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Beast Eagle : animal ferocity [Interview]

Il y a quelques semaines, le quatuor américain sortait un nouvel EP, « Sorceress », particulièrement captivant et accrocheur. Basé sur un Stoner très Heavy et épais, quelques touches de Hard Rock et même une légère saveur bluesy, BEAST EAGLE semble ici prendre véritablement en envol. Mené par une frontwoman, Kate Lewis, qui apporte beaucoup de force et de mélodie aux morceaux, le quatuor s’est forgé un style bien à lui, loin des références qui l’ont animé au départ de l’aventure. D’un Stoner Doom âpre et massif, le groupe du Nebraska a gagné en finesse, a éclairci son jeu et rivalise aujourd’hui avec n’importe quelle formation du genre. Guitariste et membre fondateur, Austin L’Ecuyer revient sur ce parcours, sa vision artistique et l’évolution du combo.

– BEAST EAGLE a un parcours assez particulier, puisque vous avez sorti « Loud At Plat Black Studios » deux ans après la création du groupe, et surtout c’est un album entièrement instrumental axé sur un Stoner Doom très rugueux. Il s’en dégage un sentiment d’urgence et il sonne aussi très live. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette première déflagration et vos débuts ?

Quand on a formé le groupe, on voulait un son brut et authentique, avec de gros amplis à lampes et d’énormes enceintes. On voulait un son puissant et percutant. On voulait aussi un son rapide, pas trop lent comme beaucoup de groupes de Stoner Doom qu’on écoutait. Du coup, on a intégré des éléments Metal et Rock qu’on avait tous en commun et on a créé notre première démo.

– Il y a trois ans, Kate Lewis vous a rejoint pour donner de la voix et poser des mots sur la musique de BEAST EAGLE. A quel moment et pour quelle raison avez-vous décidé de d’intégrer du chant ?

Au cours de notre première année, alors que le groupe prenait de l’ampleur, on nous disait sans cesse que notre musique atteindrait un tout autre niveau avec la bonne chanteuse. A chaque concert, c’était la même chose. On a lancé une recherche sur Internet, mais sans grand succès. Puis, Kate est venue à notre premier concert après la pandémie. Et elle a dit : « Salut, je m’appelle Kate et je vais être votre chanteuse ». Je lui ai avoué que je n’étais pas fan des chanteuses dans le Metal et que je n’imaginais pas vraiment une chanteuse pour ce projet. Quelques mois plus tard, on a organisé des auditions. Kate est arrivée avec le morceau « Heavy Bones » déjà écrit. Elle était incroyable et nous a vraiment bluffés. Dès la première note, on a su que c’était elle.

– Sur votre premier EP éponyme, vous avez amorcé un virage plus Hard Rock et moins Doom. Aviez-vous besoin s’apporter un peu de lumière à votre registre et éclairer un peu votre direction musicale en étant peut-être moins âpres ? 

Je ne crois pas que notre choix se soit porté sur une musique moins agressive ou plus légère. Avec les changements de formation au sein du groupe, nous avons tous ressenti le besoin d’explorer davantage le groove et la mélodie, plutôt que de nous cantonner à un son Stoner Rock plus marqué. Le premier EP est un réenregistrement assez fidèle de notre première démo, mais avec un travail plus abouti et une direction plus précise. L’intégration des voix aux morceaux a permis de leur donner une dimension plus complète.

– Avec « Sorceress », BEAST EAGLE donne une touche assez bluesy à ce deuxième EP, tout en restant aussi occulte dans la démarche. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir peaufiné votre jeu au fil des sorties, ou est-ce juste une évolution naturelle pour vous ?

Je crois que ce groupe puise son inspiration dans un mélange incroyable de genres musicaux, bien au-delà du Rock. Du coup, à chaque réalisation, on évolue au gré des influences musicales qui nous entourent. J’adore m’inspirer de toutes ces sources et laisser les chansons se développer librement.

– D’ailleurs, vous avez sorti deux EPs après un premier album, tandis que c’est souvent l’inverse. Vous préférez les formats courts, ou est-ce aussi une façon d’occuper l’espace avec des réalisations régulières dans une industrie musicale très bousculée ces dernières années ?

Ces dernières années ont indéniablement transformé notre vision de l’industrie musicale. Sortir des morceaux plus fréquemment est sans aucun doute préférable pour capter l’attention volatile du public. Certes, composer un album complet demande plus de temps et de concentration, mais la récompense est à la hauteur : plus de 20 minutes de musique à écouter. D’ailleurs, il est grand temps de sortir un album avec notre formation au complet pour faire découvrir à tous toute la richesse de l’univers BEAST EAGLE.

– Par ailleurs, l’arrivée de Kate au chant n’a pas vraiment ralenti vos ardeurs. Qu’est-ce qui a le plus changé, selon vous, en devenant un quatuor et en quittant un registre instrumental aussi ? Votre approche dans la composition a-t-elle évolué et vous arrive-t-il aujourd’hui de partir du texte pour créer le climat d’une chanson ?

L’écriture n’a pas vraiment beaucoup changé depuis l’arrivée de Kate. On commence toujours par les instrumentaux, puis on ajoute les voix. Avec une chanteuse, on modifie parfois les paroles pour les adapter à certains passages. Le chant donne toujours une direction plus claire aux morceaux et nous permet de trouver une meilleure dynamique.

– Ce nouvel EP est basé sur l’histoire d’une sorcière et elle évolue au fil des morceaux. C’est assez rare de développer un concept sur ce type de format court. Est-ce que cela fait plus largement partie de l’imaginaire de BEAST EAGLE dans son ensemble, et donc un album n’était pas forcément nécessaire ?

La création de cet EP concept a été un parcours complexe, c’est certain, mais nous avions commencé à l’écrire en gardant l’idée des sorcières en tête. Cinq chansons nous semblaient suffisantes pour raconter l’histoire sans laisser place à des digressions inutiles. Je ne sais d’ailleurs pas encore si nous referons un album concept à l’avenir.

– Enfin, BEAST EAGLE montre un jeu très équilibré sur « Sorceress » avec des parties de guitare aiguisées et tranchantes, une rythmique massive et un chant captivant. Vous avez même été sacré meilleur groupe de Hard Rock dans votre ville d’Omaha, Nebraska. J’imagine que les concerts vont se succéder. Avez-vous déjà l’idée d’un premier album à quatre, ou d’un prochain EP, dans un coin de la tête ?

Nous vous réservons quelques petites surprises pour ce début d’année, qui tiendront nos auditeurs en haleine. Par ailleurs, nous avons commencé à composer notre prochain album, un album complet et  riche en rebondissements, qui vous captivera.

Le nouvel EP de BEAST EAGLE, « Sorceress », est disponible chez Golden Robot Records.

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Stoner Metal

Supernaughty : hypernasty

Originaire de Toscane, c’est avec un chapitre massif dont les arrangements sont d’une grande finesse que SUPERNAUGHTY vient balancer une sévère secousse séismique, grâce à un Stoner Metal intense. Agressif, mais rafraîchissant, « Apocalypso » est le mix de passages Psych épaissis par un Fuzz enveloppant et d’une rugosité guitaristique de chaque instant. Fulgurants et sans limites, les Transalpins jouent libérés et avec l’aplomb des plus grands. Imposant !

SUPERNAUGHTY

« Apocalypso »

(Ripple Music)

Le chemin parcouru par le quatuor depuis son premier EP « Welcome To My V » (2015) est remarquable d’autant qu’il monte en puissance à chaque réalisations. Après deux albums sortis chez Argonauta Records, c’est le label californien Ripple Music qui les accueille et « Apocalypso » ne va pas dépareiller un seul instant dans son somptueux catalogue. Au contraire, SUPERNAUGHTY passe à la vitesse supérieure et assoit sans mal son Stoner Metal aux saveurs Sludge et Hard Rock en se montrant compact et indomptable avec assurance.

Avec un côté lourd assez Doom qui rappelle Dozer ou Lowrider et un aspect Fuzz Rock hérité de Kyuss et Fu Manchu, les Italiens font très habillement le grand écart entre la Suède et les Etats-Unis, tout en affichant beaucoup de cohérence et un style bien à eux. Enregistré en Italie, puis mixé et masterisé par Karl Daniel Lidén (Dozer, Greenleaf), SUPERNAUGHTY a vu les choses en grand et son Stoner Metal se diffuse de manière profonde et efficace sur un mur de guitare fracassant et un groove hypnotique.

Tout en variations, « Apocalypso » développe une énergie phénoménale, hyper-Heavy et propulsée par des riffs tranchants, presque Thrash dans l’approche, un rythme appuyé et farouche, sans compter la prestation XXL de son frontman Angelo Fagni. SUPERNAUGHTY avance en bloc et en impose grâce à des morceaux aussi mélodiques que ravageurs (« Poseidon », « Amsterdamned », « Weird Science », « Queen Of Babylon » et le morceau-titre. Ce nouvel opus est plus qu’une claque, c’est un uppercut dans les règles !

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Proto-Metal Stoner Doom Metal

Hebi Katana : samouraï Doom

Si avec un titre comme celui-ci, HEBI KATANA semble jouer la carte de la modestie, le contenu de cette nouvelle réalisation n’a franchement rien de timide ou d’emprunté. Au contraire, « Imperfection », qui marque par ailleurs l’arrivée de la formation nipponne chez Ripple Music, est audacieux, parfois complexe, occulte aussi et d’une intensité brute et organique. Heavy et sombre, la musique des Tokyoïtes prend une forme saisissante.

HEBI KATANA

« Imperfection »

(Ripple Music)

Avec cette pochette qui en rappelle une autre très célèbre, les Japonais donnent quelques indices quant au contenu de leur quatrième album. Mais si l’univers de HEBI KATANA s’inscrit clairement dans un proto-Metal puissant et véloce, il faut aussi y ajouter des notes Doom, Punk et Hard Rock dans une épaisse atmosphère Stoner. Et cette fusion opérée par le power trio révèle encore d’autres surprises qui mènent à des élans très Heavy avec un groove sauvage directement ancré dans les années 70 et 80.

Sur ce nouvel opus, HEBI KATANA conjugue la philosophie traditionnelle wabi-sabi basée sur l’acceptation de l’imperfection et celle de la fugacité avec son ‘samouraï Doom’ aussi riche que varié. En mélangeant ainsi les genres, le groupe s’évertue surtout à rassembler les courants touchant de près ou de loin au Heavy Metal au sens large du terme. On pourrait même imaginer qu’il est en quête d’un style absolu qui touche à l’intemporel. Et c’est vrai qu’en ce sens, « Imperfection » est un modèle du genre, aussi humble que féroce.

Malgré les lourdeurs inhérentes au Doom, HEBI KATANA sait aussi se montrer plus léger et épuré, laissant ainsi apparaître des mélodies soignées. Assez classique dans l’ensemble, la tension est palpable sur des titres comme « Dead Horse Requiem », « Praise The Shadows » ou encore « Echoes From The Old Tree ». Très Fuzz notamment sur les basses, le combo affiche à l’occasion un aspect épique et plus sensible (« Blood Spirit Rising »), démontrant sa faculté à se jouer des étiquettes. « Imperfection » traduit une évidente maturité artistique.

Retrouvez la chronique de leur premier album éponyme :

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Proto-Metal Stoner Doom

Margarita Witch Cult : breuvage maléfique

S’il ne fait pas dans le détail, le Stoner Doom du trio britannique se meut pourtant dans une harmonie toute personnelle, malgré des déflagrations aussi soudaines que régulières. Avec « Strung Out In Hell », MARGARITA WITCH CULT impose son style et ne manque pas d’imagination. Ecorché et enflammé, le combo sort des ténèbres pour se montrer intraitable. Stoner, Doom et attaché au Heavy Metal originel, il fracasse méticuleusement tout sur son passage.

MARGARITA WITCH CULT

« Strung Out In Hell »

(Heavy Psych Sounds)

Deux ans après un premier album remarqué, le trio de Birmingham vient enfoncer le clou avec « Strung Out In Hell », brûlot explosif et démoniaque. Et forcément, lorsqu’on est originaire de la ‘Sabbath City’, berceau du Metal, il est difficile de ne pas y trouver quelques références que MARGARITA WITCH CULT semble parfaitement assumer. Pas franchement Heavy Metal malgré des embardées rappelant ponctuellement la NWOBHM, le Stoner Doom des Anglais se veut surtout épais, massif et teinté de proto-Metal.

Avec un héritage revendiqué, Scott Abbott (guitare, chant), George Casual (batterie) et Jim Thing (basse) s’ouvrent les portes de l’enfer de la manière la plus débridée qui soit dans un maelstrom décibélique au groove épique et dans une ambiance maléfique. Très 70’s dans l’esprit, on retrouve chez MARGARITA WITCH CULT quelques éclairs que n’auraient pas renié Alice Cooper, Deep Purple et bien sûr Black Sabbath. Et, passé à la moulinette Stoner, l’ensemble prend une dimension grasse et écrasante.

La tempête commence dès les premières notes de « Scream Bloody Murder » et ne faiblit pas un instant sur « Conqueror Worm » et « Witches Candle ». L’entame est lourde et fulgurante. Mais c’est sans compter sur le sens de l’humour de MARGARITA WITCH CULT qui nous balance une reprise façon bulldozer et bardée de riffs taillés à la hache de « White Wedding » de Billy Idol. Une petite douceur avant l’agressif « Dig Your Way Out », puis « The Fool » et son dantesque solo de saxo. Un retournement de cerveau dans les règles !

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Proto-Metal Stoner Doom

Crystal Spiders : un univers parallèle

CRYSTAL VIPERS continue de brillamment tisser sa toile et ce troisième effort vient assoir une position rapidement acquise. Guidée par la voix captivante de Brenna Leath, « Metanoia » va encore plus loin que son prédécesseur pour nous faire voyager dans des atmosphères intenses flirtant avec le Psych. Subtil et fascinant, bien que dévastatrice et fulgurante, cette nouvelle pierre fait encore grandir un édifice de plus en plus solide et les trois musiciens impriment un caractère bien trempé.

CRYSTAL SPIDERS

« Metanoia »

(Ripple Music)

Quatre ans après « Morieris », le power trio est enfin de retour avec un troisième album sur lequel il élève encore son niveau de jeu. Fondé en 2019 par la chanteuse et bassiste Brenna Leath, CRYSTAL VIPERS a rapidement fait l’unanimité, grâce à un style très protéiforme qu’on pourrait presque comparer aux fluctuations d’un line-up qui change à chaque réalisation. Pour « Metanoia », l’Américaine est accompagnée d’Aaron Willis à la batterie et de Reid Rogers à la guitare et l’ensemble est une fois encore très cohérent.

Toujours produit par le bassiste de Corrosion Of Conformity, Mike Dean, ce nouvel opus conforte le style et la sonorité de la formation de Caroline du Nord, preuve en est que la leader du combo sait parfaitement où elle va. Œuvrant entre proto-Metal et Stoner Doom, CRYSTAL VIPERS possède une patte toute particulière où des teintes Psych se joignent à des riffs directement inspirés du Heavy originel. D’ailleurs, son goût pour la NWOBHM est toujours présent et sa frontwoman pourrait même évoquer une sorte d’Ozzy au féminin.

En gardant son aspect très live, le groupe continue donc son exploration et développe un univers personnel. Il multiplie les combinaisons et les dimensions, tout en restant fidèle à une ligne musicale bien définie, organique et en intégrant des touches occultes bien senties (« Torche », « Blue Death », « Ignite », « Maslow », « O.S. »). L’aventure continue de très belle manière et trouve son identité artistique bien au-delà de l’impact vocal très prégnant de Brenna Leath. Une belle ascension qui va de paire avec une créativité bouillonnante.

Retrouvez la chronique de l’album précédent :

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Heavy Stoner Doom Psych

Thammuz : de la hauteur

Si le Heavy Rock de THAMMUZ se pare de quelques subtilités bluesy et même Grunge, c’est aussi pour mieux asséner un Stoner fulgurant et particulièrement doomy. Entreprenants, les Néerlandais oscillent entre un mur de guitare imposant et des envolées psychédéliques mélodiques et envoûtantes. Avec « III », la formation batave atteint une certaine maturité grâce à une maîtrise totale de son identité musicale. Une prise de hauteur nette et qui confirme sa stature.

THAMMUZ

« III »

(Argonauta Records)

Comme l’indique son titre, et de trois pour les Hollandais qui continuent, avec toujours autant de créativité, à élaborer leur Stoner. Décidemment très changeant, le style de THAMMUZ, né des cendres de Dreckneck et Fuzzboar, n’en finit pas d’évoluer et prend cette fois des teintes plus Doom, des sonorités Sludge Rock et une inspiration Southern. Le mélange est franchement habille, d’autant que le quatuor reste chevillé à un Stoner Psych entre Rock et Metal. Et « III » conserve aussi un aspect DIY savoureux.

Car, même avec une solide production et un son qui s’affine, THAMMUZ ne s’est pas éloigné de l’esprit underground de ses débuts. Trois ans après « Sons Of The Occult », on retrouve ces riffs épais et rugueux, ce duo basse/batterie massif et la voix très polymorphe de son chanteur-guitariste Harm dans un registre clair et puissant. Direct et sombre, « III » s’essaie à de multiples atmosphères en sachant se montrer brutal par moment, mais laisse aussi parfois entrer un peu de lumière et de légèreté.

Dès « When Darkness Comes », THAMMUZ affiche beaucoup de fermeté avec un côté ténébreux, qui devient vite immersif. Et d’ailleurs, Jelle Aron Scholtes, compatriote et membre de Baardvader, vient apporter du relief au morceau. Très Heavy et même assez aérien à l’occasion, le combo enchaîne avec des titres costauds (« Rizen », « Bloodlust »). Puis, sur « Dissolution » et « Devil’s Gallow » en fin d’album, c’est Merle Pelle qui offre une touche féminine plus aérée au chant à ce « III », qui se termine brillamment.

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Heavy Stoner Psych Proto-Metal

Hippie Death Cult : sismique

Spontané, rugueux et instinctif, HIPPIE DEATH CULT donne déjà entière satisfaction sur album, alors que dire de ses performances live ! Celle captée à domicile le 9 novembre dernier au ‘Star Theater’ de Portland a dû résonner et retentir un long moment, tant la prestation offerte relève d’une intense déflagration. Les trois musiciens ont atteint des sphères Heavy Psych bardées de proto-Metal et d’un Stoner Doom puissant et aérien. Une véritable prouesse !

HIPPIE DEATH CULT

« Live At The Star Theater »

(Heavy Psych Sounds Records)

Le temps de trois réalisations studio, d’un changement de line-up qui a vu sa bassiste prendre aussi le chant, et la configuration passer en power trio, et HIPPIE DEATH CULT a effectué sa mue de la plus belle des manières. D’ailleurs, « Helichrysum », sorti il y a deux ans, avait déjà confirmé un virage vers un proto-Metal très Heavy aux contours Doom et à l’approche toujours aussi Psych. Avec le départ de son chanteur et claviériste Ben Jackson, les Américains ont adopté une ligne plus brute et musclée qui leur va franchement bien.

Plus épanouie que jamais, la frontwoman a vraiment pris les reines du groupe et donne le ton de ce « Live At The Star Theater ». Ce concert, que l’on ne retrouve ici qu’en partie, venait clore une tournée en 2024 où HIPPIE DEATH CULT avait parcouru les Etats-Unis, le Canada et l’Europe sans (presque) lever le pied. Et forcément, il fallait que le final ait lieu chez lui, à Portland dans l’Oregon, là où tout a commencé. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il a fait trembler l’édifice du lieu… et pas à moitié !

Devant quelques privilégiés (que l’on entend même parler), le combo fait surtout la part belle à son dernier disque (« Arise », « Toxic Annihilator », « Shadows »,  et « Red Giant ») et termine ce live avec « Circle Of Days », morceau-titre de son deuxième opus. Et sur plus de 16 minutes, HIPPIE DEATH CULT prend magistralement son envol, scotche tout le monde et, finalement, nous laisse sur notre faim…  mais bien sonner tout de même. A eux trois, Eddie Brnabic (guitare), Harry Silvers (batterie) et Laura Phillips (basse, chant) ont tout retourné.

Retrouvez aussi les chroniques des deux derniers albums du groupe :

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Heavy Stoner Psych Stoner Doom

Torpedo Torpedo : blasted orbit

Rarement un si jeune groupe aura paru aussi insaisissable. Si les premiers titres de ce premier opus peuvent laisser présager de la suite, le combo prend tout le monde à contre-pied avec une dextérité et une fluidité très réfléchies. Sans intellectualiser son style et son jeu, TORPEDO TORPEDO déploie beaucoup de sensibilité et de feeling. Le groupe sait déjà parfaitement où il va, et les émotions sur lesquelles il se meut font écho à un nombre impressionnant de courants musicaux. « Arrows Of Time » développe des allures cosmiques et accrocheuses avec une justesse puissante et très personnelle.

TORPEDO TORPEDO

« Arrows Of Time »

(Electric Fire Records)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la scène Stoner autrichienne est d’une grande discrétion, pour ne pas dire d’une confidentialité presqu’absolue. Cela dit, les choses pourraient changer, car les Viennois font une entrée assez fracassante et surtout très convaincante avec leur premier album, « Arrows Of Time ». Après avoir sorti un premier EP de quatre titres en 2022 (« The Kuiper Belt Mantras »), TORPEDO TORPEDO se présente cette fois sur la longueur, ce qui permet de constater et de savourer toute la richesse et l’originalité de son Heavy Stoner Psych extrêmement varié.

Car, dans une ambiance assez cinématique, le power trio multiplie les embardées et se montre d’un éclectisme parfois surprenant. Empruntant au Space Rock, au post-Rock, au Doom essentiellement, mais aussi en glissant quelques touches bluesy dans les guitares, on y décèle même des réminiscences Grunge dans la voix. Autant dire que les membres de TORPEDO TORPEDO ont parfaitement assimilé un nombre important de styles et, même en opposition, ils parviennent à leur donner vie dans une unité bluffante et singulière. Une belle preuve d’intelligence et de maîtrise.

Résumer « Arrows Of Time » en quelques mots est peine perdue, puisque chacun des huit morceaux sont très différents dans leur approche. Pourtant, on s’y retrouve ! TORPEDO TORPEDO prend le soin de ne pas nous perdre en route, malgré des envolées aériennes qui viennent côtoyer des déflagrations chaotiques volcaniques dans un Doom Metal lourd. Ecrasant, mais terriblement groovy, ce premier effort joue sur une technique, plus qu’une technicité, dans des atmosphères qui peuvent être intrigantes, légères, progressives, enivrantes ou carrément épiques. Spectaculaire !

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Heavy Stoner Psych Stoner Prog

Rainbows Are Free : the colors of psych

RAINBOWS ARE FREE semble mettre un point d’honneur à surprendre à chaque sortie et il faut bien avouer qu’avec « Silver And Gold », il y ait encore parvenu. Sur un son très organique, les morceaux jouent aux montagnes russes, alternant habillement les ambiances sombres et les élans lumineux sur des tempos parfois inattendus. La cadence est soutenue et le décollage progressif pour parvenir à des sommets de puissance, où chaque musicien y va de son intrusion percutante. Un voyage vers le lointain entre agressivité et plénitude.

RAINBOWS ARE FREE

« Silver And Gold »

(Ripple Music)

Cinquième album pour RAINBOWS ARE FREE, qui continue l’aventure chez Ripple Music pour ce « Silver And Gold », qui arrive deux ans près « Heavy Petal Music », un Live démoniaque, qui sonnait une arrivée tonitruante sur le label californien. Et ce nouvel opus apparaît comme la réalisation la plus mature du combo de Norman en Oklahoma. Son Heavy Stoner Psych prend ici une nouvelle dimension, grâce à un savant mix de Prog, de Doom et d’un Rock souvent assourdissant, mais particulièrement entêtant. On a du mal à se défaire du style très abrasif du sextet américain, franchement décapant d’un bout à l’autre.

L’univers de RAINBOWS ARE FREE ne ressemble à aucun autre, car il ne se contente pas de reprendre les codes du genre. Il réinvente sa partition à chaque disque en allant toujours plus loin dans un psychédélisme obsédant d’une lourdeur parfois assourdissante. Et ses éléments ne font que renforcer la démarche expérimentale de la formation menée par le charismatique Brandon Kistler qui impose, et en impose, sur ce « Silver And Gold » qu’on dévore goulûment. L’ensemble a un côté spatial irrésistible où Richie Tarver (guitare solo), Joey Powell (guitare rythmique) et Josh Elam (claviers) rivalisent d’ingéniosité.

Porté par une rythmique aussi massive que groovy, RAINBOW ARE FREE est aussi aérien que compact et « Silver And Gold » prend aussi souvent l’auditeur à contre-pied, grâce à des compos inventives et hyper-musclées. Parmi les neuf pépites qui composent cette nouvelle production, on retiendra notamment « Your Girl », « Sleep », « Hide », « Fade Away » ou « The Gift ». Pour autant, l’écouter dans son entier permet une meilleure compréhension de cette formation hors-norme, qui manie autant l’humour que la théâtralité de son propos. Le sextet tire magnifiquement son épingle du jeu avec force et beaucoup de créativité.  

Photo : Giant Click

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Heavy Psych Rock Heavy Stoner Psych Stoner Prog

Kalabrian Syndrome : inner trip

Toujours aussi bien structurée, la musique de KALABRIAN SYNDROME prend une nouvelle ampleur sur ce très attendu premier album. Avec « II », la formation grecque peut enfin s’exprimer plus longuement et l’éclectisme dont elle fait preuve ici montre toute l’étendue d’un répertoire très vaste, qui se joue avec brio des étiquettes pour imposer un registre original. Sur un Stoner Rock/Metal très Psych aux saveurs Doom, ces nouveaux morceaux naviguent dans des ambiances captivantes.

KALABRIAN SYNDROME

« II »

(Independant)

Il y a quatre ans déjà, le power trio de Thessalonique avait livré un très bon premier EP éponyme, qui laissait entrevoir de bien belles choses. Solide et créatif, il l’est encore après cette importante absence et cette fois, c’est sur la longueur qu’on se délecte de son Stoner Psych Rock, toujours instrumental. C’est vrai que le format court nous avait un peu laissé sur notre faim, mais « II » nous rassasie d’autant plus que KALABRIAN SYNDROME présente également quelques surprises, notamment à travers une inspiration grandissante.

Côté line-up, le combo constitué de Kleanthis Semlikos (guitare), George Harizanis (basse) et Danny Cola (batterie) nous embarque dans un voyage qui nous fait passer au travers d’atmosphères très variées, qui évoluent pourtant dans une direction musicale claire et étonnamment narrative. KALABRIAN SYNDROME avance sur un groove hypnotique se détachant de toute emprise stylistique. Dans cet univers psychédélique, le Doom côtoie ainsi des instants bluesy, parfois très Prog, entre Rock et Metal avec beaucoup de fluidité.

En ouvrant « II » avec un sample vocal sur « Alice (Got A Secret) », les Grecs nous mettent déjà un peu la puce à l’oreille. Ponctuant ce nouvel opus de titres plus courts assez mystérieux (« Vakhou » et « Flickering Light »), KALABRIAN SYNDROME s’offre quelques respirations pour mieux nous emporter dans les morceaux « Hispanolagnia », « The Attic » et le génial « Rave Party », avant d’accueillir Panos Lambropoulos au chant sur le génial « The Wisp », où le frontman issu de la scène Metal extrême locale fait des prouesses.