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Hard Rock International

Hardbone : electrifying [Interview]

Sorti il y a quelques semaines, ce sixième album vient clarifier les choses et surtout confirmer que la formation de Hambourg n’est pas prête de se plier aux diktats des modes et des courants musicaux, qui semblent désormais évoluer au gré de l’humeur des réseaux et des plateformes. HARDBONE respire et vit pour le Rock’n’Roll et son indémodable Hard Rock rassure quant à la très bonne santé du genre. Il faut dire aussi que le style initié par quelques Australiens entrés dans la légende a longtemps été leur chasse gardée. Mais il en fallait beaucoup plus pour décourager des Allemands inspirés et remontés, mais aussi joyeux et littéralement électrisés. Et cela fait 20 ans que ça dure ! Avec « Hardbeat », le quintet va puiser au cœur de son jeu en y insufflant modernité, explosivité et savoir-faire. La rythmique bastonne, les riffs tranchent, les solos s’enflamment et Tim Dammann mène sa troupe avec enthousiasme et une énergie toujours très positive. Le frontman revient sur la démarche de son groupe, ses envies et surtout la musique qu’il incarne… sans détour.

– En 20 ans d’existence, le sentiment que donne ce sixième album est que HARDBONE est parvenu à parfaitement concentrer la quintessence-même de son jeu sur « Hardbeat ». Est-ce que c’est pour cette raison, notamment, qu’il vous a fallu six ans après la sortie de « No Fills » ?

Tout d’abord, merci de l’avoir formulé ainsi. La raison principale de ces six années est bien sûr le Covid. Nous avions de nombreux projets après la sortie de « No Frills » en 2020, mais pratiquement aucun ne s’est concrétisé. Nous avons donc dû reconstruire notre projet pendant les premières années suivant la pandémie. Nous avons ensuite tourné avec « No Frills » jusqu’en 2024, date à laquelle nous avons décidé qu’il était temps d’en faire un autre.

– Ce qui est aussi remarquable, c’est que vous n’avez jamais dévié de votre trajectoire. Mieux, vous avez affirmé votre style, qui est d’ailleurs désormais très identifiable. Y a-t-il eu des moments de doute quand même, compte tenu notamment de l’émergence de nombreux styles ?

Non, jamais. Ce genre de musique existe au moins depuis les années 70, même s’il est né dans les années 50. Pourquoi en douter ? Nous n’avons jamais voulu changer le style du groupe. Nous aimons toujours explorer de nouveaux horizons, certes. Mais nous restons fidèles à notre style, car c’est ce que nous aimons et ce que nous faisons de mieux ! (Sourires)

– Une dernière question avant de parler de « Hardbeat ». Il fut un temps pas si lointain où l’on qualifiait les groupes comme HARDBONE, et même Airbourne, comme du sous-AC/DC. Il semblerait que ce soit enfin terminé et que tout le monde a compris que le Rock’n’Roll, façon Hard Rock, n’était pas l’exclusivité des Australiens. Est-ce quelque chose que vous avez aussi ressenti  ces dernières années ?

Constamment. On a essuyé tellement de critiques du genre ‘on plagie nos groupes’, etc… Mais bon, c’est le moyen le plus simple de décrire notre son aux nouveaux auditeurs : ‘ça sonne un peu comme AC/DC’. Et oui, Airbourne, en particulier, a ouvert la voie à des groupes qui jouent une musique similaire. Ils ont fait découvrir le Rock’n’Roll Old School à tout un tas de nouveaux auditeurs qui ont ensuite découvert tous les autres groupes, et même nous ! (Rires)

– On l’a dit, je trouve que « Hardbeat » représente un sommet dans votre discographie. Quelle était l’ambition de départ ? D’être le plus efficace possible ? De trancher dans le vif ?

Notre ambition était de créer le meilleur album possible. De prendre un maximum de plaisir à écrire, enregistrer et jouer ces nouveaux morceaux. Surtout après l’arrivée de Luca (Rosnau, guitare – NDR) dans le groupe, nous savions que nous voulions insuffler cette nouvelle énergie, son regard neuf et sa folie douce dans nos nouvelles chansons. Après six ans à jouer quasiment les mêmes morceaux, nous étions impatients d’avoir de nouveaux titres pour nos concerts. Et pour l’instant, on trouve que ça a plutôt bien fonctionné ! (Sourires)

– Il y a également une sensation qui revient à chaque album, c’est cet esprit live, immédiat et avec des chansons véritablement taillées pour la scène. Est-ce le ressenti du public en concert et sa réaction qui vous importent le plus, plutôt que de chercher la complexité dans la structure de vos morceaux, par exemple ?

Oui, je crois que le plus important pour nous, c’est de jouer en live. Voir le public devant la scène s’éclater, parfois devoir convaincre un nouveau public, rencontrer les gens après les concerts… Tout ça, c’est ce qui nous motive. On adore le contact avec les gens, découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles villes et rencontrer de nouvelles personnes. Quand on écrit nos chansons, on veut qu’elles nous fassent du bien, à nous et à nos fans, qu’elles nous donnent confiance. Pas besoin de chansons compliquées. Du moment qu’elles sont bonnes et entraînantes, pas besoin de se compliquer la vie. Vous voulez du Rock’n’Roll ? Alors, vous allez en avoir ! (Rires)

– La thématique de vos chansons sur « Hardbeat » tourne essentiellement autour du Rock’n’Roll, de son style de vie, comme de son état d’esprit. Y voyez-vous un sujet intarissable, ou plutôt une façon de ne pas succomber à la morosité d’une société et d’un monde devenus très instables et anxiogènes ?

(Rires) Oui, depuis 60 ans, c’est plus ou moins une source inépuisable ! Mais il y a toujours moyen de la moderniser, de l’adapter à l’air du temps. Bien sûr, on a toujours des chansons qui parlent de faire la fête entre potes, d’être un vrai rockeur coûte que coûte, ou de l’admiration pour une belle femme, etc. MAIS il y a aussi des chansons qui parlent de ne pas se décevoir soi-même, ni les autres, de rester unis et de lutter contre les méchants, etc… Il n’y a rien de mal à encourager les gens tout en restant Rock’n’Roll ! (Sourires)

– Si « Hardbeat » présente une unité musicale solide, en y regardant de plus près, les ambiances comme les tempos sont très variés. Avez-vous une manière précise d’établir vos tracklists, ou est-ce surtout une question de feeling ?

Je pense que c’est plutôt la deuxième option. En général, les chansons commencent par un riff ou l’idée d’un refrain accrocheur. On travaille dessus et si ça donne une bonne chanson, on la garde et on la développe. Sinon, elle retourne aux archives. On veut que nos disques soient remplis de bonnes chansons, peu importe le tempo, le thème ou le style.

– Enfin, quel regard portez-vous sur la scène actuelle Hard Rock et plus largement Metal ? Le fait que HARDBONE évolue dans un style si intemporel vous laisse encore de belles années, non ? Loin des courants et des modes…

(Rires) Espérons-le, mon pote ! En tout cas, le Hard Rock et le Metal semblent se porter à merveille en ce moment. Tous les grands groupes comme AC/DC, Metallica, Judas Priest, etc… jouent sans arrêt et rappellent à tout le monde que la musique artisanale, c’est du lourd ! (Sourires) Pour l’avenir, on verra bien. Partir en tournée devient de plus en plus compliqué, les prix de presque tout s’envolent, y compris celui des billets. Même les petits concerts deviennent inabordables pour les fans et les groupes. Mais j’espère que les fans de Rock et de Metal continueront d’aller aux concerts et de soutenir les groupes, car ce genre de musique a besoin de l’énergie et de l’ambiance des concerts. Et je suis presque sûr que ça ne changera pas de sitôt ! (Sourires)

Le nouvel album de HARDBONE, « Hardbeat », est disponible chez Massacre Records.

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Blues Rock Heavy Blues

Eric Johanson : un savoureux bourbier

Compositeur affûté, redoutable joueur de slide et chanteur assuré, ERIC JOHANSON a accompagné de grands noms du Blues avant de prendre son envol en solo, il y a une dizaine d’années. Homme de scène s’il en est (il compte déjà deux albums live à son actif), il revient aujourd’hui avec un cinquième opus sur lequel il est pleinement aux commandes. Avec « The Open Bayou », il rend hommage à ses racines dans un Blues Rock marécageux à souhait, où son sens du riff et la sensibilité de ses solos prennent vraiment de la hauteur. Un sans-faute !

ERIC JOHANSON

« The Open Bayou »

(Levee Ward Records)

Le musicien de la Nouvelle Orléans a décidé de voler de ses propres ailes et a quitté son label Ruf Records pour créer le sien. C’est donc sous la bannière de Levee Ward Records qu’ERIC JOHANSON sort son cinquième album studio. « The Open Bayou » donne même l’impression qu’il s’exprime en toute liberté, comme lesté d’un poids. Pourtant, ses dernières réalisations étaient loin de manquer de fraîcheur ou d’audace. Mais celui -ci dégage une saveur particulière et son titre en dit d’ailleurs déjà beaucoup sur son état d’esprit et ses intentions.

Produit par ses soins en collaboration avec Bill Skibbe, connu pour son travail avec Jack White notamment, « The Open Bayou » est probablement le disque qui lui ressemble le plus, tant il met en lumière l’atmosphère de sa Louisiane. Accompagné par son groupe de scène, à savoir Will Repholz à la basse et Jake Gartenstein à la batterie, ERIC JOHANSON est en territoire connu et son Blues Rock prend un relief incroyable. Puissant et électrisant, il est gorgé d’un fuzz chaleureux qui flirte avec le Stoner et le Heavy Blues. Et l’exploration va bien plus loin encore.

Toujours aussi virtuose, le guitariste semble faire une sorte d’inventaire de ses influences les plus profondes. Bien sûr, les bases de « The Open Bayou » repose sur un Blues Rock traditionnel, mais il est teinté de bien d’autres couleurs. Très Country sur « Alligator Smile », langoureux sur « Still I Move » ou plus sombre sur « What Makes You Real », ERIC JOHANSON est à son aise, convaincant dans tous les registres et il atteint des sommets de spontanéité et d’excellence (« Till the Sun Swallows The Earth », « The Open Bayou », « Lay Your Trouble », « Castaway »). Somptueux !

Retrouvez l’interview d’ERIC JOHANSON l’an dernier à l’occasion de la sortie de « Live In Mississippi »…

… Et la chronique de son album « The Deep And The Dirty », ainsi que celle de Blues Caravan 2024 à laquelle il participe :

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Contemporary Blues

Bernard Allison : love is all

Depuis ses débuts, le Blues Rock de BERNARD ALLISON est synonyme de communion et de transmission aussi d’une certaine manière, puisqu’il est lui-même détenteur d’un héritage conséquent. S’il n’a jamais cherché à cacher la filiation directe et naturelle avec celle de son père, embrassant lui-même un registre assez proche, il s’est rapidement émancipé au point de devenir une référence pour la nouvelle génération. Avec « Loving You », il exprime sa passion pour cette musique dans ce qu’elle de plus contemporaine et avec la classe qu’on lui connaît.

BERNARD ALLISON

« Loving You »

(Ruf Records)

Sorti depuis longtemps de l’ombre de sa légende de père, le grand Luther, BERNARD ALLISON mène une belle carrière, peut-être trop discrète et pas suffisamment reconnue, mais en tous points exemplaire. Guitariste virtuose et chanteur investi, l’Américain est l’auteur d’une bonne vingtaine d’albums et le fait d’avoir des racines à Chicago comme en Europe lui confère une touche et un son très identifiables. Bien sûr, l’influence paternelle est là, tout comme son admiration pour SRV et Johnny Winter, mais son Blues est unique et toujours très enjoué.

L’une des caractéristiques de BERNARD ALLISON est aussi son plaisir à partager sa musique et surtout à la jouer. Et cela s’entend ! C’est tellement palpable que cela en est communicatif. Avec « Loving You », il fait probablement sa plus belle déclaration à ses proches, mais aussi à ses amis musiciens. Et parmi eux, on retrouve les six-cordistes Larry McCray, Devon Allman et Matthew Curry. Un vrai feu d’artifice bâti sur un Blues traditionnel, qui se pare au fil de l’album de couleurs funky, Rock et R&B. L’alliance est majestueuse, d’autant que l’ensemble est brillamment interprété.

Dans cette belle réunion figurent aussi la violoncelliste Heather Hardy, le pianiste Victor Wainright, ainsi que sa nièce et son neveu Lyndrey et Jasper aux chœurs. Et avec Stephen Johnson à la guitare rythmique, co-auteur de cinq titres, Sam Butt Jr III derrière les fûts, Eric Roberts aux claviers et George Moye à la basse, BERNARD ALLISON ne pouvait rêver mieux ! Limpide et si naturel, son Blues est à la fois familier et plein de surprises (« Left Me With My Guitar », « Time Traveler », « Rock’n’Roll Hoochie Koo » de Rick Derringer, « Blues Thang » et le morceau-titre). Un régal !

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Southern Blues Rock

Warren Haynes : orchestral Blues

Le temps que l’orchestre s’accorde et c’est une salve d’applaudissements qui accueille le héro local et son groupe. Ils étaient plusieurs dizaines sur scène ces deux soirs-là, il y a sept ans, pour accompagner WARREN HAYNES dans l’une de ses plus aventureuses performances. Et comme par magie, le Blues et le Southern Rock de cette légende se sont parés de notes symphoniques pour prendre encore plus d’ampleur et de volume, tout en ne s’éloignant pas d’un accord de ses racines. Tout simplement exceptionnel !

WARREN HAYNES

« Dreams & Songs : A Symphonic Journey »

(Artone Label Group/Provogue)

WARREN HAYNES est aussi créatif qu’il aime les défis. Et c’est dans sa ville natale d’Asheville en Caroline du Nord, là où tout a commencé et où il est venu applaudir d’autres dans sa jeunesse, qu’il avait posé ses guitares le temps de deux soirées mémorables en 2019. Le Thomas Wolfe Auditorium avait vibré à l’unisson grâce à ce grand bluesman, bien sûr, mais aussi aux 64 musiciens composant l’incroyable Asheville Symphony Orchestra. Et ceux qui l’accompagnent étaient sur la même longueur d’onde pour parcourir trois décennies d’une carrière époustouflante.

En effet, l’objectif de WARREN HAYNES était plutôt ambitieux, mais très largement à sa portée, si l’on en juge par le résultat. Ainsi, de Grateful Dead au Allman Brothers Band, en passant par Gov’t Mule bien sûr, sa carrière solo et quelques reprises auxquelles ils avaient participé, c’est tout un pan du Southern Rock et du Blues qui rayonne sur les 16 morceaux de ce « Dreams & Songs : A Symphonic Journey ». Orchestral sans être pompeux, ce nouvel album live se distingue aussi par les prouesses du grand Bob Clearmountain, dont le mix est magistral.

Comme toujours avec WARREN HAYNES, l’ensemble donne l’impression d’une vaste improvisation, tant il est surprenant et fluide. Pourtant, derrière ce feeling de chaque instant, se cache une précision d’orfèvre rendue possible après des heures de répétitions et un travail minutieux sur les arrangements. Ovationné titre après titre dans une ambiance chaleureuse, le citoyen d’Asheville effectue un retour aux sources encore et toujours virtuose (« Banks Of The Deep End », « Spots Of Time », « Broken Promised Land », « Just Another Rider », « Whipping Post »). Magistral !

Photo : David Simchock

Retrouvez l’interview de WARREN HAYNES à l’occasion de la sortie de « Million Voices Whisper » et la chronique de l’album…

… Et les chroniques des derniers albums de GOV’T MULE :

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Blues Rock Southern Blues Rock

Jovin Webb : bayou’s calling

Songwriter affûté et frontman assuré, le musicien de Baton Rouge donne déjà une suite à « Drifter » et fait par la même occasion taire tous ceux qui pensaient qu’il ne s’agissait que d’un feu de paille. Avec un producteur d’exception à ses côtés, JOVIN WEBB libère ses propres sentiments sur un « Son Of A Sinner » qu’il vit sur chaque note. Tout en mouvement, il fait également résonner son harmonica avec justesse et pose ainsi un pied dans la cour des grands.

JOVIN WEBB

« Son Of A Sinner »

(Blind Pig Records)

Tout juste deux ans après être apparu avec « Drifter » où il s’est révélé être un véritable bluesman, JOVIN WEBB nous revient avec la même fraîcheur et la même sincérité. Il avait laissé une forte impression sur un premier album déjà très abouti. Et pour continuer sur sa belle lancée, c’est à nouveau Tom Hambridge qui est aux manettes et derrière les fûts. L’incontournable producteur, connu pour ses collaborations avec Buddy Guy, Joe Bonamassa, Susan Tedeschi, Kingfish, Ally Venable, Devon Allman et tant d’autres, y va même de ses propres compositions.

En effet, ce dernier cosigne avec Richard Fleming le très relevé morceau d’ouverture, « Gunlead & Lead », « Pull’Em In » et « These Boots » rejoint sur cette dernière par un JOVIN WEBB très convaincant. C’est d’ailleurs lui qui signe le reste de « Son Of A Sinner », avant de s’offrir une belle reprise de Gregg Allman pour clore ce deuxième chapitre (« Whipping Post »). Et l’ensemble est d’ailleurs d’une grande variété, car le natif de Louisiane a baigné dans le Blues bien sûr, le Rock, le Gospel, la Soul et le Southern Rock. Un savoureux et très complémentaire mélange.

Très bien entouré par Kenny Greenberg (guitare), Mike Rojas (claviers), Tommy MacDonald (basse) et donc Tom Hambridge (batterie), JOVIN WEBB livre une prestation vocale à la fois puissante et touchante. Porté par des textes sensibles et personnels, le chanteur semble littéralement habité par les chansons de « Son Of A Sinner » auxquelles il apporte beaucoup d’émotion (« Pray For Me », « Every Time I Roll A Dice » composée par Max Barnes et Troy Seals, « When I’m Gone », « It’s Alright »). Une performance de haut vol et la confirmation d’un grand talent.

Photo : J.B. Lawrence

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Blues

Keb’ Mo’ : un regard inspiré

Très épuré dans la forme, KEB’ MO’ a réduit à l’essentiel son Blues si reconnaissable. Presque seul aux commandes, il nous conduit avec « The Breakdown » dans un écrin d’une grande sérénité. Très lumineux malgré la simplicité affichée, le songwriter se met presque à nu pour présenter sa vérité. Avec sagesse et sérénité, il capte ici l’attention comme rarement avec la classe qu’on lui connaît, et les prises de son et le mix sont d’une sobriété qui les rend étincelants. Les difficultés de la vie mènent parfois à de très belles choses, lorsqu’elles sont si bien mises en musique.

KEB’ MO’

« The Breakdown »

(Concord Records/Universal Music)

On a l’habitude de dire que le Blues est un concentré d’expériences vécues, qu’on y raconte des tranches de vie et des états d’âme et que c’est essentiellement de cela qu’il se nourrit. Avec ce nouvel album de KEB’ MO’ va encore plus loin, puisque les circonstances qui ont vu naître « The Breakdown » sont un peu hors-norme et surtout véridiques. En effet, le bluesman a composé ces nouvelles chansons après une période qui l’a bouleversé intimement. Ayant subi une opération à cœur ouvert qui l’a sauvé, mis fin à 20 ans de mariage et affronté d’autres profondes épreuves, le chanteur aurait pu tirer sa révérence… mais ce serait bien mal le connaître.

Alors, forcément « The Breakdown » a une saveur toute particulière et surtout une atmosphère que l’on a peu souvent l’habitude de rencontrer chez KEB’ MO’. L’ensemble est acoustique, de bout en bout, et seul à la guitare et au chant, il se dégage même à la première écoute une impression d’infinie tristesse. Mais c’est sans compter sur le Californien qui parvient à renverser la vapeur, dès lors qu’on se penche un peu sur les textes. La souffrance et le vague à l’âme ont leur place, bien sûr, mais il émerge également une touche d’espoir et d’envie de poursuivre l’aventure comme si de rien n’était. Extraire la beauté du pire, telle est la mission du Blues.

Du haut de ses 74 ans, de ses 50 ans de carrière et de ses cinq Grammy Awards, KEB’ MO’ s’offre une belle et touchante perspective sur sa vie, son mouvementé parcours personnel et notre monde actuel. On pénètre dans l’intimité du chanteur avec une douceur extrême et la sensation d’être à ses côtés en studio. Pour accompagner cette voix et ces délicats accords, quelques contributions du Soweto Gospel Choir et du sextet gospel Take 6 sont parsemées sur quelques titres, apportant une profondeur et un relief aussi discret que tout en feeling. « The Breakdown » est un disque particulier dans la discographie de l’artiste et il mérite une attention toute spéciale.

Photo : Rachel Deeb

Retrouvez la chronique de son précédent album, « Good To Be… » :

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Hard'n Heavy International

Tygers Of Pan Tang : un mythe intact [Interview]

Après une activité riche et marquante durant les années 80, il aura fallu attendre le début des années 2000 pour que le fameux tigre de la NWOBHM se mette de nouveau en chasse. Et cette nouvelle ère s’était ouverte avec Jacopo ‘Jack’ Meille au chant. Le frontman italien a immédiatement imposé sa marque et reste depuis plus de 20 ans la voix de TYGERS OF PAN TANG. Plus régulier ses dernières années, les Anglais reviennent aujourd’hui avec « Electrifyed », un quatorzième album qui vient attester de la grande forme du quintet. Vétérans peut-être sur le papier, les cinq musiciens affichent surtout une fougue et une inspiration qui m’ont pas pris la moindre ride. Le quintet rugit encore et toujours, et ne semble pas prêt à passer le relais. Entretien avec le chanteur de l’une des formations les plus marquantes du Hard Rock et du Heavy Metal européen.

– Tout d’abord, Jack, toi qui es dans le groupe depuis plus de 20 ans et donc le chanteur de la ‘seconde vie’ de TYGERS OF THE PAN TANG, j’aimerais savoir ce que tu penses des tous débuts du groupe ? Est-ce que cela reste encore aujourd’hui une inspiration pour toi ?

Oui, j’étais déjà fan des TYGERS dans les années 80 et j’avais d’ailleurs acheté « Spellbound » (1981) et « The Cage » (1982) que j’adorais. Et c’est vrai que faire partie d’un groupe aussi mythique est toujours une source d’inspiration, près de 22 ans après les avoir rejoints ! (Sourires)

– Pour rester un instant sur cette notion d’héritage, TYGERS OF PAN TANG a été de ceux qui ont bâti la fameuse NWOBHM. Aujourd’hui, beaucoup de groupes sont encore en activité, mais est-ce que tu perçois une seconde vague au XXIème siècle ? Je n’en ai pas l’impression, pour ma part…

La NWOBHM était un mouvement unique et exceptionnel. Comment des groupes comme Def Leppard et Venom pouvaient-ils en faire partie ? Et pourtant, c’était le cas. De nos jours, ce serait impensable. A l’époque, chaque groupe possédait un son et une personnalité uniques, et tous ont contribué au succès de la NWOBHM. Aujourd’hui, les groupes suivent une tendance ou s’approprient ce qu’ils considèrent comme le son originel de la NWOBHM. Mais il n’existait pas de ‘son’ codifié à l’époque. C’était un mouvement social : la classe ouvrière anglaise cherchait une musique capable d’exprimer sa colère et sa frustration. Voilà ce qu’est la NWOBHM !

– Pour conclure sur le sujet, les groupes fondateurs de la NWOBHM encore actifs ont tous plus de 40 ans de carrière évidemment. Est-ce que, comme tous les courants finalement, celui -ci est aussi destiné à s’éteindre avec ses créateurs ?

La magie de la musique réside dans son évolution constante, même à notre insu. Les musiciens qui ont façonné la NWOBHM finiront par prendre leur retraite, mais leur musique perdurera et inspirera de nouveaux talents. Cela donnera naissance à un nouveau genre musical, qui puisera dans les sonorités et les expériences du passé.

– Revenons à ce quatorzième album, qui acte aussi l’arrivée de John Foottit en tant que second guitariste aux côtés de Robb Weir. Ils forment à eux deux un duo solide et complémentaire. Sans parler de renouveau, « Electrifyed » donne l’impression d’être plus Heavy que ses prédécesseurs. A-t-il apporté une touche plus actuelle, selon toi, dans le son et l’approche de TYGERS OF PAN TANG ?

Les morceaux que tu entends ont été écrits avant l’arrivée de John dans le groupe. Robb (Weir, guitare – NDR), Craig (Ellis, batterie – NDR), Huw (Holding, basse – NDR) et moi souhaitions composer des titres plus percutants, axés sur les riffs, tout en conservant la touche mélodique que nous avions atteinte sur « Ritual » (2019) et « Bloodlines » (2023). Mon objectif a toujours été de maintenir l’équilibre entre le son brut de « Wild Cat » (1980) et l’approche plus mélodique de « The Cage », en passant par tous les morceaux intermédiaires.

– Pour la composition d’« Electrifyed », vous avez donc dit vouloir renouer avec l’énergie de « Wild Cat » (1980) justement, le premier album du groupe. Qu’y trouvez-vous qui puisse manquer dans le Heavy Metal et le Hard Rock d’aujourd’hui pour vous replonger 46 ans en arrière ? Est-ce finalement plus une question de sensation et d’état d’esprit ?

Chaque groupe a sa propre ‘recette’. La meilleure comparaison est celle d’un cocktail : vous pouvez connaître chaque ingrédient, mais le mélange est totalement unique. Je suppose que si vous demandiez à chaque membre de ce groupe de définir notre son, la réponse serait différente… (Sourires) Ce qui est certain, c’est que nous ne nous inspirons pas des autres groupes. Notre son est la combinaison des contributions des cinq musiciens et de la conscience de ce à quoi une chanson de TYGERS OF PAN TANG doit ressembler. « Electrifyed » représente cela en 2026.

– D’ailleurs, si « Electrifyed » est plus Heavy Metal dans le son, et moins Hard Rock, cette impression de noirceur se retrouve jusque dans la pochette. Avez-vous voulu ce nouvel album plus sombre et plus grave ? Peut-être plus en phase avec une époque mondialement compliquée ?

Nous vivons une époque étrange et sombre, et même si nous voulions éviter d’être influencés par le quotidien, c’est impossible. C’est pourquoi cet album est sans aucun doute plus sombre.

– Justement, sur le morceau-titre, tu fais allusion au système judiciaire américain en introduction de la chanson. Faut-il y voir un écho à l’actuel président et ses frasques, ce qui ne manquerait pas de piquant pour un Italien chantant dans un groupe anglais ?

C’est Craig, notre batteur, qui a écrit les paroles de la chanson. Elle ne parle pas de la peine de mort en tant que telle, mais plutôt des pensées d’une personne coupable qui sait qu’elle va être exécutée. Nous voulions retranscrire en chanson ce moment où la vie et la mort coexistent dans l’esprit d’une même personne.

– Enfin, par rapport à ton chant, est-ce que ton interprétation diffère dans son approche quand tu es avec TYGERS OF PAN TANG, afin d’offrir une continuité dans son identité artistique ? Car, je rappelle que tu fais aussi partie des groupes General Stratocuster And The Marshals, Damn Freaks, Mantra, Norge et plus récemment Sainted Sinners…

Oui, tout à fait. Et pour cet album en particulier, j’ai dû travailler dur pour trouver la bonne interprétation et la bonne intention pour chaque chanson. Je traversais aussi des problèmes familiaux qui n’ont rien arrangé. On a diagnostiqué un cancer à mon père pendant que j’étais en studio. Et il est décédé moins d’un mois après la fin des enregistrements. J’ai dû trouver le moyen de transformer toute cette douleur en quelque chose de créatif. Ce n’était pas facile, mais maintenant, en écoutant l’album, je crois que j’y suis arrivé, car je peux l’écouter sans ressentir de tristesse.

Le nouvel album de TYGERS OF PAN TANG, « Electrifyed », est disponible chez Mighty Music.

Photos : Steven Christie

Retrouvez aussi la chronique de l’album précédent :

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Blues Rock International

Albert Castiglia : so british [Interview]

Sorti au cœur de l’été, « Grits & Glory » est probablement l’album le plus étonnant du guitariste et chanteur américain. Envoûtant dans le son et les ambiances, percutant comme il sait le faire à travers ses riffs et ses solos, ALBERT CASTIGLIA offre cette fois une saveur très british à son Blues Rock. Enregistré aux célèbres studios Abbey Road de Londres, on se doute bien qu’il s’est laissé porté par des influences anglaises qu’il n’a d’ailleurs jamais reniées. Saisi en formule trio, l’ensemble est direct et dégage une proximité vraiment immédiate. Difficile de lâcher ce treizième opus du bluesman, dont l’univers se dévoile finalement au fil des disques. Rencontre avec un artiste au style très libre et à l’instinct redoutable.

– Tout d’abord, puisque ce nouvel album a été enregistré à Londres, j’aimerais savoir quel impact le Blues britannique a eu sur ton jeu, toi qui as grandi en Floride et à Chicago, où le style est très prononcé et assez unique ?

Le Blues britannique a eu une influence majeure sur moi. Mon oncle possédait de nombreux albums de Led Zeppelin, des Who et des Rolling Stones, et c’est grâce à lui que j’ai découvert leur musique. Eric Clapton a été ma plus grande influence à mes débuts, et c’est lui qui m’a fait découvrir le Blues de Chicago. Ce sont les bluesmen britanniques qui m’ont finalement orienté vers Muddy Waters, Howlin’ Wolf et d’autres.. (Sourires)

– L’idée d’enregistrer un album à Londres, aux studios Abbey Road, t’est venue en parlant avec Olly Overton de Gulf Coast Records. Entre-temps, tu assorti « Righteous Souls » en solo, ainsi que « Live In Canada » et « Help Yourself » de Blood Brothers avec Mike Zito. Avais-tu déjà en tête l’idée d’un album réalisé en Angleterre pendant toutes ces années, et comment envisageais-tu cette future expérience ?

En fait, l’idée d’enregistrer à Londres m’est venue au début de l’année dernière. Olly m’a proposé d’enregistrer au Royaume-Uni et, un peu par plaisanterie, je lui ai suggéré de se renseigner sur Abbey Road. Il a pris la chose au sérieux et a réservé une semaine à Abbey Road en décembre. Je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, mettre les pieds à Abbey Road ! (Rires) La vie m’a tellement donné et continue de le faire. J’en suis très reconnaissant ! (Sourires)

– « Grits & Glory » reflète clairement ton style et il reste fidèle à tes albums précédents, avec toutefois quelques touches distinctives. L’idée de faire un album entièrement consacré au Blues britannique t’a-t-elle traversé l’esprit, ou était-ce plutôt l’expérience du lieu qui comptait pour toi ?

L’album, de par son ambiance typiquement britannique, était déjà imprégné de cette identité, ne serait-ce que par le fait d’être enregistré dans ce studio. Nous avons utilisé des amplis Marshall et Vox AC 30 pour l’enregistrement. Mon producteur, grand disciple de George Martin, a employé certaines de ses techniques pour donner à quelques morceaux une sonorité proche des Beatles. Cependant, mes autres influences sont très présentes sur l’album : beaucoup de Southern Rock, de Blues américain, de Funk, de R&B, de Jazz afro-cubain… On y trouve un bel équilibre avec d’autres genres ! (Sourires)

– J’imagine que jouer et enregistrer aux studios Abbey Road est une expérience incroyable pour un artiste, ne serait-ce que pour l’Histoire qui imprègne ces lieux. Pourtant, vous y êtes allés en trio et « Grits & Glory » a également été enregistré en live. Alors, au final, y a-t-il eu plus de joie que d’appréhension ?

Uniquement de la joie ! (Sourires) Le groupe et moi avons savouré chaque instant. Si j’avais eu vingt ans, j’aurais peut-être été nerveux, mais j’ai la cinquantaine maintenant et je n’ai plus vraiment d’appréhension face aux défis, ou aux situations, qui me dépassent ! (Sourires)

– Et puis, tu ouvres l’album avec « In My America », une chanson très forte sur les divisions aux Etats-Unis. L’as-tu finalement composée comme un message aux Anglais, et plus largement aux Européens, parmi lesquels tu séjournais, car le symbolisme pourrait être très pertinent dans la situation actuelle ?

Mon message s’adresse à tous ceux qui veulent bien l’écouter. J’aurais enregistré cette chanson que je sois aux Etats-Unis, ou non. Quand j’écris une chanson, elle doit être sincère. Mon pays est plus divisé que jamais, au point que le monde entier le sait. Ne pas en parler serait fermer les yeux. Mes albums sont comme des journaux intimes sur disque. Nous avons bien plus de points communs que de différences. C’était le message principal que je voulais transmettre avec « In My America ».

– Comme on l’a dit, tu travailles sur cet album depuis quelques temps déjà. Concernant la composition, tant les paroles que la musique, as–tu défini le son global de l’album au fil du temps, ou tout s’est-il mis en place rapidement avant ton départ pour l’Angleterre ?

La majeure partie était prête. Nous avons peaufiné quelques détails à la dernière minute concernant les paroles et les arrangements, mais l’essentiel a été finalisé aux Etats-Unis.

– D’ailleurs, si on écoute attentivement « The Milk Is Still Good », on peut reconnaître un extrait de la mélodie de « Come Together » des Beatles. Est-ce une sorte d’hommage subtil que tu voulais glisser, puisque tu étais dans le studio où ils enregistraient souvent ?

Le subconscient est une chose merveilleuse ! (Sourires) Tout ce que je compose est une compilation de toutes les musiques qui m’ont influencé, donc cela ne me surprend pas que tu aies repéré « Come Together » dans « The Milk Is Still Good »… (Sourires) Ce n’était pas intentionnel, mais parfois l’univers nous réserve des surprises… (Sourires)

– Etonnamment, « Grits & Glory » dégage une impression assez différente des précédents : celle d’une grande liberté artistique, qui te permet de révéler d’autres facettes de ton jeu. L’idée de départ était-elle de te laisser carte blanche et de développer pleinement les vastes émotions que le Blues évoque, c’est-à-dire sans aucune limite ?

Oui, c’est ainsi que j’aime travailler. Il y a un mouvement dans mon pays, qui veut restreindre les sentiments, les pensées et les opinions et cela se déverse dans la créativité. J’ai toujours été un fervent défenseur de la liberté d’expression et aujourd’hui plus que jamais, les gens ont besoin de créer sans les contraintes extérieures. Je suis très heureux d’être dans un label qui me permet cette liberté. Certains veulent imposer leurs auteurs et leurs idées aux artistes. C’est leur choix, mais pas le mien. Il y a toujours des gens dans l’industrie qui signent un artiste pour en faire leur propre outil de création. Je me suis battu contre ça pendant des années et j’ai parfois perdu cette bataille. Maintenant, j’ai atteint un âge où je ne me soucie plus de ce que pensent les autres et je refuse qu’ils m’imposent leur philosophie créative. Si j’ai de la chance, il me reste encore une trentaine d’années à vivre. Je ne les passerai pas à me soumettre aux désirs de la société… (Sourires)

– J’aimerais parler un peu de la préparation de « Grits & Glory », au-delà de la composition. Quand vous êtes arrivé aux studios Abbey Road, tout était-il déjà bien en place avec ton bassiste Cliff Moore et ton batteur Ray Hangen, avec qui tu tournes également ? Ou vous êtes-vous laissé une certaine marge d’improvisation une fois sur place ?

Il y a toujours de la place pour l’improvisation. On arrive toujours en studio avec un plan de base, mais il est toujours amené à évoluer. C’est un peu comme la constitution d’un pays. Un plan peut et doit toujours légèrement dévier, car on peut trouver une meilleure idée une fois en studio. Il ne faut jamais exclure de petits changements.

– Enfin, cet été, vous étiez en Europe pour quelques concerts avec Blood Brothers, juste au moment où ton album sortait avec une photo de toi en couverture devant le célèbre Big Ben. Prévoies-tu de revenir jouer à Londres dans les prochains mois, et si possible en France également ?

Nous préparons une tournée en Europe et au Royaume-Uni pour mai 2027 environ. La France est définitivement sur ma liste. J’adore la France et cela fait longtemps que je n’y ai pas joué ! (Sourires)

« Grits & Glory » par ALBERT CASTIGLIA est disponible chez Gulf Coast Records.

Photos : Rob Blackham / Blackham Images

Retrouvez quelques chroniques de ses albums précédents, ainsi qu’avec Blood Brothers :

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Alternative Rock France Post-HardCore

Untitled With Drums : le relief des émotions [Interview]

Et si le sinueux parcours d’UNTITLED WITH DRUMS ne lui avait finalement pas permis d’atteindre la maturité attendue depuis la sortie de « Hollow », un premier album qui avait posé les bases d’un style, qui ne demandait qu’à éclore ? C’est en tout cas la question qu’on peut légitimement se poser. L’an dernier, l’EP « Symbols » avait déjà donné des éléments de réponse. Cela dit, c’est véritablement sur ce deuxième effort que le quatuor de Clermont-Ferrand s’affirme avec force et puissance. Dans un Alt Rock proche du post-HardCore et aux teintes de grungy, le groupe donne de l’élan et du relief à des morceaux, dont les textures sont, elles aussi, tout en contraste. « Made Flesh » manie le frontal et l’aérien avec beaucoup de finesse et d’assurance et pose le combo comme un acteur sur lequel il faudra désormais compter sur la scène française. C’est Martin Le Borgne, son chanteur et bassiste, qui revient en détail sur l’évolution et la démarche de cet OVNI du Rock hexagonal.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre parcours qui a débuté avec la sortie de « Hollow » en 2020 dans une période compliquée. Malgré un bel accueil, il aura fallu attendre cinq ans pour découvrir votre EP « Symbols ». Que s’est-il passé durant ce long moment ?

La sortie de « Hollow » s’est faite de manière assez particulière à cause du Covid. On a pu défendre le disque en live plusieurs mois après la sortie du disque. Comme aucun de nous ne fait de la musique à titre professionnel, les délais sont malheureusement plus longs et la motivation est constamment mise à l’épreuve, même si cela occupe une place importante dans nos vies. Nous préférons ne pas nous imposer un rythme que nous serions incapables de tenir, alors je pense que ces délais, très longs dans le contexte actuels de course à la visibilité, sont naturellement le temps dont nous avons besoin pour rester créatifs.

– Il y a quelques mois, « Symbols » a surpris par sa maturité notamment et sa production également. Pourtant, il s’agissait d’anciens morceaux réarrangés et réinterprétés. Y avait-il un goût d’inachevé par rapport à ces titres, ou était-ce pour mieux rebondir ?

Oui, effectivement, « Symbols » jouait à la fois ce rôle de pouvoir enregistrer ces morceaux b-sides qu’on a du écarter lors de l’enregistrement faute de temps (« Power » et « Obsolete »), de ressusciter un autre morceau inédit de l’époque d’« Hollow » (« Far ») et de monter un morceau exclusivement pour l’EP (« Candle »), que l’on n’avait d’ailleurs jamais joué ensemble avant de le travailler en studio. « Symbols » était une façon pour nous de mettre en application certaines choses que nous avons apprises lors de l’enregistrement de notre second album, « Made Flesh ». En plus de tous ces aspects artistiques, « Symbols » était aussi et avant tout une façon de rester musicalement actif durant toute la période qui a suivi l’enregistrement de l’album, où l’on a fait beaucoup de démarchage, ce qui pouvait facilement nous éloigner de la création et du jeu en groupe.

– Aujourd’hui, vous sortez enfin ce deuxième album et « Made Flesh » est plein de surprises. La première vient de la production qui est franchement massive, tout en restant aérée. Qu’avez-vous changé dans votre approche et est-ce qu’il vous fallait ce temps aussi pour peaufiner votre son ?

Cyrille Gachet, à la production, a été pour beaucoup dans ce ‘step-up’. Même si « Hollow » nous avait fait prendre beaucoup d’expérience dans l’exécution en studio et en live, Cyrille nous a proposé un niveau d’exigence au-delà de ce que nous nous étions nous-mêmes fixés. Sa réflexion complétait la nôtre dans la mesure où il était capables d’apporter rapidement des solutions techniques à des envies artistiques et ainsi nous aider à les valider, ou à les écarter. Il nous a beaucoup apporté et ses méthodes ont impactées notre vision de la musique jusqu’à la façon dont nous composons aujourd’hui.

– D’ailleurs, j’ai aussi appris que les compositions de ce nouvel album dataient d’avant la sortie de « Symbols ». Cet EP a-t-il finalement été un galop d’essai avant de revenir quelques mois plus tard ? D’autant que vous avez aussi sorti trois singles extraits de « Made Flesh » dans ce laps de temps…

En fait, l’EP a été enregistré après l’album pour pouvoir garder un rythme de création. La décision de le sortir avant a été motivée par plusieurs choses : l’incertitude des conditions et de la date de sortie pour « Made Flesh », la volonté de se rassurer sur le fait de pouvoir assurer une sortie en terme de promotion et de communication et enfin, l’occasion de pouvoir collaborer avec des labels DIY avec qui on avait plaisir à faire des choses, comme MA Saret Records, Araki, Atypeek et Stellar Frequencies.

– Vous avez conçu« Made Flesh » pas très loin de vous en confiant l’enregistrement et le mix à Cyrille Gachet (Fange, the Great Old Ones) et le mastering à Alan Douches (Dillinger Escape Plan, Converge). Cherchiez-vous d’abord les personnes capables de restituer parfaitement votre univers et l’esprit de ce nouvel album ?

Après avoir pris contact avec plusieurs personnes, Cyrille nous est apparu comme le plus impliqué et le plus pertinent vis-à-vis de notre vision de l’album. Le fait de pouvoir échanger en amont sur la base des pré-prods nous a confortés dans cette décision. Il est capable, sans rien dénaturer des compositions, de leur conférer l’intensité et la sonorité qui conviennent le mieux. Nous étions preneurs de conseil et nous souhaitions travailler avec quelqu’un capable d’endosser un rôle de producteur. L’idée était de fournir une idée la plus précise possible, puis de laisser ces professionnels nous surprendre par ce qu’ils sont capables d’apporter. Alan Douches, pour sa part, nous a été conseillé par Cyrille par affinité et nous sommes fiers de pouvoir figurer dans un tel catalogue d’artistes.

– Un mot aussi sur votre signature chez Season Of Mist, qui semble vraiment le label adéquat pour UNTITLED WITH DRUMS. Votre style étant assez peu répandu dans l’hexagone, est-ce que cela a peser dans votre décision, compte tenu de sa position sur le marché ?

On a ressenti cette signature comme quelque chose de très réciproque, dans le sens où de notre côté, nous avions besoin de soutien pour franchir un cap en termes de portée, de communication et de crédibilité. Et de leur côté, je pense que nous appartenons à des esthétiques plus ‘alternatives’ que le label souhaitait développer. Pour nous, c’est plutôt une bonne chose de profiter des avantages d’une telle structure, tout en se démarquant naturellement de leur style général.

– J’aimerais qu’on parle aussi de cette belle complicité contre Lucas et Nicolas, qui offrent des combinaisons guitares/claviers sur lesquelles vous jouiez assez peu auparavant. Est-ce un aspect de votre jeu que vous avez tout particulièrement souhaiter peaufiner et explorer sur « Made Flesh » ?

La place du synthé et des samples dans UNTITLED WITH DRUMS est un sujet de réflexion constant. Pour moi, c’est précisément l’élément capable d’apporter la modernité et le twist sonique, dont des groupes comme nous, hérités des 90’s, ont besoin. Son rôle à la fois mélodique et texturiel le rend particulièrement polyvalent, c’est pourquoi j’ai souhaité les faire se rejoindre sur certaines lignes mélodiques. Cyrille Gachet nous a beaucoup encouragés en ce sens également, en nous invitant à moins faire de ‘nappes’ pour remplir, ce qu’on avait pu faire sur « Hollow », et plus de combinaisons mélodiques sur des passages clés.

– Enfin, il y a un côté très écorché sur ce nouvel album, tant dans les textes que dans les ambiances qui oscillent entre passages très tranchants et d’autres plus aériens et introspectifs. Placer l’être humain au cœur de « Made Flesh » devait inévitablement faire ressortir cette atmosphère, dans une époque actuelle très incertaine ?

La direction des lyrics et du chant est également en pleine évolution. Cet angle un peu cynique, écorché et provocateur représente pour moi à la fois un bon dosage de zone de confort et de challenge. Le mot d’ordre de cet album était le contraste. Je voulais assumer un côté plus frontal et plus catchy quitte à relayer certaines ambiances au second plan pour contrebalancer.

Le nouvel album d’UNTITLED WITH DRUMS, « Made Flesh », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Joan Sabatier (1), Angelique Delabre (2, 3) et Madelaine Ré (4).

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Blues Rock

Marc Amacher : incandescent

C’est l’immédiateté qui séduit en premier lieu à l’écoute d’« Overdrive ». Ce cinquième effort du songwriter est à son image : authentique et accrocheur. MARC AMACHER est rompu à la scène et cela s’entend. Presque épurés, ses nouveaux morceaux sont sans détour, mais non sans finesse. Chez lui, la frontière entre le Blues et le Rock est mince et c’est précisément ce qui le rend insaisissable et d’une incroyable fraîcheur. Attachant et dynamique, le style du musicien helvète est aussi costaud que mélodique.

MARC AMACHER

« Overdrive »

(Hoboville/Label Pool)

Faisant suite à « Load » paru l’an dernier et qui lui a valu une belle mise en lumière, « Overdrive » se pose comme un concentré de Blues Rock pour le moins percutant. Celui qui avait fait sensation il y a dix ans lors de l’émission ‘Voice Of Germany’ en a parcouru du chemin et ne cesse d’affirmer une identité artistique originale. Avec une voix reconnaissable entre toutes, MARC AMACHER met un coup de boost à la tradition en y insufflant un élan très Rock avec une sincérité brute de décoffrage et une approche sans filtre, qui font franchement plaisir. 

Avec « Overdrive », le chanteur et guitariste livre un nouvel album terriblement humain et le traitement de la production y est pour beaucoup. Alors qu’il aurait été enregistré dans un abri anti-aérien, c’est surtout son explosivité qui ressort, même si MARC AMACHER brille aussi sur des titres plus délicats. Très bien accompagné par un groupe direct et efficace, le bluesman déploie une chaleur et une proximité que l’on retrouve assez peu dans les réalisations actuelles. Frôlant souvent la saturation, le groove est épais et les refrains entêtants ne vous lâchent plus.

Dès l’entame avec le turbulent « Hell Yeah (Here I Am) », ses intentions sont claires et la générosité avec laquelle il embrasse et embrase ce nouvel opus est exceptionnelle. Entre slide, dobro et cigarbox, MARC AMACHER montre l’étendue de son jeu avec beaucoup de feeling et d’intensité, sans se perdre dans des démonstrations hasardeuses (« Streets Are Golden », « Dark Knight », « Cash Smash Boogie », « Well »). Et l’un des moments forts d’« Overdrive » est sans conteste l’excellent duo avec la chanteuse Katarina Michel, « Can’t Beat Time », à la fois tendre et puissant.

Photo : Tom Schfer