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Doom Metal Doom Rock Neo-Folk Occult Rock

Maison Dieu : le sens du rite

Le Doom est un vaste terrain de jeu et MAISON DIEU l’a bien compris. Explorant habillement toutes ses possibilités à travers une vision sans œillères du genre, les Transalpins franchissent des limites que beaucoup ne s’autorisent pas. Terriblement organique, ce premier album complet laisse déjà apparaître une créativité qui se défait des codes établis pour s’aventurer dans des univers musicaux très différents. Leur point commun : une mise en scène presque cérémoniale, souvent immersive et d’où peut aussi jaillir une explosivité née de l’urgence. « Città Nascosta » s’impose avec élégance.

MAISON DIEU

« Città Nascosta »

(Octopus Rising/Argonauta Records)

Il y a un peu plus d’un an, le trio signait un premier EP, « Herbacea », déjà très abouti. Fort d’une décennie d’existence, MAISON DIEU a pris son temps et sorti deux singles (« Sei 6 » et « Ellys ») seulement à partir de 2023. Derrière le caractère spirituel de son nom, le groupe prend des chemins sinueux à travers un Doom aussi Rock que Metal et aux accents Stoner et tribaux. En effet, les références des Italiens s’étendent de Messa à Nytt Land avec un côté Heavy et solide. « Città Nascosta » a tout du rituel, entre une noirceur omniprésente et une lumière bien réelle.

Malgré une atmosphère qui peut paraître ténébreuse sur le papier, la musique de MAISON DIEU est finalement assez solaire. Le mélange des langues y est pour beaucoup, puisqu’Ester (chant, guitare) chante dans sa langue maternelle, en anglais et dans une autre qu’elle a elle-même créé. Et cette diversité apporte une multitude de nuances à « Città Nascosta » dans l’approche des registres abordés. « Resta » et son climat néo-Folk ancestral est le parfait exemple des surprises que révèle ce premier opus. Ici, le Doom est aussi psychédélique que ravageur.

Aguerri par une belle expérience scénique acquise ces dernières années, le combo donne le ton avec force dès « Caligramma », où la rythmique s’impose. Le tandem très polyvalent formé de Mauro (basse, chant) et Ivan (batterie) met en évidence une belle maîtrise, loin des conventions. Quant à Ester, son travail sur les riffs est aussi exemplaire que sa prestation vocale, tout en variations. MAISON DIEU possède de belles fondations et son architecture musicale est très fertile (« Dio Ci Vuole Nudi », « Uroboro », « Loba » et le morceau-titre). Captivant !

Retrouvez la chronique de leur premier EP, « Herbacea » :

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International Occult Rock Stoner Doom

Terra Black : mystic vibes [Interview]

Dans une ambiance presque cosmique et pleine de mysticisme, le quatuor invoque la puissance du Doom pour guider son Stoner. Entre Occult Rock et déflagrations Metal, TERRA BLACK sort son deuxième album avec beaucoup de certitudes et un jeu qui a gagné autant en maturité qu’en maîtrise. « Mirage » fait suite à « All Descent » sorti il y a trois ans et qui avait tapé dans l’œil du label Bonebag Records. A forte dominante féminine, l’approche des Suédoises et de leur guitariste-chanteur offre beaucoup de nuances à des compositions, qui évitent les clichés en privilégiant un aspect plus aérien qu’écrasant. Enregistré en conditions live, ce nouvel opus est aussi fin que massif et sa production très organique renvoie à des atmosphères presque charnelles. Sombre et dense, l’univers des Scandinaves est à la fois profond et incantatoire, et son identité musicale est désormais claire. Ezgi, chanteuse principale de la formation, revient sur l’évolution de TERRA BLACK, la sortie il y a quelques semaines de « Mirage » et les caractéristiques du Stoner Doom à l’œuvre sur ce nouvel effort.

– Vous avez fondé TERRA BLACK en 2020 et vous avez enchaîné rapidement avec les EP « Triple Goddness » (2021) et « Capra » (2022). A l’écoute de ces quatre morceaux, on a le sentiment que vous vous cherchiez encore musicalement. Cette période a-t-elle été un terrain d’apprentissage et d’expérience pour définir votre son ?

Oui, absolument. Elle était bien sûr davantage une phase d’expérimentation qu’une période où nous avions un son clairement défini dès le départ. Nous apprenions à nous connaître en tant que groupe, mais aussi musicalement, à travers ce que nous aimions, ce que nous voulions faire et la direction que nous souhaitions donner à notre musique. L’idée principale de TERRA BLACK n’a cependant jamais vraiment changé. Dès le début, nous étions attirés par le mysticisme et cela a toujours été un élément important de notre démarche créative. Mais musicalement, il nous a fallu du temps pour trouver notre propre façon de l’exprimer. Je pense que nous l’avons trouvée en expérimentant, en jouant ensemble et, tout simplement, en faisant de la musique.

– D’ailleurs, avec la sortie d’« All Descent » sorti en 2023 et que vous aviez autoproduit, TERRA BLACK est apparu avec un tout autre visage. Y a-t-il eu un déclic, car votre style s’est vraiment affirmé et affiné au point que l’on croirait à la véritable naissance du groupe ?

En réalité, je pense que le tournant pour nous s’est produit un peu avant « All Descent ». Quand Isak a rejoint le groupe et que nous avons commencé à composer ensemble, nous avions déjà amorcé progressivement l’élaboration de notre propre son et la définition de nos aspirations musicales. Donc oui, je dirais qu’« All Descent » est vraiment le fruit de ce processus. C’est à ce moment-là que tout ce que nous avions développé a commencé à se concrétiser et que le son de TERRA BLACK s’est affirmé.

– Justement depuis l’arrivée d’Isak en 2021, TERRA BLACK a conservé le même line-up avec une dominante féminine assez peu courante. Est-ce, selon vous, cette particularité qui offre la finesse et l’aspect plus délicat de votre Stoner Doom ?

Je pense qu’il est difficile de répondre à cette question d’un seul point de vue. Mais je ne crois pas que la présence de femmes dans le groupe rend forcément notre musique plus délicate, car nous écoutons tous des styles très différents. Je pense que ce qui nous unit, c’est notre goût pour les ambiances mélancoliques et c’est probablement de là que vient cette facette de notre son. Mais s’il y a bien une chose que l’on peut retenir du fait d’être un groupe majoritairement féminin, c’est notre ponctualité et notre discipline ! (Rires)

– D’ailleurs, au niveau du chant, l’évolution a été éclatante avec « All Descent ». TERRA BLACK se distingue par un Doom plus enveloppant qu’écrasant, avec même parfois des chuchotements. L’idée est-elle aussi de pouvoir apporter plus de nuances grâce à ces nuances vocales ?

Oui, il y a eu une nette évolution au niveau du chant avec « All Descent », surtout parce qu’avant, j’étais la seule à chanter. Partager le chant avec Isak a vraiment donné une nouvelle dimension au groupe, et je pense que ça a très bien fonctionné. Mais ce n’était pas vraiment une décision consciente d’avoir deux chanteurs juste pour ajouter des nuances. C’est venu assez naturellement pendant la composition. On essayait des choses comme : ‘tiens, tu chantes cette partie et je prends celle-ci’, ou ‘peut-être que cette partie fonctionnerait mieux avec ce type de chant’. Ce sont donc vraiment ces petites décisions prises pendant l’écriture, qui ont façonné notre style vocal au final.

– Parlons de « Mirage », qui sort chez Bonebag Records. Tout d’abord, est-ce que la signature sur un label est une étape importante pour vous, et peut-être aussi une certaine confirmation de l’originalité et du talent d’écriture de TERRA BLACK ?

Je pense que signer avec un label est une étape importante, mais je ne le vois pas forcément comme une confirmation de notre originalité ou de nos talents d’auteurs-compositeurs. Ce sont des choses qui se construisent avec le temps, et on ne peut pas les confirmer et les établir simplement en signant avec une maison de disques.

Pour nous, l’aspect passionnant de travailler avec un label, c’est que cela offre à notre musique davantage de canaux et d’opportunités de toucher un public plus large. C’est ce qui représente un véritable pas en avant pour nous. C’est aussi un atout d’avoir quelqu’un comme Max Malmer (le patron du label – NDR), qui est très au fait de la scène musicale avec qui échanger des idées. Même si nous avons une grande liberté créative, un regard extérieur peut parfois s’avérer très utile.

– Ce nouvel album a été enregistré en conditions live, afin de capturer les vibrations de votre jeu et l’authenticité de l’endroit où vous étiez avec sa réverbération naturelle. Etait-ce la meilleure façon, selon vous, pour retrouver l’intensité et le côté organique de la scène et mieux les restituer ?

Oui, sans aucun doute. Ce type de musique, selon nous, se prête particulièrement bien à l’enregistrement en direct, avec tout ce que cela implique : la repisse des micros, l’ambiance de la salle et un groove plus organique. C’est aussi beaucoup plus efficace, pour être honnête, puisque la plupart des instruments peuvent être enregistrés en une seule prise. Nous insistons rarement sur les détails ou les performances individuelles dans nos morceaux, mais plutôt sur l’atmosphère générale. De ce fait, ces petites imperfections n’ont pas vraiment d’importance, et contribuent même parfois à l’authenticité du morceau.

– J’aimerais que l’on parle du morceau « Thorn », qui se distingue du reste de l’album, car il est entièrement parlé et par une voix d’homme. Que représente-t-il dans la construction de « Mirage » et quelle signification a-t-il pour vous ? D’ailleurs, l’avez-vous imaginé en version instrumentale au départ, car il s’y prête bien ?

« Thorn » est assurément un peu à part, mais pour nous, elle joue un rôle bien précis dans l’album. Elle est née tout naturellement d’une mélancolie profonde dans laquelle nous étions plongés, et les paroles nous sont venues lors d’une nuit au bord d’un lac perdu dans la campagne suédoise. Le premier riff a été entièrement improvisé en studio, un soir arrosé (en grande quantité) de vin de cerises maison ! (Sourires) Isak et moi avons commencé à jouer et j’ai rapidement enregistré. L’enregistrement nous a tous profondément touchés. Nous avons senti qu’il exprimait quelque chose d’important et d’authentique. Je pense qu’il symbolise un désespoir quasi-total, une fin dystopique, un monde dénué de toute humanité.

– Enfin, votre Stoner Doom oscille entre Rock et Metal avec beaucoup de fluidité et de relief. A la fois puissant et intense, « Mirage » est plus aérien que pesant. Etait-ce votre premier objectif après trois ans de travail ?

En fait, nous n’avions pas vraiment d’objectif précis au départ. Ce sont plutôt les morceaux qui ont pris forme et qui ont façonné l’album. Puis, un peu plus tard, pendant l’enregistrement, nous avons réalisé que cette constellation de riffs sombres, denses et imprégnés de Doom avait une dimension plus ancrée et viscérale que nos précédents albums. On y retrouve cette atmosphère étrange et éthérée qui, selon nous, définit en quelque sorte notre son, mais avec une intensité presque claustrophobique.

Le nouvel album de TERRA BLACK, « Mirage », est disponible chez Bonebag Records.

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Heavy Stoner Psych Occult Rock Stoner Doom Metal

Green Lung : occult stories

Sur ce quatrième album, les Anglais atteignent un sommet de leur courte carrière discographique. Déjà très prometteurs, ils affichent un style personnel, oscillant entre Stoner Psych et Doom Rock avec une touche Heavy délicieusement vintage. Avec « Necropolitan », GREEN LUNG s’attaque à l’aspect occulte de sa ville et à ses sept nécropoles au XIXème siècle. Et l’enregistrement dans les légendaires studios Rockfields lui donne un caractère spécial et authentique.

GREEN LUNG

« Necropolitan »

(Nuclear Blast Records)

Depuis sa création en 2017 et surtout après la sortie de « Woodland Rites » deux petites années plus tard, GREEN LUNG nous avait habitué à un rythme soutenu à raison d’une réalisation tous les deux ans. « Necropolitan » accuse donc un léger retard, mais à son écoute, il est totalement pardonné. Conceptuel dans la forme et le fond, plantons le décor. Les Londoniens nous replongent dans l’époque victorienne et ses sinistres bas-fonds, à savoir ses sépultures. Ici, la nature rejoint l’occulte, et l’étrange et le pouvoir des morts s’offrent une étonnante rencontre.

Grâce à un son qui colle parfaitement à l’ambiance générale de « Necropolitan », le groupe livre une performance très inspirée et concise. Quelques clins d’œil nous renvoient à Black Sabbath, King Diamond et même Wytch Hazel à l’occasion, mais GREEN LUNG impose sa patte de belle manière. Les riffs sont colossaux, les parties d’orgue captivantes et les mélodies multiplient les paysages sonores, naviguant entre une urgence très Metal et l’intemporalité du Hard Rock 70’s. Et sur un groove insaisissable, l’ensemble bascule entre envolées musicales et explosivité.

C’est à Tom Dalgety (Opeth) que l’on doit cette belle production organique et par certains aspects assez solennelle. Le Heavy Stoner des Britanniques nous fait pénétrer dans les limbes de leur capitale et le fil narratif est rendu vraiment prenant par un chant très expressif. GREEN LUNG explore et marque les esprits sur les bases d’une NWOBHM réoxygénée, qui se réinvente et prend des sentiers audacieux (« The Heathen Land », « Ozymandias », « Together In Death » accompagné de Riley Pinkerton de Castle Rat, « Black Magick Radio »). Epoustouflant !

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Dark Gothic International Occult Rock

Coven : un mythique sortilège [Interview]

Né à la fin des années 60 du côté de Chicago, COVEN est la référence ultime et l’influence majeure des groupes qui développent, aujourd’hui encore, dans leur musique ce même imaginaire. Sauf que dans ce cas précis, il ne s’agit nullement de folklore ou d’apparat destiné à véhiculer l’illusion d’une appartenance à ce mouvement souvent caché, mais bien réel. Toujours guidé par sa chanteuse, le groupe vit sa musique et les textes qu’elle véhicule au premier degré. Pas de marketing donc derrière la démarche de cette grande prêtresse du Rock Occult, et Jinx Dawson entend bien remettre son actuel quintet au cœur du monde musical. Avant de les recevoir en France très bientôt, celle qui se fait si rare en interview a bien voulu revenir sur l’histoire de COVEN, ses déboires aussi et sa démarche personnelle. Un entretien dans lequel sa fondatrice revient très naturellement sur les liens entre ésotérisme et musique, et sa position et son implication dans cette voie.

– Tout d’abord, pour la nouvelle génération qui ne vous connaît peut-être pas encore, COVEN a créé la quasi-totalité de l’imagerie du monde du Metal actuel depuis la fin des années 60. Comment perpétue-t-on un tel héritage plusieurs décennies plus tard ? Est-ce toujours une source de fierté ?

Au départ, l’album « Witchcraft Destroys Minds & Reaps Souls » se voulait un ouvrage érudit destiné aux personnes profondément impliquées dans la ‘Voie de la Main Gauche’. Je pensais que peu de gens s’y intéresseraient, voire que certains craindraient les informations qu’il contenait. Passionnée de musique, surtout d’opéra mais aussi de Rock, je souhaitais chanter et avoir un groupe. Je pensais donc pouvoir combiner les deux. La maison de disques entrevoyait un grand succès, mais jugeait le concept de COVEN trop réaliste pour le grand public. Nous étions régulièrement interrompus en plein rituel, expulsés de scène par la police, interdits de participation à des rituels en concerts et en festivals, et nos disques étaient vendus sous le manteau, avant de ne plus se vendre du tout. Mercury Records pensait que mon idée serait plus commerciale, même si elle était moins réaliste. N’appréciant pas cette perspective, nous avons quitté Chicago pour Los Angeles, et la maison de disques s’est mise en quête d’un autre groupe disposé à aborder ce sujet ésotérique avec subtilité. Elle craignait également qu’une femme présentant ce genre de réflexion ne soit pas du goût des Eglises et autres groupes. Ce fut donc loin d’être une source de fierté, mais plutôt une source de difficultés.

– COVEN est devenu un mythe qui a largement dépassé les frontières musicales, ce qui est un peu dommage, au point que certains en oublient souvent cet aspect du groupe. Nourris-tudes regrets à ce sujet ?

En fait, je regrette mes choix de l’époque. Mes deux grandes-tantes, adeptes de ‘La Main Gauche’, m’ont déshérité et m’ont ôté la vie, car j’avais révélé une trop grande partie de leurs sombres secrets. Mais nous avons travaillé d’arrache-pied sur la musique. Les musiciens étaient excellents. Et le groupe était très fier du résultat final.

– Pour conclure sur ce sujet, à l’époque, le scandale est né de « Satanic Mass », une épopée de 13 minutes. Aviez-vous anticipé un tel tollé ? Et, de plus, aviez-vous prévu son potentiel impact au moment de sa création ?

Lorsque nous enregistrions « The Satanic Mass » en 1969, cela me semblait tout à fait naturel, car j’avais grandi dans ce monde, car mes grandes-tantes étaient mages d’un coven (réunion de sorciers – NDR). Enfant, je m’étais souvent introduit en cachette dans leur manoir pour assister à leurs réunions, des rassemblements exaltants. Et plus tard, j’ai rejoint la LHP (‘Left-hand path’, ‘La Main Gauche’ – NDR) à 13 ans. Mais le soir où le rite devait être enregistré, tous les employés d’Universal Recording Studio ont demandé à partir à midi. J’ai trouvé ça bizarre. A ce moment-là, je me suis dit que les détracteurs, par peur, pourraient l’enterrer pour qu’on ne s’en souvienne à jamais. Et il y a à peine vingt ans, quand j’ai voulu rééditer ce pauvre vieux disque oublié, introuvable ailleurs, on m’a dit que les responsables ne le « sortiraient jamais des archives ».

– Revenons à la musique de COVEN. Si beaucoup vous associent aujourd’hui à la scène Metal, vous jouez en réalité du Rock psychédélique avec même quelques influences Folk. En réécoutant vos deux premiers albums, on réalise la richesse des arrangements avec piano, saxophone, cordes… Quelle place occupe votre musique par rapport au message qu’elle véhicule ? Est-ce un simple support, ou a-t-elle toujours primé sur les paroles ?

Tout d’abord, je n’ai jamais considéré la musique de COVEN comme psychédélique. Je ne l’ai jamais été. Je n’étais pas hippie, je n’avais aucun lien avec ce milieu et je n’écoutais pas vraiment ce genre de musique. J’étais passionnée de musique classique et j’avais une bourse d’études en opéra à l’Université Butler à l’âge de 13 ans. Je considère notre musique comme du Rock avec une touche gothique classique. Je pense que la musique était un moyen de transmettre des informations. J’adore la musique et j’ai toujours veillé à lui témoigner le plus grand respect. Je ne pense pas que COVEN ait jamais vraiment adhéré à la vague des groupes ‘love in the 60’, mais je pense que certains voulaient simplement simplifier les choses. Ils voulaient signifier que le Metal venait d’inaugurer une nouvelle décennie, car l’album phare de COVEN, « Witchcraft Destroys Minds & Reaps Souls», est arrivé à l’aube des années 70.

– Malheureusement, après « Witchcraft Destroys Minds & Reaps Souls », « Coven » et « Blood In the Snow », COVEN a connu une longue période de silence jusqu’en 2008 avec « Metal Goth Queen – Out Of The Vault ». Qu’est-ce qui a empêché votre carrière de progresser sans encombre pendant toutes ces années ?

Beaucoup de choses. COVEN avait déménagé. Direction Los Angeles. Cinq ans plus tard, après la sortie de nos trois premiers albums, les membres masculins du groupe se sont mis en couple et ont quitté la ‘Coven House’, perchée sur les collines d’Hollywood. Les managers étaient insupportables. J’ai joué dans un film et j’ai fait une petite apparition dans un autre avec Brad Pitt. J’ai monté un groupe Punk appelé ‘The Equalizers’ pour oublier que mes précédents albums avaient disparu des radars et que COVEN ne renaîtrait jamais. Le groupe comptait des membres renommés comme le bassiste de Jethro Tull et le guitariste de Steppenwolf. L’ingénieur du son des était marié à la sœur de Bob Welch, membre du Fleetwood Mac original. Cet ingénieur du son n’arrêtait pas de me draguer et a même tenté de me tuer en me voyant avec une star du Rock. J’ai fréquenté beaucoup de rockeurs célèbres, qui n’ont jamais rien su de mon passé. J’ai aussi énormément voyagé avec Amet Ertugun, le propriétaire d’Atlantic Records. J’ai participé à de nombreux rituels de cercle magique à la ‘Maison du Coven’ et dans la ‘Pièce Secrète’. En fait, je me suis simplement plongé dans l’underground, sans que mon passé soit dévoilé.

– Même si vous avez sorti « Jinx » (2013) et « Light The Fire » (2016), cela fait dix ans que nous attendons le retour de COVEN avec un nouvel album. Est-ce en préparation ? Travaillez-vous dessus avec la formation actuelle ?

Il est en suspens depuis dix ans. Mais oui, nous avons quatre morceaux vraiment géniaux en boîte, puis nous avons commencé une tournée, donc nous espérons terminer le reste bientôt. La formation actuelle est très impliquée et même Steve Ross, le batteur original de COVEN, est de la partie.

– Vous serez bientôt en tournée en Europe et en France avec un passage en tête d’affiche du festival « Courts Of Chaos » en Bretagne. A quel genre de concert doit-on s’attendre ? Y aura-t-il quelques chansons inédites au programme ? Car ici, les fans sont nombreux…

Nous sommes follement excités à l’idée de revenir en France, et pour la première fois en Bretagne… Je sortirai de mon cercueil rien que pour vous… Skull fera une apparition, accompagné de films et vidéos historiques de ce COVEN autrefois interdit… Un rituel musical de véritables chants ancestraux du ‘Sentier de la Main Gauche’, de chansons racontant d’authentiques histoires de sorcellerie, avec peut-être un aperçu de nouvelles compositions…

– Enfin, en tant que grande prêtresse du genre, quel est ton regard sur la scène Rock et Metal occulte, voire sur certains courants du Black Metal ou du style païen ?

Je pense que cela rassemble une communauté très soudée de personnes talentueuses, dont j’ai eu le grand plaisir de rencontrer un grand nombre. C’est un véritable mouvement où musique, art, design, cinéma et mode de vie se conjuguent. Je pense que nous avons besoin de ce type de lien fort en ce moment, et ce groupe pourrait devenir très important dans un avenir proche. Mais une grande partie de ce mouvement ne représente pas la véritable ‘Voie de la Main Gauche’, ni la sorcellerie, qui détruit les esprits et moissonne les âmes. C’est plutôt comme les bruits et les cris des films d’horreur ou les hurlements d’Halloween, avec lesquels je peux m’amuser de façon assez macabre. Mais c’est peut-être mieux ainsi pour l’instant, car certains ne sont peut-être pas prêts pour de vrais sorts…

Les pochettes de « Witchcraft Destroys Minds And Reaps Souls «  (1969) et « Blood on the Snow » (1974), les deux albums emblématiques de COVEN.

 Photos : Greg The Mayor (1, 2, 4) et Omar Cordy (3).

COVEN sera en tête d’affiche du festival ‘Courts Of Chaos’ les 22 et 23 mai prochain à Plozévet (29). Toutes les infos sur le site : www.courtsofchaos.fr

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Doom Metal Hard Rock International Occult Rock

Ritual Arcana : supernatural impulsions [Interview]

C’est un envoûtement, un rituel, une sorte de tornade mêlée de Hard Rock et Doom Metal dans des atmosphères occultes que propose RITUAL ARCANA sur son premier album éponyme. Le power trio américain se présente avec un line-up cinq étoiles, où chacun apporte sa pierre à un édifice solide et maléfique. Issus de The Obsessed et Saint Vitus notamment pour son guitariste, Scott ‘Wino’ Weinrich, de The Black Lips pour son rugueux batteur Oakley Munson, de Moth pour sa frontwoman et bassiste, ces musiciens se sont naturellement retrouvés autour d’un registre, où leur empreinte se fait déjà sentir. Sombre mais entraînant, « Ritual Arcana » captive autant par son univers un brin lugubre que par cette production brute et authentique, qui traverse ce premier effort dans un élan obsédant. SharLee LuckyFree, dont la voix stellaire illumine la formation, revient sur la magie qui opère avec ses partenaires.

– Tout d’abord, vous êtes trois fortes personnalités reconnues dans l’univers du Metal et du Rock et j’imagine que vos chemins ont déjà du se croiser avant la formation du groupe. Quand RITUAL ARCANA est-il né dans vos esprits ? Quel a été le déclic ?

L’idée de RITUAL ARCANA a commencé à germer dans mon esprit lors d’une tournée européenne avec The Obsessed il y a environ trois ans. Lors d’une longue promenade en solitaire, j’ai réalisé qu’il était temps d’acheter une nouvelle basse. Mais le destin a voulu que je retrouve ma Gibson EB0 de 1967 à notre retour. Parallèlement, j’écrivais beaucoup de poésie sur la route. De retour, je me suis concentrée sur l’écriture de chansons et j’en ai composé onze, dont j’ai enregistré les démos. Neuf se sont retrouvées sur l’album, les deux autres étant des bonus. Wino (Scott ‘Wino’ Weinrich – NDR) a adoré les morceaux ! Ce qui compte beaucoup pour moi, car c’est mon musicien préféré et un auditeur très attentif. Il a donc accepté de rejoindre le groupe et a considérablement enrichi les chansons en y ajoutant ses guitares. Il a également composé un morceau intitulé « Occluded ». Dès que nous avons commencé à jammer avec Oakley (Munson – NDR) à la batterie, tout s’est mis en place. Et oui, en effet, nos chemins s’étaient croisés bien avant la formation du groupe. J’avais vu Wino jouer en concert à de nombreuses reprises, que ce soit avec The Obsessed, Saint Vitus, Shrinebuilder, Acoustic, etc… et j’étais une grande fan de sa musique. Finalement, lors d’un concert d’Obsessed à Washington en 2018, nous nous sommes rencontrés et cela a été le coup de foudre. Nous sommes mariés depuis plusieurs années.

– Est-ce que l’idée d’associer Hard Rock et Doom Metal dans un esprit Heavy Rock occulte vous a immédiatement paru évident, car vos parcours respectifs semblaient aussi tout indiqués ?

L’écriture des chansons s’est faite très naturellement, sans se soucier du genre. Je pense que nous nous exprimons simplement dans l’univers du Hard Rock/Doom Metal, parce que c’est ce que nous sommes.

– RITUAL ARCANA est véritablement un super trio et on imagine même pas le groupe avec un membre supplémentaire, Est-ce que ce line-up et sa formule power trio est celui que vous attendiez tous les trois et quelles sont les possibilités d’une telle formation qui vous ont tout de suite sauté aux yeux ?

Je me sens vraiment privilégiée de jouer avec Wino et Oakley. Je savais seulement que j’avais plein de chansons prêtes à prendre vie, qui mûrissaient en moi. Ma première passion a toujours été le Rock’n’Roll, et jouer et écrire des chansons sont pour moi les formes de guérison et de catharsis les plus puissantes que je connaisse. Et ce qui est génial, c’est que c’est aussi très amusant. Je me sens toujours mieux après avoir joué. Et quand j’ai besoin d’exprimer des émotions, je trouve qu’écrire une chanson est le meilleur moyen de les intégrer et de transfigurer les énergies négatives. Nous avons tous les trois une alchimie très spéciale, et lorsque nous unissons nos forces, nous ouvrons un portail vers une énergie encore plus grande. La magie de la musique !

– Vu vos antécédents, les idées ont du fuzzer assez rapidement et ce premier album témoigne parfaitement de la créativité à l’œuvre dans le groupe. Justement, comment sont nés ces morceaux, et êtes-vous tous les trois portés par la même impulsion, que ce soit au niveau des textes comme de la musique ?

Comme je te le disais, je suis la principale compositrice du groupe, même si Wino y contribue également. Nous travaillons toujours ensemble sur les morceaux. Quant à cet album, je l’ai écrit sur une période d’environ un an, inspirée par une grande variété d’impulsions, d’intérêts et d’expériences : du bonheur au chagrin, de l’aventure à la mélancolie, la vie elle-même et le surnaturel.

– RITUAL ARCANA possède un coté magnétique et sombre, qui s’inscrit brillamment dans l’univers de l’occulte et cette voix pleine d’autorité t’offre un rôle de grande prêtresse. Vous êtes-vous penché sur un concept précis avant l’écriture de l’album, ou l’inspiration est-elle venue au fur et à mesure ?

L’inspiration m’est venue de mon vécu et les sujets abordés reflètent ce qui me passionne au quotidien. Les thèmes de l’album ne se limitent donc pas à des concepts musicaux, mais s’appuient sur l’expérience, l’émotion et des convictions profondes. Je crois en la magie, au pouvoir du son, à sa capacité à guérir et à élever les âmes, ou, dans le cas d’émotions plus sombres ou plus intenses, à transfigurer. Au-delà de sa contribution à l’écriture des chansons et, bien sûr, de son jeu de guitare, Wino est mon mentor musical, et peut-être mon ‘détraqueur’ aussi ! (Rires) Il m’a énormément aidé à progresser en tant que bassiste et chanteuse.

– Grâce à un Hard Rock surnaturel et intemporel, on pense bien sûr à vos anciennes (et actuelles) formations, Il y a quelque chose d’inquiétant, de frénétique et aussi de sublime dans le jeu et le son de RITUAL ARCANA. On vous sent à la fois possédés et tout en maîtrise. La production est aussi brute et organique pour un résultat authentique. Est-ce une musique que l’on doit vivre pour la jouer si intensément ?

Merci beaucoup. Et effet, l’expérience directe est absolument essentielle. Cette musique n’est pas faite pour tout le monde, seulement pour ceux qui la ressentent, notre tribu Rock’n’Roll. Ce rituel sonore est une invitation à la libération, et il n’y a pas de meilleur moment qu’à l’heure actuelle.

– L’épaisseur des riffs et ce groove infaillible rendent RITUAL ARCANA captivant à plus d’un titre et il règne une grande liberté sur l’album. On a le sentiment que vous ne vous êtes posés aucune limite en studio. Comment était l’ambiance entre vous à ce moment-là ?

Nous avons passé un super moment en studio, et c’était un vrai plaisir de travailler avec Frank Marchand derrière la console. L’album était déjà terminé et enregistré sur démo, mais c’est vraiment en studio qu’il a pris vie. L’ambiance était géniale : nous étions tous ensemble dans le Maryland, et c’était un bonheur de vivre et de respirer les chansons tous les trois pendant tout ce temps.

– Enfin, avec un tel casting et un tel album, on ne peut qu’espérer que RITUAL ARCANA ne soit pas un one-shot. Y a-t-il des concerts déjà prévus et peut-être même déjà l’idée d’une suite à « Ritual Arcana » dans un coin de vos têtes ?

Oui, nous venons tout juste de commencer les concerts ! C’est une courte tournée américaine, mais nous serons dans le New Hampshire, à New-York, à Philadelphie, à Washington D.C., en Caroline du Nord, à Atlanta, dans le Kentucky et dans l’Ohio. Et c’est vrai que nous commençons déjà à travailler sur notre prochain album. Enfin, merci beaucoup pour le temps que tu nous a accordé et aussi d’avoir écouté l’album. Et nous serions ravis de venir en France le moment venu. On vous embrasse !

L’album éponyme de RITUAL ARCANA est disponible chez Heavy Psych Sounds.

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Doom Occult Rock

King Witch : Scottish mist

C’est avec beaucoup de mordant, mais aussi des refrains bien sentis, que KING WITCH revient deux ans après son dernier méfait avec un troisième opus qui devrait mettre tout le monde d’accord. Entre Heavy Doom et Occult Rock, « III » s’engouffre dans des méandres très maîtrisés et, grâce à une chanteuse au sommet de son art et des parties de guitares variées et saisissantes, la lumière sort parfois de l’ombre et ce disque s’impose déjà comme l’une des pépites de l’année.

KING WITCH

« III »

(Listenable Records)

Transperçant les brumes écossaises Depuis une dizaine d’années maintenant, KING WITCH surgit avec, comme son nom l’indique, son troisième et sûrement son meilleur album. Après « Under The Mountain » (2018) et « Body Of Light » (2023), c’est sous une formule en trio (sur le papier) qu’il se présente et « III » vient déjà se classer parmi les réalisations incontournables du style. Franchement hors-norme à bien des égards, ce nouvel opus est incroyable de finesse, hyper-Heavy, créatif et immersif d’un bout à l’autre.

C’est aussi peut-être les quelques changements de line-up qui apportent cet élan de fraîcheur. Si l’on retrouve le duo fondateur composé du couple Laura Donnely au chant et Jamie Gilchrist à la guitare et à l’enregistrement, c’est désormais Rory Lee qui officie à la basse, tandis qu’Andrew Scott a assuré les sessions de batterie en studio. Et l’équilibre artistique de KING WITCH est plus solide que jamais. L’osmose est évidente et la multitude d’atmosphères et la force des compositions rayonnent littéralement.

Dans une ambiance occulte, la formation d’Edimbourg ouvre les hostilités avec « Suffer In Life », un titre progressif et tout en lourdeur, qui n’empêche pas sa frontwoman d’afficher sa puissance vocale. Et de ce côté-là, Laura Donnely est sans aucun doute l’une des meilleures de sa catégorie, et de très loin. Le Heavy Doom de KING WITCH est très accrocheur, lancinant et féroce et les mélodies distillées sont lumineuses (« Swarming Flies », « Sea Of Lies », « Behind The Veil », « Diggin In The Dirt », « Last Great Wilderness »). Renversant !

Photo : Simon Anger

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Hard Rock Occult Rock

Skräcken : nébuleux

Renouant avec un Hard Rock brut qui fait ses preuves dans les années 70 et 80, les Scandinaves s’assurent d’un auditoire fidèle, ce qui ne les empêche pas d’apporter une touche personnelle et un bel élan à travers cette première réalisation convaincante. SKRÄCKEN, qui signifie ‘la fissure’, joue sur un aspect vintage pour s’y engouffrer et la palette vocale de sa chanteuse lui permet d’évoluer avec une intensité constante. « Echoes From The Void » marque le début d’une belle aventure.

SKRÄCKEN

« Echoes From The Void »

(Dying Victims Productions)

La Suède se distingue par le nombre de groupes ayant à leur tête une chanteuse et c’est une très bonne chose d’autant que l’émulation est là et la diversité aussi. Formé il y a tout juste trois ans, SKRÄCKEN avait déjà commencé à faire parler de lui avec « The Presence », un premier EP où l’on avait vite compris qu’il ‘on n’avait pas à faire à des amateurs. Au chant, Sofie-Lee Johansson a œuvré chez Night Viper, tandis que Martin Nordin, l’un des deux guitaristes, a passé près de sept ans chez Lucifer. Ça en impose immédiatement.

Originaire de Göteborg, SKRÄCKEN sort donc son premier album et en combo aguerri, « Echoes From The Void » résonne d’une expérience acquise de longue date. Dans des méandres ténébreux, le Hard Rock Old School du quintet jaillit avec force dans un registre aux frontières du Heavy et aux portes du Doom. Le mix est habile et l’ensemble mené de main de maître. Il est ici question de visions et de mélancolie, mais le disque est très dynamique et imprégné d’atmosphères changeantes et captivantes.

Avec une frontwoman de ce calibre, SKRÄCKEN possède un atout de choc et de charme, mais ce qui séduit avant tout, c’est une unité artiste monumentale qui rayonne. Incisif et percutant, ce premier opus libère une belle et sombre énergie et on se laisse emporter dans ses brumes obscures (« By His Hand », « Witch », « Her Presence », « Sweet Silence », « Visions Of Fire » et le génial « Wasteland »). Particulièrement soudés et créatifs, les Suédois se montrent éclatants, solides et posent les fondations d’un avenir prometteur. 

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Hard 70's Occult Rock Proto-Metal

Time Rift : raw & organic

Originaire de Portland dans l’Oregon, TIME RIFT signe sa deuxième réalisation. Cependant,  celle-ci a des allures de première, tant les changements de musiciens se sont multipliés en une décennie et surtout il dégage aujourd’hui une réelle unité musicale, qui manquait peut-être un peu sur son prédécesseur. « In Flight » marque donc un nouveau départ pour les Américains et le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont dans les starting-blocks. Dans un proto-Metal aux contours occultes, ils nous emportent sur un rythme effréné dans un univers d’une nostalgie assumée.  

TIME RIFT

« In Flight »

(Dying Victims Productions)

Fondé par le guitariste et bassiste Justin Kaye sur les cendres de Doomsower en 2014, TIME RIFT a mis du temps a stabilisé son line-up, s’essayant à de multiples moutures. Avec l’arrivée de Terrica Catwood derrière les fûts en 2017, puis celle de Domino Monet (Hadean, Nyx Division) au chant en 2023, le power trio semble désormais fixe et surtout en parfaite adéquation. Après « Eternal Rock » sorti en 2020 dans le marasme qu’on connait, le groupe a écumé les scènes dès ce fut possible et s’est aguerri pour livrer ce « In Flight », qui porte particulièrement bien son nom.

Car, forcément, avec ce deuxième album, on peut aisément dire que TIME RIFT prend enfin véritablement son envol et les compositions témoignent d’une volonté à toute épreuve. Resserré sur une grosse demi-heure, les neuf titres nous font faire un bond dans le temps, dans cette époque bénie des 70’s et du début des 80’s. Ce mix entre proto-Metal et Hard Rock 70’s aux saveurs Doom et Occult Rock débouche sur un disque au revival très réussi et porté par une production brute, organique, qui manque pas de vélocité et de dynamisme. Il bouscule autant qu’il séduit.

Savoureusement rétro, on pense évidemment à Led Zeppelin ou aux premiers Scorpions d’un côté et à Doro et aux Runaways de l’autre, mais TIME RIFT y pose une patte originale et personnelle et nous entraîne dans un tourbillon de décibels finalement très frais. Grâce à une frontwoman aussi polyvalente qu’efficace, le combo livre un opus convaincant où chaque instrument dispose de l’espace nécessaire pour s’exprimer avec force (« The Spear », « Coyote Queen », « Thunder Calling », « Dancing With The Sun », « Hellbound » et le morceau-titre). Costaud et accrocheur ! 

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Doom Rock Occult Rock

Hail Darkness : une noirceur enveloppante

Entre magie noire et voyage cosmique, « Death Divine » affiche pour un premier album de multiples facettes que la richesse instrumentale et l’interprétation mettent parfaitement en valeur. Le combo américain a tout réalisé lui-même et ses efforts sont ici récompensés. Porté par la voix envoûtante de Jez, qui offre une couleur authentique et saisissante à cet opus, HAIL DARKNESS livre un Occult Doom Rock très Psych et original. Une belle entrée en matière.  

HAIL DARKNESS

« Death Divine »

(Vatican Records)

C’est à Phoenix en Arizona que HAIL DARKNESS a vu le jour sous l’impulsion de son bassiste Joshua en 2020. Accompagné de la compositrice Jez au chant et à la guitare et Emmet derrière les fûts, le groupe a rapidement déménagé en Caroline du Sud, sur les terres de sa chanteuse, et a commencé à se constituer un solide répertoire. Après cinq singles sortis sur la toile, le premier album parait sur le propre label des Américains, le bien-nommé Vatican Records, et il nous plonge dans un Occult Doom Rock prometteur.

L’esprit très 70’s et délicieusement vintage qui émane de « Death Divine » ne fait pas oublier la pesanteur des morceaux et on se délecte aussi du côté psychédélique prononcé du trio. D’ailleurs, HAIL DARKNESS peut aussi compter sur le ‘Hail Darkness Coven’, un collectif multi-instrumentiste d’amis qui lui prête main forte et donne beaucoup de relief à l’ensemble. Le groove épais se déploie dans un Doom Rock sombre, entêtant et savamment mâtiné d’une folk obscure, qui vient apporter un soupçon de légèreté.

Si l’apport d’autres musiciens offre de la profondeur et un certain côté plus aérien aux compos, c’est bel et bien HAIL DARKNESS qui mène le jeu et notamment sa frontwoman, qui sait se faire captivante. Même si la production est assez étouffée, on distingue quelques halos lumineux assez rétro et bien distillés (« Cult Of The Serpent Risen », « Hour Of The Silent Rite », « Coven Of The Blackened One », « Azarak ! », « See You In Hell »). Les sorcières ne sont pas loin et elles veillent sur ce très bon « Death Divine ».

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Hard 70's Occult Rock Proto-Metal Psych

Occult Witches : une fantasmagorie prégnante

On le croirait tout droit sortis des années 70, tant la maîtrise affichée par OCCULT WITCHES a quelque chose d’évident dans la démarche, comme dans l’écriture de ce Rock/Hard aux atmosphères parfois baroques, épiques et même légèrement Doom et Stoner. Les Canadiens proposent un univers Dark, qui tranche cependant avec la majorité des combos actuels du même mouvement. Par sa diversité et une prestation vocale en parfaite adéquation avec les parties instrumentales, « Sorrow’s Pyre » est aussi captivant que frénétique. Une prouesse !

OCCULT WITCHES

« Sorrow’s Pyre »

(Black Throne Productions)

Depuis « Morning Walk » sorti en 2021, OCCULT WITCHES avance sur une cadence effrénée à raison d’un album par an. Pourtant, cette fertile productivité, loin d’être surabondante, a la particularité de préciser et d’affiner le registre des Québécois. L’évolution est manifeste et même implacable, tant les réalisations qui se succèdent viennent peaufiner leur propos et leur style, qui se nourrit autant de Classic Rock, que d’un Blues musclé, de Stoner, de psychédélisme et d’un proto-Metal forcément vintage, mais si rafraîchissant.

Après un deuxième opus éponyme en 2022, puis « Mastermind » en 2023, le quatuor livre donc « Sorrow’s Pyre » et semble toujours aussi inspiré. Mieux, il atteint une sorte d’apogée qu’on sentait poindre depuis un petit moment déjà. L’identité musicale d’OCCULT WITCHES est éclatante et doit aussi sans doute beaucoup à sa chanteuse, Vanessa San Martin, littéralement habitée par des ambiances forcément sombres, tournées vers un occultisme, qu’elle fait vivre avec autant de puissance que de délicatesse. La maîtrise est totale.

Entourée par le flamboyant guitariste Alec Sundara Marceau, et soutenue par le duo basse/batterie composé de Danick Cournoyer et Eliot Sirois, la frontwoman est le point d’équilibre du groupe, dont chaque membre apporte sa touche dans un ensemble très organique, capable de se déployer dans des moments intenses et musclés comme à travers des passages plus légers. OCCULT WITCHES passe de l’ombre à la lumière avec un irrésistible côté hypnotique (« Malice », « Faustian Bargain », « Flesh And Bones », « The Fool »).