Déjantée, débridée mais tout en contrôle, cette première réalisation des Québécois est d’une fraîcheur réjouissante. Evoluant dans un proto-Metal psychédélique sur lequel un léger voile Doom repose, FANGUS passe d’une dimension à l’autre sur des mélodies accrocheuses portées par des riffs massifs et une rythmique tourbillonnante. Omniprésents, les claviers donnent un relief hallucinatoire à « Emerald Dream », dont la proximité sonore et la performance de ses musiciens sont irréprochables.
FANGUS
« Emerald Dream »
(From The Urn Records)
Il y a de la magie et de la sauvagerie dans ce premier album de FANGUS. Fondé du côté de Montréal il y a quelques années seulement, on se doute pourtant que les musiciens à l’œuvre sur « Emerald Dream » sont plus que chevronnés et ce qu’ils nous proposent ici nous propulse plus de 50 ans en arrière avec quelque chose de surréaliste, au sens premier du terme. Faisant la jonction entre proto-Metal, Space Rock et Heavy Psych, il s’en dégage une sensation initiatique et presque mystique dans l’approche comme dans la production, par ailleurs très organique et brute.
L’un des aspects les plus marquants d’« Emerald Dream » sont les parties d’orgue et de synthés, qui alimentent le climat inquiétant de ce premier effort. FANGUS y développe un univers singulier, envoûtant et occulte, qui renvoie autant à Deep Purple, Coven, The Doors et aux plus sombres méfaits de Black Sabbath. Et par dessus tout, l’ensemble est très complet, délicieusement vintage et ce Rock psychédélique qui surfe sur des ambiances un brin rituelles, semble tout droit débarquer du début des années 70, avec tout ce que cela comporte de rageux comme de planant.
Incisif et mené par un frontman habité, le quintet se dévoile au fil des titres dans cet esprit rétro, dont émane une incroyable intensité. De la prise de son jusqu’aux intentions des Canadiens, ce bond dans le temps est fait avec une telle exactitude et tant de précision que l’on croirait « Emerald Dream » issu de cette époque si fertile musicalement (« Howling Hammer », « Pyre Of Love », « Quest Of Fire », « Shapeshifter », « Stardust Regulator » et le morceau-titre). FANGUS fait une entrée fracassante et son Heavy Rock labyrinthique a quelque chose de vraiment obsédant.
Entre un post-NWOBHM et un héritage du Heavy Metal américain assumé, le nouveau supergroupe livre un premier album éponyme qui fait le lien avec tellement d’évidence et de naturel que c’était peut-être le combo que l’on attendait pour un véritable renouveau du genre. Initié par le guitariste californien Bob Balch (Fu Manchu, Big Scenic Nowhere, Slower) et le batteur du Minnesota Pete Campbell (ex-Pentagram), le bassiste suédois Fredrik Isaksson (Dark Funeral) et le chanteur de l’Ohio Terry Glaze (ex-Pantera, première période) ont rapidement rejoint les rangs d’AXE DRAGGER et les idées ont aussitôt fuzzé. Il en est ressorti dix morceaux puissants, mélodiques et rassembleurs, auxquels aucun fan de Heavy Metal, dans ce qu’il a de plus audacieux et traditionnel, ne pourra résister. Entretien avec un quatuor expérimenté, inspiré et techniquement imparable.
– On sait que la technologie permet aujourd’hui beaucoup de choses, mais comment vous êtes-vous retrouvés tous les quatre autour de ce projet ? Et y a-t-il un entremetteur derrière tout ça ?
Bob : Au départ, je travaillais avec Pete Campbell de Pentagram sur des riffs. Il m’avait contacté et je rêvais de faire un album de Metal Old School. J’ai grandi avec Riot, Dio, Judas Priest, Black Sabbath, Scorpions, Savatage, Armored Saint, etc… Alors, j’ai commencé à lui envoyer des morceaux et il me renvoyait ses pistes de batterie. On a parlé de chanteurs et j’ai suggéré Terry Glaze, qui avait joué aux débuts de Pantera. On lui a envoyé le morceau « Axe Dragger » et sa voix nous a bluffés. On savait qu’on tenait quelque chose d’exceptionnel. Pete a suggéré Fredrik de Dark Funeral à la basse. Et il a assuré, lui aussi. Une fois le line-up au complet, on a enchaîné les morceaux à toute vitesse. Et en neuf mois environ, on avait un album complet.
Pete : Bob et moi échangions des riffs pour d’éventuelles nouvelles chansons de Pentagram avant mon départ, et nous avons décidé de prendre une direction complètement différente et de voir où cela nous mènerait. Les riffs continuaient d’affluer, j’ai commencé à y ajouter de la batterie, et il était indéniable que nous devions poursuivre et explorer toutes les possibilités. Ce qui avait commencé comme un projet est devenu un véritable groupe !
Terry : C’est vrai que Bob m’a demandé si je voulais chanter sur un morceau et le reste appartient à l’histoire.
Fredrik : Eh bien, j’ai rencontré Pete à des festivals. Il était là avec Pentagram et moi avec Dark Funeral. On a commencé à discuter et on avait les mêmes goûts musicaux, alors on s’est dit qu’on devrait faire quelque chose ensemble. On a continué à composer et un jour, il m’a dit : « C’est parti ! » Lui et Bob faisaient du Heavy Metal des années 80, un truc que j’adore, alors j’ai dit : « Carrément ! ». (Sourires)
– Une fois que vous avez constitué le line-up d’AXE DRAGGER, vous avez travaillé pendant un an à distance sur les morceaux de l’album. Même si cela peut être pratique à bien des égards, le travail de composition et d’arrangement n’aurait-il pas été plus facile tous ensemble ? Et plus chaleureux peut-être aussi…
Bob : Pas vraiment. C’est plus facile de faire des ajustements ‘directement dans le logiciel’, si l’on peut dire. J’ai composé la majeure partie de la musique, à l’exception de « The Damned Will Cry », dont Pete a composé la musique. Je fixais simplement un BPM et j’improvisais sur un rythme pendant une dizaine de minutes. Ensuite, je reprenais le tout et je réduisais le morceau à quatre minutes. De cette façon, il conserve tout son feeling.
Pete : C’était vraiment facile d’enregistrer cet album à distance, car tous les participants sont de vrais pros. Et pour ma part, c’était passionnant, car je ne savais jamais quel riff allait arriver. Recevoir les pistes de basse et de chant et les entendre pour la première fois pour chaque morceau, c’était comme être un enfant à Noël ! Nous vivons tous dans des Etats et des pays différents, et nous avons d’autres projets et des obligations familiales, donc c’était la seule solution envisageable. Bien sûr, ce serait génial de se retrouver tous ensemble en studio pour composer, et on le fera peut-être pour le prochain album.
Fredrik : Personnellement, je n’ai pas écrit de chansons, juste quelques lignes de basse, bien sûr. Je pense qu’on peut composer de la très bonne musique en dehors du travail, la preuve ! (Rires) Plus sérieusement, c’est une excellente méthode pour travailler sur des chansons.
– Ce qui peut surprendre aussi, c’est que vous venez tous les quatre d’horizons musicaux assez différents. Le choix de vous focaliser sur un Heavy Metal très 80’s, avec un fond Stoner tout de même, a-t-il été un choix évident et collectif ? Car, finalement, ce qui peut vous rapprocher sont peut-être des influences qui remontent à bien plus loin dans vos parcours respectifs ? Votre jeunesse ?
Bob : Notre jeunesse a certainement joué un rôle. On a parlé du style des années 80. Je voulais un son puissant et un peu brut. Un peu menaçant, si tu veux.
Pete : Je suis sûr de parler au nom de tous : on adore tous le Metal Old School ! C’est dans notre sang et je pense que c’est cette influence et cette vague qui nous ont réunis, c’est certain !
Fredrik : Bob et Pete ont parlé de faire du Heavy Metal des années 80 dès le début, je crois, et j’en suis ravi. J’adore vraiment ça, c’est la musique avec laquelle j’ai grandi et celle que j’écoute encore tous les jours.
Terry : En effet, je pense que la diversité de nos influences est aussi l’une de nos forces.
– L’une des choses assez marquante aussi, c’est que vous semblez tous, sauf peut-être Terry, être à contre-courant de votre habituel jeu, comme si vous souhaitiez vous en détacher. Est-ce le cas ? Et aviez-vous envie d’une aventure totale avec ce groupe ?
Bob : Ce n’était pas mon intention. Je joue toutes sortes de styles dans différents projets. J’adore la guitare Jazz, le vieux Metal, le Rock psychédélique, les jams ‘smooth’ des années 70, etc… C’était juste le bon moment pour ressortir du bon vieux Metal. En plus, j’en mettais beaucoup en ligne, ce qui a contribué à raviver l’envie.
Pete : Personnellement, c’était un vrai bol d’air frais de rejouer ce genre de musique après les 20 dernières années de Doom Metal. Chacun a pu montrer son talent musical et se lancer des défis, et c’est bien là l’essentiel ! (Sourires)
Fredrik : C’est très différent du Black Metal que je joue avec Dark Funeral, mais ça reste mon genre préféré. Même si, bien sûr, j’adore jouer les deux.
– AXE DRAGGER remonte à l’âge d’or du Heavy Metal, dont Terry a d’ailleurs été un acteur et un témoin de premier ordre dans les années 80. Sur l’album, il y a une intensité et une force mélodique que l’on retrouve assez peu aujourd’hui. Et malgré la distance entre vous, il y a une atmosphère très live sur les morceaux. L’idée était-elle d’être le plus direct et le plus brut possible ?
Bob : Oui. Même si nous avons tous enregistré séparément, je tenais vraiment à ce que l’album conserve un son live. C’est assez facile à obtenir au mixage. J’ai déjà fait quelques albums comme ça, surtout avec le groupe Slower, donc je connaissais bien le processus.
Pete : Je crois que c’est exactement ce qui est ressorti, et pour moi, c’est très rare. L’alchimie entre nous tous, en tant que groupe, est incroyable, surtout pour des musiciens qui n’avaient encore jamais joué ensemble auparavant. Et j’ai vraiment hâte de présenter ça sur scène !
Fredrik : Oui, on voulait vraiment faire un album de Metal des années 80, mais actuel dans le son. Et je trouve que tout le monde a fait un super boulot.
– « Axe Dragger » renoue aussi avec l’esprit des premiers albums de Judas Priest et Riot notamment. Un pont entre l’Europe et les Etats-Unis qui donne à l’album une saveur particulière, sans pour autant que ce soit trop « underground » dans l’approche. Est-ce finalement votre expérience personnelle qui vous permet de surpasser les codes et rafraîchir ainsi le Heavy Metal Old School ? Certains caps deviennent aussi plus facile à franchir, non ?
Bob : Je n’y avais jamais vraiment réfléchi, mais oui, c’est un mélange de NWOBHM et de Metal américain. J’adore les deux, donc ça paraît logique.
Pete : Je le pense aussi. La musique est universelle. Je pense que le Heavy Metal Old School a besoin d’un nouveau souffle et je suis fier que nous y ayons contribué !
Fredrik : On a tous grandi avec le Metal des années 80, et forcément, c’est plus facile de s’y identifier et d’en jouer quand on a ça dans le sang ! (Rires)
– Et bien sûr, l’un des atouts majeurs de l’album est le son et sa production. Etait-ce essentiel pour vous de recourir aux services de personnes avec un profil tel que ceux de Brian Scheuble (Mötley Crüe, Whitesnake) et Dave Collins (Metallica, Soundgarden) ? Sont-ils aussi les garants de votre son, grâce à leur expérience et leurs connaissances du style ?
Bob : Ils nous ont tous deux beaucoup aidés. Brian surtout. Il avait un sens du détail incroyable et savait exactement ce qu’on recherchait. J’avais déjà travaillé avec Dave Collins sur l’album de Fu Manchu « The Action Is Go », et il avait fait un travail formidable. Carl Saff s’est aussi occupé du mastering du vinyle. Il a travaillé sur un grand nombre de mes projets et sur les derniers albums de Fu Manchu.
Terry : Je connais et travaille avec Brian Scheuble depuis des décennies, et je savais qu’il était l’homme idéal pour ce projet. Et je tiens également à remercier Mike Herrington pour ses paroles exceptionnelles.
Pete : Ce fut un véritable honneur de collaborer avec ces messieurs sur cet album ! Deux légendes dans leurs domaines respectifs, qui lui ont véritablement donné vie ! Nous avions déjà des morceaux fantastiques, mais c’est grâce à eux que l’album est devenu une véritable machine faite pour la scène !
Fredrik : C’est génial d’avoir Brian et Dave avec nous. Ils ont vraiment fait un super boulot sur cet album. Ils travaillent seulement avec de bons groupes et maintenant avec AXE DRAGGER… Je suis presque sans voix ! (Rires)
– Enfin, il y a une question que tous les amoureux de Heavy Metal vont se poser après avoir écouté l’album : vous verra-t-on sur scène bientôt, car cela s’annonce explosif, tant « Axe Dragger » est fédérateur ? On s’attend à une vraie communion !
Bob : Nous sommes en train de planifier cela. Nous envisageons des concerts aux Etats-Unis cette année et des festivals en Europe pour 2027 !
Pete : Des discussions sont en cours et je suis certain qu’on montera bientôt sur scène ! On a tellement hâte de tout déchirer ! Restez connectés !
Fredrik : Carrément ! On a vraiment envie de faire une tournée avec AXE DRAGGER. On espère que ce sera cette année.
Terry : Nous espérons tous vous voir très bientôt !
L’album éponyme d’AXE DRAGGER est disponible chez Ripple Music.
Avec un regard assez nietzschéen sur l’existence, la formation du Portugal propose un Funeral Doom Death qui évite brillamment la monotonie, grâce à des contrastes bien sentis. Ce premier effort se meut dans une obscurité, d’où quelques scintillement apparaissent subtilement, mais qui demeure d’une épaisseur presque impénétrable. ATONE parvient même à dérouler une narration très cohérente à travers « Rebirth In Despair » avec beaucoup de précision et d’intuition, le tout sur une bonne production.
ATONE
« Rebirth In Despair »
(Meuse Music Records)
Pour son premier album, ATONE fait preuve d’originalité en imposant avec force sa vision du Funeral Doom Death. Il faut bien avouer que le style n’autorise ni l’hésitation, ni l’approximation et c’est justement là que le quatuor se montre habile et sûr de lui. Bien sûr, les codes sont respectés, maîtrisés et leur jeu est irréprochable, mais les Portugais sortent aussi du lot grâce à une approche assez différente. L’univers du groupe tourne autour des mêmes thématiques, certes, et pourtant, « Rebirth In Despair » ne verse pas dans l’apitoiement, mais pose plutôt des constats.
En s’appuyant sur la lenteur de son jeu, ATONE déploie sa pleine puissance. Les guitares et les discrets claviers mènent les morceaux sur une ligne mélodique constante sans jamais qu’il n’y ait de cassure, ce qui fait aussi l’originalité du combo. Parfaitement structurés, les titres, qui ne sont qu’au nombre de cinq, s’étendent de huit à plus de 15 minutes. Le temps pour les Lisboètes d’installer des atmosphères qui évitent soigneusement de devenir plombantes ou trop écrasantes, ce qui leur permet de maintenir une certaine vivacité dans un élan très contrôlé.
Si le propos n’est guère optimiste quant au sort de l’humanité et que le sentiment de désespoir envahit « Rebirth In Despair », les tonalités employées par ATONE révèlent un aspect sacré avec des nappes de synthés savamment placées. Forcément, sur de telles longueurs, les plages instrumentales dominent l’ensemble. Et vocalement, le frontman œuvre sur un growl qui semble plutôt animé de colère, lui permettant d’éviter les profondeurs inhérentes au registre en se faisant plus incisif. On sort donc ici un peu des conventions avec de nouveaux horizons sonores.
Du côté de Toulouse, la jeunesse a un œil dans le rétro, comme en témoigne DAMANTRA qui assume pleinement ce bond dans le temps. Après avoir arpenté de nombreuses scènes et s’être plié à l’exercice de l’EP à deux reprises, le groupe passe aujourd’hui à la vitesse supérieure de belle manière avec un premier album très réussi. Solide, organique et produit en interne, son Rock 70’s aux élans Psych et bluesy est plus que convaincant. Passant par toutes les émotions et multipliant les ambiances, « Better Off This Way » se termine sur les chapeaux de roue sans lever le pied et avec une intensité constante. Un premier effort complet qui vient confirmer l’ambition et les intentions du quatuor depuis ses débuts. Entretien avec quatre musiciens passionnés ayant fait de l’univers vintage leur propre terrain de jeu…
– Depuis « Jekyll & Hyde » en 2020, puis « Comet » en 2023 et aujourd’hui avec « Better Off This Way », il y a beaucoup de constance dans votre jeu, même si la production évolue, bien sûr. Est-ce qu’à la création de DAMANTRA, vous aviez déjà une idée très précise de votre ligne musicale ?
On se laisse toujours guider par la musique que l’on aime au moment de la création des morceaux. Alors naturellement, comme on évolue avec les années, notre musique aussi. On a composé les morceaux de « Jekyll And Hyde » avec un premier batteur beaucoup plus Metal dans son jeu et ses influences. Avec l’arrivée de Rémi (Fournier, NDR) aux baguettes, notre style s’est rapidement orienté vers un Rock plus rétro, en y ajoutant de nouveaux instruments plus ancrés dans les 70’s : clavier Moog, Orgue Hammond, Theremine…. Cependant, on a toujours été fans de Rival Sons et de Blues Pills, des groupes actuels pleinement inspirés par la Soul, le Blues et le Rock 70’s. Mais c’est vraiment sur ce nouvel album qu’elles sont pleinement assumées à la fois musicalement et visuellement.
– Même si la musique n’échappe aux phénomènes cycliques, qu’est-ce qui vous a poussé à construire un répertoire vintage 70’s, d’autant qu’aucun d’entre vous quatre n’a connu cette époque ?
On vient tous d’esthétiques musicales différentes, ce qui nous a permis de nous nourrir les uns les autres, et les années 70 nous ont paru comme une évidence en jouant ensemble. C’est d’ailleurs en poussant l’imagerie 60/70’s sur ce dernier album qu’on s’est rendu compte que nos grands-parents avaient bien la classe. Cette période est finalement la genèse de tous les styles de musique Rock qu’on apprécie. Les années 70 sont une époque fantasmée par ceux qui ne l’ont pas connue, et nostalgique pour ceux qui l’ont vécue. Elle est synonyme de bouleversement technologique, de conquête de l’espace, de pleine guerre froide, de pantalons patte d’eph et de la mode Space Age. C’est difficile de ne pas faire un parallèle avec les événements actuels : IA, retour sur la lune, situation géopolitique mondiale.
– Forcément dans ce registre précis, le son est essentiel, notamment son aspect organique. L’utilisation d’instruments vintage est aussi souvent de mise et j’ai même lu que vous aviez créé les vôtres. En quoi cette démarche a-t-elle constitué et comment vous y êtes-vous pris ?
On a tous essayé des instruments vintage qu’on n’avait clairement pas les moyens de se payer. On voulait pousser l’expérimentation au maximum, avec des sons toujours plus fuzzy, plus psychédéliques, et ça nous a paru comme une évidence de mettre la main à la pâte. Alors, on a appris l’électronique du son, la lutherie pour les nuls et on a commencé à se fabriquer des pédales d’effets, amplis dans de vieille radio TSF, guitares/basses et claviers. On a appris sur le tas grâce à des magazines spécialisés et Internet. On ne va pas se mentir, il y a eu quelques étincelles et des ratés avant d’avoir un premier résultat concluant. Mais, au final, tout ça fait qu’aujourd’hui, on joue sur du matos sur mesure, dont on est trop contents et qui suscite souvent la curiosité du public à nos concerts.
– « Better Off This Way » possède une production très soignée et nettement plus ample que celles de vos deux EPs. Et c’est d’ailleurs votre bassiste et claviériste Robin Fleutiaux qui a mixé l’album. Vous l’avez aussi enregistré au studio Capitole à Toulouse et quelque part dans les Pyrénées. C’est une démarche globale très DIY, qui va d’ailleurs jusqu’aux visuels. C’était essentiel pour vous de maîtriser chaque étape du processus ?
C’est justement tout le sens du nom de cet album « Better Off This Way », littéralement « C’est mieux comme ça ». On a voulu faire appel à un graphiste et un mixeur pour ce disque. Même si on a rencontré plusieurs personnes extraordinaires, on arrivait pas à faire retranscrire le son et l’image qu’on avait en tête. Alors, on s’est rendu compte qu’avec l’expérience des deux premiers EP, on avait toutes les compétences en interne pour arriver à un résultat qui nous corresponde. On a enregistré la batterie, une guitare et basse en live au Studio capitole. On était tous les quatre dans la même pièce, dans le grand studio et on a joué les dix morceaux en live pour capturer leur essence-même, à savoir des compos qui se vivent en concert. Les autres instruments (deuxième guitare, claviers, chants) ont été ajoutés à huis clos dans une maison dans les Pyrénées pour nous permettre de pousser la production à son maximum et de façon collégiale.
– D’ailleurs, là où vous surprenez un peu, c’est que vous avez fait appel à un directeur artistique, Nathan Bouschet, pour superviser l’album. Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision ? Vous aviez besoin d’un regard extérieur, voire d’une aide supplémentaire, pour canaliser votre jeu ?
Contrairement aux deux premiers opus, qui ont été enregistrés après avoir éprouvé les morceaux en concert, les dix nouveaux morceaux de l’album ont été composés en cinq mois et n’ont jamais été joués en live avant l’enregistrement. C’était une période très dense et on avait besoin d’un regard extérieur pour suivre la ligne artistique qu’on s’était fixée. Nathan a poussé ces nouvelles compos à leur maximum, sans nous ménager, mais en étant toujours bienveillant.
– Avant « Better Off This Way », vous avez donc sorti deux EPs, et vous vous êtes également aguerris sur scène. C’était nécessaire, selon vous, avant de vous lancer dans la création d’un album de suivre ces passages presque initiatiques dans l’évolution d’un groupe, afin aussi d’avoir certaines garanties artistiques ?
On a fait plus de 100 concerts avant de se lancer dans la composition de cet album. Ces deux EPs et toutes ces dates nous ont confortés sur notre identité artistique. On a pu tester ce qui fonctionne en concert. De cette expérience, on a pu composer sereinement ces nouveaux morceaux qui ont justement vocation à se vivre en live. Car, on le redit, « Better Off This Way » a été composé et enregistré en quelques mois et aucun de ses morceaux n’ont été joués en concert avant l’enregistrement.
– Parmi les artistes qui résonnent à l’écoute de votre album, on pense à Rosalie Cunningham, Tora Daa, Ina Forsman et bien sûr Blues Pills. Est-ce que finalement l’essentiel de l’inspiration vintage ne viendrait-elle pas de l’actuelle génération, et par ailleurs d’une scène très nordique ?
Oui, c’est vrai que cette nouvelle génération de Rock à l’inspiration vintage nous touche particulièrement. Beaucoup viennent de Suède, mais on peut aussi citer Greta Van Fleet aux USA, Les Deuxluxes au Canada, Moundrag en France ou Dirty Sound Magnet en Suisse, qui apportent un vent de fraîcheur sur ce style.
– Enfin, votre Rock avec ses sonorités très diverses, tantôt douces ou plus musclées, possède aussi comme un fil rouge une saveur, même profonde, Soul, Bluesy et Psych, à l’instar de DeWolff également. Est-ce que DAMANTRA est en quête d’une certaine authenticité qui passe forcément par certains fondamentaux ?
Le Blues et la Soul ont toujours été, par essence, des musiques sincères et exutoires : c’était leur mantra. C’est sur un projet de Blues acoustique que Mélanie (Lesage, chant – NDR) et Virgile (Jennevin, guitare – NDR) ont joué ensemble pour la première fois. Ce sont forcément des styles qui ont bercé DAMANTRA dès sa création, tout en mêlant les influences diverses de chaque musicien, dont la Pop qui infuse le paysage musical depuis les Beatles jusqu’à nos jours.
Le premier album de DAMANTRA, « Better Off This Way », est disponible sur le site du groupe :www.damantra.fr
Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.
WILDHORSE
« Shewolf »
(Independant)
Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.
C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.
Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.
Implacable, rebelle et irrésistiblement positive, la formation de Sydney est allée puiser son énergie dans le tréfonds des endroits les plus malfamés de sa ville. Digne héritier d’une tradition Pub Rock unique en son genre, AVALANCHE sort son premier effort avec tellement d’insouciance qu’on se laisse prendre au jeu de cette ambiance délurée. « Armed To The Teeth » porte bien son titre, tant il en a sous le capot. Enregistré presque entièrement en condition live, on imagine sans mal le quatuor haranguant la foule. Un vrai souffle de liberté…
AVALANCHE
« Armed To The Teeth »
(MGM)
Si cet album aurait pu avoir été enregistré il y a 30, 40 ou même 50 ans, c’est qu’il a vraiment une résonance familière avec son Rock percutant et fédérateur. Et comme nous sommes en Australie, le Hard Rock d’AVALANCHE porte un nom : le Pub Rock, incarné depuis des décennies par AC/DC et Rose Tattoo et plus récemment par Airbourne notamment. Sans fioriture, direct et efficace, « Armed To The Teeth » affiche également une belle production signée Steve James (The Angels, The Screaming Jets), qui a parfaitement su restituer l’intensité et la fougue du combo.
Et le moins que l’on puisse dire est qu’il y a de électricité dans l’air. Assis sur la caisse de dynamite, on retrouve Veronica et Steve Campbell, unis à la scène comme à la ville, respectivement lead guitariste et bassiste/chanteur. Ces deux-là sont sans limite et, soutenu par Blake Poulton à la guitare rythmique et le cogneur Bon Lowe, ils sont la colonne vertébrale de cette incontrôlable AVALANCHE. « Armed To The Teeth » est rugueux, spontané et sent bon les regrettés bars enfumés aux effluves de bière, jadis si Rock’n’Roll et authentiques.
S’ils ne renouvellent pas vraiment le genre, on peut affirmer que nos quatre rockeurs renversent quelques tables. Sans artifice, l’album a une saveur toute adolescente et on est prêt à les suivre jusqu’au bout de la nuit. Survolté, le frontman semble nous faire une soirée diapo sur fond de souvenirs de jeunesse pour le moins déjantés (« On The Bags Again », « Dad, I Joined A Rock’n’Roll Band », « Ride Or Die », « Kick Your Heels Back », « Hell’s Getting Hotter With You », « Bottle Of Sin » et le morceau-titre bien sûr). AVALANCHE est là pour botter des cul et afficher des sourires !
Spontanée et rebelle, AUSTEN STARR montre beaucoup d’assurance sur ce « I Am The Enemy » avec lequel elle fait son entrée sur la scène Rock. Originaire du Massachusetts, la frontwoman affiche déjà une forte personnalité. Il faut dire que le groupe taillé sur mesure qui l’accompagne a de quoi rassurer. Mais elle n’a pas froid aux yeux et, dans la veine d’autres consœurs de la même génération, elle se livre avec enthousiasme et sans retenue sur une belle partition.
AUSTEN STARR
« I Am The Enemy »
(Frontiers Music)
Nouvelle venue sur la la scène Rock/Hard Rock, l’Américaine possède déjà de beaux atouts en main, à commencer par la confiance accordée par son label. Celui-ci lui a mis à disposition quelques cadors triés sur le volet pour élaborer « I Am The Enemy ». A ses côtés, Joel Hoekstra (Whitesnake, Revolution saints, …) a co-écrit les chansons, s’est chargé bien sûr des guitares et a même produit l’album. Autant dire qu’avec un partenaire de cette trempe, AUSTEN STARR se donne toutes les chances pour faire des débuts très remarqués.
Et ce n’est pas tout ! Car, si le virtuose a composé les musiques sur les textes de la chanteuse, le reste du combo a de quoi faire quelques envieux. A la basse, à la batterie et au mixage, c’est Chris Collier (Korn, Lita Ford, …) qui assène de belles rythmiques, tandis que Steve Ferlazzo (Avril Lavigne, Hugo’s Voyage) est aux claviers et Chloe Lowery (Trans-Siberian Orchestra) assure les chœurs. AUSTEN STARR ne pouvait rêver mieux pour mettre en lumière et en relief ses premiers morceaux. Alors, bien sûr, « I Am The Enemy » fait plus que tenir la route.
Musicalement, ce premier opus est bâti sur un Modern Rock percutant tirant sur le Hard Rock (Joel Hoekstra n’y est pas pour rien!). L’artiste de Boston affiche une proximité avec Diamante, The Warning, Halestorm par moments, ou encore avec sa collègue Cassidy Paris, également chez Frontiers Music. Même s’il reste encore quelques approximations vocales et un manque d’expérience normal, AUSTEN STARR est solide et audacieuse et son premier effort révèle de bons titres (« Remain Unseen », « Medusa », « Get Out Alive », « Not This Life » et le morceau-titre).
Après avoir étrenné ses premières compositions sur scène, NECKO a eu le temps de mesurer leur impact auprès de fans toujours plus nombreux. D’ailleurs, cette spontanéité et cette immédiateté se ressentent pleinement sur « II », où figurent également les premiers enregistrements de la formation de Sydney. Avec cet opus, on se délecte des effluves très 70’s de ce Rock musclé, assez épuré, mais suffisamment accrocheur et explosif pour confirmer le talent des trois musiciens.
NECKO
« II »
(Bad Reputation)
Après un EP éponyme en 2023 et un second l’année suivante, la jeune formation se lance dans le grand bain avec un premier album étonnamment intitulé « II ». Troisième effort donc et peut-être deuxième ère, via ce titre, dans l’évolution du trio et cette entrée en matière sur un format long se fait de la plus belle des manières, même si on y retrouve quelques chansons déjà sorties. NECKO, du nom de son leader, fondateur, guitariste et chanteur Alex, connaît une belle ascension sur une île-continent et il se pourrait que l’Europe y succombe bientôt aussi.
Complété par Reno Torrisi à la batterie et Alex Damon à la basse et aux claviers, le power trio se nourrit de Classic Rock et du Hard 70’s pour en livrer sa vision et sa version. Nerveuse tout en restant groovy, la musique des Australiens va donc puiser quelques générations en arrière et c’est d’ailleurs surprenant de constater avec quelle facilité ils se sont appropriés l’esprit d’un registre qu’ils n’ont pas connu. Et NECKO n’y va pas timidement, bien au contraire, l’énergie très live des onze titres en témoigne avec beaucoup d’assurance.
Musicalement, on navigue d’un côté de Led Zeppelin à The Who, et de l’autre autour des plus actuels Greta Van Fleet, DeWolff parfois ou encore The Vintage Caravan. Bluesy et surtout très Rock, NECKO a intelligemment assimilé l’ensemble pour se constituer une identité originale et personnelle (« You’ve Got What I Want », « Wicked Woman », « Animal », « Sinner », « Beggar On A Throne Of Gold », « What Remains »). Malgré sa saveur volontairement vintage, « II » est une vraie bouffée d’air pur dotée d’un élan positif réjouissant.
Allier puissance et énergie dans un Heavy Metal traditionnel, tout en conférant une approche actuelle, c’est l’objectif atteint par les Barcelonais de WICKED LEATHER. Mené par une frontwoman à la fois magnétique et déterminée, le quintet se présente avec un premier album très convaincant. Entre occultisme, mystère et charges décibéliques concentrées, le groupe a déjà trouvé sa place au sein de l’underground espagnole et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec une assurance et une volonté à toutes épreuves, les Catalans s’apprêtent à déferler au-delà de leurs frontières avec le sombre et véloce « Season Of The Witch », une production aboutie, organique et très efficace. Entretien avec Yami, fondatrice et chanteuse du combo qui, à l’image de sa musique, ne manque pas d’audace et ne mâche pas ses mots.
– « Season Of The Witch » est votre premier album et pourtant à vous écouter, vous êtes loin d’être des débutants. Pouvez-vous nous parler de vos parcours respectifs et de la création de WICKED LEATHER ?
Tous les membres du groupe ont une expérience musicale antérieure. Personne n’est novice : on a survécu à des répétitions qui empestaient la sueur, le tabac et la pizza, à des camionnettes en panne au milieu de nulle part et à des idées ‘géniales’ à 3h du matin qui se sont avérées catastrophiques. C’est dans ces moments-là qu’on apprend ce qui fonctionne, ce qui marque et ce qui laisse des traces. Je suis pianiste de formation, j’ai chanté dans des chorales et j’ai joué dans des groupes. Cette expérience influence notre façon de jammer et notre son. WICKED LEATHER est né de notre désir commun : faire un Heavy Metal qui déchire, qui surprend et qui assume pleinement sa nature. Si ça ne fait pas hurler vos voisins, c’est que ça ne marche pas !
– Avant l’album, vous aviez sorti un premier double-single, « Echoes Of The Storm », il y a deux ans. A-t-il été pour vous le déclencheur de ce qui a suivi, dont la signature chez Lost Realm Records ? Et l’aviez-vous considéré comme une carte de visite à l’époque ?
Oui, c’était notre façon de dire ‘bonjour tout le monde, nous existons !’. Honnêtement, on ne s’attendait pas à grand-chose. Avec Lost Realm Records, c’était différent. Ils ont écouté l’album, l’ont aimé et on a commencé à discuter. Pas de magie, juste de la bonne musique qui fait son effet. Parfois, les opportunités se présentent et il faut savoir les saisir…
– D’ailleurs, malgré une bonne visibilité et de bons retours, vous avez quitté Jawbreaker Records, votre label à ce moment-là. Ça peut paraître étonnant, juste après ce bon départ. Que s’est-il passé ?
Nous n’avons abandonné personne. Nous sommes restés en contact et nous avons tout expliqué. Lost Realm Records nous offrait simplement une voie plus logique pour le groupe. Gustav de Jawbreaker Records est un type super. On continue à boire des bières et à rigoler ensemble. Pas de drame, juste des choix qui renforcent le groupe.
– Revenons à « Season Of The Witch », dont le contenu nous renvoie au Heavy Metal des 80’s. Malgré une production brute et sans fioriture, l’ensemble garde un son assez actuel. C’était important de ne pas sonner complètement vintage et conserver ainsi un pied dans notre époque ?
Beaucoup d’entre nous sont nés dans les années 80, c’est dans nos gènes. Cette décennie nous a façonnés et influence encore aujourd’hui notre rapport à la musique. Le Heavy Metal est une évidence. Si ça ne vous fait pas vibrer, c’est qu’on a raté notre mission !
– Là où beaucoup de groupes de Metal avec une frontwoman présentent souvent un chant plus sensuel et mélodique plutôt que puissant et solide comme vous, WICKED LEATHER ne fait aucune concession en affichant un style direct et incisif. Est-ce aussi une façon de vous démarquer et de sortir du rang ?
Franchement ? Alors, je ne suis pas là pour séduire qui que ce soit. J’adore U.D.O., mais je ne me sens pas séduite par lui. Etre une femme, ce n’est pas adoucir sa voix, ni faire ce que les gens attendent de moi. Je chante du Heavy Metal. Si je voulais charmer, je ferais tout autre chose. Ici, il s’agit de force, d’honnêteté et de conviction. Du Metal qui vous prend aux tripes !
– Cela n’aura échappé à personne, WICKED LEATHER évolue entre l’occultisme et un univers horrifique. Est-ce que les textes viennent justement renforcer l’atmosphère musicale, ou au contraire, c’est elle qui influence la thématique ?
Les paroles naissent souvent d’images, de rêves, de cauchemars récurrents et de souvenirs sombres. Parfois, un riff donne vie à une parole, parfois, c’est l’inverse. C’est un dialogue qui s’écrit de lui-même en musique. L’atmosphère d’horreur et d’occultisme se développe naturellement à partir des histoires, sans être forcée. C’est juste une part d’ombre que chacun porte en soi, la part que nous avons acceptée, filtrée par notre imagination… et peut-être un cri au milieu de la nuit.
– Pour la jeune génération tournée vers un Metal moderne et très souvent aseptisé, cela peut paraître étonnant de poursuivre le bel héritage du Heavy Metal traditionnel. En formant WICKED LEATHER, quelles étaient vos intentions d’une part ? Et d’autre part, que cela représente-t-il aussi pour toi d’être une femme à la tête du groupe, ce qui commence à se démocratiser enfin ?
Que ça plaise ou non, WICKED LEATHER est un groupe fondé par une femme. Non seulement je chante, mais c’est mon groupe. Je ne suis pas là pour faire joli. Je participe activement à la composition. Les paroles sont de moi, elles font partie intégrante de la musique. Quand j’ai fondé WICKED LEATHER, je voulais un groupe qui envoie du lourd et qui décoiffe au passage. Du Heavy Metal traditionnel, mais avec une touche rebelle. De la personnalité, de la puissance, sans compromis. On remet tout en question et on recommence si besoin. Du vrai Heavy Metal, pas de la Pop déguisée en Metal. Le Heavy Metal, c’est de la force et du cran. Trop souvent, les groupes gomment leur identité pour suivre les tendances ou éviter de paraître ridicules. Nous, on préfère prendre des risques, faire des erreurs et garder notre personnalité intacte.
– Enfin, j’aimerais qu’on parle de la scène espagnole qui est plus vivante que jamais, et notamment en ce qui concerne le Heavy Metal Old School. Est-ce que vous sentez aussi un réel revival depuis ses dernières années, et comment l’expliquez-vous ?
Absolument. L’énergie est palpable. Les groupes jouent avec passion et le public est au rendez-vous par conviction. On la ressent partout : aux répétitions, sur scène, dans la salle. L’Espagne est une communauté soudée, passionnée et vouée à un véritable amour du Metal. C’est ce qui explique la force de ce renouveau.
L’album de WICKED LEATHER, « Season Of The Witch », est disponible chez Lost Realm Records.
C’est un envoûtement, un rituel, une sorte de tornade mêlée de Hard Rock et Doom Metal dans des atmosphères occultes que propose RITUAL ARCANA sur son premier album éponyme. Le power trio américain se présente avec un line-up cinq étoiles, où chacun apporte sa pierre à un édifice solide et maléfique. Issus de The Obsessed et Saint Vitus notamment pour son guitariste, Scott ‘Wino’ Weinrich, de The Black Lips pour son rugueux batteur Oakley Munson, de Moth pour sa frontwoman et bassiste, ces musiciens se sont naturellement retrouvés autour d’un registre, où leur empreinte se fait déjà sentir. Sombre mais entraînant, « Ritual Arcana » captive autant par son univers un brin lugubre que par cette production brute et authentique, qui traverse ce premier effort dans un élan obsédant. SharLee LuckyFree, dont la voix stellaire illumine la formation, revient sur la magie qui opère avec ses partenaires.
– Tout d’abord, vous êtes trois fortes personnalités reconnues dans l’univers du Metal et du Rock et j’imagine que vos chemins ont déjà du se croiser avant la formation du groupe. Quand RITUAL ARCANA est-il né dans vos esprits ? Quel a été le déclic ?
L’idée de RITUAL ARCANA a commencé à germer dans mon esprit lors d’une tournée européenne avec The Obsessed il y a environ trois ans. Lors d’une longue promenade en solitaire, j’ai réalisé qu’il était temps d’acheter une nouvelle basse. Mais le destin a voulu que je retrouve ma Gibson EB0 de 1967 à notre retour. Parallèlement, j’écrivais beaucoup de poésie sur la route. De retour, je me suis concentrée sur l’écriture de chansons et j’en ai composé onze, dont j’ai enregistré les démos. Neuf se sont retrouvées sur l’album, les deux autres étant des bonus. Wino (Scott ‘Wino’ Weinrich – NDR) a adoré les morceaux ! Ce qui compte beaucoup pour moi, car c’est mon musicien préféré et un auditeur très attentif. Il a donc accepté de rejoindre le groupe et a considérablement enrichi les chansons en y ajoutant ses guitares. Il a également composé un morceau intitulé « Occluded ». Dès que nous avons commencé à jammer avec Oakley (Munson – NDR) à la batterie, tout s’est mis en place. Et oui, en effet, nos chemins s’étaient croisés bien avant la formation du groupe. J’avais vu Wino jouer en concert à de nombreuses reprises, que ce soit avec The Obsessed, Saint Vitus, Shrinebuilder, Acoustic, etc… et j’étais une grande fan de sa musique. Finalement, lors d’un concert d’Obsessed à Washington en 2018, nous nous sommes rencontrés et cela a été le coup de foudre. Nous sommes mariés depuis plusieurs années.
– Est-ce que l’idée d’associer Hard Rock et Doom Metal dans un esprit Heavy Rock occulte vous a immédiatement paru évident, car vos parcours respectifs semblaient aussi tout indiqués ?
L’écriture des chansons s’est faite très naturellement, sans se soucier du genre. Je pense que nous nous exprimons simplement dans l’univers du Hard Rock/Doom Metal, parce que c’est ce que nous sommes.
– RITUAL ARCANA est véritablement un super trio et on imagine même pas le groupe avec un membre supplémentaire, Est-ce que ce line-up et sa formule power trio est celui que vous attendiez tous les trois et quelles sont les possibilités d’une telle formation qui vous ont tout de suite sauté aux yeux ?
Je me sens vraiment privilégiée de jouer avec Wino et Oakley. Je savais seulement que j’avais plein de chansons prêtes à prendre vie, qui mûrissaient en moi. Ma première passion a toujours été le Rock’n’Roll, et jouer et écrire des chansons sont pour moi les formes de guérison et de catharsis les plus puissantes que je connaisse. Et ce qui est génial, c’est que c’est aussi très amusant. Je me sens toujours mieux après avoir joué. Et quand j’ai besoin d’exprimer des émotions, je trouve qu’écrire une chanson est le meilleur moyen de les intégrer et de transfigurer les énergies négatives. Nous avons tous les trois une alchimie très spéciale, et lorsque nous unissons nos forces, nous ouvrons un portail vers une énergie encore plus grande. La magie de la musique !
– Vu vos antécédents, les idées ont du fuzzer assez rapidement et ce premier album témoigne parfaitement de la créativité à l’œuvre dans le groupe. Justement, comment sont nés ces morceaux, et êtes-vous tous les trois portés par la même impulsion, que ce soit au niveau des textes comme de la musique ?
Comme je te le disais, je suis la principale compositrice du groupe, même si Wino y contribue également. Nous travaillons toujours ensemble sur les morceaux. Quant à cet album, je l’ai écrit sur une période d’environ un an, inspirée par une grande variété d’impulsions, d’intérêts et d’expériences : du bonheur au chagrin, de l’aventure à la mélancolie, la vie elle-même et le surnaturel.
– RITUAL ARCANA possède un coté magnétique et sombre, qui s’inscrit brillamment dans l’univers de l’occulte et cette voix pleine d’autorité t’offre un rôle de grande prêtresse. Vous êtes-vous penché sur un concept précis avant l’écriture de l’album, ou l’inspiration est-elle venue au fur et à mesure ?
L’inspiration m’est venue de mon vécu et les sujets abordés reflètent ce qui me passionne au quotidien. Les thèmes de l’album ne se limitent donc pas à des concepts musicaux, mais s’appuient sur l’expérience, l’émotion et des convictions profondes. Je crois en la magie, au pouvoir du son, à sa capacité à guérir et à élever les âmes, ou, dans le cas d’émotions plus sombres ou plus intenses, à transfigurer. Au-delà de sa contribution à l’écriture des chansons et, bien sûr, de son jeu de guitare, Wino est mon mentor musical, et peut-être mon ‘détraqueur’ aussi ! (Rires) Il m’a énormément aidé à progresser en tant que bassiste et chanteuse.
– Grâce à un Hard Rock surnaturel et intemporel, on pense bien sûr à vos anciennes (et actuelles) formations, Il y a quelque chose d’inquiétant, de frénétique et aussi de sublime dans le jeu et le son de RITUAL ARCANA. On vous sent à la fois possédés et tout en maîtrise. La production est aussi brute et organique pour un résultat authentique. Est-ce une musique que l’on doit vivre pour la jouer si intensément ?
Merci beaucoup. Et effet, l’expérience directe est absolument essentielle. Cette musique n’est pas faite pour tout le monde, seulement pour ceux qui la ressentent, notre tribu Rock’n’Roll. Ce rituel sonore est une invitation à la libération, et il n’y a pas de meilleur moment qu’à l’heure actuelle.
– L’épaisseur des riffs et ce groove infaillible rendent RITUAL ARCANA captivant à plus d’un titre et il règne une grande liberté sur l’album. On a le sentiment que vous ne vous êtes posés aucune limite en studio. Comment était l’ambiance entre vous à ce moment-là ?
Nous avons passé un super moment en studio, et c’était un vrai plaisir de travailler avec Frank Marchand derrière la console. L’album était déjà terminé et enregistré sur démo, mais c’est vraiment en studio qu’il a pris vie. L’ambiance était géniale : nous étions tous ensemble dans le Maryland, et c’était un bonheur de vivre et de respirer les chansons tous les trois pendant tout ce temps.
– Enfin, avec un tel casting et un tel album, on ne peut qu’espérer que RITUAL ARCANA ne soit pas un one-shot. Y a-t-il des concerts déjà prévus et peut-être même déjà l’idée d’une suite à « Ritual Arcana » dans un coin de vos têtes ?
Oui, nous venons tout juste de commencer les concerts ! C’est une courte tournée américaine, mais nous serons dans le New Hampshire, à New-York, à Philadelphie, à Washington D.C., en Caroline du Nord, à Atlanta, dans le Kentucky et dans l’Ohio. Et c’est vrai que nous commençons déjà à travailler sur notre prochain album. Enfin, merci beaucoup pour le temps que tu nous a accordé et aussi d’avoir écouté l’album. Et nous serions ravis de venir en France le moment venu. On vous embrasse !
L’album éponyme de RITUAL ARCANA est disponible chez Heavy Psych Sounds.