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Hard Rock International Southern Rock

FangSlinger : une nuit en enfer [Interview]

Du fond de son saloon peuplée d’âmes en perdition, le trio anglais voit défiler toutes sortes d’individus au pedigree plus ou moins respectables. Et ce sont ces histoires, et anecdotes, que nous comptent ces hors-la-loi zombifiés, originaires de Sheffield. Dans ce décorum de Far-West, FANGSLINGER élève son Hard Rock pour en faire des hymnes sur fond de Southern Rock. Une recette aussi savoureuse que percutante qui prend vie sur « Welcome To The Last Souls Saloon », un premier album hyper-fédérateur et massif, construit sur des riffs costauds et où les deux voix, féminine et masculine, se renvoient de gigantesques doses d’adrénaline sur chaque morceau. Entre vampirisme bluesy et ambiances gothiques, le chef du gang nous laisse nous frayer un passage dans cet univers aussi jouissif que groovy, façon dark western.

– Avant de parler de ce premier album, j’aimerais savoir comment a pu naître le concept de ‘Undead Redneck Rock’n’Roll’ dans l’esprit d’un groupe de Sheffield ?

Bon, il y a un petit malentendu. Nous sommes des hors-la-loi morts-vivants du Far West. Sheffield est simplement l’endroit où nous avons choisi de poser nos valises pendant notre conquête du Royaume-Uni, car c’est en plein milieu ! (Rires) Quant au ‘Undead Redneck Rock N’ Roll’, nous avons simplement pris le meilleur de la musique que nous aimons et nous l’avons mélangé à une recette du Sud pour faire headbanger les gens pendant qu’on leur prend leur âme ! (Rires)

– On vous a découvert en 2024 avec « The Last Souls Saloon », un premier single qui apparaît presque comme une carte de visite en raison de son titre notamment. Ensuite, vous avez enchaîné les morceaux avant de les regrouper sur « We Are The Night », votre premier EP. Vous aviez besoin d’avoir certaines certitudes sur l’accueil de FANGSLINGER ?

On tâtait le terrain, c’est certain. Au départ, on n’avait prévu qu’une seule chanson, mais on a tellement aimé l’écrire et l’enregistrer qu’on a voulu en faire d’autres ! (Sourires) Heureusement, elle a trouvé un écho auprès du public, suffisamment pour qu’on continue à faire de la musique ! Et on est vraiment ravis.

– Si on peut trouver une certaine proximité avec votre compatriote Kris Barras, vos références sont essentiellement américaines avec une dominante Southern. L’idée de départ était-elle d’injecter ce climat aux allures de Far-West dans un Hard Rock moderne et solide ?

Oui, absolument. Tellement de groupes actuels s’inspirent de ces influences et se tournent vers le passé, devenant presque des groupes hommage à des époques révolues. Je ne citerai pas de noms, bien sûr… (Sourires) Nous voulions faire quelque chose d’un peu plus novateur et essayer de créer quelque chose d’original en nous appuyant sur nos influences. Quant à savoir si nous avons réussi, je suppose que cela dépendra de l’auditeur ! (Sourires)

– D’ailleurs, ce qui peut surprendre dans le Hard Rock de FANGSLINGER, c’est son côté bluesy et Southern transposé dans une ambiance souvent très ‘Arena’, inspiré de l’Alternative Metal/Rock. Est-ce que c’est finalement ce à quoi pourrait ressembler le Southern Rock 2.0 ?

Je l’espère ! On a clairement écrit ces chansons en pensant aux grandes salles. Jouer dans les salles où on joue en ce moment, c’est génial, et ça nous permet de rencontrer les fans de ‘Lost Souls’ de près. Mais on ne cache pas notre ambition de jouer notre musique sur des scènes encore plus grandes. Le grand public mérite du vrai Rock, non ? (Sourires)

– Revenons à ce premier album, « Welcome To The Last Souls Saloon ». Il y règne une atmosphère très proche de celle du film de Robert Rodriguez « From Dusk Till Dawn » (« Une nuit en enfer » – NDR). Est-ce que ce film vous a influencé à la création du groupe et notamment en ce qui concerne son concept et l’aspect visuel ?

A priori, ce serait plutôt Robert Rodriguez qui se soit inspiré de nos pitreries pour réaliser son film ! (Rires) En tout cas, nous adorons les éléments cinématographiques et théâtraux, et le genre western gothique n’a pas été suffisamment exploité à notre goût. Ce film influence beaucoup nos décors et nos clips. Nous intégrons également de nombreux éléments western dans notre musique pour créer une ambiance, inspirés par des compositeurs comme Ennio Morricone.

– FANGSLINGER a aussi la particularité de présenter un chant féminin et masculin, ce qui vous offre de nombreuses possibilités narratives aussi. Il y a un équilibre assez théâtral d’ailleurs. Est-ce que ce chant à deux est une chose qui s’est imposée naturellement dans le groupe ?

Oui, mais en fait, ce n’était absolument pas prévu. Lors de l’enregistrement du premier single, BloodRose (la chanteuse – NDR) était par hasard avec nous au studio et nous lui avons simplement demandé d’enregistrer quelques chœurs. Ensuite, nous avons composé le pont, pour lequel sa voix convenait parfaitement. Depuis, son rôle a évolué et elle chante une bonne partie de l’album. Nous apprécions le contraste entre la voix masculine rauque et les lignes féminines à la fois douces et sensuelles.

– Un mot aussi sur cette très belle production, dont la richesse des tessitures et des arrangements est assez incroyable pour un premier album. Dans quelles conditions avez-vous travaillé et combien de temps avez-vous mis à finaliser « Welcome To The Last Souls Saloon » ?

Merci pour tes compliments ! Nous entretenons une excellente relation avec notre producteur, Dan Fox, qui travaille aux studios Treehouse. Il a collaboré avec certains des plus grands noms du Rock et du Metal actuels et il possède un talent exceptionnel. Honnêtement, l’enregistrement de l’album s’est fait très naturellement. Nous avons simplement échangé des idées et fait de notre mieux pour composer les meilleures chansons possibles. Je pense que le véritable art naît des personnes réunies. Et l’alchimie entre le groupe et le producteur nous a offert une immense liberté créative. Et puis, combien de producteurs adhéreraient à une idée aussi farfelue que celle de cowboys vampires faisant du Rock’n’Roll ? (Rires)

– Enfin, j’aimerais que l’on parle du côté immersif de l’album et de la façon dont on se laisse happer et guider dans ce voyage captivant. Chaque chanson raconte une histoire et il y a beaucoup de profondeur également. Aviez-vous une vison claire de l’ensemble dès le départ ?  

Après la sortie de notre premier single, nous avons décidé que tout l’univers de FANGSLINGER tournerait autour du saloon ‘Lost Souls’ et des personnages qu’on y croise. Cela nous donne un point de départ pour chaque chanson. On peut ainsi développer l’origine d’un personnage, ou raconter l’histoire d’une chasse aux vampires. On a même une chanson du point de vue de la Faucheuse, qui médite sur sa solitude. On a l’impression d’avoir un monde qu’on peut continuer à créer quasiment sans limites… Et qui sait, peut-être qu’un jour FANGSLINGER partira dans l’espace à bord d’une fusée ‘steampunk’ ! (Rires)

Le premier album de FANGSLINGER, « Welcome To The Last Souls Saloon », est disponible sur toutes les plateformes et en physique sur le site du groupe : www.fangslinger.net

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Alternative Metal Groove Metal

Mechanical Skin : un caractère explosif

De l’envie, elle n’en manque pas et cela se ressent tout au long du premier opus de la formation de la capitale. « Until The Void » s’impose presque de lui-même, tant il parvient à rassembler les éléments incontournables du Metal actuel. MECHANICAL SKIN bastonne autant qu’il séduit par ses capacités à diffuser de belles émotions. Très solide techniquement, il réussit à convaincre sans mal et nul doute que la force de ces nouveaux titres devrait prendre toute leur dimension en concert, où on les imagine lever les foules. Gardez un œil ouvert et une oreille attentive, l’énergie des Français est contagieuse.

MECHANICAL SKIN

« Until The Void »

(Independant)

Faire corps et monter en puissance tout en restant mélodique, c’est le credo de MECHANICAL SKIN et ce qu’il met en place depuis sa création en 2020. Alors qu’une grande partie de la scène hexagonale se tourne vers un Metal extrême, le quintet emprunte une voie parallèle et avec autant de détermination et d’expérience, et c’est un boulevard qui s’offre à lui. Au croisement entre un Alternative Metal musclé et un Groove Metal plus agressif, ce premier album vient confirmer le bel élan déjà pris sur les quatre titres de « Before I Die », premier EP sorti en mars 2024.

Depuis, MECHANICAL SKIN a pris du volume et les Parisiens témoignent parfaitement ici du chemin parcouru. Aujourd’hui, le groupe est plus aiguisé, racé et tranchant, et la bonne production de ce premier long format met très bien en valeur le travail effectué sur ces huit nouveaux morceaux (et sur l’intro). « Until The Void » est taillé dans le granit et il jaillit avec beaucoup d’originalité grâce à des influences bien digérées. Tout en restant accessible, il développe un côté massif et véloce, grâce à des membres unis qui ont le même objectif ravageur.

Sur des fondations clairement Hard Rock, MECHANICAL SKIN se fait fédérateur sur les refrains et incisif dans les riffs et, malgré un petit coup d’oeil dans le rétro, il se montre moderne dans l’attaque des titres. L’une des surprises vient également de son frontman que l’on découvre plutôt saturé sur l’entame de l’album, avant de revenir à un chant clair et puissant, qui lui va tellement mieux, par la suite. Le combo avance avec assurance et beaucoup de diversité, ce qui fait toute la richesse d’« Until The Void » (« Into A War », « Memories », « Fall Of Tyrant », « New World »).

Photo : Julien Duhem

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Rock US

Savage Gentlemen : classy band

Alors qu’un bel avenir lui était promis avec Little Caesar, mais freiné par la bonne excuse de l’émergence du Grunge qui reste encore aujourd’hui l’alibi parfait, le frontman Ron Young a pourtant continué à se produire dans d’autres combos comme Manic Eden et The Four Horsemen sans pour autant connaître un succès bien mérité. Avec SAVAGE GENTLEMEN, la donne pourrait bien changer, car ce premier opus éponyme révèle une belle complicité et un sens presque instinctif du Rock US.

SAVAGE GENTLEMEN

« Savage Gentlemen »

(Deko Entertainment)

Savoir que Ron Young remet le couvert avec son complice de longue date Rich Thomas devrait donner le sourire aux fans de Little Caesar, ce groupe californien qui avait fait forte impression à la fin des années 80. Mais avant de rejoindre la côte ouest, le chanteur et et son ami guitariste œuvraient ensemble à New-York au sein de The Kingpins dans un registre Roots Rock légèrement 60’s. Avec SAVAGE GENTLEMEN, ils renouent avec un Rock US entraînant et mélodique, très bien accompagnés par Bon Conlon (batterie) et Joe Viers (basse).

Chevronné et authentique, le quatuor fait donc ce qu’il a toujours fait : un Rock élégant et efficace, accrocheur et sincère. Très bien produit par son bassiste, propriétaire des Sonic Lounge Studios à Columbus, Ohio, « Savage Gentlemen » est une sorte de mix entre la fougue de Los Angeles, la force du Midwest et l’esprit new-yorkais. Pour le reste, l’expérience acquise tout au long de leur carrière respective offre une belle assise à SAVAGE GENTLEMEN et on sent que les Américains se sont franchement fait plaisir.

Musicalement, il y a quelque chose d’évident dans ce premier album. Sans fioriture, le style est direct et présente déjà beaucoup de personnalité. Certes, la voix de Ron Young est une signature forte, d’autant qu’il n’a absolument rien perdu de sa puissance vocale, contrairement à pas mal d’autres. Loin des modes, SAVAGE GENTLEMEN affiche suffisamment d’assurance pour imposer sans mal des morceaux aussi convaincants que variés (« Runnin’ », « See You Later », « Soul Shakin’ », « All Over Now », « Chain Of Fools », « Everything Is Easy »). Un sans-faute !

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Hard 70's Heavy Rock

Bong Voyage : excessivement jouissif

Les trois singles dévoilés avaient déjà donné le ton de l’album des Norvégiens. Entre un Hard Rock vintage et quelques textures plus Desert ou Stoner Rock, le mix paraît si naturel pour les cinq musiciens de BONG VOYAGE, qui manient joie et sarcasme avec une délicatesse d’une précision d’orfèvre. Pertinemment intitulé « Hedonistic Hard Rock », ce premier opus nous plonge dans une piscine de sérotonine, où l’on se laisse porter par de bienfaitrices effluves de Rock’n’Roll sur des paroles à la fois grinçantes et terriblement fun.

BONG VOYAGE

« Hedonistic Hard Rock »

(Ripple Music)

Le risque, à vouloir faire de l’humour dans le petit monde du Rock’n’Roll, est de tomber soit dans la caricature, ce qui peut vite devenir gênant, soit de faire dans la kermesse ce qui, à moins de l’assumer pleinement, vous réduit à jouer pour un public intellectuellement sous-alimenté ou bien trop alimenté en boisson ou autre. La frontière est donc assez mince, mais pas si difficile à suivre lorsque toutes les conditions sont réunies. BONG VOYAGE n’a donc pas ce genre de soucis, et parvient sans mal à décrocher les sourires comme entraîner les vrais amoureux et connaisseurs de Rock au sens large dans une savoureuse communion.

Car aux manettes de ce joyeux quintet, on retrouve des membres de Håndgemeng, Suncraft et Buskas, autant de groupes établis et reconnus, et dont les musiciens s’offrent ici une sorte de parenthèse ludique, un laps de décompression, une espèce de lâcher-prise presque salvatrice. Car chez BONG VOYAGE, ça joue et ça joue même très bien. Que ce soit les mélodies accrocheuses, les refrains moqueurs ou une musique variée et maîtrisée bien au-delà de la moyenne, l’élan musical proposé par les Norvégiens tient plus de la récréation et ses textes de la taquinerie. Ici, on joue sur une certaine finesse en proposant un « Hedonistic Hard Rock » réjouissant.

Ça groove, les riffs déroulent dans une insouciante légèreté portés par des chœurs et des solos d’une très grande justesse. Un état d’esprit qui est l’essence-même de BONG VOYAGE et il suffit d’écouter « Saturday Rite Special », « UFOria », « One Hundred Million Billion », « Enabler » ou « Wizard Of Oslo » pour s’en convaincre. BONG VOYAGE multiplie les clins d’oeil, joue sur des références à peine voilées aux monstres sacrés des années 70, 80 et 2000. Et la bonne humeur des Scandinaves se diffuse au fil des titres et quelques minutes suffisent pour être réellement conquis ! Dans une société assombrie où les bonnes nouvelles se font rares, celle-ci arrive à point nommé !

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Blues Rock

Guto Konrad : une jeunesse assurée

Chanteur, guitariste et compositeur, le musicien auriverde fait des débuts très prometteurs avec « Looking For Change », un premier effort qui en dit déjà long sur ses ambitions. Agile et puissant, le Blues Rock de GUTO KONRAD puise son énergie dans une époque qu’il n’a pourtant pas connu, ce qui ne l’empêche pas d’en maîtriser les moindres rouages. Avant de le découvrir cette année en Europe sur scène, c’est l’occasion de déjà se familiariser avec ses morceaux. Il signe en tout cas une belle entrée en matière.

GUTO KONRAD

« Looking For Change »

(Independant)

Lorsqu’on évoque le Brésil, on pense surtout Bossa Nova et Metal et beaucoup plus rarement Blues. Si le nom de Mario Rossi revient à l’occasion, il faut souhaiter que celui de GUTO KONRAD s’impose à son tour dans la sphère Blues Rock. A tout juste 23 ans, il se présente avec un premier album convaincant et déjà mature. Enregistré entre 2024 et 2025, « Looking For Change » est le reflet d’une nouvelle génération, qui commence à se faire entendre et qui affiche autant d’audace que de talent. Et lui non plus n’a pas froid aux yeux.

Malgré sa jeunesse, GUTO KONRAD canalise sa fougue grâce à un jeu surtout basé sur le feeling et les atmosphères et les tessitures, même si on devine sans mal que sa technique est déjà redoutable. Certes, ses références sont claires et se nichent autant dans un esprit 70’s que dans le côté indomptable d’un Stevie Ray Vaughan. Avec un son de guitare épais et chaleureux, GUTO KONRAD s’échappe même dans des ambiances psychédéliques tout en mouvement et guidées par des mélodies soignées et des arrangements délicats et précis.

Il y a forcément une certaine naïveté dans cette première réalisation. Et elle se traduit par une agréable approche guitaristique, qui le relie à Jimi Hendrix et son côté imprévisible et débridé. Quant à la production, son amplitude lui confère une saveur live et organique. GUTO KONRAD se livre sans fard et dès l’intro, une sensation de liberté émane de « Looking For Change ». Avec des compositions virevoltantes et appuyées, on se laisse vite happer par cet enthousiasme plein de vigueur (« Ain’t No Use », « Over And Over Again », « Hope » et le morceau-titre).

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Classic Hard Rock Hard Blues Southern Blues

John Corabi : personal way

Avec un premier effort fortement imprégné par les 70’s, mais avec un son très actuel, JOHN CORABI se livre avec authenticité sur ce qui constitue sa culture musicale. Et même si on n’avait aucun doute sur le bon goût du chanteur de The Dead Daisies, il faut reconnaître qu’il se dévoile aussi comme un redoutable songwriter. Solaire et sincère, il passe en revue des atmosphères plus Rock peut-être, plus Southern aussi et portées par un groupe cinq étoiles. En s’offrant même une reprise de Sly And The Family Stone et flirtant avec la Soul et le Blues, le musicien de Philadelphie se montre impérial.

JOHN CORABI

« New Day »

(Frontiers Music)

Marqué au fer rouge par son passage chez Mötley Crüe le temps d’un album éponyme en 1994, JOHN CORABI s’est aussi essayé à d’autres formations, mais celles-ci firent beaucoup moins de bruit que le remplacement de Vince Neil. Depuis, il a enfin récupéré sa place au sein de The Dead Daisies qui a, de nouveau, retrouvé toute sa splendeur. Avec « New Day », c’est en solo qu’il se présente avec un disque qui lui ressemble beaucoup et sur lequel il se fait plaisir entre Classic, Southern et Hard Rock avec une même aisance et surtout une voix puissante.

Enregistré l’été dernier à Nashville avec le fameux Marti Frederiksen (Aerosmith, Ozzy) aux manettes, JOHN CORABI livre un opus très personnel et chaleureux. A ses côtés, le gratin du genre œuvre avec lui, à savoir son producteur, Evan Frederiksen pour la rythmique et beaucoup d’autres instruments, Richard Fortus (Guns N’Roses) à la guitare, Paul Taylor (Winger, Steve Perry) aux claviers et Charlie Starr de Blackberry Smoke aux solos. Difficile d’aligner un plus beau line-up et le résultat est à la hauteur des attentes : époustouflant !

De sa déjà longue carrière, l’Américain semble avoir rassemblé tout ce qui le fait vibrer. Que ce soit sur des titres acoustiques sensibles et délicats, ou d’autres plus entraînants aux teintes bluesy, ou évoluant dans un Rock plus brut, le frontman sait absolument tout faire et sa classe naturelle fait le reste. JOHN CORABI garde aussi un œil dans le rétro en incluant « Cosi Bella (So Beautiful) » (2021) et « Your Own Worst Enemy » (2022), sortis tous deux en singles, aux côtés d’autres pépites (« New Day », « That Memory », « When I Was Young », « 1969 »). Incontournable !

Photo : Jeff Fasano

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Doom Metal

The Solitude : une source intarissable

Brut et sincère, THE SOLITUDE concentre sur son premier effort toute l’imagerie faite de mysticisme et de rituels propres au Doom. Si l’ombre de Candlemass plane au-dessus de « The Sounds Of Absent Life », cela ne doit rien au hasard, puisque les Suédois demeurent le modèle absolu de leurs voisins finlandais. Intense, leur jeu en manque pas d’éclat et la vérité avec laquelle ils se sont investis force le respect. Imposant et épique.

THE SOLITUDE

« The Sound Of Absent Life »

(Reaper Entertainment)

Vacillant depuis plus de 30 ans du côté d’Helsinki, la petite flamme qui anime THE SOLITUDE prend enfin réellement vie avec « The Sound Of Absent Life », un premier album qu’on n’osait plus attendre. Imaginé en 1993 par le batteur Janne Parviainen (Ensiferum) et mis en marche avec le guitariste Gas Lipstick (ex-Him, Kyyria), le groupe compte aujourd’hui dans ses rangs le chanteur Aleksi Parviainen et Ville Pelkonen à la basse. Initialement conçu comme un Tribute Band à Candlemass, il apparaît avec des morceaux originaux emprunts du même état d’esprit.

Pour l’anecdote, il tire aussi son nom du titre extrait du légendaire « Epicus Domicus Metallicus » sorti en 1986. Une décision qui en dit long sur les intentions des Scandinaves qui aspirent à faire renaître l’essence originelle du Doom. Et le résultat est là et il sonne même comme une évidence. THE SOLITUDE a enregistré « The Sound Of Absent Life » en conditions live et sur bandes analogiques avec dans l’idée d’être le plus plus authentique possible. Et c’est mission accomplie puisqu’il nous fait remonter à la source du genre.

Capté en seulement dix heures de studio, on retrouve l’atmosphère première des disques de Candlemass bien sûr, avec aussi un soupçon de Pentagram et même de Manilla Road pour le côté épique. Tout sauf plombant, le Doom de THE SOLITUDE pèse au contraire de tout son poids pour entretenir une tradition aujourd’hui si stéréotypée et synthétique. Ici, chaque titre vit et se développe dans une environnement organique incroyablement humain (« Ruins Of The Fallen Stars », « Gateway To Hell », « Requiem », « He Who Prevails »). Un coup de maître.

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Metal Progressif

Only Human : a clear vision

Avec déjà une idée très précise de ses intentions et du style qu’il entend aborder, ONLY HUMAN surgit avec un premier opus très mature. Particulièrement bien produit par ses soins, « Planned Obsolescence » mélange rage et mélodie avec un sens aigu du détail. En posant un regard lucide sur notre monde, les Danois s’engouffrent avec beaucoup de fluidité dans un Metal Progressif polymorphe, très maîtrisé et plein de fougue. Avec un propos clair et affirmé, ils se démarquent de cette scène souvent rêveuse pour aborder frontalement un état des lieux, qui pose déjà beaucoup de questions.

ONLY HUMAN

« Planned Obsolescence »

(Season Of Mist)

Fraîchement signé sur le label marseillais Season Of Mist, ONLY HUMAN révèle déjà de belles surprises sur son premier effort. Fondé à Copenhague autour de musiciens techniquement imparables, le groupe affiche déjà l’ambition de présenter un nouveau courant au sein du Metal Progressif. C’est vrai que le style s’y prête et sa multitude des possibilités ouvre bien des voies. « Planned Obsolescence » a pour objectif de donner une vision existentielle de notre société, laquelle est de plus en plus guidée par les algorithmes au détriment de l’humain.

Partant donc de ce constat aussi évident qu’alarmant, ONLY HUMAN n’a pas pour autant bâti son album dans une atmosphère pessimiste ou résignée. Non, les Scandinaves entendent faire passer un message basé sur l’éveil des consciences, transmis par un Metal aux multiples facettes. Globalement progressif, « Planned Obsolescence » flirte aussi avec des sonorités alternatives, Djent et quelques touches électroniques. Très actuel et un brin futuriste aussi, le registre affiché colle à son époque avec tout ce qu’elle possède également de moins réjouissant.

Loin de livrer une partition synthétique ou trop sophistiquée comme son concept pourrait le laisser entendre, ONLY HUMAN reste dans une sphère plutôt organique, et quand on sait qu’il a entièrement réalisé « Planned Obsolescence », on ne peut que reconnaître le très beau contre-pied effectué ici. Malgré des morceaux très structurés, le quintet n’use pas de trop de technicité et se déploie sur un groove solide et captivant (« Drift », « Steep Descent », « Techno Facist », « Breach »). Entre gros coups de blasts et arrangement délicats, les élans créatifs rayonnent. 

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Hard Rock Hard'n Heavy Heavy metal Old School

Stainless : explosif

Electrisant et dynamique, ce premier opus de STAINLESS est une belle surprise en plus d’être une réussite complète. Aguerris depuis des années au sein de formations Metal underground aux Etats-Unis, ses membres affichent maîtrise et complémentarité, et l’ensemble donne un Hard’n Heavy convaincant. Compact et accessible, « Lady Of Lust & Steel » est aussi sensuel que rugueux et aussi assez surprenant dans sa démarche. Tranchant et vif, il est déjà l’un des plus pertinents de l’année.

STAINLESS

« Lady Of Lust & Steel »

(High Roller Records)

S’ils se présentent à cinq sur scène et sur le line-up officiel, c’est bel et bien à trois qu’a été enregistré « Lady Of Lust & Steel », premier album des Américains. Fondé dans l’Oregon en 2022, STAINLESS compte déjà un single et un EP à son actif et ce n’est pas un hasard si Larissa Cavacece (chant), Jamie Byrum (guitare, batterie, chant) et Clifton Martin (basse) se sont attelés en studio pour donner une suite à cette belle aventure. Très actuel dans sa production, c’est pourtant dans les années 80 et 90 que se nichent les références de ce premier long format.

Entre Heavy Metal et Hard Rock, le style de STAINLESS semble éviter les chapelles pour mieux profiter d’une liberté artistique totale. Si l’importance des guitares, tant au niveau des riffs que des solos est manifeste, le groupe possède en sa chanteuse un argument de poids. Puissante et profonde, la voix de Larissa Cavacece a ce côté brut et ce timbre légèrement rauque, qui en imposent. Solide sur les couplets, elle se montre très accrocheuse et fédératrice sur les refrains. Sans conteste, sa forte personnalité est le fil rouge de « Lady Of Lust & Steel », qu’elle guide.

Sur huit morceaux, STAINLESS offre un beau panel de ses inspirations, le tout délivré avec une énergie très live. Avec le concours de son guitariste, la frontwoman s’approprie les titres avec fougue dès l’entame avec « Restless An’ Ready », puis « Whorefrost » qui offre une dimension clairement Metal. Mélodique et musclé, le combo avance avec percussion et virtuosité. Rompu à l’exercice, il saisit l’auditeur pour ne plus le lâcher (« Danger In The Night », « Take A Listen Mama », « Rough Justice »). Un premier essai transformé avec classe.

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Proto-Metal Psychedelic Rock Space Rock

Fangus : un brumeux rituel

Déjantée, débridée mais tout en contrôle, cette première réalisation des Québécois est d’une fraîcheur réjouissante. Evoluant dans un proto-Metal psychédélique sur lequel un léger voile Doom repose, FANGUS passe d’une dimension à l’autre sur des mélodies accrocheuses portées par des riffs massifs et une rythmique tourbillonnante. Omniprésents, les claviers donnent un relief hallucinatoire à « Emerald Dream », dont la proximité sonore et la performance de ses musiciens sont irréprochables.

FANGUS

« Emerald Dream »

(From The Urn Records)

Il y a de la magie et de la sauvagerie dans ce premier album de FANGUS. Fondé du côté de Montréal il y a quelques années seulement, on se doute pourtant que les musiciens à l’œuvre sur « Emerald Dream » sont plus que chevronnés et ce qu’ils nous proposent ici nous propulse plus de 50 ans en arrière avec quelque chose de surréaliste, au sens premier du terme. Faisant la jonction entre proto-Metal, Space Rock et Heavy Psych, il s’en dégage une sensation initiatique et presque mystique dans l’approche comme dans la production, par ailleurs très organique et brute.

L’un des aspects les plus marquants d’« Emerald Dream » sont les parties d’orgue et de synthés, qui alimentent le climat inquiétant de ce premier effort. FANGUS y développe un univers singulier, envoûtant et occulte, qui renvoie autant à Deep Purple, Coven, The Doors et aux plus sombres méfaits de Black Sabbath. Et par dessus tout, l’ensemble est très complet, délicieusement vintage et ce Rock psychédélique qui surfe sur des ambiances un brin rituelles, semble tout droit débarquer du début des années 70, avec tout ce que cela comporte de rageux comme de planant.

Incisif et mené par un frontman habité, le quintet se dévoile au fil des titres dans cet esprit rétro, dont émane une incroyable intensité. De la prise de son jusqu’aux intentions des Canadiens, ce bond dans le temps est fait avec une telle exactitude et tant de précision que l’on croirait « Emerald Dream » issu de cette époque si fertile musicalement (« Howling Hammer », « Pyre Of Love », « Quest Of Fire », « Shapeshifter », « Stardust Regulator » et le morceau-titre). FANGUS fait une entrée fracassante et son Heavy Rock labyrinthique a quelque chose de vraiment obsédant.