Catégories
Blues Blues Rock International

Neal Black & The Healers : worldwide blues [Interview]

Le plus français des Texans revient avec « Number 3 Monkey », un nouvel album où l’on retrouve l’éclectisme du guitariste, chanteur et songwriter américain. Car ce baroudeur du Blues ne cesse d’évoluer dans son style, dans son regard sur celui-ci et peut-être un peu aussi sur sa façon de jouer et de composer. Au fil des albums, NEAL BLACK & THE HEALERS a vu son approche s’européaniser, s’éloignant de l’aspect roots et un peu rugueux de son Etat natal pour embrasser une version et une vision sans doute plus globales et moins marquées de ce Blues Rock devenu si identifiable. Avec ce nouvel opus, l’Américain continue de se réinventer avec une fraîcheur qui ne le quitte pas et un universalisme du genre qu’il incarne avec talent.

Avant de parler de « Number 3 Monkey », j’aimerais qu’on revienne sur ton étonnant parcours. Tu as plus de 30 ans de carrière et cela fait aussi plus de 20 ans que tu vis en France. Quelle est la raison profonde pour laquelle un bluesman quitte son Texas natal, alors que son style préféré y est omniprésent et très apprécié ?

En réalité, la scène musicale aux Etats-Unis et au Texas, surtout pour ce genre de musique, a commencé à changer et à perdre le soutien et l’intérêt du public vers l’an 2000. Beaucoup de musiciens que je connaissais et avec qui j’ai travaillé ont été contraints de se reconvertir, car ils ne pouvaient plus faire de la musique qu’à temps partiel. C’était inacceptable pour moi, alors je suis parti au Mexique pour tourner dans les Hard Rock Café avec des musiciens mexicains, avant de finalement m’installer en Europe en 2004. Venir en France était un avantage, car ma carrière était déjà bien établie grâce aux disques que j’avais sortis chez Dixiefrog Records, avec un premier album sorti en 1993, et j’avais déjà fait plusieurs tournées et concerts en Europe. La transition s’est donc faite très naturellement et je suis extrêmement heureux en tant que musicien en France. Le public français et européen apprécie toujours la culture, l’art, la musique, etc… Et c’est quelque chose qui s’est perdu aux États-Unis.

– Au lieu d’évoluer sous ton seul nom, tu as créé The Healers. Cela peut paraître surprenant dans la mesure où le groupe a vu passer de nombreux musiciens. Tu avais besoin d’une entité qui te permette de conserver un son et une approche originale, même si tu restes le principal compositeur ?

La composition initiale des Healers a beaucoup changé, principalement en raison de mes nombreux déménagements aux Etats-Unis. J’ai quitté le Texas pour New York en 1989, puis je suis retourné au Texas en 1998. Ensuite, j’ai vécu au Mexique de 2000 à 2004, avant de m’installer en France en 2004. Il était donc impossible de maintenir une équipe stable. Cependant, depuis mon installation en France, les musiciens avec lesquels je travaille sont restés relativement constants. Mike Lattrell (ancien pianiste de Popa Chubby, originaire de New York) collabore avec moi depuis plus de 15 ans, tout comme Abder Benachour (ancien bassiste de Fred Chapellier) depuis 15 ou 16 ans. Nous avons également la chance de travailler avec plusieurs excellents batteurs, tels que Guillaume Destarac, Denis Palatin et Clément Febvre. En tant que principal compositeur du projet, je m’efforce de conserver une identité musicale constante, avec comme influence principal : le Blues, ses racines et sa musique.

– Tu as fait l’essentiel de ta carrière sur le fameux label français Dixiefrog avec une quinzaine d’albums marquants. Pourtant, avec « Number 3 Monkey », on te retrouve sur celui de ton ami Manu Lanvin, Gel Production. C’est un changement de structure qui peut étonner. Il te fallait de nouveaux objectifs, quelques défis pour retrouver un certain élan ?

La sortie de ce nouvel album sur Gel Productions était une suite logique, et je suis ravi de faire partie de l’équipe. Manu et moi avons collaboré sur de nombreux projets et nous partageons un style et une approche musicale similaires. Manu est l’un des musiciens les plus travailleurs que je connaisse, et c’est un autre point commun : nous aimons tous deux œuvrer pour atteindre un objectif commun : créer la meilleure musique possible et satisfaire le public.

– Aujourd’hui, ton nouvel album sort donc sur le label de Manu Lanvin, dont tu as écrit l’essentiel de « Man On A Mission », son dernier disque. Ce n’est pas la première fois que tu collabores avec d’autres artistes, loin de là. Qu’est-ce qui te plaît autant dans cet exercice ? Te permets-tu des choses que tu n’oserais pas en solo avec The Healers ?

J’adore collaborer avec des artistes de tous styles musicaux. Récemment, j’ai travaillé en studio avec Joyce Tape (chanteuse et bassiste africaine), Laly Meignan (actrice française), Enzo Cappadona (jeune guitariste de Blues français), Sand & Folks (musique roots avec Sandy Goube à la guitare et au chant), et bien sûr avec de grands noms du Blues et du Rock : Manu Lanvin, Fred Chapellier, Phil Vermont et bien d’autres musiciens. C’est passionnant et cela me permet d’explorer d’autres horizons, de sortir de ma propre mentalité. Il s’agit avant tout de mettre son ego de côté et de se mettre au service de la chanson et de la musique pour obtenir le meilleur résultat possible pour l’artiste en question.

– On parlait de nouveau challenge avec ce changement de label. Est-ce pour cette raison que « Number 3 Monkey » est aussi électrique ? Est-ce que tu as ressenti le désir d’explorer au maximum la planète Blues ?

Nous essayons toujours d’utiliser un maximum de nuances du genre ‘Blues & Roots’, lorsque nous sommes en studio, afin de proposer une expérience intéressante pour les auditeurs et pour nous aussi ! Ce genre musical offre une grande liberté si l’on comprend ses origines.

– Ce qui est également étonnant dans la conception de ce nouvel album, c’est qu’il a été enregistré en pleine tournée, lors de vos jours de repos, et dans trois studios différents en France et en Belgique. Avais-tu besoin de cette dynamique du live ?

Je pense que c’est simplement l’énergie que nous avions en tournée et en allant en studio les jours de repos. Nous avions une cohésion qui n’est facilement transposée de la scène au studio.

– En plus de tes compositions, tu présentes deux reprises un peu étonnantes sur l’album, puisqu’il s’agit de deux chansons traditionnelles immortalisées par Skip Jones pour « Devil Got My Woman » et Robert Wilkins pour le Gospel « No Way To Get Mad ». Ce sont deux chansons que tu joues depuis longtemps ? Ou es-tu allé fouiller dans l’héritage profond du Blues ?

Ces chansons ont été choisies parce qu’elles sont un peu obscures et que nous essayons de reprendre des morceaux de Blues moins connus du public, mais ce sont des chansons que j’apprécie depuis longtemps et c’était donc un voyage intéressant que d’essayer de les reprendre avec notre propre interprétation.

– Un mot enfin sur les amis que tu as invité à se joindre à toi. On retrouve Nico Wayne Toussaint, Janet Martin et Flo Bauer. C’est important pour toi de les avoir à tes côtés, d’autant que cela s’inscrit aussi dans cette notion de partage, chère au Blues ?

Je travaille avec Nico depuis de nombreuses années, et sur sur différents projets, et il est mon harmoniciste préféré. C’est un musicien exceptionnel, capable de répondre à tous mes besoins musicaux, que ce soit en studio ou en concert. Je suis honoré de l’avoir comme collègue et ami proche depuis tant d’années. Quant à Flo Bauer, il fait partie de la nouvelle génération d’artistes de Blues que je respecte énormément. Extrêmement talentueux comme guitariste, chanteur et compositeur, il est un artiste essentiel pour l’avenir de ce genre musical. Quant à Janet Martin, c’est une bonne amie et nous avons collaboré à de nombreuses reprises lors de tournées en Europe. C’est une excellente guitariste slide et une chanteuse formidable.

Le nouvel album de NEAL BLACK & THE HEALERS , « Number 3 Monkey », est disponible chez Gel Production.

Retrouvez aussi la chronique de « Wherever The Road Takes Me », magnifique recueil de 30 ans de carrière :

Catégories
Blues Rythm'n' Blues Soul

Malted Milk : une respiration salvatrice

Incontournable formation Soul Blues de l’hexagone, MALTED MILK aurait pu se contenter de célébrer, comme quelques autres, ce registre intemporel et si fédérateur en appliquant les codes du genre, mais ce serait mal connaître son leader et frontman. Depuis trois décennies, MALTED MILK s’évertue au contraire à y apporter de la brillance, exacerber le feeling, faire jaillir ce groove qui reste le moteur de son jeu. Guidé par une grande liberté et des ambiances aussi suaves qu’entraînantes, « Time Out » est le reflet d’un projet musical, qui se réinvente avec une bonne humeur communicative.

MALTED MILK

« Time Out »

(Blues production)

Que le chemin parcouru en 30 ans par MALTED MILK est beau et inspirant. En constante évolution tout en suivant une même trajectoire artistique, le collectif nantais vient surprendre une fois encore. Bien plus qu’un simple groupe, les musiciens s’y sont toujours succédés avec enthousiasme et c’est là toute sa force créatrice et son originalité. Autour d’Arnaud Fradin, fondateur et dernier membre originel, le groove se perpétue, prend de la hauteur et se nourrit de ses membres comme de ses rencontres. « Time Out » respecte avec beaucoup d’élégance cette tradition interne et continue d’aller de l’avant.

Entre Soul, Blues et Rhythm n’Blues, le septet croise pourtant d’autres univers comme avec le BIM (Bénin International Musical), qu’il a invité sur le morceau-titre pour une envolée Afrobeat pétillante. Rien de surprenant pour autant, car tout ce beau monde œuvre dans une même dynamique et enflamme un peu plus l’identité très vaste d’un MALTED MILK toujours aussi inspiré. La cohésion et l’élan commun, qui illumine « Time Out », montrent une fois encore les capacités du groupe à se renouveler sans perdre ses repères, mais en cultivant plutôt une identité qui va puiser délicatement dans divers registres pour en tirer le meilleur.

Certes, la petite demi-heure de ce huitième album laisse un peu sur sa faim, il faut le reconnaître. Alors, la boucle se déclenche et c’est au fil des écoutes qu’on saisit toute la subtilité et le soin apportés aux arrangements. Une classe qui se niche dans les détails… et ils sont nombreux. Des cuivres scintillants aux chœurs envoûtants en passant par des parties de guitares d’une rare délicatesse, MALTED MILK captive par sa néo-Soul, embrase par son côté funky et la contribution de Marco Cinelli à l’écriture et la production affirme aussi l’aspect Blues du combo (« What A Night », « I Feel Numb », « Midnight Hour », « Shouldn’t Talk About It »). Radieux !

Photo : Sarah Cross

Catégories
Desert Rock Heavy Psych Rock Stoner Punk

Red Sun Atacama : une chaleur magnétique

Fiévreux et gorgé d’énergie, le power trio basé à Bordeaux maintient la cadence et ne s’interdit rien sur ce « Summerchild » palpitant et virevoltant. Multipliant les tempos et les ambiances tout en édifiant à l’envie des murs de décibels, RED SUN ATACAMA emprunte des chemins sinueux avec vélocité et s’autorise des embardées plus délicates pour explorer des sonorités inattendues et très soignées. Et cette nouvelle réalisation atteste sans aucun doute qu’il a réellement trouvé sa voie dans un registre souvent insaisissable, entre percussion et moments d’accalmie.

RED SUN ATACAMA

« Summerchild »

(Mrs Red Sound)

Il y a des groupes dont on aime vraiment suivre le parcours et c’est le cas avec RED SUN ATACAMA, qui se bonifie et s’affirme au fil des albums dans un style qu’il est à peu près le seul à représenter en France. Quatre ans après « Darwin », son sulfureux Desert Rock dont les contours sont toujours aussi nuancés, fait de nouveau parler la poudre et ce troisième effort semble atteindre les objectifs que le combo s’est fixé. Son Heavy Stoner aux saveurs californiennes s’engouffre dans un fuzz irradiant et des fulgurances Punk que ne renierait pas un certain Nick Oliveri.

Comme pour son deuxième opus, RED SUN ATACAMA a de nouveau confié les rênes de l’enregistrement à Amaury Sauvé au studio The Apiary de Laval, et le résultat est encore plus abouti sur ce « Summerchild ». Et il faut admettre aussi que les nouveaux morceaux ont gagné en subtilité et Clément Márquez (chant, basse), Vincent Hospital (guitare) et Robin Caillon (batterie) se sont vraiment fait plaisir. Ils ont joué et multiplié les effets sur les cordes, ce qui libère beaucoup d’espace et de profondeur en laissant du champ aux parties du cogneur en chef.

L’autre aspect concerne directement la structure des titres et « Summerchild » est tout sauf linéaire. Si la base reste Stoner et Desert Rock, les ruptures ne manquent pas qu’elles soient bluesy, Folk, Country ou tirant sur un Space Rock bien senti. Les touches Punk ajoutent une dynamique légère et insouciante, tandis que les mélodies et l’atmosphère Psych dominent et cadre l’ensemble. Intense et groovy, RED SUN ATACAMA nous fait transpirer autant qu’il fascine et les surprises ne manquent pas tout au long de cette troisième réalisation très personnelle.

Photo : Hugues de Castillo

Retrouvez la chronique de « Darwin » :

Catégories
Neo-Folk Pagan

Eihwar : roots & vibes

Direction le Grand Nord et un temps lointain, dont beaucoup s’inspirent aujourd’hui, avec le deuxième opus des Français d’EIHWAR. Il ne faut pas longtemps pour pénétrer les profondeurs de « Hugrheim », nouvel effort du tandem, qui imprime sa marque entre tradition et modernité, rythmes séculaires et beats modernes. Portés par des atmosphères aussi fédératrices qu’immersives, l’exaltation émanant de ces nouveaux morceaux libère de vrais shoots d’adrénaline et une ardente et exacerbée sensation de mouvement. On vibre sur cette musique autant qu’on la vit. Intensément !

EIHWAR

« Hugrheim »

(Season Of Mist)

Loin du côté solennel de Wardruna ou Heilung, c’est une facette plus guerrière et transcendantale que présente EIHWAR. Deux ans après « Viking War Trance » qui les a littéralement propulsé, le duo fait déjà son retour et prolonge sa percutante ascension avec « Hugrheim ». Cette fois, Asrunn et Mark nous invitent dans leur monde, qui est le dixième et caché d’Yggdrasil dans leur propre mythologie fantastique. D’ailleurs, s’étant aussi créé un langage personnel où l’on perçoit des sonorités de vieux norois, leur univers est inédit et unique à plus d’un titre.

Très modernes dans leur approche, nos deux néo-vikings enflamment leur champ de bataille dès les premières notes de « Nauðiz » sur un rythme tonitruant mené par des tambours à la fois menaçants et hypnotiques. Nettement plus solaire que la plupart des formations actuelles de la scène Pagan, EIHWAR sait néanmoins se faire très obscur et inquiétant (« Ein », « Skuggaríki »). Il bouscule les esprits ancestraux pour en faire jaillir le côté brut d’une communion tribale, qui transparaît dans un appel aux dieux aux élans chamaniques.

Bouleversant le paysage néo-Folk, les deux musiciens usent pourtant d’instruments traditionnels, mais se distinguent aussi par des éléments électroniques contemporains, trahissant ou augmentant, c’est selon, le spectre Pagan classique. Rien n’est donc figé et EIHWAR en profite pour bâtir ses propres frontières, établir ses propres codes, tout en restant attaché à certaines conventions du genre. Entre incantations et deux chants qui s’opposent autant qu’ils se complètent, on plonge dans un décor musical captivant (« Ljósgarðr », « Heill Óðinn », « Berserkr » et le morceau-titre).  

Catégories
Blues Blues Rock

Lee O’Nell : le feeling pour unique guide

Avec beaucoup d’énergie et de finesse, LEE O’NELL se dévoile sur scène dans un set incandescent, où son Blues Rock donne toute sa puissance. La guitare est affûtée, les claviers scintillants, la rythmique d’un groove hyper-précis et la voix de Gipsy enveloppe de sa belle tessiture. Tout est en parfaite symbiose sur ce « Live », parfaitement capté et restitué sans fioriture avec une authenticité de chaque instant. Léger, jazzy, swing ou plus musclé, le registre du combo hexagonal fait des merveilles et nous emporte avec lui.

LEE O’NELL

« Live »

(Independant)

Après deux albums studio avec son Blues Gang, « Different Shades OF Love » (2020) et « This Is Us… » (2022), c’est avec une réalisation sobrement intitulée « Live » que Lionel Wernert, alias LEE O’NELL, fat son retour de très belle manière. Car le Blues Rock et le Blues plus largement, peut-être plus que d’autres registres qui misent dorénavant sur des shows exubérants plus préoccupés par l’image que la musique, se vit et se ressent en concert et face au public. Et en ce sens, le quintet vosgien ne triche pas et ses morceaux sont d’une sincérité sans faille.

Enregistré en octobre dernier à Vitry-le-François devant des spectateurs attentifs et enthousiastes, « Live » s’étend sur une petite heure, où l’on se délecte des multiples facettes de LEE O’NELL. Avec sa chanteuse Gipsy, ils forment un duo fusionnel, où le chant communique et répond aux assauts guitaristiques du principal compositeur de la formation. Cette dernière est d’ailleurs complétée avec beaucoup de talent par Pierre-Alain Delannoy (batterie), Phil Dandrimont (basse) et François Barisaux (claviers) dans une belle osmose.

Complices et complémentaires, les cinq musiciens manient puissance et délicatesse sur des titres très accrocheurs, dont l’objectif (atteint!) est d’abord de livrer beaucoup d’émotion (« Come What May », « Be A Man », « Different Shades Of Love », « Kiss Me Again », « Never Again », « Paradise Highway »). Et cerise sur le gâteau, on retrouve en toute fin le single « O Gimme Faith » qui, espérons-le, est le présage d’un beau troisième effort à venir. Avec ce « Live », LEE O’NELL est dans son élément, brillamment accompagné et avec une telle frontwoman, l’avenir s’annonce radieux.

Photo : Thierry Wakx

Retrouvez la chronique de « This Is Us… » :

Catégories
Heavy metal

Existance : un Heavy flamboyant

Dans un petit monde du Heavy Metal français un peu moribond, la formation de Clermont vient donner de quoi se réjouir en affichant beaucoup de conviction et de savoir-faire dans un bel élan. Et avec ce quatrième opus, EXISTANCE montre toute sa détermination, ainsi que sa qualité d’écriture. Bien ciselés, ces neuf nouveaux titres sonnent très actuels, sans occulter non plus des références évidentes, et apportent une fraîcheur et une vélocité plus que bienvenues. « Wildfire » est incandescent et promet des prestations enflammées, qui régaleront les fans.

EXISTANCE

«Wildfire »

(Verycords)

Petit à petit, et depuis 2008 déjà, EXISTANCE parvient à s’installer durablement sur le scène Heavy Metal hexagonale. Si le virage a été définitivement amorcé en 2021 avec « Wolf Attack », c’est aussi parce que le quatuor monte en puissance, avance sur un style plus personnel et surtout que la qualité d’interprétation se fait elle aussi plus précise et mieux calibrée. Julian Izard (chant, guitares), Antoine Poiret (guitares), Julien Robillard  (basse) et Gerry Carbonelle (batterie) ont mis cinq ans pour réapparaître avec « Wildfire », et celui-ci vient signifier un nouveau cap de franchi et une étiquette ‘underground’, qui se décolle également un peu avec le temps et l’expérience.

Ce quatrième album affiche donc puissance et mélodie avec un son qui s’est modernisé, même s’il rappelle toujours les glorieux fondateurs du genre, côté Angleterre surtout. Bien produit, « Wildfire » est tranchant et massif, preuve que les Français sont libérés de toute nostalgie. EXISTANCE joue toujours autant sur les twin-guitars (et on ne saurait lui en vouloir !), les riffs sont costauds et les solos jaillissent sans occulter les compositions elles-mêmes. Plus soudés que jamais, les quatre membres apportent leur contribution aux chœurs, et le volume gagné est également une belle marque d’unité.

L’expérience acquise au fil des années, que ce soit sur scène et en studio, se fait réellement sentir sur « Wildfire », tant la maîtrise est totale. EXISTANCE joue dorénavant dans la cour des grands et impose une identité bien à lui. Ce quatrième effort est vif et racé, le chant percutant et assuré, les guitares font corps, se complètent parfaitement et la paire basse/batterie a également pris du galon. Taillés pour la scène, les morceaux marquent une empreinte originale et très fédératrice (« Ocean’s Cry », « Eternal Trace », « See The Light », « Against The World », « Brighter Days » et le morceau-titre). Le combo s’affirme avec force et prouve qu’il faut désormais compter sur lui.

Photo : Michael Callewaert

Retrouvez la chronique de « Wolf Attack » :

Catégories
Bluesy Rock Classic Rock Hard 70's

Emerald Moon : une prestation luxuriante

En attendant l’arrivée d’un deuxième effort studio, EMERALD MOON nous fait patienter avec un album live de grande classe. Intenses de bout en bout, les 13 morceaux sont évidemment le reflet de sa courte discographie et la formation a même pimenté son set avec quelques belles surprises. Entre titres originaux et reprises électrisantes, on s’engouffre dans la chaleur des années 70 et un Rock/Hard intemporel aux contours bluesy, qui est très loin d’avoir livrer toutes ses saveurs. Le groupe prend toute sa dimension sur scène et on se délecte de cette atmosphère explosive et chaleureuse à la fois distillée sur ce magnifique « The Sky’s The Limit Tour 2025 ».

EMERALD MOON

« The Sky’s The Limit Tour 2025 »

(Independant)

Après la sortie d’un EP éponyme en octobre 2024, qui avait acté la naissance du groupe, puis un premier long format, « The Sky’s The Limit » en juin dernier qui a reçu un bel accueil, EMERALD MOON a logiquement pris la route pour défendre un Classic Rock original et actuel. Ce live est donc le témoignage de tout juste un an de travail et le moins que l’on puisse dire est que le combo est parfaitement rôdé. Pas surprenant qu’une telle cohésion fasse mouche lorsque l’on se penche sur le pedigree des cinq musiciens . L’expérience parle d’elle-même, ça ronronne et ça envoie du bois !

Enregistré en octobre dernier au Wood Stock Guitares devant un public aux anges, EMERALD MOON y présente bien sûr ses premières compositions avec une fougue et une assurance de vieux briscards. Ayant œuvré avec Laura Cox, Gaëlle Buswel, Jack Bon ou encore sur le projet United Guitars, ces amoureux de Rock 70’s aux saveurs Blues un brin Southern, et tirant sur un Hard Rock vintage, se font plaisir tout au long de ce concert et surtout, ils transmettent et partagent une énergie et une joie très communicative. Par ailleurs, la captation comme la prestation sont parfaites.

Avec sa magnétique frontwoman, le quintet se montre puissant et fait aussi preuve de beaucoup de délicatesse. De twin-guitars en riffs acérés, les solos virevoltent sur une rythmique millimétrée. Pour étoffer la tracklist, quelques covers savamment choisies nous font tendre l’oreille comme « Ramble On » et « Rock’n’Roll » de Led Zeppelin, « Nutbush Bush Limits » d’Ike et Tina Turner (1971), « Boys Are Back In Town » de Thin Lizzy ou encore « Stay With Me » (1973) de Faces, groupe fondé par Rod Steward et Ronnie Wood. Quelques pépites pour enrober un ensemble radieux !

Retrouvez l’interview du groupe à la sortie de son premier album :

Catégories
Bluesy Rock France Rock 70's

Damantra : vintage home-made [Interview]

Du côté de Toulouse, la jeunesse a un œil dans le rétro, comme en témoigne DAMANTRA qui assume pleinement ce bond dans le temps. Après avoir arpenté de nombreuses scènes et s’être plié à l’exercice de l’EP à deux reprises, le groupe passe aujourd’hui à la vitesse supérieure de belle manière avec un premier album très réussi. Solide, organique et produit en interne, son Rock 70’s aux élans Psych et bluesy est plus que convaincant. Passant par toutes les émotions et multipliant les ambiances, « Better Off This Way » se termine sur les chapeaux de roue sans lever le pied et avec une intensité constante. Un premier effort complet qui vient confirmer l’ambition et les intentions du quatuor depuis ses débuts. Entretien avec quatre musiciens passionnés ayant fait de l’univers vintage leur propre terrain de jeu…

– Depuis « Jekyll & Hyde » en 2020, puis « Comet » en 2023 et aujourd’hui avec « Better Off This Way », il y a beaucoup de constance dans votre jeu, même si la production évolue, bien sûr. Est-ce qu’à la création de DAMANTRA, vous aviez déjà une idée très précise de votre ligne musicale ?

On se laisse toujours guider par la musique que l’on aime au moment de la création des morceaux. Alors naturellement, comme on évolue avec les années, notre musique aussi. On a composé les morceaux de « Jekyll And Hyde » avec un premier batteur beaucoup plus Metal dans son jeu et ses influences. Avec l’arrivée de Rémi (Fournier, NDR) aux baguettes, notre style s’est rapidement orienté vers un Rock plus rétro, en y ajoutant de nouveaux instruments plus ancrés dans les 70’s : clavier Moog, Orgue Hammond, Theremine…. Cependant, on a toujours été fans de Rival Sons et de Blues Pills, des groupes actuels pleinement inspirés par la Soul, le Blues et le Rock 70’s. Mais c’est vraiment sur ce nouvel album qu’elles sont pleinement assumées à la fois musicalement et visuellement.

– Même si la musique n’échappe aux phénomènes cycliques, qu’est-ce qui vous a poussé à construire un répertoire vintage 70’s, d’autant qu’aucun d’entre vous quatre n’a connu cette époque ?

On vient tous d’esthétiques musicales différentes, ce qui nous a permis de nous nourrir les uns les autres, et les années 70 nous ont paru comme une évidence en jouant ensemble. C’est d’ailleurs en poussant l’imagerie 60/70’s sur ce dernier album qu’on s’est rendu compte que nos grands-parents avaient bien la classe. Cette période est finalement la genèse de tous les styles de musique Rock qu’on apprécie. Les années 70 sont une époque fantasmée par ceux qui ne l’ont pas connue, et nostalgique pour ceux qui l’ont vécue. Elle est synonyme de bouleversement technologique, de conquête de l’espace, de pleine guerre froide, de pantalons patte d’eph et de la mode Space Age. C’est difficile de ne pas faire un parallèle avec les événements actuels : IA, retour sur la lune, situation géopolitique mondiale.

– Forcément dans ce registre précis, le son est essentiel, notamment son aspect organique. L’utilisation d’instruments vintage est aussi souvent de mise et j’ai même lu que vous aviez créé les vôtres. En quoi cette démarche a-t-elle constitué et comment vous y êtes-vous pris ?

On a tous essayé des instruments vintage qu’on n’avait clairement pas les moyens de se payer. On voulait pousser l’expérimentation au maximum, avec des sons toujours plus fuzzy, plus psychédéliques, et ça nous a paru comme une évidence de mettre la main à la pâte. Alors, on a appris l’électronique du son, la lutherie pour les nuls et on a commencé à se fabriquer des pédales d’effets, amplis dans de vieille radio TSF, guitares/basses et claviers. On a appris sur le tas grâce à des magazines spécialisés et Internet. On ne va pas se mentir, il y a eu quelques étincelles et des ratés avant d’avoir un premier résultat concluant. Mais, au final, tout ça fait qu’aujourd’hui, on joue sur du matos sur mesure, dont on est trop contents et qui suscite souvent la curiosité du public à nos concerts.

– « Better Off This Way » possède une production très soignée et nettement plus ample que celles de vos deux EPs. Et c’est d’ailleurs votre bassiste et claviériste Robin Fleutiaux qui a mixé l’album. Vous l’avez aussi enregistré au studio Capitole à Toulouse et quelque part dans les Pyrénées. C’est une démarche globale très DIY, qui va d’ailleurs jusqu’aux visuels. C’était essentiel pour vous de maîtriser chaque étape du processus ?

C’est justement tout le sens du nom de cet album « Better Off This Way », littéralement « C’est mieux comme ça ». On a voulu faire appel à un graphiste et un mixeur pour ce disque. Même si on a rencontré plusieurs personnes extraordinaires, on arrivait pas à faire retranscrire le son et l’image qu’on avait en tête. Alors, on s’est rendu compte qu’avec l’expérience des deux premiers EP, on avait toutes les compétences en interne pour arriver à un résultat qui nous corresponde. On a enregistré la batterie, une guitare et basse en live au Studio capitole. On était tous les quatre dans la même pièce, dans le grand studio et on a joué les dix morceaux en live pour capturer leur essence-même, à savoir des compos qui se vivent en concert. Les autres instruments (deuxième guitare, claviers, chants) ont été ajoutés à huis clos dans une maison dans les Pyrénées pour nous permettre de pousser la production à son maximum et de façon collégiale.

– D’ailleurs, là où vous surprenez un peu, c’est que vous avez fait appel à un directeur artistique, Nathan Bouschet, pour superviser l’album. Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision ? Vous aviez besoin d’un regard extérieur, voire d’une aide supplémentaire, pour canaliser votre jeu ?

Contrairement aux deux premiers opus, qui ont été enregistrés après avoir éprouvé les morceaux en concert, les dix nouveaux morceaux de l’album ont été composés en cinq mois et n’ont jamais été joués en live avant l’enregistrement. C’était une période très dense et on avait besoin d’un regard extérieur pour suivre la ligne artistique qu’on s’était fixée. Nathan a poussé ces nouvelles compos à leur maximum, sans nous ménager, mais en étant toujours bienveillant.

– Avant « Better Off This Way », vous avez donc sorti deux EPs, et vous vous êtes également aguerris sur scène. C’était nécessaire, selon vous, avant de vous lancer dans la création d’un album de suivre ces passages presque initiatiques dans l’évolution d’un groupe, afin aussi d’avoir certaines garanties artistiques ?

On a fait plus de 100 concerts avant de se lancer dans la composition de cet album. Ces deux EPs et toutes ces dates nous ont confortés sur notre identité artistique. On a pu tester ce qui fonctionne en concert. De cette expérience, on a pu composer sereinement ces nouveaux morceaux qui ont justement vocation à se vivre en live. Car, on le redit, « Better Off This Way » a été composé et enregistré en quelques mois et aucun de ses morceaux n’ont été joués en concert avant l’enregistrement.

– Parmi les artistes qui résonnent à l’écoute de votre album, on pense à Rosalie Cunningham, Tora Daa, Ina Forsman et bien sûr Blues Pills. Est-ce que finalement l’essentiel de l’inspiration vintage ne viendrait-elle pas de l’actuelle génération, et par ailleurs d’une scène très nordique ?

Oui, c’est vrai que cette nouvelle génération de Rock à l’inspiration vintage nous touche particulièrement. Beaucoup viennent de Suède, mais on peut aussi citer Greta Van Fleet aux USA, Les Deuxluxes au Canada, Moundrag en France ou Dirty Sound Magnet en Suisse, qui apportent un vent de fraîcheur sur ce style.

– Enfin, votre Rock avec ses sonorités très diverses, tantôt douces ou plus musclées, possède aussi comme un fil rouge une saveur, même profonde, Soul, Bluesy et Psych, à l’instar de DeWolff également. Est-ce que DAMANTRA est en quête d’une certaine authenticité qui passe forcément par certains fondamentaux ?

Le Blues et la Soul ont toujours été, par essence, des musiques sincères et exutoires : c’était leur mantra. C’est sur un projet de Blues acoustique que Mélanie (Lesage, chant – NDR) et Virgile (Jennevin, guitare – NDR) ont joué ensemble pour la première fois. Ce sont forcément des styles qui ont bercé DAMANTRA dès sa création, tout en mêlant les influences diverses de chaque musicien, dont la Pop qui infuse le paysage musical depuis les Beatles jusqu’à nos jours.

Le premier album de DAMANTRA, « Better Off This Way », est disponible sur le site du groupe : www.damantra.fr

Photos : Tristan Boscquet (1, 3) et Alexandre Vandenabeele (2, 4).

Catégories
Americana Dark Folk Desert Rock

Wildhorse : l’Ouest en grand

Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.

WILDHORSE

« Shewolf »

(Independant)

Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.

C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.

Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.

Retrouvez aussi les interviews d’Appalooza…

la chronique de « The Holy Of Holies » et le [Going Faster] du « Live at Smoky Van Sessions » :

Catégories
Grunge Sludge

fátima : une féroce animalité

Avec son registre atypique fait de Grunge, de Stoner, de Doom et de Sludge, FÁTIMA avoue une certaine tendresse pour les années 90, et pourtant il n’en demeure pas moins aussi brutal qu’efficace. Grâce à un groove compact et enveloppant, la formation francilienne franchit à chaque effort un palier supplémentaire et si le côté primaire résonne fort, la nuance et la délicatesse ne sont jamais loin. « Primal » offre bien des visages et multiplie les atmosphères avec une attitude frontale réjouissante.

FÁTIMA

« Primal »

(Black Robes Records)

Depuis dix ans déjà, le power trio déverse son Sludge/Grunge mâtiné de Doom et de saveurs orientales et avec « Primal », son cinquième album, on peut affirmer qu’il atteint un sommet dans sa discographie. En partageant deux réalisations avec Seum en 2021 et Clegane en 2023, FÁTIMA a aussi perfectionné son art du DIY et paraît même changer de dimension dans son savoir-faire à chaque sortie. En effet, le son s’affine et monte en puissance, tandis que le groupe livre des compositions toujours plus fluides et maîtrisées.

Depuis « Fossil » (2022), puis « Eerie » (2024), les bestioles de ses pochettes changent elles aussi d’apparence, travaillant une délicieuse hostilité avec minutie. D’ailleurs, « Primal » n’est pas plus docile que ses prédécesseurs et son visuel ferait presque passer le célèbre King Kong pour une peluche. Bref, FÁTIMA est surtout devenue une machine bien huilée, massive et incisive, mais où les mélodies ont tout autant leur place que les lourdes rythmiques sur lesquelles elles reposent. Original et imprévisible, le combo s’affirme férocement.

S’ils font parfois penser à un Nirvana sous stéroïdes, les Parisiens gèrent l’animalité de leur style avec brio et sans retenue. Le duo Base/batterie est gras à souhait, les riffs d’une épaisseur impénétrable et le chant y trouve sa place avec autorité. FÁTIMA déroule son jeu, harangue et hypnotise même à l’occasion avec des envolées Stoner Psych bien senties (« Sassquatch », « Killer Wart Hog », « Chilled Monkey Brains », « Waters Of Babylon », « Gazelle Horns » et le morceau-titre). Instinctif et massif, le combo a bien mûri et « Primal » écarte les doutes avec conviction.

Retrouvez la chronique du split avec Clegane et le [Going Faster] à l’occasion de la sortie de « Fossil » :