Avec deux récentes réalisations studio qui ont définitivement acté son retour au premier plan, ce fleuron du Heavy Metal français aborde ses concerts avec une inébranlable confiance renforcée par un line-up racé et des fans toujours fidèles au rendez-vous. Entre incontournables et nouveaux morceaux, ce SORTILEGE 2.0 a mis le feu à une foule reprenant en chœur les refrains et ravie de retrouver le quintet dans une configuration éblouissante avec un répertoire taillé pour la scène.
SORTILEGE
« Coram Populo »
(Verycords)
Son frontman et parolier, Christian ‘Zouille’ Augustin, l’avait annoncé : ce live au Forum de Vauréal allait être mémorable. Et il n’avait pas menti, puisque devant un public entièrement acquis à sa cause, SORTILEGE a sorti le grand jeu en livrant un set époustouflant avec même quelques surprises du chef à la clef. Après un retour en grande forme en 2021 avec « Phoenix », suivi en mars dernier de « Apocalypso », le groupe affiche un Heavy Metal musclé et très actuel. Une vraie renaissance pour ce groupe français devenu mythique.
Avec un parcours assez chaotique malgré des débuts fracassants il y a 40 ans, le quintet a vu son line-up renouveler, mêlant jeunesse et expérience, et c’est avec une vigueur retrouvée et qui l’a même transformé que SORTILEGE sort son premier album live. Une première réussie dans les grandes largeurs, tant la captation (dispo aussi en DVD avec le set du Hellfest 2022) bénéficie d’une prise de son irréprochable, qui colle parfaitement à la massive production du dernier opus, tout en conservant l’authenticité du combo.
Pour marquer les esprits et surtout ravir ses fans, une superbe setlist, alliant les classiques du groupe et les nouveaux titres, a été soigneusement élaborée. Du dernier opus, SORTILEGE a livré « Attila », « La Parade Des Centaures » avec Stéphane Buriez en guest, ainsi que « Vampire » et le morceau-titre. Julian Izard d’Existance a rejoint le combo sur « Le sacre Du Sorcier », puis « Sortilège ». Et la magie a opéré aussi et surtout sur « Amazone », « Toujours plus Haut », « Majesté », « Mourir Pour Une Princesse » et « Métamorphose ».
C’est toujours avec la même intensité que les îliens de THE VINTAGE CARAVAN livrent chacune de leurs réalisations. Depuis leur premier album éponyme en 2011, le chemin est déjà long, car les trois jeunes musiciens n’ont eu de cesse de se produire sans relâche. Cela valait donc bien un témoignage discographique de ces prestations endiablées, et c’est dorénavant chose faire avec « The Monuments Tour », dont la très belle production offre une immersion totale au cœur du Hard Blues 70’s du combo.
THE VINTAGE CARAVAN
« The Monuments Tour »
(Napalm Records)
Depuis plus d’une décennie maintenant, le jeune trio enflamme toutes les scènes où il se produit et qu’il arpente avec une énergie, une fougue et une assurance déconcertantes. Enraciné dans des années 70 qu’ils n’ont pourtant pas connu, les Islandais ont parfaitement assimilé les codes, les sonorités et surtout l’état d’esprit très jam de cette époque. Et avec une petite touche progressive supplémentaire, le Hard Blues de THE VINTAGE CARAVAN fait plus que respecter un genre, il lui apporte une bonne dose de modernité.
Affichant aujourd’hui cinq albums studio à son compteur, le groupe montre une évolution constante et pourtant son répertoire reste très homogène. D’ailleurs, « The Monuments Tour » parcourt toute sa discographie à travers 13 morceaux parfois réarrangés, mais pour l’essentiel très fidèles aux versions originales. Grâce à des performances explosives dans les plus grands festivals européens, THE VINTAGE CARAVAN maîtrise complètement son sujet et se fait même plaisir sur des improvisations étincelantes tout en feeling.
Capté lors de leur récente tournée l’an dernier, « The Monuments Tour » est une sorte de voyage musical sur fond de psychédélisme, où le Classic Rock et le Blues Rock font cause commune. Puissant et plein d’audace, le set proposé n’élude aucun disque et même si les morceaux sont issus de différents concerts, THE VINTAGE CARAVAN s’affirme avec détermination et fluidité (« Whispers », « Cristallized », « Can’t get You Off My Mind », « Psychedelic Mushroom Man », « Expand Your Mind », « Clarity »). Vivifiant !
Photo : Tjeerd Derkink
Retrouvez l’interview du groupe à la sortie de l’album « Monuments » :
CORELEONI a enfin pu reprendre le chemin des concerts l’an dernier juste après la sortie de son troisième album. L’occasion pour nos chevronnés hard rockeurs de regoûter aux joies et aux plaisirs de la scène, de revenir au contact de leurs fans et par la même occasion de voir leur nouveau chanteur à l’œuvre et à l’épreuve du feu. Opération réussie et plus que concluante grâce à un plaisir palpable des deux côtés. « Alive » renoue avec talent avec la réalité et la vérité des albums live.
CORELEONI
« Alive »
(Metalville)
Après avoir laissé une empreinte forte avec Gotthard sur la scène européenne, Leo Leoni a fondé CORELEONI, où il fait régulièrement revivre son ancien groupe, mais aussi et surtout avec lequel il livre un nouveau répertoire. Toujours mélodique, mais moins commercial (si cela veut encore dire quelque chose !), il a sorti trois albums, dont deux avec Ronnie Romero. Et avec toute l’affection que j’ai pour ce dernier, son remplaçant, Eugent Bushpepa, lui tient la dragée haute, jusqu’à le faire oublier.
L’an dernier, le chanteur albanais a fait sa première apparition sur « III » et c’est dans la foulée que le quintet a pris la route et c’est donc la période durant laquelle « Alive » a été enregistrée lors de plusieurs concerts donnés en mars 2022 dans le cadre du ‘Rock Generation Tour’. On y retrouve évidemment quelques compos de Gotthard (« Sister Moon », « All We Are », « Mountain Mama », « Here Come The Heart »), mais CORELEONI est loin d’être en reste et l’énergie déployée correspond parfaitement à l’ambiance live.
C’est en ouvrant leurs concerts avec « El Padrino », le thème du ‘Parrain’, que les Helvètes mettent leur public en condition et le choix est bien sûr judicieux et évident. Très à l’aise, le frontman harangue la foule dès « Higher » et CORELEONI se lance dans une setlist de 13 titres sur lesquels le duo de guitaristes (Leo Leoni et Jgor Gianola) se fait vraiment plaisir (« Standing In The Light », « Downtown », « Firedance », « Purple Dynamite »). Le groove imparable de la rythmique fait ronronner l’ensemble et la puissance des refrains fait le reste.
Dès la fin des confinements, la virtuose ERJA LYYTINEN a repris le chemin des concerts avec une énergie folle et une incroyable intensité. C’est chez elle, en Finlande, qu’elle a immortalisé « Diamonds On The Road – Live 2023 » le 11 mars dernier. Parfaitement capté et remarquablement produit, c’est une véritable immersion que propose la chanteuse et songwriter scandinave. Un pur moment d’émotion gorgé de feeling.
ERJA LYYTINEN
« Diamonds On The Road – Live 2023 »
(Tuohi Records)
Considérée à juste titre comme l’une des meilleures performeuses live actuelles en matière de Blues Rock, la Finlandaise vient confirmer sur « Diamonds On The Road » l’étendue de sa vaste palette. Ce double-album enregistré à Rytmikorjaemo, Seinäjoki, est déjà le quatrième qu’elle capture sur scène et il vient s’ajouter à ses douze albums studio. Alors que le précédent, « Lockdown Live », reste un témoignage de la période de la pandémie, on retrouve ici ERJA LYYTINEN dans une salle comble et électrisée.
Devant un public totalement acquis, la blueswoman balaie son répertoire avec talent en alternant des morceaux de ses anciens disques avec le dernier en date, « Waiting For The Daylight », qui est largement représenté pour le plus grand plaisir de ses fans… et le nôtre ! ERJA LYYTINEN reprend aussi à son compte le « Crosstown Traffic » de Jimi Hendrix avec beaucoup de personnalité. Long d’une heure et demie, « Diamonds On The Road », nous plonge littéralement au coeur du concert.
Ce qui est aussi assez renversant avec ce double-album, c’est de mesurer l’évolution de la guitariste, qui utilise jusqu’à six instruments différents qu’elle adapte aux titres joués. Son jeu est varié, explosif et l’on décèle même des touches Hard Rock, histoire d’apporter encore plus de puissance à son set. ERJA LYYTINEN nous gratifie également d’un inédit chanté en Finnois (« Vaïnämöinen Tuonelassa ») inspiré du tableau du peintre Pekka Halonen et dans une ambiance très Folk Metal. Brillante… une fois encore !
Photo : Peter Verstraeten
Retrouvez la chronique du dernier album studio de l’artiste :
Avant de reprendre le chemin des concerts (d’ailleurs a-t-il seulement arrêté ?) pour des prestations qui s’annoncent hors normes, sur mer comme sur terre et y compris avec le fameux Black Country Communion, le guitariste et chanteur se fait plaisir avec un deuxième volume de son « Blues Deluxe », paru en 2003. JOE BONAMASSA nous gratifie de huit magnifiques reprises et de deux originaux inédits, le tout avec la virtuosité et le feeling devenus sa signature.
JOE BONAMASSA
« Blues Deluxe Vol.2 »
(J&R Adventures/Mascot)
Afin de se rappeler au bon souvenir de son album « Blues Deluxe » sorti il y a 20 ans et qui l’a célébré dans le monde entier, JOE BONAMASSA nous offre un second volet tout aussi brillant et inspiré par les artistes qui ont façonné son style. C’est aussi une façon pour l’Américain de jeter un regard sur une carrière exceptionnelle, où il s’est hissé parmi les bluesmen aussi incontournables que prolifiques. Il faut reconnaître que le chemin parcouru en deux décennies est défiant, tant il incarne aujourd’hui le renouveau du Blues.
Composé donc pour l’essentiel de reprises, « Blues Deluxe Vol.2 » donne toute la mesure de la progression (et oui !) de JOE BONAMASSA en tant que guitariste bien sûr, mais surtout comme chanteur, un rôle qu’il avoue avoir toujours du mal à pleinement assumer. Pourtant, la maturité de son chant est incontestable, tout comme la finesse et la précision de son approche des standards qu’il interprète ici. Et au-delà bien sûr de la qualité de la production, les arrangements sont comme toujours très soignés.
De Bobby ‘Blue’ Bland à Fleetwood Mac en passant par Guitar Slim et Albert King, JOE BONAMASSA revient à ses premières amours, celles qui ont forgé son identité de bluesman. Repris avec toute l’élégance qu’on lui connait et avec beaucoup d’humilité, ces huit morceaux cohabitent avec deux originaux. « Hope You Redize It (Goodbye Again) » a été composé avec Tom Hambridge, tandis que son complice et guitariste Josh Smith signe « Is It Safe To Go Home ». Une fois encore, c’est du grand luxe !
Fondateur et garant de l’identité si particulière de WISHBONE ASH, Andy Powell perpétue avec élégance et inspiration l’héritage de son groupe, qui traverse le temps comme si de rien n’était. Entre Classic Rock, Hard Rock et avec un soupçon de Prog, les Anglais reviennent avec une surprise de taille. Mark Abrahams montre son évidente complicité à la guitare avec son leader, tandis que Bob Skeat (basse) et Mike Truscott (batterie) offrent une rythmique étincelante tout au long de ce « Live Dates Live » hors-norme.
WISHBONE ASH
« Live Dates Live »
(Steamhammer/SPV)
Quelle drôle d’idée que de rejouer en live un album live sorti il y a 50 ans déjà ! C’est pour célébrer cet anniversaire et surtout remercier ses fans que WISHBONE ASH s’est lancé dans cette belle aventure… jusqu’à faire écho à la pochette du « Live Dates » sorti en 1973 (une bien belle année !). Et histoire de bien faire les choses, les Anglais ont décidé de réinterpréter les morceaux dans le même ordre, avec la même envie et un talent toujours intact. Seul rescapé du line-up originel, le grand Andy Powell tient toujours les reines au chant et à la guitare bien sûr, et ses trois complices ne sont pas en reste, non plus.
Ce grand classique des Britanniques a donc été enregistré il y a tout juste cinq décennies et ils avaient même pu bénéficier du studio mobile des Rolling Stones pour l’immortaliser lors d’une longue tournée. D’ailleurs, aujourd’hui encore, la production de l’époque reste tout à fait honorable. A ce moment-là de sa carrière, le groupe était considéré comme l’un des meilleurs de son registre sur scène… une réputation largement conservée. WISHBONE ASH y interprète des titres figurant sur les albums « Argus », « Wishbone Four » et « Pilgrimage », ainsi que leur succès « Blowin’ Free » et, bien sûr, l’incontournable « Phoenix » et ses 14 minutes.
Cette fois, c’est en dehors du Royaume-Uni et plus précisément au Daryl’s House Club de Pawling dans l’état de New-York que le quatuor s’est installé pour revisiter son mythique album. Et le résultat est plus que convaincant. L’intention de WISHBONE ASH n’est pas tant de donner un ‘coup de neuf’ à la première version, mais au contraire de la respecter et de conserver l’esprit et la philosophie d’antan. « Live Dates Live » ne sent pas la naphtaline, très loin de là, et c’est toujours un grand plaisir de réécouter « The King Will Come », « Warrior », « Rock’n Roll Widow », ou encore « The Pilgrim » et « Jail Bait ». La classe est la même et le temps n’a aucune emprise !
Authentique, direct et sincère, le songwriter a fait de la ‘Grande Pomme’ son terrain de jeu pour s’étendre aujourd’hui bien plus loin. Pourtant c’est chez lui que POPA CHUBBY et son BEAST BAND ont enregistré ce somptueux double-album live, le premier aussi sur le label du guitariste Mike Zito. Et même certains morceaux sont shuntés de manière assez maladroite, ce drôle de concert tient toutes ses promesses et tient aussi en haleine pendant 2h15.
POPA CHUBBY AND THE BEAST BAND
« Live At G. Bluey’s Juke Point NYC »
(Gulf Coast Records)
Personnage incontournable de la scène Blues mondiale, le New-Yorkais au toucher si particulier et unique s’est fait plaisir avec ce double-album live, qu’il a lui-même mixé et produit. Première réalisation aussi chez Gulf Coast Records pour POPA CHUBBY et son BEAST BAND et le résultat est assez phénoménal. Il faut aussi dire qu’il s’est mis dans les meilleures conditions, puisque « Live At G. Bluey’s Juke Point NYC » a été enregistré les 24 et 25 octobre dernier devant 25 heureux privilégiés chaque soir.
Entouré de ses fines gâchettes, le bluesman déroule son jeu, longuement, avec le même enthousiasme et la même énergie que s’il jouait devant 5.000 fans. Sont à ses côtés Michael Merritt (basse), Mike Dimeo (claviers) et Stefano Giudici (batterie). Tous à l’unisson, l’ensemble est d’une incroyable fluidité, même lorsque POPA CHUBBY décide d’improviser… ce qui lui arrive très souvent. Et que ce soit vocalement ou à la guitare, l’Américain se montre d’une diversité qui surprend encore et toujours.
Enregistré dans le complexe artistique de son ami Glenn Forrest à Long Island, Mr Horowitz parcourt son répertoire tout en réservant quelques surprises avec le feeling et la virtuosité qu’on lui connait (« Another Ten Years Gone », « Dirty Lie », « 69 Dollars », « It’s A Mighty Hard Road », « Embee’s Song », « Sweat »). Et malgré une bonne trentaine d’albums à son actif, POPA CHUBBY aime toujours autant revisiter quelques classique qu’il s’approprie avec sa verve légendaire (« Motorcycle Mama », « Hey Joe », « Over The Rainbow », « Hallelujah » et même le thème du « Parrain »).
Génial et infatigable groupe de scène, ROBERT JON & THE WRECK aime également beaucoup les studios. Avec cette troisième réalisation (dont un Live) en quelques mois, le quintet viennent compléter « One Of A Kind » avec quatre nouveaux très bons titres, qui sentent bon le Southern Rock de la côte ouest américaine, dont le soleil brille tout au long de ce « Ride Into The Light », malgré tout un peu court.
ROBERT JON & THE WRECK
« Ride Into The Light »
(Journeyman Records)
L’incroyable ascension de ROBERT JON & THE WRECK ne doit rien au hasard. Il y a le talent bien sûr, mais aussi et surtout le travail. Et être aussi prolifique tout en maintenant un tel niveau d’exigence est remarquable à plus d’un titre. Depuis leur signature sur le label de Joe Bonamassa, Journeyman Records, les Californiens ont sorti l’EP « One Of A Kind » et le « Live At The Ancienne Belgique » à quelques semaines d’intervalle seulement, tout en assurant de très nombreux concerts.
Entre ses tournées aux Etats-Unis et les allers-retours en Europe, ROBERT JON & THE WRECK ne se laisse pas vraiment de répits. C’est donc avec un certain étonnement que j’ai pris la nouvelle de la sortie de « Ride Into The Light » il y a quelques semaines. Déjà ? D’autant que chez Bonamassa, on n’est pas du genre à faire les choses à moitié et la qualité prime toujours sur la quantité. D’ailleurs, les artistes qu’il a signé sont là pour l’attester. Et puis, tout s’est éclairé…
Un rapide coup d’œil sur la tracklist suffit à comprendre que le quatre-titres sorti en mars a été complété par quatre inédits. On ne va pas s’en plaindre, mais ça va mieux en le disant, surtout que « Ride Into The Light » ne dure qu’une petite demi-heure. A la décharge de ROBERT JON & THE WRECK, ces nouveaux morceaux sont admirablement bien produits (Don Was, Dave Cobb, Kevin Shirley, Bonamassa et Josh Smith). Reste maintenant à se régaler des concerts à venir et attendre patiemment le prochain album…
Photo : Blackham Images
Le groupe se produira le 29 septembre prochain à la salle Cap Caval de Penmarc’h (29) et les billets sont toujours disponibles :
Depuis le très bon « Shock », dernier album studio du groupe sorti en 2019, TESLA avait juste sorti un Live acoustique avant de reprendre le chemin des concerts après la pandémie. Et c’est assez logiquement donc que le groupe de Sacramento revient avec un nouvel opus… live ! Une nouvelle occasion de se délecter de ce concert plein de fougue avec ce « Full Throttle Live ».
TESLA
« Full Throttle Live »
(Tesla Electric Company Recordings Inc.)
C’est toujours un vrai bonheur de voir arriver un nouveau disque de TESLA, et en ce qui concerne les Live, les Californiens ne déçoivent jamais. C’est d’ailleurs le septième enregistrement en public du groupe depuis « Five Man London Jam (Live At The Abbey Road) » sorti il y a trois ans. Cette fois, les Américains offrent un visage plus costaud, très électrique et bourré d’énergie. Une belle claque !
Enregistré l’an dernier dans le Dakota du Sud lors du rassemblement de bikers ‘Sturgis Bike Rally’, « Full Throttle Live » est un concentré explosif qui reflète parfaitement l’esprit de TESLA avec son côté si spontané et tellement Rock. A la batterie, Troy Luccketta a momentanément laissé sa place à Steve Brown, frère de l’ancien batteur de Dokken, qui livre également une bonne performance.
Ouvrant pied au plancher avec « Miles Away », on est immédiatement (et comme d’habitude !) saisi et hypnotisé par la fabuleuse voix de Jeff Keith, qui offre une grande prestation. TESLA parcourt son répertoire récent (« Time To Rock », « Cold Blue Steel »), n’oublie pas ses classiques (« Call It What You Want », « Lazy Days, Crazy Nights », « Edison’s Medicine ») et donne sa version inédite de « S.O.S. (Too Bad) » d’Aerosmith. Foudroyant !
Avec son caractère bien trempé et une virtuosité sur laquelle on ne reviendra pas, ANA POPOVIC est probablement l’une des plus grandes blueswomen de son temps. Grande guitariste et chanteuse hors-pair, la Serbe s’est imposée au fil d’albums de plus en plus affinés à travers lesquels elle affirme également de plus en plus sa forte personnalité. Avec « Power », son treizième album, la musicienne et son incroyable groupe libèrent des ambiances savoureuses, le tout dans une atmosphère de liberté et de bien-être. Entre deux concerts, cette grande Dame du Blues m’a fait le plaisir de répondre à quelques questions avec toute la franchise qu’on lui connait. Entretien.
Photo : Brian Rasic
– Après avoir vaincu la maladie, tu reviens avec un album fantastique et vraiment lumineux. Il faut une volonté incroyable pour obtenir un tel résultat aussi stupéfiant. Est-ce que tu perçois « Power » comme un symbole et un moment unique de ta carrière ?
Absolument. Cela a été un réel ‘entraînement ‘ pour moi et un ‘carburant’ pour mon âme. J’y ai mis tout ce que j’avais ! Le processus a été très enrichissant. Le simple fait de le concevoir m’a donné tellement de joie et cela a aussi guéri ma douleur dans les moments difficiles. Je l’ai abordé très sérieusement. Je ne voulais rien de faible sur le disque. De chaque musicien, de chaque partie, de chaque arrangement et à chacune des performances, je voulais TOUT donner et j’attendais aussi le meilleur des musiciens.
– Justement, le titre de l’album est très évocateur et les morceaux parlent aussi de cette force dans l’unité à travers l’amitié et l’acceptation de l’autre. Est-ce que les épreuves que tu as traversées t’ont donné un regard nouveau sur la société et notre époque ?
Oh non, j’ai toujours eu cette perspective. Buthel (Burns, bassiste – NDR) et moi avons grandi dans des foyers différents. J’ai grandi dans une famille aimant la musique et la fête en Serbie, et lui dans une famille aimant la musique et la fête dans le Michigan. Mais nous avons tous les deux le même goût pour la musique. Par exemple, nous aimons des thèmes de l’unité et de l’acceptation, ce que l’on peut aborder à travers la musique. Nous avons tous les deux adoré le ‘Live Aid’, quand le monde entier se réunissait pour aider l’Afrique. Et aussi, Paul Simon et son groupe africain, les duos d’Aretha Franklin avec différents artistes, ou lorsque Stevie Wonder pose un regard émouvant sur la vie. C’était donc le bon moment pour s’attaquer à tous les maux du monde : l’injustice sociale, le racisme, la lutte des femmes pour l’acceptation et leurs libertés, les droits des LGBT… Vivez et laissez vivre ! Cela a toujours été ma devise.
Photo : Brian Rasic
– Tu as composé l’album avec ton bassiste et directeur musical Buthel et, entre Los Angeles et Amsterdam où tu te soignais, les choses n’ont pas du être simples. Comment as-tu vécu cette expérience inédite et est-ce que tu penses que « Power » aurait eu le même éclat dans une configuration plus ‘normale’ ?
Oui, je pense que cela aurait été le cas. Après tout, nous travaillions déjà sur ces chansons avant que je sois diagnostiquée. Mais cela a sûrement apporté de l’intensité et plus de sensations aux chansons, c’est sûr. On peut dire que « Power » a été habité par les événements de ma vie personnelle, bien sûr. Mais les chansons et leurs messages positifs auraient été là quoiqu’il en soit. Nous avions commencé à écrire ces chansons avant mon traitement et nous avions des bribes de morceaux qui avaient juste besoin d’une touche finale, au contraire d’autres qui ont été composées à partir de zéro. Mais ce que cette période m’a offert, c’est une envie de les terminer et de livrer un bilan positif à travers un excellent disque, déjà pour moi-même en premier lieu. Si cela avait été mon dernier disque, pour une raison quelconque, quel genre de message aurais-je laissé derrière moi ? C’est en tout cas la question que je me suis toujours posée pour chaque album.
– On sent un engagement total sur « Power » et pourtant il s’en dégage beaucoup de sensibilité, de délicatesse et même de douceur. Tu n’as été tentée d’écrire un album plus nerveux et plus musclé compte tenu des circonstances, peut-être en guise de rébellion ?
J’ai fait exactement ce que je voulais ! Le disque a tout pour plaire. « Luv ’n Touch » est aussi sensible, profond et délicat que possible ! « Recipe Is Romance » et « Deep Down » sont doux, pleins de sentiments, de désir et parlent du manque d’une personne… de l’aimer dans les moments difficiles de notre vie. Il y a beaucoup de nuances sur ce disque, de la sensibilité et de la délicatesse, ainsi que de la rébellion et du caractère comme sur « Queen Of The Pack », « Flicker ‘n Flame », « Power Over Me » ou « Turn My Luck ». Et il y a aussi de la pure luxure sur « Strong Taste ». On trouve également beaucoup de choses mystérieuses et de petites surprises dans chaque chanson, que ce soit dans des changements de tempo inattendus, des chants de type gospel et d’autres passages forts qui vous transportent.
Photo : Brian Rasic
– Tu sembles aussi très sereine dans ton jeu et au chant et cela se ressent notamment sur le morceau « Queen Of The Pack ». Là encore, tu dégages beaucoup de force et d’énergie. Quelle était l’intention première de cette chanson ?
C’est exactement ça. C’est déjà assez difficile comme ça d’affronter et de diriger un groupe formidable, même composé de joueurs d’excellence. Je dois donc jouer le rôle de la reine de la meute et leur faire savoir exactement ce que je veux et comment je le veux. Ces dernières années, j’ai une conduite plus fluide en ce qui concerne les membres de mon groupe, mais par le passé, il y a eu des moments où j’ai senti que je devais ‘taper du poing sur la table et leur montrer qui était la Boss Lady !’. C’est mon travail en tant que leader de livrer un excellent spectacle et je tiens absolument à faire ça !
– Un petit mot aussi au sujet de « Rise Up ! » qui ouvre l’album et qui est signé Kenny Wayne Shepherd, qui est un ami de longue date. C’est assez étonnant de commencer un disque avec le morceau d’un autre, surtout quand on a composé tout le reste. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Les paroles et l’ambiance générale de la chanson, tout d’abord. La façon dont nous l’avons faite est différente de l’originale et elle est très fédératrice. Je voulais ‘sonner le rappel des troupes’ pour changer tout ce qui ne va pas dans le monde aujourd’hui. Et je voulais aussi une chanson assortie à la pochette du disque (deux mains noires et blanches se tenant comme symbole du bien, de l’unité et du pouvoir). Donc, « Rise Up » s’imposait. Et cela avait aussi une signification particulière pour moi quand je l’ai entendu pour la première fois, alors que je traversais ce que je vivais. Cela m’a donné de l’optimisme et l’envie de continuer.
Ana et Buthel Burns – Photo : Brian Rasic
– « Power » est bien plus qu’un simple album de Blues, puisqu’il contient beaucoup de sonorités Rock, Soul, Jazz, Afro-Beat et Funk. On perçoit un énorme élan de liberté. C’est pour cette raison que tu as voulu aborder autant de variétés musicales et de styles différents ?
Putain, ouais ! Je voulais faire exactement ça ! La musique devrait TOUJOURS te faire te sentir libre. Elle doit ressembler à la liberté : celle de s’exprimer et de tout explorer. C’est le plus grand défi et aussi une récompense. Je tenais absolument à mettre quelque chose de nouveau sur la table ! Quelque chose que personne n’avait fait auparavant. On ne peut pas comparer ce disque et son style musical à quoi que ce soit d’autre existant déjà. Nous sommes dans notre propre voie ! Il y a beaucoup d’influences et c’est ça ANA POPOVIC !
– Tu es comme toujours très bien entourée avec une section cuivre conséquente et des choristes incroyables, qui apportent beaucoup de chaleur. Il y a un esprit très ‘Big Band’ sur « Power ». C’est justement pour affirmer cet aspect d’unité et de fraternité qui règne que les chansons que l’ensemble du groupe est autant mis en avant ?
Oh oui ! C’est cette unité qui rend mon groupe si incroyable. J’ai toujours eu le don de faire sonner n’importe quel musicien du groupe, parce que je mettais en évidence ses forces et que je cachais ses faiblesses musicales. Mais à ce stade de ma carrière, j’ai enfin un groupe des deux côtés de l’océan, dans lequel je n’ai pas besoin de cacher quoi que ce soit. Je dois juste mettre en évidence leur incroyable talent et qu’ils continuent de dévoiler de plus en plus leurs qualités. C’est parfois époustouflant de diriger un tel groupe. Et c’est très enrichissant.
Photo : Brian Rasic
– J’aimerais que l’on parle de ton jeu de guitare qui est très aérien, tout en feeling et peut-être moins ‘shred’ que d’habitude. Tu as dit que ta Stratocaster de 1964 t’avait sauvé la vie. Quel un impact cela a-t-il eu sur ton jeu et au moment de composer l’album ?
Sur les albums, j’ai toujours mis la guitare au service de la chanson. Shred, tu dis ? Trop de guitares ? Viens me voir en live ! La musique est mon art, à travers mes chansons et je ne mets jamais en péril la valeur d’un morceau au profit d’aucun instrument, y compris la guitare. C’est la chanson qui tient la première place. Les guitares sont sauvages quand cela est nécessaire, et elles sont plus subtiles quand il le faut. Mais ne vous y trompez pas, il y a plein de guitares sur « Power » !
– Ton album sort sur ton propre label, ArtisteXclusive, Là encore, cela montre à quel point ta liberté artistique est importante. Qu’est-ce que cela t’apporte concrètement et as-tu dans l’idée de signer d’autres artistes ?
Ce serait bien de signer d’autres artistes, si j’avais le temps pour ça ! Il n’y a vraiment plus besoin d’être signé sur un label de nos jours. Vous pouvez faire tellement de choses par vous-même. C’est l’avantage de cette période dans laquelle nous sommes. Sauf si c’est énorme et qu’on ne peut pas le refuser, bien sûr.
– Enfin, tu es venue en Europe et notamment en France pour une série de concerts, alors que « Power » n’était pas encore sorti. Tu avais un besoin irrésistible de retrouver la scène au plus vite ?
Oui, j’avais ce besoin irrésistible de jouer ces chansons et nous avions cette tournée prévue bien avant le jour de la sortie de l’album. Particulièrement en France, car c’était ma façon de tester les chansons et ça n’a jamais été aussi bon ! On a travaillé ces morceaux pour la scène. Tout était prêt et le public s’est régalé. Les gens n’ont pas eu besoin d’un moment d’échauffement et ils n’ont pas eu besoin non plus d’écouter l’album à la maison avant. C’est ça ‘l’amour de la première écoute !’.
Le nouvel album d’ANA POPOVIC, « Power », est disponible partout, via son label ArtisteXclusive.