Malgré des débuts perturbés, HOWARD devrait enfin prendre son envol, grâce à ce deuxième album percutant et haut en couleurs. « Event Horizon », en plus d’être très bien réalisé, dévoile huit morceaux au groove constant, aux envolées Fuzz bien senties et avec un feeling qui puise dans un Psych Rock ensorceleur.
HOWARD
« Event Horizon »
(Ditto Music/Season Of Mist/Delta Fuzz Electronics)
Si 2020 a été une année noire pour beaucoup, elle a aussi coupé HOWARD dans son élan, alors que le trio sortait tout juste le très bon « Obstacle » (le bien-nommé), un premier album qui aurait du lancer le groupe de la plus belle des manières. Qu’à cela ne tienne, les Parisiens se sont remis au travail et à l’écriture de « Event Horizon », un deuxième opus qui vient confirmer leur bouillonnante créativité.
Si le Stoner Rock entrevu sur leurs précédentes réalisations (le groupe a aussi sorti un EP en 2018) laisse place à un Psych Rock très 70’s, HOWARD garde et peaufine son style en l’articulant sur des sonorités électroniques vintage boostées par un orgue Hammond sans limite. Pour autant, le combo fait fuzzer les guitares offrant à « Event Horizon » une vélocité et un impact très actuels qui tranchent avec l’esprit du disque.
Tout en restant d’une efficacité redoutable sur les mélodies, HOWARD a également apporté un soin tout particulier aux arrangements qui sont d’une grande finesse et que l’on découvre au fil des écoutes (« I Hear A Sound », « Need Want Get », « The Way » et le très bon morceau-titre). HOWARD est inventif, créatif et prouve que revival et modernité font plus que bon ménage. Précis et captivant.
A noter le HOWARD fera sa ‘release party’ avec le groupe Djiin samedi 3 décembre au Backstage By The Mill à Paris. Les tickets sont en prévente ici :
Composé de Marie Soler au chant, Fred Martin à la guitare et Thibaut Gérard à la basse, AN’HEDONYA signe son premier album dans un univers Dark/Folk aux contours progressifs et l’ensemble est particulièrement bien réalisé. Autoproduit, « Ill’usions » affiche des morceaux originaux et dans un registre assez rare dans l’hexagone. Le trio montpelliérain navigue dans des atmosphères sombres aux saveurs Metal et Rock, et il n’en fallait pas plus pour leur poser quelques questions, alors que le groupe fait son entrée sur la scène française.
– Si vous n’êtes pas vraiment des inconnus sur la scène héraultaise pour avoir joué au sein de Gholes, Reaching Nothingness, Kalasia ou Eyeless, j’aimerais que vous reveniez sur la création d’AN’HEDONYA. Qu’est-ce qui vous a poussé à monter le groupe ?
L’idée est partie de petits concerts que nous avons donnés, (Marie et Fred – NDR), dans un cadre privé, où nous reprenions quelques morceaux de Metal et autres, à la sauce guitare acoustique/chant. Nous nous sommes dit : ‘Tiens, pourquoi ne pas élaborer un projet sous cette formule ?’ Nos racines sont bien sûr métalliques, cependant, on peut s’apercevoir aujourd’hui avec les nombreuses ‘covers’ qui circulent sur le net, que le Metal peut être interprété par beaucoup d’instruments différents, y compris les plus inattendus… De plus, il existe déjà quelques albums entièrement acoustiques, qui font pourtant bien partie de la sphère Metal, ou encore des groupes qui intègrent ce type de son à 80% de leur musique. Je pense, par exemple, à l’album « Kveldssanger » d’Ulver, ou encore à des groupes comme Empyrium, etc. L’envie de départ de ce projet était aussi de pouvoir faire des concerts dans les pubs, les petites salles, quelques chose d’intimiste et d’atmosphérique.
– Est-ce qu’avec AN’HEDONYA, vous pouvez enfin explorer d’autres sphères musicales, et vous exprimer dans des registres que vos autres formations ne vous permettaient pas ?
C’est précisément l’idée ! Ce projet ne devait pas être redondant par rapport à nos autres activités musicales. Il n’aurait pas eu d’intérêt, ou de valeur ajoutée. Avec cette formule, il nous est permis d’aborder les choses sous des angles différents, et donc d’élargir nos horizons. Et puis, cela nous permet aussi de partager notre musique avec nos proches (famille, amis), parmi ceux qui ne sont habituellement pas trop sensibles lorsqu’il s’agit de Metal Extrême, et tout en gardant notre identité musicale.
– Dès le départ, vous m’avez dit vous inspirer d’Opeth, Anneke van Giersbergen et plus étonnamment des albums « Damnation » d’Opeth et « Dethroned & Uncrowned » de Katatonia, ce qui n’est pas si courant. Pour avoir réécouté ces deux derniers albums, on y trouve des similitudes, c’est vrai. En quoi sont-ils si importants pour vous ? Ce sont les atmosphères, les ambiances surtout, ou plutôt l’écriture et la structure des morceaux ?
Marie : Anneke van Giersbergen est pour moi une grande chanteuse, son timbre, sa voix cristalline associée à sa technique me touche particulièrement, je m’en inspire malgré moi. Car quand tu écoutes beaucoup, et depuis longtemps, un artiste, il t’inspire forcément. Il en est de même pour Katatonia que nous écoutons depuis leurs débuts, « Dethroned & Uncrowned » nous a inspiré dans le sens où c’est cette configuration et cette ambiance que nous voulions pour AN’HEDONYA.
Fred : L’album de Katatonia « Dethroned & Uncrowned » est un peu particulier, car il s’agit d’une réinterprétation d’un de leurs albums classiques, c’est-à-dire ‘avec des guitares électriques’, « Dead End Kings », d’une manière acoustique. Mais lorsqu’on entend ces morceaux même sans connaître leur pendant saturé, on en imagine sans peine la version électrisée. C’est un peu l’idée d’AN’HEDONYA : ce sont des morceaux acoustiques, mais on pourrait tout à fait les transformer en morceaux Metal plus traditionnels, car ils en ont l’essence.
Pour le cas d’Opeth, l’album « Damnation » met en avant les aspects les plus atmosphériques de leur musique, contrairement à « Deliverance » qui se concentre plus sur la partie Death Metal. Habituellement, ces deux facettes sont davantage mêlées dans un même album, ce qui nous a donné des monuments tels que « Blackwater Park » et « Still Life », mais cette fois-là, ils ont ressenti le besoin de ‘séparer’ les deux aspects. L’album « Damnation » est ainsi né et le résultat est tout simplement magnifique. Ce qui nous a attiré dans ces albums sont en effet les atmosphères et les ambiances qui en ressortent.
– Pour ce premier album, vous avez donc décidé d’évoluer dans un registre acoustique, mais complet dans votre formation, à savoir avec basse et batterie. C’était un choix naturel pour vous, ou la passerelle indispensable avant de franchir un nouveau palier, peut-être plus électrique, moins Rock et plus Metal, par exemple ?
L’idée était bel et bien de proposer une musique avec des guitares acoustiques, mais aux sonorités Rock/Metal. Donc l’appui rythmique se devait de conserver un minimum de puissance, notamment avec la batterie. Cette configuration nous est venue naturellement, lorsque nous composions. A priori, la formule devrait perdurer ainsi, mais il n’est pas impossible qu’un jour, nous ayons une variante ‘électrique’ d’un de nos morceaux, ce serait un effet miroir intéressant par rapport aux groupes qui proposent en morceau bonus, l’un de leur tube en version acoustique…
– Pour « Ill’usions », vous avez fait appel à Brett Caldas-Lima (Ayreon, Cynic, Hypno5e) pour le mix et le mastering, ainsi qu’à Léo Margarit (Pain Of salvation) pour la batterie. Pour un premier album, ce sont des choix importants et conséquents. Vous teniez à mettre dès le départ tous les atouts de votre côté et la barre très haute, car la production est assez incroyable ?
Merci pour le compliment ! Brett est un ami de longue date et nous connaissons la qualité de son travail. Il était donc logique de faire appel à ses services pour le mixage et le mastering de l’album. Il nous a aussi beaucoup guidés lors des phases d’enregistrement. Comme nous avions aussi besoin d’un batteur, il nous a mis en relation avec Léo qui a accepté de participer à l’album et a enregistré ses parties de batterie depuis la Suède. En plus de son talent de musicien, c’est un mec très sympa, nous avons eu beaucoup de chance, c’était un plaisir de collaborer avec lui. On peut dire qu’ils ont tous deux apporté une autre dimension aux morceaux et nous avons partagé de beaux moments musicaux et amicaux. Nous sommes aussi très contents d’avoir la voix de Brett sur le morceau « Purple Death », qui apporte indéniablement un côté Metal, pour le coup !
– La sortie de « Ill’usions » se fait en autoproduction. Il va vous servir de carte de visite auprès des labels, ou est-ce par volonté d’indépendance, comme beaucoup d’artistes aujourd’hui d’ailleurs ?
Avant la sortie de l’album, nous avons contacté quelques labels et on ne va pas te mentir, les seuls retours que nous avons eus nous ont demandé une contribution financière. Nous avons déjà beaucoup investi dans la production de cet album et nous ne voulons pas payer pour être signés. Si ça plait, nous restons ouverts aux propositions mais de toute façon, l’objectif n’est pas forcément celui-là. Le plus important est de se faire plaisir et de partager notre musique, laisser vivre et voyager cet album. En revanche, nous avons fait appel à Inouïe Distribution pour la diffusion numérique sur les plateformes de streaming, qui a fait un super travail à ce niveau. Et il s’agit d’une boîte française, ce qui ne gâche rien ! Pour obtenir l’album en version CD, il faut donc s’adresser directement à nous, ou par le biais de notre page Bandcamp (lien ci-dessous – NDR).
– Avant de parler du morceau « Le Cri du Vent », on note aussi sur l’album beaucoup de sonorités celtiques, vocalement surtout. C’est une musique qui vous inspire aussi, ou c’est juste le simple fait du hasard ?
Marie : Non, ce n’est pas le hasard, c’est plutôt naturel puisque je suis d’origine bretonne et je passe énormément de temps là-bas depuis que je suis née. C’est d’ailleurs ce qui m’a inspiré l’écriture du morceau « Pen Lan ». C’est un lieu où je vais depuis toujours, mon repaire, mon havre de paix, l’endroit où je me sens le mieux et où j’écris et je chante seule, sur les rochers, en harmonie avec les éléments qui m’entourent.
Même si je ne réfléchis pas quand je chante à obtenir tel ou tel type de sonorité ou de style, avoir toujours écouté de la musique celtique, traditionnelle ou non, a forcément influencé ma manière de placer et moduler ma voix.
– Justement, « Le Cri du Vent » est le seul morceau chanté en français. Pourquoi ce choix et y en aura-t-il d’autres ? Ça vous parait naturel de vous exprimer dans votre langue maternelle autant qu’en anglais ?
Marie : Nous ne nous interdisons rien. Alors, pourquoi pas un morceau écrit dans notre langue ? Ce n’est, en effet, pas pareil d’écrire et de chanter en anglais ou en français. Si l’anglais sonne plus ‘facilement’ dans la musique Rock ou Metal, le français lui, demande plus de rigueur dans l’écriture, comme un poème, avec des rimes… J’ai écrit ce texte en dix minutes environ, pendant le confinement, en écoutant le silence et il m’a plu comme ça. À chanter, c’est différent aussi mais je ne pourrai pas te dire si je préfère chanter dans une langue ou dans l’autre, j’aime les deux. J’ai aussi pensé à Lacuna Coil, qui a quelques excellents titres en italien, leur langue maternelle. Ça m’a convaincu d’intégrer « Le Cri du vent » pour clôturer l’album.
– Enfin, on note la présence de la cornemuse de Pierre Delaporte sur ce dernier morceau. Est-ce que c’est une habitude que vous instaurerez à l’avenir ? Et puis, on revient à nouveau dans des sonorités celtiques au-delà de la voix…
Marie : Il n’était pas pensable pour moi de ne pas mettre quelques instruments aux sonorités celtiques dans notre musique, pas pour tous les morceaux. Mais la harpe sur « Pen Lan » exprime la plénitude de ce lieu et la cornemuse sur « Le Cri du Vent » évoque ce dernier élément d’une terre que j’imagine sans vie, où les seuls bruits restants seraient ceux d’un sol qui craque et du vent qui hurle.
Si nous composons un deuxième album, il est certain que nous intègrerons à nouveau des instruments celtiques. Nous aimerions bien, par exemple, inviter le groupe Plantec (groupe Electro Breizh) sur un prochain titre, car j’aime beaucoup l’ambiance qui se dégage de leur musique, surtout en fest-noz, c’est assez incroyable. Et puis, il y a aussi le fait que nous sommes quand même de gros cinéphiles, particulièrement du genre Heroic-fantasy dans lequel on retrouve souvent des sonorités celtes. Nous adorons les énergies qui s’en dégagent. Toutes ces sonorités font partie de notre culture musicale, alors nous les intégrons à nos compos quand cela fait sens.
Dans la même veine que les derniers albums, « Propaganda » vient confirmer l’envie du groupe de jouer une musique qui respire et envoûte, mais dont la rage qui l’anime depuis ses débuts reste intacte. Non, TRUST ne vieillit pas mal et n’a pas retourné sa veste. Le groupe rugit encore et toujours, sort les griffes et refuse les concessions pour demeurer créatif et inspiré.
TRUST
« Propaganda »
(Verycords)
Chroniquer un album de TRUST dans notre beau pays, et surtout pour en dire du bien, relève presque de la bravoure. Mais quand on aime : on distribue ! Depuis son ’retour’ avec « Dans Le Même Sang » en 2018, le groupe phare de la scène Rock française divise ses fans de la première heure, restés dans la nostalgie du premier album, de « Répression » ou de « Marche Ou Crève ». Et ça peut même se comprendre. Cependant, Bernie et Nono, eux, ne sont pas restés la tête dans le formol et c’est une chance.
C’est vrai que « Dans le Même Sang », suivi de « Fils de Lutte » l’année suivante, avait montré un autre visage de TRUST, essentiellement musicalement d’ailleurs puisque les textes ont conservé cette verve, cette attaque et ce mordant uniques. Ensuite, « Re-Ci-Div » est venu enfoncer le clou. Mais comment ont-ils pu ? Comment ont-ils osé ? Réinterpréter de tels classiques dans des versions Rock aux ambiances presque bluesy a relevé du sacrilège pour beaucoup. La belle affaire, puisqu’ils sont bons… et surtout à eux !
Ce qu’il faut retenir des dernières productions du groupe, c’est sans doute le fait que tout soit enregistré en condition live et en très peu de temps. Capter ainsi l’instant où la magie opère pour libérer cette énergie et cette spontanéité qui font toute la force de TRUST sur scène. Et c’est très précisément ce que l’on ressent à l’écoute de « Propaganda », douze morceaux instinctifs, solides, calmes aussi et fluides. On ne chasse pas le naturel. Et cette fois encore, c’est le grand Mike Fraser qui a mixé l’ensemble avec le talent qu’on lui connait.
Alors, et si chacun se fera son idée, que faut-il retenir de ce douzième album studio ? Bernie, Nono, Izo Diop, David Jacob et Christian Dupuy ont à nouveau investi les studios ICP près de Bruxelles et on retrouve donc le son des récentes réalisations, entre une chaleur un brin feutrée et des déflagrations brutes. Toujours aussi acérées et tranchantes, les paroles tapent dans le mille, taillent dans le gras et personne n’est épargné. TRUST ne fait pas de prisonniers et c’est même pour ça qu’on l’aime.
Sur une rythmique sans faille, le duo de guitaristes fait des merveilles entre riffs costauds et accrocheurs et des solos aériens, fins et étincelants signés Nono (« Le Jour Se Lèvera », « La Première Pierre », « Petite Elle »). TRUST a beau faire des infidélités à son Hard Rock d’antan, on retrouve sa patte, sa rage et son intensité (« Tout Ce Qui Nous Sépare », « Guerre Lasse », « Rassure tes chiens », « L’Europe des 27 »). Au chant, Bernie se fait moins hurleur ou crieur, mais il reste très vindicatif. Et ses mots résonnent même plus forts, de manière plus incisive encore, car la mélodie domine.
Enfin, avec un titre comme « Propaganda » et de pareilles pochettes (elles sont bien deux !), on pouvait s’attendre à un album très politique, d’autant que l’époque s’y prête encore et toujours. Pourtant, ce nouvel opus revêt un aspect beaucoup plus sociétal dans son contenu. Le constat est même accablant, mais tellement vrai, et Bernie se montre cinglant comme à son habitude (« Salaud d’Pauvre », « Les vagins Impatients », « Dimanche Au Bord Du Gouffre », « Ma Vie »). Peut-être trop contenu musicalement pour certains, TRUST régale encore et se réinvente brillamment. Allez, lâchez les chiens…
Ce treizième opus de CLUTCH n’est pas seulement massif et dynamique. Les Américains ne cessent d’évoluer et d’enrichir leur style déjà si distinctif en alliant puissance et mélodie avec un naturel toujours spontané. « Sunrise On Slaughter Beach » est fédérateur tout en restant direct et instinctif et sa chaleureuse production fait de lui l’un des albums de Stoner Rock incontournables de l’année, une fois encore.
CLUTCH
« Sunrise On Slaughter Beach »
(Weathermaker Music)
En un peu plus de trois décennies, le quatuor du Maryland a façonné un style, construit une discographie sans faille et même bousculé les codes du Stoner Rock dont il est devenu une référence, un pilier incontournable. Plus de quatre ans après « Book Of Bad Decisions », un record pour le groupe, CLUTCH livre enfin son nouvel album, le treizième, et pour la première fois sur son propre label.
Et comme les Américains font toujours comme ils l’entendent, c’est en pleine tournée que sort « Sunrise On Slaughter Beach », préférant offrir à son fidèle public la primeur de ses nouveaux titres au lieu de s’épancher à outrance dans les médias. La force et l’élégance des grands. Pourtant, CLUTCH en aurait sûrement des choses à dire sur ce toujours très musclé registre à l’œuvre ici.
Une fois n’est pas coutume, « Sunrise On Slaughter Beach » a la particularité, loin de lui être inédite, d’être très, très bon mais aussi très, très frustrant. Et cette frustration, on la doit aux 33 petites minutes de l’album, bien trop courtes. De « Red Alert (Boss Metal Zone) » à « Jackhammer Our Name », CLUTCH se montre compact et racé tout en laissant parler le groove et l’énergie qui le caractérisent depuis ses débuts.
Grâce à un songwriting brillant et redoutable, doublé d’une production très organique et brute, le combo enfonce sans forcer ses refrains tenaces dans le crâne (« Slaughter Beach », « We Strive For Excellence »). Capable aussi d’être feutré (« Mountain Of Bowe ») et jouant sur les émotions (« Mercy Brown », « Skeletons On Mars »), CLUTCH se balade avec classe sur les cimes du Stoner en particulier, et du Rock en général.
Retrouvez l’interview accordée à Rock’n Force en août 2021 :
MIKE TRAMP est un personnage à part. Devenu star dans les années 80 avec le groupe White Lion, il a continué l’aventure avec Freak Of Nature avant de se lancer en solo en 1997 dans un registre plus Rock et souvent acoustique, dans lequel il excelle. Contre toutes attentes, il revient aujourd’hui avec un album, « For Første Gang », constitué de chansons douces et lumineuses, chantées en danois. Une première très réussie pour le frontman du nord…
MIKE TRAMP
« For Første Gang »
(Target Group)
Malgré une imposante discographie, « For Første Gang » (‘Pour La Première Fois’ en danois) est le tout premier album de l’ancien chanteur de White Lion et de Freak Of Nature dans sa langue maternelle. Un peu poussé par des amis qui lui ont écrit des textes et qui le connaissent parfaitement, MIKE TRAMP s’est laissé prendre au jeu en écrivant les musiques de ces morceaux dont les paroles, souvent intimes, sont l’exact reflet de sa personnalité.
Le songwriter l’assure lui-même : si on est loin de l’univers Rock et Hard Rock qu’il parcourt depuis plus des décennies, c’est bel et bien un disque très personnel dévoilant une autre facette musicale de l’artiste dont il est question. Au-delà des genres, MIKE TRAMP est avant tout reconnaissable par sa voix unique, son timbre aussi sauvage que rassurant et un art de la mélodie incontestable. Et le Danois a mis tout cela en œuvre sur cet étonnant « For Første Gang ».
Entièrement composées au piano, les chansons présentent en premier lieu un aspect surprenant, mais passé l’écueil de la langue, le talent et la présence vocale de MIKE TRAMP nous transportent dans un monde envoûtant aux harmonies sublimes (« Vejkort », « Porte Jeg Rapide », « Drømme », « Flamme Og Benzine »). Sensible et délicat, « For Første Gang » laisse apparaître un chanteur à fleur de peau et cela lui va à merveille.
Grâce à une qualité d’écriture somptueuse, GRACE SOLERO rend ses morceaux réellement addictifs. Porté par son envoûtante chanteuse, ce quatrième album incarne le Rock sous toutes ses formes. Et sur une production irréprochable, « Metamorphosis » se fait Grungy, presque Stoner, ainsi que revival 70’s avec un côté Psych irrésistible.
GRACE SOLERO
« Metamorphosis »
(Independant)
Depuis son premier album en 2009 (« New Moon »), la chanteuse et guitariste londonienne GRACE SOLERO continue son bonhomme de chemin, ce qui lui a permis avec son groupe de tourner dans toute l’Europe, aux Etats-Unis et au Canada aux côtés de grands noms. Et c’est avec un très bon quatrième opus que le quatuor fait son retour avec des morceaux qui montrent autant de variétés que de sonorités renversantes.
Très Rock, parfois Hard 70’s et souvent psychédélique, « Metamorphosis » est un disque qui invite à la rêverie tout en assénant des riffs musclés et une rythmique aérienne. Entourée du batteur et multi-instrumentiste gallois Dave Guy, du bassiste suédois Bjørn Zetterlund et du guitariste et compositeur américain Dan Beaulaurier, GRACE SOLERO affiche une solide expérience.
Si « Metamorphosis » est arrangé et produit par le groupe lui-même, on doit le mix à Chris Brown (Radiohead, Gary Moore, …) et le master à Andy Baldwin (The Who, …), ce qui lui donne une texture ronde et brute très authentique. GRACE SOLERO enchaîne les titres avec talent, même si vocalement, on pense irrémédiablement à Alanis Morissette (« Orange Sky », « Awake », « Lucid Dream »). Une belle réussite.
En Bretagne, et même au-delà, on ne présente plus J-C GUICHEN et sa myriade de guitares, tant elles font danser les foules depuis plusieurs générations maintenant. Musicien doté d’une inspiration et d’un feeling débordants et technicien hors-pair, il est l’un des rares à accorder de manière si naturelle la musique traditionnelle avec un esprit Rock, soulevant ainsi des émotions qui souvent submergent. Avec « Spi », son sixième album, la magie opère de nouveau avec une élégance et une force pure.
J-C GUICHEN
« Spi »
(Nevez Productions)
Incontournable et emblématique guitariste de la scène bretonne, J-C GUICHEN met son pays en musique pour le faire danser depuis quelques décennies maintenant, et essentiellement de manière instrumentale. Identifiable dès les premiers accords, l’ancien d’Ar Re Yaouank mène désormais sa barque en solo, mais jamais en solitaire. Pour son sixième album, « Spi » (l’espoir en breton), nombre d’amis sont venus apporter leur pierre à ce bel édifice.
Comme à son habitude, le guitariste quimpérois s’appuie souvent sur la musique traditionnelle pour composer ses propres morceaux, ce qui les rend immédiatement intemporels et d’une authenticité intacte depuis ses débuts. La musique bretonne ne s’écoutant que très rarement assis, J-C GUICHEN met un point d’honneur à ce que les fourmis nous parcourent rapidement les jambes pour nous faire nous lever pour danser.
Dès le morceau-titre, on est saisi par cette énergie finalement très Rock et cette luminosité dans l’interprétation. Chez J-C GUICHEN, tout est d’une fluidité absolue ce qui rend chacun de ses morceaux aussi libre que positif (« Kosmos », « Stokañ », « Kann Loar »). Les couleurs et les sonorités s’entrechoquent dans une harmonie évidente et l’on y perçoit la large palette des lumières de la Bretagne au fil des titres (« Livioù », « Lok »).
Et parce que sa musique appelle à la communion, le guitariste accueille sur « Spi » une rythmique au groove celte saisissant, Olivier Carole (basse) et Thomas Kerbrat (batterie), la flûte traversière hypnotique de Malo Carvou, le violon endiablé de Claire Mocquard et les indispensables uilleann pipe, bombarde et biniou de Neven Sebille Kernaudour. Et c’est autour de ce socle inamovible que J-C GUICHEN étend ses mélodies.
Le partage étant aussi au cœur du répertoire du musicien, on a également plaisir à retrouver Dan Ar Braz sur « Spi », Alvan sur « Tann-Flamm » et le Bagad Sonerion Bro Dreger de Perros-Guirec sur quatre morceaux. Et la petite surprise vient peut-être aussi de la présence sur « Hollvedel », un morceau de danse en cercle, du guitariste de Trust, Norbert ‘Nono’ Krief, étonnamment dans son élément. J-C GUICHEN est si braz, encore et toujours !
Avec GREY DAZE, beaucoup ont découvert le tout premier groupe de Chester Bennington, devenu par la suite l’emblématique frontman de Linkin Park. Après un très bon « Amends », les Américains font revivre leur chanteur disparu avec ce tonique « The Phoenix », concentré de Rock Grunge efficace et toujours estampillé 90’s.
GREY DAZE
« The Phoenix »
(Loma Vista Recordings)
Avant d’œuvrer chez Linkin Park, Chester Bennington avait monté GREY DAZE qu’il a mené de 1993 à 1998, puis de nouveau en 2017 avant sa disparition. Deux ans après « Amends » qui contient des morceaux de la première période, « The Phoenix » revient avec des titres sur lesquels le défunt chanteur travaillait au moment de la reformation du groupe et qui, par la force des choses, n’ont pas pu être achevés à l’époque.
Les fondateurs Sean Dowdell (batterie), Mace Beyers (basse) et Cristin Davis (guitare), recruté en 2017, se sont donc remis au travail soutenus par leur entourage et la famille de Chester Bennington. Et « The Phoenix », en plus de bien porter son nom, est plus que convaincant. L’album sonne très actuel et le Rock Grunge de GREY DAZE n’a pas pris une ride, loin de là !
Moins dans l’émotion que sur « Amends », GREY DAZE donne dans le costaud avec des compos très homogènes, fraîches et percutantes (« Saturation (Strange Love) », « Anything Anything », « Starting To Fly », « Drag », « Hole »). Une chose est sûre, « The Phoenix » est loin d’être un album constitué de chutes de studio. Il est construit, très bien produit et surtout il évite bien des clichés.
Les plus jeunes n’ont peut-être pas en mémoire DAN REED NETWORK, formation issue de Portland, Oregon. Pourtant au beau milieu des années 80, le groupe a marqué toute une génération. Pionnier du Rock Fusion aux côtés de King’s X, RHCP et un peu plus tard RATM, les Américains sont enfin de retour, sous le même line-up ou presque, avec « Let’s Hear It For The King », un sixième album toujours aussi haut en couleur, Funk et terriblement Rock ! Entretien avec son chanteur et compositeur Dan Reed.
Photo : Anders Gustafsson
– Avant de parler de ce nouvel et très bon album, peux-tu nous dire de qui est aujourd’hui composé DAN REED NETWORK, plus de 30 ans après sa création ? Ce sont les mêmes musiciens ?
Ce sont tous les mêmes membres du groupe, à l’exception de notre nouveau claviériste Rob Daiker. Et Dan Pred, le batteur avec qui je joue depuis le lycée alors que nous avions 16 ans, le guitariste Brion James et le bassiste Melvin Brannon font partie du groupe depuis notre formation en 1984.
– Sans entrer dans le détail, il s’est passé beaucoup de choses depuis 1988 et pourtant « Let’s Hear It For The King » n’est que le sixième album du groupe. Sans parler de régularité, n’as-tu pas quelques regrets de ne pas avoir été plus prolifique avec le groupe ?
Non, je n’ai aucun regret de ne pas avoir fait plus de musique. J’ai aussi sorti six albums solo et instrumentaux au cours de cette période, produit un long métrage, dirigé une boîte de nuit pendant trois ans et j’ai eu la chance de parcourir le monde en étudiant différentes cultures. Le seul regret que j’ai est d’avoir quitté le groupe en 1993 sans prévenir les autres membres du groupe. Cela a été une erreur égoïste de ne pas faire de projets pour l’avenir de tout le monde après notre séparation.
– A ses débuts, DAN REED NETWORK évoluait avec des groupes comme King’s X, RHCP et RATM. As-tu aussi le sentiment que c’était une époque bénie en termes de créativité par rapport à aujourd’hui et à ce style surtout ?
Je ne sais pas si c’était une bénédiction ou non, mais je pense que c’était une période vraiment excitante pour la créativité musicale et l’épanouissement de différents styles. Je me sens honoré que DAN REED NETWORK soit considéré comme l’un des nombreux groupes révolutionnaires, qui ont essayé de mélanger les genres.
Photo : Amanda Rose
– Avec ce nouvel album, on retrouve tout ce qui fait l’identité du groupe : l’esprit Rock, Funk et Soul avec de fortes mélodies. Cela fait combien de temps que vous êtes sur l’écriture de « Let’s Hear It For The King » ? Car il est aussi très actuel…
Merci ! Toutes les chansons du nouvel album ont été écrites en 2019 et enregistrées en janvier 2020. Puis, le Covid est arrivé et a repoussé la sortie de l’album jusqu’à cette année. J’ai pu lire que les paroles semblent être une sorte d’état des lieux du monde d’aujourd’hui en 2022. Peut-être que nous avions vu l’avenir dans nos cœurs en écrivant ces morceaux ? Je sens que le conflit et la division entre les partis politiques de gauche et de droite nous poussent à nous confronter au lieu de nous rassembler. Et c’était déjà vrai en 2019, autant que maintenant.
– Je te suis depuis les débuts du groupe et je trouve ce nouvel album assez surprenant sur beaucoup d’aspects. On peut le percevoir comme une certaine renaissance. C’est aussi dans cet état d’esprit que tu le vois et que tu l’as composé ?
Notre objectif avec cet album était de rendre hommage à nos racines, ce groupe qui remplissait les clubs à la fin des années 80… tout en essayant en même temps de créer la musique que nous aimons aujourd’hui en 2022. Notre seule ‘règle’ était d’écrire et d’enregistrer des chansons qui seraient géniales à jouer en live. J’espère que nous y sommes parvenus. Au final, ce nouvel album est une sorte d’album-concept dans le sens où il vaut mieux l’écouter du début jusqu’à la fin. Et j’espère qu’à la fin de l’album, l’auditeur se sentira un peu plus inspiré pour se battre pour son avenir.
– Etonnamment, l’album sonne aussi peut-être plus européen qu’américain. C’est une démarche que tu as souhaité ? On a un peu le sentiment que tu t’es démarqué de la scène de Portland des débuts. C’est le cas ?
DAN REED NETWORK se démarquait déjà complètement de la scène de Portland dès le début. Mais il y avait beaucoup de très bons groupes de Rock et d’incroyables groupes de funk, qui jouaient à Portland à l’époque. Nous voulions mélanger ces deux styles, un peu comme Mother’s Finest, Sly And The Family Stone… et même les premiers albums d’Aerosmith pour créer de la musique Funk avec un esprit Rock’n’Roll.
Photo : Laurence Harvey
– La musique n’est pas non plus le seul art que tu pratiques et auquel tu t’intéresses très sérieusement. Peux-tu nous dire un mot au sujet de tes activités annexes ?
Mes projets parallèles, comme la réalisation de films et la peinture d’art abstrait, sont devenus de plus en plus un objectif principal au même titre que la musique. La pandémie m’a permis de me concentrer sur ces autres formes d’art, car nous n’étions plus en mesure de tourner. Alors, j’ai passé plus de temps avec ma famille, à écrire des scénarios et à peindre. J’ai eu la chance d’avoir reçu beaucoup de soutien pour mes œuvres et cela m’a permis de pouvoir être plus souvent chez moi, et moins dans les aéroports.
– Pour conclure, j’imagine qu’avec un tel album, la scène doit vous manquer même s’il vous avez déjà commencé de tourner. Avec une telle carrière, comment vas-tu concevoir la set-list ? Tu vas donner la priorité à « Let’s Hear It For The King » ?
J’ai, en effet, très envie de faire des tournées, que ce soit avec DAN REED NETWORK, mon trio où je joue davantage de guitare électrique comme avec Danny Vaughn de Tyketto. Nous avons sorti notre premier album début 2020, « Snake Oil and Harmony », juste avant que le virus ne bloque le monde. Donc finalement, je reprendrai la route vers la fin de cette année et j’espère qu’en 2023, nous ferons davantage de tournées mondiales avec DAN REED NETWORK !
Nous aimons toujours faire honneur à notre discographie entière et jouer nos anciens morceaux préférés. Et nous avons l’intention d’inclure au moins six chansons du nouvel album sur scène. Mais nous aimons aussi changer les choses et jouer différents sets chaque soir… Donc, on ne sait jamais vraiment ce que nous allons jouer, mais une chose est sûre : ce sera une célébration de la vie en sueur, groovy et Rock !
Enfin, merci à toi, François ! J’ai beaucoup apprécié tes questions et ton regard sur le nouvel album. Et oui… nous reviendrons en France, c’est sûr ! (Sourires)
Le nouvel album de DAN REED NETWORK, « Let’s Hear It For The King », est disponible chez Drakkar Entertainment et sur : www.danreed-network.com
Sept longues années après leur dernier album éponyme, le quintet anglais refait surface après avoir déjà présenté trois singles. Toujours dans le même registre, DEF LEPPARD livre « Diamond Star Halos », un opus dans la lignée de sa discographie, sans trahir le Rock Hard qui a fait sa réputation et son succès.
DEF LEPPARD
« Diamond Star Halos »
(Virgin Records/Universal)
Si ce que vous préférez chez DEF LEPPARD, ça reste DEF LEPPARD, alors ce douzième opus des Anglais devrait vous combler. Cela dit, on est toujours en droit d’attendre un peu de sang neuf et d’innovation, mais ça reste assez rare dans les actes. En ce qui concerne « Diamond Star Halos », le quintet fait le job et le fait toujours très bien. Certes, les 15 nouveaux morceaux ne sont pas essentiels, mais ils ne sont pas désagréables pour autant et présentent même quelques bonnes surprises.
On ne reviendra pas sur les trois premiers singles déjà dévoilés, « Take What You Want », « Kick » et « Fire It Up » qui sont pourtant les meilleurs titres de l’album. DEF LEPPARD a bien fait les choses et on reconnait là le professionnalisme du groupe, puisque les trois chansons ouvrent « Diamond Star Halos ». A noter aussi la présence fantomatique de T-Rex sur l’essentiel du disque, à travers une influence musicale évidente jusque dans le titre de cette nouvelle réalisation, qui est plus qu’un clin d’œil.
Musicalement, DEF LEPPARD se présente uni comme jamais, même si le groupe a dû jongler entre l’Angleterre, l’Irlande et les Etats-Unis pour mettre au point ces 15 nouveaux titres. Et ce changement de méthode ne semble pas avoir perturbé le groupe de Sheffield. Derrière son frontman Joe Elliot, les guitaristes Phil Collen et Vivian Campbell restent inspirés, tout comme la rythmique menée par Rick Allen (batterie) et Rick Savage (basse). Autrement dit, on ne change pas une équipe qui gagne.
Sur une production comme toujours irréprochable assurée par le groupe lui-même avec son ami et ingénieur Ronan McHugh, on retrouve le son si personnel de DEF LEPPARD. Les Anglais font ce qu’ils savent faire de mieux, à savoir un Rock musclé et mélodique (« SOS Emergency », « Liquid Dust », « U Rock Mi »). Fidèle à leur légende, les vétérans soufflent le chaud et le froid en alternant des titres plus tempérés, mais accrocheurs (« Unbreakable », « All We Need »).
Plus surprenant tout de même, la présence du pianiste Mike Garson (David Bowie) vient apporter à DEF LEPPARD un supplément d’émotion non-négligeable sur « Goodbye For Good This Time » et « Angels ». La star de la Country Music Alison Krauss, récemment apparue sur un album aux côtés de Robert Plant, est aussi de la partie sur les morceaux « This Guitar » et « Lifeless ». Assez conventionnel dans l’ensemble, on aurait pu espérer un rôle à contre-emploi, par exemple, pour plus de résonnance.
Finalement, les Britanniques livrent un album très convenable et très homogène. Bien sûr, on ne va pas demander à un groupe de cette trempe de tout chambouler du sol au plafond. Pourtant, on aurait pu s’attendre à un peu plus de folie de la part de DEF LEPPARD qui, avec ce « Diamond Star Halos », aligne tout de même 15 nouveaux morceaux. Cependant, on peut toujours compter sur Joe Elliot et ses hommes pour rendre de la bel ouvrage.