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France Heavy Blues Heavy Rock Psychedelic Rock

Birdstone : un instinct magnétique [Interview]

Une chaleureuse couleur 70’s enveloppe ce nouvel album des poitevins, où la puissance d’un Heavy Rock massif se mêle à un Classic Hard Rock légèrement bluesy. Pour autant, on n’est pas dans une ambiance vintage poussiéreuse, loin de là. BIRDSTONE cultive le goût de l’aventure musicale et son univers ne serait pas complet sans évoquer cet élan Psych Rock, qui sert presque de guide à « IV ». Sur six morceaux seulement, le groupe impose ses mélodies sur la longueur, entre jam enivrantes, fulgurances explosives et l’impression d’une fragilité toutefois discrète. L’esprit est résolument live, la production organique et les longues plages instrumentales sont autant d’instants de rêverie traversés par des émotions parfois à fleur de peau. Ben (batterie), Edwige (basse, claviers) et Basile (guitare, chant) reviennent sur cet enregistrement marqué par un isolement choisi, qui semble avoir exalté la spontanéité de leur jeu.

– Ce nouvel album arrive un peu plus de dix ans après la formation de BIRDSTONE. Sans parler de bilan, que retenez-vous de cette décennie ? L’évolution de votre musique et de votre style ? Une maîtrise totale de ce que vous pouviez avoir en tête à vos débuts ? Ou peut-être plus simplement la rencontre avec un public de plus en plus réceptif à votre démarche artistique ?

Edwige : On a toujours voulu rester fidèle à ce qu’on aimait dans notre musique, à ce que l’on avait envie d’exprimer sur le moment sans forcément chercher à se cantonner à ce qu’on attendait de nous. L’important nous semble de rester honnête. Même si on a tous parfois envie de ranger par étiquette les artistes que l’on suit, il est difficile de classer sa musique ainsi. Du coup, on s’est souvent retrouvé à graviter autour de certaines niches sans forcément y rentrer complètement, avec ce que ça implique comme avantages et inconvénients.

Basile : Justement, on essaie de chercher la prise de risque plutôt que la maîtrise. Je ne pense pas vraiment qu’on projetait un moule défini sur l’avenir du groupe à nos débuts.

– Vous avez avoir ressenti le besoin de vous isoler pour l’enregistrement de « IV », et vous avez quitté votre Poitou pour l’Aveyron. J’imagine que vous étiez en quête de calme et de sérénité. Etait-ce dû à l’atmosphère que vous souhaitiez développer, car j’imagine que les morceaux devaient être déjà composés, et pour ainsi éviter tout parasitage ?  

Edwige : Notre amie et manager, Léa, nous a proposé d’enregistrer dans cette maison familiale, sachant que nous sommes indépendants et avions très peu de moyens. On a voulu jouer de cette contrainte pour pouvoir être autant investi dans le processus d’enregistrement que de création.

Ben : On voulait se créer un cocon ou il était possible de prendre le temps. On avait évidemment bien avancé les compos avant l’enregistrement, mais on s’est gardé une plage de création. 

Basile : Le processus d’enregistrement influence évidemment le résultat final, et cet album est peut-être plus intime que le précédent. Cet isolement nous semblait pertinent pour nourrir le propos et trouver la spontanéité que l’on recherchait.

– « IV » a donc été enregistré en conditions live et cette spontanéité, justement, est très palpable. De fait, quelle différence faites-vous entre un concert et un enregistrement comme celui-ci, puisque les performances sont finalement très proches ? Y a-t-il tout de même un gros travail de production derrière ?  

Edwige : Que ce soit devant un public ou entre nous, l’important à mes yeux reste la connexion entre nous trois. 

Basile : Justement, la base ‘live’ nous permet de garder cette spontanéité en fondation pour ensuite explorer les arrangements librement sans s’écarter de l’essence de chaque morceau.

Ben : Concernant la production, on a fait en sorte de garder les aspérités que le live implique, vivre avec les accidents et sublimer les défauts inhérents pour en faire une force.

– Cette fois encore, vous avez effectué un beau mélange de Hard 70’s, de Psych Rock avec une légère touche de Heavy blues et « IV » est probablement votre album le plus instinctif. Est-ce, même lors d’un enregistrement comme ici, il reste un part d’improvisation, ou ce nouvel album a-t-il été minutieusement composé en amont ?

Basile : Il reste évidemment une part d’improvisation. Ce n’est pas forcément le cas à chaque enregistrement et ça peut être une volonté que de préparer un enregistrement dans le moindre détail. Notre album précédent, « The Great Anticipation », avait été beaucoup plus préparé en amont. Pour « IV », nous voulions vraiment changer de formule et conserver la sensation de créer jusqu’à la fin de la production.

– Ce nouvel album est très contrasté et la première chose qui surprend est une impression d’inimité pourtant à l ’œuvre dans un spectre sonore très vaste. Est-ce que c’est justement ce type de production qui permet ça, grâce peut-être aussi à la disposition des instruments et surtout de votre formule en trio ?

Ben : On a cherché à pousser certains curseurs pour que la narration soit d’autant plus contrastée, pour que l’album puisse sonner aussi fragile qu’explosif. 

Edwige : Depuis nos débuts, on a toujours voulu creuser les nuances, quitte à pousser certaines parties dans leur retranchements. Si le but est de toucher à une certaine réalité émotionnelle, on se voyait difficilement jouer dans la demi-mesure.

– L’album se termine avec le morceau entièrement instrumental « Swell ». D’où est venu l’idée de clore « IV » avec aussi un incroyable solo de trompette ? L’idée était-elle de surprendre l’auditeur, ou l’atmosphère du morceau s’y prête-t-elle naturellement et des paroles auraient été superflues ? 

Basile : « Swell » est pour le coup le morceau qu’on a laissé le plus libre avant l’enregistrement. On voulait explorer une autre manière de faire, en se basant sur un unique thème et en se laissant porter ensuite dans les arrangements. Une fois que la base était posée, nous est venu l’idée dans un second temps de contacter Paul Weeger pour lui proposer de composer et d’enregistrer une partie de trompette. En quelques prises, nous étions complètement conquis et c’est devenu l’instrument phare du morceau. 

– En dehors de « No One Else » qui ouvre l’album, les morceaux sont plutôt longs et ils offrent une sensation très jam à l’ensemble, qui est d’ailleurs plus Psych que « Loss » et « The Great Anticipation ». Ces longues plages instrumentales au cœur des morceaux sont-elles des échappatoires avant de revenir à la chanson elle-même, à savoir son refrain et ses couplets ?

Edwige : On a simplement voulu retrouver de longues plages de jam sans forcément être contraint par un format plus court. 

Basile : Je sais pas si on conçoit ça comme un échappatoire au morceau. Ce serait plutôt une extension naturelle qui permet de se connecter à quelque chose d’un peu plus organique, hors des structures classiques couplet/refrain, pour mieux y revenir ensuite. 

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot de « Largo », qui se déploie sur plus de onze minutes. On passe d’un entame très Folk 70’s à un milieu clairement Rock et plus mid-tempo pour aller crescendo vers un final explosif et débridé. C’est un schéma que l’on trouvait beaucoup dans le Classic Rock. Comment compose-t-on un morceau d’une telle longueur et qui multiplie autant les ambiances ? Le fil rouge reste-t-il la narration quoiqu’il arrive ?  

Basile : Effectivement, la narration reste le fil rouge. Elle guide nos morceaux les plus progressifs. On avance souvent par bloc. Le thème, c’est-à-dire le riff principal, sert de base et ensuite on déploie les différentes parties dans le temps, en faisant en sorte que les différentes évolutions s’imbriquent les unes aux autres pour servir au mieux la narration. Certaines parties naissent plus naturellement, notamment en jam, alors que d’autres nécessitent plus de travail d’écriture, afin de lier les différentes péripéties. 

Le nouvel album de BIRDSTONE, « IV », est disponible chez Harpyes Records.

Photos : Léonard Szakow

Retrouvez aussi les chroniques de leurs deux précédents albums :

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Djent Metal Progressif Modern Metal

Sangham : sans compromis

Déjà vaste, l’univers de SANGHAM prend encore un peu plus de volume et de densité sur cette deuxième réalisation. Direct et intense, « The Radiant Crown » reprend les thématiques d’« Intangible », sorti en 2021, avec une force décuplée et une intention clairement explicite. Les Français soufflent toujours le chaud et le froid dans un engagement de chaque instant. Véloce et musclé, leur Modern Prog Metal a changé de dimension, se montre plus assuré et ces huit nouveaux morceaux témoignent d’une envie et d’une maîtrise totales, qui font de ses nombreuses nuances une signature distincte.   

SANGHAM

« The Radiant Crown »

(Independant)

Il y a cinq ans, les Marseillais faisaient leurs premières armes avec « Intangible », un premier effort solide et déjà personnel. Entre-temps, la scène aidant, SANGHAM semble s’être remis en question, ou du moins a affiné la vision de sa propre musique. D’un Metal Progressif déjà très actuel dans l’approche, c’est aujourd’hui un registre nettement plus hybride qui est à l’œuvre sur « The Radiant Crown ». Ce qui n’était que fulgurances, à savoir le côté Djent et un léger penchant pour le Death, font désormais partie intégrante de la patte du combo. Ainsi, de nouvelles voies se dessinent dans lesquelles le quatuor s’engouffre habillement et sans retenue.

Sans parler de métamorphose, l’une des raisons de ce léger changement de cap vient peut-être du nouveau line-up de SANGHAM. Toujours mené par son duo fondateur, Christelle Meunier (chant) et Cyril Lhuillier (guitare), tous deux compositeurs, Paul Gavoille (basse) et Antoine Balzé (batterie) les ont rejoint et cette nouvelle rythmique a du feu dans les mains. Très polymorphes, les tempos sont d’une agilité et d’une puissance remarquables, de quoi laisser exploser ces nouvelles compositions avec fluidité. Côté chant, l’équilibre se fait toujours entre voix claires et growls, ces derniers ternissant cependant, un peu par facilité, l’identité originale du combo.

On l’aura compris, les dualités et les contrastes restent la base du jeu des Phocéens, qui s’appuient une fois encore sur une production solide et soignée. Engagé, SANGHAM mène toujours vigoureusement ses combats contre la maltraitance animale, la surconsommation et la domination patriarcale. Il en est d’ailleurs question sur « Reclaim », où pas moins de dix musiciennes françaises se relaient dans un collectif militant déterminé. Multipliant les ambiances, « The Radiant Crown » est brutal et aérien, et toujours mélodique et captivant (« The Insatiable Ogre », « La Tour Dorée » chanté en français, « Our Vain Pleasure », « Listen »). Limpide et sans compromis.

Photo : Elise Meunier

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de son premier album « Intangible » :

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Heavy metal Metal Progressif Old School

Crystal Throne : une épopée futuriste

Pour sa deuxième réalisation, la formation de l’Est de la France se projette dans un lointain futur pour une épopée assez sombre, qui atteste de sa vigueur et de sa détermination à installer son empreinte dans le paysage Metal hexagonal. Toujours autoproduit, CRYSTAL THRONE cerne parfaitement son univers entre un Heavy Metal délicatement Old School, des trajectoires progressives et des accélérations fritant avec le Power Metal. Les riffs tranchants et les solos épiques, la rythmique polymorphe et un frontman solide font de « Chantry Of Sacrifice » un opus très convaincant.

CRYSTAL THRONE

« Chantry Of Sacrifice »

(Independant)

Créé à l’aube des années 2020 par le guitariste et Youtuber Max Waynn et le chanteur Terry DeFire, CRYSTAL THRONE était apparu avec un premier album éponyme, où il avait posé les fondations de son style. Résolument Heavy Metal et ancré dans une veine très 80’s, le groupe n’a pas l’intention de venir grossir les rangs d’une scène dédiée à la NWOBHM, même si certains détails ne trompent pas. C’est, en effet, plutôt la fibre progressive et un élan proche du Power Metal qui sont les plus marquants chez les Français, qui misent d’abord sur l’originalité de leurs compositions.

Peu de temps après la sortie de « Crystal Throne », le batteur Will Ram et le guitariste John L. ont rejoint la formation messine et cela se ressent sur « Chantry Of Sacrifice ». Plus mature dans l’écriture, tout comme dans le jeu qui a gagné en efficacité, ce deuxième effort montre également plus de relief et de profondeur dans la production. CRYSTAL THRONE présente un nouveau visage et son identité musicale, elle aussi, s’affine franchement. L’évolution est manifeste et la longueur des titres n’y est pas étrangère, loin de là.

Le quintet ne manque pas non plus d’audace, puisque c’est avec un album-concept qu’il fait son retour. Et celui-ci est composé de neuf morceaux pour une heure d’un Heavy Prog soigné. Autant dire que le combo prend le temps de poser les ambiances et l’atmosphère générale. CRYSTAL THRONE nous propulse en l’an 5150 (un chiffre qui ne doit sûrement rien au hasard) pour suivre la destinée de Hyldr et sa quête de vérité. Dans un ensemble racé aux éclats aériens, on notera la dualité féminine et masculine du chant sur « Antagonist ». Une belle immersion.

Retrouvez la chronique du premier album :

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Classic Hard Rock Classic Rock

Wicked Elephant Revival : electric fever

Avec une énergie débordante et un feeling incontestable, les Français signent un premier long format tout en maîtrise et surtout doté d’un songwriting imparable. Dans un Classic Rock moderne et fougueux, WICKED ELEPHANT REVIVAL marche dans les pas des pionniers avec quelques belles fulgurances Southern et Hard Rock. Très fédérateur, le quintet multiplie les ambiances sans se disperser et vibre à l’unisson sur ce « No Rest For The Wicked », aussi ambitieux qu’addictif. La sincérité de sa démarche rend cet album d’une maturité artistique devenue rare dans l’hexagone.

WICKED ELEPHANT REVIVAL

« No Rest For The Wicked »

(Independant)

A une époque où l’uniformité musicale commence à prendre beaucoup de place et où la technologie s’immisce au cœur-même de la création, WICKED ELEPHANT REVIVAL fait le pari de revenir aux sources du Rock, et même du Hard Rock, afin d’y apporter sa contribution avec originalité et conviction. En musiciens chevronnés, les Toulonnais distillent un registre bien à eux, sans éluder certaines influences évidentes qu’ils utilisent plutôt comme un socle indéfectible et la base d’un style qu’ils entendent bien encore faire briller.

Actif depuis 2022, WICKED ELEPHANT REVIVAL s’était déjà fendu d’un EP de quatre titres l’an dernier, « Mojo Rising », laissant présager du meilleur. Et ce premier effort se montre très largement à la hauteur des attendes. Grâce à une production puissante et organique, « No Rest For The Wicked » possède toute l’ampleur et le relief nécessaires à la dimension de ces nouveaux morceaux. Emprunt d’une saveur vintage enveloppante, les Azuréens se plongent dans l’époque dorée des années 70 à 90 avec inspiration et beaucoup de volume.

Passé un « Prologue » tout en émotion, WICKED ELEPHANT REVIVAL impose sa touche sur un groove épais et chaleureux, s’offrant même quelques embardées psychédéliques bien senties. Le duo basse/batterie est solide, le guitariste tranchant, le claviériste inspiré et le chanteur joue d’un timbre touchant et éraillé pour porter chaque chanson. Il y a du Robert Plant, du Steven Tyler et un brin de Tom Kiefer dans la voix de ce généreux frontman (« Evermore », « Fast Is Nice », « Father And Son », « Beautiful », « The Wicked And The Wise »). Authentique et soigné.

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France Post-Metal

Svbmariner : une antinomie exaltée [Interview]

Renforcé par l’arrivée d’un second guitariste il y a deux ans, SVBMARINER élargit un peu plus son champ d’action et son post-Metal, toujours aussi polymorphe, prend un volume qu’il n’avait pas encore sur « Before The Celestial Realm ». Avec ce troisième album, «Another Rotation », Guillaume Pillitteri (chant, guitare), Vincent Boyer (basse), Corentin Achard (batterie, claviers) et donc Yome Venice (guitare) semblent prendre un nouvel élan, même si leur registre n’a pas fondamentalement changé. Adepte des (très) longs morceaux, le quatuor prend le temps d’installer des atmosphères très changeantes, captive aussi parfois par la complexité de la structure de ses morceaux pour, au final, surgir là où on ne l’attend pas forcément. Sombre et brut dans son approche, le quatuor joue sur une explosivité soudaine comme sur des passages instrumentaux plus aériens, qui offrent un contraste net avec un puissant growl. Le quatuor parisien au complet revient sur ce nouvel opus, ainsi que de son dessein créatif.

– Depuis ses débuts, SVBMARINER a toujours eu une démarche très originale en explosant littéralement les formats standards. Votre premier album « Morning Joy » comptait trois morceaux, le second « Before The Celestial Realm » quatre, tout comme celui-ci. Au-delà d’un style qui s’y prête, est-ce que ce sont finalement les atmosphères qui vous intéressent le plus ?

Guillaume : Oui, cela n’est pas un choix délibéré de notre part, mais la construction d’atmosphères est ce qui nous intéresse le plus. Si nos morceaux se démarquent des structures canoniques Rock ou Metal, c’est parce que nous cherchons à emporter et à nous faire emporter par les ambiances que nous créons.

Corentin : On pense beaucoup aux dynamiques quand on compose et qu’on structure un morceau. On fait tourner longtemps les plans en répétition pour que chacun puisse chercher la bonne intention, sans forcément avoir d’idées sur là où on veut l’emmener. Et on laisse l’alchimie nous guider. On aime qu’au sein d’un même morceau des moments lumineux côtoient des moments d’une grande noirceur ou d’une forte intensité, parfois même d’un plan à l’autre, sans notion de couplet ou de refrain à respecter.

Vincent : Dans la phase de composition, j’ai une approche presque cinématographique. Je visualise le morceau comme une histoire qui se raconte avec des rebondissements, des plans contemplatifs et une ligne directrice. Aussi, la durée importe peu, et au-delà des atmosphères, ce qui compte est de mettre en place une ambiance et d’embarquer l’auditeur dans l’aventure.

– D’ailleurs, et puisque c’est devenu la norme, vous aviez présenté deux singles, « Served » et « Theories », qui représentent à eux deux la moitié de votre album. N’est-ce pas un peu frustrant d’en dévoiler autant avant la sortie officielle ?

Guillaume : Nous sommes partagés à ce sujet, dévoiler la moitié de l’album ne laisse en effet plus trop de surprise, mais c’est la norme. Et pour cet album, nous avions à cœur de le promouvoir comme il se doit. Nous n’avions presque rien fait pour le précédent, qui méritait mieux que le simple post Instagram que nous lui avions dédié. C’est pourquoi nous avons fait le choix d’être de bons élèves et de nous faire aider.

Vincent : Clairement, on n’est pas les rois de la promo, et comme l’a dit Guillaume, on a fait le service minimum pour l’album précédent, dont on est pourtant très fiers, et c’est dommage puisqu’il n’a pas réellement rencontré son public. Donc cette fois, on joue le jeu de la promo et on sort des singles. Mais ce qui compte au final, c’est que notre musique parle au plus grand nombre.

Corentin : Et il reste encore beaucoup de choses qui n’ont pas été dévoilées ! Notamment notre morceau qui est je pense le plus ambitieux à ce jour, j’ai hâte que les gens l’écoutent.

– Revenons au contenu d’« Another Rotation », qui est une fois encore très nuancé. Le post-Metal est l’un des registres qui permet le plus de variations et SVBMARINER en explore énormément. Est-ce que, malgré tout, il y a un courant (Prog, Black, Doom, …) qui a votre préférence et qui vous sert de point de départ pour la composition ?

Guillaume : Non il n’y a pas de courant spécifique, les points de départs de nos compositions varient énormément, cela peut partir d’un plan très post-Rock ou d’un gros riff plus Doom. Ce qui est certain, c’est que pour cet album nous avons composé très différemment par rapport au précédent. Sur « Before The Celestial Realm » les morceaux étaient composés quasiment entièrement avant d’arriver dans le local de répétition par l’un d’entre nous. Alors que cette fois avec Corentin, nous avons posé les bases de plusieurs morceaux lors de sessions à deux, puis nous les avons longuement peaufinés à quatre.

Corentin : C’est la beauté de ce style, je trouve, il est finalement assez peu codifié et permet une interprétation très libre. Au moment de la composition avec Guillaume, nous prenions beaucoup de plaisir à expérimenter de plein de façons différentes : une idée de métrique inhabituelle, une gamme qu’on voulait essayer, … On a tenté de ne pas s’imposer de limites pour faire la musique que l’on avait envie d’entendre et qui nous faisait progresser en tant que musiciens. Avec beaucoup de choses qui n’ont pas été gardées ! Puis une fois tous les quatre, chacun se réappropriait la base qu’on avait proposée. Ensuite, comme Vincent l’a expliqué, on construit les morceaux au fur et à mesure en fonction des dynamiques et des ambiances. Si nous avons beaucoup de goûts musicaux en commun, chacun de nous à des influences assez différentes qu’il apporte à sa manière.

Yome: On essaye justement de jouer avec les codes des différents styles mais sans jamais les adopter complètement et en ajoutant si possible un élément discordant : du champ clair apaisé sur un passage blast, une rythmique prog sur un instrumental shoegaze, un pattern à la Meshuggah entre deux riffs post-Metal… je pense que c’est justement dans ce mélange des genres, sans jamais vraiment choisir, qu’on s’épanouit et qu’on est le plus pertinents.

– « Another Rotation » arrive quatre ans après « Before The Celestial Realm », ce qui peut paraître assez long. Est-ce qu’il vous a fallu un laps de temps plus important cette fois pour élaborer ce nouvel album et peut-être pour trouver de nouvelles thématiques ?

Guillaume : Le laps de temps s’explique par plusieurs raisons, la première est que nous avons changé de guitariste et il nous a fallu quelques mois avant de trouver Yome, puis qu’il s’approprie les morceaux inachevés. L’album était déjà bien avancé quand il nous a rejoint, mais plutôt que de lui demander de jouer les parties que Florian avait créées, nous l’avons laissé reprendre les morceaux. C’était pour nous la bonne façon pour qu’il prenne pleinement sa place au sein du groupe. La deuxième raison est assez commune, certains d’entre nous sont devenus pères et cela passait bien sûr avant la musique. Cependant, je pense que la principale raison vient du travail de composition qui a été différent. Bien que plus long, il nous a permis de nous renouveler et d’explorer notre créativité.

Vincent : Avec quasiment un nouveau bébé par année entre les deux albums, il a été très compliqué de tenir un quelconque planning. Par contre la musique, et la composition en particulier, a réellement été un exutoire dans ces années ‘difficiles’.

– D’ailleurs, ce nouvel album aborde des sujets très intimes qui vont de la paternité à la croyance. Est-ce que derrière ces longs morceaux se dessine une sorte de concept, ou chaque titre est-il indépendant des autres ?

Guillaume : Il n’y a pas de concept global, les morceaux partagent cependant tous la même nature introspective, questionnent l’identité et la spiritualité. « Theories » questionne la sincérité et la pertinence des croyances, « Served » est la transcription d’un moment de haine profonde de soi, « Season » contemple les choix toxiques de nos proches et « Best Mistake » est une réflexion à propos de la paternité.

– Les morceaux d’« Another Rotation » bénéficient de structures solides et parfois complexes. Est-ce que cette précision vous autorise tout de même quelques improvisations sur scène, ou l’ensemble est-il très calibré ?

Guillaume : L’ensemble est en effet très calibré, les quelques improvisations sont minimes et de l’ordre de l’interprétation plutôt que structurelles. La batterie pourra faire des breaks différents, le chant ou la guitare lead quelques variations, mais cela s’arrête là.

Corentin : J’aime qu’on garde un petit côté ludique entre nous, mon côté progueux fait que j’aime lancer un break un peu aventureux en live pour voir la tête et les sourires des copains sur scène. Et le côté hypnotique et expressif de certains plans fait qu’on les interprète forcément un peu différemment à chaque fois. Mais ça reste très écrit pour le reste.

Yome : L’album a été composé essentiellement en répétition et on a ajouté très peu d’overdub au moment de l’enregistrement. Les versions diffèrent donc assez peu entre le disque et les concerts, mais comme tout est joué et que notre configuration est plutôt classique, il reste de la place pour moduler l’interprétation et l’énergie sur scène.

– L’une des particularités de SVBMARINER est de jouer sur les variations vocales, passant du chant clair au growl et au scream avec agilité. Justement, l’écriture des textes se fait-elle en fonction des possibilités qu’offre la voix, ou est-ce sa versatilité qui guide vos mots ?

Guillaume : L’écriture ne se fait pas en fonction des possibilités vocales, les variations sont là encore le reflet de ce que nous essayons de faire, c’est-à-dire être créatifs et nous amuser en essayant de se renouveler. Les textes viennent souvent après la musique. Finalement, la voix n’est qu’un des éléments des atmosphères que nous créons.

– Enfin, c’est Magnus Lindberg qui signe le mastering de l’album et c’est vrai qu’il est devenu assez incontournable dans ce style notamment. Etait-il pour vous une sorte de garantie ? L’assurance de restituer le plus fidèlement l’atmosphère et l’esprit d’« Another Rotation » ?

Guillaume : C’est Etienne Sarthou, qui nous a suggéré de faire masteriser l’album par Magnus Lindberg. Avant la phase de production avec lui, nous n’avions personne de spécifique en tête. Mais lorsqu’il nous a proposé de travailler avec Magnus, nous n’avons pas hésité longtemps, car c’est effectivement une garantie. Nous ne nous sommes pas trompés, puisque le résultat va bien au-delà de nos espérances.

Vincent : Ça va bientôt faire 20 ans que Magnus Lindberg est dans mon radar, d’abord pour Cult Of Luna, et ensuite pour son travail de mastering. Aussi quand Etienne nous a proposé de passer par lui pour le master, il n’y a pas eu trop de questions à se poser. Et comme l’a dit Guillaume, le résultat est incroyable.

Yome : Etienne bosse avec Magnus depuis plusieurs années, ses mix sont optimisés pour son mastering. C’est un peu perturbant lorsqu’on doit écouter les mix intermédiaires d’ailleurs, car ils peuvent sembler déséquilibrés, avec notamment une caisse claire très en avant. Quand le master est arrivé, j’ai été soufflé par le résultat. Le son est énorme et cohérent. La caisse claire sonne aussi bien que celle des derniers disques de Cult Of Luna. Que demander de mieux !

Le nouvel album de SVBMARINER, « Another Rotation », est disponible chez Klonosphere/Season Of Mist.

Photos : Amélie Jouchoux

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Alternative Rock France Post-HardCore

Untitled With Drums : le relief des émotions [Interview]

Et si le sinueux parcours d’UNTITLED WITH DRUMS ne lui avait finalement pas permis d’atteindre la maturité attendue depuis la sortie de « Hollow », un premier album qui avait posé les bases d’un style, qui ne demandait qu’à éclore ? C’est en tout cas la question qu’on peut légitimement se poser. L’an dernier, l’EP « Symbols » avait déjà donné des éléments de réponse. Cela dit, c’est véritablement sur ce deuxième effort que le quatuor de Clermont-Ferrand s’affirme avec force et puissance. Dans un Alt Rock proche du post-HardCore et aux teintes de grungy, le groupe donne de l’élan et du relief à des morceaux, dont les textures sont, elles aussi, tout en contraste. « Made Flesh » manie le frontal et l’aérien avec beaucoup de finesse et d’assurance et pose le combo comme un acteur sur lequel il faudra désormais compter sur la scène française. C’est Martin Le Borgne, son chanteur et bassiste, qui revient en détail sur l’évolution et la démarche de cet OVNI du Rock hexagonal.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre parcours qui a débuté avec la sortie de « Hollow » en 2020 dans une période compliquée. Malgré un bel accueil, il aura fallu attendre cinq ans pour découvrir votre EP « Symbols ». Que s’est-il passé durant ce long moment ?

La sortie de « Hollow » s’est faite de manière assez particulière à cause du Covid. On a pu défendre le disque en live plusieurs mois après la sortie du disque. Comme aucun de nous ne fait de la musique à titre professionnel, les délais sont malheureusement plus longs et la motivation est constamment mise à l’épreuve, même si cela occupe une place importante dans nos vies. Nous préférons ne pas nous imposer un rythme que nous serions incapables de tenir, alors je pense que ces délais, très longs dans le contexte actuels de course à la visibilité, sont naturellement le temps dont nous avons besoin pour rester créatifs.

– Il y a quelques mois, « Symbols » a surpris par sa maturité notamment et sa production également. Pourtant, il s’agissait d’anciens morceaux réarrangés et réinterprétés. Y avait-il un goût d’inachevé par rapport à ces titres, ou était-ce pour mieux rebondir ?

Oui, effectivement, « Symbols » jouait à la fois ce rôle de pouvoir enregistrer ces morceaux b-sides qu’on a du écarter lors de l’enregistrement faute de temps (« Power » et « Obsolete »), de ressusciter un autre morceau inédit de l’époque d’« Hollow » (« Far ») et de monter un morceau exclusivement pour l’EP (« Candle »), que l’on n’avait d’ailleurs jamais joué ensemble avant de le travailler en studio. « Symbols » était une façon pour nous de mettre en application certaines choses que nous avons apprises lors de l’enregistrement de notre second album, « Made Flesh ». En plus de tous ces aspects artistiques, « Symbols » était aussi et avant tout une façon de rester musicalement actif durant toute la période qui a suivi l’enregistrement de l’album, où l’on a fait beaucoup de démarchage, ce qui pouvait facilement nous éloigner de la création et du jeu en groupe.

– Aujourd’hui, vous sortez enfin ce deuxième album et « Made Flesh » est plein de surprises. La première vient de la production qui est franchement massive, tout en restant aérée. Qu’avez-vous changé dans votre approche et est-ce qu’il vous fallait ce temps aussi pour peaufiner votre son ?

Cyrille Gachet, à la production, a été pour beaucoup dans ce ‘step-up’. Même si « Hollow » nous avait fait prendre beaucoup d’expérience dans l’exécution en studio et en live, Cyrille nous a proposé un niveau d’exigence au-delà de ce que nous nous étions nous-mêmes fixés. Sa réflexion complétait la nôtre dans la mesure où il était capables d’apporter rapidement des solutions techniques à des envies artistiques et ainsi nous aider à les valider, ou à les écarter. Il nous a beaucoup apporté et ses méthodes ont impactées notre vision de la musique jusqu’à la façon dont nous composons aujourd’hui.

– D’ailleurs, j’ai aussi appris que les compositions de ce nouvel album dataient d’avant la sortie de « Symbols ». Cet EP a-t-il finalement été un galop d’essai avant de revenir quelques mois plus tard ? D’autant que vous avez aussi sorti trois singles extraits de « Made Flesh » dans ce laps de temps…

En fait, l’EP a été enregistré après l’album pour pouvoir garder un rythme de création. La décision de le sortir avant a été motivée par plusieurs choses : l’incertitude des conditions et de la date de sortie pour « Made Flesh », la volonté de se rassurer sur le fait de pouvoir assurer une sortie en terme de promotion et de communication et enfin, l’occasion de pouvoir collaborer avec des labels DIY avec qui on avait plaisir à faire des choses, comme MA Saret Records, Araki, Atypeek et Stellar Frequencies.

– Vous avez conçu« Made Flesh » pas très loin de vous en confiant l’enregistrement et le mix à Cyrille Gachet (Fange, the Great Old Ones) et le mastering à Alan Douches (Dillinger Escape Plan, Converge). Cherchiez-vous d’abord les personnes capables de restituer parfaitement votre univers et l’esprit de ce nouvel album ?

Après avoir pris contact avec plusieurs personnes, Cyrille nous est apparu comme le plus impliqué et le plus pertinent vis-à-vis de notre vision de l’album. Le fait de pouvoir échanger en amont sur la base des pré-prods nous a confortés dans cette décision. Il est capable, sans rien dénaturer des compositions, de leur conférer l’intensité et la sonorité qui conviennent le mieux. Nous étions preneurs de conseil et nous souhaitions travailler avec quelqu’un capable d’endosser un rôle de producteur. L’idée était de fournir une idée la plus précise possible, puis de laisser ces professionnels nous surprendre par ce qu’ils sont capables d’apporter. Alan Douches, pour sa part, nous a été conseillé par Cyrille par affinité et nous sommes fiers de pouvoir figurer dans un tel catalogue d’artistes.

– Un mot aussi sur votre signature chez Season Of Mist, qui semble vraiment le label adéquat pour UNTITLED WITH DRUMS. Votre style étant assez peu répandu dans l’hexagone, est-ce que cela a peser dans votre décision, compte tenu de sa position sur le marché ?

On a ressenti cette signature comme quelque chose de très réciproque, dans le sens où de notre côté, nous avions besoin de soutien pour franchir un cap en termes de portée, de communication et de crédibilité. Et de leur côté, je pense que nous appartenons à des esthétiques plus ‘alternatives’ que le label souhaitait développer. Pour nous, c’est plutôt une bonne chose de profiter des avantages d’une telle structure, tout en se démarquant naturellement de leur style général.

– J’aimerais qu’on parle aussi de cette belle complicité contre Lucas et Nicolas, qui offrent des combinaisons guitares/claviers sur lesquelles vous jouiez assez peu auparavant. Est-ce un aspect de votre jeu que vous avez tout particulièrement souhaiter peaufiner et explorer sur « Made Flesh » ?

La place du synthé et des samples dans UNTITLED WITH DRUMS est un sujet de réflexion constant. Pour moi, c’est précisément l’élément capable d’apporter la modernité et le twist sonique, dont des groupes comme nous, hérités des 90’s, ont besoin. Son rôle à la fois mélodique et texturiel le rend particulièrement polyvalent, c’est pourquoi j’ai souhaité les faire se rejoindre sur certaines lignes mélodiques. Cyrille Gachet nous a beaucoup encouragés en ce sens également, en nous invitant à moins faire de ‘nappes’ pour remplir, ce qu’on avait pu faire sur « Hollow », et plus de combinaisons mélodiques sur des passages clés.

– Enfin, il y a un côté très écorché sur ce nouvel album, tant dans les textes que dans les ambiances qui oscillent entre passages très tranchants et d’autres plus aériens et introspectifs. Placer l’être humain au cœur de « Made Flesh » devait inévitablement faire ressortir cette atmosphère, dans une époque actuelle très incertaine ?

La direction des lyrics et du chant est également en pleine évolution. Cet angle un peu cynique, écorché et provocateur représente pour moi à la fois un bon dosage de zone de confort et de challenge. Le mot d’ordre de cet album était le contraste. Je voulais assumer un côté plus frontal et plus catchy quitte à relayer certaines ambiances au second plan pour contrebalancer.

Le nouvel album d’UNTITLED WITH DRUMS, « Made Flesh », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Joan Sabatier (1), Angelique Delabre (2, 3) et Madelaine Ré (4).

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Hard Rock

Harsh : l’affirmation d’une identité

Petit à petit, la scène Hard Rock hexagonale commence à avoir fière allure, grâce à des groupes qui s’approprient avec talent un héritage essentiellement américains, tout en s’en éloignant judicieusement pour imposer une patte originale. HARSH est de ceux-là et ce nouvel album vient confirmer que leur entrée en matière n’avait franchement rien d’anecdotique. Il faudra dorénavant compter sur la formation de la capitale et « Feels » l’installe avec vigueur. Fédérateurs dans les refrains, musclés dans les parties de guitares, tout comme dans une rythmique implacable, les quatre musiciens sont aussi déterminés qu’irrésistibles.

HARSH

« Feels »

(Fireflash Records)

Certains penseront peut-être que HARSH se cherche toujours, que ce soit dans le style comme dans le son et ce n’est pas complètement faux. Avec ce deuxième opus, le quatuor a de quoi se montrer déroutant, même si on n’est pas non plus dans l’antithèse d’« Out Of Control », sorti en 2022. Quatre ans plus tard, et après avoir pas mal tourné, le combo a pris le temps de se pencher sur les sentiments qui l’ont traversé au fil du temps et le résultat se reflète sur « Feels », où une très nette évolution se ressent. Groove et Rock s’entremêlent harmonieusement.

Alors que le premier effort était clairement estampillé Glam Rock, celui-ci vise un Hard Rock moins festif et donc plus sérieux. On doit sans doute cette différence de ton à l’envie d’être plus costaud et massif. Et c’est réussi. Cela dit, la production effectuée par Hannes Braun, chanteur de Kissin’ Dynamite et qui a également travaillé avec BlackRain, y est sûrement pour beaucoup. HARSH a donc opéré un léger changement de cap et dans la sonorité, on se rapproche un peu plus des réalisations germaniques, forcément, mais aussi scandinaves.

Pour autant, les Parisiens n’ont rien perdu de leur sens de la mélodie et surtout de leur facilité à se rendre très accrocheurs. A grand renfort de chœurs bien placés et pas trop envahissants, ils prouvent que leurs influences sont bien dirigées et moins présentes. Le chant tout en puissance et en délicatesse guide des morceaux, où les guitares tiennent les rênes de ces nouvelles compositions. Entre riffs entraînants et solos plein de feeling, HARSH laisse aussi échapper un parfum très 80’s, sans pour autant tomber dans une nostalgie exacerbée. Fougueux et solide !

Retrouvez la chronique du premier album de HARSH :

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Garage Rock Heavy Blues Stoner Blues

Quintana Dead Blues eXperience : rebell yell

Radical et percutant, ce premier album de QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE est aussi très rafraîchissant. Hyper-Rock’n’Roll et instinctif, le style des Français est pourtant nappé de Blues, ce qui lui confère une chaleur familière. Flirtant avec le Stoner Rock, « Ashes » concilie mélodie et distorsion pour obtenir une unité musicale riche en variations. Efficace, l’ensemble garde aussi une touche empirique et un charme très DIY.

QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE

« Ashes »

(Independant)

Après une longue période dans une formule en one-man-band, Piero Quintana double la mise avec l’arrivée d’Adrien Shiavone derrière les fûts. Et le duo fait des étincelles. Brut et sauvage, « Ashes » est le reflet d’une musique authentique et viscérale. Dans un esprit très Garage Rock, c’est bel et bien un Heavy Blues ravageur et tendu que livre QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE. D’ailleurs, le parallèle patronymique avec le Blues Explosion d’un certain Jon Spencer évoque quelques similitudes dans l’intention.

Enregistré en trois petits jours aux studios Silver Recordings de Bilbao sous la houlette de Martin Guevera (Capsula), « Ashes » respire la vérité du live et la complicité entre le chanteur-guitariste et son batteur est d’une incroyable spontanéité. QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE ne triche pas et va à l’essentiel avec beaucoup de liberté. Cela dit, il est loin de manquer de finesse. Elle se dissimule dans la puissance des riffs et entre les lignes des textes du Bordelais. L’identité du tandem se dévoile sans filtre dans une émotion palpable.

Propulsé par une énergie débordante, le combo présente un mur du son infranchissable. L’épaisseur des guitares et la force de frappe du cogneur en chef offrent une étonnante densité aux morceaux, à travers lesquels quelques effluves Grunge émergent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE se fend d’une reprise de Nirvana, « School ». Et le timbre profond et bluesy du frontman, posé sur des titres rugueux à souhait, donne aux compostions un élan très communicatif (« Spell On Me », « Wild As Fire », « Still Haunted »). Costaud !

Photo : Jessica Calvo

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Heavy Stoner Blues

St. Negus : en quête de sacre

Même s’il est toujours difficile de se faire une idée sur un artiste en seulement cinq titres, il faut bien avouer que ST. NEGUS fait une très forte impression avec « Mumathil ». Au menu, vingt minutes d’un Rock musclé qui navigue entre Blues et Stoner, avec quelques touches de Metal et un soupçon de Soul. Musicien chevronné, le Français a roulé sa bosse avec de nombreuses formations dans l’hexagone, et bien au-delà. Un apprentissage qui se ressent sur chaque note de ce court format, tant elles sont soigneusement posées. Le chanteur et guitariste affiche ses certitudes avec force et talent.

ST. NEGUS

« Mumathil »

(Independant)

Après avoir longtemps écumé les scènes et enchaîné les collaborations, Nagui Mehany se lance enfin en solo et ce premier effort montre déjà une personnalité artistique très solide. Egalement membre de Dust Lovers, il mûrit son projet depuis des années et c’est peu dire s’il est très abouti. C’est sous le nom de ST. NEGUS qu’il évolue aujourd’hui et avec « Mumathil », il provoque déjà un petit séisme. L’approche est directe et brute, presque sobre, et tout en jouant la carte multiculturelle, il assène son Heavy Blues enrobé de Stoner Rock avec panache et une finesse d’interprétation.

Ce serait presque réducteur de ne pas parler aussi de la touche très Metal omniprésente sur « Mumathil », tant elle structure les cinq morceaux. Le jeu de guitare du Franco-égyptien prend toute son ampleur sur des riffs appuyés et massifs et s’il laisse une atmosphère bluesy planer, c’est pour mieux imprégner une empreinte très originale. Vocalement aussi, ST. NEGUS ne se contente pas d’évoluer en anglais, même la langue et le style s’y prêtent tellement, c’est en arabe égyptien qu’il s’exprime sur le morceau-titre.

Loin de tout folklore, c’est un aspect très universel qu’il propose et c’est avec un chant criant de vérité qu’il nous fait entrer dans son univers. Insaisissable et fougueux, le frontman avance tout en percussion sur une production, par ailleurs, taillée sur mesure. Si ST. NEGUS fait aussi parler l’expérience, il ne perd pas en spontanéité et le songwriting très intuitif est d’un rare authenticité (« Gold Veins », « Shanghai », « Gems »). Et que dire de cette rythmique solide et millimétrée ! Avec une telle entrée en matière, on attend très vite une suite.

Photo : François Capdeville

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Alternative Metal Groove Metal

Mechanical Skin : un caractère explosif

De l’envie, elle n’en manque pas et cela se ressent tout au long du premier opus de la formation de la capitale. « Until The Void » s’impose presque de lui-même, tant il parvient à rassembler les éléments incontournables du Metal actuel. MECHANICAL SKIN bastonne autant qu’il séduit par ses capacités à diffuser de belles émotions. Très solide techniquement, il réussit à convaincre sans mal et nul doute que la force de ces nouveaux titres devrait prendre toute leur dimension en concert, où on les imagine lever les foules. Gardez un œil ouvert et une oreille attentive, l’énergie des Français est contagieuse.

MECHANICAL SKIN

« Until The Void »

(Independant)

Faire corps et monter en puissance tout en restant mélodique, c’est le credo de MECHANICAL SKIN et ce qu’il met en place depuis sa création en 2020. Alors qu’une grande partie de la scène hexagonale se tourne vers un Metal extrême, le quintet emprunte une voie parallèle et avec autant de détermination et d’expérience, et c’est un boulevard qui s’offre à lui. Au croisement entre un Alternative Metal musclé et un Groove Metal plus agressif, ce premier album vient confirmer le bel élan déjà pris sur les quatre titres de « Before I Die », premier EP sorti en mars 2024.

Depuis, MECHANICAL SKIN a pris du volume et les Parisiens témoignent parfaitement ici du chemin parcouru. Aujourd’hui, le groupe est plus aiguisé, racé et tranchant, et la bonne production de ce premier long format met très bien en valeur le travail effectué sur ces huit nouveaux morceaux (et sur l’intro). « Until The Void » est taillé dans le granit et il jaillit avec beaucoup d’originalité grâce à des influences bien digérées. Tout en restant accessible, il développe un côté massif et véloce, grâce à des membres unis qui ont le même objectif ravageur.

Sur des fondations clairement Hard Rock, MECHANICAL SKIN se fait fédérateur sur les refrains et incisif dans les riffs et, malgré un petit coup d’oeil dans le rétro, il se montre moderne dans l’attaque des titres. L’une des surprises vient également de son frontman que l’on découvre plutôt saturé sur l’entame de l’album, avant de revenir à un chant clair et puissant, qui lui va tellement mieux, par la suite. Le combo avance avec assurance et beaucoup de diversité, ce qui fait toute la richesse d’« Until The Void » (« Into A War », « Memories », « Fall Of Tyrant », « New World »).

Photo : Julien Duhem