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Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 2]

Après avoir évoqué son actualité encore brûlante avec la sortie du coffret « A L’Ouest », comprenant la réédition des albums « Face A » et « Face B » et augmenté d’un DVD live enregistré en 2011, le guitariste et chanteur revient cette fois plus largement sur sa carrière. L’occasion aussi de l’interroger sur son regard sur la scène française, l’industrie musicale plus largement, le Blues d’aujourd’hui et plus concrètement les émotions que ce soit de véhiculer et de diffuser la musique, selon lui. Entier et authentique, PAUL PERSONNE se livre sans détour dans cette seconde partie d’une interview riche en enseignements.

– En 2007, il y a aussi eu « Amicalement Blues » avec Hubert-Félix Thiefaine, qui était la rencontre entre vos deux univers et qui avait débouché sur un très bel album. Est-ce que tu serais, aujourd’hui, tenté par une nouvelle expérience de ce type et avec quel artiste penses-tu que cela serait possible ?

Je ne saurais du tout te dire. Tu sais, ma vie est faire de rencontres, de hasards, d’occasions… Comme je ne prémédite rien , je ne me suis jamais dit que j’allais faire telle ou telle chose. Ça s’est passé comme ça avec Higelin qui m’avait fait écouter les mises à plat de son album « Illicite » (1991 – NDR), et dont il n’était pas très content. Je lui avais dit qu’on pouvait faire mieux et je me suis retrouvé en studio à faire le mix. Je ne m’y attendais absolument pas ! Pareil pour Johnny qui m’appelle pour faire le Parc des Princes avec lui. Ce sont vraiment les circonstances et c’est exactement ce qui s’est passé avec Hubert-Félix. C’est parti d’une opportunité par rapport à l’album Blues de Johnny. J’avais des musiques, Hubert avait des textes et on s’est retrouvé à faire des trucs ensemble. On a proposé et ça n’a jamais été accepté. Mais pour moi, Johnny n’a jamais entendu les titres qu’on proposait, parce que je pense qu’il y avait quelques chansons qu’il aurait vraiment aimé. Du coup, Hubert-Félix m’a proposé de faire notre propre album Blues. On avait l’énergie, on a bien rigolé, c’était super et on a même fait quelques concerts. Pour revenir à ta question, je ne vois vraiment pas sur qui je pourrais me projeter. Ça ne peut être que le hasard qui m’amènerait à refaire quelque chose comme ça. Il faudrait que cela naisse d’une circonstance pour repartir sur une future aventure.

– C’est une question de génération, ou pas ?

Non, je ne pense pas. C’est vrai qu’avec Hubert-Félix, il y a eu connexion. On était un peu deux animaux sauvages du show business, un peu marginaux dans ce milieu. Et puis, on se connaissait déjà, on avait des atomes crochus et on avait déjà passé de bons moments ensemble. On s’était mutuellement invités sur nos albums. Pourtant, nous sommes complètement opposés dans nos personnalités, lui étant plus extraverti et moi plus introverti. Et c’est ce mélange qui était plutôt sympa et qui a donné cette rencontre vachement positive. Mais pour les générations, je ne crois pas, car j’ai toujours été quelqu’un de très ouvert. J’ai toujours écouté beaucoup de choses. En fait, ça me touche ou pas, ce qui ne veut pas dire que c’est bien ou pas. (Sourires) Je marche à l’émotion et il y a des trucs qui ne me parle pas. A partir du moment où c’est de la musique préfabriquée, ou que ça manque de sincérité, je dois inconsciemment le sentir et je n’accroche pas. Tous les trucs conçus pour telle ou telle case, tel ou tel public… Et puis, il y a l’IA qui déboule et qui commence à rafler la mise un peu partout avec des choses sans émotion et auxquelles certaines personnes commencent à adhérer. On joue sur les sentiments des gens avec des choses préfabriqués. On met à tempo à 120 BPM, comme le faisait d’ailleurs le Disco, ensuite on regarde la suite d’accords qui touche les gens. Après, on cherche les mots qui vont bien. Alors, c’est quoi ? Des histoires d’amour, de rencontres ou de ruptures. C’est hyper-machiavélique. Puis, on regarde ce qui plaît au niveau des voix. Il y a Taylor Swift qui marche fort et les gens aiment bien Aretha Franklin aussi, alors on va essayer de trouver quelque chose qui fait l’amalgame. Et les mecs te composent un truc complètement virtuel et qui peut normalement toucher les gens. Et apparemment, il y en a qui craquent là-dessus. Après, il y a des personnes qui s’en foutent plein les fouilles sur les plateformes et les trucs comme ça. Et à côté de ça, tu as de ceux qui crèvent la dalle, parce qu’aujourd’hui la vie de musiciens et d’auteur-compositeur est devenue très, très compliquée.

– Tu as lâché le mot quand tu parles de produit. C’est exactement ça, on n’est même plus dans la musique avec tout ce qu’il peut y avoir de feeling et d’émotion… On est dans le marketing pur et dur !

Oui, oui. Au départ, la musique est un état émotionnel. Tu as quelqu’un qui vient te raconter une histoire qui te donne envie de chialer, ou de rigoler, ou de danser ou juste de te sentir vivant, quoi. Là maintenant, on est dans une ère où les robots déboulent doucement, mais sûrement. On est dans un moment qui se déshumanise de plus en plus, y compris les gens vis-à-vis des autres. C’est vachement dur de trouver de l’empathie. Il y a beaucoup de grandes gueules, beaucoup de haine, de choses comme ça. Heureusement, il en reste encore, mais à petit niveau. On le découvre parfois dans des petites structures, des associations, dans les relations de tous les jours avec un commerçant ou autre, par exemple. Heureusement que ça existe encore, mais ça devient de plus en plus dur. J’espère que l’être humain, qui se sort toujours de situations très dramatiques, va à un moment donné parvenir à renverser la situation, que ce soit au niveau climatique qu’à celui de la déshumanisation aussi. Parce que sinon, on sait où on va, quoi… ! (Rires)

– Cela fait maintenant six ans que tu n’as pas sorti de nouvelles compositions. Est-ce que tu y travailles, ou comptes-tu plutôt faire revivre une nouvelle fois « Face A » et « Face B » sur scène ? Ou les deux peut-être ?

En fait, « Face A » et « Face B » sont juste une parenthèse, ce qui ne m’empêchera pas un jour de rejouer une ou deux chansons avec un autre groupe. Elles font partie de mon répertoire. Avant de partir en tournée, je regarde toujours ce que j’ai fait sur la précédente pour savoir ce que je pourrais ressortir des cartons. Il y a des titres que je joue dans toutes les tournées évidemment et qui sont un peu mes cartes de visite. Les gens aiment bien les entendre et j’aime aussi les jouer. Mais il y a des moments où je ressors des vieux morceaux, qui font partie de moi et qui sont un bout de ma vie. Donc, je peux très bien rejouer l’une de ses chansons sur scène. Pour le moment, j’ai quelques idées, des bouts de zique à droite, des mots à gauche et j’attends. Je laisse mûrir comme une période de jachère en quelque sorte. Même si le temps passe, ce n’est pas pour ça que je vais me précipiter pour sortir quelque chose et imposer un album aux gens, si ce n’est pas un besoin et un plaisir de le faire. Quand je commence à sentir que les mots viennent s’imbriquer sur des bouts de musique, que j’ai sur des dictaphones ou des calepins, je vois si ça marche bien et si ça commence à devenir une chanson. Là, je me dis que ça commence à sentir bon la rentrée en studio. Ce sont des petites choses comme ça, je laisse faire un peu la vie. J’attends que ça me porte… (Sourires)

– Tu es l’un des pionniers et des piliers du Blues français à chanter également dans ta langue. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la scène hexagonale, qui se porte de mieux en mieux ? Y a-t-il des groupes ou des artistes qui t’ont littéralement bluffé ces derniers temps ?

Oui, c’est vrai. Mais ce qui se passe en ce moment et que j’expliquais tout à l’heure à propos des revenus de droits d’auteurs, beaucoup d’artistes s’en sortent grâce au live, qui se porte bien. Et heureusement, même si certains concerts sont très, très chers. Mais en gros, les gens peuvent tourner à des échelles différentes, que ce soit dans un bar, dans un petit théâtre, dans des salles un peu plus grandes ou des festivals. Chaque été, il y a une liste incroyable de festivals. C’est vrai que la scène se porte bien et des tas de musiciens peuvent jouer. Après, j’entends des choses qui me plaisent et d’autres moins. Je ne suis pas du tout blasé, car il y a des choses qui m’émoustillent encore et ça me rassure d’ailleurs ! (Rires) Et en même temps, j’ai entendu tellement, tellement de trucs qui m’ont nourri toute ma vie depuis mon adolescence. J’étais véritablement une éponge. Parfois, j’écoute des choses intéressantes, mais que je connais déjà finalement. Certains parfums reviennent. Il y a de bons grooves, de belles mélodies, des choses intéressantes dans les textes, mais je ne suis pas étonné. Ça ne me scotche pas comme quelque chose que je n’aurais jamais entendu. Et ce n’est vraiment pas grave, car mon avis n’a aucune importance ! (Rires) C’est vrai que la scène française se porte bien, car elle s’est enfin décomplexée de cet ascendant et de cette hégémonie anglo-saxons. Elle a fini par trouver son truc, elle a aussi trouvé son public et je trouve ça positif. Ça me plaît que la France existe à travers des musiciens qui ont de la personnalité sans avoir toujours recours aux ficelles américaines ou autres.

– Justement, il y a finalement assez peu de groupes qui chantent en français dans le domaine du Blues. Qu’en penses-tu ? C’est de la frilosité, une question de génération aussi peut-être, ou une priorité qui n’est sans doute plus mise sur les textes finalement ?

C’est parce que c’est compliqué en raison de cette fameuse langue anglaise qui sonne si bien. Pour ceux qui ont été élevé avec cette musique-là, ça sonne, quoi ! L’anglais est une langue plus courte et plus concentrée et elle swingue peu importe ce que tu écoutes. Elle arrive à dire plein de choses avec peu de mots. Le français est une langue poétique, littéraire et que beaucoup de gens admirent, car c’est une belle langue. Bob Dylan est fan de Rimbaud et Baudelaire, tu vois. Mais c’est compliqué à partir du moment où tu fais de la musique. Il y a des gens, dès qu’ils chantent en anglais, ça va sonner, ils vont trouver leur truc. Et dès qu’ils vont chanter en français, ça va sonner variété ou ce genre de choses ! (Sourires). Donc, c’est un exercice de style vachement compliqué. Chanter en anglais, c’est la facilité ou c’est se dire qu’on s’en fout, qu’on ne veut pas uniquement jouer en France, mais aussi s’exporter. On est ouvert sur le monde, donc on veut aller jouer en Allemagne, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Australie, … Alors, il vaut mieux une langue internationale comme l’anglais. Après, pour les groupes français, il peut y avoir un décalage entre ce que tu vas dire entre les morceaux et ce que tu vas chanter, où les gens ne comprendront peut-être pas. Moi, je me suis dit que c’était un peu nul de chanter en anglais devant des Français. C’est à partir du moment où j’ai compris ce décalage que j’ai chanté en français. Et puis, j’ai aussi compris l’importance du poids des mots en écoutant des gens comme Claude Nougaro, Léo Ferré, Jacques Higelin, Eddy Mitchell, Johnny, Téléphone ou Trust. Voilà, le poids des mots ! Je pense que si les gens ont craqué pour Trust, par exemple, c’est pour la voix de Bernie aussi sur « Antisocial » notamment. Des groupes de Hard Rock en anglais, il y en avait à l’époque, mais des Frenchies, il n’y en avait pas ! Je pense que l’émotion vient des deux : la musique et la langue. Maintenant, c’est vrai que ça sonne bien en anglais et écrire en français demande un super effort. Il faut faire swinguer les mots. Et je pense aussi que les gens sont nettement plus touchés quand ça leur parle directement et qu’ils comprennent les textes. C’est ce qu’ils me disent en tout cas. Et le Blues permet beaucoup de choses aussi dans la forme. Il y a une très grande liberté.

– Et il y a aussi et surtout quelque chose que tu as, toi, c’est une voix…

C’est gentil de me dire ça, mais je ne l’ai jamais vraiment aimé, je l’ai toujours détesté. C’est vrai que parfois je chante des mots et ça se pose bien. Peut-être qu’avec quelqu’un qui aurait une voix plus belle ou plus claire, ça pourrait tomber à plat. Ma voix est un bon transporteur par rapport à ce que j’ai envie de véhiculer. C’est un drôle de truc finalement. C’est assez difficile à expliquer car, à une époque, les gens ont craqué sur la voix éraillée de Ray Charles. Ensuite en Angleterre, il y a eu le jeune Steve Winwood avec cette même influence, puis Joe Cocker avec sa voix complètement cassée. C’est pareil pour Bob Marley, qui a une identité vocale très forte. Et tous ne peuvent rien y faire. Finalement, les gens aiment ou détestent ces sonorités, ces tons et ça, on n’y peut rien.

– Enfin, on voit émerger des musiciens comme Markus King, Larkin Poe, Christone ‘Kingfish’ Ingram, Samantha Fish, Eddie 9V et d’autres aux côtés d’ailleurs de gens comme Joe Bonamassa, Kenny Wayne Shepherd, Beth Hart ou Ana Popovic pour n’en citer que quelques uns. Est-ce que tu penses que le Blues a changé de visage ces dernières années ?

Avec tous les noms que tu cites, ce qui a surtout changé, selon moi, c’est la technique et la technicité. Ils sont tous vachement dans la virtuosité. Cette musique, au départ, est simple, sensuelle, sexy et pas spécialement virtuose. Ce sont surtout des états d’âme. Quand tu écoutes John Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins ou même Robert Johnson, qui étaient peut-être des virtuoses à leur époque, c’est quand même de la musique simple. C’est le Blues anglais avec Eric Clapton qui a déclenché les hostilités avec ce putain de son qu’il avait ! Il a scotché tout le monde ! (Rires). Et ensuite avec Peter Green et Mick Taylor aussi, le trio infernal ! Et aux Etats-Unis, il y avait BB King, Freddie King et Albert King, l’autre trio infernal et beaucoup d’autres encore ! Et au bout d’un moment, on ne peut pas empêcher les gens d’évoluer, Et aujourd’hui, on a des guitaristes qui jouent fabuleusement bien, qui se baladent entre le Blues et le Jazz avec des gammes et des modes particuliers où ils mélangent tout. Ça joue super bien, je regarde ça en me disant que je ne jouerai jamais comme ça et ce n’est pas grave ! Ce n’est pas le Graal de ma vie, (Sourires) Je reste très sensible au Allman Brothers Band où il n’y avait pas une énorme virtuosité, c’était vachement bien et ça ne cavalait pas tout le long du manche en permanence. Aujourd’hui, je reconnais bien sûr la grande technique d’une certaine nouvelle génération, mais ça ne me touche pas des masses. Les mecs s’éclatent, c’est super et je respecte, mais il y a du déjà-vu et du déjà-entendu qui est poussé à l’extrême. Il n’y a aucun problème, mais ce n’est pas mon chemin, car mes influences sont sans doute plus vastes aussi. Je tourne un peu toujours autour des mêmes accords, Je suis un mec bluesy, je fais de la musique bluesy, mais je ne fais pas forcément du Blues. Je connais ce qui se fait aujourd’hui. Je leur tire mon chapeau, mais ce n’est pas forcément des choses qui me touchent. Ils jouent super bien, mais voilà, quoi… (Sourires)

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

Photos : Eric Martin (3) et Olivier Ducruix (4).

Retrouvez la première partie de l’interview :

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Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 1]

Habile jongleur de mots et guitariste d’une grande finesse, PAUL PERSONNE livre ses notes délicatement bleutées depuis quelques décennies maintenant au point d’être devenu une figure incontournable du Blues à la française. Car, malgré une vaste culture musicale, c’est ce style qu’il a choisi, et qui lui va si bien, qu’il enrobe d’un Rock sincère. Près de 15 ans après leur sortie avec le groupe A L’Ouest, le musicien ressort les albums « Face A » et « Face B », accompagnés d’un DVD live capté en décembre 2011 à ‘La Traverse’, emblématique salle située à Cléon en Normandie. L’occasion de revenir avec lui sur ses deux opus, leur histoire et plus largement sur sa carrière et sa vision de la musique. Une interview fleuve, dont voici la première partie…

– Avant de parler de ce beau coffret, j’aimerais que l’on revienne sur les disques originaux. Dans quel état d’esprit étais-tu à l’époque, car je crois que c’est le nombre de morceaux qui t’a poussé à sortir d’abord la « Face A » et ensuite la « Face B » dans la foulée ?

Oui, c’est toute une histoire et c’était même un peu improvisé à l’époque. On avait monté tout ça avec le groupe A L’Ouest. On se connaissait depuis pas mal de temps, on tapait souvent le bœuf jusqu’au jour où je leur ai proposé de faire nos propres morceaux dans un style entre Rock et Blues. Il y avait une chouette complicité entre nous, c’était rigolo et on se marrait bien. Ils étaient jeunes, mais il se passait vraiment quelque chose. Et au moment où il y a eu le projet de sortie d’album, on partait surtout sur un EP, car nous n’avions pas assez de titres. Or, j’en avais d’autres sur le feu et le label nous a suivis en nous laissant le temps de compléter le tout. C’est de là qu’est venue l’idée de « Face A » et « Face B ». On a donc finalisé ce premier disque et ensuite, on s’est mis sur le second pendant que le premier sortait. C’était assez marrant. J’avais déjà fait ce genre d’expérience avec « Demain, il F’ra Beau » et « Coup d’Blues », qui étaient sortis à six mois d’intervalle. Ces deux albums étaient différents l’un de l’autre, et là je retombais un peu dans le même principe et c’était amusant. Donc, on a sorti le premier et le second six mois plus tard environ, juste au moment du début de la tournée.

– D’ailleurs, pourquoi n’as-tu pas opté tout de suite pour un double-album, quitte à attendre un peu ? Tu avais déjà distingué deux atmosphères différentes en faisant la tracklist, voire au moment de la composition ?

Non, il n’y avait pas de distinction ou d’orientation musicale différente. C’était fait dans le même moule, dans la continuité. L’idée de sortir « Face A » d’abord était de nous laisser du temps, sinon il aurait fallu attendre six mois de plus où il ne se passerait rien. C’est à ce moment que j’ai rencontré Gérard Drouot, qui m’a proposé de faire un Olympia et de commencer à avoir des concerts. On est donc parti sur la route et dès qu’on rentrait à la maison, on finissait « Face B ». Et puis, c’était intéressant car, après avoir enregistré dans des super studios avec des musiciens américains, etc., on se retrouvait dans un petit local, comme des mômes, en conditions live et artisanales. Et la situation me plaisait beaucoup ! On faisait les choses dans notre coin, et c’est quelque chose que j’ai toujours aimé aussi de toutes manières. On ne se posait pas de questions comme savoir si ça allait plaire aux gens, ou pas. Comme je dis souvent, je propose et les gens disposent. Je ne m’intéresse pas à l’aspect commercial de la musique. On s’est vraiment fait plaisir, on a vraiment passé du bon temps et il s’en est suivi une super tournée.

– Aujourd’hui sort donc ce coffret, « A L’Ouest » avec en bonus cette vidéo issue des captations des deux concerts enregistrés les 3 et 4 décembre 2011 à ‘La Traverse’ en Normandie. C’est vrai que les deux albums studio sont aujourd’hui indisponibles, mais pourquoi ces deux dates ? Ont-elles été un point culminant de cette tournée pour toi ?

Au contraire, c’était le début de la tournée, L’aventure A L’Ouest s’est terminée en 2015 par un enregistrement au Stéréolux à Nantes et qui est ensuite sorti sous le titre « Electric Rendez-Vous ». Là, nous étions en fin de tournée et je suis ensuite parti sur autre chose. A ce moment-là, à ‘La Traverse’, nous sommes au tout début, les albums venaient tout juste de sortir. Tout à l’heure, tu parlais de fraîcheur et de spontanéité et il y avait vraiment de ça. Et je le ressentais pleinement. Alors, comme on restait deux jours à Cléon, je me suis dit que ça valait le coup d’enregistrer quelque chose. Plus pour conserver un souvenir, pas à des fins commerciales. L’idée était de garder une trace de cette époque. Et depuis, en fin de compte, ça restait dans des cartons. Dès le moment où il a été question de rééditer les deux albums, je me suis dit que ce serait sympa de le faire avec un petit bonus. J’ai rappelé ceux qui avait enregistré la captation et avec le bassiste Nicolas Bellanger, on a mixé l’audio. J’ai sélectionné 13 chansons, qu’on ne retrouvait pas ailleurs et on a fait un montage. Ça fait un souvenir sympa d’un chouette moment, où on s’est vraiment amusé ! (Sourires) Il y a des moments assez inattendus avec des improvisations aussi. Et ça reste un beau témoignage de cette époque.

– Aujourd’hui, la vidéo a pris beaucoup d’importance dans la communication des artistes. Est-ce que c’est aussi ça qui t’y a poussé, car tu aurais tout aussi pu sortir un album live plus classique ?

Oui, bien sûr, mais je l’avais déjà beaucoup fait par le passé. Cette fois, ça ne me disait pas grand-chose de sortir un album live. Ça m’intéressait surtout de ressortir les albums studio. Ils ont un certain charme, car ils ont été faits très spontanément et je les ai finalement composés assez vite aussi. Dès l’idée de « Face B », entre les concerts, il fallait se mettre au boulot sur les textes, finir certaines parties, penser aux arrangements, … Il y avait une super énergie à ce moment-là. Et il y a une sorte de fil conducteur, on faisait vraiment ce qui nous passait par la tête comme tous ces petits bruits que l’on retrouve sur les disques. Je ne veux pas parler de concept album, mais il y a un petit côté comme ça avec une chouette ambiance sur les deux albums. C’est pour ça que je trouvais dommage que ces disques restent inconnus, un peu dans l’ombre. Alors quand le label m’a proposé une réédition, j’ai vraiment trouvé l’idée cool, car il y a beaucoup de gens qui ne les connaissent pas.

– D’ailleurs, est-ce que tu as remasterisé les deux albums, ou est-ce qu’ils ressortent dans leur version originale ?

Oui, j’ai tenté une remasterisation. L’idée était de repartir des mixes de base, alors on a fait ce qu’on pouvait faire. Je voulais essayer d’améliorer un petit truc. Le mastering de base était bien, et si cela ressortait comme ça, ça ne me dérangeait pas, non plus. Mais j’ai voulu donner un petit coup de boost et voir si on pouvait améliorer l’histoire. On a gagné un petit truc, qui est pas mal, je pense. Et le mastering du DVD a été fait dans le même esprit et c’est vachement bien. C’était juste histoire de redonner un petit coup de peinture là-dessus, tu vois… (Rires)

– Ton dernier album date de 2019, « Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) » et il a été suivi d’une tournée stoppée net par le Covid. Comment as-tu vécu ce break forcé, d’autant que les salles affichaient complet ?

Ça a été vachement dur, car j’avais monté une équipe de chouettes musiciens. On se marrait bien, la tournée était lancée et comme tu le dis les salles étaient pleines. Comme à chaque fois, cela me surprenait et me faisait très plaisir, parce que je ne suis pas un mec médiatisé. Je ne vais pas sur les plateaux de télé ou dans les talk-shows. Et cela me va très bien comme ça, car j’ai toujours vécu ma vie de musicien comme un artisan. Je n’ai jamais cherché à faire des tubes, je n’ai jamais travaillé dans ce sens-là. Je fais la musique que j’ai envie, je propose des petites aventures aux gens avec des mots et des sensations et je finis par avoir une fidélité du public qui est géniale. Et au début de cette tournée, qui se passait super bien, arrive le Covid, qui a fait du mal à beaucoup de gens. C’est une horreur mondiale que nous avions vécu. C’était très dur. L’avantage que j’ai eu par rapport à cette tournée, c’est qu’elle n’a pas été annulée, mais reportée. En dehors d’un ou deux concerts, j’ai pu refaire la plupart des dates courant 2020/2021 et cela m’a amené jusqu’à l’Olympia en 2022, le jour de la Saint-Valentin. (Sourires) Mais j’ai quand même pu continuer la tournée avec la même équipe, les mêmes musiciens et le public qui a été fidèle au poste. Donc ça, c’est cool ! (Sourires)

– Est-ce à ce moment-là qu’a germé l’idée des deux volumes de « Dédicaces (My Spéciales Personnelles Covers) », sortis en 2023 ? Et est-ce parce la pandémie ne te permettait pas de te projeter artistiquement que tu t’es lancé dans ce projet, ou c’est quelque chose que tu mûrissais déjà depuis un moment ?

Oui, c’est quelque chose à laquelle je pensais depuis longtemps. Ça fait partie des trucs qui me trottent dans la tête et que je ne mets jamais à jour. Ça remonte même aux années 90, où j’en avais parlé à Didier Varrod, mon directeur artistique chez Polydor, en lui disant que je voyais des Américains et d’autres faire pas mal de covers, et que j’aimerais bien réaliser un album de reprises de gens que j’aime bien et dans un vaste panel. J’avais déjà rencontré beaucoup d’artistes comme Johnny, Eddy Mitchell, Jacques Higelin, Manu Dibango et d’autres encore. L’idée était de leur faire un coup de chapeau, par rapport à tous ces moments que j’ai passé avec eux. Ensuite, l’idée est tombée aux oubliettes et je suis passé à autre chose. Peut-être qu’inconsciemment le Covid m’a mené à ça, en effet, avec aussi l’arrêt de la tournée. J’ai donc repris mon huit-pistes et je me suis amusé à jouer et à sélectionner des chansons. Le plus dur a été de choisir. Malgré les deux volumes, je n’ai pas pu tout mettre. Il y en a encore beaucoup d’autres que j’aurais pu reprendre. Il aurait presque fallu faire un troisième volume ! (Sourires) C’était vraiment un truc que j’avais au fond de moi et que je voulais faire…

A suivre…

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

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Alter Bridge : into the core [Interview]

Plonger au cœur de son ADN musical en affichant clairement un son et un songwriting reconnaissables entre tous après plus de 20 ans de carrière, tel est l’objectif d’ALTER BRIDGE. Et le fait de sortir un huitième album éponyme ne doit rien au hasard. « Alter Bridge » reflète bel et bien l’essence-même du quatuor américain, et s’il avait encore des limites, elles sont franchies avec force et talent. Articulé autour de Mark Tremonti (Creed, Tremonti) et Myles Kennedy (Slash & The Conspirators et en solo), le groupe rayonne comme jamais, assène un mur de guitares imposant, un duo basse/batterie massif et un chant puissant, sans jamais négliger la finesse dont il a toujours fait preuve. Entretien avec Mr Kennedy, son frontman, guitariste et compositeur au regard passionné et passionnant sur son art.

– L’une des choses qui impressionne sur ce nouvel album, c’est le fait qu’il résume parfaitement le caractère du groupe d’une part et d’autre part, que vous avez aussi conservé le même line-up, ce qui devient assez rare aujourd’hui…

Oui, c’est vrai, mais je pense qu’aucun d’entre-nous n’aime les drames ! (Rires) Nous sommes des gars un peu sentimentaux et nous voulons juste faire de la musique. D’ailleurs, peut-être que s’il nous arrivait des choses un peu plus dramatiques, cela nous aiderait à progresser encore ! (Rires) En fait, je dis ça car parfois certains groupes, qui se battent en interne, sortent des albums brillants. Pour nous, c’est différent. Nous parvenons à créer ce que nous voulons et cela fonctionne très bien. On a su conservé un environnement de travail, qui est très préservé… (Sourires)

– D’ailleurs, dans ce style, vous êtes l’un des groupes les plus emblématiques de la période post-2000. Penses-tu que ce nouveau millénaire ait aussi déclenché une nouvelle façon d’aborder le Hard Rock dans le fond plus que dans la forme ?

Oui, absolument, car dans les années 90, l’époque était surtout au Grunge et au Rap. Quand nous sommes arrivés, beaucoup de gens ont même parlé de post-Grunge, juste parce que cela arrivait après l’énorme succès du style. C’est assez logique d’ailleurs. De notre côté, nous avons essayé d’intégrer de nouveaux éléments venant de différents courants et de nous les accaparer, d’en faire notre propre son. Nous avons été très influencés par Soundgarden, par exemple, mais aussi par d’autres groupes plus contemporains comme Mastodon, qui a eu un impact profond sur moi, comme Gojira aussi d’une certaine manière. En fait, ce que tu peux toujours essayer de faire, c’est d’écouter beaucoup de choses et d’en concevoir ta propre recette : une sorte de mélange Rock’n’Roll.

– L’album a été en partie conçu dans les studios 5150 d’Eddie Van Halen. J’imagine que l’émotion a du être grande là-bas. Comment avez-vous géré ça, car il doit y avoir un mélange d’émotion, de respect et d’humilité aussi ? Tout cela s’est-il transformé en moteur et peut-être même en source d’inspiration ?

Oh oui, c’est vraiment devenu une grande source d’inspiration. En ce qui concerne Mark et moi, en tant que guitaristes tous les deux, cela a beaucoup joué et l’album est ce qu’il est pour cette raison-là aussi, notamment au niveau des riffs. Nous sommes d’ailleurs arrivés avec beaucoup trop d’idées. On avait en tête le fait d’être dans l’un des endroits les plus prestigieux où tu as l’occasion de jouer dans une carrière, et où l’on peut faire à peu près tout ce qu’on veut par rapport aux guitares. Oui, je pense que tout cela nous a vraiment inspiré et aidé aussi à mettre un pied devant l’autre par rapport à nos propres idées. Cela a indiscutablement rendu l’album meilleur.

L’album est plus sombre que les précédents, avec un contenu aux paroles peut-être plus graves aussi. C’est vrai que le monde est de plus en plus incertain et son équilibre fragile. Est-ce que vous avez puisé dans ce contexte pour composer l’album ?

Oui, un peu, c’est vrai. Par exemple, il y a des thèmes comme celui des gens vraiment toxiques, qui attendent simplement votre réaction et vous regardent sombrer, ou d’autres personnes qui sont dans des relations malheureuses et abusives… Comment naviguer dans tout ça ? Comment y survivre ? C’est un peu tout ça qui se retrouve sur l’album et c’est vrai que ce sont, en effet, des choses très lourdes de sens et pesantes. De ce point de vue, c’est sans doute notre disque le plus intense.

– Après les studios 5150, vous êtes allés terminer l’album en Floride aux studios Barbarosa que vous connaissez très bien. Etait-ce aussi par désir de vous reconnecter à un lieu familier pour apporter la touche finale à l’enregistrement ?

Je pense que cela vient de Michael (‘Elvis’ Baskette, producteur – NDR). Il savait que nous avions terminé la préproduction aux studios 5150 et que cela nous ferait du bien de sortir de notre élément, car il nous influençait d’une certaine façon malgré nous. La préproduction est la partie la plus importante dans la création d’un album, car on prend toutes les idées, les chansons et on les solidifie, tout en sachant que les arrangements jouent un rôle important aussi plus tard. Donc, une fois que c’était fait, il ne restait que l’enregistrement, notamment celui de la batterie. Alors, nous sommes retournés en Floride pour ne pas non plus imposer notre présence à Wolfgang (Van Halen – NDR), afin qu’il puisse aussi utiliser le studio quand il le souhaitait. Et je pense que cela a été une bonne idée de retourner sur la côte Est pour enregistrer les voix et les guitares. Et puis, c’est aussi un endroit plus proche de chez nous, et logistiquement, cela avait donc plus de sens.

– Avec Mark, vous êtes deux guitaristes très affûtés et virtuoses et vous avez d’ailleurs deux styles assez différents. Comment avez-vous travaillé sur ce nouvel album ? Est-ce que chacun est venu avec ses idées et vous les avez confronté ou compléter, ou vous arrive-t-il aussi de composer ensemble, dans la même pièce ?

Cela dépend vraiment beaucoup, car nous sommes très souvent dans des endroits différents dans le pays. Parfois, j’aime laisser les chansons ouvertes en me disant que peut-être Mark, ou quelqu’un d’autre dans le groupe, aura une idée sur telle ou telle partie. Mais cela dépend vraiment des morceaux finalement. Il arrive régulièrement que Mark fasse des démos avec beaucoup de choses déjà abouties et je n’ai juste qu’à ajouter la mélodie. C’est un peu de cette façon que je travaille avec Slash aussi. Il m’envoie ses maquettes et je pose les couplets et les refrains. Mark a beaucoup d’idées et cela aide, bien sûr. Mais il n’y a pas de façon de faire vraiment systématique entre nous. C’est quelque chose qu’on fait depuis longtemps maintenant, et nous réussissons à trouver le meilleur de nous-mêmes comme ça. Je pense qu’il y a plein de façons pour parvenir à construire une bonne chanson.

– ALTER BRIDGE est toujours très pointu au niveau des guitares, bien sûr, mais pas seulement. Et vous restez toujours très fédérateurs dans les refrains et les mélodies. Comment faites-vous l’équilibre et quel est ton regard sur la scène actuelle de ce point de vue ?

Tu sais, nous faisons beaucoup de festivals et je vois peu à peu que les groupes commencent à adopter des voix qui s’éclaircissent de plus en plus, qui tirent vraiment vers le chant clair. Mais c’est cyclique et c’est assez marrant de voir cette évolution. (Sourires) J’aime bien regarder les tendances. Mais il y a toujours aussi des approches très primales, très lourdes et fortes. Et j’aime bien aussi… C’est une tonalité et une approche différentes ! (Sourires)

J’aimerais que l’on dise un mot « Slave To Master », un morceau qui fait presque dix minutes et qui est monumental. C’est d’ailleurs le plus long de votre discographie. Comment a-t-il vu le jour, car vous êtes habituellement plus direct et concis ?

Oui, mais au départ, l’objectif n’était pas d’en faire un morceau si long. En fait, c’était deux chansons distinctes. Une fois que j’avais trouvé les premières minutes du morceau, mon objectif était simplement d’atteindre le pont du titre. Et puis, Mark a eu cette partie vraiment cool, très spontanée qu’on a tous beaucoup aimé. Finalement, on s’est dit qu’on allait la prendre et la mettre à la suite d’une autre que j’avais déjà composé. Et c’est parti comme ça ! (Sourires) Si tu veux tout savoir, initialement, j’allais prendre le solo, puis c’était au tour de Mark. On était en studio et il a commencé à jouer. Il a commencé et c’était vraiment long ! J’ai trouvé ça franchement génial et puis, je n’avais que huit accords à faire. C’était tellement simple à jouer que cela offrait plus de liberté aux solos. Alors, Elvis m’a dit de le jouer avec mon cœur et c’est ce que j’ai fait. A la base, cela aurait du être beaucoup plus court, pas un peu plus de neuf minutes, en tout cas ! (Rires) C’est vrai que je n’y avais jamais pensé, merci de me l’avoir fait remarquer ! (Rires)

– Enfin, et en plus d’ALTER BRIDGE, tu joues parallèlement avec Slash & The Conspirators et en solo, et à chaque fois dans des ambiances différentes. Comment est-ce que tu t’y retrouves et est-ce que distinguer les trois formations se fait naturellement ?

C’est parfois difficile de donner du crédit à ce que j’écris. Est-ce que j’ai déjà fait ça il y a dix ans ? Est-ce que ça vient vraiment de moi ? C’est l’éternelle question. Je pense que le plus important est de rester le plus proche de ce que je suis et de mon ADN musical. C’est de cette façon que j’aborde mes albums solos en tout cas. Ce sont des choses que tu dois explorer, établir et le faire pour toi-même. Ensuite, quand je reviens avec Slash ou ALTER BRIDGE, je fais partie d’un groupe uni et il y a donc l’art du compromis, qui entre en compte. Mais c’est à travers ça que tu créés des choses que tu n’aurais jamais pu faire tout seul. Certains trouveront que c’est mieux quand je compose seul, par exemple. C’est aussi toute la beauté de la subjectivité ! (Sourires) Certaines personnes aiment le chocolat, d’autres c’est plutôt la vanille. Ce que j’essaie de faire, c’est juste de mixer l’ensemble et d’y apporter quelques saveurs pour en faire une bonne glace ! (Rires)

Le nouvel album éponyme d’ALTER BRIDGE est disponible chez Napalm Records.

Photo : Chuck Brueckmann

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums solos de Myles Kennedy :

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Americana Blues Rock

Nico Chona : en quête d’espace

Onze titres pour autant d’ambiances aux notes bleutées sur ce « Sometimes The Tears », qui fait suite à « Old Western Star », paru il y a cinq ans déjà et qui avait fait forte impression. En mode one-man-band, le Lyonnais est de chaque note sur cette nouvelle réalisation enchanteresse. Songwriter affûté et musicien virtuose, NICO CHONA fait le choix d’un style assez épuré et captivant, et évite ainsi avec soin toute démonstration superflue. Un équilibre solide assuré par une voix plein de sensibilité.

NICO CHONA

« Sometimes The Tears »

(Bozeman Records)

Auteur et composteur, mais aussi guitariste, chanteur et batteur, NICO CHONA sait à peu près tout faire. Et cela tombe bien puisque, pour son troisième album, il s’est occupé de tout, y compris de la production. S’il est entièrement seul à l’œuvre sur « Sometimes The Tears », il réussit le tour de force de donner l’impression d’un véritable travail de groupe. Ici, pas de bidouillages, mais beaucoup de fluidité et de chaleur, le tout enregistré par ses soins en analogique et sur du matériel vintage pour encore plus d’authenticité et de proximité. 

Habitué des projets ‘United Guitars’ et animateur d’une chaîne YouTube, NICO CHONA renoue donc avec le format long après « Modern Delta », dernier EP en date sorti en 2021. Et s’il a lui-même le posé ses chansons sur bande, le mix de « Sometimes The Tears » a été confié aux multi-primé Bill Mims, qui a côtoyé des sommités. Toujours à Los Angeles, c’est Gavin Lurssen, autre ponte dans le domaine, qui s’est chargé du mastering. Autant dire que ça sonne et que son Blues Rock délicat aux saveurs Americana est vraiment resplendissant.

Cela dit, c’est presque la moindre des choses vu la qualité des compositions, qui proposent un voyage musical varié et changeant au fil des pistes. Du morceau-titre à « George », qui clot l’album avec classe, NICO CHONA reste chevillé à un Blues sincère, qui lorgne sur le Rock, l’Americana et même le Jazz sur « 7th Avenue ». Pour autant, c’est son style et sa patte qui brille sur « Sometimes The Tears ». Son feeling enveloppe ce bel opus à l’atmosphère très live (« Lilly Honey », « Silver Highway », « Drop Me In A River »). Un beau moment suspendu.

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Classic Hard Rock

Graham Bonnet Band : Englishman in L.A.

Rainbow, Alcatrazz, Michael Schenker Group, Impellitteri, Blackthorne et quelques autres sont autant de groupes prestigieux auxquels est associée la voix inimitable de GRAHAM BONNET. Désormais, c’est avec un quatuor chevronné, affûté et inspiré qu’il distille son Hard Rock aux saveurs Classic Rock. Loin de son Angleterre natale, c’est en Californie qu’il est allé immortaliser un pan de son histoire musicale. Devant un public aux anges, « Lost In Hollywood (Live) » nous renvoie à quelques chefs d’œuvre qui n’ont pas pris une ride.

GRAHAM BONNET BAND

« Lost In Hollywood Again (Live) »

(Frontiers Music)

S’il n’a sorti que trois albums avec le GRAHAM BONNET BAND, le frontman possède l’une des plus belles discographies du Hard Rock et du Heavy Metal étendue sur plus de cinq décennies. Et c’est une partie de ce bel héritage qu’il a interprété le 29 août 2024 au fameux ‘Whisky A Go Go’ sur le Sunset Strip à Los Angeles. En dehors de l’arrivée de Francis Cassol à la batterie, le line-up est le même que sur « Day Out In Nowhere », sorti il y a trois ans, et le courant passe toujours aussi bien sur ce « Lost In Hollywood (Live) ».

Entouré de Conrado Pesinato à la guitare, Beth-Ami Heavenstone à la basse, et Alessandro Bertoni aux claviers, le chanteur passe en revue son magnifique parcours sur ce live qui doit son titre à un morceau d’Alcatrazz du même nom. D’ailleurs, son ancienne formation est bien représentée avec « Eyes of The World », « Night Games », « Too Young To Die, Too Drink To Live » et bien sûr « Lost In Hollywood », qui clot le set. Le GRAHAM BONNET BAND nous fait traverse l’âge d’or du Hard Rock avec beaucoup d’énergie et de classe.

Autre chapitre important pour le Britannique, c’est son passage chez Rainbow dont il reprend « All Night Long », « Makin’ Love » et « Since You’ve Been Gone » comme au premier jour. Le temps d’une reprise de Deep Purple (« Lazy »), et le GRAHAM BONNET BAND fait un crochet par MSG (« Desert Song », « Assault Attack ») pour revenir tout de même sur son récent répertoire (« Imposter »). Ce nouveau live présente une tracklist assez classique, certes, mais jouée avec fougue et précision. Quant à la performance vocale, c’est du grand art !

Photo : Enzo Mazzeo

Retrouvez la chronique de « Day Out In Nowhere » :

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Blues Rock

Thomas Frank Hopper : wild freedom

Imprévisible et très créatif, THOMAS FRANK HOPPER ajoute un magnifique nouveau chapitre à son aventure musicale. Toujours entre Blues et Rock, « Wild Ones Never Die » montre que le Belge est capable d’aller encore plus loin dans un registre parfaitement maîtrisé, où son écriture est encore plus libre, son jeu de guitare sauvage et incisif et ses parties vocales très assurées. Entouré de quelques invités, il élargit encore un peu plus son univers et offre à cette nouvelle production un souffle rafraîchissant.

THOMAS FRANK HOPPER

« Wild Ones Never Die »

(Independant)

Après « Bloodstone » (2021) et surtout « Paradize City » (2023) qui l’a véritablement révélé et qui lui a probablement ouvert les portes du tremplin de l’European Blues Challenge à Memphis où il s’est hissé jusqu’en quart de finale l’an dernier, THOMAS FRANK HOPPER s’est désormais fait une belle place sur la scène Blues Rock de côté de l’Atlantique. Avec « Wild Ones Never Die », le chanteur et guitariste affirme encore un peu plus son style fait de multiples influences et de couleurs artistiques, qui le rendent aujourd’hui très identifiable. Et son crossover entre Rock, Blues et d’autres teintes fait encore des merveilles.

Enregistré en moins de dix jours en Normandie, le musicien livre son album le plus abouti, celui de la maturité peut-être, diront certains. Le songwriting est affûté et inspiré, les structures des morceaux étonnantes et audacieuses et sa fameuse ‘lapboard’ jamais bien loin. Et si le chant de THOMAS FRANK HOPPER a gagné en assurance et en variation, il fait cette fois-ci un peu de place à des guests triés sur le volet et qui apportent un vrai supplément d’âme. Sans faire dans le clinquant, les combinaisons se font avec beaucoup de naturel et dans un feeling partagé et commun.

Du direct et envoûtant « Ready To Thrive » au plus délicat « Zippin Pippin », on pourrait citer tous les morceaux, tant ils diffusent des saveurs particulières. Accrocheur et bardé de refrains entêtants, de guitares flamboyantes et d’un groove irrésistible, « Wild Ones Never Die » se dévoile à chaque écoute (« Freak Show », « Six Feet Underground », « Jackie Brown », « Idiocracy »). Offrant une touche façon Eminem sur « Never Lonely » avec Jacob Miller, saisissant de vérité avec l’excellente chanteuse croate Vanja Sky sur « Wild Birds » et solaire sur « Open Road » avec Meri Lu Jacket à ses côtés, THOMAS FRANK HOPPER régale.

Photo : Loreta Mander

Retrouvez l’interview donné à l’occasion de la sortie de « Paradize City » et la chronique de l’album :

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Contemporary Blues R&B Soul

Greg Nagy : un instant de grâce

Caractérisé par une élégance de chaque instant, que ce soit à la guitare ou au chant, GREG NAGY fait partie de ces bluesmen pour qui le temps semble n’avoir aucune importance. Entouré d’un groupe brillant, et avec même la participation de Bobby Murray, six-cordiste attitré d’Etta James depuis un bon moment, il marie un Blues très contemporain dans un esprit Soul, alternant avec une puissance très bien contenue et un feeling tout en délicatesse et d’une grande finesse. Très intense dans l’interprétation, il fait preuve sur « Just A Little Morte Time » d’une profondeur et d’une sincérité pleine d’émotion.

GREG NAGY

« Just A Little More Time »

(Independant)

Après s’être forgé une solide réputation avec le groupe Root Doctor il y a quelques années en tant que lead guitariste, GREG NAGY s’est légitimement lancé dans une carrière solo. Songwriter aguerri, il donne livre court à ses inspirations et « Just A Little More Time » est déjà son cinquième album sous son nom, depuis « Walk Than Thin Line », sorti en 2009. Solidement ancré dans son époque, l’Américain ne tourne pas pour autant le dos à la tradition et il conjugue Blues, Soul, Rock et R&B avec beaucoup d’authenticité et la même intensité.

Toujours très bien entouré par des musiciens aussi chevronnés que reconnus, GREG NAGY distille avec passion un Blues aux multiples facettes, qu’il va piocher dans des registres assez opposés. Avec sa voix de velours et son jeu fluide et limpide, il se livre à un double exercice sur « Just A Little More Time », à savoir mêler des reprises triées sur le volet, et parfois étonnantes, avec ses propres compositions. Et enregistré avec un groupe hors-norme, dont une section cuivre chaleureuse et d’une grande précision, l’ensemble est rayonnant.

Avec beaucoup de personnalité, GREG NAGY s’approprie des morceaux que l’on redécouvre sous un nouveau jour. Que ce soit « Rainy Night In Georgia » de Tony Joe White (1969), « I’m The Moon » de John Lee Hooker (1951) ou l’inattendu « Only Women Bleed » d’Alice Cooper (1975), le chanteur et guitariste leur offre une impulsion lumineuse sur des arrangements de grande classe. Et il régale aussi et surtout sur ses propres compositions (« Breaking Me », « Between The Darkness And The Light », le morceau-titre et « Big City »). Splendide !

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Hard 70's International Psychedelic Rock Rock 70's Space Rock Stoner Rock

Kadavar : P.R.O.P.H.E.T.I.C. [Interview]

Si de nombreux fans ont pu être déboussolés par les accents Pop du très aérien « I Just Want To be A Sound », sorti il y a tout juste six mois, qu’ils se rassurent, KADAVAR renoue avec le Stoner Rock très Psych et tirant sur le Hard Rock, qui a fait son succès jusqu’à aujourd’hui. Et la nouvelle est d’autant plus belle que les Allemands sont plus inspirés que jamais sur ce « K.A.V.A.D.A.R. », qui s’affiche ici en lettres capitales. En plein milieu d’un triptyque musical mis en œuvre sur le présent album, le quatuor explore une facette plus sombre et chaotique de son répertoire, jetant ainsi un regard acerbe et ironique sur un monde en pleine déliquescence. Non sans humour, Christoph ‘Lupus’ Lindemann, guitariste et chanteur du quatuor, vient apporter quelques éclaircissements sur une démarche que peu avait saisi.

– En mai dernier, vous aviez sorti « I Just Want To Be A Sound ». Et vous aviez déclaré que c’était un album nécessaire. Pour autant, beaucoup de monde ont aussi été surpris par son contenu. Etiez-vous à la fin d’un cycle ?

En fait, je pense que la fin du cycle a vraiment eu lieu au moment de la sortie de « For The Dead Travel Fast » en 2019. C’est ce qui a enclenché un nouvel élan et ouvert une nouvelle page. En ce moment, je dirai que nous sommes au milieu d’un nouveau cycle.

– Six mois plus tard, vous êtes donc déjà de retour avec « K.A.D.A.V.A.R. ». Lequel de ces deux disques est-il celui de la renaissance ? Et puis, sortir un album éponyme avec un titre en majuscule n’est pas anodin, non plus…

Oui, c’est vrai, et cela correspond bien à ce que représente ce nouvel album finalement. Nous nous sommes dit que le nom du groupe serait un bon titre. D’une certaine manière, les deux derniers disques correspondent ensemble, ils sont liés. Ils racontent une histoire commune. Beaucoup de morceaux sont aussi été écrits pour un album plus sonore, et ils ne figurent pas sur le disque. Je dirai que les deux derniers albums sont en fin de compte assez équivalents dans la démarche et dans leur élan.

– Finalement, il n’y a que six mois entre les deux albums. Aviez-vous commencé à travailler sur le nouveau juste après « I Just Want To Be A Sound » ? Ou a-t-il été une sorte de déclic ?

Oui, beaucoup de chansons étaient déjà écrites. Nous avons travaillé dans notre propre studio et c’est aussi plus facile de le faire dans une certaine continuité. Et puis, il n’y avait pas de tournée de prévu, non plus, ce qui nous a laissé du temps. « I Just Want To Be A Sound » avait été réalisé en août de l’année dernière et il n’est sorti qu’en mai. Nous avons donc eu plus d’un an sans obligation particulière, alors nous avons juste continué à composer, à écrire et à enregistrer. Et lorsque l’album est sorti, nous nous sommes dit que ce serait cool d’en avoir un autre pour la tournée qui allait suivre. Et puis, ils se suivent vraiment surtout.

– L’impression que donne ce nouvel album est que KADAVAR retrouve sa pleine puissance et prend même un nouveau départ. Et la première évidence est dans le son, qui a aussi gagné en amplitude. Cela vous a-t-il semblé nécessaire d’enregistrer en analogique pour y parvenir ?

En fait, c’est une manière d’y arriver. Il a plusieurs façons d’obtenir un bon résultat. Pour nous, enregistrer sur bande a toujours été quelque chose de très important, parce que je pense que notre son est vraiment taillé pour ça. Oui, pour nous en tout cas, c’est sans doute nécessaire. C’est vrai que nous avons aussi fait beaucoup d’enregistrement numérique auparavant, mais pour ce nouvel album de KADAVAR, cela ne pouvait se faire qu’en analogique.

– Ce nouvel album a de fortes sonorités Hard Rock et Stoner et les éléments psychédéliques sont aussi très présents. Avez-vous le sentiment d’avoir trouvé une forme d’équilibre dans votre musique ?

Non ! (Rires) J’adorerai, mais je ne pense pas ! (Rires) Tu sais, ce n’est jamais la même chose, chaque album est différent et à chaque fois que nous nous mettons à composer, ce n’est jamais la même chose. Par exemple, quelque chose qui est bien aujourd’hui pourra nous paraître mauvaise le lendemain. Mais je pense que pour cet album, nous y sommes parvenus. Je pense que l’équilibre est bon. J’aurais peut-être pu mettre plus d’éléments psychédéliques, mais ça, c’est juste mon opinion. (Sourires) Comme je te le disais, chaque album est différent, et à chaque fois que l’on commence à écrire, il faut recommencer beaucoup et essayer plein de choses. Il faut trouver de quoi il a réellement besoin. Est-ce qu’il faut qu’il soit plus joyeux, plus lourd, plus rapide ou plus lent ? Est-ce qu’il sera plus psychédélique ou Stoner Doom ? Ce n’est jamais la même chose et tout ça dépend vraiment de l’enregistrement. Une chose est sûre, c’est tout le temps différent.

– « K.A.D.A.V.A.R. » est également sombre et parfois même brutal avec un regard presque cynique sur le monde. Est-ce finalement notre époque qui vous a conduit à composer un album aussi contrasté et direct ?

Oui, c’est sûr. L’album précédent était plus axé sur le son avec beaucoup de travail sur les sonorités et les ambiances. Il était beaucoup plus personnel dans un sens. Tandis que celui-ci est clairement basé sur tout ce qui nous entoure, nos gouvernements, tout ce qui se passe mal dans le monde avec, en point d’orgue, la chanson « Total Annihilation ». Si nous continuons à détruire le monde tel que nous le connaissons, sa chute sera inévitable. C’est vrai que c’est un album très sombre, mais avec un peu d’humour quand même. C’est nécessaire d’avoir un sourire, une vision d’ensemble et une confiance aussi en la vérité et la réalité du monde. Alors, parfois, cela peut être drôle, car on ne peut pas faire grand-chose dans le domaine à titre uniquement personnel. Ce que l’on peut faire, c’est d’en parler en chantant et en espérant que cela finisse par aller mieux à un moment ou un autre… (Sourires)

– Ce nouvel album est aussi le plus varié de votre discographie. Après 15 ans, KAVAVAR a-t-il, selon vous, atteint une certaine maturité artistique qui vous permet d’explorer tous les styles que vous voulez ? Sans contrainte et avec maîtrise ?

Oui, je pense et je l’espère aussi. (Sourires) J’espère que nous sommes aujourd’hui dans une position où nous pouvons jouer la musique que nous voulons et écrire ce que l’on veut écrire… Et que les gens apprécient cela ! J’ai toujours été fatigué et ennuyé par le fait de composer un seul style de musique, car j’aime beaucoup de choses. Et c’est quelque chose avec laquelle j’aime jouer. J’adore tourner autour de ça et le traduire dans les chansons de KADAVAR. C’est vraiment quelque chose qui m’amuse et que j’aime beaucoup faire.

– J’aimerais que l’on parle du morceau « Stick It », qui est un moment fort et très Space Rock de l’album, où il y a même un passage parlé en français. D’où vous est venue cette idée ?

En fait, « Stick It » signifie « Enfonce-le toi dans le cul » ! (Rires) C’est vrai que cela nous est venu d’un truc en français que notre bassiste Simon (Bouteloup – NDR) a écrit. C’est vrai que c’est un morceau très Space Rock, un peu comme ce que faisait Hawkwind dans les années 60 avec ce type de solo, comme un groupe de voyageurs entourés de fleurs avec des fans japonaises… Et en effet, je pense que c’est une autre manière de dire « Fuck Off » ! (Rires) Trop, c’est trop : alors, allez tous vous faire foutre ! C’est une chanson, qui parle de ça, oui… (Rires)

– Par ailleurs, même si « K.A.D.A.V.A.R. » montre un songwriting très élaboré et solide, il donne aussi une impression d’insouciance et de grande liberté. Etait-ce votre état d’esprit au moment de sa composition ?

Oui, c’est toujours le but d’avoir un esprit libre et de laisser notre tête faire le travail, afin que les chansons sortent le plus naturellement possible. Alors, parfois ça marche et d’autres pas. Je pense que nous avons eu plus de facilités à composer ce deuxième album, parce que ce qui avait été fait ne nécessitait pas qu’on y donne une suite. C’était beaucoup plus simple, et il y a avait aussi moins de pression. Cela nous a libéré pour faire l’album parfait, car nous étions vraiment focalisé dessus et sur rien d’autre. Cela a d’ailleurs été très amusant de continuer à écrire et à enregistrer de la manière dont nous le souhaitions et en totale liberté. Et puis, personne ne savait que nous allions sortir un nouvel album, pas même notre label ! C’était donc très rigolo à faire ! (Rires)

– Enfin, ce nouvel album est donc le deuxième d’une trilogie, ou plutôt d’ailleurs d’un tryptique, car ils seront très différents les uns des autres. Ne me dites pas que vous travaillez déjà sur le troisième ? Si ?

Si, c’est vrai. Nous travaillons dessus, mais… (Silence) On verra bien, je ne peux vraiment pas t’en dire plus ! On en parlera quand ce sera terminé ! (Rires) Nous avons des idées, un sujet aussi et nous avons de quelle manière nous allons le faire. Dans l’immédiat, nous avons beaucoup de concerts et c’est ce que nous allons d’abord faire. Nous sommes concentrés là-dessus. Quand nous aurons le temps de nous réunir en studio, nous verrons à ce moment-là vers où on décidera d’aller…

– Parfait, nous avons donc juste six mois à attendre !

(Eclat de rire) Peut-être, c’est possible ! (Rires) Et peut-être qu’il arrivera même avant Noël, qui sait ??? (Rires)

Le nouvel album de KAVADAR, « K.A.D.A.V.A.R. », est disponible chez Clouds Hill.

Photos : Marina Monaco

Retrouvez la chronique de « I Just Want To Be A Sound » :

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Blues International R&B Soul

Robert Finley : creative wisdom [Interview]

S’il a un parcours pour le moins atypique, ce n’est plus ce que l’on retient aujourd’hui de ROBERT FINLEY. De son incroyable rencontre avec Dan Auerbach, moitié de The Black Keys et patron du label Easy Eye Sound, à ses premières tournées, il sort aujourd’hui son cinquième album et il vient marquer une décennie de créativité et la réalisation d’un rêve d’enfant. Avec « Hallelujah! Don’t Let The Devil Fool Ya », le chanteur Soul s’adresse à toutes les générations dans un registre plus Gospel que jamais, fait d’un Blues aux contours très jam, comme s’il laissait un esprit s’emparer de ses nouveaux morceaux. Cette fois aussi, c’est en famille, avec sa fille Christy Johnson, qu’il partage ce nouvel opus. Loin d’être un passage de témoin, c’’est surtout une réunion qui prend tout son sens. Entretien avec un chanteur à la voix de velours, qui a su garder un enthousiasme fou.      

– Il y a dix ans maintenant, ta vie prenait une tournant important avec la sortie de ton premier album, « Age Don’t Mean A Thing ». Ensuite, beaucoup de choses se sont accélérées. Quel est ton état d’esprit aujourd’hui ? Est-ce qu’une certaine routine s’est installée, ou y a-t-il toujours de l’émerveillement dans ton quotidien ?

Cela signifie surtout que les rêves peuvent devenir réalité et je n’ai jamais perdu espoir. Je n’ai jamais abandonné ma fierté, non plus, et je crois toujours en ce que je fais, car c’était vraiment un rêve d’enfance.

– « Hallelujah ! Don’t Tell The Devil Fool Ya » est ton cinquième album en l’espace de dix ans, ce qui est une fréquence assez soutenue. Y a-t-il chez toi la volonté de rattraper le temps perdu, ou au contraire as-tu le sentiment de faire les choses à ton rythme ?

J’ai l’impression que tout arrive en temps voulu. Je n’ai aucun regret là-dessus. Si la même opportunité s’était présentée il y a 20 ou 30 ans, je ne sais pas si j’aurais été mentalement préparé pour ce succès. Donc, mon conseil à tous les jeunes artistes qui commencent est de toujours rester soi-même, car les rêves peuvent se réaliser tôt ou tard.

– D’ailleurs, est-ce que depuis toutes ces années et au fil des albums, il y a des chansons que tu gardais depuis longtemps, et auxquelles tu tenais, et que tu as enfin pu enregistrer ?

Non, tout s’est passé sur le moment. J’ai juste eu cette opportunité de m’exprimer et ce nouvel album est ma façon de dire que j’ai toujours de l’espoir en moi et que je ne l’abandonnerai jamais. Son titre parle pour lui… (Sourires)

– J’aimerais que l’on revienne un instant sur cette rencontre et cette formidable collaboration avec Dan Auerbach et son label Easy Eye Sound. Sans mauvais jeu de mot, est-ce que tu te dis parfois que c’est un petit miracle ? Une sorte d’alignement des planètes finalement ?

Je pense que c’était le début de quelque chose de nouveau. Je gère bien cette collaboration avec Dan et son équipe, car ils n’essayent pas de faire de moi quelqu’un que je ne suis pas. Ils m’acceptent comme je suis et c’est ce que je veux être avant tout, d’autant que personne ne peut mieux le faire que moi-même. Je suis le seul à avoir cet ADN, à porter ce nom parmi des milliards de gens. Donc, je suis le seul à vraiment pouvoir être moi-même. Mon conseil à toutes et à tous est de rester vous-mêmes !

– C’est aussi Dan qui a constitué l’excellent groupe qui t’accompagne sur ce nouvel album et il y règne une osmose et une connexion très particulière. Comment arrive-t-on à un tel feeling entre musiciens ?

Je pense que le plus important est que tout le monde ait pu jouer ce qu’il ressentait. Nous étions tous ensemble et c’est de cette manière que tout est venu. On n’avait pas de plan précis, pas de notes ou de direction particulière. Cela a vraiment été un cadeau et on a tous saisi cette chance. Le bassiste a pu jouer ce qu’il voulait, le guitariste aussi et il s’est vraiment passé quelque chose dans cette connexion, c’est vrai. C’est incroyable que des étrangers se retrouvent dans la même pièce et parviennent à créer un album aussi incroyable.

– Avec ce nouvel album, tu réalises enfin ton rêve qui était de faire un disque entièrement Gospel. Même s’il y a toujours eu des chansons Gospel sur tes albums, pourquoi ne l’avais-tu pas fait avant ? Avais-tu besoin de certitudes et/ou de peaufiner certaines chansons ou certains textes peut-être ?

Quand nous sommes allés en studio, j’ai prié, car je n’avais aucune note. Quand bien même j’en aurais eu, je n’aurais pas réussi à les lire, car je suis presque aveugle ! (Sourires) C’est de là que vient ma foi. J’ai demandé au seigneur ce qu’il attendait de moi et de tout le groupe. J’avais un problème avec les paroles, alors je m’en suis remis à Dieu. Il faut juste croire. Et en croyant, on reçoit. C’est le principal message de ce disque. Ecoutez-le et vous aurez un regard nouveau sur la vie. (Rires)

– Il est bien sûr beaucoup question de Dieu sur cet album, puisque le Gospel y est directement lié. Comment cela se traduit-il au niveau de l’écriture des textes pour les rendre si personnels ? Est-ce ton vécu qui te guide dans ces moments-là ?

En fait, le plus important est ce dont je n’ai pas besoin. Comme je ne peux pas écrire de textes, il faut juste que je parle de la vie, des choses que chacun doit gérer au quotidien. C’est la réalité, finalement. Ce n’est pas quelque chose que j’ai découvert, ce n’est pas un secret. Il faut saisir chaque opportunité et écrire la bonne chose au bon moment. C’est ce que cherche tout le monde et c’est aussi ce qu’attendent d’autres personnes. Lorsque j’ai rencontré Dan Auerbach, je n’avais jamais entendu parler de lui, je ne savais pas qui était The Black Keys, aussi parce que nous sommes issus de générations différentes. Mais quand nous sommes arrivés en studio, il m’a juste dire : sois toi-même. Et c’est tout ce que j’ai toujours voulu entendu toute ma vie ! Quand quelqu’un te dit ça, c’est qu’il apprécie qui tu es. Ensuite, j’ai rencontré beaucoup de gens, car il m’a emmené dans beaucoup d’endroits. J’ai fait de nombreuses premières parties en concert, mais jamais celles des Black Keys. En fait, je jouais au milieu de leurs concerts. Dan disait au public qu’il aimerait me présenter et qu’on m’écoute. J’étais très surpris car, au fond de mon cœur, je n’étais personne aux yeux du monde et de ce public. Ensuite, j’ai vendu beaucoup de disques ! (Rires) On avait besoin l’un de l’autre et nous avons mis les trente ans qui nous séparent de côté. Je cherchais juste l’opportunité de chanter pour tous, tout en restant moi-même et Dan aussi d’ailleurs.

Pour l’anecdote, au tout début, nous avions quatre jours pour enregistrer quatre chansons en studio. C’était la proposition de départ de Dan et il en avait parlé avec mon manageur. Et je les ai faites en quatre heures ! On a bien rigolé ! (Rires) Et durant les trois jours restant, nous avons créé l’album « Gold Platinum », que Dan, Patrick (Carney, batteur et autre moitié des Black Keys – NDR) et Bobby Woods avaient déjà écrit en amont. Nous avons vraiment passé trois jours de plaisir. Ce n’était pas vraiment un travail pour moi d’aller en studio. Je flânais un peu et lorsqu’ils avaient terminé la musique, tous les arrangements, ils m’appelaient pour savoir si j’étais prêt à chanter. Ensuite, nous avons juste parlé de la façon dont j’allais le faire, rien de plus. C’était très simple et j’étais vraiment le plus heureux au monde ! (Sourires)

– D’ailleurs, contrairement à « Black Bayou » qui était plus direct, il règne ici un esprit très jam avec des morceaux qui véhiculent une sorte de transe R&B. Les musiciens prennent aussi possession de plages instrumentales plus importantes et tu te mets un peu en retrait vocalement. Est-ce que c’est le style de l’album qui veut ça, ou ce sont les musiciens qui t’accompagnent, qui ont créé cette nouvelle dimension musicale ?

J’ai adoré ça ! Je ne peux pas prendre le crédit de quelque chose que je n’ai pas créé, car ce sont les musiciens qui ont travaillé ensemble pour obtenir ces chansons fascinantes. Je leur ai dit de laisser la lumière briller et que chacun fasse ce qu’il a à faire. C’est finalement très simple et j’ai adoré partager cet élan, même si ce n’est pas moi qui ai inventé tout ça. C’était la combinaison d’un tout. Tous les gens qui sont crédités sur l’album ont participé à cette création. Ce n’est pas seulement ROBERT FINLEY. Chacun a joué comme il le sentait, et lorsqu’il me manquait quelque chose, ils ont su parfaitement le combler. Nous nous sommes amusés à réaliser l’album, d’autant que tous ont bénéficié d’un moment à eux sur les chansons. Beaucoup de jeunes artistes m’ont demandé durant ces deux dernières années comment j’avais fait pour réinventer un peu le style. Je leur réponds toujours qu’il faut toujours croire en soi-même et ne jamais oublier ses rêves. Et on n’est jamais trop vieux pour les réaliser ! (Sourires)

– Cette fois, ta fille Christy Johnson, qui est également chanteuse, est présente sur l’ensemble de l’album et jusque sur la pochette. Comment s’est passée cette collaboration familiale ? J’imagine que cela rapproche aussi un peu plus…

Tu sais, ma fille chante le Gospel depuis ses deux ans. C’est comme cela que nous l’avons élevé, elle n’avait pas vraiment le choix ! (Sourires) C’est dans la famille : sa mère, sa grand-mère, tout le monde chantait du Gospel. Ma mère avait un groupe qui s’appelait The Harmonified et c’est là que j’ai commencé à chanter. Tout le monde était dans le groupe, les frères, les sœurs, les fiancés, la belle-famille… Et ça marchait tellement bien que tous les enfants aussi voulaient chanter dans le groupe, ce qu’on a fait plus tard avec Brother Philly And The Gospel System. On chantait en direct à la radio chaque samedi matin et les sponsors ont commencé à s’y intéresser. Christy était la voix que tout le monde voulait entendre sur KMAR Radio à Williamsburg en Louisiane, alors qu’elle était si jeune. Et ensuite, nous avons fait des concerts dans les années 70 et 80. Tout vient de là… (Sourires)

– Enfin, tu as aussi beaucoup tourné ces dernières années, et  notamment en France où tu étais tout ce mois d’octobre. As-tu créé un lien particulier avec le pays et avec le public français ?

Partout où je vais, c’est la même chose. Je ne me contente pas de chanter, de prendre l’argent et de m’en aller. Le plus important, ce sont les gens sans qui ma carrière n’existerait pas. Je prends des photos avec des fans de 8 à 80 ans et il n’y a jamais un sentiment négatif. C’est une belle récompense. Le secret est de toujours rester humble et concentré. C’est la clef du succès…. Et ça commence au plus jeune âge, dans le jardin d’enfants. Et c’est quelque chose qu’il faut entretenir toute sa vie, à chaque étape. Tu sais, ici en France, je ne comprends grand-chose à ce qu’on peut me dire, mais je vois les sourires sur les visages et dans les voix. Ma musique les touche au cœur et c’est la plus belle chose pour moi. Je représente juste la vérité, et la vérité vous libère. Cette hospitalité me touche beaucoup, car je suis accueilli tel que je suis. Je ressens tout cet amour dans les applaudissements, dans les sourires… Je ne sais pas comment le dire, mais j’aime la France ! (Sourires)

Le nouvel album de ROBERT FINLEY, « Hallelujah! Don’t Let The Devil Fool Ya », est disponible chez Easy Eye Sound.

Photos : Jim Herrington (1, 2, 4, 5)

Retrouvez la chronique de « Black Bayou » :

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Heavy Stoner Prog International

Howling Giant : ascensionnel [Interview]

Toujours aussi progressif et s’engouffrant même dans des fulgurances cosmiques fortes et aériennes, le jeu des Américains atteint de nouveaux sommets. Avec « Crucible & Ruin », un cap est franchi par le combo de Nashville dans la maîtrise du songwriting notamment, mais aussi avec l’arrivée d’un nouveau membre à la guiatre et claviers, qui va permettre au désormais quatuor du Tennessee de s’élever encore un peu plus. Entouré d’une équipe de producteurs redoutables, HOWLING GIANT multiplie les mélodies accrocheuses et met en avant une maîtrise technique incroyable, qui lui permet à peu près tout. Le Heavy Stoner Prog du groupe prend de la hauteur et Tom Polzine (guitare, chant) ne cache pas sa grande satisfaction. Entretien.

– Ce troisième album sort dix ans après votre premier EP éponyme. C’est un cap souvent important dans la vie d’un groupe. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur cette première décennie de HOWLING GIANT ? 

Ces dix dernières années ont été formidables. Je pense que nous avons accompli bien plus que ce que j’espérais et il nous reste encore tellement de choses à faire. Découvrir la musique que nous avons pu composer ensemble a été une expérience incroyable et j’ai hâte de voir où cela nous mènera. Et j’espère aussi que nous reviendrons bientôt en France !

– Une chose est sûre, c’est que « Crucible & Ruin » est votre album le plus abouti, grâce notamment à un songwriting très créatif et efficace. Avez-vous changé votre façon d’aborder les morceaux, ou est-ce au contraire le fruit de toutes ces années de travail ?

Je pense que notre processus de composition évolue constamment. Je suis vraiment fier de tout le travail que nous avons accompli jusqu’à présent, et « Crucible & Ruin » n’est que la prochaine étape de notre parcours créatif. Nous n’avons pas nécessairement abordé cet album différemment de « Glass Future » du point de vue de la composition, mais nous aimons avoir un thème, ou du moins des images fortes en tête, lorsque nous composons. « Crucible & Ruin » a une ambiance thématique différente de celle de « Glass Future », et la composition s’y est forcément adaptée d’elle-même.

– Il y a quelques changements qui entourent ce nouvel album à commencer par l’arrivée aux claviers et à la guitare d’Adrian Lee Zambrano. C’est vrai qu’il apporte beaucoup de relief et de nouvelles tessitures au son de HOWLING GIANT. Est-il le membre qui manquait au groupe pour élever un peu plus son niveau de jeu, et en quoi sa première contribution a-t-elle consisté ?

Adrian est un musicien incroyablement talentueux et nous avons vraiment de la chance de l’avoir parmi nous. Lorsque nous l’avons intégré au groupe, l’album « Crucible & Ruin » était déjà pratiquement terminé, mais il a pu apporter sa contribution en ajoutant des sonorités et des nuances auxquelles nous n’avions pas pensé. Je pense que ces ajouts ont vraiment apporté une touche spéciale à cet album et ont contribué à donner vie à ces morceaux.

– Cette deuxième guitare apporte bien sûr de la puissance à l’ensemble, ainsi qu’un nouvel équilibre au groupe et il en ressort beaucoup de force. Cela vous ouvre aussi de multiples possibilités. Est-ce que, justement, vous avez pu expérimenter des choses inédites pour vous jusqu’à présent dans l’écriture ou le son ?

Lorsque j’enregistre un album, j’adore ajouter des couches de guitare supplémentaires et j’ai toujours inclus des harmonies complémentaires. Le problème, c’est que lorsque nous jouons en concert à trois, nous devons interpréter une version du morceau qui ne correspond pas toujours à l’enregistrement. Cette harmonie de guitare supplémentaire manquait jusqu’à présent. Maintenant qu’Adrian fait partie du groupe, nous pouvons les inclure, ce qui apporte une nouvelle dimension à nos performances live. Je suis impatient d’écrire le prochain album avec lui, en partant de zéro. Attendez-vous à plus de riffs et à plus de lignes mélodiques harmonisées ! Et j’en suis ravi.

– Pour conclure sur ce sujet, qu’est-ce que la formule à quatre a véritablement changé pour HOWLING GIANT, car celle du power trio est souvent synonyme de spontanéité ?

Je trouve qu’un groupe de quatre musiciens a un son plus ample sur scène et nous permet d’explorer des compositions plus complexes. Jouer en trio a son charme, mais cela comporte aussi des limites. Je pense que la version à quatre musiciens de HOWLING GIANT va nous ouvrir de nouvelles perspectives exceptionnelles.

– Pour la première fois, vous avez même quitté le « Bunker » où vous avez toujours enregistré vos albums, pour vous retrouver aux Almish Electric Chair Studios d’Athens en Ohio. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ? C’était le bon moment pour sortir d’une certaine zone de confort et peut-être aussi de tourner une page ?

Nous savions dès le départ que nous voulions que notre prochain album présente une qualité sonore améliorée du point de vue de la production. A chaque album que nous sortons, nous souhaitons montrer une certaine progression, ou évolution, de notre son et Neil Tuuri des studios Amish Electric Chair a fait un travail extraordinaire pour nous aider à atteindre cet objectif.

– Justement, vous avez aussi travaillé cette fois avec Neil Tuuri, Kim Wheeler et James Sanderson. Est-ce que cette nouvelle équipe vous a ouvert des perspectives, car « Crucible & Ruin » est plus progressif, entre autres ? Et y a-t-il eu un travail particulier sur les atmosphères et les arrangements notamment ?

C’est vraiment l’équipe de rêve ! Neil nous a aidés à enregistrer les meilleurs sons possibles et a mixé cet album à la perfection. Kim nous a permis d’obtenir certaines des meilleures pistes vocales que nous n’ayons jamais enregistrées et ses conseils sur l’équilibre du mixage ont été inestimables. James Sanderson est l’un de mes meilleurs amis depuis longtemps et l’un des meilleurs auteurs-compositeurs que je connaisse. Son apport créatif nous a permis de donner une dimension supplémentaire aux chansons sur lesquelles nous travaillions. Je me sens vraiment chanceux d’être entouré de personnes aussi talentueuses et cela me donne beaucoup de confiance pour l’avenir de nos prochains albums.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot au sujet de « Beholder » que vous avez décliné en deux parties : « Downfall » et « Labyrinth ». Quel a été le déclic pour vous lancer dans un tel morceau qui sort vraiment des standards habituels, et comment vous y êtes-vous pris pour sa composition ? Etait-ce un bloc peut-être trop long que vous avez préféré scinder en deux ?

Les morceaux « Beholder I » et « Beholder II » ont été composés individuellement, mais ils illustrent l’influence d’un personnage particulier au sein du concept de l’album. « Beholder I » annonce l’arrivée d’une entité chaotique lovecraftienne issue de l’abîme cosmique, et « Beholder II » dépeint l’humanité vivant dans les conséquences d’un monde ravagé par l’impact de cet événement.

Le nouvel album de HOWLING GIANT, « Crucible & Ruin », est disponible chez Magnetic Eye Records.