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Hard 70's Heavy Stoner Psych International

Saturna : master of rings [Interview]

Avec leur sixième album, les Catalans se sont délestés de tout superflu, de tous ces effets omniprésents sur les productions actuelles pour revenir à l’essentiel, à savoir la transmission des émotions. Et le résultat est criant de vérité et d’authenticité. SATURNA nous propulse au cœur de ses morceaux dans un environnement organique savoureux. Il faut dire que son registre s’y prête vraiment et que ces nouvelles compositions résonnent d’une grande justesse, d’un feeling de chaque instant doté d’arrangements bien sentis. En effet, « Light And Shadow » remonte le temps sous le prisme d’un Rock parfois psychédélique, aujourd’hui qualifié de ‘classique’, qui se veut direct et sincère. Rarement les instruments et le chant n’auront trouvé aussi facilement leur place au sein d’un Hard 70’s que le quatuor a délicatement voilé de Stoner Rock. Y compris dans le songwriting, rien n’est laissé au hasard. Les guitares sont scintillantes, la voix et les chœurs envoûtants et la rythmique nous ramène aux belles heures d’un groove presque charnel, le tout bercé par des mélodies irrésistibles. Les Espagnols atteignent ici à un sommet de leur art, et ce nouvel opus s’inscrit déjà parmi les meilleurs de l’année. Rencontre avec des musiciens qui ont une idée bien précise de leur musique et qui sont passés maîtres dans l’art de la capturer pour mieux la laisser respirer.

– « Light And Shadow » est votre sixième album et surtout, il marque l’arrivée à la guitare et à la composition de Max Erikson. Comment son intégration s’est-elle passée et explique-t-elle les trois ans depuis« The Reset », car vous nous aviez habitués à un rythme plus soutenu ?

L’arrivée de Max a évidemment apporté de nouvelles idées de composition. Par exemple, sur des morceaux comme « No Questions », largement inspiré de son idée personnelle, on perçoit un rythme et un style beaucoup plus rapides que ce que SATURNA proposait ces derniers temps. Et honnêtement, l’intégration s’est faite très naturellement. Il a été très actif, apportant de nouvelles idées, peaufinant celles que nous avions déjà et créant avec une énergie renouvelée en répétition. Il a également insufflé sa propre personnalité et son propre style aux anciens morceaux de notre setlist, composés avant son arrivée, et cela se ressent en concert notamment.

– Vous avez vous-mêmes enregistré ce nouvel album et confié le mix à votre batteur, Enric Verdaguer, ce qui est une première pour SATURNA. Est-ce que l’idée était de donner à « Light And Shadow » le son que vous recherchiez vraiment, à savoir un environnement très organique et une approche live ?

Ce n’est tout à fait pas la première fois qu’Enric mixe un album pour nous. Il l’avait déjà fait pour « Atlantis » et quelques autres titres pour des compilations. Ce changement de son est tout à fait intentionnel. Nous voulions nous éloigner du style de production de notre précédent album (« The Reset »), que nous adorons, mais qui impliquait beaucoup plus de préproduction, de nombreuses pistes, des samples et un montage poussé. Ici, nous voulions faire exactement l’inverse : de nombreuses prises complètes et sans coupure, un montage minimal et aucun sample.

Au lieu de trop lisser l’équalisation, nous voulions laisser chaque instrument respirer et conserver son timbre unique, loin de cette perfection moderne et lisse. Nous recherchions le son brut d’instruments jouant ensemble dans une même pièce, avec toutes leurs imperfections naturelles, leurs médiums un peu brouillés et leur résonance. L’objectif principal était de recréer au plus près le son de nos répétitions. C’est évidemment très différent des méthodes de production actuelles et cela ne plaira peut-être pas à tout le monde.

– Pour rester sur la production de l’album, vous avez confié sa distribution aux labels Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis. C’est assez inhabituel d’autant que vous le produisez. Comment s’organise un tel déploiement et qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Oui, même si nous avons géré l’enregistrement et le mixage nous-mêmes, des aspects comme le pressage physique et surtout la distribution, le marketing et les campagnes sur les réseaux sociaux, c’est-à-diretout ce qu’implique la sortie d’un album digne de ce nom, représentent une charge de travail bien trop importante pour que nous puissions la gérer seuls. C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants, notamment envers Spinda Records et Dani de Discos Macarras. Cette fois-ci, ils se sont associés à Ripple Music, ce qui nous permet d’être distribués également aux Etats-Unis. Je trouve qu’ils font un travail formidable avec les médias, les relations presse et le positionnement, ce que nous n’aurions jamais pu réaliser seuls.

– Revenons à « Light And Shadow » qui, comme le titre le laisse entendre, traite de plusieurs dualités à savoir les ténèbres et la lumière, la vie et la mort et l’amour et la haine. Pourtant, là on aurait pu s’attendre à des atmosphères assez sombres, vous avez surtout jouer sur les textures sonores et l’ensemble est très homogène et lumineux. Plus que le contraste musical, l’objectif a-t-il été de mettre en avant les émotions ?

Au final, un album moins produit respire davantage. En épurant les choses et en évitant les arrangements et les orchestrations superflus, on laisse la composition s’exprimer pleinement. On apprécie mieux chaque élément, le son de chaque instrument et les textures spécifiques recherchées, le tout enregistré en live avec des effets, capturant la dynamique naturelle, l’interprétation vocale et tous ces détails. Tout est plus perceptible ainsi. Au final, l’essentiel est de mettre en valeur l’émotion brute. Par exemple, le morceau « About You » a été enregistré entièrement par Jimmy, en une seule prise sur laquelle il joue de la guitare et chante dans sa chambre. On a envisagé de le réenregistrer, mais on a finalement décidé de garder cette prise live enregistrée chez lui pour l’album. Et c’est peut-être ce que tu voulais dire : ne pas rechercher la perfection. Jimmy a simplement chanté et enregistré sur le vif, en fonction de ce qu’il ressentait, et quand je l’écoute aujourd’hui, ça se ressent vraiment. Une version studio aurait peut-être sonné beaucoup mieux techniquement, mais elle n’aurait pas transmis la même émotion que cette prise.

– Parmi les ambiances qui traversent « Light And Shadow », on retrouve ce qui fait votre style, c’est-à-dire un mélange savamment dosé de Hard Rock classique, de proto-Metal et de Rock psychédélique. Forcément, l’ensemble sonne très 70’s, mais l’album est loin d’être déconnecté de notre époque. Comment faites-vous le pont ? Grâce à l’écriture ou à l’état d’esprit global de SATURNA, qui reste très ouvert ?

Ce qui est génial avec ce groupe, c’est qu’on n’est pas des puristes. En fait, s’enfermer dans un genre précis peut parfois avoir une connotation négative. On a l’impression de se brider et de s’empêcher d’explorer de nouvelles pistes. Pour nous, c’est tout le contraire. On laisse simplement s’exprimer toute la musique qu’on a écoutée, vécue et aimée, quand elle en a besoin. C’est peut-être pour ça que nos chansons touchent autant les gens. Certains auditeurs nous entendent et se disent : « Punaise, on dirait un groupe tout droit sorti des années 70 ! » tandis que d’autres, plus sensibles aux années 90, disent qu’on sonne Grunge, Stoner ou un truc du genre. Au final, l’’important est de faire la musique qu’on a envie de faire. Nos racines et nos influences finissent toujours par ressurgir naturellement. Après, c’est aux autres de coller des étiquettes et de décider de notre style, mais pour nous, c’est toujours profondément personnel.

– Il y a aussi une chose marquante sur ce nouvel album, c’est le travail sur les guitares, qui montre la belle complicité entre James et Max, que ce soit au niveau des riffs comme de l’intensité des solos. Est-ce justement sur cet aspect que vous avez porté vos efforts cette fois-ci ?

Au final, tout cela nous ramène à ce que nous disions précédemment. L’album n’étant pas surproduit, tout repose essentiellement sur la composition. A cet égard, Jimmy et Max, malgré leur immense talent de musiciens, jouent toujours au service de la chanson. Chaque morceau est méticuleusement structuré, que ce soit dansle jeu de chaque guitare pendant que l’autre joue autre chose, ou encore l’exécution d’un solo. Même un solo spectaculaire s’accompagne toujours d’une ligne mélodique, qui s’intègre parfaitement au morceau, faisant office de transition entre les différentes sections. Ce sont ces détails sur lesquels nous nous sommes vraiment concentrés et que nous avons travaillés avec acharnement, aussi bien en studio que sur scène, et je pense que c’est précisément ce que l’on remarque à l’écoute de cet album.

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot sur « About You » et « Opus One », qui sont tous les deux des titres acoustiques. Avez-vous conçu ces deux morceaux comme des sortes de respiration, au regard du reste de l’album ?

Honnêtement, au départ, ces chansons n’avaient pas d’autre but que de être simplement crées pour elles-mêmes, par besoin de transmettre quelque chose. Mais il est vrai qu’une fois l’album enregistré, après fait la même chose avec tous les morceaux que nous avions jusque-là, et surtout lorsqu’il faut faire un album avec une durée très limitée par face, on arrive à un moment où il faut établir la tracklist. C’est là qu’on réfléchit à la place de chaque chanson sur chaque face. Il faut que la durée soit plus ou moins la même sur les deux et il faut aussi éviter que la dynamique ne s’essouffle. Alors, à ce stade, on évite peut-être de placer deux chansons similaires trop près l’une de l’autre, tu vois ? On s’assure que tout s’enchaîne bien pour que l’album s’écoute d’une traite et que tout soit cohérent.

– Enfin, l’album s’achève avec « A Strange Mix Of Humans », qui est un texte de votre ami John Mann, illustrateur à Los Angeles. C’est un message qu’il vous a laissé et qui est d’une incroyable justesse et d’une grande profondeur. Il est d’ailleurs accompagné de la guitare classique de Mariano Rupil. Il résonne comme une sorte d’écho à une réflexion que peu ont dans l’industrie musicale actuelle. Dans quelle intention l’avez-vous intégré à « Light And Shadow » ?

Ce morceau est en fait un enregistrement vocal WhatsApp d’une conversation que Jimmy a eue avec lui. Si je me souviens bien, ils parlaient des Sex Pistols. Quand on l’a entendu, avec la voix de Johnny, son interprétation et ce qu’il a dit à ce moment-là, on s’est dit : « Il faut absolument que ce soit sur l’album ! » On a eu un moment la crainte que les gens pensent que c’était notre propre opinion et que ça sonne un peu… comment dire ?… un peu arrogant, voire prétentieux.

Mais au fond, je pense que c’est une opinion qui a toujours été présente dans l’Histoire de la musique. On peut former des super-groupes avec des membres incroyables dans leurs propres formations, mais ensuite, pour une raison ou une autre, quand ils forment ce nouveau groupe, ça ne marche pas. Ou on peut avoir d’excellents instrumentistes, mais quand on les réunit, ça ne donne pas de bonne musique. A l’inverse, parfois, quatre gars qui ne sont même pas particulièrement doués, ou qui, a priori, ne devraient pas travailler ensemble, finissent par faire de la super musique pour une raison inconnue. C’était simplement cette réflexion et nous l’avons adorée. Nous y avons ensuite ajouté l’accompagnement de guitare classique de Mariano. Au final, c’est tout simplement une idée qui nous plaisait beaucoup et nous trouvons qu’elle reflète bien la musique que nous écoutons.

Le nouvel album de SATURNA, « Light And Shadow », est disponible chez Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis.

Commande directe sur le site du label : www.discosmacarras.com

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Heavy Stoner Blues International

Child : electric church [Interview]

Si nul n’est prophète en son pays, CHILD en est peut-être l’exemple parfait. En effet, les Australiens sont signés sur le label italien Heavy Psych Sounds et avouent sans peine que l’Europe est plus à l’écoute et réceptive à leur musique. Résolument Blues, voire Soul dans l’esprit et dans l’approche, le trio se montre particulièrement abordable et affiche même un côté très familier. De fait, l’aspect Stoner n’est pas si prépondérant, malgré l’épaisseur des riffs et une batterie assez lourde et appuyée. Avec ce quatrième album, « Rebirth », le trio livre une vision très psychédélique aux notes bleues qu’il distille avec une conviction de chaque instant. De retour sur sa grande île, le guitariste et chanteur Mathias Northway revient sur cette récente escapade sur le vieux continent et, bien sûr, sur ce nouvel opus.

– Tout d’abord, un petit mot sur cette tournée européenne que vous venez de terminer. Est-ce que ça conserve toujours une saveur particulière de jouer si loin de l’Australie pour vous ?

Absolument ! Je crois même qu’on a donné plus de concerts en Europe qu’en Australie. C’est toujours un peu comme rentrer à la maison. Ça fait un moment qu’on fait ça et c’est toujours un plaisir de jouer devant le public européen, car l’accueil et la reconnaissance qu’on reçoit pour notre travail sont bien plus pertinents qu’en Australie.

– Justement, ce quatrième album est sorti en pleine tournée et donc loin de Melbourne. Quel effet cela te fait-il et quelque chose de spécial est-il prévu à votre retour ?

Je suis ravi simplement d’avoir un nouvel album et je pense déjà au cinquième, en fait. Sa sortie ne concerne finalement pas vraiment Melbourne. Notre label est italien et la plupart de nos fans sont hors d’Australie, c’était donc logique de cibler ce marché pour « Rebirth ».

– Parlons de « Rebirth » et de son titre aussi éloquent que significatif, qui n’est peut-être d’ailleurs pas si anodin. En quoi CHILD commence-t-il une nouvelle vie à tes yeux ?

Je ne vois pas de signification particulière à ce titre. Le départ de Michael (Lowe, batteur et l’un des membres fondateurs, – NDR) y a beaucoup contribué, c’est sûr. Ne plus pouvoir jouer avec mon meilleur ami et devoir adopter une nouvelle approche pourrait en effet symboliser la nouvelle vie dont tu parles.

– Par rapport à « Soul Murder », « Rebirth » est plus lourd et plus introspectif aussi. Il marque un certain changement de ton dans un ensemble également plus mid-tempo. Même si l’album reste très Blues, avez-vous voulu appuyer sur le côté Stoner et Heavy Rock de votre jeu cette fois ?

Honnêtement, je ne cherche pas à être quoi que ce soit. Je joue ce qui me semble juste. Je joue pour avoir mon propre son. Je ne cherche pas à rentrer dans une case ou un genre. Je joue ce que j’aime entendre et c’est ce qui constitue le son que j’apporte au groupe. Je ne force rien, je le ressens.

– A propos de Blues, l’Australie est souvent tiraillée entre le British Blues et sa source américaine. Cette dernière semble d’ailleurs avoir votre préférence. Et puis, il y a aussi des similitudes vocales assez évidentes avec Lenny Kravitz. Est-ce que les pionniers du genre restent la première référence chez CHILD ?

Je peux t’assurer que je n’essaie pas d’imiter Kravitz. Cela dit, je ne suis pas contre l’idée d’être aussi bien conservé que lui à 60 ans ! (Rires) Je pense qu’il est toujours important de rendre hommage aux pionniers. Ils ont fait de même pour les leurs, et ainsi de suite. C’est une forme de transmission, à mes yeux. Le Blues britannique a eu une influence considérable sur moi. En ce qui concerne la guitare électrique, je dirais qu’à l’exception de Buddy Guy, toutes mes influences ont un lien avec le Royaume-Uni. Hendrix en est un bon exemple, même s’il est américain… (Sourires)

– Par ailleurs, trois ans après « Soul Murder », on vous retrouve avec un album très resserré contenant six morceaux uniquement. Est-ce que vous aviez le désir d’aller à l’essentiel, d’être le plus efficace possible ?

J’ai opéré des changements importants dans ma vie, ce qui m’a permis d’être plus productif. L’album « Rebirth » a été écrit et enregistré en six mois environ, ce qui est extrêmement rapide pour nous. De plus, il ne nous restait que peu de temps avec notre batteur originel, Michael, nous devions donc faire vite. L’efficacité n’est pas innée chez moi. Je préfère prendre mon temps, mais quand il est compté, il faut trouver des solutions.

– Il y a sur « Rebirth » un fort contraste entre des compositions musicalement profondes et assez sombres et un chant très lumineux, presque Soul. Est-ce cette intensité qui fait finalement l’essence-même de CHILD ? C’est une force que l’on retrouve chez très peu de groupes…

C’est tout simplement ce qui me semble juste. Je fais ce que je fais. Il n’y a pas de formule magique, ça vient naturellement. Si ça me semble juste, c’est juste. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

– Enfin, j’aimerais que tu nous parles de cette fameuse ‘Electic Church’ à laquelle vous faites souvent allusion et que vous créez lors de vos concerts. Est-ce votre manière de consolider cette communion que vous entretenez avec le public et vos fans ?

Je crois que l’important, c’est de vivre ensemble une expérience profonde et, si possible, transcendante. Il faut que chaque concert soit unique. Je n’aime pas les groupes qui jouent sans conviction. Jouer sur scène ne doit pas être pris à la légère et son pouvoir ne doit pas être sous-estimé. Si on me donne un micro, je me donne à fond à chaque fois. Bien souvent, plus la scène est grande, plus il est difficile de créer un lien avec le public. Il faut donc être à la hauteur. C’est peut-être pour ça que j’utilise un ampli Marshall complet à chaque concert, quelle que soit la taille de la scène.

Le nouvel album de CHILD, « Rebirth », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

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Psychedelic Rock Rock 70's

Svindel : une ode chaleureuse

Assez nonchalant de prime abord, c’est avec beaucoup d’assurance que la formation nordique livre sa première réalisation et, tout en décontraction, propose un voyage aux saveurs vintage dans les méandres Psych du Rock 70’s. Une balade sincère et sans fioritures vers des sommets où le présent rejoint le passé dans une belle harmonie. L’ambiance est positive et les compositions rayonnent littéralement. Avec « Drömfeber », SVINDEL se façonne une avenir flamboyant sur de solides fondations.

SVINDEL

« Drömfeber »

(Ripple Music)

C’est une sensation de légèreté, de liberté et de joie qui émane de la première écoute de « Drömfeber », qui signifie « Fièvre Onirique » en suédois . Car l’une des particularités du trio est de s’exprimer dans sa langue maternelle, ce qui est assez rare pour être souligné. Si le parti-pris de SVINDEL peut surprendre, il est pourtant parfaitement en phase avec l’atmosphère et, passé le barrage linguistique, on se laisse vite séduire par cet univers psychédélique qui nous renvoie quelques décennies en arrière avec le sourire.

Depuis quatre ans maintenant, Jan Lindblad (guitare, chant), Johannes Braf (batterie) et Daniel Forsberg (basse) écument les scènes de leur pays, enflamment les radios locales et il n’en fallait pas plus pour que cela parvienne aux oreilles de Ripple Music. L’aspect brut de la musique de SVINDEL combiné à une infaillible authenticité libère un Rock efficace et mélodique, qui donne le sentiment que le combo survole son sujet, tant il sait se faire aérien. Il ne contente pas de se réapproprier le style, il est véritablement habité par son héritage.

Sans jouer de trop sur l’effet de puissance et en s’appuyant plutôt sur l’aspect planant du registre, les Scandinaves déploient une énergie lumineuse et inspirée. Les couleurs se détachent entre bien-être, rêverie et une douce mélancolie. SVINDEL a su se créer une identité originale, qui se nourrit aussi de touches jazzy avec quelques notes bluesy et funky bien senties. Le groove est constant, le chant clair et captivant et la guitare ne demande qu’on la suive (« Jupiterbarn », « Drömfeber »,  « Atlantide », « Chimar »). Convaincant !

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Desert Rock Heavy Stoner Doom

Holystone : apocalyptique

Le Desert/Stoner Doom des trois Australiens a de quoi étonner. Lourd et épais, le style se veut à dominante Metal, et pourtant quelques passages diffusent des ambiances plus alternatives et à l’empreinte 90’s. Avec des harmonies vocales très fortes, HOLYSTONE avance dans des reliefs changeants, sur des contrastes incroyables et avec une puissance phénoménale. N’éludant pas pour autant les mélodies, « Accepting Omega » brille par son originalité.

HOLYSTONE

« Accepting Omega »

(Independant)

Assez différent de « East Of The Sun, West Of The Moon » sorti il y a deux ans, « Accepting Omega » laisse apparaître un nouveau visage et élargit considérablement l’horizon musical de HOLYSTONE. Adepte d’un Heavy Desert Doom hypnotique, ce deuxième effort révèle un contenu assez surprenant. Bien sûr, le Metal domine, mais de nouvelles sonorités sont mises en évidence et cela ne doit rien au hasard. La formation de Brisbane dévoile des aspects plus Rock et même Grunge, qui viennent alléger certains morceaux dans leur substance et s’y fondent naturellement.

Si HOLYSTONE s’ouvre ainsi à d’autres registres moins Doom et pesants, c’est probablement du au fait que le trio a quitté son Australien natale pour les Etats-Unis pour y enregistrer « Accepting Omega ». Et pas n’importe où puisqu’une moitié de l’album a été réalisé à Seattle sous la houlette du producteur Jack Endino, connu pour son travail avec Soundgarden et Nirvana, soulignant l’aspect alternatif et grungy émergeant. Pour autant, l’univers immersif et captivant est toujours très prégnant et ces quelques respirations sont bienvenues et laissent aussi plus de place aux voix.

Car chez HOLYSTONE, elles sont deux et c’est un atout majeur. La bassiste Madison Morris et le guitariste Wolfe Peterson entremêlent leur chant et la complémentarité entre le féminin et le masculin rend saisissant leurs propos souvent sombres. A noter que l’autre partie d’« Accepting Omega » a été conçu avec Dave Catching au légendaire studio Rancho De La Luna à Joshua Tree, dans le désert de Mojave. Un lieu plus propice aux envolées Psych et aux fulgurances Doom que le combo distille dans un paysage aride, rythmé par Jonny Pickvance aux baguettes. Terrassant !

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Heavy Stoner Psych Stoner Metal

Shadow Of Jupiter : une puissance divine

Sur un socle très Southern, le Stoner de SHADOW OF JUPITER repose sur des fondations Old School, qui emprunte au Hard Rock comme au Heavy Metal. Véloce et ténébreux, ce premier album chez Ripple Music se veut rassembleur, à commencer par les courants à l’œuvre ici. Et si les références sont nombreuses, « Bones » sort du lot grâce à une justesse impressionnante, des guitares incisives, une rythmique lourde et un frontman habité par son propos. Une fraîcheur sortie tout droit des origines du genre et située aux confins du Metal.

SHADOW OF JUPITER

« Bones »

(Ripple Music)

Viscéralement underground, SHADOW OF JUPITER en possède toute la culture, mais n’en oublie pas pour autant de faire preuve de beaucoup de créativité. Pour preuve, une production massive et limpide aux services de morceaux, qui incarnent eux aussi l’esprit Stoner sous toutes ses formes. Entre Rock et Metal, le quatuor développe un Doom/Psych profond au relief saisissant et laisse respirer ce deuxième opus avec talent. Sombre et rageur, « Bones » explore de multiples atmosphères pour se faire captivant.

Depuis 2022, SHADOW OF JUPITER peaufine son style et son premier album, « Porta Coeli », sorti l’année suivante en indépendant, avait déjà posé les bases du Stoner où l’on retrouve aussi des éléments Psych et même légèrement bluesy. On doit d’ailleurs peut-être cette dernière composante au fait que le groupe ait un pied à Chicago, tandis que l’autre se situe dans le Nord-Ouest de l’Indiana. Et le mix entre proto-Doom et Metal, le tout marqué par l’empreinte de Clutch, est assez savoureux.

Guidé par la voix puissante et lointaine de John Piotrowski, les Américains distillent des riffs épais et tranchants, en multipliant les changements de tempos. Dès le morceau-titre, SHADOW OF JUPITER s’affirme avec force dans un crescendo démoniaque. Tout en substance et sur des tessitures grondantes, il poursuit son exploration avec une assurance imperturbable (« Ugly On The Inside », « Echo Chamber », « Rumblestrip », « Riot Dogs »). Malgré ses sept plages seulement, dont certaines s’étalent en longueur, « Bones » a de quoi rassasier les fans de Stoner.

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Classic Rock Psychedelic Rock

Gin Lady : magic trip

Avec ce premier opus live, les Suédois établissent une belle et solide connexion entre leurs terres nordiques et la chaleur espagnole. Dans une ambiance vintage, solaire et un brin expérimentale, GIN LADY présente le premier volume de « Toads & Diamonds » en laissant d’ailleurs penser qu’il y en aura d’autres. Original et virtuose, le Classic Rock très Psych des cinq musiciens prend toute sa dimension en concert en se faisant aussi instinctif que mélodique, grâce à une setlist très soignée.

GIN LADY

« Toads And Diamonds Volume One : Live In Spain »

(Ripple Music)

Pour qui apprécie l’époque, les années 60 et 70 ont quelque chose de réconfortant et de fascinant, et on ne parle pas ici de nostalgie, mais plutôt d’un son organique et chaleureux qui a sérieusement tendance à disparaître. C’est justement le credo choisi par GIN LADY qui œuvre dans un Classic Rock aux couleurs psychédéliques littéralement envoûtant. Avec déjà sept réalisations au compteur, dont « Before The Dawn Of Time » sorti l’an dernier, le groupe originaire du nord de la Suède s’est déjà taillé une solide réputation scénique.

Et c’est justement l’aspect live de sa musique que le quintet a souhaité partager avec « Toads And Diamonds Volume One : Live In Spain », enregistré l’hiver dernier lors de sa tournée ibérique. Et l’offrande est belle. Parfaitement captée, GIN LADY nous transporte au cœur de sa musique grâce à une production remarquable et un goût du détail prononcé. Très immersif, l’album brille par les prestations des deux guitaristes et les harmonies vocales à trois offrent un incroyable relief à des morceaux vraiment accrocheurs. Un régal.

D’une incroyable fluidité, le Rock de GIN LADY emporte le public dès « Call The Nation », suivi de « Mighty River » qui confirme que le voyage ne fait que commencer. Il s’agit un peu de ça, car la formation se laisse aller à de délicieuses improvisations sans perdre pour autant l’auditeur. Les morceaux ne s’étalent pas en longueur et respirent autant qu’ils entraînent comme le bluesy « Tingens Sanna Natur », le sudiste « I’m Your Friend », « Flower People » ou le génial et aérien « Brothers Of Canyon » qui clot ce magnifique live. Le quintet s’affirme vraiment sur scène.

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Desert Rock post-Rock

Yawning Balch : natural feeling

Après trois volumes qui ont laissé une empreinte forte dans le paysage Desert, Psych et post-Rock, place au quatrième et il reste dans la même veine. Avec quatre musiciens de ce calibre, YAWNING BALCH n’en est même plus à expérimenter un style, mais préfère plutôt combiner les inspirations à travers des sessions où les musiciens se confrontent autant qu’ils se complètent. Si le registre a déjà proposer ce genre d’exercice, on touche ici l’excellence. Le ciel est bleu, la température monte d’un cran et les accords s’échappent de la manière la plus naturelle qui soit.

YAWNING BALCH

« Volume Four »

(Heavy Psych Sounds)

Quand il n’est pas avec son groupe Fu Manchu, qu’il ne s’autorise pas une escapade avec Slower, Axemaster ou Big Scene Nowhere, Bob Balch retrouve ses amis de Yawning Man pour des jams aussi hallucinantes qu’hallucinatoires. Démarré en 2023, cette collaboration avec Gary Arce (guitare) Mario Lalli (basse) et Bill Stinson (batterie), tous regroupés sous l’emblème YAWNING BALCH, lui offre aussi l’occasion de satisfaire sa curiosité musicale à travers un Desert Rock psychédélique instrumental, où seules l’imagination et la créativité les guident et ont leur mot à dire.

Réunis dans le désert de Mojave en Californie, le quatuor a désormais pris ses marques et ses habitudes au Gatos Trail Studio de Joshua Tree, et la jam peut donc reprendre son cours. Pour ce « Volume Four », YAWNING BALCH utilise les mêmes recettes. Et cela se traduit par une sorte de laisser-aller onirique, immersif à souhait et où chaque musicien semble a priori dans sa bulle. Sauf que nos quatre experts sont hyper-connectés les uns aux autres et font corps pour un seul et même voyage. Aérien et insaisissable, leur jeu est d’une fluidité incroyable et d’une grande variété.

Comme précédemment, ce quatrième effort se déroule en deux actes de vingt minutes chacun. Ainsi, on se perd d’abord dans les méandres de la chaleur de « Pyramid Of Djoser » avant de plonger dans le très aride « Water Ritual ». Bien sûr, ce sont Gary Arce et Bob Balch qui donnent le ton et l’atmosphère de chaque titre, rivalisant chacun de prouesses pas forcément techniques, mais au service d’une ambiance générale, qui se veut au contraire une sorte de dialogue entre les deux guitaristes. YAWNING BALCH est une expérience musicale unique et presque nécessaire.

Retrouvez les chroniques des trois précédents volumes de l’odyssée YAWNING BALCH :

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Hard 70's Heavy Rock

Bong Voyage : excessivement jouissif

Les trois singles dévoilés avaient déjà donné le ton de l’album des Norvégiens. Entre un Hard Rock vintage et quelques textures plus Desert ou Stoner Rock, le mix paraît si naturel pour les cinq musiciens de BONG VOYAGE, qui manient joie et sarcasme avec une délicatesse d’une précision d’orfèvre. Pertinemment intitulé « Hedonistic Hard Rock », ce premier opus nous plonge dans une piscine de sérotonine, où l’on se laisse porter par de bienfaitrices effluves de Rock’n’Roll sur des paroles à la fois grinçantes et terriblement fun.

BONG VOYAGE

« Hedonistic Hard Rock »

(Ripple Music)

Le risque, à vouloir faire de l’humour dans le petit monde du Rock’n’Roll, est de tomber soit dans la caricature, ce qui peut vite devenir gênant, soit de faire dans la kermesse ce qui, à moins de l’assumer pleinement, vous réduit à jouer pour un public intellectuellement sous-alimenté ou bien trop alimenté en boisson ou autre. La frontière est donc assez mince, mais pas si difficile à suivre lorsque toutes les conditions sont réunies. BONG VOYAGE n’a donc pas ce genre de soucis, et parvient sans mal à décrocher les sourires comme entraîner les vrais amoureux et connaisseurs de Rock au sens large dans une savoureuse communion.

Car aux manettes de ce joyeux quintet, on retrouve des membres de Håndgemeng, Suncraft et Buskas, autant de groupes établis et reconnus, et dont les musiciens s’offrent ici une sorte de parenthèse ludique, un laps de décompression, une espèce de lâcher-prise presque salvatrice. Car chez BONG VOYAGE, ça joue et ça joue même très bien. Que ce soit les mélodies accrocheuses, les refrains moqueurs ou une musique variée et maîtrisée bien au-delà de la moyenne, l’élan musical proposé par les Norvégiens tient plus de la récréation et ses textes de la taquinerie. Ici, on joue sur une certaine finesse en proposant un « Hedonistic Hard Rock » réjouissant.

Ça groove, les riffs déroulent dans une insouciante légèreté portés par des chœurs et des solos d’une très grande justesse. Un état d’esprit qui est l’essence-même de BONG VOYAGE et il suffit d’écouter « Saturday Rite Special », « UFOria », « One Hundred Million Billion », « Enabler » ou « Wizard Of Oslo » pour s’en convaincre. BONG VOYAGE multiplie les clins d’oeil, joue sur des références à peine voilées aux monstres sacrés des années 70, 80 et 2000. Et la bonne humeur des Scandinaves se diffuse au fil des titres et quelques minutes suffisent pour être réellement conquis ! Dans une société assombrie où les bonnes nouvelles se font rares, celle-ci arrive à point nommé !

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The Lords Of Altamont : Rock’n’Roll royalty [Interview]

Depuis bientôt 30 ans, THE LORDS OF ALTAMONT mène une carrière sans concession et le sentiment de liberté qui se dégage de sa musique oscille entre fureur et joie, le tout dans un esprit débridé et loin de toutes conventions. Pourtant, le gang de Los Angeles ne se présente pas avec un Garage Punk aussi basique que sauvage, loin de là. En témoigne ce huitième album, « Forever Loaded », qui déferle comme un cri, une tornade sonore sortie directement des amplis, qui vient bousculer les bonnes manières et un establishment étouffant. Entre riffs appuyés très Punk et Garage, des effluves d’orgue très psychédéliques et un duo basse/batterie qui joue avec le feu du Rock’n’Roll, le quatuor continue ardemment à faire ce qu’il sait de faire de mieux : saccager les codes et les conventions. Entretien avec Jake Cavaliere, chanteur passionné et claviériste de ce combo hors-norme.

– Avant de parler de « Forever Loaded », vous allez bientôt arriver en France pour une série de 15 dates, ce qui est assez exceptionnel de nos jours pour un groupe américain. Quelle relation entretenez-vous avec vos fans français au point de donner autant de concerts ?

La France a toujours été, plus ou moins, le marché et le public numéro un des LORDS, depuis l’époque où nous étions chez Fargo Records au début des années 2000. Michel, chez Fargo, a investi beaucoup d’énergie pour nous faire connaître là-bas. Je pense que les tournées régulières au fil des ans y ont aussi contribué. J’adore les gens et les fans en France. C’est comme une deuxième maison. Quand un Français me dit qu’il aime quelque chose, je le crois. Pareil quand il ne l’aime pas ! (Rires) J’adore cette conviction, elle est authentique. Pour conclure, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande visibilité, et pourtant, elle a beaucoup de fans.

– D’ailleurs, pour en finir sur le sujet, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande exposition et pourtant, les fans ne manquent pas. Comment l’expliques–tu ? C’est encore et toujours le charme de l’underground ?

La France soutient le Rock’n’Roll ! Les gens repèrent facilement les contrefaçons, alors quand c’est authentique, ils adhèrent. Les LORDS ont eu de la chance, les gens sont restés avec nous, c’est comme s’ils faisaient partie de notre bande. J’ai personnellement eu l’occasion d’en rencontrer tellement au fil des ans. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose sans un bon voyage en France ! (Sourires) Je suis vraiment reconnaissant.

– Ce qu’il y a d’assez paradoxal chez THE LORDS OF ALTAMONT est que votre nom est synonyme pour beaucoup comme l’acte de décès du mouvement Hippie, suite aux douloureux incidents de ce festival en 1969. Or, l’un des instruments signature de votre style et de votre son est l’orgue qu’on pouvait retrouver dans beaucoup de formations psychédéliques de ces années-là. C’est un pied de nez de votre part, ou une sorte d’hommage déguisé ?

Ceci a été créé pour faire réfléchir. Ce jour mémorable, le festival d’Altamont, nous a changés à jamais : la musique, notre perspective, notre mode de vie. Il se passait tellement de choses, comme aujourd’hui d’ailleurs, les gens en avaient marre de cette ‘déroute’. Il fallait que ça change. Et la musique a évolué, c’est certain. Le message était clair : changez les choses, faites-vous entendre. Le mode de vie ‘standardisé’ des années 50 était mort. Trouver un boulot, acheter une maison, avoir des enfants, se reposer, mourir… Le modèle américain. Restez à votre place, sinon… Merde, on y est encore ! Et puis, je joue de l’orgue, parce que c’est l’instrument pour lequel j’ai été engagé dans mon premier groupe à 17 ans. Alors, ça m’est resté. Je suis un peu le ‘Sisyphe’ du Garage Punk ! (Rires) Je voulais lui redonner un peu de son intérêt. C’est marrant, l’orgue est probablement l’un des instruments les plus détestés du Rock’n’Roll, et pourtant j’en mets partout. Je pense qu’il peut avoir un impact considérable sur la musique s’il est utilisé avec goût. Ecoutez les albums des Sonics ! Aujourd’hui, Dani (Sindaco, guitare – NDR) est tellement bon guitariste qu’on n’a plus vraiment besoin de moi à l’orgue… Il me faut un point d’appui ! (Sourires)

– Décidément THE LORDS OF ALTAMONT n’est pas à un paradoxe près, puisque vous distillez un savoureux mélange de Punk, de Garage Rock et de Hard Rock. Ce sont des registres assez revendicatifs à leur façon, mais avec des origines très différentes. Est-ce que c’est finalement là que se situe l’essence-même du Rock’n’Roll, selon vous ?

Les LORDS font ce qu’ils font, et ça nous plaît. On espère que ça plaira à d’autres aussi ! (Sourires) Quand je regarde ma collection de disques, il n’y a pas qu’un seul style. Il y a tellement de créations à découvrir, tellement de façons différentes d’aborder la musique. Oui, THE LORDS est un groupe Garage, mais on est entourés d’une multitude d’influences. Je suis un passionné de musique, mon seul but est de créer et de recréer ce que j’aime tant. Au regard de notre huitième album, j’ai le sentiment qu’on a évolué tout en gardant nos racines classiques. Si on avait grandi dans les années 60, on aurait probablement été influencés par les Beatles et Chuck Berry. On a maintenant accès à toute la musique qui a été créée. On peut se replonger dans l’Histoire du Rock’n’Roll et choisir nos influences. On est en 2026, on a tout et ça continue de cartonner. De la super musique est créée en permanence. La musique n’est pas seulement contrôlée par les costards-cravates des grandes maisons de disques, c’est nous qui la contrôlons. C’est Punk à mort ! (Rires) On reprend les commandes et on mélange tout ! Jouez de tous les styles et donnez-vous à fond ! (Sourires)

– La pochette de « Forever Loaded » fait bien sûr directement référence au monde des motards, dont vous êtes et il y a aussi cette emblématique image qui rappelle l’As de pic, cher aussi à un certain Lemmy. Et c’est vrai qu’à l’évidence vos univers sont très proches. Est-ce un clin d’œil, ou y a-t-il autre chose derrière ce visuel ?

(Rires) La pochette de l’album a été un vrai défi pour Alex Hagen (leader du groupe Ravagers – NDR) et moi. Comme c’était notre huitième album, je voulais rendre hommage à l’un de mes albums préférés : « Let It Bleed » des Rolling Stones. Alex et moi avons longuement discuté des modifications sur le design jusqu’à ce qu’on y voie « LORDS ». Au début, j’hésitais à utiliser un casque sur la pochette, car pour moi, c’est un symbole de sécurité ! Or, on n’est pas en sécurité ! (Rires) J’ai peint un vieux casque de moto Bell et je me suis dit : « Merde, les pilotes de flat track portent des casques, et ils sont sacrément dangereux ! » Des motos sans freins, carrément ! (Sourires) L’As de pique (Lemmy RIP) est la carte de la mort et c’est aussi le logo au dos de nos vinyles. ‘DFFL’ (patch de biker signifiant « Dope pour toujours, toujours chargé » – NDR) me trottait dans la tête depuis toujours. C’était même inscrit sur la peau de notre batterie une époque. Parfois, les gens se demandent : « Mais qu’est-ce qu’ils racontent, ces gars-là ? » On parlait toujours en code, etc… Oui, tout cela remonte à la culture motarde des années 60 et 70.

– Ce nouvel album est aussi fiévreux qu’organique et son titre indique clairement que vous êtes perpétuellement au taquet. Contrairement à pas mal de groupes actuels, THE LORDS OF ALTAMONT ne risque donc pas de tomber en panne de batterie, comme l’indique le titre de l’album ?

(Rires) J’adore ta description. Depuis que l’album est sorti, on tourne comme des fous ! J’ai essayé de lever un peu le pied l’année dernière. Des hauts et des bas, avec quelques petits soucis de santé, m’ont fait croire que la meilleure chose à faire était d’arrêter. Je ne sais pas à quoi je pensais, ça n’aurait probablement fait qu’empirer les choses. Les problèmes de santé semblent être sous contrôle. Je me dis souvent que le Rock’n’Roll est un monde de jeunes, et que je devrais me retirer. Tant pis, il y a de la place pour tout le monde. Que le Rock continue ! (Sourires)

– Même si « Forever Loaded » a toujours une saveur assez 70’s, il est d’une énergie très contemporaine. Comment parvenez-vous à actualiser un style qui paraît dès le départ hors du temps ? Il demeure toujours cet aspect à la fois primitif et terriblement moderne…

Je n’y avais jamais vraiment pensé comme ça. Je crois que Dani et moi combinons nos idées, Barry (Van Esbroek, batterie – NDR) et Rob (Zimmermann, basse – NDR) contribuent par leur touche personnelle sur chaque morceau. Je dirais que je penche plutôt vers le Garage/Psychédélique, et Dani apporte des riffs plus Rock’n’Roll. Il y a un équilibre entre nous tous. Cela crée un Rock particulier, très influencé par le Garage Punk. J’adore le fait que chaque membre de ce groupe soit extrêmement unique, tant par son talent musical que par sa personnalité. Ils peuvent littéralement tout jouer, et le faire putain de bien ! (Sourires) En ce qui concerne l’enregistrement, nous essayons d’obtenir la meilleure qualité possible. Nous avons travaillé avec trois studios d’enregistrement différents. Paul Roessler (Ki En Robot, Los Angeles), Evan Foster (No Count Records/Studio Sea Le), et Sylvia (Studio Moskou, Utrecht). Et le mixage a finalement été réalisé chez Evan, où il garde tout en analogique vintage jusqu’au mix final.

– S’il y a toujours cette atmosphère très Garage, la production de l’album reste soignée et très équilibrée. Quant à l’instrumentation, elle est loin d’être aussi basique qu’elle n’en a l’air. Finalement, où se situe votre public, et parvenez-vous à fédérer la nouvelle génération, ce qui serait presque un acte de salubrité publique ?

(Rires) Nous sommes des serviteurs du Rock’n’Roll ! Nous faisons des albums parce que nous sommes des fans. Nous jouons en live parce que nous sommes des fans. C’est un immense honneur d’avoir l’opportunité de jouer et de rencontrer des gens qui partagent la même passion pour la musique que nous. Le Garage Rock/Punk a considérablement élargi son champ d’action au fil des ans. Quand j’étais gamin, si ça ne sonnait pas exactement comme en 1966, avec des guitares Vox saturées à bloc et un orgue Vox Connetal qui grésille… trois accords peut-être, tu étais un imposteur. La scène Glam Rock était tellement omniprésente à Los Angeles, c’en était presque agaçant… excessif. Les chemises à motifs cachemire et les guitares Vox avaient leur propre sous-culture. Mais maintenant, avec le streaming et l’’accès à absolument tout, le Garage s’est fondu dans tellement d’autres scènes. Un excellent exemple de crossover à l’époque, c’est Stiv Bators : du Punk Rock pur et dur, un peu Pop, un peu Goth et beaucoup Garage Punk. Les Cramps en sont un autre exemple. Aujourd’hui, Ty Seagull, The Killing Floors et The Mystery Lights mélangent les genres avec brio. J’ai le sentiment que les LORDS ont tracé la voie que nous suivons encore aujourd’hui. L’évolution s’est construite sur 27 ans de carrière avec plusieurs changements de formation, et nous a menés là où nous sommes maintenant. Un soupçon de Stiv et un zeste de 13th Floor Elevators, le tout baignant dans une cuve de LSD ! (Rires)

– Votre détermination et cette incroyable débauche d’énergie qui se diffusent sur tout l’album ne laissent aucun doute sur votre démarche, qui est toujours très liée aux bikers, bien sûr, et aussi à divers excès. Justement, où se trouve la place de THE LORDS OF ALTAMONT dans le monde actuel et dans une société qui manque plus que jamais de repères ? Vous êtes un phare dans la nuit ?

On veut être libres ! On veut être libres de faire ce qu’on veut. On veut être libres de rouler ! On veut être libres de rouler sur nos machines sans se faire embêter par les autorités. Et on veut se défoncer. Bref, on veut passer un bon moment. DFFL ! (Rires)

– Enfin, on imagine évidemment qu’il y a pas une once de numérique sur ce nouvel album, ou alors c’est très bien caché. Comment et dans quelles conditions l’avez-vous enregistré ? Vous êtes restés sur un fonctionnement à l’ancienne ?

Nous devons vraiment le son de l’album aux ingénieurs du son. Le mixage final avec Evan a été une expérience formidable. Auparavant, il avait mixé un album des Bomboras, mon ancien groupe de surf, dont le son évoquait les studios Capitol Records de 1962. Cela dit, nous savions que nous étions entre de bonnes mains avec lui. Evan et Paul Roessler s’investissent dans les enregistrements comme s’ils étaient membres du groupe. Et j’apprécie vraiment leur attention et leur perspicacité. L’enregistrement est vraiment une épreuve pour moi. Alors quand un ingénieur du son/producteur parvient à me mettre à l’aise, je me sens vraiment capable de faire mon travail ! (Sourires)

Le nouvel album de LORDS OF ALTAMONT, « Forever Loaded », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Photo : Jessica Calvo (4)

Toutes les dates de la tournée française du groupe sont à retrouver sur son site : www.lordsofaltamont.com

Retrouvez aussi la chronique de «  Tune In, Turn On, Electrify ! » :


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Hard Rock Heavy Stoner Rock

Masheena : survitaminé

Intense et d’une fraîcheur joyeuse, MASHEENA enchaîne avec un deuxième opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du premier. Malgré une refonte en interne, le cap est maintenu entre un Heavy Stoner Rock ravageur et un Hard Rock solidement ancré dans les origines du style. Une fusion d’une densité incroyable qui libère une énergie porté par un Fuzz scotchant arrivé à maturité. « Let The Spiders In » est puissant, créatif et totalement addictif.

MASHEENA

« Let The Spiders In »

(Majestic Mountain Records/Ripple Music)

Malgré un line-up renouvelé de moitié, les intentions de la formation de Bergen ne semblent pas avoir énormément changé. Avec les renforts des multi-instrumentistes Martin Holmes et Tarjel A. Heggerness, Luis-Alberto et Bård Nordvick ont donc trouvé de solides compagnons de route et donnent une suite explosive au génial « West Coast Hard Rock », sorti en 2023. Avec beaucoup de savoir-faire et d’inspiration, MASHEENA a encore peaufiné son Stoner Rock mâtiné de Hard Rock et de quelques teintes solaires, empruntées à la Soul et au Blues.

Pour « Let The Spiders In », le quatuor a quitté sa Norvège pour les paysages arides d’Austin au Texas. Comme pour le premier album, c’est le producteur de renom Machine (Clutch, Lamb Of God, King Crimson), qui s’est chargé de l’enregistrement et du mix, ce qui offre une belle continuité à la démarche si originale de MASHEENA. Plus varié qu’auparavant, d’autres registres sont aussi abordés avec un naturel déconcertant. Outre le côté très scandinave de l’ensemble dans le son, quelques touches bluesy font donc leur apparition.

Sans doute est-ce atmosphère du sud américain, car ces morceaux sont littéralement lumineux. Bien sûr, le Stoner Hard Rock de MASHEENA est toujours aussi brut et massif, mais il a aussi gagné en vélocité et affiche une certaine légèreté et surtout une joie communicative. Gorgé de refrains entêtants, de mélodies accrocheuses et de riffs incisifs, « Let The Spiders In » brille aussi par son groove si organique et un songwriting d’une redoutable efficacité (« Been Waiting », « One Eye », « Sara Lost Her Way », « Don’t Tell Her », « You Owe Me »). Vivifiant !

Photo : El Profesor

Retrouvez la chronique du premier album, « West Coast Hard Rock » :