait écouter ce qu’il faisait et le côté sombre m’a immédiatement plu. Ensuite, il m’a envoyé un instrumental avec un texte. J’y ai posé des lignes de chant et Clément (Fau, basse – NDR) et lui ont été convaincus.

– Tu l’as vécu comme un challenge, ou plus simplement comme l’évolution naturelle de ton parcours de chanteuse ?

Plutôt comme une opportunité. Je ne viens pas du Doom Metal, mais plutôt du Rock, du Symphonic et du Progressif. Il a donc fallu que j’en écoute et que je m’en imprègne. Mais la musique que m’a envoyée Julien m’a vraiment touché et j’ai tout de suite adhéré.   

– L’album a été finalisé assez rapidement après ton arrivée. Tu as réussi à imposer ton style et tes idées, ou est-ce que « Aurore » était déjà entièrement écrit ?

En ce qui concerne l’instrumental, la plupart des morceaux était écrite et d’autres sont arrivés un peu plus tard. Pour les textes, Julien et moi les avons écrit au fur et à mesure. Comme le projet était ultra-motivant, tout s’est très vite enchaîné. On a tous été très réactifs et il y a eu une véritable émulation.

– Justement, pour rester sur le chant, GONEZILLA a la particularité de présenter des textes en français. C’est la volonté de se démarquer de la scène Metal et Doom hexagonale, sachant que peu de groupes osent s’y aventurer ? Ou alors pour faire aussi passer plus facilement vos paroles, puisque ton registre est clair ?

Il y a un peu des deux, c’est sûr. D’un côté, on voulait se démarquer et l’ensemble du groupe a aussi un certain goût pour la poésie française, tout simplement. La langue française permet aussi beaucoup de subtilités, déjà parce qu’on la maîtrise mieux, et aussi parce que je trouve, à titre personnel, qu’elle offre plus de nuances que l’anglais dans la majorité des cas.   

– Musicalement, le Doom de GONEZILLA est très sombre bien sûr, mais il contient aussi de nombreux passages assez progressifs et même post-Metal. C’était important aussi pour vous de vous distinguer en apportant peut-être un peu plus de lumière et une certaine légèreté ?

En fait, Julien a clairement des influences progressives, je pense. De mon côté aussi, j’ai grandi en écoutant Pink Floyd, Led Zeppelin, du Rock Progressif et plus récemment du Metal Progressif. C’est un bagage qu’on a tous en commun. Je ne dirai pas pour autant que c’est pour apporter consciemment de la lumière à notre style. C’est quelque chose de plus inconscient, à mon avis. 

– Votre album a également des aspects gothiques dans la musique comme dans les textes. C’est une extension assez naturelle lorsqu’on fait du Doom, car les deux univers sont souvent très différents ?

C’est vrai que l’on retrouve des influences gothiques qui sont venues naturellement, en fait. Même si nous ne sommes pas très, très fans des étiquettes, je pense qu’on peut quand même dire que GONEZILLA est un groupe de Doom Gothic, oui.

– Il y a aussi un gros travail d’effectué sur les atmosphères et les ambiances dans les morceaux, qui sont d’ailleurs assez longs. Vous travaillez vos textes en fonction, ou c’est la musique qui les inspire ?

En général, Julien compose et propose ensuite un squelette en précisant où se trouvent le chant féminin et le chant masculin, ainsi que l’ambiance attendue. A partir de là, j’écris les textes et on voit si cela correspond à ce qu’il avait en tête en composant le morceau. De mon côté, je fonctionne en écrivant d’abord le texte, la mélodie vient après.

– Justement sur le chant, il y a cette dualité entre ton chant clair et le growl de Florent (Petit – guitare, chant). De quelle manière construisez-vous ces deux aspects ? Y en a-t-il un qui guide l’autre ou il n’y a pas de véritable lead?

Pour le lead, il n’y en a pas vraiment, car c’est Julien qui nous dit où chanter. Pour l’essentiel, c’est beaucoup de communication entre nous. Florent et moi avons réussi, malgré la distance, à tisser des liens humains très importants. Cela nous permet d’avoir une vraie collaboration et beaucoup d’échanges. C’est presque un duo.

– GONEZILLA a maintenant un peu plus de dix ans d’existence, et le line-up semble aujourd’hui stabilisé. « Aurore » est-il une nouvelle étape pour le groupe ? Est-ce que vous le voyez comme ça ? Comme un cap de franchi ?

Pour te donner le point de vue du reste du groupe, qui est là depuis bien plus longtemps que moi, GONEZILLA est aujourd’hui ce qu’il aurait du être depuis des années déjà !

– Enfin, maintenant que la situation est revenue à la normale et que la reprise des concerts bat son plein, comment allez-vous organiser votre set-list ? GONEZILLA compte deux EP et deux albums. Allez-vous vous focaliser sur le dernier, sachant que c’est ton premier avec le groupe ?

Oui, l’attention va être portée sur le nouvel album, que l’on commence tout juste à défendre sur scène. Nous avons aussi du faire des choix sur les morceaux qu’on voulait présenter. Plus tard, on envisage de reprendre certains titres plus anciens. J’ai commencé à en travailler certains. Avec Céline (Revol, l’ancienne chanteuse – NDR), on n’a pas tout à fait la même tessiture de voix, donc il y aura sûrement des choses que j’interpréterai différemment. Tout en respectant ce qui a été fait, il y aura des nuances sur le volume et mon ressenti, je pense. On y réfléchit !

L’album « Aurore » de GONEZILLA est disponible depuis le 22 avril chez M&O Music.

Catégories
Heavy metal

[Going Faster] : Laurenne/Louhimo / Inner Stream

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

LAURENNE / LOUHIMO – « The Reckoning » – Frontiers Music

Avec ce nouveau projet, Frontiers Music fait preuve d’audace en réunissant sur un même album deux frontwomen au tempérament bien trempés et dotées d’une belle puissance vocale. Avec « The Reckoning », le label italien met en lumière les Finlandaises Noora Louhimo de Battle Beast et Netta Laurenne de Smackbound, autant dire deux très bonnes chanteuses. Accompagnées de Nino Laurenne (guitariste, producteur et mari de Netta) et Sampo Haapaniemi (batteur de nombreuses formations), elles livrent un très bon album basé sur un Heavy Metal mélodique et un brin épique, où elles font parler leur force et leur sens de la mélodique avec maestria. Complices et complémentaires, LAURENNE / LOUHIMO va ravir les fans de belles voix féminines Metal.

INNER STREAM – « Stain The Sea » – Frontiers Music

Bonne pioche pour le label italien qui est allé du côté de l’Argentine pour faire signer l’un de ses groupes les plus prometteurs pour l’associer au très prolifique producteur Alessandro Del Vecchio. A la tête d’INNER STREAM, on retrouve l’auteure-compositrice et chanteuse Inès Carolina Vera Ortiz, dont le spectre musical est aussi vaste que la pluralité des styles abordés par le quintet. Si le combo existe depuis 2008, « Stain the Sea » apparait comme le premier véritable album des Argentins. Le crossover Metal incluant du Heavy, du Nu Metal, du Gothique et de l’Electro multiplie les ambiances et les gros riffs ont une place de choix chez INNER STREAM. Très abouti et mature, « Stain The Sea » marie habillement explosivité et mélodies accrocheuses. Une réussite.

Catégories
Doom Progressif

Intraveineuse : injection cinématographique

L’univers très urbain et mélancolique d’INTRAVEINEUSE trouve sa source et sa fluidité dans celles de Paris, capitale de contrastes nourrie d’énergies débordantes et d’indolences écrasantes. Entre riffs massifs et rythmiques Doom laissant place à de belles fulgurances romantiques, gothiques et Metal, le duo propose un opus étonnant, aux allures et à l’ambiance très cinématographique.

INTRAVEINEUSE

« Chronicles Of An Inevitable Outcome »

(Independent)

Ceux qui connaissent le quartier parisien mis en lumière sur la pochette de cette première réalisation d’INTRAVEINEUSE devraient aller errer, casque vissé sur les oreilles, dans les rues aux néons colorés de la capitale en écoutant cette seule et unique piste « Chronicles Of An Inevitable Outcome ». L’atmosphère lourde et mélancolique ne manquera pas de vous submerger, ainsi que les riffs acérés et la rythmique versatile et appuyée.

Constitué d’un guitariste (qui a par ailleurs mixé et produit l’ensemble) et d’un batteur tous deux issus de la scène HardCore française, c’est pourtant dans un Doom Progressif aux multiples facettes que s’est engouffré INTRAVEINEUSE. Afin de donner encore un peu plus de consistance à son projet, le duo a accueilli quelques amis, venus lui prêter main forte pour la basse et les claviers à travers des mélodies pénétrantes.

Entièrement instrumental et long de 30 minutes, « Chronicles Of An Inevitable Outcome » aurait bien sûr pu être sectionné afin d’offrir plusieurs morceaux. Les breaks sont suffisamment nets pour cela, mais la fluidité et l’entité-même du projet aurait sans doute perdu de son flux et dénaturé l’enchainement si soigné des atmosphères. INTRAVEINEUSE fait plus qu’explorer des sonorités Doom et gothique, il pose un univers très personnel où la lassitude n’a pas sa place.

Bandcamp : https://intraveineuse.bandcamp.com/