Les trois singles dévoilés avaient déjà donné le ton de l’album des Norvégiens. Entre un Hard Rock vintage et quelques textures plus Desert ou Stoner Rock, le mix paraît si naturel pour les cinq musiciens de BONG VOYAGE, qui manient joie et sarcasme avec une délicatesse d’une précision d’orfèvre. Pertinemment intitulé « Hedonistic Hard Rock », ce premier opus nous plonge dans une piscine de sérotonine, où l’on se laisse porter par de bienfaitrices effluves de Rock’n’Roll sur des paroles à la fois grinçantes et terriblement fun.
BONG VOYAGE
« Hedonistic Hard Rock »
(Ripple Music)
Le risque, à vouloir faire de l’humour dans le petit monde du Rock’n’Roll, est de tomber soit dans la caricature, ce qui peut vite devenir gênant, soit de faire dans la kermesse ce qui, à moins de l’assumer pleinement, vous réduit à jouer pour un public intellectuellement sous-alimenté ou bien trop alimenté en boisson ou autre. La frontière est donc assez mince, mais pas si difficile à suivre lorsque toutes les conditions sont réunies. BONG VOYAGE n’a donc pas ce genre de soucis, et parvient sans mal à décrocher les sourires comme entraîner les vrais amoureux et connaisseurs de Rock au sens large dans une savoureuse communion.
Car aux manettes de ce joyeux quintet, on retrouve des membres de Håndgemeng, Suncraft et Buskas, autant de groupes établis et reconnus, et dont les musiciens s’offrent ici une sorte de parenthèse ludique, un laps de décompression, une espèce de lâcher-prise presque salvatrice. Car chez BONG VOYAGE, ça joue et ça joue même très bien. Que ce soit les mélodies accrocheuses, les refrains moqueurs ou une musique variée et maîtrisée bien au-delà de la moyenne, l’élan musical proposé par les Norvégiens tient plus de la récréation et ses textes de la taquinerie. Ici, on joue sur une certaine finesse en proposant un « Hedonistic Hard Rock » réjouissant.
Ça groove, les riffs déroulent dans une insouciante légèreté portés par des chœurs et des solos d’une très grande justesse. Un état d’esprit qui est l’essence-même de BONG VOYAGE et il suffit d’écouter « Saturday Rite Special », « UFOria », « One Hundred Million Billion », « Enabler » ou « Wizard Of Oslo » pour s’en convaincre. BONG VOYAGE multiplie les clins d’oeil, joue sur des références à peine voilées aux monstres sacrés des années 70, 80 et 2000. Et la bonne humeur des Scandinaves se diffuse au fil des titres et quelques minutes suffisent pour être réellement conquis ! Dans une société assombrie où les bonnes nouvelles se font rares, celle-ci arrive à point nommé !
Adeptes d’une mise en scène très Rock’n’Roll, les Anglais font déjà leur retour avec la fraîcheur qu’on leur connaît armés de ce « Dark Faerie Tales », une belle continuité et également le marqueur d’une nouvelle étape franchie. Audacieux et délicieusement libre dans ses compositions, GYPSY PISTOLEROS captive, car il surprend. C’est en mélangeant les ambiances et les styles qu’il a trouvé le sien et aujourd’hui, il le délivre avec tellement de naturel qu’il laisse une impression très familière. Et entre Glam et Punk, la fusion opère.
GYPSY PISTOLEROS
« Dark Faerie Tales »
(The New Church Records/Plastic Head Distribution)
Une touche de Glam Rock/Metal, un zeste de Punk dans l’attitude et une atmosphère à la fois pailletée et gothique, c’est la recette qu’appliquent les Anglais depuis cinq albums maintenant. Après avoir créé son propre label (on n’est jamais mieux servi que par soi-même), revoici les GYPSY PISTOLEROS en ordre de marche avec un nouvel opus, un an tout juste après le fougueux « Church Of The Pistoleros ». A croire que le groupe le préparait depuis un petit moment, car il est tout en maîtrise que ce soit au niveau des morceaux comme de la production. Et sans rien perdre de sa douce folie !
Toujours avec son complice de longue date aux manettes, Dave Draper (Michael Monroe, The Wildhearts, Therapy?) qui a également co-écrit « Dark Faerie Tales » avec le quatuor, celui-ci s’assure d’un son peaufiné qui conserve toute l’énergie de son style. Entre féerie champêtre et Rock costaud, GYPSY PISTOLEROS œuvre dans une sorte de registre hybride, qui lui va bien et fait aussi toute son originalité. Bien sûr, on pense à Mötley Crüe sur les parties vocales, à Zodiac Mindwarp également dans l’approche déjanté et sleazy, mais le combo y a insufflé une grandiloquence assez étonnante.
Entre de fulgurantes accélérations et des instants délicatement mélodiques aux faux airs de ballades, GYPSY PISTOLEROS brise les codes, trace son chemin et impose sa patte tout en déclarant son amour du Rock’n’Roll. Car, avec ce côté théâtral débridé, il s’agit bel et bien, encore et toujours, de Rock au large. Le combo y adsorbe toutes les composantes et surgit là où on ne l’attend pas. « Dark Faerie Tales » passe par toutes les émotions, se montre sombre, épique et poignant, tout en gardant un fil narratif prégnant (« My One Desire To Burn It Up », « She’s Getting Stranger », « Take My Hand To Nightmare Land », « Rattling » et le morceau-titre). Enthousiasmant !
Retrouvez la chronique de « Church Of The Pistoleros » :
Depuis bientôt 30 ans, THE LORDS OF ALTAMONT mène une carrière sans concession et le sentiment de liberté qui se dégage de sa musique oscille entre fureur et joie, le tout dans un esprit débridé et loin de toutes conventions. Pourtant, le gang de Los Angeles ne se présente pas avec un Garage Punk aussi basique que sauvage, loin de là. En témoigne ce huitième album, « Forever Loaded », qui déferle comme un cri, une tornade sonore sortie directement des amplis, qui vient bousculer les bonnes manières et un establishment étouffant. Entre riffs appuyés très Punk et Garage, des effluves d’orgue très psychédéliques et un duo basse/batterie qui joue avec le feu du Rock’n’Roll, le quatuor continue ardemment à faire ce qu’il sait de faire de mieux : saccager les codes et les conventions. Entretien avec Jake Cavaliere, chanteur passionné et claviériste de ce combo hors-norme.
– Avant de parler de « Forever Loaded », vous allez bientôt arriver en France pour une série de 15 dates, ce qui est assez exceptionnel de nos jours pour un groupe américain. Quelle relation entretenez-vous avec vos fans français au point de donner autant de concerts ?
La France a toujours été, plus ou moins, le marché et le public numéro un des LORDS, depuis l’époque où nous étions chez Fargo Records au début des années 2000. Michel, chez Fargo, a investi beaucoup d’énergie pour nous faire connaître là-bas. Je pense que les tournées régulières au fil des ans y ont aussi contribué. J’adore les gens et les fans en France. C’est comme une deuxième maison. Quand un Français me dit qu’il aime quelque chose, je le crois. Pareil quand il ne l’aime pas ! (Rires) J’adore cette conviction, elle est authentique. Pour conclure, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande visibilité, et pourtant, elle a beaucoup de fans.
– D’ailleurs, pour en finir sur le sujet, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande exposition et pourtant, les fans ne manquent pas. Comment l’expliques–tu ? C’est encore et toujours le charme de l’underground ?
La France soutient le Rock’n’Roll ! Les gens repèrent facilement les contrefaçons, alors quand c’est authentique, ils adhèrent. Les LORDS ont eu de la chance, les gens sont restés avec nous, c’est comme s’ils faisaient partie de notre bande. J’ai personnellement eu l’occasion d’en rencontrer tellement au fil des ans. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose sans un bon voyage en France ! (Sourires) Je suis vraiment reconnaissant.
– Ce qu’il y a d’assez paradoxal chez THE LORDS OF ALTAMONT est que votre nom est synonyme pour beaucoup comme l’acte de décès du mouvement Hippie, suite aux douloureux incidents de ce festival en 1969. Or, l’un des instruments signature de votre style et de votre son est l’orgue qu’on pouvait retrouver dans beaucoup de formations psychédéliques de ces années-là. C’est un pied de nez de votre part, ou une sorte d’hommage déguisé ?
Ceci a été créé pour faire réfléchir. Ce jour mémorable, le festival d’Altamont, nous a changés à jamais : la musique, notre perspective, notre mode de vie. Il se passait tellement de choses, comme aujourd’hui d’ailleurs, les gens en avaient marre de cette ‘déroute’. Il fallait que ça change. Et la musique a évolué, c’est certain. Le message était clair : changez les choses, faites-vous entendre. Le mode de vie ‘standardisé’ des années 50 était mort. Trouver un boulot, acheter une maison, avoir des enfants, se reposer, mourir… Le modèle américain. Restez à votre place, sinon… Merde, on y est encore ! Et puis, je joue de l’orgue, parce que c’est l’instrument pour lequel j’ai été engagé dans mon premier groupe à 17 ans. Alors, ça m’est resté. Je suis un peu le ‘Sisyphe’ du Garage Punk ! (Rires) Je voulais lui redonner un peu de son intérêt. C’est marrant, l’orgue est probablement l’un des instruments les plus détestés du Rock’n’Roll, et pourtant j’en mets partout. Je pense qu’il peut avoir un impact considérable sur la musique s’il est utilisé avec goût. Ecoutez les albums des Sonics ! Aujourd’hui, Dani (Sindaco, guitare – NDR) est tellement bon guitariste qu’on n’a plus vraiment besoin de moi à l’orgue… Il me faut un point d’appui ! (Sourires)
– Décidément THE LORDS OF ALTAMONT n’est pas à un paradoxe près, puisque vous distillez un savoureux mélange de Punk, de Garage Rock et de Hard Rock. Ce sont des registres assez revendicatifs à leur façon, mais avec des origines très différentes. Est-ce que c’est finalement là que se situe l’essence-même du Rock’n’Roll, selon vous ?
Les LORDS font ce qu’ils font, et ça nous plaît. On espère que ça plaira à d’autres aussi ! (Sourires) Quand je regarde ma collection de disques, il n’y a pas qu’un seul style. Il y a tellement de créations à découvrir, tellement de façons différentes d’aborder la musique. Oui, THE LORDS est un groupe Garage, mais on est entourés d’une multitude d’influences. Je suis un passionné de musique, mon seul but est de créer et de recréer ce que j’aime tant. Au regard de notre huitième album, j’ai le sentiment qu’on a évolué tout en gardant nos racines classiques. Si on avait grandi dans les années 60, on aurait probablement été influencés par les Beatles et Chuck Berry. On a maintenant accès à toute la musique qui a été créée. On peut se replonger dans l’Histoire du Rock’n’Roll et choisir nos influences. On est en 2026, on a tout et ça continue de cartonner. De la super musique est créée en permanence. La musique n’est pas seulement contrôlée par les costards-cravates des grandes maisons de disques, c’est nous qui la contrôlons. C’est Punk à mort ! (Rires) On reprend les commandes et on mélange tout ! Jouez de tous les styles et donnez-vous à fond ! (Sourires)
– La pochette de « Forever Loaded » fait bien sûr directement référence au monde des motards, dont vous êtes et il y a aussi cette emblématique image qui rappelle l’As de pic, cher aussi à un certain Lemmy. Et c’est vrai qu’à l’évidence vos univers sont très proches. Est-ce un clin d’œil, ou y a-t-il autre chose derrière ce visuel ?
(Rires) La pochette de l’album a été un vrai défi pour Alex Hagen (leader du groupe Ravagers – NDR) et moi. Comme c’était notre huitième album, je voulais rendre hommage à l’un de mes albums préférés : « Let It Bleed » des Rolling Stones. Alex et moi avons longuement discuté des modifications sur le design jusqu’à ce qu’on y voie « LORDS ». Au début, j’hésitais à utiliser un casque sur la pochette, car pour moi, c’est un symbole de sécurité ! Or, on n’est pas en sécurité ! (Rires) J’ai peint un vieux casque de moto Bell et je me suis dit : « Merde, les pilotes de flat track portent des casques, et ils sont sacrément dangereux ! » Des motos sans freins, carrément ! (Sourires) L’As de pique (Lemmy RIP) est la carte de la mort et c’est aussi le logo au dos de nos vinyles. ‘DFFL’ (patch de biker signifiant « Dope pour toujours, toujours chargé » – NDR) me trottait dans la tête depuis toujours. C’était même inscrit sur la peau de notre batterie une époque. Parfois, les gens se demandent : « Mais qu’est-ce qu’ils racontent, ces gars-là ? » On parlait toujours en code, etc… Oui, tout cela remonte à la culture motarde des années 60 et 70.
– Ce nouvel album est aussi fiévreux qu’organique et son titre indique clairement que vous êtes perpétuellement au taquet. Contrairement à pas mal de groupes actuels, THE LORDS OF ALTAMONT ne risque donc pas de tomber en panne de batterie, comme l’indique le titre de l’album ?
(Rires) J’adore ta description. Depuis que l’album est sorti, on tourne comme des fous ! J’ai essayé de lever un peu le pied l’année dernière. Des hauts et des bas, avec quelques petits soucis de santé, m’ont fait croire que la meilleure chose à faire était d’arrêter. Je ne sais pas à quoi je pensais, ça n’aurait probablement fait qu’empirer les choses. Les problèmes de santé semblent être sous contrôle. Je me dis souvent que le Rock’n’Roll est un monde de jeunes, et que je devrais me retirer. Tant pis, il y a de la place pour tout le monde. Que le Rock continue ! (Sourires)
– Même si « Forever Loaded » a toujours une saveur assez 70’s, il est d’une énergie très contemporaine. Comment parvenez-vous à actualiser un style qui paraît dès le départ hors du temps ? Il demeure toujours cet aspect à la fois primitif et terriblement moderne…
Je n’y avais jamais vraiment pensé comme ça. Je crois que Dani et moi combinons nos idées, Barry (Van Esbroek, batterie – NDR) et Rob (Zimmermann, basse – NDR) contribuent par leur touche personnelle sur chaque morceau. Je dirais que je penche plutôt vers le Garage/Psychédélique, et Dani apporte des riffs plus Rock’n’Roll. Il y a un équilibre entre nous tous. Cela crée un Rock particulier, très influencé par le Garage Punk. J’adore le fait que chaque membre de ce groupe soit extrêmement unique, tant par son talent musical que par sa personnalité. Ils peuvent littéralement tout jouer, et le faire putain de bien ! (Sourires) En ce qui concerne l’enregistrement, nous essayons d’obtenir la meilleure qualité possible. Nous avons travaillé avec trois studios d’enregistrement différents. Paul Roessler (Ki En Robot, Los Angeles), Evan Foster (No Count Records/Studio Sea Le), et Sylvia (Studio Moskou, Utrecht). Et le mixage a finalement été réalisé chez Evan, où il garde tout en analogique vintage jusqu’au mix final.
– S’il y a toujours cette atmosphère très Garage, la production de l’album reste soignée et très équilibrée. Quant à l’instrumentation, elle est loin d’être aussi basique qu’elle n’en a l’air. Finalement, où se situe votre public, et parvenez-vous à fédérer la nouvelle génération, ce qui serait presque un acte de salubrité publique ?
(Rires) Nous sommes des serviteurs du Rock’n’Roll ! Nous faisons des albums parce que nous sommes des fans. Nous jouons en live parce que nous sommes des fans. C’est un immense honneur d’avoir l’opportunité de jouer et de rencontrer des gens qui partagent la même passion pour la musique que nous. Le Garage Rock/Punk a considérablement élargi son champ d’action au fil des ans. Quand j’étais gamin, si ça ne sonnait pas exactement comme en 1966, avec des guitares Vox saturées à bloc et un orgue Vox Connetal qui grésille… trois accords peut-être, tu étais un imposteur. La scène Glam Rock était tellement omniprésente à Los Angeles, c’en était presque agaçant… excessif. Les chemises à motifs cachemire et les guitares Vox avaient leur propre sous-culture. Mais maintenant, avec le streaming et l’’accès à absolument tout, le Garage s’est fondu dans tellement d’autres scènes. Un excellent exemple de crossover à l’époque, c’est Stiv Bators : du Punk Rock pur et dur, un peu Pop, un peu Goth et beaucoup Garage Punk. Les Cramps en sont un autre exemple. Aujourd’hui, Ty Seagull, The Killing Floors et The Mystery Lights mélangent les genres avec brio. J’ai le sentiment que les LORDS ont tracé la voie que nous suivons encore aujourd’hui. L’évolution s’est construite sur 27 ans de carrière avec plusieurs changements de formation, et nous a menés là où nous sommes maintenant. Un soupçon de Stiv et un zeste de 13th Floor Elevators, le tout baignant dans une cuve de LSD ! (Rires)
– Votre détermination et cette incroyable débauche d’énergie qui se diffusent sur tout l’album ne laissent aucun doute sur votre démarche, qui est toujours très liée aux bikers, bien sûr, et aussi à divers excès. Justement, où se trouve la place de THE LORDS OF ALTAMONT dans le monde actuel et dans une société qui manque plus que jamais de repères ? Vous êtes un phare dans la nuit ?
On veut être libres ! On veut être libres de faire ce qu’on veut. On veut être libres de rouler ! On veut être libres de rouler sur nos machines sans se faire embêter par les autorités. Et on veut se défoncer. Bref, on veut passer un bon moment. DFFL ! (Rires)
– Enfin, on imagine évidemment qu’il y a pas une once de numérique sur ce nouvel album, ou alors c’est très bien caché. Comment et dans quelles conditions l’avez-vous enregistré ? Vous êtes restés sur un fonctionnement à l’ancienne ?
Nous devons vraiment le son de l’album aux ingénieurs du son. Le mixage final avec Evan a été une expérience formidable. Auparavant, il avait mixé un album des Bomboras, mon ancien groupe de surf, dont le son évoquait les studios Capitol Records de 1962. Cela dit, nous savions que nous étions entre de bonnes mains avec lui. Evan et Paul Roessler s’investissent dans les enregistrements comme s’ils étaient membres du groupe. Et j’apprécie vraiment leur attention et leur perspicacité. L’enregistrement est vraiment une épreuve pour moi. Alors quand un ingénieur du son/producteur parvient à me mettre à l’aise, je me sens vraiment capable de faire mon travail ! (Sourires)
Le nouvel album de LORDS OF ALTAMONT, « Forever Loaded », est disponible chez Heavy Psych Sounds.
Photo : Jessica Calvo (4)
Toutes les dates de la tournée française du groupe sont à retrouver sur son site : www.lordsofaltamont.com
Retrouvez aussi la chronique de « Tune In, Turn On, Electrify ! » :
Poser une atmosphère Soul dans un environnement très Rock, c’est le pari (gagné !) d’une formation de musiciens aussi chevronnée qu’inventive. En positionnant les émotions au cœur d’un registre dynamique, qui puise sa force dans des vibrations directement issues du patrimoine Rock de son pays, MYND READER articule son style autour d’une puissance brute. Les notes bluesy et la minutie extrême apportées aux compositions libèrent une sensation de liberté sans concession et un brin cinématographique.
MYND READER
« Mynd Reader »
(Independant)
Né de l’amitié et de la rencontre artistique entre le batteur Brian Sachs (ex-The Authority) et le multi-instrumentiste Tonin qui met brillamment en musique les textes du premier, MYND READER est le fruit d’une union créative peu courante et tellement évidente au final. Depuis octobre 2024 et son premier single « Radio Warning », il diffuse au fur et à mesure sa musique et l’on découvre enfin ce premier effort éponyme dans son intégralité et il tient toutes ses promesses. D’ailleurs, le prolifique duo travaille d’ores et déjà sur ses prochaines réalisations.
Originaire de Boulder dans le Colorado, MYND READER réunit en un même élan son amour pour le Classic et le Southern Rock, le tout posé dans un magnifique écrin moderne et particulièrement bien produit pat Tonin dans les moindres détails. En effet, « Mynd Reader » révèle au fil des écoutes un remarquable travail sur le son des morceaux. Chaque caisse claire est unique, chaque riff aussi, les parties de piano sont délicates, tout comme cette voix incroyable, qui offre une âme enthousiaste et apporte une profondeur attachante à chaque chanson.
Car si l’aspect sonore et mélodique tient une place essentielle chez le trio, la performance vocale de Shelby Kemp est tout simplement incroyable. Audacieuse, personnelle et dotée d’une chaleur enveloppante, la voix du frontman éclaire les morceaux en les rendant captivants, bouleversants et si fédérateurs. Très accrocheur, MYND READER est aussi le reflet de son époque transposé dans un American Rock authentique et sincère. Et si sept singles sont déjà sortis, « Mynd Reader » est l’exemple parfait de l’impact et de l’importance de l’écoute d’un album complet.
Retrouvez aussi l’interview du groupe réalisée il y a quelques mois :
Vigoureux et précis dans son jeu, le groupe de l’Ontario a toujours affiché beaucoup de fraîcheur et de liberté à travers ses disques, et « Leo Rising » ne vient pas trahir l’ADN du combo. Intense et bien charpenté, ce nouvel opus est aussi fougueux que groovy et, comme toujours, DANKO JONES est sûr de sa force, se montre également sleazy à l’occasion et surtout, il semble mettre un point d’honneur à ne pas sombrer dans des sonorités actuelles fadasses et stéréotypées.
DANKO JONES
« Leo Rising »
(Perception)
Après une trentaine d’année de carrière, DANKO JONES fait toujours figure d’électron libre. Un pied dans l’underground malgré une reconnaissance mondiale, il ne dévie pas d’un iota de sa trajectoire musicale. Comme toujours, « Leo Rising » percute d’entrée de jeu et les Canadiens ne lèvent pas le pied un seul instant. Imperturbables, ils balancent leur Hard Rock brut et tendu, délivrant au passage une énergie communicative. A priori franchement rude, ce douzième album est surtout une invitation au partage. En effet, il y a toujours cette envie très perceptible, qui transpire de ses morceaux et leur offre cette vélocité particulière.
Et la première chose que DANKO JONES a à partager, c’est son puissant Rock virevoltant et incisif. Coriace et sans compromis, « Leo Rising » ne manque pourtant pas d’humour et d’ironie, et avance au pas de charge. Le power trio se fait plaisir et la bonne production signée Erik Ratz ferait presque oublier que les chansons ont été enregistrées à distance, le bassiste John Calabrese étant en Finlande. Cependant, il y a une réelle cohésion et un bel esprit de corps, et cela se sent sur ces onze bâtons de dynamite. L’alchimie fait le reste et on peut compter l’implication de chacun d’entre eux pour faire parler la poudre.
Il y a aussi ce côté évident chez les Nord-Américains. L’aspect direct et frontal de leur musique y est pour beaucoup, tant le rythme est effréné et la succession de riffs tranchants efficace (« Diamond In The Rough » avec un solo de Marty Friedman, « Everyday Is Saturday Night », « Hot Fox », « Gotta Let In Go », « I ‘m Going Blind », « Pretty Stuff »). Tout en diffusant des titres costauds, DANKO JONES n’élude pas une certaine légèreté, et reste fidèle à une ligne de conduite très Rock’n’Roll. Taillée pour la scène, cette nouvelle réalisation s’inscrit dans une belle et robuste continuité et sans renier sa ligne de conduite.
Photo : Ole Martin Wold
Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de « Power Trio » en 2021 et la chronique de l’album :
Pour qui attendrait encore le renouveau d’une classieuse et référentielle vieille garde avec impatience, voire en vain, WHISKEY MYERS vient apporter la plus somptueuse des réponses avec « Whomp Whack Thunder ». Narrative et percutante, sincère et foudroyante, la formation texane est au sommet de son art et s’attèle avec ferveur à perpétuer l’esprit du Southern Rock dans son époque. Sur un groove tourbillonnant, des guitares lourdes et épaisses et un chant habité, le groupe œuvre dans une immédiateté scintillante aux mélodies imparables.
WHISKEY MYERS
« Whomp Whack Thunder »
(Wiggy Thump Records)
Le son est si brut et organique que, pour un peu, on se croirait au beau milieu du studio dans lequel les Texans se sont engouffrés. Alors qu’ils avaient autoproduit leurs derniers albums, dont le génial « Tornillo » il y a trois ans, WHISKEY MYERS a cette fois laissé les manettes au producteur awardisé Jay Joyce (Eric Church, Cage The Elephant) pour faire briller « Whomp Whack Thunder ». Et cette sage décision lui offre une dimension nouvelle, alors même qu’il est devenu incontournable en s’invitant aussi dans des B.O. sur petits et grands écrans.
Mené par son chanteur et compositeur Cody Cannon plus créatif et expressif que jamais, WHISKEY MYERS livre une septième réalisation guidée par le plaisir de jouer et un instinct qui explosent dans une belle débauche d’énergie. Accessible et décomplexé, « Whomp Whack Thunder » incarne l’idée-même du Rock Sudiste, où la Country se joint au Blues et à l’Americana dans une fusion spontanée. Avant tout très Rock’n’Roll, les Américains sont de plus en plus au service de leurs émotions et d’une honnêteté artistique sans faille.
S’il s’est, par le passé, essayé à différentes sonorités Southern, le sextet les englobent toutes sur « Whomp Whack Thunder », révélant ainsi l’audace et l’authenticité de son écriture. Nerveux et entraînant sur « Time Bomb », « Tailspin », « Icarus » ou « Ramblin’ Jones », plus Blues sur « Break These Chains », « Midnight Woman » et profond sur « Born To Do », WHISKEY MYERS fait un pas de côté et se pose en marge d’une industrie musicale, qui renvoie aux stéréotypes. Ce nouvel opus porte généreusement à l’âme et impressionne de volonté.
Alors que son premier album éponyme ne sera dévoilé dans son entier qu’en janvier prochain, MYND READER a déjà laissé s’échapper quelques six singles et le septième, « Birdsong », est attendu fin octobre. Fondé par un duo quasi-fusionnel, puis rejoint par des musiciens littéralement habités par cette musique qui les unie, les Américains font partie de cette catégorie de groupe qu’on adore d’entrée de jeu et qu’on attend presque plus. Porté par une émotion de chaque instant et des mélodies entêtantes, on entre en communion avec ce savoureux mélange de Classic Rock et de Southern redéfini dans un American Roots Rock authentique, sincère… et virtuose. Entretien avec un Brian Sachs, batteur et compositeur, très heureux et impatient de présenter prochainement ce « Mynd Reader » stellaire.
– MYND READER s’est formé relativement récemment et malgré quelques singles, on vous connait finalement assez peu. Est-ce que vous pourriez vous présenter à nos lecteurs ?
Tout d’abord, merci de nous donner l’opportunité de nous présenter à votre public français. MYND READER est une rencontre cosmique. Le groupe est composé de Tonin, notre multi-instrumentiste et source d’inspiration inépuisable, de l’incroyable Shelby Kemp, dont la voix et la présence font de lui un véritable leader moi-même à la batterie et à l’écriture. Nous sommes basés à Boulder, dans le Colorado, et le groupe s’est formé comme par miracle, né de l’amitié, d’une vision commune et d’un amour profond du Rock’n’Roll.
– On vous a donc découvert en octobre 2024 avec « Radio Warning », votre premier single. Depuis, vous les distillez au compte goutte et « Home », le dernier en date, est sorti en août. C’est une stratégie qui peut surprendre, notamment dans le monde du Rock. Est-ce une manière de faire durer le suspense et aussi d’être présent sur les plateformes en les alimentant régulièrement ?
Nous vivons dans ce que j’appelle une ‘économie du déficit d’attention’. Chaque jour, les gens sont bombardés d’informations, d’algorithmes et de distractions. Sortir un album complet d’un coup, aujourd’hui, même un album aussi monumental qu’« Abbey Road », pousse à se demander si serait vraiment efficace pour se démarquer.
Pour moi, la musique est faite pour être vécue. Mes disques préférés sont devenus la bande-son de ma vie parce que j’ai eu le temps de m’y attarder, de les revisiter et de les laisser respirer. En publiant notre musique progressivement, nous donnons à chaque morceau l’occasion de mûrir avec l’auditeur, de prendre du sens et de créer une véritable connexion au fil du temps.
– Votre premier album est attendu pour janvier prochain, soit plus d’un an après « Radio Warning ». Est-ce que, justement, vous vouliez d’abord voir les réactions du public, ou l’album est-il prêt depuis un bon moment déjà ?
En vérité, l’album est terminé depuis un bon moment et nous sommes déjà bien avancés sur le deuxième et le troisième album. Mais nous croyons en l’importance de construire une relation durable avec notre public. A une époque où la société semble plus divisée que jamais, nous voulons que notre musique mette en lumière ce qui nous unit, c’est-à-dire la joie, l’amour, le chagrin, la peur, l’isolement et la connexion.
Notre single « Home » a pour refrain ‘More life, please’, qui est devenu pour nous une sorte de prière. Peu importe les difficultés de la vie, nous en voulons toujours plus et partager ce sentiment avec nos auditeurs est quelque chose de sacré. Nous ne sommes pas pressés. Nous sommes là pour le long terme, pour créer une musique qui accompagnera notre public pendant des années… (Sourires)
– MYND READER présente un concentré d’une partie du Rock américain avec un aspect très roots, un peu vintage aussi, mais dans une production très actuelle. Est-ce votre manière de donner un nouvel éclat à vos racines musicales ?
J’ai grandi en vénérant le Classic Rock, à savoir Deep Purple, Rainbow, Elton John, Black Sabbath, les Beatles, Led Zeppelin, Pink Floyd… En tant que batteur, j’ai joué de tout, du Funk de James Brown aux orchestres de fosse, mais je n’avais pas touché à ce que j’appelle le ‘Rock d’arène’ depuis mon premier groupe de garage, lorsque j’étais enfant. Et c’est ce que je voulais faire revivre.
Dans mon esprit, nous sommes en 1978 et MYND READER est le plus grand groupe du monde, mais je veux aussi que ce sentiment résonne en 2025 ! (Sourires) Le Rock’n’Roll intemporel ne se démode jamais. Si « Animals » de Pink Floyd ou « Paranoid » de Sabbath sortaient aujourd’hui, ils sonneraient toujours aussi frais et révolutionnaires. C’est cette énergie que nous canalisons : un Rock sincère, sans filtre et qui semble éternel.
– Vous êtes donc originaires de Boulder dans le Colorado et c’est vrai que la musique de MYND READER est très Americana dans l’esprit avec une sensation très organique à laquelle la voix de Shelby Kemp donne littéralement une âme. L’idée était-elle aussi de donner une touche Southern à l’ensemble ?
Quand Tonin et moi avons commencé à écrire, nous savions que les chansons exigeaient une voix aussi audacieuse et pleine d’âme que celle de quelqu’un comme Chris Stapleton. Mais des voix comme celles-là sont rares. Mon ami Eddie Roberts de The New Mastersounds m’a fait écouter des morceaux de son groupe The Lucky Strokes, avec Shelby. Dès que j’ai entendu sa voix, j’ai dû m’arrêter net, car ça m’a figé. Puis je l’ai vu en concert et c’était indéniable : c’est une Rock Star, un point c’est tout ! (Sourires)
Lorsque Shelby est arrivé, nous avons enregistré « Radio Warning », « Simply Avanti » et « Falling Down » en une seule session. C’était un éclair, et soudain, tout a basculé. L’élément southern n’était pas intentionnel, c’était juste ce que la musique demandait. Shelby lui a donné cette âme et cette fougue et c’était comme accepter son destin.
– Comme j’ai eu la chance d’écouter votre album avant sa sortie, une chose m’a un peu étonné. Vous avez réalisé de très bons arrangements avec des cordes, des sons de sitar et d’autres plus sophistiqués. C’est très rassembleur et aussi très audacieux. L’objectif était-il aussi de donner une certaine intemporalité à cette première réalisation ?
Les chansons se sont révélées couche par couche. Chacune avait sa propre énergie, et nous avons suivi son chemin. Mon rôle consiste souvent à déceler les manques et à pousser jusqu’à ce que le morceau paraisse complet. Cordes, sitar, textures supplémentaires : tout cela n’était pas prévu, mais c’était simplement ce que les chansons exigeaient.
Et lorsque Michael Brauer a mixé l’album, il a su parfaitement utiliser ces couleurs pour amplifier l’émotion au cœur de chaque morceau. C’est de là que vient l’intemporalité, non seulement de l’instrumentation, mais aussi de la sincérité de l’émotion qui la sous-tend.
– Et puis, il y a également un gros travail sur les guitares qui posent les fondations de MYND READER. Cela a-t-il été le point de départ de la composition de l’album ?
Tonin capture constamment ce que j’appelle des ‘pépites’, ces petits riffs, fragments ou grooves. Il les oublie souvent, mais je suis le ‘cultivateur de pépites’. Mon rôle est de les assembler pour en faire des chansons complètes, avec mélodies et paroles. Sa musicalité permet aux chansons de s’écrire pratiquement toutes seules.
J’ai joué pendant des années dans un trio d’Acid Jazz sans guitare, et j’en mourais d’envie. Alors, quand on a lancé MYND READER, je n’arrêtais pas de dire : j’ai la fièvre et le seul remède, c’est plus de guitare. On voulait faire du pur ‘Guitarmageddon’ ! (Rires)
– J’aimerais que l’on dise aussi quelques mots sur la production et le mix de Michael Brauer (Coldplay, My Morning Jacket, The Rolling Stones), qui offrent beaucoup de relief et de profondeur à l’album en évitant brillamment de le surproduire. Est-ce cet équilibre entre un son organique et moderne que vous avez recherché en faisant appel à lui ?
Michael est un génie. Il ne se contente pas de mixer le son, il mixe l’émotion. Il joue les faders de tout son corps, à la recherche de l’expressivité de l’émotion musicale. Il prend des risques, mais il ne trouve pas toujours le juste milieu. Il aborde les artistes de deux manières : ‘Puis-je mixer ce morceau ?’ et là, il peaufine la vision de l’artiste, ou alors, c’est ’Je mixe !’, où il a une totale liberté créative. Nous lui avons accordé cette dernière option. Il a reçu sept Grammys pour cette raison-là. Nous voulions que Michael soit et fasse du Michael. Quand nous avons reçu les mixes, c’était comme réentendre les chansons pour la première fois. Il a toujours été parfait.
– L’album est très homogène, entraînant et est constitué de chansons accrocheuses. Et il contient également un morceau (presque !) instrumental qui porte le nom du groupe. Avouez que c’est assez intriguant. Que voulez-vous signifier et pensez-vous qu’il résume bien la musique et l’esprit du groupe, au point qu’aucune parole ne soit nécessaire ?
Quand Tonin et moi avons lancé MYND READER, nous pensions sincèrement que ce serait un simple projet instrumental. Juste deux gars improvisant sans attentes, comme des ados avec du matériel sophistiqué. Mais ensuite, de vraies chansons avec des paroles ont commencé à émerger et tout a basculé. Le morceau « Mynd Reader » reflète ces racines. Il rappelle la joie qui a tout déclenché : deux amis redécouvrant le pur plaisir de faire de la musique ensemble. Et cet esprit jeune, joyeux, libre est toujours au cœur du groupe ! (Sourires)
– Enfin, j’imagine qu’après ce long teaser et ce storytelling étonnant, vous devez être impatients de présenter ce premier album à vos fans et au public. Et est-ce que des concerts sont déjà prévus pour accompagner cette sortie ?
Oui ! (Rires) Nous terminons l’écriture du deuxième album et commençons même le troisième, mais sortir notre premier album est un rêve. C’est en fait un album conceptuel : un personnage en quête d’amour, de connexion et d’un sentiment d’appartenance. De « Radio Warning », où il déclare : ‘Il n’y a pas de joie à vivre seul toute sa vie’ jusqu’aux derniers morceaux, c’est un voyage à travers la vulnérabilité, l’amour, la perte et la rédemption.
Nous assurerons la première partie de l’album en live. Pour nous, les concerts ne sont pas que des performances, ce sont des rassemblements, une célébration de la communauté. Nous appelons cela ‘l’église du Rock’n’Roll’. Quand les gens quittent un concert de MYND READER, nous voulons qu’ils soient transportés, unis et chantent notre prière : ‘plus de vie, s’il vous plaît !’ (Sourires)
Le premier album éponyme de MYND READER sortira en janvier prochain. En attendant, n’hésitez pas à allez à la découverte des nombreux singles déjà disponibles sur les plateformes !
Malgré leur relative jeunesse, les membres de MIRADOR ont l’esprit vintage et ce premier effort est celui de quatre musiciens désireux de marcher le plus dignement possible dans les pas de leurs aînés. Moins délicate que le grand dirigeable et plus roots qu’un Rival Sons plus inspiré, la formation anglo-américaine sonne clairement british, communie avec des références musicales partagées et ce concentré d’énergie invoque la tradition sans un regard pour notre siècle. Mais malgré beaucoup d’envie, l’impression reste mitigée.
MIRADOR
« Mirador »
(Republic Records)
Annoncé comme l’un des événements Rock de cette rentrée, voici enfin le fruit de la collaboration, et parfois même de la confrontation entre l’Américain Jake Kiszka de Greta Van Fleet et le Britannique Chris Turpin, moitié de la formation Folk acoustique de Norfolk, au nord de Cambridge, Ida Mae. Tous deux chanteurs, guitaristes et compositeurs, leur rencontre date de 2018, mais ce n’est que l’an dernier qu’ils ont acté la naissance de MIRADOR, dont voici le premier album éponyme, une ode au Rock’n’Roll.
Le duo se veut très explosif et entretient un goût pour les racines 70’s du style et mêle un côté très Hard Rock à d’autres plus Folk avec un soupçon bluesy emprunté à l’American Roots Rock. Mais que l’on ne s’y trompe pas, cela va être très difficile, voire peine perdue, de vous enlever de la tête l’ombre pesante des maîtres du genre : Led Zeppelin. Par ailleurs, MIRADOR est complété par le batteur Mikey Sarbello et le bassiste et claviériste Nick Pini, tout deux Anglais. Ça aide et la sonorité dominante est bel et bien européenne.
C’est pourtant à Savannah en Georgie, sous la houlette et dans les studios de Dave Cobb, qu’a été enregistré « Mirador ». Des séances que MIRADOR a effectué après un mois de tournée, histoire de bien rôder les morceaux, et l’intensité de la scène se ressent tout au long du disque. Captés en conditions live, les chansons transpirent une passion commune, farouche et même sauvage pour le Rock’n’Roll avec un esprit jam très présent (« Feel Like Gold », « Fortune’s Fate », « Music Is Go Bound », « Heels Of The Hunt », « Skyway Drifter »).
En injectant autant d’adrénaline dans un style qui n’en manque déjà pas, MÄDHOUSE lâche les chevaux, refuse les limites et semble ne pas se soucier du qu’en-dira-t-on. Irrévérencieux, mais solide et consistant, le quintet originaire d’Autriche affiche un visage à la fois classieux et hyper-Rock’n’Roll et une attitude qui prend sa source en Californie il y a quelques décennies et qui, pourtant, s’inscrit parfaitement dans son temps, bien aidé par un son massif.
MÄDHOUSE
« Plead The Fifth »
(Rock Of Angels Records)
Formé en 2017 par son guitariste et compositeur Mikky Stixx, MÄDHOUSE a bloqué le curseur sur les années 80/90 et à l’écoute de ce quatrième album, on ne peut que s’en réjouir. Comme on faisait de très belles choses au siècle dernier, l’idée d’y ajouter une énergie très actuelle, histoire d’affûter le registre, est une bonne chose d’autant que le résultat est explosif, enthousiaste et irrésistible. Bien sûr, il y a comme une sensation de déjà-vu, mais elle nous replonge dans des atmosphères aux plaisirs indélébiles.
Les Autrichiens ont été biberonnés au son du meilleur de Skid Row, Mötley Crüe et Def Leppard notamment et sont parvenus à en garder et à en extraire la substantifique moelle. Technique et inspiré, MÄDHOUSE ne révolutionne un genre auquel il serait malheureux de toucher, mais lui offre un élan pêchu et des mélodies accrocheuses. Si la très bonne production de « Plead The Fifth » trahit un peu son époque, il aurait très largement pu figurer aux côtés de certains classiques d’antan, vu le travail accompli.
Epaulé par Thommy Black à, la guitare, Mikky Stixx peut aussi compter sur une puissante et millimétrée rythmique composée de Rickey Dee (basse) et Bobby B. Bastard (batterie). Au chant, Tommy Lovelace fait des étincelles, se montre aussi dynamique qu’irréprochable (« Midnight Fever », « Bring On The Night », « Shotgun Rider », « Get A Grip », « It’s A Monster In My Head », « Mad To The Bone », …). MÄDHOUSE est électrisant, ne tient pas en place et s’affirme avec un opus de haut vol, qui tient littéralement en haleine.
Si les combos de cette trempe n’existent plus dans ce monde aseptisé, il reste les souvenirs, et depuis quelques temps, ils jaillissent de tous les côtés. Une sorte de réminiscence imposée. Les coffrets, les compilations et les Live en tous genres grossissent les étagères des fans, mais les Editions Petit à Petit ont eu la bonne idée de mettre en dessin quelques instants mémorables de la vie exaltante et exaltée de MOTÖRHEAD. Le résultat est convaincant et sa lecture agréable.
MOTÖRHEAD : BACK FROM THE DEAD
Fabrice Rinaudo/Samuel Degasne
(DocuBD/Editions Petit à Petit)
On vit décidemment une époque formidable. Le grand et surtout irremplaçable Lemmy Kilmister est passé à trépas il y a tout juste dix ans. Alors depuis, l’industrie musicale et à peu près tout ce qui gravite autour se régalent. Une manne ! On ne compte plus les Best Of constitués de morceaux usés jusqu’à la moelle, ou encore le récent et navrant « The Manticore Tapes », ainsi que tout le merchandising qu’on peut ensuite imaginer. Et même si ce n’était sûrement pas ce que le bassiste et chanteur aurait imaginé, nous y sommes… et même jusqu’au cou.
Et comme il se trouve que cette décennie depuis la mort de l’Anglais coïncide aussi avec les 50 ans de la création du groupe, les hommages pleuvent de toutes parts. Un coup à faire perdre l’équilibre aux kilos d’acier plantés à Clisson. Bref, les fans semblent ravis et MOTÖRHEAD fait même plus rêver mort que vivant. Un comble et une aberration de notre temps… encore une ! Une grande majorité s’enthousiasme à la découverte de morceaux qui tournent pourtant en boucle depuis des dizaines d’années un peu partout. Alors ne nous plaignons pas : il était grand temps !
Bien sûr, les Editions Petit à Petit surfent à leur façon sur la vague, mais ont au moins le mérite de proposer avec ce « Motörhead : Back From The Dead » quelque chose d’assez nouveau et de différent. Réuni autour d’un collectif de dessinateurs sur un scénario de Fabrice Rinaudo et des textes documentaires de Samuel Degasne, on retrouve fidèlement quelques pans de l’histoire, si peu académique, des turbulents et précurseurs Britanniques. Rock’n’Roll jusqu’au bout du médiator, Lemmy manque, c’est vrai, mais il serait bon maintenant de nous laisser avec nos souvenirs.