En injectant autant d’adrénaline dans un style qui n’en manque déjà pas, MÄDHOUSE lâche les chevaux, refuse les limites et semble ne pas se soucier du qu’en-dira-t-on. Irrévérencieux, mais solide et consistant, le quintet originaire d’Autriche affiche un visage à la fois classieux et hyper-Rock’n’Roll et une attitude qui prend sa source en Californie il y a quelques décennies et qui, pourtant, s’inscrit parfaitement dans son temps, bien aidé par un son massif.
MÄDHOUSE
« Plead The Fifth »
(Rock Of Angels Records)
Formé en 2017 par son guitariste et compositeur Mikky Stixx, MÄDHOUSE a bloqué le curseur sur les années 80/90 et à l’écoute de ce quatrième album, on ne peut que s’en réjouir. Comme on faisait de très belles choses au siècle dernier, l’idée d’y ajouter une énergie très actuelle, histoire d’affûter le registre, est une bonne chose d’autant que le résultat est explosif, enthousiaste et irrésistible. Bien sûr, il y a comme une sensation de déjà-vu, mais elle nous replonge dans des atmosphères aux plaisirs indélébiles.
Les Autrichiens ont été biberonnés au son du meilleur de Skid Row, Mötley Crüe et Def Leppard notamment et sont parvenus à en garder et à en extraire la substantifique moelle. Technique et inspiré, MÄDHOUSE ne révolutionne un genre auquel il serait malheureux de toucher, mais lui offre un élan pêchu et des mélodies accrocheuses. Si la très bonne production de « Plead The Fifth » trahit un peu son époque, il aurait très largement pu figurer aux côtés de certains classiques d’antan, vu le travail accompli.
Epaulé par Thommy Black à, la guitare, Mikky Stixx peut aussi compter sur une puissante et millimétrée rythmique composée de Rickey Dee (basse) et Bobby B. Bastard (batterie). Au chant, Tommy Lovelace fait des étincelles, se montre aussi dynamique qu’irréprochable (« Midnight Fever », « Bring On The Night », « Shotgun Rider », « Get A Grip », « It’s A Monster In My Head », « Mad To The Bone », …). MÄDHOUSE est électrisant, ne tient pas en place et s’affirme avec un opus de haut vol, qui tient littéralement en haleine.
Lyrique et percutant, le Hard Rock des Britanniques renoue avec une tradition à la fois respectée, mais qu’ils n’hésitent pourtant pas à bousculer un peu en lui apportant beaucoup de fraîcheur. Aussi sensible que véloce, « V : Lamentations » s’étend dans des contrées exaltées, tout en maintenant une ambiance particulière où le chant et les guitares font cause commune pour révéler toute l’originalité de la personnalité de WYTCH HAZEL.
WYTCH HAZEL
« V : Lamentations »
(Bad Omen Records)
Toujours tourné vers des inspirations spirituelles, voire religieuses, sans pour autant être affilié au mouvement White Metal, WYTCH HAZEL poursuit sa chevaleresque croisade musicale et livre « Lamentations », cinquième volet de sa discographie. Celui-ci marque aussi le retour de son batteur originel, Aaron Hay, et même si le propos est souvent très sombre, les compositions sont quant à elles plutôt lumineuses. On retrouve l’univers 70’s/80’s du combo sur un mix remarquable et une production très organique et chaleureuse.
Tête pensante, compositeur, guitariste et chanteur, Colin Hendra mène sa troupe et son entente avec Alex Haslam débouche sur des twin-guitares très soignées, des rythmiques galopantes et un art du riffing qui nous ramène aux premiers albums de Maiden, auxquels il convient d’ajouter quelques références à UFO, Thin Lizzy et Wishbone Ash. WYTCH HAZEL est ancré dans un Hard Rock très british, où la narration de son frontman est au premier plan, tient une place prépondérante et fait office de marque de fabrique.
Entre un chant très présent et des six-cordes à l’unisson, « V : Lamentations » mise sur des mélodies chiadées et un côté épique cher au concept-même du groupe. Puissants et efficaces, les Anglais évitent toute extravagance malgré des aspects Fantasy flamboyants bien sentis et même parfois médiévaux comme sur l’instrumental « Elixir ». WYTCH HAZEL déroule sur un album très accrocheur (« The Citadel », « Run The Race », « Elements », « Woven », « Heavy Load »). Vintage, solide et attachant.
Si les combos de cette trempe n’existent plus dans ce monde aseptisé, il reste les souvenirs, et depuis quelques temps, ils jaillissent de tous les côtés. Une sorte de réminiscence imposée. Les coffrets, les compilations et les Live en tous genres grossissent les étagères des fans, mais les Editions Petit à Petit ont eu la bonne idée de mettre en dessin quelques instants mémorables de la vie exaltante et exaltée de MOTÖRHEAD. Le résultat est convaincant et sa lecture agréable.
MOTÖRHEAD : BACK FROM THE DEAD
Fabrice Rinaudo/Samuel Degasne
(DocuBD/Editions Petit à Petit)
On vit décidemment une époque formidable. Le grand et surtout irremplaçable Lemmy Kilmister est passé à trépas il y a tout juste dix ans. Alors depuis, l’industrie musicale et à peu près tout ce qui gravite autour se régalent. Une manne ! On ne compte plus les Best Of constitués de morceaux usés jusqu’à la moelle, ou encore le récent et navrant « The Manticore Tapes », ainsi que tout le merchandising qu’on peut ensuite imaginer. Et même si ce n’était sûrement pas ce que le bassiste et chanteur aurait imaginé, nous y sommes… et même jusqu’au cou.
Et comme il se trouve que cette décennie depuis la mort de l’Anglais coïncide aussi avec les 50 ans de la création du groupe, les hommages pleuvent de toutes parts. Un coup à faire perdre l’équilibre aux kilos d’acier plantés à Clisson. Bref, les fans semblent ravis et MOTÖRHEAD fait même plus rêver mort que vivant. Un comble et une aberration de notre temps… encore une ! Une grande majorité s’enthousiasme à la découverte de morceaux qui tournent pourtant en boucle depuis des dizaines d’années un peu partout. Alors ne nous plaignons pas : il était grand temps !
Bien sûr, les Editions Petit à Petit surfent à leur façon sur la vague, mais ont au moins le mérite de proposer avec ce « Motörhead : Back From The Dead » quelque chose d’assez nouveau et de différent. Réuni autour d’un collectif de dessinateurs sur un scénario de Fabrice Rinaudo et des textes documentaires de Samuel Degasne, on retrouve fidèlement quelques pans de l’histoire, si peu académique, des turbulents et précurseurs Britanniques. Rock’n’Roll jusqu’au bout du médiator, Lemmy manque, c’est vrai, mais il serait bon maintenant de nous laisser avec nos souvenirs.
Son groove est inimitable, tout comme le son de sa basse. Véritable institution du Rock Sudiste dans sa branche la plus musclée, proche du Hard Rock, Greg T Walker fait un retour discographique marquant avec la première réalisation de TWO WOLF. Puissant et rebelle, le jeu du quatuor fait feu de toutes parts avec des duels guitaristiques éclatants, une rythmique sismique et trois chanteurs explosifs. La Floride reste une place forte du Southern Rock, version survoltée.
TWO WOLF
« Two Wolf »
(Cleopatra Records)
Il aura fallu une dizaine d’années au légendaire Greg T Walker pour fixer enfin un solide line-up à TWO WOLF. Et s’il dirige l’ensemble, il faut reconnaître qu’il s’est entouré de fines gâchettes, à savoir l’excellent Lance Lopez et le non-moins électrisant Kris Bell. Les deux guitaristes, qui mènent de solides carrières de leur côté, se partagent le chant avec le Floridien et surtout rivalisent de fougue et de fraîcheur sur des riffs sauvages et des solos où ils se répondent brillamment dans une belle tradition sudiste respectée.
Derrière les fûts, c’est Rusty Valentine qui hypnotise le groove avec le patron et offre une belle dynamique à ce premier album éponyme. Cela dit, l’emblématique bassiste, passé chez Lynyrd Skynyrd et surtout fondateur de Blackfoot, ne reste pas très éloigné de sa formation originelle. En effet, TWO WOLF reprend « Too Hard To Handle » et « Diary of A Working Man » (issus de l’album « Marauder », sorti en 1981) et « Fox Chase » (« Tomcattin’ » – 1980) dans des variantes qui sentent la poudre et prennent ici un bon coup de jeune.
Outre l’envie très compréhensible de revisiter ces morceaux avec cette belle armada, Greg T Walker se montre toujours aussi impressionnant sur des titres composés par Kris Bell (« Will I Believe », « The Wrong Road », « Livin’ For Tomorrow ») Lance Lopez (« Romeo »), ou co-écrits (« Traveler » avec feu-Jackson Spires et « Great Spirit » avec R Luciano). Entre un Hard Rock brut et un Southern Rock intemporel, TWO WOLF traverse les générations et fait le pont entre l’héritage de Blackfoot et l’énergie d’un Black Stone Cherry avec classe.
Etre à ce point inspiré par le Hard Rock et le Heavy Metal européen de la part d’un musicien américain aussi aguerri ne passe pas inaperçu et a même de quoi susciter la curiosité. C’est pourtant le cas du véloce JOE STUMP, qui ne s’en cache d’ailleurs pas et qui vient avec TOWER OF BABEL raviver une fibre 70’s, qui semble ne l’avoir jamais quitté. Cela dit, « Days Of Thunder » est vif, actuel et n’a de vintage que sa démarche. Un disque solide et vigoureux.
JOE STUMP’S TOWER OF BABEL
« Days Of Thunder »
(Silver Lining Music)
Alors qu’il a repris le flambeau il y a six ans chez Alcatrazz, qui a vu passer des virtuoses comme Yngwie J. Malmsteen ou Steve Vai, JOE STUMP continue de donner des cours au prestigieux Berklee College Of Music de Boston et de mener une carrière en solo, tout en ayant participant aussi à de nombreux projets. Cette fois, il est de retour sous la bannière de TOWER OF BABEL, son groupe avec lequel il avait sorti un premier effort en 2017, « Lake Of Fire ». Pour le style, rien ne change franchement. L’aventure continue !
Et histoire peut-être aussi de ne pas revivre la même expérience, c’est avec un tout nouveau line-up qu’il présente « Days Of Thunder ». Sans détour, l’Américain affirme et assume pleinement les influences de Deep Purple et de Rainbow, dont ce deuxième album est presque un hommage. JOE STUMP’S TOWER OF BABEL s’inscrit dans cette lignée d’un Hard Rock épique et grandiloquent, parfaitement mis en perspective par des musiciens chevronnés chez qui l’on devine d’ailleurs aussi beaucoup de plaisir.
Au chant, on retrouve l’ancien frontman de Nightmare, Jo Amore, qui livre une prestation remarquable et toute en puissance. A ses côtés, Mark Cross (Firewind, Helloween) est à la batterie, Mistheria (Bruce Dickinson) aux claviers et Nic Angeleri (Jorn) à la basse. A y regarder de plus près, JOE STUMP’S TOWER OF BABEL est donc presque entièrement européen, ce qui convient en tous points au registre abordé. Le guitariste a su s’entourer et peut à l’envie déverser son shred sur ce « Days Of Thunder » inspiré et puissant.
Rugueux et puissants, les Scandinaves remettent le couvert avec « 2 », une réalisation clairement rentre-dedans, qui nous renvoie aux belles heures d’un Hard Rock sauvage, racé et fédérateur. Guidés par un explosif frontman, ils enchaînent les riffs et les refrains entêtants sur une dynamique très maîtrisée. BLOODY DICE sait où il va et, sans fioriture, assène un jeu percutant mis en relief par un son d’une qualité qui se fait de plus en plus rare. Un disque qui réveille, enchante et se réécoute en boucle !
BLOODY DICE
« 2 »
(Eönian Records)
Chez BLOODY DICE, on ne s’encombre pas avec les titres des albums. Sorti en 2023, le premier était éponyme et celui qui nous intéresse s’intitule tout naturellement « 2 ». Logique ! Quant au line-up, Dagfinn Joensen assure le chant, Nickie Jansen la guitare, Jakob Haugaard la basse et Peter Larsen donne le tempo. Très aguerri, le quatuor reprend les choses là où elle en était et enfonce même le clou en affirmant avec vigueur et fermeté une identité forte, forgée sur un Hard Rock massif et vif.
Une chose est sûre, le changement complet de rythmique n’a pas entamé l’enthousiasme des Danois, qui renforcent même une assise déjà musclée. Et cette fois, ils se sont aussi adjoint les services du célèbre Flemming Rasmussen pour la production. Au niveau du son, BLOODY DICE prend sacrément du volume dans un parfait équilibre et une belle débauche d’énergie. Pourtant, pas question ici de formatage des morceaux, la liberté et cette sensation très instinctive sont plus jamais mises en avant.
L’unité est palpable et les titres sont bruts et sincères. « 2 » bénéficie aussi d’une précision chirurgicale, ce qui ne fait qu’augmenter son côté organique. Certes, le style de BLOODY DICE est assez classique, mais la fraîcheur du songwriting lui confère un caractère très actuel. A la fois rassembleur et à même de livrer des compositions très personnelles, le combo reste très Rock, bluesy à l’occasion et fidèle à un groove constant (« Cry For War », « The Bitch Is Crazy », « Back To Hell », « Unspoken », « Struggling To Breathe »). Rock’n Roll !
Renouant avec un Hard Rock brut qui fait ses preuves dans les années 70 et 80, les Scandinaves s’assurent d’un auditoire fidèle, ce qui ne les empêche pas d’apporter une touche personnelle et un bel élan à travers cette première réalisation convaincante. SKRÄCKEN, qui signifie ‘la fissure’, joue sur un aspect vintage pour s’y engouffrer et la palette vocale de sa chanteuse lui permet d’évoluer avec une intensité constante. « Echoes From The Void » marque le début d’une belle aventure.
SKRÄCKEN
« Echoes From The Void »
(Dying Victims Productions)
La Suède se distingue par le nombre de groupes ayant à leur tête une chanteuse et c’est une très bonne chose d’autant que l’émulation est là et la diversité aussi. Formé il y a tout juste trois ans, SKRÄCKEN avait déjà commencé à faire parler de lui avec « The Presence », un premier EP où l’on avait vite compris qu’il ‘on n’avait pas à faire à des amateurs. Au chant, Sofie-Lee Johansson a œuvré chez Night Viper, tandis que Martin Nordin, l’un des deux guitaristes, a passé près de sept ans chez Lucifer. Ça en impose immédiatement.
Originaire de Göteborg, SKRÄCKEN sort donc son premier album et en combo aguerri, « Echoes From The Void » résonne d’une expérience acquise de longue date. Dans des méandres ténébreux, le Hard Rock Old School du quintet jaillit avec force dans un registre aux frontières du Heavy et aux portes du Doom. Le mix est habile et l’ensemble mené de main de maître. Il est ici question de visions et de mélancolie, mais le disque est très dynamique et imprégné d’atmosphères changeantes et captivantes.
Avec une frontwoman de ce calibre, SKRÄCKEN possède un atout de choc et de charme, mais ce qui séduit avant tout, c’est une unité artiste monumentale qui rayonne. Incisif et percutant, ce premier opus libère une belle et sombre énergie et on se laisse emporter dans ses brumes obscures (« By His Hand », « Witch », « Her Presence », « Sweet Silence », « Visions Of Fire » et le génial « Wasteland »). Particulièrement soudés et créatifs, les Suédois se montrent éclatants, solides et posent les fondations d’un avenir prometteur.
En 25 ans, les Allemands se sont forgé une solide réputation, tout en restant à leur place, une volonté affirmée. Après un « Hellbreaker » resté dans les mémoires, le quintet surgit avec « Streets Of Fire », un disque toujours aussi Rock’n’Roll dans l’esprit et l’attitude et terriblement Heavy Metal dans le son. Basé sur une énergie constante, des riffs racés et une rythmique qui ne lève jamais le pied, MOTORJESUS régale avec une septième réalisation, qui s’annonce déjà comme l’un des albums phares de l’année. L’occasion d’en parler avec son fougueux frontman, Chris Birx, heureux lui aussi de remettre le feu.
– Quatre ans près « Hellbreaker », vous êtes de retour avec « Street Of Fire », un nouvel album nerveux, qui dégage une certaine urgence. Vous étiez impatients de présenter ces nouveaux morceaux, dont on peut sentir la pleine puissance ?
Oui, un peu, comme c’est le cas à chaque album d’ailleurs. On a déjà présenté plusieurs singles : « Somewhere From Beyond », « New Messiah Of Steel », « Streets Of Fire » et « Return To The Badlands », mais nous étions impatients que l’album sorte enfin ! Tu sais, on l’a mixé en octobre dernier et il est prêt depuis un bon moment maintenant, plus de six mois. Oui, c’est cool qu’il soit enfin là, car ça commence à faire long pour nous aussi.
– Vous avez à nouveau travaillé avec Dan Swanö (Opeth, Edge Of Sanity) pour la production. J’ai l’impression qu’avec lui, vous avez trouvé le son qui correspond le mieux à MOTORJESUS. Comment travaillez-vous ensemble ? Lui laissez-vous carte blanche sur certaines choses ?
Oui, sur plusieurs parties. Nos échanges pour le mix et le mastering se sont faits par email. Je lui ai d’abord envoyé les morceaux et il m’a proposé de changer certaines choses et d’en améliorer d’autres. Tout s’est passé de manière très simple, dans une bonne ambiance et le contact entre nous a vraiment été facile, très fluide et réactif. On a eu de bonnes vibrations, car c’est quelqu’un de très agréable et aussi l’un de mes musiciens préférés. C’est toujours génial de le rencontrer, car j’ai tellement d’albums de lui des années 90 avec Edge Of Sanity et Opeth notamment. Il en a fait tellement ! C’est un mec super ! Je pense que, maintenant, nous avons vraiment trouvé notre façon de travailler ensemble, on a la bonne recette. On sait très bien de quoi il est capable et c’est un honneur de travailler avec lui. C’est une icône en plus d’être humainement très agréable ! (Sourires)
– Un mot aussi sur la pochette de « Street Of Fire », qui est signée Sebastian Jerke. C’est la troisième fois que vous travaillez avec lui. Comme pour Dan Swanö, ce sont des collaborations de longue date. Y a-t-il une sorte d’esprit de famille chez MOTORJESUS, qui se traduit par cette grande fidélité ?
Oui, c’est vrai. Tu sais, si cela fonctionne aussi bien, pourquoi devrions-nous changer d’équipe ? Sebastian est un mec super, qui est aussi très connu en Allemagne. Il a réalisé beaucoup d’autres pochettes d’albums pour des groupes ici, comme Orden Organ par exemple. Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, c’était pour travailler sur le visuel d’un t-shirt. C’est cool de continuer à travailler avec lui, car il est devenu célèbre chez nous. Il a parfaitement saisi l’esprit ‘Comics’ de MOTORJESUS sur nos trois derniers albums. C’est devenu une marque pour nous et c’est génial d’avoir quelque chose d’unique pour le groupe. C’est un style qui nous est propre maintenant et qui nous appartient en quelque sorte.
– L’une des principales particularités de « Street Of Fire » par rapport à « Hellbreaker », c’est que vous êtes revenus à un style nettement plus Heavy Metal, comme un retour aux sources, peut-être moins Rock’n’Roll dans l’intention en tout cas. C’était l’objectif ?
En fait, l’objectif avec « Streets Of Fire » était de faire un disque dans la continuité de « Hellbreaker », qui a vraiment bien marché en Allemagne et s’est même hissé dans le Top 20 des charts. Cela a été une sorte d’accomplissement pour nous. L’accueil a été incroyable. On a eu le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien avec « Hellbreaker », et nous avons essayé de retrouvé cette même vibration et j’espère que c’est le cas avec « Streets Of Fire ». Nous nous sommes amusés à faire des chansons rapides, avec un esprit punk assez fun et aussi plus agressif dans le jeu. Pour moi, il n’y a pas de grande différence entre les deux albums, c’est plutôt une continuité.
– Vous terminez ce nouvel album avec une outro et le début de « Somewhere From Beyond » fait aussi penser à une intro. Il y a un petit côté Old School très agréable qui était souvent utilisé dans les albums-concepts notamment. Même si on devine une thématique globale, y a-t-il un lien direct entre tous les morceaux de l’album ?
L’intro et l’outro sont assez similaires en termes de composition, car nous avons utilisé les mêmes vibrations assez synthétiques d’un esprit proche des 80’s et du Synth Wave. C’est quelque chose d’assez populaire en ce moment et surtout, cela correspond parfaitement à l’atmosphère de l’album. On a juste essayé d’envelopper le disque dans cette ambiance qui nous plait beaucoup et de placer les morceaux entre les deux. Et puis, l’objectif de « Streets Of Fire » était de transporter l’auditeur dans les années 80, que ce soit un peu Cyberpunk et S-F dans l’esprit. En ce sens, l’intro et l’outro correspondent parfaitement à l’atmosphère qu’on souhaitait développer.
– Comme toujours, il n’y a ni ballades, ni morceaux mid-tempo. On en revient à cette impression d’urgence avec ce rythme très soutenu et les titres sont très accrocheurs et intenses. Est-ce qu’au moment de la composition, vous aviez en tête leur rendu et leur impact sur scène ? Car l’album est très fédérateur…
En fait, nous composons sans trop y réfléchir, c’est un peu un jeu pour nous. Les ambiances des morceaux ne sont pas forcément une priorité consciente pour nous. Le principal reste le travail sur le riff, qu’il soit accrocheur, que le rythme soit soutenu, et que le groove soit très présent : c’est l’essence-même de MOTORJESUS. Ensuite, les arrangements ont une part importante et, pour ma part, j’essaie aussi d’être le plus concis dans les textes et d’élever aussi mon niveau de chant. Si ce n’est pas le cas, je jette. On veut toujours écrire avec la plus grande liberté d’esprit possible et sans calcul. Juste laisser agir le flow… (Sourires)
– Justement à propos de scène, vous avez déjà commencé les concerts et en plus des salles et des festivals, vous serez aussi dans des plus petits clubs. C’est important pour vous de garder cette proximité avec vos fans ?
Oh oui, vraiment ! On adore jouer dans ces petits endroits, car je pense que MOTORJESUS est définitivement un groupe de club ! On a tout essayé, on a joué dans beaucoup de festivals majeurs comme dans des toutes petites salles. Pour nous, une jauge entre 150 et 250 personnes est la dimension parfaite pour MOTORJESUS. Sur les grosses scènes ou les grands festivals, c’est plus stressant. On a juste une heure pour jouer, il faut se préparer rapidement et remballer aussitôt. Il y a toujours un facteur stress dans ces conditions. Dans les clubs, c’est plus intime et plus calme. Tu as le temps de bien te préparer, les gens sont beaucoup plus proches de la scène et tu peux proposer un set plus long aussi. Il y a une bonne pression et c’est tellement plus Rock’n’Roll surtout ! Oui, c’est la bonne taille pour MOTORJESUS, c’est plus adapté à ce que nous voulons offrir.
– A propos de ce nouvel album, il y a aussi votre changement de label avec un passage d’AFM Records à Reaper Entertainment. Vous aviez besoin de changer d’air ?
Tout d’abord, il y a eu des changements majeurs chez AFM Records en interne et beaucoup de groupes ont quitté le label. Nous avons été de ceux-là et nous avons rapidement trouvé un nouveau point de chute chez Reaper Entertainment. Cela a d’ailleurs été cool que cela se fasse aussi vite. On savait aussi que c’était des gens très impliqués, d’autant que la partie financière n’est pas la plus importante à nos yeux. Nous ne faisons pas ça pour l’argent. On le fait pour le fun, pour l’amour du Rock’n’Roll et du Heavy Metal ! Certes, c’est un bon deal pour nous, mais ce n’était pas la priorité. Le plus important est que les gars de Reaper sont très expérimentés, ils sont vraiment cool et ils ont tous travaillés chez Nuclear Blast en Allemagne. Ils savent donc ce qu’ils font et c’est agréable de se savoir entre de bonnes mains.
– L’année prochaine, MOTORJESUS fêtera ses 20 ans d’existence, fort de sept albums studio, un live et un EP. Quel regard portes-tu sur ce beau parcours?
C’est vrai que le groupe existe depuis 25 ans maintenant. Avant MOTORJESUS, on s’appelait The Shitheads et nous avions sorti un album éponyme en 2006. Donc, l’aventure date de 25 ans environ. On a toujours essayé de faire de bons concerts, de rester proches de nos fans, de parler avec eux après les concerts et de rester connecter. Et c’est quelque chose que l’on tient à continuer à faire. L’objectif est de faire encore des disques et de rester en bonne santé. C’est vraiment ce que nous souhaitons pour les années à venir.
– Et qu’en est-il de la nouvelle génération du Metal allemand ? Est-ce que, selon toi, la relève est assurée ?
En fait, en Allemagne, il y a toujours beaucoup de flux, ça va et ça vient. Globalement, la scène est constante et elle reste très bonne et les gens viennent toujours aux concerts. Depuis la pandémie, il y a aussi un nouveau public, plus jeune aussi qui vient. Tu sais, les parents ici amènent leurs enfants aux concerts et il y a donc un certain renouvellement. C’est vraiment cool, il se passe toujours quelque chose ! Il y a pas mal de gens qui n’avaient jamais entendu parler de nous et qui viennent maintenant nous voir. Ils aiment le côté ‘Comics’ du groupe. Et puis, il y a le gars qui joue Jesus sur scène avec nous et cela amuse vraiment les gens ! Ça marque un peu les esprits ! (Sourires)
– Une question beaucoup plus légère pour terminer : quand on s’appelle MOTORJESUS, on a forcément dû avoir un œil sur le récent conclave au Vatican (l’interview a été réalisée début mai). Que penses-tu du nouveau Pape ? A-t-il l’esprit suffisamment Rock’n’Roll à ton avis ?
(Rires) Je ne sais pas ! Je suis très septique que le fait qu’il soit américain ! Ça me paraît vraiment très étrange, même super étrange ! (Rires) Avec ce nouvel ordre mondial venu des Etats-Unis et de la Russie, c’est vraiment bizarre d’avoir un Pape américain ! Mais, si tu veux tout savoir, je ne m’intéresse pas vraiment aux questions religieuses ! (Rires)
– Mais il faut quand même lui envoyer ce nouvel album !
(Rires) Oui, peut-être ! On va voir ça ! (Rires)
Le nouvel album de MOTORJESUS, « Streets Of Fire », est disponible chez Reaper Entertainment.
Avec « From The Wreckage », STAR CIRCUS vient assoir une position déjà séduisante entrevue sur « Separate Sides ». Avec un titre qui vient habillement faire mentir son contenu, le duo, qui a doublé de volume entretemps, se montre à la hauteur d’un héritage musical qu’il ne cherche même pas à cacher. Classique sans être poussiéreux, les Britanniques s’inscrivent dans une lignée déjà bien tracée et s’y engouffrent avec plaisir en apportant une touche de fraîcheur à un Rock rassembleur et percutant, sans être nostalgique. Deuxième essai transformé !
STAR CIRCUS
« From The Wreckage »
(Renaissance Records)
Trois ans après un premier effort, « Separate Sides », qui avait valu aux Londoniens une belle reconnaissance nationale, STAR CIRCUS fait un retour en force avec « From The Wreckage ». Et le duo initialement composé de Tony Winkler (chant, guitare) qui avait d’ailleurs produit le premier opus et Sophie Aurelia Young (basse, chant) accueille Reuben O’Donoghue (batterie/chœurs) et les guitaristes Tom Draper (ex-Carcass, Spirit Adrift) et Ritchie Mohicano (Dobermann), venus renforcer les rangs. La nouvelle configuration a fière allure et l’entente est claire. Autour d’un Hard Rock qui évolue entre Classic Rock et un Glam Metal estampillé 80’s, l’ensemble est enthousiasmant.
Signé sur le label Renaissance Records basé en Arizona, les Anglais sous-entendent que leur projet vise l’international et « From The Wreckage » devrait leur permettre, en effet, de quitter leur île sans trop de mal. L’album est plus que cohérent, malgré quelques grands écarts stylistiques bien maîtrisés et franchement bien sentis. STAR CIRCUS est absolument ancré dans son temps et la variété des compositions vient confirmer le savoir-faire du quatuor, qui est assez bluffant en termes de mélodies avec des refrains qui restent en tête. La machine est parfaitement huilée et les membres plus qu’aguerris.
Et ce qui frappe aussitôt également sur « From The Wreckage », c’est la combinaison des deux six-cordistes, qui jouent à armes égales et se partagent très bien les riffs et les solos, se relayant avec beaucoup de finesse et sans se marcher dessus. STAR CIRCUS se montre volontiers ambitieux, alternant des élans musclés et des passages plus sombres avec une efficacité redoutable. Le frontman tient la baraque, mais quand la bassiste prend le chant sur « Masquerade », on regrette qu’elle ne le fasse pas un peu plus. Le combo se montre donc très convaincant et assène un Rock solide, enthousiasmant et personnel.
Revigoré depuis le très bon « Vol. 10 » sorti il y a deux ans, le gang de Los Angeles continue sur sa lancée et les cinq rockeurs semblent même au sommet de leur art. Bâti sur un Rock US ravageur et débridé, le Hard Rock de BUCKCHERRY est d’une totale sincérité et d’un impact sans limite. Avec beaucoup de caractère, il fait le lien entre des mélodies accrocheuses et une puissance de feu rugissante. « Roar Like Thunder » est aussi redoutable qu’addictif. Une bonne beigne !
BUCKCHERRY
« Roar Like Thunder »
(Earache Records)
Onzième album en l’espace de 30 ans pour les Américains, qui confirment avec « Roar Like Thunder » que le virage vers un Hard Rock plus direct et est devenu leur véritable cheval de bataille. BUCKCHERRY est revenu aux fondamentaux, délaissant un Alternative Rock assez convenu et surtout ultra-formaté pour les radios US, afin de laisser place à une explosivité déjà sous-jacente depuis longtemps pour offrir enfin tout son potentiel. Et, rangé derrière le phénoménal Josh Todd, certains aspects plus costauds refont surface avec éclat.
Frais et spontané, BUCKCHERRY renoue donc avec une attitude plus Sleaze, presque Punk, sur des morceaux taillés pour la scène et nerveux à souhait (« Crazy Bitch »). Côté guitares, Stevie Dacanay et Billy Rowe s’en donnent à cœur-joie et affichent une belle complicité. Les titres composés par leur fondateur et frontman avec le producteur Marti Frederiksen sont probablement les meilleurs depuis un moment, et l’air de Nashville, où a eu lieu l’enregistrement, semble avoir fait du bien au groupe, tant il bouillonne de plaisir.
Dès le morceau-titre qui ouvre les festivités, on sent la ferveur et l’enthousiasme qui envahissent ce « Roar Like Thunder » d’un claquement de doigt. Inspiré et déterminé, BUCKCHERRY livre un opus estampillé 100% californien, dont on avait presque oublié l’authenticité de la saveur (« Come On », « Talkin’ Bout Sex », « Blackout », « Machine Gun », « Let It Burn »). Vivant et dynamique, le quintet n’a rien perdu de son jeu et, au contraire, paraît plus tranchant et malicieux que jamais. Une tornade !