Fiévreux et gorgé d’énergie, le power trio basé à Bordeaux maintient la cadence et ne s’interdit rien sur ce « Summerchild » palpitant et virevoltant. Multipliant les tempos et les ambiances tout en édifiant à l’envie des murs de décibels, RED SUN ATACAMA emprunte des chemins sinueux avec vélocité et s’autorise des embardées plus délicates pour explorer des sonorités inattendues et très soignées. Et cette nouvelle réalisation atteste sans aucun doute qu’il a réellement trouvé sa voie dans un registre souvent insaisissable, entre percussion et moments d’accalmie.
RED SUN ATACAMA
« Summerchild »
(Mrs Red Sound)
Il y a des groupes dont on aime vraiment suivre le parcours et c’est le cas avec RED SUN ATACAMA, qui se bonifie et s’affirme au fil des albums dans un style qu’il est à peu près le seul à représenter en France. Quatre ans après « Darwin », son sulfureux Desert Rock dont les contours sont toujours aussi nuancés, fait de nouveau parler la poudre et ce troisième effort semble atteindre les objectifs que le combo s’est fixé. Son Heavy Stoner aux saveurs californiennes s’engouffre dans un fuzz irradiant et des fulgurances Punk que ne renierait pas un certain Nick Oliveri.
Comme pour son deuxième opus, RED SUN ATACAMA a de nouveau confié les rênes de l’enregistrement à Amaury Sauvé au studio The Apiary de Laval, et le résultat est encore plus abouti sur ce « Summerchild ». Et il faut admettre aussi que les nouveaux morceaux ont gagné en subtilité et Clément Márquez (chant, basse), Vincent Hospital (guitare) et Robin Caillon (batterie) se sont vraiment fait plaisir. Ils ont joué et multiplié les effets sur les cordes, ce qui libère beaucoup d’espace et de profondeur en laissant du champ aux parties du cogneur en chef.
L’autre aspect concerne directement la structure des titres et « Summerchild » est tout sauf linéaire. Si la base reste Stoner et Desert Rock, les ruptures ne manquent pas qu’elles soient bluesy, Folk, Country ou tirant sur un Space Rock bien senti. Les touches Punk ajoutent une dynamique légère et insouciante, tandis que les mélodies et l’atmosphère Psych dominent et cadre l’ensemble. Intense et groovy, RED SUN ATACAMA nous fait transpirer autant qu’il fascine et les surprises ne manquent pas tout au long de cette troisième réalisation très personnelle.
Déjantée, débridée mais tout en contrôle, cette première réalisation des Québécois est d’une fraîcheur réjouissante. Evoluant dans un proto-Metal psychédélique sur lequel un léger voile Doom repose, FANGUS passe d’une dimension à l’autre sur des mélodies accrocheuses portées par des riffs massifs et une rythmique tourbillonnante. Omniprésents, les claviers donnent un relief hallucinatoire à « Emerald Dream », dont la proximité sonore et la performance de ses musiciens sont irréprochables.
FANGUS
« Emerald Dream »
(From The Urn Records)
Il y a de la magie et de la sauvagerie dans ce premier album de FANGUS. Fondé du côté de Montréal il y a quelques années seulement, on se doute pourtant que les musiciens à l’œuvre sur « Emerald Dream » sont plus que chevronnés et ce qu’ils nous proposent ici nous propulse plus de 50 ans en arrière avec quelque chose de surréaliste, au sens premier du terme. Faisant la jonction entre proto-Metal, Space Rock et Heavy Psych, il s’en dégage une sensation initiatique et presque mystique dans l’approche comme dans la production, par ailleurs très organique et brute.
L’un des aspects les plus marquants d’« Emerald Dream » sont les parties d’orgue et de synthés, qui alimentent le climat inquiétant de ce premier effort. FANGUS y développe un univers singulier, envoûtant et occulte, qui renvoie autant à Deep Purple, Coven, The Doors et aux plus sombres méfaits de Black Sabbath. Et par dessus tout, l’ensemble est très complet, délicieusement vintage et ce Rock psychédélique qui surfe sur des ambiances un brin rituelles, semble tout droit débarquer du début des années 70, avec tout ce que cela comporte de rageux comme de planant.
Incisif et mené par un frontman habité, le quintet se dévoile au fil des titres dans cet esprit rétro, dont émane une incroyable intensité. De la prise de son jusqu’aux intentions des Canadiens, ce bond dans le temps est fait avec une telle exactitude et tant de précision que l’on croirait « Emerald Dream » issu de cette époque si fertile musicalement (« Howling Hammer », « Pyre Of Love », « Quest Of Fire », « Shapeshifter », « Stardust Regulator » et le morceau-titre). FANGUS fait une entrée fracassante et son Heavy Rock labyrinthique a quelque chose de vraiment obsédant.
Si de nombreux fans ont pu être déboussolés par les accents Pop du très aérien « I Just Want To be A Sound », sorti il y a tout juste six mois, qu’ils se rassurent, KADAVAR renoue avec le Stoner Rock très Psych et tirant sur le Hard Rock, qui a fait son succès jusqu’à aujourd’hui. Et la nouvelle est d’autant plus belle que les Allemands sont plus inspirés que jamais sur ce « K.A.V.A.D.A.R. », qui s’affiche ici en lettres capitales. En plein milieu d’un triptyque musical mis en œuvre sur le présent album, le quatuor explore une facette plus sombre et chaotique de son répertoire, jetant ainsi un regard acerbe et ironique sur un monde en pleine déliquescence. Non sans humour, Christoph ‘Lupus’ Lindemann, guitariste et chanteur du quatuor, vient apporter quelques éclaircissements sur une démarche que peu avait saisi.
– En mai dernier, vous aviez sorti « I Just Want To Be A Sound ». Et vous aviez déclaré que c’était un album nécessaire. Pour autant, beaucoup de monde ont aussi été surpris par son contenu. Etiez-vous à la fin d’un cycle ?
En fait, je pense que la fin du cycle a vraiment eu lieu au moment de la sortie de « For The Dead Travel Fast » en 2019. C’est ce qui a enclenché un nouvel élan et ouvert une nouvelle page. En ce moment, je dirai que nous sommes au milieu d’un nouveau cycle.
– Six mois plus tard, vous êtes donc déjà de retour avec « K.A.D.A.V.A.R. ». Lequel de ces deux disques est-il celui de la renaissance ? Et puis, sortir un album éponyme avec un titre en majuscule n’est pas anodin, non plus…
Oui, c’est vrai, et cela correspond bien à ce que représente ce nouvel album finalement. Nous nous sommes dit que le nom du groupe serait un bon titre. D’une certaine manière, les deux derniers disques correspondent ensemble, ils sont liés. Ils racontent une histoire commune. Beaucoup de morceaux sont aussi été écrits pour un album plus sonore, et ils ne figurent pas sur le disque. Je dirai que les deux derniers albums sont en fin de compte assez équivalents dans la démarche et dans leur élan.
– Finalement, il n’y a que six mois entre les deux albums. Aviez-vous commencé à travailler sur le nouveau juste après « I Just Want To Be A Sound » ? Ou a-t-il été une sorte de déclic ?
Oui, beaucoup de chansons étaient déjà écrites. Nous avons travaillé dans notre propre studio et c’est aussi plus facile de le faire dans une certaine continuité. Et puis, il n’y avait pas de tournée de prévu, non plus, ce qui nous a laissé du temps. « I Just Want To Be A Sound » avait été réalisé en août de l’année dernière et il n’est sorti qu’en mai. Nous avons donc eu plus d’un an sans obligation particulière, alors nous avons juste continué à composer, à écrire et à enregistrer. Et lorsque l’album est sorti, nous nous sommes dit que ce serait cool d’en avoir un autre pour la tournée qui allait suivre. Et puis, ils se suivent vraiment surtout.
– L’impression que donne ce nouvel album est que KADAVAR retrouve sa pleine puissance et prend même un nouveau départ. Et la première évidence est dans le son, qui a aussi gagné en amplitude. Cela vous a-t-il semblé nécessaire d’enregistrer en analogique pour y parvenir ?
En fait, c’est une manière d’y arriver. Il a plusieurs façons d’obtenir un bon résultat. Pour nous, enregistrer sur bande a toujours été quelque chose de très important, parce que je pense que notre son est vraiment taillé pour ça. Oui, pour nous en tout cas, c’est sans doute nécessaire. C’est vrai que nous avons aussi fait beaucoup d’enregistrement numérique auparavant, mais pour ce nouvel album de KADAVAR, cela ne pouvait se faire qu’en analogique.
– Ce nouvel album a de fortes sonorités Hard Rock et Stoner et les éléments psychédéliques sont aussi très présents. Avez-vous le sentiment d’avoir trouvé une forme d’équilibre dans votre musique ?
Non ! (Rires) J’adorerai, mais je ne pense pas ! (Rires) Tu sais, ce n’est jamais la même chose, chaque album est différent et à chaque fois que nous nous mettons à composer, ce n’est jamais la même chose. Par exemple, quelque chose qui est bien aujourd’hui pourra nous paraître mauvaise le lendemain. Mais je pense que pour cet album, nous y sommes parvenus. Je pense que l’équilibre est bon. J’aurais peut-être pu mettre plus d’éléments psychédéliques, mais ça, c’est juste mon opinion. (Sourires) Comme je te le disais, chaque album est différent, et à chaque fois que l’on commence à écrire, il faut recommencer beaucoup et essayer plein de choses. Il faut trouver de quoi il a réellement besoin. Est-ce qu’il faut qu’il soit plus joyeux, plus lourd, plus rapide ou plus lent ? Est-ce qu’il sera plus psychédélique ou Stoner Doom ? Ce n’est jamais la même chose et tout ça dépend vraiment de l’enregistrement. Une chose est sûre, c’est tout le temps différent.
– « K.A.D.A.V.A.R. » est également sombre et parfois même brutal avec un regard presque cynique sur le monde. Est-ce finalement notre époque qui vous a conduit à composer un album aussi contrasté et direct ?
Oui, c’est sûr. L’album précédent était plus axé sur le son avec beaucoup de travail sur les sonorités et les ambiances. Il était beaucoup plus personnel dans un sens. Tandis que celui-ci est clairement basé sur tout ce qui nous entoure, nos gouvernements, tout ce qui se passe mal dans le monde avec, en point d’orgue, la chanson « Total Annihilation ». Si nous continuons à détruire le monde tel que nous le connaissons, sa chute sera inévitable. C’est vrai que c’est un album très sombre, mais avec un peu d’humour quand même. C’est nécessaire d’avoir un sourire, une vision d’ensemble et une confiance aussi en la vérité et la réalité du monde. Alors, parfois, cela peut être drôle, car on ne peut pas faire grand-chose dans le domaine à titre uniquement personnel. Ce que l’on peut faire, c’est d’en parler en chantant et en espérant que cela finisse par aller mieux à un moment ou un autre… (Sourires)
– Ce nouvel album est aussi le plus varié de votre discographie. Après 15 ans, KAVAVAR a-t-il, selon vous, atteint une certaine maturité artistique qui vous permet d’explorer tous les styles que vous voulez ? Sans contrainte et avec maîtrise ?
Oui, je pense et je l’espère aussi. (Sourires) J’espère que nous sommes aujourd’hui dans une position où nous pouvons jouer la musique que nous voulons et écrire ce que l’on veut écrire… Et que les gens apprécient cela ! J’ai toujours été fatigué et ennuyé par le fait de composer un seul style de musique, car j’aime beaucoup de choses. Et c’est quelque chose avec laquelle j’aime jouer. J’adore tourner autour de ça et le traduire dans les chansons de KADAVAR. C’est vraiment quelque chose qui m’amuse et que j’aime beaucoup faire.
– J’aimerais que l’on parle du morceau « Stick It », qui est un moment fort et très Space Rock de l’album, où il y a même un passage parlé en français. D’où vous est venue cette idée ?
En fait, « Stick It » signifie « Enfonce-le toi dans le cul » ! (Rires) C’est vrai que cela nous est venu d’un truc en français que notre bassiste Simon (Bouteloup – NDR) a écrit. C’est vrai que c’est un morceau très Space Rock, un peu comme ce que faisait Hawkwind dans les années 60 avec ce type de solo, comme un groupe de voyageurs entourés de fleurs avec des fans japonaises… Et en effet, je pense que c’est une autre manière de dire « Fuck Off » ! (Rires) Trop, c’est trop : alors, allez tous vous faire foutre ! C’est une chanson, qui parle de ça, oui… (Rires)
– Par ailleurs, même si « K.A.D.A.V.A.R. » montre un songwriting très élaboré et solide, il donne aussi une impression d’insouciance et de grande liberté. Etait-ce votre état d’esprit au moment de sa composition ?
Oui, c’est toujours le but d’avoir un esprit libre et de laisser notre tête faire le travail, afin que les chansons sortent le plus naturellement possible. Alors, parfois ça marche et d’autres pas. Je pense que nous avons eu plus de facilités à composer ce deuxième album, parce que ce qui avait été fait ne nécessitait pas qu’on y donne une suite. C’était beaucoup plus simple, et il y a avait aussi moins de pression. Cela nous a libéré pour faire l’album parfait, car nous étions vraiment focalisé dessus et sur rien d’autre. Cela a d’ailleurs été très amusant de continuer à écrire et à enregistrer de la manière dont nous le souhaitions et en totale liberté. Et puis, personne ne savait que nous allions sortir un nouvel album, pas même notre label ! C’était donc très rigolo à faire ! (Rires)
– Enfin, ce nouvel album est donc le deuxième d’une trilogie, ou plutôt d’ailleurs d’un tryptique, car ils seront très différents les uns des autres. Ne me dites pas que vous travaillez déjà sur le troisième ? Si ?
Si, c’est vrai. Nous travaillons dessus, mais… (Silence) On verra bien, je ne peux vraiment pas t’en dire plus ! On en parlera quand ce sera terminé ! (Rires) Nous avons des idées, un sujet aussi et nous avons de quelle manière nous allons le faire. Dans l’immédiat, nous avons beaucoup de concerts et c’est ce que nous allons d’abord faire. Nous sommes concentrés là-dessus. Quand nous aurons le temps de nous réunir en studio, nous verrons à ce moment-là vers où on décidera d’aller…
– Parfait, nous avons donc juste six mois à attendre !
(Eclat de rire) Peut-être, c’est possible ! (Rires) Et peut-être qu’il arrivera même avant Noël, qui sait ??? (Rires)
Le nouvel album de KAVADAR, « K.A.D.A.V.A.R. », est disponible chez Clouds Hill.
Photos : Marina Monaco
Retrouvez la chronique de « I Just Want To Be A Sound » :
Changement de ton, et de look aussi, pour la formation berlinoise récemment passée de trio à quatuor. Après une belle escapade le temps d’un enregistrement avec Elder, KADAVAR fait son (très attendu) retour avec une nouvelle production, toujours aussi organique et inventive. Dans une ambiance rétro-futuriste, « I Just Want To Be A Sound » est un voyage très cosy dans des effluves 70’s, assez distant de ce que le groupe a présenté jusqu’ici.
KADAVAR
« I Just Want To Be A Sound »
(Clouds Hill)
Un peu mou du genou, ce nouvel opus de KADAVAR ? Si vous avez toujours en tête leurs fiévreuses prestations accompagnant des disques hauts en couleur portés par un Stoner Psych tirant sur un Hard Rock vintage, alors oui, les Allemands ont changé de dimension… et le calme règne. Celle-ci reste toujours clairement orientée sur le psychédélisme, mais dans un registre beaucoup plus aérien, presque contemplatif, voire méditatif. « I Just Want To Be A Sound » évolue dans des sphères planantes, loin du Rock rugueux qui a fait sa réputation, même s’il reste quelques soubresauts.
Tous les musiciens, ou presque, affirment haut et fort qu’ils n’aiment pas faire deux fois le même album. Cependant, ils conservent toujours plus ou moins une dynamique et un son assez identifiables. Chez KADAVAR, la donne est différente. Forcément, on se remémore la belle parenthèse d’Eldovar, « A Story Of A Darkness And Light », où il s’était montré polyvalent et créatif. Et c’est encore le cas ici, mais dans des sonorités plus légères oscillant entre un Indie Rock plat et des désagréables relents de Pop anglaise. Les puristes apprécieront.
L’arrivée, il y a deux ans de Jasha Kreft à la guitare et surtout aux claviers, vient aussi apporter quelques explications quant au nouveau cap. Il distille des atmosphères plus progressives et feutrées et prend souvent le dessus sur les riffs. KADAVAR est plus que jamais dans un esprit revival et peine pourtant à vraiment décoller sur ce septième effort. Très conceptuel, « I Just Want To Be A Sound » expérimente et se fait même aussi parfois convaincant (« Hysteria », « Regeneration », « Scar On My Guitar »). Un mélange des genres bien trop hasardeux.
Rarement un si jeune groupe aura paru aussi insaisissable. Si les premiers titres de ce premier opus peuvent laisser présager de la suite, le combo prend tout le monde à contre-pied avec une dextérité et une fluidité très réfléchies. Sans intellectualiser son style et son jeu, TORPEDO TORPEDO déploie beaucoup de sensibilité et de feeling. Le groupe sait déjà parfaitement où il va, et les émotions sur lesquelles il se meut font écho à un nombre impressionnant de courants musicaux. « Arrows Of Time » développe des allures cosmiques et accrocheuses avec une justesse puissante et très personnelle.
TORPEDO TORPEDO
« Arrows Of Time »
(Electric Fire Records)
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la scène Stoner autrichienne est d’une grande discrétion, pour ne pas dire d’une confidentialité presqu’absolue. Cela dit, les choses pourraient changer, car les Viennois font une entrée assez fracassante et surtout très convaincante avec leur premier album, « Arrows Of Time ». Après avoir sorti un premier EP de quatre titres en 2022 (« The Kuiper Belt Mantras »), TORPEDO TORPEDO se présente cette fois sur la longueur, ce qui permet de constater et de savourer toute la richesse et l’originalité de son Heavy Stoner Psych extrêmement varié.
Car, dans une ambiance assez cinématique, le power trio multiplie les embardées et se montre d’un éclectisme parfois surprenant. Empruntant au Space Rock, au post-Rock, au Doom essentiellement, mais aussi en glissant quelques touches bluesy dans les guitares, on y décèle même des réminiscences Grunge dans la voix. Autant dire que les membres de TORPEDO TORPEDO ont parfaitement assimilé un nombre important de styles et, même en opposition, ils parviennent à leur donner vie dans une unité bluffante et singulière. Une belle preuve d’intelligence et de maîtrise.
Résumer « Arrows Of Time » en quelques mots est peine perdue, puisque chacun des huit morceaux sont très différents dans leur approche. Pourtant, on s’y retrouve ! TORPEDO TORPEDO prend le soin de ne pas nous perdre en route, malgré des envolées aériennes qui viennent côtoyer des déflagrations chaotiques volcaniques dans un Doom Metal lourd. Ecrasant, mais terriblement groovy, ce premier effort joue sur une technique, plus qu’une technicité, dans des atmosphères qui peuvent être intrigantes, légères, progressives, enivrantes ou carrément épiques. Spectaculaire !
Sur un groove ensorceleur, NAXATRAS tisse sa toile dans un Rock à la fois progressif et psychédélique teinté, depuis l’arrivée de Pantelis Kargas aux claviers et aux synthétiseurs, de sonorités électroniques qu’il puise dans les années 70 essentiellement. Ce cinquième album vient rassembler les multiples influences du groupe dans une atmosphère très analogique, qui libère une authenticité qui rend ce « V » très créatif, original et qui ouvre à la formation venue de Grèce des horizons infinis dans un registre où il est passé maître.
NAXATRAS
« V »
(Evening Star Records)
Dix ans après un premier album éponyme qui avait déjà marqué les esprits, NAXATRAS vient poser une monumentale nouvelle pierre à son édifice musical. En élargissant encore un peu plus son spectre, son Rock Psychédélique Progressif prend une ampleur quasi-spatiale. Toujours aussi organique, ce sont la technicité et l’inventivité des Grecs qui dominent et le voyage auquel nous sommes conviés est plus captivant que jamais. Sur un récit conceptuel basé sur l’exploration du monde mythologique de Narahmon, l’évasion se fait dès « Celestial Gaze » qui ouvre « V », et « Spacekeeker » nous plonge ensuite dans une atmosphère enivrante.
Si la vision de NAXATRAS reste moderne, le quatuor dégage pourtant une belle et douce saveur vintage, résultant essentiellement de ce son si proche. Autour de synthés enveloppants, la basse, la batterie, les percussions, la flûte et la guitare s’entremêlent dans une harmonie à laquelle il devient difficile de résister au fil des morceaux comme sur « Numenia » et ses effluves orientaux bousculés par un riff infernal. La maîtrise est totale, les relais entre les instruments prennent un aspect obsédant et les Hellènes nous propulsent dans un univers fait de longues plages aériennes et d’un Rock brûlant (« Breathing Fire »).
En côtoyant d’aussi près le Space Rock, NAXATRAS s’émancipe de toutes frontières musicales, se faisant même orchestral à l’occasion et distillant des couleurs moyen-orientales hypnotiques et très rythmées (« Legion »). Lointain, le chant continue sa narration entre Science-Fiction et une vision antique dans son propos. Le quatuor a de quoi impressionner, tant rien n’est laissé au hasard, que ce soit au niveau de cette production presque charnelle et des arrangements d’une exquise finesse (« Utopian Structures », « Sand Halo »). La touche rétro aux allures célestes qui englobe « V » devient très addictive. Classe !
Si les pointilleux trouveront toujours quelques références, parfois évidentes, dans cette nouvelle réalisation des Français, il faut reconnaître une chose, c’est qu’ils ont franchi un cap et que le Stoner aux teintes multiples proposé ici est original et très personnel. Compact et tranchant, « Occultation » change d’ambiance au fil des titres, tout en conservant une ligne directrice claire. STARMONGER avance sur un groove épais et affirmé, et laisse de la place pour des solos de guitare bien menés et convaincants.
STARMONGER
« Occultation »
(Interstellar Smoke Records)
STARMONGER fêtera ses dix ans d’existence l’an prochain et « Occultation » sera une belle occasion de les célébrer sur scène. Sur une pente ascendante depuis ses débuts avec la sortie de quatre EPs consécutifs et d’un premier album autoproduit en 2020, « Revelation », le trio se présente avec de bonnes intentions sur ce deuxième opus solide et massif. S’il taquine toujours autant quelques registres comme le Classic et le Space Rock, l’ensemble trouve son identité dans un Heavy Stoner Psych plus assumé, semble-t-il, et surtout de plus en plus probant.
Les Parisiens gardent aussi cette couleur très Doom et un élan épique, notamment dans le chant (« Conjuction »). Composé dorénavant d’Arthur Desbois (chant, guitare), Mathias Friedman (basse) et Seb Antoine (batterie), ces deux derniers assurant aussi les chœurs, STARMONGER s’appuie sur une rythmique bétonnée, qui donne du corps à des plages instrumentales conséquentes. Avec des titres dépassant les formats standards d’autres styles, le power trio prend son temps pour installer des atmosphères tortueuses et captivantes.
Assez progressif dans la structure de ses morceaux, le groupe nous guide dans un univers sombre et souvent pesant, d’où surgissent de puissantes déflagrations. Grâce à un sens du riff aiguisé et soigné, « Occultation » se fait aussi lancinant avant de nous rattraper avec des attaques frontales flirtant avec le Metal. Et STARMONGER a également pris soin de ne pas boucher l’espace sonore et laisse intelligemment respirer ses compositions, grâce aussi à des lignes de basse irréprochables (« Black Lodge », « Serpent », « Page Of Swords », « Phobos »). L’ensemble est vif et bien ciselé !
Pilier et pionnier du Stoner Rock aux saveurs largement Desert et Space Jam dans l’esprit, FU MANCHU mène une carrière exemplaire, parvenant sans cesse à rester très prolifique au sein-même du groupe comme en dehors. Avec « The Return Of Tomorow », le quatuor du sud de la Californie est parvenu à une synthèse parfaite de l’évolution musicale qui les caractérise depuis toutes ces années. Lourd, aérien, délicat et accrocheur, ce nouvel opus s’apprête à déferler sur scène et c’est encore son guitariste, Bob Balch, qui en parle mieux.
Photo : Thom Cooper
– L’an prochain, FU MANCHU célèbrera ses 40 ans d’existence et un très beau parcours. Vous avez commencé en jouant un Punk Hard-Core avant de côtoyer ses sonorités plus Hard Rock pour enfin donner naissance au Stoner et au Desert Rock. Que retiens-tu de cette évolution ? Te paraît-elle assez naturelle avec des étapes finalement nécessaires ?
J’ai rejoint FU MANCHU en 1997, donc le son était déjà plutôt bien établi à ce moment-là. Tu sais, je connais des tonnes de musiciens, qui sont passés du Punk Hard-Core au Heavy Rock des années 70. Pour ma part, j’ai commencé avec des groupes de Heavy Metal de la fin des années 70, puis j’ai découvert le Punk Rock, donc c’est un peu l’inverse me concernant, mais mélanger les deux styles fonctionne totalement !
– Ca, c’est pour l’aspect musical de FU MANCHU, mais qu’en est-il des textes et des thématiques que vous abordez ? Est-ce que, de ce côté-là aussi, il y a eu de profonds changements et peut-être des remises en questions à un certain moment ?
En ce qui concerne les textes, ce serait plutôt une question à poser à Scott Hill. D’après ce que j’en comprends, il s’agit principalement d’inspiration de films de série B et de blagues internes, des sortes de ‘private jokes’. Mais je pense que cela va bien plus loin que cela.
Bob Balch – Photo Visions In Pixels
– Est-ce que lorsqu’on fait parti du processus de création du Stoner/Desert Rock, comme c’est le cas pour FU MANCHU et quelques autres, on se sent un peu le gardien du temple ? Ou du moins le garant d’un style qu’il faut peut-être préserver, mais également faire évoluer ?
Pas vraiment, en fait. Au départ, nous n’avions pas vraiment l’intention de créer un son Stoner Rock. Le terme ‘Stoner Rock’ nous est même venu plus tard. Et puis, je pense que chaque style doit également évoluer. Je suis super content quand j’entends un groupe qui pense et qui joue en dehors de son genre d’origine en allant toujours de l’avant.
– Il a fallu attendre six ans pour que vous livriez ce 14ème album, « The Return Of Tomorrow ». Pourtant, FU MANCHU a été très actif avec un album live, des rééditions, trois Eps et même la bande originale d’un documentaire, sans compter vos tournées. Vous êtes vraiment un groupe d’hyperactifs, et on reviendra aussi sur tes projets personnels plus tard. Est-ce qu’avec toutes ces activités, il vous fallu trouver le bon moment pour vous poser et composer ces 13 nouveaux titres ? Attendre l’accalmie en quelque sorte…
Tu sais, nous nous réunissons pendant environ trois heures tous les jeudis. Ce sont trois heures vraiment très productives. Nous repartons généralement avec un morceau complet, ou au moins la moitié d’une chanson. Nous écrivons ensemble depuis si longtemps que c’est devenu une machine bien huilée à ce stade de notre carrière.
Photo : Visions In Pixels
– FU MANCHU est aussi réputé pour être un groupe qui va sans cesse de l’avant. C’est ce que vous avez voulu signifier avec ce titre « The Return Of Tomorrow » ? Que rien n’est figé et vous êtes résolument tournés vers l’avenir ?
Carrément ! Et puis, tu sais, je reste vraiment conscient de notre incroyable longévité et je suis très reconnaissant à tous nos fans.
– Parlons plus précisément de ce nouvel et très bon album. Il est la quintessence parfaite du style FU MANCHU avec encore et toujours des nouveautés dans les compositions et bien sûr dans le son, qui ne cesse d’évoluer lui aussi. Il y a un énorme travail sur le ‘Fuzz’ comme souvent chez vous. Est-ce que, finalement, ce n’est pas la chose qui vous importe le plus ? Le faire grossir et lui faire prendre des directions différentes et nouvelles ?
Nous cherchons toujours à nous améliorer, c’est un fait établi. Ce sont les chansons qui comptent le plus, bien sûr. Mais si nous pouvons obtenir les meilleurs sons possibles, en tout cas pour nous et à nos oreilles, c’est ce qui compte le plus ! Par ailleurs, c’est très important pour nous dans le groupe que notre bassiste, Brad Davis, fabrique et conçoive ses fameuses pédales fuzz ‘Creepy Fingers’.
Scott Hill – Photo Visions In Pixels
– « The Return Of Tomorrow » est aussi très particulier dans sa construction, puisqu’il est scindé en deux parties. La première est très Heavy et Fuzz et la seconde est plus Desert avec aussi un côté Space Jam. C’était l’ambition de départ ? De livrer des atmosphères opposées et aussi de pouvoir vous exprimer le plus largement possible ?
Oui, nous en avons discuté dès le départ. Quand nous avons commencé à écrire, nous avons essayé des chansons très lourdes, puis plus douces pour voir quel style servait le mieux les chansons. C’était d’ailleurs très amusant pour nous d’aborder ce disque avec l’idée que nous allions ensuite le diviser en deux.
– Est-ce que, dans le cas de FU MANCHU, cela demande d’être dans un certain esprit pour aborder au mieux ces ambiances très différentes ?
Pas vraiment, finalement. Personnellement, si je me sens inspiré, je vais en tirer le meilleur parti à ce moment précis et je vais composer autant que possible. Mais chaque semaine quand nous nous réunissons, c’est toujours dans l’idée de nous déchaîner et de nous défouler au maximum !
Photo : D.R.
– D’ailleurs, comment allez-vous composer vos setlists pour les concerts à venir ? Elles seront plutôt axées sur le côté Heavy du groupe, et allez-vous intégrer ces nouveaux morceaux plus ‘légers’ comme des interludes, par exemple ?
Probablement, un peu des deux et le plus possible. C’est vrai que nous pourrions aussi en changer soir après soir. Et puis, cela dépend également s’il s’agit d’un concert spécifique de FU MANCHU ou d’une configuration en festival. Si c’est notre propre show, nous jouerons davantage le nouvel album, c’est certain.
– Justement, parlons des concerts, vous serez en tournée en Europe à l’automne, mais d’abord en juin avec un passage au Hellfest, votre deuxième, je crois. Votre dernière venue date de 2019. C’est un festival que vous appréciez particulièrement ?
Oui, le Hellfest est super fun ! La première fois que nous avons joué là-bas, je n’ai regardé ni la scène, ni le public jusqu’à ce que nous montions sur scène. Je me détendais tranquillement dans les coulisses en regardant l’émission « Showdown ». Et quelques minutes plus tard, nous jouions devant des milliers de personnes. C’est un contraste saisissant et jubilatoire !
Photo : Thom Cooper
– Enfin, Bob, j’aimerais que l’on parle aussi de tes multiples side-projets. Il y a Big Scenic Nowhere dans un registre Desert/post-Rock Progressif, Yawning Balch dans un registre assez proche et plus Psych et enfin Slower, qui est un album de reprises de Slayer dans des versions Doom étonnantes. C’est très varié et assez éloigné de FU MANCHU. Tu as besoin de te lancer ce genre de défi, ou c’est plus simplement un désir d’explorer d’autres styles, dont tu es aussi fan ?
Tu sais, mes influences sont très diverses. De plus, j’ai acheté une ‘Universal Audio OxBox’, qui me permet d’enregistrer très facilement mes guitares avec la qualité d’un album à la maison. Cela m’a aussi aidé à devenir plus prolifique. Big Scenic Nowhere et Yawning Balch sont un peu arrivés par hasard, et je n’ai pas su refuser. Je suis un grand fan du jeu de guitare de Yawning Man et de Gary Arce. J’ai secrètement toujours voulu collaborer avec eux. Je suis ravi que cela se soit produit et que cela continue d’exister. Yawning Balch va d’ailleurs bientôt sortir deux albums. L’idée que je m’en fais est plus posée et je me suis aussi bien amusé à faire le premier disque. Et nous avons presque terminé le deuxième. J’ai des tonnes de morceaux originaux cette fois-ci, et c’est génial.
– Enfin, et puisque l’on parle de tes projets annexes, est-ce que tu te consacres déjà à d’autres choses, ou es-tu essentiellement focalisé sur FU MANCHU et ce nouvel album pour le moment ?
FU MANCHU est mon activité principale. Nous tournons énormément pour soutenir « The Return Of Tomorrow » et j’en suis franchement ravi ! J’ai vraiment hâte que les gens l’entendent. Je pense que nous nous sommes vraiment surpassés sur celui-là !
Le nouvel album de FU MANCHU, « The Return Of Tomorrow », sera disponible le 14 juin sur le propre label du groupe, At The Dojo Records.
La bonne santé de la scène Stoner en Italie n’est plus à démontrer et avec une quatrième réalisation compacte et véloce comme « New Babylon », KAYLETH vient confirmer et alimenter cette belle énergie. Psych et Space Rock, les Transalpins naviguent entre Rock et Metal et, sans complexe, ils assènent de nouveaux titres robustes et intenses. Sans détour, le quintet multiplie les univers, joue sur les variations de genre et se montre infaillible.
KAYLETH
« New Babylon »
(Argonauta Records)
Fondé il y a une petite vingtaine d’années à Vérone, KAYLETH a pris le temps de mûrir son Stoner et a procédé étape par étape. Un parcours à l’ancienne qui manque d’ailleurs cruellement aujourd’hui. En effet, après trois démos et un EP, c’est en 2015 que le groupe a sorti « Space Muffin », puis « Colossus » (2018) et « 2020 Back To Earth » il y a quatre ans. L’évolution est manifeste et le style s’affine et s’affirme très nettement sur ce solide « New Babylon », particulièrement massif.
Dans une atmosphère SF tourmentée, KAYLETH propose une épopée galactique où il parvient à rassembler toutes ses influences, les courants qu’il traverse et surtout pose un style devenu immédiatement identifiable. Très Psych, le Stoner des Italiens emprunte autant au Metal qu’au Rock et l’apport du synthétiser offre une dimension 80’s très Space Rock. Cela dit, le quintet est toujours aussi rugueux et épais, même si le travail sur les mélodies de « New Babylon » est remarquable.
L’aventure spatiale commence avec « The Throne », qui donne la pleine mesure de la suite bien musclée de ce quatrième opus. Efficace et puissant, le combo enchaîne les morceaux avec une vigueur souvent sauvage et même épique (« Giants March »). S’autorisant quelques passages Doom, ce sont surtout les riffs serrés, les solos savamment distillés et la rythmique de plomb que l’on retient sur « New Babylon » (« Megalodon », « We Are Aliens », « Pyramids »). KAYLETH ne réinvente rien, mais fracasse dans les règles !
Formé il y a seulement cinq ans, à l’aube d’une pandémie qui leur a peut-être donné des idées, KARKARA poursuit sa route, chemine dans les antres du psychédélisme et se frotte au shamanisme musical avec de plus en plus de grâce et d’habileté. Plus inspirée encore, « All Is Dust » est une réalisation pertinente, obsédante et surtout interprétée et composée sans bride, ce qui lui offre et libère un sentiment de totale liberté. Alors, on se laisse aller, on se laisse prendre dans ce flux fantasmagorique et enchanteur… et le voyage est beau, bien que mouvementé ! Il y a même une certaine magie.
KARKARA
« All Is Dust »
(Le Cèpe Records/Exag Records/Stolen Body Records)
« All Is Dust » est typiquement le genre d’album (le troisième du groupe), qui fait plaisir à écouter et à savourer, car il va si bien à l’encontre des préceptes actuels et de cette frénésie à vouloir découper systématiquement un disque en singles, comme pour mieux en supprimer la substantielle moelle. KARKARA m’a donc rendu le sourire. En effet, pour qui déciderait d’en écouter quelques bribes en le parcourant nonchalamment, il passerait complètement à côté, car la démarche entreprise ici relate une quête quasi-survivaliste entre poésie et rage (« Monoliths », « On Edge », « Moonshiner » et ses oiseaux).
Il fait aussi et d’abord préciser que le style du trio s’y prête également très bien. Dans un Psych Rock oscillant entre Stoner et Desert Rock, il nous raconte une histoire, nous guide dans les pas d’un personnage dont l’épopée se comprend, se ressent et se vit justement en écoutant l’ensemble des six morceaux… dans leur entier et dans l’ordre. Ses étapes, ses rencontres et ses combats sont saisissants. Et je ne vous raconterai évidemment pas la fin de cette aventure aux multiples rebondissements narrée par KARKARA, mais la chute est aussi hallucinatoire que radicale et magnifique.
Plutôt que vintage, c’est une saveur rétro-futuriste qui englobe « All Is Dust » à travers de longs morceaux, qui sont nécessaires au déploiement de cette ambiance épique et hypnotique, ainsi que galopante et nerveuse. Très organique dans le son, tout comme dans son jeu, KARKARA jour sur les effets de basse et de guitare, ponctue ses titres de notes de synthés d’un autre temps et avance sur un chant aérien et désespéré aussi. Il se permet même l’incursion d’un saxophone démoniaque (« The Chase ») et d’une trompette solaire qui vient presque sonner le glas (« All Is Dust »). Terriblement humain, bravo !