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Stoner Blues Stoner Rock

Hermano : l’empreinte des grands

Alors que les Américains menaient une aventure pour le moins hachée avec la sortie de quelques opus et d’un live, il aura peut-être fallu cette date française pour redonner de l’élan à la formation. Près d’une décennie d’absence et HERMANO remontait sur scène, comme si de rien n’était pour une performance hors-norme. Depuis 2016, la machine est relancée, son label Ripple Music réédite ses disques dans des versions remastérisées et ce « Clisson, France » confirme que le Heavy Stoner Blues du combo reste un modèle du genre.

HERMANO

« Clisson, France »

(Ripple Music)

Et si finalement, ce concert du 18 juin 2016 avait été le déclic pour HERMANO ? Chauffé à blanc et devant un public tout acquis, le groupe avait offert une prestation marquante immortalisée sur ce live. Insaisissable et jouissant d’une liberté absolue depuis sa création en 1998, ce projet parallèle s’est pourtant forgé une solide réputation au fil des années, malgré une discographie peu étoffée. Mais le mythe s’est installé et après huit ans de break, c’est au Hellfest que la magie a opéré à nouveau et où les riffs ont fuzzé dans une torpeur partagée.

Soudés par une forte amitié et un amour inconsidéré pour le Stoner Rock et le Heavy Blues, John Garcia (ex-Kyuss, chant), Dandy Brown (Orquestra Del Desierto, basse), Dave Angstorm (Luna Sol, guitare), Mike Callahan (Disengage, guitare) et Chris Leathers (Supafuzz, batterie) ont fait souffler un vent de folie et livré un set stratosphérique. Bien sûr, celui s’articule surtout autour des albums « ...Only A Suggestion » (2002) et « Dare I Say… » (2004), et HERMANO leur a offert une dimension incroyable basée sur une phénoménale énergie.

Le plaisir et l’envie d’être là et de faire partie des moments forts de cette onzième édition du festival breton se sont clairement faits sentir dès les premières notes de « Let Side Bleeding ». Le quintet était prêt à en découdre et les versions de « The Bottle », « Cowboy Sucks », « Is This Ok », « Kentucky », « Angry American » ou « Señor Moreno’s Plan » ont fait vibrer la foule grâce à un jeu électrisant. HERMANO, avec son parcours pour le moins atypique, reste l’un des fleurons majeurs du Heavy Stoner Blues et « Clisson, France » est à classer parmi les indispensables.

L’album est disponible d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.

Photo : Dawn Brown

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Blues Rock Hard Rock Metal Progressif

Guitar Night Project : une partition étoilée

A l’inverse du fameux G3, auquel d’ailleurs Patrick Rondat a participé, GUITAR NIGHT PROJECT se veut plus comme une formation où chacun s’immisce dans les morceaux de l’autre, et parfois même tous ensemble. Loin aussi d’être une simple jam, le concept mélange avec beaucoup de cohérence des mondes musicaux différents, éclaté entre le Blues, le Hard Rock et le Prog Metal. Ainsi, Pat O’May et Fred Chapellier complètent ce beau line-up et « Live Access » est de ces albums live qui nous font revivre une soirée, où la guitare est à l’honneur pour le bonheur des spécialistes comme des amateurs amoureux de belles six-cordes.

GUITAR NIGHT PROJECT

« Live Access »

(Verycords)

Quand trois de nos plus fins limiers décident de s’accorder sur un même projet et qu’ils le font dans un esprit de partage et d’amitié, il ne peut qu’en ressortir un résultat à la hauteur des attentes. D’ailleurs, GUITAR NIGHT PROJECT a déjà écumé quelques scènes et c’est justement l’une de ce soirées que le trio propose avec « Live Access ». Sans tirer la corde à soi, ni en se noyant dans des démonstrations techniques, Patrick Rondat, Pat O’May et Fred Chapellier se sont entendus sur une setlist originale autour de leurs propres compositions et de quelques belles reprises.

Au-delà des affinités de nos trois virtuoses, c’est aussi intéressant de voir à l’œuvre leur complicité, alors qu’ils viennent a priori d’horizons musicaux différents. Et le constat est simple, rapide et sans appel, il règne une réelle osmose entre eux. Et forcément, avec des instrumentistes de ce calibre, « Live Access » est surtout constitué de morceaux instrumentaux, à l’exception de « Break Out », « It Never Comes Easy », « Far From Her Land » et « Over The Hills And Far Away », extraits des répertoires de Pat O’May et de Fred Chapellier et avec le concours de Patrick Rondat, bien sûr.

Et si leurs univers respectifs semblent assez éloignés, le Blues Rock de Fred Chapellier fait cause commune avec le Hard Rock celtisant de Pat O’May et l’aspect plus atmosphérique, progressif, Metal et shred de Patrick Rondat. D’ailleurs, GUITAR NIGHT PROJECT s’ouvre avec l’emblématique « Mindscape » de ce dernier. En trio, duo ou seul aux commandes, le line-up évolue tout au long du disque et garde cependant une belle unité. A noter les deux phénoménaux hommages à Gary Moore (« Gary’s Gone ») et Alan Stivell (« Alan The Brave »), Un crossover de grande classe !

Retrouvez l’interview de Patrick Rondat à l’occasion de son dernier album, « Escape From Shadows »… 

…Celle de Pat O’May pour son disque « Welcome To A New World »…

Et les chroniques des deux dernières réalisations de Fred Chapellier, « Live In Paris » et « Straight To The Point » :

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edito

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! [Edito]

A l’heure où on ne parle plus que des haters, des trolls et autres rageux en ligne, il y a tout de même un phénomène que l’on oublie un peu trop facilement. Car, s’ils sont nombreux à déverser leur venin et leur fiel sur des réseaux asociaux devenus quasi-bibliques pour beaucoup, les médias dits ‘classiques’ ont peut-être aussi leur part dans ce marasme. Pour rester dans le domaine musical, qui s’aventure aujourd’hui à écrire une chronique négative, mais objective, où l’on oserait encore aller à l’encontre de la bienséance, ainsi que des artistes et de leurs communicants ? Plus grand monde, a priori, et Rock’n Force en premier !

Oh ! Pour le site, l’excuse est toute trouvée. Il sort tellement d’albums par mois qu’il m’est impossible de tous les évoquer. Alors, le choix de ne parler que des meilleurs paraît donc assez évident et surtout logique. A moins d’avoir vraiment mauvais fond, il faut quand même avoir du temps à perdre, ce que je n’ai pas. Et puis, quitte à donner un conseil d’écoute, autant qu’il soit bon, non ? Cela dit, c’est vrai qu’on pourrait aussi faire la liste des disques épouvantables et à déconseiller fortement. Mais là, on s’expose à coup sûr à ce que celle-ci soit bien plus longue que les productions de qualité. Il n’y a d’ailleurs même pas débat. C’est vraiment une évidence !

Après, il arrive certainement que quelques albums chroniqués ici ne soient pas au goût de tous. Certes, mais objectivement, leur qualité intrinsèque n’est pas à remettre en question, me semble-t-il. Le fait que Rock’n Force ait pris le parti de fonctionner au coup de cœur m’arrange aussi beaucoup, je le reconnais. Ainsi, je m’évite bien des écueils, des prises de tête inutiles et des conflits à n’en plus finir. Et le site a d’ailleurs été conçu pour ça. L’idée est de présenter ce qui me paraît intéressant, pas forcément incontournable ou essentiel, mais qui mérite qu’on s’y attarde ne serait-ce qu’un instant. Et cela fait tout de même pas mal de monde, malgré tout !

Bien sûr, l’arrivée de l’IA dans la musique en effraie plus d’un et à juste titre. Seulement, pour qui a une fibre musicale un peu développée, cela s’entend très vite. Il y manque l’âme, bien sûr, mais aussi toutes ces petites choses qui nous confortent dans l’idée qu’il y a un humain derrière tout ça. Et les éléments deviennent vite évidents. D’ailleurs, le phénomène est exactement le même pour l’écriture d’une chronique ! Là aussi, ce ne sont pas les exemples qui manquent, notamment chez nous et dans un très grand nombre de webzines. Par chance, il y a suffisamment de fautes de frappe, ou d’inattention, dans Rock’n Force pour ne pas douter de l’authenticité de mon propos !

Enfin, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : on assiste aussi, et inévitablement, à un nivellement vers le bas dans les productions actuelles qu’elles soient françaises ou internationales. Le talent et l’originalité n’ont pas totalement disparus, et c’est tant mieux, mais l’autosatisfaction (dont je fais aussi preuve ici !) prend de plus en plus de place et la moindre contradiction d’un tiers, c’est-à-dire d’un média, est très mal perçue dans ce petit milieu. Pourtant, notre beau pays n’a jamais compté autant de groupes et d’artistes surcotés et pauvres en créativité qu’aujourd’hui ! Ainsi, modestement, Rock’n Force essaie d’y mettre un peu de clarté en les ignorant.

Personne n’a la science infuse et le site n’aura jamais cette prétention. N’oublions pas que les haters n’existent que pour eux-mêmes, à défaut d’avoir un semblant de vie et un peu de répartie. Et surtout, restez curieuses et curieux, vigilantes et vigilants et n’oubliez pas qu’on a aussi toutes et tous le droit à quelques moments d’absence et de plaisirs coupables… du moment qu’ils ne nuisent pas à notre entourage. Bonne lecture et un grand merci pour votre fidélité croissante ! Rock on !

PS : en photo, le superbe studio Kerwax à Loguivy-Plougras en Bretagne.

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Alternative Metal Alternative Rock Nu Metal

Headkeyz : reflet de sa génération

Fidèle à son époque, à l’air du temps et à ses inquiétudes, le quintet livre la suite et la fin de son concept-album, « The Cage & The Crown », démarré deux ans plus tôt. En jouant sur une certaine modernité et en faisant l’amalgame de nombreux courants, HEADKEYZ se perd parfois et semble courir après une identité qui lui échappe encore. Si le combo peut se reposer sur une production solide, celle-ci souffre d’un manque de relief et d’une authenticité, qui lui conféreraient pourtant une belle assise. Un « Chapter II » qui aurait mérité plus de panache et moins d’arrangements. 

HEADKEYZ

« The Cage & The Crown Chapter II »

(Independant)

Sorti en 2023, « The Cage & The Crown Chapter I » avait dévoilé un groupe pour le moins audacieux. En optant pour un diptyque dès ses premiers pas sur la scène hexagonale, HEADKEYZ n’a pas hésité à placer la barre très haut. Et il faut reconnaître que la maîtrise et l’univers du groupe ont de quoi séduire, tant ils sont le reflet de leur temps et surtout de leur génération. Entre Rock et Metal, avec des bases alternatives et Nu Metal, les Montpelliérains savent où ils vont, guidés par leur frontman Edge (Adrien Girard), garant et maître d’œuvre de la direction artistique.

Comme son style et sa personnalité musicale semblent encore chercher une voie claire et précise, HEADKEYZ ne se refuse à peu près rien sur ce « Chapter II », pourtant solide malgré des absences créatives comme ce « Rotten Party » presque surréaliste. Mais cet égarement ponctuel laisse place rapidement à des morceaux plus costauds, dans le fond comme dans la forme. Et l’un des éléments notables de ce second volet est sa production. Alors que le premier avait été masterisé par Howie Weinberfg (Nirvana, Deftones), celui-ci l’est par Emerson Mancini (Linkin Park, Paramore).

Forcément conceptuel, ce deuxième opus possède un petit côté cinématographique agréable, mais il peine à réellement accrocher l’auditeur, malgré quelques envolées bien senties (« The Crown », « Intoxicated », « Revenge »,« The End »). L’arrivée de Stella Cristi en seconde guitariste apporte du punch et de la vélocité à l’ensemble et lui permet surtout de sortir de sa zone de confort. HEADKEYZ maîtrise son sujet, se montre techniquement à la hauteur, mais manque trop souvent de ce grain de folie qui pourrait tout faire décoller. La route est encore longue.

Photo : Bastien Sablé

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France Glam Rock Psych Rock 70's

Komodor : aventure spatio-temporelle [Interview]

En l’espace de quelques années, les Bretons se sont taillés une solide réputation, menant de front deux formations avec Komodrag & The Mounodor. Un changement de label plus tard, KOMODOR donne enfin une suite à « Nasty habits » avec un deuxième album plus mature et plus assuré, mais qui conserve cet esprit festif et Rock dans une atmosphère toujours 70’s aux élans psychédéliques et à l’énergie Glam Rock. Avec « Time & Space », le quintet amorce presque un nouveau virage avec des compos accrocheuses et audacieuses et un son désormais parfaitement identifiable, qui vient nous rappeler qu’il est avant un groupe de scène. Retour sur les grands axes de cette évolution assez fulgurante, finalement très logique et attendue, avec son guitariste et chanteur Slyde Barnett, heureux de voir ce nouveau chapitre s’ouvrir.

– Lors de notre première interview à la sortie de « Nasty Habits » en 2021, j’avais été surpris par votre signature chez Soulsell Records, qui est un label de Metal assez extrême. Cette fois, on vous retrouve chez les Lyonnais de Riptide Records. C’était une simple erreur de casting, ou en avez-vous tout de même retiré quelques avantages ?

On s’est mis à la recherche d’un label français, parce que ça avait été le cas avec le projet Komodrag & The Mounodor, et les échanges étaient beaucoup plus simples. Au niveau financier, les subventions sont plus nombreuses aussi chez nous. Les labels ici ont plus de moyens et de force de frappe que les labels étrangers, en fait. Pour la promo, par exemple, c’est beaucoup plus développé en France et cela facilite la visibilité pour pouvoir ensuite tourner. C’est nettement plus intéressant pour nous en termes de communication, d’échange et de vitrine pour le groupe finalement. Les interactions avec le label sont quasi-immédiates et beaucoup plus synchronisées. Et puis, à l’époque de « Nasty Habits », on n’avait pas de management. Aujourd’hui, le projet est plus structuré et on a un nouveau tourneur aussi. Et cette équipe toute neuve fonctionne très bien ensemble, il a une grosse entente entre le label, le tourneur et le management. Cela facilite beaucoup de choses et on s’en aperçoit déjà alors que l’album n’est pas encore sorti. Et le fait que tout le monde soit en France aussi aide énormément. Et le label possède également tous les codes d’une communication moderne à travers les réseaux sociaux notamment, ce qui est important car le Rock est plus compliqué à travailler que d’autres styles.

– « Time & Space » arrive cinq ans après « Nasty Habits » et pour cause, vous avez été très occupés. En plus de vos nombreux concerts, vous avez aussi sorti « Green Fields Of Armorica » avec Komodrag & The Mounodor qui vous a mené sur la route également. Quand vous êtes-vous mis à la composition de ce nouvel album, car il n’y a pas eu de véritable break, si ?

Sur la période hivernale, on est toujours un peu plus en off, car l’activité est moins dense. On a donc eu du temps en février dernier (2025 – NDR). Nous avons donc pris un mois et on a composé et enregistré dans la foulée. A l’époque, on avait pas mal tourné en décembre et janvier, et février était plus tranquille. On a profité de ce temps-là pour composer, parce que Moundrag faisait aussi la même chose de son côté. On s’était aussi posé la question d’un deuxième Komodrag & The Mounodor, ou pas. Et puis, nos projets respectifs étaient aussi peut-être voués à mourir, si on ne relançait pas un peu la machine de part et d’autre. Nous sommes donc repartis sur nos projets indépendants en se disant qu’on verrait pour le commun plus tard, quand on aura épuisé la tournée avec ce nouvel album.

– D’ailleurs, passer d’un groupe à l’autre n’a pas un peu compliqué la composition de « Time & Space », car il y a beaucoup de similitudes entre les deux formations ? Arrivez-vous facilement à vous détacher des deux univers ?

Oui, dans nos têtes, c’est bien segmenté en termes d’univers. D’ailleurs, lorsqu’on se retrouve avec Moundrag, on sait vraiment ce qui va pour tel projet. Parfois, on a du temps entre-nous, avant les balances notamment, et on se dit que telle chose ne marchera pas pour Komodrag & The Mounodor, par rapport au style de chacun. On sait vraiment ce qui va convenir à chaque formation. C’est bien séparé dans nos esprits.

– Vous aviez enregistré, mixé et produit « Nasty Habits » vous-mêmes et il semblerait que vous en ayez fait de même pour « Time & Space ». Qu’est-ce qui a changé en cinq ans dans votre approche de cet exercice ?

La vie, tout simplement ! (Sourires) Le temps qui passe, l’expérience, la rencontre avec d’autres musiciens et le fait aussi de bosser avec Moundrag. Ils sont issus du conservatoire et ils ont une éducation musicale plus élaborée et plus poussée que la nôtre pour tout ce qui concerne le travail d’harmonie et d’arrangements. On a beaucoup appris avec eux en composant notamment. Cela nous a permis d’aller plus loin en termes d’écriture dans ce qu’on savait déjà faire. Et puis, on a fait de grosses scènes avec eux, où on a rencontré plein de monde et vu beaucoup d’artistes. Tout ça, que ce soit sur la route ou en studio, nous a énormément fait grandir. Nous écoutons aussi d’autres choses maintenant, venant d’autres univers, donc forcément je pense que tu t’enrichis au fur et à mesure de toutes ces découvertes.

– Mais pour la production en elle-même, vous auriez pu faire appel à quelqu’un d’autre pour avoir un regard neuf

On a toujours eu la volonté de faire un truc assez indépendant. Au-delà de ça, il y a aussi la question budgétaire quand même, car un studio coûte très cher et le fait d’avoir le nôtre simplifie beaucoup de choses. On a plus de temps pour composer et on l’a pris. Cette fois, certains morceaux sont nés en studio et certains titres ont même pu prendre une semaine. Et ça, dans un lieu extérieur, tu ne peux pas te le permettre. L’album a entièrement été composé dans le nôtre et c’était vraiment cool, car on a vraiment pris notre temps. On a aussi pu expérimenter pas mal de choses et c’est quand même un luxe en termes d’esthétisme. Après, cela a aussi forcément ses limites, car on ne pourra pas produire quelque chose d’aussi bien que dans un gros studio. Mais on souhaitait aussi garder cet aspect un peu roots et fait maison.

– D’ailleurs, même si l’album sonne toujours aussi live avec un petit côté choral et rassembleur, le spectre sonore est exploité différemment, Tout s’est joué au moment du mix, ou l’intention était d’abord musicale, car l’ensemble sonne différemment ?

Déjà, la source était plus propre que pour le précédent, même s’il y avait des choses live aussi avec également des passages qu’on a repris bien sûr. Mais le mix a été fait en analogique, contrairement au premier album. On avait toutes les pistes et chacun a pu pousser les volumes quand il fallait, les lancements d’effets se sont faits à hauts faders comme à l’époque. On a beaucoup réécouté les morceaux et quand il y avait des erreurs, on les a gardé, car on n’allait pas non plus refaire les titres indéfiniment. C’est vraiment un parti-pris ! On aura pu prendre un Pro Tools et tout corriger pour avoir un truc parfait. Mais notre volonté était aussi d’avoir quelque chose d’un peu aléatoire et le plus live possible, même dans le mix.

– Musicalement, « Time & Space » montre aussi un gros travail au niveau des arrangements, malgré un aspect très direct de vos morceaux. Est-ce quelque chose sur laquelle vous vous êtes beaucoup plus penchés cette fois ?

Surtout sur les voix, où on s’est permis beaucoup plus de choses, par rapport au premier album. Pour le côté instrumental, on a moins insisté sur l’aspect live avec moins de solos, ce genre de choses, pour opter pour un truc plus cadré, des morceaux plus écrits et moins à rallonge qu’auparavant. En ce qui concerne le chant, avec l’expérience, tu as aussi beaucoup plus confiance en toi, ce qui te permet expérimenter beaucoup plus. Il y a des choses que l’on n’aurait pas pu faire à l’époque, parce qu’on n’avait pas les techniques vocales pour ça. Aujourd’hui, on a ces connaissances-là et puis, on a rencontré beaucoup de gens sur la route. Par exemple, Colin le batteur de Moundrag est venu faire des voix, des copines sont aussi venues faire des chœurs. C’est toute cette expérience qui nous a permis de faire ça.

– Ce nouvel album est dans la continuité du premier avec cependant une touche plus moderne, là où « Nasty Habits » avait une saveur plus vintage, L’objectif était-il aussi de montrer que KOMODOR n’est pas prisonnier d’une époque et que votre style est aussi en constante évolution ?

Avec ce nouvel album, on a voulu s’émanciper de ce truc un peu classique de Rock 70’s, mais tout en gardant une base similaire dans le son. Et c’est aussi ce qu’on sait faire ! On s’est dit qu’on pouvait aller un peu plus loin, parce qu’on a également écouté d’autres choses. On est très fan de tout ce qui est Glam britannique, comme Slade ou Bowie, et on voulait mettre cette touche-là, un peu rétro. Nous sommes allés piocher un peu ailleurs, tout en s’autorisant beaucoup plus de choses. Par exemple, il y a plus de guitares acoustiques, des arrangements différents, une ambiance plus chorale aussi et un peu plus déglingué sur certains morceaux. Là où on était peut-être un peu trop dans le cliché sur « Nasty Habits », on s’est dit qu’on ne se mettait aucune barrière et qu’on faisait ce qui nous plaisait.

– Par ailleurs, ce qui est assez paradoxal sur ce nouvel album, c’est qu’il est toujours aussi libre et sauvage dans l’approche, mais plus sombre et presque engagés dans certains textes. Je pense notamment à « Once Upon The Time », « Burning Land » ou « Ravish Holy Land ». L’idée était-elle de vous livrer un peu plus, de rendre « Time & Space » plus personnel dans son contenu ?

Oui, je pense. On s’imprègne forcément aussi de l’actualité, de ce qui nous entoure, d’un peu de tout. On a compris que cela contribue aussi à nourrir l’écriture. Mais ce qui a été très cool dans ce travail, c’est qu’on a bossé sur les textes en amont avec le groupe, et on les a retravaillé avec une copine, Léa Nahon, qui est une tatoueuse assez connue de Douarnenez. Elle a beaucoup vécu en Angleterre et aux Etats-Unis et on voulait son regard. De notre côté, on avait des textes très littéraires, très scolaires et elle nous a trouvé des expressions plus proches du langage parlé et de l’esprit Glam Rock, notamment. Elle nous a permis de trouver des choses typiques de l’anglais, et non de celui parlé aux Etats-Unis. Et ce travail d’écriture a été super intéressant, enrichissant et il nous a permis aussi d’aller plus loin.

– Avec des passages psychédéliques très marqués, ce nouvel album est très brut et très Rock aussi. Il se conclue d’ailleurs avec « Top Of The Bock », qui sonne presque Hard Rock 70’s et qui se termine en fanfare, au sens propre comme au figuré. On croirait même à un hommage au Gras de Douarnenez. C’était important pour vous de terminer sur une note festive ?

Oui, comme tu dis, il y a aussi ce côté live et déglingué chez nous. Et le fait que l’album se termine avec ces cuivres qui font un peu n’importe quoi est un peu à l’image des Gras (grande manifestation festive incontournable qui se déroule sur plusieurs jours fin-février, début mars de chaque année à Douarnenez dans le Finistère – NDR). C’était même carrément le concept, car on voulait quelque chose de décalé, un peu britannique comme ces albums qui se finissent un peu n’importe comment. Je trouve qu’aujourd’hui, la plupart des groupes de Rock sont très carrés et on voulait quelque chose de fun, de moins lisse… Et puis, avant tout, on est une bande de potes et on se marre ! (Sourires)

– Enfin, vous avez déjà annoncé une première série de concerts, que vous ne semblez d’ailleurs n’avoir jamais arrêté, et même si vous êtes concentrés sur « Time & Space », est-ce que Komodrag & The Mounodor reste dans un coin de vos têtes avec la perspective d’un deuxième album, vous qui êtes si prolifiques ?

Il y aura un deuxième album, c’est une certitude, mais on ne sait pas quand. Il faut voir aussi comment vont se dérouler nos tournées respectives. Parce que si nous partons tous à fond et que le projet est blindé sur deux ans, c’est compliqué de donner une date. On verra selon chacun, mais il y a une réelle volonté d’en faire un deuxième. On a vraiment envie, car Komodrag & The Mounodor a été une sacrée aventure et on a aussi envie de reprendre la route tous ensemble. Mais c’est compliqué d’être sur deux projets en simultané, car il n’y a pas non plus un nombre de week-ends indéfinis dans l’année ! (Sourires)

– C’est vrai ! L’idée était surtout de savoir si cela avait été un one-shot, ou pas…

A la base, c’était ça ! On fait un truc, une grosse blague entre potes avec une belle date aux Trans à Rennes et on verra bien. Et au final, ça fait plus de trois ans qu’on tourne là-dessus et on a encore le ‘Motocultor’ cet été. Cela fera plus de quatre ans cette année que le projet fonctionne. C’est énorme et c’est même allé au-delà de nos espérances. On verra bien et puis, si KOMODOR et Moundrag marchent moins bien, peut-être qu’on retournera là-dessus ! (Rires)

Le nouvel album de KOMODOR, « Time & Space », est disponible chez Riptide Records.

Photos : Marindod

Retrouvez aussi la chronique de « Nasty Habits » et l’entretien accordé à cette occasion, ainsi que l’interview croisée de Komodrag & The Mounodor à la sortie de « Green Fiels Of Armorica » :

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Voodoo Queen : envoûtement fuzzy [Interview]

Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.

– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?

Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.

– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?

Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.

– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?

Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.

– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?

Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.

Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.

– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?

Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.

– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?

Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.

– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?

Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.

Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.

– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?

Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.

L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :

https://www.voodoo-queen.fr

Photos : Jihem Notteb (2) et yOdOe (5).

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Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 2]

Après avoir évoqué son actualité encore brûlante avec la sortie du coffret « A L’Ouest », comprenant la réédition des albums « Face A » et « Face B » et augmenté d’un DVD live enregistré en 2011, le guitariste et chanteur revient cette fois plus largement sur sa carrière. L’occasion aussi de l’interroger sur son regard sur la scène française, l’industrie musicale plus largement, le Blues d’aujourd’hui et plus concrètement les émotions que ce soit de véhiculer et de diffuser la musique, selon lui. Entier et authentique, PAUL PERSONNE se livre sans détour dans cette seconde partie d’une interview riche en enseignements.

– En 2007, il y a aussi eu « Amicalement Blues » avec Hubert-Félix Thiefaine, qui était la rencontre entre vos deux univers et qui avait débouché sur un très bel album. Est-ce que tu serais, aujourd’hui, tenté par une nouvelle expérience de ce type et avec quel artiste penses-tu que cela serait possible ?

Je ne saurais du tout te dire. Tu sais, ma vie est faire de rencontres, de hasards, d’occasions… Comme je ne prémédite rien , je ne me suis jamais dit que j’allais faire telle ou telle chose. Ça s’est passé comme ça avec Higelin qui m’avait fait écouter les mises à plat de son album « Illicite » (1991 – NDR), et dont il n’était pas très content. Je lui avais dit qu’on pouvait faire mieux et je me suis retrouvé en studio à faire le mix. Je ne m’y attendais absolument pas ! Pareil pour Johnny qui m’appelle pour faire le Parc des Princes avec lui. Ce sont vraiment les circonstances et c’est exactement ce qui s’est passé avec Hubert-Félix. C’est parti d’une opportunité par rapport à l’album Blues de Johnny. J’avais des musiques, Hubert avait des textes et on s’est retrouvé à faire des trucs ensemble. On a proposé et ça n’a jamais été accepté. Mais pour moi, Johnny n’a jamais entendu les titres qu’on proposait, parce que je pense qu’il y avait quelques chansons qu’il aurait vraiment aimé. Du coup, Hubert-Félix m’a proposé de faire notre propre album Blues. On avait l’énergie, on a bien rigolé, c’était super et on a même fait quelques concerts. Pour revenir à ta question, je ne vois vraiment pas sur qui je pourrais me projeter. Ça ne peut être que le hasard qui m’amènerait à refaire quelque chose comme ça. Il faudrait que cela naisse d’une circonstance pour repartir sur une future aventure.

– C’est une question de génération, ou pas ?

Non, je ne pense pas. C’est vrai qu’avec Hubert-Félix, il y a eu connexion. On était un peu deux animaux sauvages du show business, un peu marginaux dans ce milieu. Et puis, on se connaissait déjà, on avait des atomes crochus et on avait déjà passé de bons moments ensemble. On s’était mutuellement invités sur nos albums. Pourtant, nous sommes complètement opposés dans nos personnalités, lui étant plus extraverti et moi plus introverti. Et c’est ce mélange qui était plutôt sympa et qui a donné cette rencontre vachement positive. Mais pour les générations, je ne crois pas, car j’ai toujours été quelqu’un de très ouvert. J’ai toujours écouté beaucoup de choses. En fait, ça me touche ou pas, ce qui ne veut pas dire que c’est bien ou pas. (Sourires) Je marche à l’émotion et il y a des trucs qui ne me parle pas. A partir du moment où c’est de la musique préfabriquée, ou que ça manque de sincérité, je dois inconsciemment le sentir et je n’accroche pas. Tous les trucs conçus pour telle ou telle case, tel ou tel public… Et puis, il y a l’IA qui déboule et qui commence à rafler la mise un peu partout avec des choses sans émotion et auxquelles certaines personnes commencent à adhérer. On joue sur les sentiments des gens avec des choses préfabriqués. On met à tempo à 120 BPM, comme le faisait d’ailleurs le Disco, ensuite on regarde la suite d’accords qui touche les gens. Après, on cherche les mots qui vont bien. Alors, c’est quoi ? Des histoires d’amour, de rencontres ou de ruptures. C’est hyper-machiavélique. Puis, on regarde ce qui plaît au niveau des voix. Il y a Taylor Swift qui marche fort et les gens aiment bien Aretha Franklin aussi, alors on va essayer de trouver quelque chose qui fait l’amalgame. Et les mecs te composent un truc complètement virtuel et qui peut normalement toucher les gens. Et apparemment, il y en a qui craquent là-dessus. Après, il y a des personnes qui s’en foutent plein les fouilles sur les plateformes et les trucs comme ça. Et à côté de ça, tu as de ceux qui crèvent la dalle, parce qu’aujourd’hui la vie de musiciens et d’auteur-compositeur est devenue très, très compliquée.

– Tu as lâché le mot quand tu parles de produit. C’est exactement ça, on n’est même plus dans la musique avec tout ce qu’il peut y avoir de feeling et d’émotion… On est dans le marketing pur et dur !

Oui, oui. Au départ, la musique est un état émotionnel. Tu as quelqu’un qui vient te raconter une histoire qui te donne envie de chialer, ou de rigoler, ou de danser ou juste de te sentir vivant, quoi. Là maintenant, on est dans une ère où les robots déboulent doucement, mais sûrement. On est dans un moment qui se déshumanise de plus en plus, y compris les gens vis-à-vis des autres. C’est vachement dur de trouver de l’empathie. Il y a beaucoup de grandes gueules, beaucoup de haine, de choses comme ça. Heureusement, il en reste encore, mais à petit niveau. On le découvre parfois dans des petites structures, des associations, dans les relations de tous les jours avec un commerçant ou autre, par exemple. Heureusement que ça existe encore, mais ça devient de plus en plus dur. J’espère que l’être humain, qui se sort toujours de situations très dramatiques, va à un moment donné parvenir à renverser la situation, que ce soit au niveau climatique qu’à celui de la déshumanisation aussi. Parce que sinon, on sait où on va, quoi… ! (Rires)

– Cela fait maintenant six ans que tu n’as pas sorti de nouvelles compositions. Est-ce que tu y travailles, ou comptes-tu plutôt faire revivre une nouvelle fois « Face A » et « Face B » sur scène ? Ou les deux peut-être ?

En fait, « Face A » et « Face B » sont juste une parenthèse, ce qui ne m’empêchera pas un jour de rejouer une ou deux chansons avec un autre groupe. Elles font partie de mon répertoire. Avant de partir en tournée, je regarde toujours ce que j’ai fait sur la précédente pour savoir ce que je pourrais ressortir des cartons. Il y a des titres que je joue dans toutes les tournées évidemment et qui sont un peu mes cartes de visite. Les gens aiment bien les entendre et j’aime aussi les jouer. Mais il y a des moments où je ressors des vieux morceaux, qui font partie de moi et qui sont un bout de ma vie. Donc, je peux très bien rejouer l’une de ses chansons sur scène. Pour le moment, j’ai quelques idées, des bouts de zique à droite, des mots à gauche et j’attends. Je laisse mûrir comme une période de jachère en quelque sorte. Même si le temps passe, ce n’est pas pour ça que je vais me précipiter pour sortir quelque chose et imposer un album aux gens, si ce n’est pas un besoin et un plaisir de le faire. Quand je commence à sentir que les mots viennent s’imbriquer sur des bouts de musique, que j’ai sur des dictaphones ou des calepins, je vois si ça marche bien et si ça commence à devenir une chanson. Là, je me dis que ça commence à sentir bon la rentrée en studio. Ce sont des petites choses comme ça, je laisse faire un peu la vie. J’attends que ça me porte… (Sourires)

– Tu es l’un des pionniers et des piliers du Blues français à chanter également dans ta langue. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la scène hexagonale, qui se porte de mieux en mieux ? Y a-t-il des groupes ou des artistes qui t’ont littéralement bluffé ces derniers temps ?

Oui, c’est vrai. Mais ce qui se passe en ce moment et que j’expliquais tout à l’heure à propos des revenus de droits d’auteurs, beaucoup d’artistes s’en sortent grâce au live, qui se porte bien. Et heureusement, même si certains concerts sont très, très chers. Mais en gros, les gens peuvent tourner à des échelles différentes, que ce soit dans un bar, dans un petit théâtre, dans des salles un peu plus grandes ou des festivals. Chaque été, il y a une liste incroyable de festivals. C’est vrai que la scène se porte bien et des tas de musiciens peuvent jouer. Après, j’entends des choses qui me plaisent et d’autres moins. Je ne suis pas du tout blasé, car il y a des choses qui m’émoustillent encore et ça me rassure d’ailleurs ! (Rires) Et en même temps, j’ai entendu tellement, tellement de trucs qui m’ont nourri toute ma vie depuis mon adolescence. J’étais véritablement une éponge. Parfois, j’écoute des choses intéressantes, mais que je connais déjà finalement. Certains parfums reviennent. Il y a de bons grooves, de belles mélodies, des choses intéressantes dans les textes, mais je ne suis pas étonné. Ça ne me scotche pas comme quelque chose que je n’aurais jamais entendu. Et ce n’est vraiment pas grave, car mon avis n’a aucune importance ! (Rires) C’est vrai que la scène française se porte bien, car elle s’est enfin décomplexée de cet ascendant et de cette hégémonie anglo-saxons. Elle a fini par trouver son truc, elle a aussi trouvé son public et je trouve ça positif. Ça me plaît que la France existe à travers des musiciens qui ont de la personnalité sans avoir toujours recours aux ficelles américaines ou autres.

– Justement, il y a finalement assez peu de groupes qui chantent en français dans le domaine du Blues. Qu’en penses-tu ? C’est de la frilosité, une question de génération aussi peut-être, ou une priorité qui n’est sans doute plus mise sur les textes finalement ?

C’est parce que c’est compliqué en raison de cette fameuse langue anglaise qui sonne si bien. Pour ceux qui ont été élevé avec cette musique-là, ça sonne, quoi ! L’anglais est une langue plus courte et plus concentrée et elle swingue peu importe ce que tu écoutes. Elle arrive à dire plein de choses avec peu de mots. Le français est une langue poétique, littéraire et que beaucoup de gens admirent, car c’est une belle langue. Bob Dylan est fan de Rimbaud et Baudelaire, tu vois. Mais c’est compliqué à partir du moment où tu fais de la musique. Il y a des gens, dès qu’ils chantent en anglais, ça va sonner, ils vont trouver leur truc. Et dès qu’ils vont chanter en français, ça va sonner variété ou ce genre de choses ! (Sourires). Donc, c’est un exercice de style vachement compliqué. Chanter en anglais, c’est la facilité ou c’est se dire qu’on s’en fout, qu’on ne veut pas uniquement jouer en France, mais aussi s’exporter. On est ouvert sur le monde, donc on veut aller jouer en Allemagne, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Australie, … Alors, il vaut mieux une langue internationale comme l’anglais. Après, pour les groupes français, il peut y avoir un décalage entre ce que tu vas dire entre les morceaux et ce que tu vas chanter, où les gens ne comprendront peut-être pas. Moi, je me suis dit que c’était un peu nul de chanter en anglais devant des Français. C’est à partir du moment où j’ai compris ce décalage que j’ai chanté en français. Et puis, j’ai aussi compris l’importance du poids des mots en écoutant des gens comme Claude Nougaro, Léo Ferré, Jacques Higelin, Eddy Mitchell, Johnny, Téléphone ou Trust. Voilà, le poids des mots ! Je pense que si les gens ont craqué pour Trust, par exemple, c’est pour la voix de Bernie aussi sur « Antisocial » notamment. Des groupes de Hard Rock en anglais, il y en avait à l’époque, mais des Frenchies, il n’y en avait pas ! Je pense que l’émotion vient des deux : la musique et la langue. Maintenant, c’est vrai que ça sonne bien en anglais et écrire en français demande un super effort. Il faut faire swinguer les mots. Et je pense aussi que les gens sont nettement plus touchés quand ça leur parle directement et qu’ils comprennent les textes. C’est ce qu’ils me disent en tout cas. Et le Blues permet beaucoup de choses aussi dans la forme. Il y a une très grande liberté.

– Et il y a aussi et surtout quelque chose que tu as, toi, c’est une voix…

C’est gentil de me dire ça, mais je ne l’ai jamais vraiment aimé, je l’ai toujours détesté. C’est vrai que parfois je chante des mots et ça se pose bien. Peut-être qu’avec quelqu’un qui aurait une voix plus belle ou plus claire, ça pourrait tomber à plat. Ma voix est un bon transporteur par rapport à ce que j’ai envie de véhiculer. C’est un drôle de truc finalement. C’est assez difficile à expliquer car, à une époque, les gens ont craqué sur la voix éraillée de Ray Charles. Ensuite en Angleterre, il y a eu le jeune Steve Winwood avec cette même influence, puis Joe Cocker avec sa voix complètement cassée. C’est pareil pour Bob Marley, qui a une identité vocale très forte. Et tous ne peuvent rien y faire. Finalement, les gens aiment ou détestent ces sonorités, ces tons et ça, on n’y peut rien.

– Enfin, on voit émerger des musiciens comme Markus King, Larkin Poe, Christone ‘Kingfish’ Ingram, Samantha Fish, Eddie 9V et d’autres aux côtés d’ailleurs de gens comme Joe Bonamassa, Kenny Wayne Shepherd, Beth Hart ou Ana Popovic pour n’en citer que quelques uns. Est-ce que tu penses que le Blues a changé de visage ces dernières années ?

Avec tous les noms que tu cites, ce qui a surtout changé, selon moi, c’est la technique et la technicité. Ils sont tous vachement dans la virtuosité. Cette musique, au départ, est simple, sensuelle, sexy et pas spécialement virtuose. Ce sont surtout des états d’âme. Quand tu écoutes John Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins ou même Robert Johnson, qui étaient peut-être des virtuoses à leur époque, c’est quand même de la musique simple. C’est le Blues anglais avec Eric Clapton qui a déclenché les hostilités avec ce putain de son qu’il avait ! Il a scotché tout le monde ! (Rires). Et ensuite avec Peter Green et Mick Taylor aussi, le trio infernal ! Et aux Etats-Unis, il y avait BB King, Freddie King et Albert King, l’autre trio infernal et beaucoup d’autres encore ! Et au bout d’un moment, on ne peut pas empêcher les gens d’évoluer, Et aujourd’hui, on a des guitaristes qui jouent fabuleusement bien, qui se baladent entre le Blues et le Jazz avec des gammes et des modes particuliers où ils mélangent tout. Ça joue super bien, je regarde ça en me disant que je ne jouerai jamais comme ça et ce n’est pas grave ! Ce n’est pas le Graal de ma vie, (Sourires) Je reste très sensible au Allman Brothers Band où il n’y avait pas une énorme virtuosité, c’était vachement bien et ça ne cavalait pas tout le long du manche en permanence. Aujourd’hui, je reconnais bien sûr la grande technique d’une certaine nouvelle génération, mais ça ne me touche pas des masses. Les mecs s’éclatent, c’est super et je respecte, mais il y a du déjà-vu et du déjà-entendu qui est poussé à l’extrême. Il n’y a aucun problème, mais ce n’est pas mon chemin, car mes influences sont sans doute plus vastes aussi. Je tourne un peu toujours autour des mêmes accords, Je suis un mec bluesy, je fais de la musique bluesy, mais je ne fais pas forcément du Blues. Je connais ce qui se fait aujourd’hui. Je leur tire mon chapeau, mais ce n’est pas forcément des choses qui me touchent. Ils jouent super bien, mais voilà, quoi… (Sourires)

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

Photos : Eric Martin (3) et Olivier Ducruix (4).

Retrouvez la première partie de l’interview :

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Paul Personne : la liberté dans l’humilité [Interview – Part 1]

Habile jongleur de mots et guitariste d’une grande finesse, PAUL PERSONNE livre ses notes délicatement bleutées depuis quelques décennies maintenant au point d’être devenu une figure incontournable du Blues à la française. Car, malgré une vaste culture musicale, c’est ce style qu’il a choisi, et qui lui va si bien, qu’il enrobe d’un Rock sincère. Près de 15 ans après leur sortie avec le groupe A L’Ouest, le musicien ressort les albums « Face A » et « Face B », accompagnés d’un DVD live capté en décembre 2011 à ‘La Traverse’, emblématique salle située à Cléon en Normandie. L’occasion de revenir avec lui sur ses deux opus, leur histoire et plus largement sur sa carrière et sa vision de la musique. Une interview fleuve, dont voici la première partie…

– Avant de parler de ce beau coffret, j’aimerais que l’on revienne sur les disques originaux. Dans quel état d’esprit étais-tu à l’époque, car je crois que c’est le nombre de morceaux qui t’a poussé à sortir d’abord la « Face A » et ensuite la « Face B » dans la foulée ?

Oui, c’est toute une histoire et c’était même un peu improvisé à l’époque. On avait monté tout ça avec le groupe A L’Ouest. On se connaissait depuis pas mal de temps, on tapait souvent le bœuf jusqu’au jour où je leur ai proposé de faire nos propres morceaux dans un style entre Rock et Blues. Il y avait une chouette complicité entre nous, c’était rigolo et on se marrait bien. Ils étaient jeunes, mais il se passait vraiment quelque chose. Et au moment où il y a eu le projet de sortie d’album, on partait surtout sur un EP, car nous n’avions pas assez de titres. Or, j’en avais d’autres sur le feu et le label nous a suivis en nous laissant le temps de compléter le tout. C’est de là qu’est venue l’idée de « Face A » et « Face B ». On a donc finalisé ce premier disque et ensuite, on s’est mis sur le second pendant que le premier sortait. C’était assez marrant. J’avais déjà fait ce genre d’expérience avec « Demain, il F’ra Beau » et « Coup d’Blues », qui étaient sortis à six mois d’intervalle. Ces deux albums étaient différents l’un de l’autre, et là je retombais un peu dans le même principe et c’était amusant. Donc, on a sorti le premier et le second six mois plus tard environ, juste au moment du début de la tournée.

– D’ailleurs, pourquoi n’as-tu pas opté tout de suite pour un double-album, quitte à attendre un peu ? Tu avais déjà distingué deux atmosphères différentes en faisant la tracklist, voire au moment de la composition ?

Non, il n’y avait pas de distinction ou d’orientation musicale différente. C’était fait dans le même moule, dans la continuité. L’idée de sortir « Face A » d’abord était de nous laisser du temps, sinon il aurait fallu attendre six mois de plus où il ne se passerait rien. C’est à ce moment que j’ai rencontré Gérard Drouot, qui m’a proposé de faire un Olympia et de commencer à avoir des concerts. On est donc parti sur la route et dès qu’on rentrait à la maison, on finissait « Face B ». Et puis, c’était intéressant car, après avoir enregistré dans des super studios avec des musiciens américains, etc., on se retrouvait dans un petit local, comme des mômes, en conditions live et artisanales. Et la situation me plaisait beaucoup ! On faisait les choses dans notre coin, et c’est quelque chose que j’ai toujours aimé aussi de toutes manières. On ne se posait pas de questions comme savoir si ça allait plaire aux gens, ou pas. Comme je dis souvent, je propose et les gens disposent. Je ne m’intéresse pas à l’aspect commercial de la musique. On s’est vraiment fait plaisir, on a vraiment passé du bon temps et il s’en est suivi une super tournée.

– Aujourd’hui sort donc ce coffret, « A L’Ouest » avec en bonus cette vidéo issue des captations des deux concerts enregistrés les 3 et 4 décembre 2011 à ‘La Traverse’ en Normandie. C’est vrai que les deux albums studio sont aujourd’hui indisponibles, mais pourquoi ces deux dates ? Ont-elles été un point culminant de cette tournée pour toi ?

Au contraire, c’était le début de la tournée, L’aventure A L’Ouest s’est terminée en 2015 par un enregistrement au Stéréolux à Nantes et qui est ensuite sorti sous le titre « Electric Rendez-Vous ». Là, nous étions en fin de tournée et je suis ensuite parti sur autre chose. A ce moment-là, à ‘La Traverse’, nous sommes au tout début, les albums venaient tout juste de sortir. Tout à l’heure, tu parlais de fraîcheur et de spontanéité et il y avait vraiment de ça. Et je le ressentais pleinement. Alors, comme on restait deux jours à Cléon, je me suis dit que ça valait le coup d’enregistrer quelque chose. Plus pour conserver un souvenir, pas à des fins commerciales. L’idée était de garder une trace de cette époque. Et depuis, en fin de compte, ça restait dans des cartons. Dès le moment où il a été question de rééditer les deux albums, je me suis dit que ce serait sympa de le faire avec un petit bonus. J’ai rappelé ceux qui avait enregistré la captation et avec le bassiste Nicolas Bellanger, on a mixé l’audio. J’ai sélectionné 13 chansons, qu’on ne retrouvait pas ailleurs et on a fait un montage. Ça fait un souvenir sympa d’un chouette moment, où on s’est vraiment amusé ! (Sourires) Il y a des moments assez inattendus avec des improvisations aussi. Et ça reste un beau témoignage de cette époque.

– Aujourd’hui, la vidéo a pris beaucoup d’importance dans la communication des artistes. Est-ce que c’est aussi ça qui t’y a poussé, car tu aurais tout aussi pu sortir un album live plus classique ?

Oui, bien sûr, mais je l’avais déjà beaucoup fait par le passé. Cette fois, ça ne me disait pas grand-chose de sortir un album live. Ça m’intéressait surtout de ressortir les albums studio. Ils ont un certain charme, car ils ont été faits très spontanément et je les ai finalement composés assez vite aussi. Dès l’idée de « Face B », entre les concerts, il fallait se mettre au boulot sur les textes, finir certaines parties, penser aux arrangements, … Il y avait une super énergie à ce moment-là. Et il y a une sorte de fil conducteur, on faisait vraiment ce qui nous passait par la tête comme tous ces petits bruits que l’on retrouve sur les disques. Je ne veux pas parler de concept album, mais il y a un petit côté comme ça avec une chouette ambiance sur les deux albums. C’est pour ça que je trouvais dommage que ces disques restent inconnus, un peu dans l’ombre. Alors quand le label m’a proposé une réédition, j’ai vraiment trouvé l’idée cool, car il y a beaucoup de gens qui ne les connaissent pas.

– D’ailleurs, est-ce que tu as remasterisé les deux albums, ou est-ce qu’ils ressortent dans leur version originale ?

Oui, j’ai tenté une remasterisation. L’idée était de repartir des mixes de base, alors on a fait ce qu’on pouvait faire. Je voulais essayer d’améliorer un petit truc. Le mastering de base était bien, et si cela ressortait comme ça, ça ne me dérangeait pas, non plus. Mais j’ai voulu donner un petit coup de boost et voir si on pouvait améliorer l’histoire. On a gagné un petit truc, qui est pas mal, je pense. Et le mastering du DVD a été fait dans le même esprit et c’est vachement bien. C’était juste histoire de redonner un petit coup de peinture là-dessus, tu vois… (Rires)

– Ton dernier album date de 2019, « Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) » et il a été suivi d’une tournée stoppée net par le Covid. Comment as-tu vécu ce break forcé, d’autant que les salles affichaient complet ?

Ça a été vachement dur, car j’avais monté une équipe de chouettes musiciens. On se marrait bien, la tournée était lancée et comme tu le dis les salles étaient pleines. Comme à chaque fois, cela me surprenait et me faisait très plaisir, parce que je ne suis pas un mec médiatisé. Je ne vais pas sur les plateaux de télé ou dans les talk-shows. Et cela me va très bien comme ça, car j’ai toujours vécu ma vie de musicien comme un artisan. Je n’ai jamais cherché à faire des tubes, je n’ai jamais travaillé dans ce sens-là. Je fais la musique que j’ai envie, je propose des petites aventures aux gens avec des mots et des sensations et je finis par avoir une fidélité du public qui est géniale. Et au début de cette tournée, qui se passait super bien, arrive le Covid, qui a fait du mal à beaucoup de gens. C’est une horreur mondiale que nous avions vécu. C’était très dur. L’avantage que j’ai eu par rapport à cette tournée, c’est qu’elle n’a pas été annulée, mais reportée. En dehors d’un ou deux concerts, j’ai pu refaire la plupart des dates courant 2020/2021 et cela m’a amené jusqu’à l’Olympia en 2022, le jour de la Saint-Valentin. (Sourires) Mais j’ai quand même pu continuer la tournée avec la même équipe, les mêmes musiciens et le public qui a été fidèle au poste. Donc ça, c’est cool ! (Sourires)

– Est-ce à ce moment-là qu’a germé l’idée des deux volumes de « Dédicaces (My Spéciales Personnelles Covers) », sortis en 2023 ? Et est-ce parce la pandémie ne te permettait pas de te projeter artistiquement que tu t’es lancé dans ce projet, ou c’est quelque chose que tu mûrissais déjà depuis un moment ?

Oui, c’est quelque chose à laquelle je pensais depuis longtemps. Ça fait partie des trucs qui me trottent dans la tête et que je ne mets jamais à jour. Ça remonte même aux années 90, où j’en avais parlé à Didier Varrod, mon directeur artistique chez Polydor, en lui disant que je voyais des Américains et d’autres faire pas mal de covers, et que j’aimerais bien réaliser un album de reprises de gens que j’aime bien et dans un vaste panel. J’avais déjà rencontré beaucoup d’artistes comme Johnny, Eddy Mitchell, Jacques Higelin, Manu Dibango et d’autres encore. L’idée était de leur faire un coup de chapeau, par rapport à tous ces moments que j’ai passé avec eux. Ensuite, l’idée est tombée aux oubliettes et je suis passé à autre chose. Peut-être qu’inconsciemment le Covid m’a mené à ça, en effet, avec aussi l’arrêt de la tournée. J’ai donc repris mon huit-pistes et je me suis amusé à jouer et à sélectionner des chansons. Le plus dur a été de choisir. Malgré les deux volumes, je n’ai pas pu tout mettre. Il y en a encore beaucoup d’autres que j’aurais pu reprendre. Il aurait presque fallu faire un troisième volume ! (Sourires) C’était vraiment un truc que j’avais au fond de moi et que je voulais faire…

A suivre…

Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.

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France Top de l'année

Top 2025 – France

C’est l’heure des comptes ! La scène française a livré de nouvelles pépites, moins que l’an dernier selon moi, mais tout de même, elle se porte bien ! Entre Blues, Metal, Stoner et Rock, voici 25 groupes et artistes ont marqué Rock’n Force en 2025 à travers des interviews ou des chroniques d’albums franchement réjouissants et pour certains indispensables. 

Ils sont tous à retrouver dans la publication ci-dessous… Cliquez donc et bonne lecture !

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Americana Blues Rock

Nico Chona : en quête d’espace

Onze titres pour autant d’ambiances aux notes bleutées sur ce « Sometimes The Tears », qui fait suite à « Old Western Star », paru il y a cinq ans déjà et qui avait fait forte impression. En mode one-man-band, le Lyonnais est de chaque note sur cette nouvelle réalisation enchanteresse. Songwriter affûté et musicien virtuose, NICO CHONA fait le choix d’un style assez épuré et captivant, et évite ainsi avec soin toute démonstration superflue. Un équilibre solide assuré par une voix plein de sensibilité.

NICO CHONA

« Sometimes The Tears »

(Bozeman Records)

Auteur et composteur, mais aussi guitariste, chanteur et batteur, NICO CHONA sait à peu près tout faire. Et cela tombe bien puisque, pour son troisième album, il s’est occupé de tout, y compris de la production. S’il est entièrement seul à l’œuvre sur « Sometimes The Tears », il réussit le tour de force de donner l’impression d’un véritable travail de groupe. Ici, pas de bidouillages, mais beaucoup de fluidité et de chaleur, le tout enregistré par ses soins en analogique et sur du matériel vintage pour encore plus d’authenticité et de proximité. 

Habitué des projets ‘United Guitars’ et animateur d’une chaîne YouTube, NICO CHONA renoue donc avec le format long après « Modern Delta », dernier EP en date sorti en 2021. Et s’il a lui-même le posé ses chansons sur bande, le mix de « Sometimes The Tears » a été confié aux multi-primé Bill Mims, qui a côtoyé des sommités. Toujours à Los Angeles, c’est Gavin Lurssen, autre ponte dans le domaine, qui s’est chargé du mastering. Autant dire que ça sonne et que son Blues Rock délicat aux saveurs Americana est vraiment resplendissant.

Cela dit, c’est presque la moindre des choses vu la qualité des compositions, qui proposent un voyage musical varié et changeant au fil des pistes. Du morceau-titre à « George », qui clot l’album avec classe, NICO CHONA reste chevillé à un Blues sincère, qui lorgne sur le Rock, l’Americana et même le Jazz sur « 7th Avenue ». Pour autant, c’est son style et sa patte qui brille sur « Sometimes The Tears ». Son feeling enveloppe ce bel opus à l’atmosphère très live (« Lilly Honey », « Silver Highway », « Drop Me In A River »). Un beau moment suspendu.