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6:33 : une débordante énergie positive [Interview]

Il y a très peu de groupes dans l’hexagone osant braver les codes et briser les frontières des styles établis pour offrir un registre à la fois débridé et très créatif. Avant-gardiste, Fusion, Progressif, Rock et Metal, 6:33 avance sans complexe et propose un cinquième album où l’énergie très positive des morceaux nous transportent au cœur des années 80 et 90 avec enthousiasme, dextérité et sans barrière. Florent Charlet, chanteur de la formation, fait un point sur ce nouvel opus… et tombe le masque.

– Comme entrée en matière, j’aimerais que vous présentiez le groupe aux lecteurs qui ne vous connaitraient pas. On vous décrit comme un groupe de Metal Progressif, avant-gardiste et Fusion, ce qui résume assez bien 6:33, mais c’est encore ceux qui le font qui en parlent le mieux. Alors, comment vous définiriez-vous ?

C’est vrai que c’est un peu compliqué ! Et même pour un artiste en général, c’est assez difficile de définir son style. C’est plutôt aux gens de dire de ce qu’ils en pensent. Mais après avoir bien cherché, j’aime bien l’appellation de Funk Prog, dans le sens où on a une histoire à raconter et on les amène quelque part et c’est aussi très joyeux grâce à une énergie positive. Musicalement, on ne s’impose aucune limite. A la base, on fait du Metal Prog, mais nous explorons autant la Funk que le Jazz ou la musique de film, selon nos envies finalement.

– Vous sortez votre quatrième album, qui est encore bien différent des précédents. Il s’en dégage une thématique très 80’s avec un fil conducteur très cinématographique. Il est presque conçu comme une sorte d’opéra-Rock. C’était votre objectif de départ ?

Nous n’avions pas vraiment pensé à ce côté opéra-rock lorsqu’on l’a composé, mais beaucoup de gens nous disent que ça ressemble à une comédie musicale à la « Horror Picture Show ». C’est vrai qu’on voulait donner une couleur très 80’s et 90’s à l’album, parce que c’est ce qui nous a nourri depuis toujours, en fait. C’est ce qui nous a forgé en tant que musiciens et même en tant que personnes. Tout ça, on le ressort sur cet album, auquel on a vraiment eu envie de donner cette couleur-là. C’est un album-concept, c’est vrai, mais nous n’avons pas pensé à un Opéra-Rock ou à une comédie musicale. Il y a des personnages hauts en couleur, c’est vrai. Ce serait d’ailleurs mortel de monter ça comme une comédie musicale !

–  « Feary Tales For Strange Lullabies : The Dome » est également très dansant, malgré des riffs toujours aussi présents et puissants. C’est quelque chose dont on n’a assez peu l’habitude finalement. Malgré des morceaux très structurés, on a le sentiment que c’est la mélodie qui compte le plus en fin de compte avec des refrains très accrocheurs. Rester accessible est quelque chose d’important pour vous ?

Oui ! Ce qui compte c’est la chanson ! C’est très fourni, car il y a beaucoup de choses qu’on n’entend pas forcément à la première écoute. Mais on voulait quelque chose d’assez digeste et d’immédiat dans le ressenti. C’est vrai que c’est complexe, mais la mélodie doit rester en tête. Sur cet album, on a eu envie d’aller chercher le côté chanson en étant peut-être plus direct. Mais ça reste très, très complexe. Il y a beaucoup de choses improbables quand on tend bien l’oreille.

L’album de 6:33, « Feary Tales For Strange Lullabies – The Dome » est disponible depuis le 1er octobre chez 33 Degrees/Universal Music France/Wormholedeath Records.

– L’album bénéficie d’une grosse production et surtout d’arrangements très soignés, ce qui est d’autant plus remarquable que vous êtes sept dans le groupe. Comment s’est passé l’enregistrement et surtout de quelle manière avez-vous articulé la composition pour obtenir un résultat aussi complexe ?

C’est notre guitariste Nicolas (Pascal : guitares, claviers, chant et mise en scène – NDR) qui compose toute la musique jusqu’aux lignes de chant, et je pose ensuite le texte dessus. Emmanuel (Rousseau : claviers et programmation des percussions – NDR), qui n’est plus dans la formation live du groupe, a aussi travaillé sur la création de l’album. Nous avons juste travaillé avec des personnes extérieures pour le mastering. Tout le reste, nous l’avons réalisé nous-mêmes.

– Depuis des mois, nous vivons une période assez sombre pour le monde du spectacle en général. Comment est-ce qu’on fait pour composer un album qui transpire autant la bonne humeur ?

(Rires) Peut-être que c’est aussi ce qui nous permet de passer cette période ? Cela dit, la composition avait commencé avant. Je crois que nous sommes tous, dans le groupe, très joyeux et positifs. On est une bande de sales gosses qui s’adorent ! Ensuite, si tu continues de t’attarder sur ce monde de fous, tu deviens dépressif ! Alors, pour lutter contre ça, rien de mieux que 6:33 ! (Rires)

– Il y a eu aussi quelques changements de line-up avec notamment l’arrivée d’un nouveau batteur, d’un nouveau bassiste et le retour avec une présence plus importante de Bénédicte au chant. Avec un tel registre musical, c’est difficile de trouver des musiciens qui partagent comme vous un univers aussi débridé ?

Ca n’a pas été simple de trouver un batteur et un bassiste (Cédric Guillo à la batterie et Manuel Gerard à la basse – NDR). Encore une fois, on a de la chance. On était également déjà amis, puisque nous avons joué ensemble dans d’autres groupes. Au moment des auditions, car on voulait que tout le monde puisse y participer, beaucoup se sont désistés, car la musique était trop complexe. Et puis, comme tu dis, il fallait que ces musiciens soient aussi éclectiques que nous et qui aiment autant la Funk que le Metal ou la musique de film. Ca n’a pas été simple, mais au final, il n’y a eu qu’un batteur et un basiste qui sont sortis du lot. Et humainement aussi, on se connaissait et s’appréciaient déjà. Enfin, il faut aussi avoir envie de faire cette musique-là et avoir le niveau technique requis. L’ouverture d’esprit est primordiale. Nous sommes tous bienveillants les uns avec les autres, il y a beaucoup d’amour dans ce groupe. On a tous cette volonté d’aller de l’avant dans une énergie positive et que nous voulons bien sûr transmettre. Et il y a peut-être aussi cette nostalgie de livrer cette musique des années 80 et 90 avec laquelle nous avons grandi.   

– Sur ce nouvel album, vous faites le grand écart entre des styles très variés, voire opposés. Il faut être sacrément ouvert d’esprit et avoir aussi une solide culture musicale pour  entrer dans votre univers. Vous n’avez jamais eu peur de perdre des fans en route, ou d’avoir des difficultés à en séduire d’autres ?

C’est vrai, mais je pense qu’aujourd’hui comme tout est très rapide et très éphémère, nous avons eu l’envie de rendre notre musique plus accessible et plus directe. C’est vrai qu’il faut creuser, ce que nous faisons aussi nous-mêmes. Peut-être que pour le public, ça vaut aussi le coup de faire cette démarche. Notre volonté était quand même de faire quelque chose de plus immédiat et de plus facile à aborder. On affine aussi notre patte, car on se connait aussi de mieux en mieux. Peut-être qu’on maîtrise aussi beaucoup mieux toutes nos influences.

– Jusqu’à présent, vous étiez masqués. Or, vous vous en êtes débarrassés, alors qu’on commence tout juste à voir la fin de la pandémie. C’est une sorte de pied-de-nez à la situation que l’on vit ? Montrer une liberté encore plus absolue ? 

En fait, on en avait marre des masques pour plein de raisons. Tout d’abord, ça nous coupait du public. On était plus dans la performance que dans l’échange, parce qu’il se passe aussi beaucoup de choses au niveau du visage à travers les expressions. Et puis, c’est assez contraignant. Ca nous amusait, car c’était un peu comme une pièce de théâtre. Lorsqu’on entrait sur scène, on avait les masques mais pas en dehors comme lors des interviews, par exemple. On n’était pas comme Daft Punk ou Slipknot. Et avec la pandémie où tout le monde a été obligé d’être masqué, ça n’était plus drôle. C’était le bon moment pour prendre ce virage avec le changement de line-up aussi. On s’est dit que les masques avaient fait leur temps, et que c’était plus cohérent avec ce que nous avions à proposer aujourd’hui. Sur les albums précédents, on avait un peu exploré le ‘Freak Show’ en jouant aux super-heros. C’était moins en phase avec ce nouvel album, et on voulait être plus proche de notre public.

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Hard-Core Post-Metal

Parlor : like or die !

Incisif et frontal, le HardCore de PARLOR semble avoir franchi un palier grâce à des nouveaux titres acérés et imposants, magnifiquement servis par une production aux petits oignons où rien n’est laissé au hasard. « Comments » montre un quatuor parisien très combatif et l’ensemble mérite bien un gros Like… ou un rapide commentaire !

PARLOR

« Comments »

(Source Atone Records)

Que la récente panne géante et mondiale de Facebook et de ses réseaux annexes a dû bien faire rigoler les membres de PARLOR ! Car sur « Comments », le quatuor passe au vitriol les addictions aux commentaires et autres Likes que beaucoup déversent au quotidien. Satirique et plein d’humour, ce nouvel EP pose un regard brutal, HardCore et décalé sur ce phénomène ambiant.

Après une démo (2017) et un album (« Softly » en 2019), c’est donc avec un EP six-titres de 20 minutes intenses que PARLOR refait surface. Si le combo revendique un Chaotic HardCore, ce sont surtout des morceaux bien ficelés, massifs et très structurés qui composent « Comments » (« Dive In Motion », « Fighting The Blue »). Le songwriting s’avère ici redoutable.

En se frottant au Punk HardCore et au post-Metal, PARLOR élargit encore un peu plus son spectre et s’ouvre bien des horizons (« Pervitine »). Grâce à un chant hargneux et volontaire, les morceaux du quatuor prennent un volume conséquent et la massive rythmique, ainsi que les riffs tranchants développent parfaitement l’ensemble (« Instacat », « Comments », « Q & A »). Moins chaotique, certes, mais plus mordant !

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France Metal Rock

No One Is Innocent : un combat politiquement Rock [Interview]

C’est avec un dixième album et une sérieuse envie d’en découdre que se présente NO ONE IS INNOCENT avec « Ennemis ». Près de 30 ans après leur formation, les Parisiens n’ont pas levé le pied et continuent leur ‘Combat Rock’, imperturbables aux modes et plus que jamais attentifs à notre société. Kemar, emblématique chanteur du groupe, revient sur l’élaboration de ce nouvel opus et livre aussi sur sa vision d’une époque en perdition. Le frontman a une fois encore trempé une plume acide, afin de livrer des textes engagés et directs. Entretien.

– Commençons par le titre de ce nouvel album, « Ennemis ». D’autres groupes s’y sont déjà essayés, mais il était toujours question de fiction ou d’histoires. Or là, vous les pointez du doigt certaines choses, laissant place à la réalité. Certes, vous êtes un groupe engagé depuis vos débuts, mais on vous sent beaucoup plus virulents. Et « Ennemis » est un titre très violent quand on y pense, non ?

C’est finalement un titre qui est en rapport avec l’évolution de la société médiatique, politique et économique… Il y a dans tous les titres cette notion d’ennemis qui transpire un peu à chaque fois, comme dans « Force du Désordre », « Humiliation », « Bulldozer »… En fait, ça revenait dans les discussions qu’on avait entre nous, et j’ai un peu synthétisé tout ça. Et puis, on a aussi senti qu’en ce moment il y avait des gens qui avaient une espèce de désir d’exister absolue avec cette tentation permanente de désigner un ennemi. Aujourd’hui, on existe constamment en désignant un ennemi ! Je pourrais t’en citer plusieurs qui sont justement dans cette position. On ne désigne plus les amis et c’est hyper-dérangeant.  

– En parlant de cet engagement que vous nourrissez depuis votre premier album, j’ai l’impression que c’est votre disque le plus politique, au sens noble du terme, jusqu’à ce jour. L’état de la société et le comportement de certains sont au cœur d’ « Ennemis ». Et vous dressez un constat, que je partage, très sombre et aussi très colérique pour ne pas dire plus. Il est grand temps de se réveiller ?

Oui, par rapport à des choses qu’on a banalisé. Aujourd’hui, on laisse une Marine Le Pen dire tout et n’importe quoi, on laisse un Zemmour aux télés, aux radios et à la candidature présidentielle, alors qu’il a été condamné pour incitation à la haine raciale et on laisse un Sarkozy faire la promo de son bouquin, alors qu’il a pris un an de prison ferme ! Il y a des choses dans la fonction politique qui déconnent et on banalise tout ça. On aurait pu donner à cet album un titre autour de la banalisation de plein de choses. C’est vrai qu’avec notre musique, on essaie de pointer du doigt tout ça pour alerter un peu.

– Depuis la sortie de « Frankenstein » il y a maintenant trois ans, notre société a subi beaucoup de choses, qui vont de la pandémie bien sûr jusqu’aux actions gouvernementales en France, mais aussi partout dans le monde (George Floyd, Black Live Matters, …). On ne vous a rarement senti si vindicatifs et rageurs. Et pourtant, on a encore le sentiment que vous en avez encore sous le pied. « Ennemis » aurait presque pu être beaucoup plus long, non ?

Oui, mais nous ne sommes pas le supermarché de l’engagement ! Ce qui nous importe avant tout, c’est d’écrire de la bonne musique ! C’est notre métier à la base. Sans bonne musique, a cappella, je ne ressemble à rien, tu vois ? (Rires)

– Sur « Ennemis », on retrouve Charles de Schutter à la production avec Shanka. C’est lui qui avait réalisé « Drugstore » (que je considère d’ailleurs comme votre meilleur album) et on retrouve ce son direct, brut et très massif. Là encore, il n’y a aucune fioriture et des arrangements très efficaces. On sent une certaine urgence dans vos morceaux. C’est ce que vous aviez en tête dès le début de la composition, puis de l’enregistrement ?

C’est très bizarre, car nous avons beaucoup composé pendant la période de confinement. Dans notre rythme, il n’y avait pas de notion d’urgence. Nous nous sommes focalisés sur le son en nous demandant ce que nous pouvions écrire et ce qui pourrait nous surprendre. Shanka est allé chercher un peu du côté des musiques orientales et indiennes notamment. Peut-être que les gens ne vont pas capter toute de suite ces influences-là, mais en tout cas, elles ont été déterminantes sur « Force du Désordre », « Armistice » ou certains mouvements dans « Les Hyènes de L’info », par exemple. On voulait aller chercher un peu ailleurs pour les intégrer aux compos et pas forcément seulement au son.      

– Cela n’empêche nullement le gros travail que vous avez effectué sur la production, qui est très soignée. Et puis, il y a cette irrésistible impression d’énergie live et toujours très fédératrice et communicative. Vous pensez à la scène en composant vos morceaux, car certains refrains vont faire très mal…

On a un mode de fonctionnement bien à nous. Il faut aussi savoir que nous sommes toujours de l’école du riff. On cherche encore le riff ultime, c’est toujours notre démarche. Il faut que la compo, à un moment donné, fasse bouger le chanteur physiquement. C’est un mot d’ordre chez nous. Tout le monde le sait et tout le monde le sent. Quand je commence à ressentir quelque chose, c’est que c’est bon.

– Il y a aussi « Armistice », qui se place au milieu de l’album et qui est une sorte d’interlude. Pourtant, et malgré son titre, on ne sent pas beaucoup de sérénité…  

Il l’est dans le sens où, tout autour, c’est la guerre. Au départ, j’avais proposé à Shanka de chanter un morceau avec moi, car j’aimais bien l’idée. Il n’était pas très chaud, alors je lui ai proposé de regarder parmi tous ses instruments quelque chose qui pourrait sortir de l’ordinaire. On avait comme référence « Planet Caravan » de Black Sabbath. Et comme depuis quelques temps, il s’est mis à la viole de gambe, et qu’il est extrêmement doué, on lui a laissé toute liberté, car ça nous plaisait beaucoup et nous avions aussi besoin d’un morceau comme ça.  

– A propos de scène, vous qui donnez l’impression de ne jamais vous arrêter, le confinement, puis la privation de concerts, ont dû avoir un énorme impact sur le groupe. Comment avez-vous vécu cette (trop) longue période de repos forcé ?

On a eu de la chance, parce que nous avons terminé la tournée fin 2019 et quand le confinement est arrivé, on avait déjà commencé à composer un peu le nouvel album. On n’a pas du tout ressenti de frustration live, parce qu’on était pleinement dans l’élaboration d’ « Ennemis ». Finalement, ça a été un moment de réflexion. Personnellement, ça m’a fait beaucoup de bien, car j’ai besoin que mon corps et mon cerveau soient hyper-posés pour être bien et composer. Paradoxalement, ce confinement nous a fait du bien.

– D’ailleurs, je me posais la question récemment. Je vous suis depuis vos tout débuts et c’est toujours assez difficile de nous définir. Rock, Hard-Core ou Metal, votre leitmotiv reste le combat, la revendication et surtout la prise de conscience, non ? C’est quelque chose qui ne vous quitte pas…

Oui, c’est vrai. Dans une démarche de compo, je dis souvent aux gars qu’il faut que notre musique raconte une histoire. Même si j’ai des thèmes dans mes tiroirs, j’ai besoin que l’instrumental raconte déjà une histoire. C’est ça qui fait qu’on arrive à donner un vrai liant entre ce qui est raconté et ce qui est joué.

– « Ennemis » est aussi votre dixième album studio. C’est toujours un cap particulier dans la carrière d’un groupe, car il marque une étape importante. Vous y avez pensé, ou pas du tout ? Vous aviez la volonté de marquer encore plus les esprits avec « Ennemis » ?

Non, on n’est pas dans le comptage ou la nostalgie. L’album n’est pas plus important qu’un autre. Il marque l’histoire d’un groupe qui est ensemble depuis des années, qui construit ensemble et qui se connait bien. Nous avons une façon de composer apaisante. Il n’y a pas d’histoire égo entre nous, car on cherche le meilleur de nous-mêmes. C’est juste la bonne évolution d’un groupe qui aime faire de la musique ensemble.

– En 2021, la scène musicale française n’est plus aussi contestataire ou engagée comme elle a pu l’être par le passé, alors que nous vivons dans une société de plus en plus inégalitaire. Comment l’expliques-tu, alors que les intérêts ont changé pour devenir essentiellement individuel au détriment du bien-être collectif ?

Il y a une grosse influence des réseaux sociaux. La consommation de la musique n’est plus la même, on est plutôt dans la quantité que dans la qualité. Aujourd’hui, il faut produire, produire, produire… On est peut-être moins dans l’exigence au niveau de la qualité de la musique. Après, l’engagement fait partie de l’ADN d’un groupe, ou pas…

– Oui, mais pourtant dans les années 80 et 90, c’était quand même autre chose…

Oui, c’est vrai. On était aussi poussé par des groupes comme Rage Against The Machine, Nirvana et d’autres qui ont été moteurs à leur façon d’un certain engagement propre à chacun d’eux. Et malheureusement, il y a aussi eu l’avènement d’un Hip-Hop, d’une Trap Music qui ne veut plus rien dire, qui n’explique plus rien, qui se noie dans de la prod’ minimaliste et des textes qui n’ont plus de sens. Alors, tout d’un coup, tu as une nouvelle génération très influencée par tout ça et qui se perd dans une espèce de truc mielleux et mièvre. Finalement, c’est très contradictoire car, aujourd’hui, il devrait y avoir de la colère partout. Cela dit, l’exposition médiatique de musiques comme la nôtre ou d’un Hip-Hop un peu rageur n’existe pas, parce qu’il faut que ce soit lisse, il ne faut pas que ça déborde et il ne faut pas trop d’engagement. En fait, ça ne donne peut-être pas envie à une nouvelle génération d’aller vers cette forme-là de musique, parce qu’ils savent pertinemment qu’ils vont rester dans une niche et dans l’ombre. Nous, ça fait 30 ans qu’on est là. On s’est construit autour de ça et c’est peut-être plus facile d’être écouté par rapport à un groupe qui commence aujourd’hui, ou même il y a cinq ans.

« Ennemis » de NO ONE IS INNOCENT est disponible depuis le 1er octobre chez Verycords.

Retrouvez la chronique de l’album :

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Sludge Stoner/Desert

Tigerleech : des griffes tranchantes

De la consistance, TIGERLEECH n’en manque pas. D’une densité incroyable, le quatuor livre un deuxième album où mélodies entêtantes se fondent dans une déferlante de riffs soutenus et d’une solide rythmique. La puissance du chant met en lumière des compos à l’impact évident. « Melancholy Bridge » secoue autant qu’il envoûte.

TIGERLEECH

« Melancholy Bridge »

(M&O Music)

Après deux EP et un premier album très bien accueilli (« The Edge Of The End » sorti en 2019), les Parisiens de TIGERLEECH reviennent avec un nouvel opus très abouti qui voit leur style évoluer avec une efficacité redoutable. Grâce à un songwriting resserré qui laisse aussi beaucoup de liberté, « Melancholy Bridge » propose un Stoner Rock racé aux contours Sludge brutal et Heavy.

Remarquablement bien produit, ce deuxième effort montre beaucoup d’assurance, de technicité et de maîtrise de la part de TIGERLEECH. Costaud et affûté, le quatuor alterne les passages rugueux, plus légers et planants sur des morceaux portés par de belles mélodies (« The Messenger », « We, As Smart We Are »). Et autour de textes assez sombres, une belle énergie vient envelopper « Melancholy Bridge ».

Une tonalité très Grunge se dégage aussi de l’album et elle est très clairement due à son frontman dont la voix écorchée n’est pas sans rappeler un certain Eddie Vedder. Mais grâce à des riffs racés et massifs, TIGERLEECH sait aussi durcir le ton sur des titres addictifs et entraînants (« Pieces Of Me », « Back From The Hereafter »). Le combo parisien signe un très bon album qui devrait sans aucun doute enflammer les scènes.

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Hard-Core Metal Rock

No One Is Innocent : le poing levé

Une fois de plus, NO ONE IS INNOCENT monte à l’assaut avec une colère à peine contenue, livrée sur un dixième album, « Ennemis », qui sent la poudre. Militant et féroce, le quintet enrobe de riffs appuyés et assassins des textes cinglants et un discours responsable. Très live dans le son et la production, le groupe scande des vérités et rappelle que « Nous sommes des centaines et des milliers ».

NO ONE IS INNOCENT

« Ennemis »

(Verycords)

Dès la première écoute, ça saute aux oreilles : Kemar et sa bande se sont encore surpassés. Même si j’ai tendance à le dire à chaque nouvel album de NO ONE IS INNOCENT, il faut bien avouer qu’ « Ennemis » percute, fédère et donne des envies de grands changements, si ce n’est même un peu plus… Après 30 ans d’existence, ce dixième album confirme la rage intacte du groupe face à une oppression grandissante et un système qui se dérègle totalement (« Force Du Désordre »).

Ce qui tient toujours aux tripes du quintet, c’est ce combat Rock très Metal, incisif et engagé. Co-produit par son guitariste Shanka et Charles de Schutter, qui avait déjà officié sur l’excellent « Drugstore » en 2011, ce nouvel opus désigne sur dix morceaux (et un interlude « Armistice ») les « Ennemis » d’une société, d’une époque aussi, en montrant du doigt des responsables qui ne se cachent pas. Mais pas de leçon de morale ici, NO ONE s’implique juste généreusement (« J’ai fait De Toi Mon Collabo »).

Comme à l’habitude, les Parisiens cognent et giflent sur des textes précis et convaincants, où les phrases fortes sont légions et résonnent comme des slogans (« Dobermann », « Humiliation », « La Caste », « Bulldozer »). Dans une période très incertaine, NO ONE livre son album le plus politique, dénonce et appelle clairement au réveil et au sursaut (« We Are Big Brother », « Polit Blitzkrieg », « Les Hyènes De L’Info »). Puissant et très organique, « Ennemis » est la claque qu’on attendait et les concerts s’annoncent torrides (« Aux Armes, Aux Décibels »).

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Hard-Core Thrash Metal

Fishing With Guns : feu à volonté

Frontal et musclé, ce nouvel EP de FISHING WITH GUNS tient toutes ses promesses avec un concerté de Thrash-Core livré sur cinq nouveaux titres. Certes, « Under The Silver Lake » nous laisse un peu sur notre faim, mais son contenu tranchant et survolté montre le gros potentiel du combo parisien. De la dynamite !

FISHING WITH GUNS

« Under The Silver Lake »

(M&O Music)

Faisant suite à « Blood On The Ropes » (2017), « Under The Silver Lake » est donc le deuxième EP d’affilée de FISHING WITH GUNS. Après deux albums, c’est avec des formats courts que le quintet parisien affine et peaufine son jeu. Ces cinq nouveaux titres libèrent un style très compact et agressif, mais très bien structuré et redoutablement efficace.

Entre Thrash et Hard-Core, growl et chant plus clair, le registre de FISHING WITH GUNS est aussi original qu’il semble évident. L’univers qui se dégage de « Under The Silver Lake » reste sombre, mais développe une énergie très positive et particulièrement dense. Très bien produit, ce nouvel EP emporte tout sur son passage et montre une belle diversité.

L’intensité est déjà manifeste sur « Beware The Dog Killer » et ses grosses guitares, qui monte encore en tension sur « Owl’s Kiss » aux riffs acérés. Plus lourd, « Homeless Ghost » montre un côté massif plus conséquent. FISHING WITH GUNS ne s’arrête pas en si bon chemin et libère une approche presque Punk sur le morceau-titre avant de conclure avec un  « I Am Your Rebellion » explosif. Radical !

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Metal Rock

[Going Faster] : Whyzdom / NarreN

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

WHYZDOM – « Of Wonders And War » – Scarlet Records

Les Parisiens de WHYZDOM, fers de lance du Metal Symphonique hexagonal depuis plus de dix ans, livrent leur cinquième album et « Of Wonders And Wars » est probablement le plus abouti et le plus complet de la formation. Sur de superbes orchestrations et arrangements signés par son bassiste et fondateur Vynce Leff, qui a également mixé, masterisé et produit ce nouvel opus, le quatuor propose des compositions magistrales. Vocalement, la frontwoman Marie Mac Leod a encore franchi un cap, maîtrise autant le registre Rock que lyrique et donne un relief étonnant à « Of Wonders And Wars ». Bâtie sur des mélodies imparables et des riffs virevoltants, cette cinquième réalisation va mettre tout le monde d’accord. WHYZDOM est plus inspiré que jamais.

NARREN – «  Aura » – Wormholedeath Records

NARREN est l’appellation de la carte du fou dans le jeu de Tarot en suédois et c’est ce qui semble définir le mieux l’artiste Maria Eriksson. Seul membre constant du groupe, même si elle travaille en collaboration avec quelques musiciens, c’est à elle que l’on doit l’écriture et la production d’ « Aura ». Etonnant à plus d’un titre, ce nouvel album se présente comme une sorte d’OVNI musical particulièrement bien conçu. La Biélorusse, établie en Suède depuis une quinzaine d’années, se livre au travers de son personnage sur des morceaux Rock, Metal, Folk et un brin vintage, qui présentent pourtant une belle unité. Accrocheur et porté par la superbe voix de Maria Eriksson, « Aura » est le fruit d’un travail minutieux où les univers se confondent avec talent.

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Doom France Metal Progressif

Welcome-X : un groove sismique [Interview]

Conçu sur les bases d’un Metal Progressif à multiples facettes, WELCOME-X ne se refuse aucune incartades, qu’elles soient Jazz, Doom ou plus extrêmes et c’est ce qui fait sa force. Le quintet vient tout juste de livrer un « Vol.2 » à travers lequel il continue d’explorer de bien belle manière des horizons musicaux inattendus et particulièrement saisissants. Entretien avec Phil Bussonnet, bassiste et compositeur du groupe.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre concert de vendredi dernier (interview réalisée le 05/07) au Triton aux Lilas, près de Paris. Comment ça s’est passé ? J’imagine que ça doit être un grand plaisir de retrouver la scène après tout ce temps ?

C’est vrai qu’en dehors d’un festival au mois d’août de l’année dernière en Bretagne, on n’avait pas rejoué du tout depuis et ça fait quand même très long. Ca ne m’est jamais arrivé de toute ma vie de rester aussi longtemps sans faire de scène. C’était vraiment un bonheur ! Même si la jauge est limitée et les gens masqués, tout le monde était content et on sentait une énergie vraiment étonnante.

– Restons un peu au Triton, puisque vous y avez enregistré ce deuxième album, et il y est même produit. C’est votre base ? Quels sont vos liens avec l’endroit ?

Ce sont des gens avec lesquels je travaille depuis très longtemps avec qui on a réalisé beaucoup de choses et différents projets. En ce qui nous concerne, ils sont plus ou moins producteurs. Pour l’album, on a transformé le club en studio, on y a fait toutes les prises et ils prennent toutes les charges de production à leur compte, c’est-à-dire le mix, le pressage et la distribution. C’est un partenariat très précieux pour moi. Et surtout, ils nous laissent toute latitude sur le disque au niveau artistique. Nous sommes complètement libres. C’est essentiel, car on garde un regard sur toute la réalisation de l’album.

– Parlons de votre deuxième album sobrement intitulé « Vol. 2 ». C’est le prolongement et la suite du premier, ou est-ce que justement vous avez souhaité partir dans d’autres directions ?

C’est vraiment la suite immédiate du premier. Ce sont des morceaux qui ont été écrits directement dans la foulée et dans la même veine. L’album n’est pas vraiment détaché du premier, au contraire même. C’est comme si on avait fait un double-album, sauf qu’on a mis deux ans à le faire.

– Musicalement, et pour faire court, WELCOME-X évolue dans un registre Metal Progressif, dans lequel vous vous démarquez franchement. C’est peut-être aussi dû au fait qu’il n’y ait pas vraiment de références purement Heavy Metal dans votre musique. C’est aussi votre sentiment ?

On a des références, mais elles sont vraiment très variées. Cela va de Black Sabbath à Meshuggah et bien d’autres. En fait, on n’a pas la volonté d’écrire dans un style très ciblé. Je suis vraiment mon propre groove et l’inspiration vient sur le moment. Il n’y a aucun cahier des charges sur le plan styliste, donc c’est un mélange de plein de choses qui nous ont nourris au fil du temps.

– Justement, vous affichez un style très Metal à grands renforts de gros riffs, de solides rythmiques et d’un chant qui côtoie souvent les extrêmes. C’est cet aspect qui vous permet de libérer toute cette énergie ? Ces fondations très musclées ?

Exactement. De toutes manières, j’avais envie de faire une musique très pêchue. C’est un projet que j’ai depuis bien longtemps et je voulais faire quelque chose de résolument Rock, c’est-à-dire une écriture à base de riffs de guitare et c’est ce qu’on a réussi à faire. Au niveau des voix, j’aime beaucoup l’approche de Sam (Kün, chanteur – NDR) dans le sens où il possède différents registres. C’est une vraie richesse d’avoir toute cette palette.

– Dans le même temps, WELCOME-X développe aussi beaucoup d’éléments Jazz, dans lesquels vous êtes d’ailleurs très à votre aise. C’est votre passé musical individuel qui veut ça ?

Sans doute, oui. J’en ai pratiqué beaucoup dans toutes sortes de contextes, même si mes premières amours musicales sont vraiment Rock. J’ai été amené à jouer avec beaucoup de musiciens de Jazz de différents horizons et je pense que cela m’a aussi nourri avec ces ouvertures harmoniques et cette possibilité d’improviser, même si on ne l’utilise pas au sein du groupe. Toute la musique que l’on fait est très écrite.

– Est-ce qu’en faisant cohabiter des ambiances Doom avec des atmosphères très aériennes, et notamment jazzy, vous n’avez pas peur de déstabiliser des auditeurs pas forcément adeptes de ces deux styles, mais plutôt de l’un ou de l’autre ?

C’est justement la liberté que je me réserve. Après, j’espère que ce ne sera pas trop déstabilisant et que les gens seront sensibles à ça. C’est vraiment ce que j’avais envie de proposer et c’est peut-être aussi la marque de fabrique de WELCOME-X, avec de multiples facettes et un mélange des genres.

– En parcourant le livret du disque, on observe un environnement assez sombre et même assez énigmatique, qui traduit aussi le contenu des textes. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur l’aspect conceptuel de ce nouvel album ?

Les deux ont été construit de la même manière et illustrer par notre ami Paul d’Emgalaï Grafik, qui a réalisé tous les graphiques et les dessins. Au niveau des ambiances musicales et des textes, c’est un peu une chronique du monde dans le lequel on vit à travers notre ressenti, ainsi que de la vie qu’on mène au milieu de tout ça. Le constat n’est pas forcément très gai, mais sans être forcément pessimiste non plus. On observe ce qui nous entoure et on a envie d’en parler et aussi peut-être de donner notre avis sur le sujet.

– Pour conclure, vous venez tout juste de reprendre les concerts. Est-ce qu’une tournée est prévue dans les mois ou semaines à venir, afin de faire vivre ce « Vol. 2 » sur scène ?

Pour le moment, il n’y a rien de concret, juste quelques pistes. C’est encore un peu compliqué au niveau de l’organisation. Ca commence à bouger un peu pour cet automne, mais très timidement. Pour l’instant, c’est encore un peu flou.

L’album « Vol.2 » de WELCOME-X est disponible depuis le 25 juin (Production Le Triton).

https://www.letriton.com/shop/fr/cd/214-welcome-x-vol2.html?search_query=welcome&results=4

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France Thrash Metal

Dead Tree Seeds : le respect des traditions [Interview]

A force de préciser systématiquement quand il s’agit de Thrash Metal qu’il est Old School, pourquoi ne pas se résoudre au fait que c’est l’essence-même du style et qu’il est inamovible et intemporel ? C’est en tout cas, le parti pris de DEAD TREE SEEDS qui revient sous les projecteurs avec un très bon deuxième album. Old School certes, mais résolument moderne dans le son, l’approche et la production, le quintet francilien monte en gamme comme l’atteste la puissance de « Push The Button ». Entretien avec Alex, batteur indéboulonnable du combo depuis ses débuts. 

– La première chose qui interpelle à la lecture de votre biographie, ce sont les innombrables changements de line-up. Depuis Triakanthos, on les compte plus. Pourtant malgré tout, vous n’avez cessé de tourner. Vous êtes sacrément tenaces, dis-moi ?

Oui, c’est clair et ce qui est important de rappeler, c’est qu’à fois il n’y a eu aucune animosité. Ce sont des changements simplement liés à la vie avec des départs dans d’autres pays, des changements d’activités professionnelles ou juste le fait d’arrêter la musique pour faire autre chose. Il n’y a jamais rien eu de dramatique ! On continue d’y croire, on aime ce qu’on fait et je pense que ce nouveau line-up, musicalement et humainement, est vraiment stable. C’est plus costaud déjà, et puis on a aussi vieilli et ça nous permet de voir l’avenir plus sereinement.

– D’entrée de jeu, vous avez annoncé la couleur avec un Thrash Metal orienté Old School. C’est le style qui vous parle le plus, même si vous avez fait évoluer votre registre vers une orientation plus technique ?

En fait, on n’y prête pas vraiment attention, ce n’est pas intentionnel. C’est vraiment instinctif, c’est notre style de prédilection. Il n’y a aucun calcul. Il se trouve juste que lorsque chacun apporte quelque chose, c’est ce qui en ressort naturellement.

– Justement, on assiste depuis quelques temps à l’émergence de multiples courants avec des aspects plus progressifs, d’autres tirants sur le Death et bien sûr un groove que vous vous êtes d’ailleurs appropriés. On a le sentiment que votre désir est vraiment d’aller à l’essentiel. C’est le cas ?

Le désir est simplement de faire ce qu’on aime, tout simplement. Certains titres sont peut-être plus techniques, mais on garde cette puissance que dégage le Thrash Metal. C’est vraiment notre subconscient qui parle.

– Depuis 2013, vous évoluez sous le nom de DEAD TREE SEEDS. C’était important pour vous de changer de nom, pour peut-être aussi donner une nouvelle impulsion au groupe ?

C’était même obligatoire ! En fait, après pas mal de péripéties, nous nous sommes retrouvés à trois dans Triakanthos avec une pleine liberté sur le répertoire du groupe et la suite à donner. Le nom du groupe est celui d’un arbre d’Amérique, et nous nous sommes fait la réflexion qu’il était finalement mort. Mais il restait les graines, d’où le nom « les graines de l’arbre mort » : DEAD TREE SEEDS. Et musicalement aussi, on était vraiment parti sur autre chose.

– Est-ce que, malgré tous ces changements de line-up, il reste une ligne directrice à DEAD TREE SEEDS, moi qui n’ai malheureusement pas pu écouter votre premier album ?

Oui bien sûr, notre ligne directrice reste la puissance telle qu’on la perçoit. Ce qui est marrant, c’est notre premier album était composé d’anciens et de nouveaux morceaux. Cette fois, l’approche est très différente : c’est plus travaillé et plus approfondi. Et le fil rouge reste le Thrash Metal Old School, tel qu’on le ressent. 

– Depuis une dizaine d’années que vous évoluez sur la scène Thrash hexagonale, quels sont les changements ou les évolutions que vous avez pu noter. Est-ce que, selon vous, le style a gagné en visibilité et s’est développé sur la scène française ?

Avec les réseaux sociaux, on voit apparaitre beaucoup de groupes qui font parler d’eux et peut-être même parfois un peu trop. Avant, il y avait assez peu de groupes et on en parlait. Maintenant avec le Web, on est un groupe parmi des milliers d’autres. C’est plus compliqué d’émerger aujourd’hui qu’auparavant. Après, sur la scène française actuelle, il y a vraiment de très bons groupes, qui sont malheureusement pour beaucoup noyés dans la masse.     

– Parlons de « Push The Button », qui est remarquablement bien produit et qui regorge d’excellents morceaux, le tout dans une belle homogénéité. De quelle manière l’avez-vous composé et est-ce que vous êtes partis d’anciens morceaux ou, au contraire, sur de nouvelles bases ?

De l’ancienne époque, il ne reste qu’un seul morceau, qui n’avait pas figuré sur le premier album. Entre les deux line-up, il ne reste que moi qui suis membre du groupe depuis le départ. Tout est neuf et a été composé au feeling, comme on le fait habituellement.

– Ce deuxième album sort sur le label Music Records avec une première parution en digitale cet été, puis en physique en octobre. Pourquoi un tel choix ? C’est dû aux contraintes commerciales et marketing ou, plus simplement, parce que vous êtes impatients de le faire découvrir à votre public ?

C’est un peu ça ! (Rires) On a eu des opportunités auxquelles on en s’attendait pas vraiment. Au départ, on n’avait pas de label et on devait le sortir en mars 2020 et le hasard a fait que nous sommes entrés en contact avec Music Records. On a signé chez eux, mais il y avait des sorties, etc… Donc, on s’est calé avec eux. Il y avait aussi beaucoup d’impatience, car sept ans entre deux albums, c’est très long ! On voulait vraiment sortir de toutes ces galères de line-up et véritablement se lancer ! C’est un peu pour ça que l’album sort d’abord en digital, et ensuite en physique.

– Enfin justement, les concerts reprennent peu à peu et les tournées se mettent en place surtout à partir de cet automne. Où en êtes-vous de ce côté-là, vous y travaillez aussi ? La scène reste tout de même un instant de vérité incontournable ?

Bien sûr et surtout pour le Thrash, qui est véritablement une musique de concert et de scène. Quand j’écoute du Thrash, j’ai plutôt tendance à écouter des albums live, parce que c’est là où le style prend toute sa mesure. Il y a un côté rouleau-compresseur imparable. En ce qui concerne les concerts, nous avions quelques dates en 2020, qui seront sûrement reportées à 2021 ou 2022. En fait, on attend un peu plus de perspectives et surtout de savoir qui aura survécu à la pandémie, car c’est un gros problème pour le monde de l’organisation et de nombreux lieux. A partir de ce moment-là, nous allons remonter des choses forcément !

L’album de DEAD TREE SEEDS, « Push The Button », sera disponible le 3 juillet en digital et le 2 octobre en physique chez Music Records.

Facebook : https://www.facebook.com/DeadTreeSeedsThrash/

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post-Rock Rock

Zarboth : brouiller les pistes avec talent

Insaisissable, imprévisible et cavalièrement libre, ZARBOTH n’a aucune étiquette et pour cause : le groupe se les ait toutes accaparé. Des influences en tout genre, il y en a aussi, mais on retient surtout que les Parisiens ont su créer leur propre style fait d’impertinence, d’une charmante folie et surtout d’une technicité incroyable. « Grand Barnum All Bloom » s’adresse à celles et ceux à l’esprit ouvert et qui aiment les grands écarts.   

ZARBOTH

« Grand Barnum All Bloom »

(Peewee!)

Ne cherchez pas à mettre ZARBOTH dans une case, elle sera de toute façon trop petite. Le trio déconstruit avec minutie tous les styles et tous les genres (ou presque) pour créer un édifice sonore comparable à une véritable cathédrale musicale. Tout s’entremêle et s’entrechoque avec une étonnante fluidité et un groove exceptionnel. Les Parisiens ne sont atypiques, ils sont hors-normes… et ça fait du bien !

Les amateurs de Zappa, des frasques de Mike Patton, des fulgurances Funk-Rock de Fishbone et d’autres expérimentations néo-Prog ou proto-Metal vont se régaler avec ce « Grand Barnum All Bloom » aussi sauvage que mélodique. Toujours guidé par l’inclassable duo mené par Etienne Gaillochet et Phil Reptil, deux musiciens-compositeurs touche-à-tout, ZARBOTH coupe le souffle de trop d’oxygène.

Pour ce quatrième album, Macdara Smith est venu apporter encore un peu plus de folie, de couleur et d’inattendu à la formation dont l’énergie semble inépuisable. Le flow incandescent, la trompette virevoltante, les tempos déstructurés et les mélodies efficaces fusionnent en une poésie urbaine décapante et élégante. ZARBOTH se pose où on ne l’attend pas… et c’est une chance !