Couronné de quatre UK Blues Awards dès son premier album, « We Fly Free » en 2021, WHEN RIVERS MEET s’épanouit en toute indépendance et voit son Blues Rock bousculer les genres, tout en confortant une identité musicale originale et très distinctive. Outre les sorties live qui immortalisent leurs tournées entre deux disques, c’est déjà le cinquième enregistrement studio pour les Britanniques, dont l’inspiration n’a pas faibli une seule fois ces dernières années, et « Rhythm Rust & Static » vient également dévoiler une nouvelle facette du couple.
WHEN RIVERS MEET
« Rhythm Rust & Static »
(One Road Records)
Alors qu’on aurait pu penser qu’en devenant parents, Grace et Aaron Bond auraient mis leur groupe entre parenthèse un petit moment, il n’en est rien puisqu’ils sont déjà de retour avec un cinquième album studio. Et « Rhythm Rust & Static » est peut-même le plus rugueux de leur discographie. Deux ans tout juste après « Addicted To You », WHEN RIVERS MEET reste toujours inspiré, prolifique et farouchement libre. Dépouillés et directs, ces dix nouveaux morceaux montrent à quel point le couple est imprévisible et talentueux.
Quelques mois aussi après « Live & Addicted », les Anglais ont donc repris le chemin du studio, mais avec des intentions bien différentes. Alors que l’effort avait été porté sur une production ample sur le précédent opus, celui-ci reste tout aussi organique, mais revêt un aspect plus direct et plus roots. Il y règne aussi une atmosphère très live, ce qui n’est pas vraiment surprenant quand on sait que WHEN RIVERS MEET a l’habitude de jouer dans des salles combles à travers tout le Royaume-Uni. Et c’est cette vérité-là que l’on retrouve sur « Rhythm Rust & Static ».
Malgré l’énergie déployée, il y a aussi un côté intimiste et cette élégance qui le caractérise depuis ses débuts reste la signature du groupe. Dès l’ouverture avec « The Tide Is Turning », on retrouve ce riff presque saturé qui fait le son de WHEN RIVERS MEET. La voix de Grace est envoûtante et se fond dans des ambiances différentes avec la facilité qu’on lui connaît (« The Script », « Caught In The Middle », « I’m ready For You », « Horizon », « Bring Life »). A noter d’ailleurs qu’Aaron chante seul « Fatal Attraction », ce qui est assez rare. Vivifiant et très accrocheur!
Alors que la Bruxelloise, désormais basée à la Nouvelle Orléans, sort son sixième album, c’est depuis le Montana, au cœur des montagnes, où elle allait se produire qu’elle a répondu à quelques questions. La chanteuse et guitariste est encore et toujours sur la route, bouge de concert en concert, avec une envie viscérale de jouer son Blues si varié et incandescent. Avec « Burn The House Down », elle a changé de producteur, histoire d’avoir un regard neuf et différent sur sa musique et ce nouvel opus offre une fois encore une vision nouvelle de son style si insaisissable. D’ailleurs, ce caractère bien trempé se reflète et se révèle dans un Blues Rock vaste, qui trouve son unité dans une multitude de sonorités guidée par une slide sauvage toujours très identifiable. GHALIA VOLT avance avec une rare authenticité et une spontanéité de chaque instant. Entretien avec une passionnée de musique, qui fait fi des barrières et des frontières pour jouer ‘son’ Blues le plus naturellement possible.
– Cela fait un peu plus d’une décennie que tu es aux Etats-Unis et tu es devenue l’une des figures incontournables de la musique roots contemporaine. Est-ce exactement ce vers quoi tu te projetais en arrivant ?
C’est vrai que ça fait plus d’une décennie que je suis ici et je ne suis pas quelqu’un qui planifie les choses, en fait. En arrivant aux Etats-Unis, je n’avais pas l’intention d’y habiter ou même de démarrer une carrière, non plus. Tout a été très spontané et c’est à travers la passion d’une jeune adulte que j’en suis arrivée là. Cela s’est fait au fur et à mesure en me rendant compte que tout pouvait finalement se faire. Au final, j’ai enregistré en Belgique, mais je me suis dit pourquoi ne pas le faire aux Etats-Unis, puisque j’avais les contacts, les connaissances qu’il fallait, ainsi que le groupe. Et ensuite, j’ai déménagé à la Nouvelle Orléans, car cela faisait déjà trois ans que j’y vivais.
– Notre dernière interview date de cinq ans. C’était à la sortie de « One Woman Band », où tu étais seule aux commandes. Que gardes-tu aujourd’hui de cette expérience ? J’imagine qu’elle a été riche en enseignements…
«One Woman Band » est effectivement une expérience qui a changé ma vie. Même si c’est énormément de travail, beaucoup plus que de faire partie d’un groupe car il faut s’occuper de tout, y compris de la logistique, cela a été une expérience enrichissante durant laquelle j’ai beaucoup appris. Ça donne aussi beaucoup de liberté et ça m’a permis de m’améliorer à de nombreux niveaux. Et une fois que j’ai commencé en ‘one woman band’, le Covid est arrivé et je n’ai plus rejoué dans les clubs locaux de la Nouvelle Orléans six fois par semaine comme avant. Ça n’a plus été que de la route et des voyages. Et je le dois à cet album et à cette aventure-là.
– D’ailleurs, depuis tu joues avec assez peu de musiciens dans ton groupe. Es-ce que c’est une façon de conserver cette sonorité brute et authentique que tu avais obtenu seule, ou plus simplement parce que tes compositions ne sont pas forcément destinées à des formations plus importantes ?
Il y a deux réponses à ta question. La première, c’est qu’aujourd’hui avec l’inflation et tout ce qui va avec, il il est très difficile d’avoir un groupe sur la route en raison du prix de l’essence, des hôtels, des voyages, des avions, etc… C’est vraiment très dur de tourner avec plus d’un trio. Après, effectivement, j’aime la musique originale, authentique, pure et pas forcément super-produite. Donc, je préfère quand elle a un côté plus roots et plus organique. Et le trio est parfait pour ça. Maintenant, comme on dit ici, c’est plus un ‘average trio’ qu’un power trio. Par exemple, il n’y a pas de basse dans le trio avec lequel je tourne. Pour l’album, c’est différent, mais sur la route je tourne avec un claviériste et un batteur. Et puis, tu sais, il y a tellement de groupes de nos jours et tout le monde fait à peu près la même chose. Donc, c’est plus facile de se démarquer et de s’amuser avec un projet différent. C’est l’idée du live avec le claviériste qui joue de la basse avec la main gauche, ce qui permet d’avoir deux solistes qui peuvent aussi assumer la partie rythmique. Personnellement, c’est ce qui m’attire le plus pour la guitare, car je peux me concentrer sur la slide, le groove et les licks (enchaînement d’accords – NDR). Et tout ça marche très bien ! En ce qui concerne l’enregistrement, j’ai laissé faire JD Simo (producteur et guitariste – NDR), qui a invité des musiciens hors-pair à jouer dans le groupe. Il y avait donc Chris Powell à la batterie et Brian Allen à la basse, qui sont vraiment incroyables. Ils sentent vraiment la musique et ils se laissent emporter de manière très naturelle et très spontanée pour créer quelque chose d’organique. C’est vraiment comme ça que je conçois la musique.
– Avant de parler de « Burn The House Down », j’aimerais que l’on revienne sur « Shout Sister Shout ! », sorti il y a trois ans, enregistré dans le désert de Mojave et qui était une sorte de manifeste féministe. Est-ce que tu dirais que c’était un album nécessaire au point de vue de son contenu, et est-ce que malgré une présence des femmes plus importante dans le Blues, les choses ont suffisamment évolué, selon toi ?
Non, pour moi, « Shout Sister Shout ! » n’était absolument pas un manifeste féministe, mais plutôt une façon de dire aux femmes de plus s’affirmer. Par exemple, si on me demande si je veux jouer dans un festival de Blues qui s’appelle le ‘Chicken Blues’, je dis non parce que le contraire n’existe pas. Je trouve que faire une différence et de nous mettre dans une catégorie n’est pas normal. Tu vois, quand on dit qu’il y a un style qui s’appelle le ‘Female Blues’, ça me révolte ! Il n’y a pas de ‘Male Blues’ ! Et puis, quand je vois les algorithmes sur Internet comment Spotify, qui agence les différents groupes où toutes les femmes se succèdent : ça me révolte ! Personnellement, je ne suis pas du tout féministe, mais j’ai suffisamment confiance en moi en tant que femme pour réclamer l’égalité des sexes. Je n’ai pas l’impression d’être moins capable ou d’être choisie pour certaines choses, car je n’aime pas ce traitement. Je vais de l’avant !
– Pour ce sixième album, tu es allée à Nashville et, après David Catching, c’est JD Simo qui reprend le rôle de producteur et guitariste. Cette double casquette est-elle importante pour toi ? Et est-ce que la connexion vers l’authenticité de ton Blues passe aussi par cette complicité artistique ?
Absolument, car on choisit un producteur pour sa vision. Il faut avoir confiance, apprécier et admirer la personne avec qui on travaille. Et cela a vraiment été le cas avec JD Simo. C’est assez dur finalement d’abandonner le contrôle de son art, de ses pensées et de son raisonnement pour les laisser à quelqu’un d’autre. Après, bien sûr que j’avais un avis sur tout, mais il faut savoir s’ouvrir à ceux des autres et à leurs recommandations. Mon intérêt ici était de revenir à un Blues plus roots et plus alternatif. Il a vraiment vu ça en moi et cela a été plus facile de le faire ressortir finalement. Il n’a pas cherché à faire quelque chose d’autre, mais plutôt de mettre en avant les qualités qu’il a vu en moi. Il m’a beaucoup soutenu en studio. Je voulais vraiment axer l’album sur la slide sur presque toutes les chansons. Il en joue d’ailleurs aussi sur deux titres : « Let Your Hair Down » et « Burn The House Down ». Là aussi, c’est important de rester en retrait, car on apprend beaucoup. Le but n’était pas qu’il me montre ce qu’il savait faire, car il n’a rien à prouver ! (Sourires) L’idée était juste de soutenir la rythmique, les mélodies des chansons et la création plus largement. Et c’était bien sûr différent sur chacune d’entre-elles.
– Avec ces très belles parties de slide, « Burn The House Down » reste assez épuré et toujours très spontané. As-tu besoin de te mettre dans des conditions d’urgence pour obtenir le meilleur ? Rappelons que l’album a été enregistré en conditions live lors d’une session de deux jours…
Pour être précise, la session live a duré deux jours avec les quatre musiciens, tous ensemble en studio. Ensuite, il y a des overdubs sur les voix, car la prononciation est quelque chose de très important pour moi. J’ai envie que les gens comprennent bien les paroles et il y en a d’autres que j’ai aussi refaites. Donc, l’ensemble a duré quatre/cinq jours. Mais l’urgence n’était pas vraiment là, parce que j’avais vraiment travaillé ces chansons pendant des mois. On a apprécié la spontanéité et la création en studio, car il y a toujours des choses qui arrivent naturellement. Donc, il n’y avait pas vraiment d’urgence. Après, quand tu as quelqu’un comme JD Simo qui prône l’aspect réel de la musique, on a souvent utilisé la première ou la deuxième prise. Mais on aurait pu en faire plein d’autres. J’ai du lui faire confiance et cela a été un travail très dur à faire sur moi-même pour lui accorder ma confiance. Mais non, nous n’étions pas dans l’urgence.
– Comme toujours, il, y a un beau brassage de genres, qui définissent d’ailleurs ton style. On y retrouve du Shuffle, du Hill Country, des ambiances funky, flamenco et Southern et le tout avec un attitude très Garage. Et il y a « Let Yo Hair Down », où tu laisse s’échapper quelques phrases en français. Est-ce un simple clin d’oeil à ta Belgique natale, ou y a-t-il aussi un brin de nostalgie ?
Bien sûr et bien vu ! C’est vrai que dans « Let Your Hair Down », il y a un clin d’oeil à la Belgique, à la France et à l’Europe. Je ne l’avais jamais fait, ça m’a beaucoup plus et je m’y intéresse d’avantage. Pas dans l’optique d’en faire une chanson entière, mais plutôt un mélange. Je pensais aussi faire quelques paroles en espagnol mais finalement, ça ne s’est pas fait. Mais surtout, ce que j’aimerais dire c’est qu’il y a quelque chose qui m’horripile dans l’industrie musicale : ce sont les genres ! Cela pose des limites en essayant de faire partie d’un genre, car tu ne touches qu’un peu de ton public au final. Pour moi, le terme ‘style de musique’ ne devrait même pas exister. Tout ce que j’écoute, je le vois plutôt comme une boîte à outils où tu vas piocher naturellement. Donc, tous ces styles musique viennent simplement à moi sans mettre de nom dessus. Par exemple, les gammes flamenco, je les ai en tête, on fait du Blues et tout à coup, ça sonne Reggae. C’est très naturel. Que ce soit le côté funky, le Hill Country Blues, tout ça est en moi comme les Doors ou le Garage Punk avec les Cramps. Tout ça fait partie de mon bagage, ça ressort naturellement et j’adore ça ! Et c’est la même chose pour le côté vestimentaire sur scène avec le groupe, je n’ai pas nécessairement envie de ressembler à tel ou tel style. Tout ça reste très naturel pour moi.
– Enfin, au regard de ta discographie, ton Blues est aussi intemporel qu’universel. Est-ce quelque chose d’inconscient que de vouloir embrasser autant de courants, ou est-ce aussi une sorte de quête du Blues ultime ?
Pourquoi tu ne parles pas de style musical ? Moi, je n’ai jamais dit que je jouais du Blues ! (Rires) J’écoute beaucoup de Blues, mais qu’est-ce que c’est finalement ? Quand les gens disent qu’il n’aiment pas le Blues ou que c’est ennuyeux, je me dis de quel Blues parlent-ils ? Il y a le Delta, le Chicago, le Texas, le Hill Country, le Saint Louis, le Memphis et aussi la Soul. Tu vois, il y a tellement de courants dans un genre de musique. Et après, tout change en fonction des années, du son et des régions. Et les lieux ont aussi une influence sur les paroles, tout comme l’époque. Donc mettre une étiquette sur tout ça n’est pas mon truc. Il n’y a pas de quête de Blues ultime, mais plutôt une quête d’authenticité et de naturel. Je ne me force pas à faire quelque chose ou à être quelqu’un que je ne suis pas. Je ne fais pas ça non plus pour l’argent ou la gloire. Je veux faire quelque chose de vrai. Je suis moi-même, je partage des sentiments, des grooves, des émotions et des intentions. Et c’est tout ça qui ressort de ma musique. Et si elle plaît, tant mieux, car si je devais être quelqu’un d’autre sur scène, je pourrais alors aller travailler en cuisine ou ailleurs. Mais ce n’est pas le but. J’aime l’idée d’être intemporelle et universelle, je te remercie.
Le nouvel album de GHALIA VOLT, « Burn The House Down », est disponible chez Ruf Records.
La pétillante SAMANTHA FISH passe tellement de temps sur scène qu’il fallait bien qu’elle en garde un trace. Avec « Paper Doll Live », c’est enfin chose faite… et pas à moitié ! La frontwoman y retrace sa belle carrière à travers 16 morceaux triés sur le volet, même si sa dernière production se taille la part du lion. Et on ne s’en plaindra pas. Son chant est passionné et son jeu de guitare tout simplement ébouriffant et renversant ! L’Américaine donne un aperçu magistral de ses incroyables performances.
SAMANTHA FISH
« Paper Doll Live »
(Rounder Records)
Un peu plus créative sur chacun de ses neuf albums studio et réputée pour la qualité et l’explosivité de ses prestations scéniques, SAMANTHA FISH s’est forgée une solide réputation au point de devenir aujourd’hui une figure incontournable de la scène Blues Rock internationale. Il manquait cependant un témoignage live à sa belle discographie. Surfant sur le succès et la puissance de son dernier opus en date, « Paper Doll », c’est lors de cette tournée qu’elle a enregistré son premier disque en public et pas n’importe où.
Parmi les 250 concerts environ qu’elle donne par an, celui offert dans l’historique Bijou Theatre de Knoxville dans le Tennessee a retenu l’attention de la musicienne. Il faut dire que toutes les conditions étaient réunies : une salle pleine à craquer, un groupe dans une forme éclatante et la présence de The McCrary Sisters, génial ensemble Gospel de Nashville. Et au milieu brille SAMANTHA FISH. Histoire de donner du grain à moudre aux puristes, c’est avec « Kick Out The Jams » des MC5 qu’elle ouvre le bal, comme sur sa tournée avec Jesse Dayton.
Alors qu’il s’étend sur 16 morceaux, soit 1h20, « Paper Doll Live » fait bien sûr la part belle au dernier opus de SAMANTHA FISH avec pas moins de huit morceaux sur neuf. La musicienne de Kansas City fait le show, alternant des passages tout en émotion avec des moments qui confirment sa faculté à déferler comme un ouragan avec des chansons d’une énergie phénoménale. Sur la setlist figurent aussi « Bulletproof », « Poor Black Mattie » de R.L. Burnside, « Black Wind Howlin’ » et le brûlant « I Put A Spell On You » de Screamin’ Jay Hawkins. Un live d’anthologie !
Originaire du New Jersey, le bluesman en est déjà à son quatrième opus en seulement sept ans, c’est dire l’inspiration qui l’anime. Complice et virtuose, THE TREVOR B. POWER BAND livre une copie très enthousiasmante sur ce « Two Crows », qui multiplie les ambiances. Compositeur, chanteur et guitariste, ses chansons sont à la fois personnelles et universelles dans les thèmes abordés. Sobres et mélodiques, ces dix nouveaux titres sont parfaitement retranscrits dans une production soignée et délicate. Une intensité qui prend vie dans un réalisme saisissant.
THE TREVOR B. POWER BAND
« Two Crows »
(Farm 189 Records)
Certaines carrières se font sur le tard et TREVOR B. POWER fait peut-être partie de ceux qui ont eu besoin de l’expérience d’un pan de vie avant de s’exprimer en musique. En effet, c’est en 2019 qu’il a pris son envol avec « Everyday Angel », un premier effort produit tout de même par Anthony Krizan (Spin Doctors, Lenny Kravitz). Une ambition qui le guide donc depuis ses débuts. Aujourd’hui, il surgit avec « Two Crows », qui est déjà son quatrième album. Et c’est en collaboration avec le guitariste Dave Fields qu’il l’a passionnément élaboré.
A 63 ans, le chanteur pose ses accords avec une grande liberté et un sens du songwriting où la narration prend tout son sens. Sa voix éraillée et rocailleuse à l’occasion fait des merveilles, parfaitement accompagnée par un groupe de musiciens chevronnés. THE TREVOR B. POWER BAND captive et libère des atmosphères envoûtantes. Souvent très roots dans l’approche, « Two Crows » se montre au fil des morceaux d’une incroyable richesse. Passant d’un Blues épuré à des intentions plus Blues Rock, il traverse le style avec brio.
L’émotion transparaît dès les premières notes de « Bobby Lane » porté par un chant profond. Si la formation avance dans un Blues Rock convaincant sur les premiers titres de « Two Crows », le virage vers un Rock 70’s a lieu avec « Horizon », marqué par l’apparition de la flûte de Jasper Fields, qui l’ensoleille littéralement. THE TREVOR B. POWER BAND se distingue donc par son éclectisme, même si l’ensemble reste évidemment bluesy (« Ain’t Got No Bread », « The Message », « Puddles Of Blood », « The Fire Burns »). Une belle alchimie !
Blues Rock ou Rock Blues, c’est selon, mais une chose est sûre, GEORGE THOROGOOD AND THE DESTROYERS ne laissent personne indifférent et ont même tendance à mettre le feu dès lors qu’ils se produisent sur scène. Pourtant, lorsque la formation reprend Howlin’ Wolf ou Willie Dixon, le doute n’est plus vraiment permis. Avec « The Baddest show On Earth : Greatest Hits Live », on parcourt près de 50 ans d’une carrière hors-norme, qui a fait du musicien du Delaware et de ses partenaires les plus explosifs et attachants de ces dernières décennies.
GEORGE THOROGOOD AND THE DESTROYERS
« The Baddest Show On Earth : Greatest Hits Live »
(Craft Recordings)
Alors qu’il nous avait laissé avec un premier album solo composé de reprises avec « Party Of One », en 2017, on aurait pu s’attendre à un nouvel opus inédit de la part de GEORGE THOROGOOD AND THE DESTROYERS. Car, depuis « 2120 South Michigan Ave », son quinzième et dernier opus studio sorti en 2011 avec son groupe, le guitariste et chanteur n’a pas proposé de nouvelles compositions, qui seraient venues grossir un répertoire déjà riche de classiques. Alors, c’est avec un témoignage live qu’il fait son retour pour nous faire patienter encore un peu. Et des standards, il en regorge !
Pour autant, THE DESTROYERS, constitué de Jeff Simon, Bill Blough, Jim Suhler et Buddy Leach et de leur guide GEORGE THOROGOOD ne sont jamais aussi bons et à leur aise que sur scène. Et s’il en a déjà sorti quelques uns, les Américains présentent aujourd’hui « The Baddest Show On Earth : Greatest Hits Live », une sorte de compilation de quelques moments forts passés à enflammer leur public, comme peu parviennent à le faire. Les enfants terribles du Blues Rock traversent les époques avec une setlist inédite captée entre 1978 et 2024, qui rappelle bien des souvenirs.
De la Georgie au Massachusetts en passant par New-York, la Floride, le Texas, le Missouri et aussi Toronto au Canada, GEORGE THOROGOOD AND THE DESTROYERS affichent un don incroyable pour communiquer avec son public et faire durer le plaisir à grand renfort de savoureux dialogues, donnant lieu à de longues et réjouissantes versions de « One Bourbon, One Scotch, One Beer » et de « Boogie Chillun », notamment. On notera l’enchaînement parfait entre les morceaux, laissant penser qu’il s’agit d’un seul et même concert. Un disque qui vient entretenir une belle légende !
A noter que le plus Rock des bluesmen viendra enflammer le Bataclan le 26 juin prochain !
Groovy et spontanée, cette nouvelle réalisation de GRÁINNE DUFFY vient confirmer l’étendue de son talent, tout en se distinguant de son prédécesseur « Dirt Woman Blues », sorti il y a trois ans et pour lequel elle s’était livrée au site. Avec « What Am I Supposed To Do », elle joue la carte de la diversité avec la classe naturelle qu’on lui connaît. Blues Rock, mais pas seulement, ses performances vocales et guitaristiques sont assurées et virtuoses et ses nouvelles compositions ont déjà des allures de classique.
GRÁINNE DUFFY
« What Am I Supposed To Do »
(Independant)
C’est depuis le comté de Monaghan où elle est née et a grandi que GRÁINNE DUFFY puise son inspiration. Ayant pris son envol en 2007 avec « Out Of The Dark », elle sort aujourd’hui son sixième album. Au fil des années, son Blues, mâtiné de Rock, de Soul, d’Americana auquel quelques saveurs Country et celtiques s’échappent délicatement, s’est affiné et surtout personnalisé. Avec « What Am I Supposed To Do », l’Irlandaise s’impose comme l’une des meilleures représentantes du genre dans son pays… et bien au-delà.
La musicienne est aussi retourné sous le soleil californien, à Los Angeles, au 64 Sound Studio sous la houlette de Justin Stanley et de Marc Ford à la production pour un résultat toujours aussi sincère et authentique. Analogique et chaleureuse, la musique de GRÁINNE DUFFY reste d’une grande liberté et se tient à distance des sorties actuelles. Farouche et audacieuse, la songwriter évolue dans une intemporalité constante entre respect des traditions et une approche moderne, tout en piochant à la fois dans l’héritage américain et dans sa culture européenne.
Toujours aussi bien entourée, les musiciens présents jouent, ou ont joué, avec John Mellencamp, Gov’t Mule, Blind Boys Of Alabama ou The Black Crowes, sans oublier son guitariste de mari Paul Sherry. C’est dire la qualité d’interprétation des chansons signées GRÁINNE DUFFY. Et la chanteuse et guitariste diffuse une énergie continue à travers des titres qui traversent le temps avec une émotion brute (« Early In The Morning », « Streets Of Love », « Tearing The Apart », « Got To Give It Up », le morceau-titre et « Need Your Love So Bad », immortalisé par Peter Green). Immanquable !
Photo : Barry McCall
Retrouvez aussi l’interview de GRÁINNE DUFFY à l’occasion de la sortie de « Dirt Woman Blues » :
Si beaucoup ont tendance à considérer le Blues comme universel, il l’est probablement dans sa démarche et la profondeur de son message, mais il peut également se montrer tellement différent dans ses sonorités et son jeu. STEVE LOUW, depuis son Afrique du Sud, est de ces chanteurs, guitaristes et compositeurs, qui apportent une autre vision au style. Avec son nouvel effort, « Traces Of Flood », le musicien dévoile encore quelques surprises sur un groove unique, des atmosphères somptueuses et un indéfectible espoir comme fil conducteur.
STEVE LOUW
« Traces Of Flood »
(BFD Records/The Orchard)
Ancien leader de Big Sky, un groupe de légende chez lui, pendant près de 20 ans, STEVE LOUW est une figure emblématique dans son pays, tant il embrasse les styles avec une approche très personnelle. Rock, Blues Rock, Americana ou Country-Rock, rien ne lui résiste et même après 50 ans de carrière, on le retrouve toujours aussi sincère et d’une étonnante intemporalité. Avec « Traces Of Flood », son quatrième album en solo, il arpente, avec cette fraîcheur qui le caractérise, des registres parfaitement maîtrisés et même remaniés avec la particularité de sa voyageuse touche.
Car la musique de STEVE LOUW, si elle lui est très personnelle, ressemble aussi terriblement à son univers. En effet, le Blues Rock d’Afrique du Sud présente des similitudes avec celui qu’on peut entendre en Australie notamment, et se démarque ainsi des Etats-Unis et de l’Europe. Un petit souffle de fraîcheur dans une galaxie qui se ressemble trop souvent. Pourtant, à la production,, on retrouve son ami Kevin Shirley avec qui il travaille depuis le milieu des années 80, et qui œuvre aujourd’hui pour Joe Bonamassa, Robert Jon & The Wreck, Black Country Communion, …
Assez cinématographique dans l’approche, la grandeur majestueuse des paysages qui l’entourent doit être une belle source d’inspiration. STEVE LOUW nous emmène en ballade, bercée par sa voix de velours rassurante et enveloppante, et une guitare pleine de saveurs variées. Cette ampleur, on la retrouve forcément dans le son, tant le spectre est intelligemment travaillé. « Traces Of Flood » respire et survole des compositions très attachantes et entraînantes, dont le songwriter a le secret (« Tumbling Down », « Echo Dream », « Angeline », « CBGB Xmas » et le morceau-titre).
Dans la plus pure tradition sudiste, tout en laissant suffisamment de liberté pour apposer sa touche personnelle, THE COLD STARES fait une véritable déclaration d’amour à l’État qui a vu naître un grand nombre de ses influences. Avec « Texas », le combo rend un vibrant et intense hommage à ceux qui forgé en partie son Blues Rock entre une modernité vivifiante et un grand respect des fondations. Ce nouvel effort n’est peut-être pas son disque le plus marquant, mais il est à l’évidence le plus soigné et le plus subtil.
THE COLD STARES
« Texas »
(Artic Records)
Fondé en 2012 pat le guitariste et chanteur Chris Tapp et le batteur Brian Mullins, rejoints par le bassiste Bryce Klueh il y a quatre ans, THE COLD STARES n’est pas de ces groupes, soit patients, soit opportunistes. Grâce à une créativité plus que fertile, le trio a pour habitude d’aller au fond des choses. Et ce neuvième album, auquel il convient d’ajouter « Green » sorti l’an dernier par son frontman en solo, offre une suite via une immersion magistrale aux deux volets de « The Southern ». D’ailleurs, il a été conçu et réalisé dans les règles de l’art et avec beaucoup de classe.
Car, lorsqu’on vient de l’Indiana et que l’on souhaite intituler son nouvel opus « Texas », il est préférable de savoir où l’on met les pieds, tant le retour de bâton peut être rapide et musclé. C’est donc après une longue tournée dans le grand Etat du Sud que THE COLD STARES a commencé à composer ces onze morceaux, avant d’aller les enregistrer à Austin au studio Bud’s Recording Services, et essentiellement en analogique également. Le genre de détails qui vient témoigner du savoir-faire et surtout de l’intelligence des trois musiciens.
Si leur son est toujours aussi identifiable, ils ont mis leur énergie à capturer l’atmosphère et l’esprit des lieux avant tout. En ce sens, « Texas » est remarquable, car on y retrouve aussi les rythmes et les sonorités typiquement texans. La plongée artistique de THE COLD STARES est assez phénoménale, tant elle est d’une incroyable précision dans l’interprétation comme dans les arrangements. Sans jamais tomber dans la caricature, sa faculté d’adaptation est bluffante (« Out Of Love », « Queen Of Hearts », « Further Down The Road », « Burden Of Bear », « Sugarcane »).
Indépendante et inspirée, JENNIFER LYN est devenue une blueswoman qui compte dans le paysage musical actuel des Etats-Unis. Désormais basée dans le Dakota du Nord avec THE GROOVE REVIVAL, elle franchit de nouveaux caps et le Blues de sa formation passe de moments Rock musclés à des passages Soul avec une fluidité et une maîtrise rafraîchissantes. « Electric Eden » est l’album Live qui manquait à une déjà belle discographie très contemporaine, qui fait aussi le lien avec un héritage aux très nombreuses branches.
JENNIFER LYN & THE REVIVAL
« Electric Eden »
(J & L Collective)
Un an tout juste avec « Retrograde », son troisième album qui a vu se concrétiser une formidable collaboration avec Richard Torrance, son guitariste et co-auteur, JENNIFER LYN revient déjà avec « Electric Eden », qui se présente comme un témoignage scénique remarquable de ce groupe désormais soudé. THE GROOVE REVIVAL est plus jamais le bien-nommé, tant il porte haut un Blues Rock très contemporain, toujours mâtiné de Classic Rock, de Soul et de saveurs 70’s. L’exactitude du jeu et le feeling à l’œuvre font de ce Live un bel instant suspendu.
Aux côtés du duo, on retrouve Jim Anderson derrière les fûts, Barb Jiskra aux claviers et Nolyn Falcon à la basse et les cinq musiciens parviennent à transmettre au public tout le plaisir qu’ils ont à jouer ces neuf morceaux. Aujourd’hui plus encore, JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL est une machine bien huilée et cette prestation, faite d’émotion et tout en percussion, est d’une incroyable sensibilité. La connexion se fait autant sur scène que dans la salle et c’est très palpable. Le groupe comme les spectateurs surfent sur une même et électrisante énergie.
Forcément, « Retrograde » est bien représenté avec cinq chansons (« Light the Fire », « Sucker For The Pain », « Baggage », « ‘59 Cadillac » et « Refuge »). De plus en plus irrésistible vocalement, l’Américaine forme également un très bon tandem guitaristique avec Richard Torrance et leurs échanges sont à la fois complices et intenses. En ce sens, « Electric Eden » capture à merveille l’instantanéité de la performance live de JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL. Grâce à un songwriting créatif, l’interprétation du quintet est littéralement brillante.
Photo : Wyatt Ell
Retrouvez l’interview accordée par la chanteuse et guitariste à la sortie de « Retrograde » :
Brute et généreuse, on n’en attendait pas moins de la seconde partie de « Scorched Earth », la série de ‘Live’ entamée il y a une décennie déjà par le Britannique et qui avait démarré au Canada, son pays d’adoption. Les concerts de PHILIP SAYCE font le plein à chaque passage et c’est cette intensité mêlée à la fougue du songwriter qui ressurgit sur ce « Volume 2 – Live in LA/London ». Car c’est sur les deux continents qu’il a sélectionné ces huit morceaux, où le six-cordiste fait parler la poudre grâce à une approche fougueuse de son instrument, mais aussi avec une voix qui traverse les émotions avec naturel.
PHILIP SAYCE
« Scorched Earth Volume 2 – Live In L.A./London »
(Atomic Gemini Records)
On n’osait plus y croire ! Dix ans après le ‘Volume 1’, PHILIP SAYCE offre donc une suite à « Scorched Earth » et l’ambiance est toujours aussi électrique. Si le premier volet avait été enregistré à Toronto au Canada où il réside, cette fois le musicien fait le grand écart entre Los Angeles et Londres, plus précisément au club ‘The Baked Potato’ de la Cité des Anges et au ‘Garage’ de la capitale anglaise. Et dans les deux cas, il faut bien avouer que le bluesman a littéralement retourné les lieux et les extraits proposés ici sont de la dynamite.
Avec sept albums au compteur, dont l’excellent « The Wolves Are Coming » sorti il y a deux ans, PHILIP SAYCE mène pourtant une carrière bien trop discrète au regard de son talent. Chanteur et guitariste, il distille un Blues Rock explosif, à la fois massif et virtuose. Et si ses enregistrements studios sont toujours pointilleux et plein de feeling, c’est bel et bien sur scène que sa musique prend tout son sens et que la puissance de son jeu change de dimension. Chargé d’émotion et incendiaire, « Scorched Earth » atteint encore des sommets.
Et pour sublimer le tout, le Gallois a fait appel au réputé Mark Rains pour le mastering, lequel a su révéler tout le relief et l’exceptionnelle prestation du groupe. Car pour l’accompagner, PHILIP SAYCE s’est entouré du bassiste Sam Bolle et du batteur Bryan Head : un power trio relevé qui fait corps et qui a régalé le public. Les versions de « Bitter Monday » et « Once » sont éblouissantes, celles de « Peace Machine » et de « Lady Love Divine » tout aussi incroyables, et le survitaminé « Spanish Castle Magic » de Jimi Hendrix confirme une filiation plus qu’évidente.
Photo : Robert Sutton
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