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Motorpsycho : free psychoverse [Interview]

Erigé au rang de groupe culte par certains, voire qualifié d’intellectuel du Rock par d’autres, MOTORPSYCHO présente cependant une musique d’une fluidité qui la rend vraiment accessible. Certes, elle va se nicher dans les années 70, une période qui peut paraître lointaine pour beaucoup, mais elle prend finalement son élan depuis la source-même du Rock. Cela signifie aussi qu’elle intègre une multitude de courants allant du Progressif au Psychédélique, avec des embardées parfois Metal, Hard Rock ou Folk, notamment. Le son des Norvégiens révèle une authenticité très live, spontanée et instinctive qui est le fruit d’un travail minutieux et d’une recherche constante. A l’occasion de la sortie du nouvel album, « The Gaia II Space Corps », l’un de ses fondateurs, le chanteur et multi-instrumentiste Bent Sæther, nous éclaire sur la démarche de son atypique formation. Entretien avec un passionné qui cultive l’émerveillement.

– MOTORPSYCHO existe depuis un peu plus de 35 ans aujourd’hui, et vous avez sorti une trentaine d’albums et beaucoup d’EPs. C’est devenu assez rare de nos jours. Diriez-vous que vous êtes des boulimiques de travail ou, plus simplement, que c’est votre manière de vous exprimer et que vous avez beaucoup de choses à dire ?

Nous avons tendance à considérer le groupe comme un projet artistique continu centré sur la musique, plutôt que tout ce qui précède, si tu vois ce que je veux dire ? C’est quelque chose que nous sommes en quelque sorte ‘obligés’ de faire, je crois, et nous essayons de nous concentrer sur la musique elle-même, et pas tellement sur les facteurs extérieurs qu’elle peut engendrer comme la gloire, la fortune, etc… Puisque MOTORPSYCHO ne se limite à aucun style ou genre musical spécifique, nous nous sommes autorisés à utiliser une palette aussi large que nous le souhaitions, et avec le temps, chaque type d’expression musicale est devenu valide dans notre ‘Psychoverse’. De plus, quand on a dit quelque chose, on ne devrait pas avoir à le répéter sans cesse . Cela signifie simplement qu’on n’a pas réussi la dernière fois et c’est une façon un peu bête de faire les choses. Alors nous ne le faisons pas, mais nous laissons les muses nous guider vers d’autres musiques et d’autres ambitions. Et je pense que nous continuerons tant qu’elles viendront frapper à notre porte ! Dans cette optique, 30 albums en 35 ans, ce n’est finalement pas si énorme ! (Sourires)

– D’ailleurs, parmi cette vaste discographie, on retrouve assez peu d’albums live au regard du reste. Pourtant et paradoxalement, vous êtes un groupe qui a toujours sonné très live. Votre préférence va plus à la création qu’à la performance et au fait d’en garder une trace discographique ?

La réponse dépend du moment où la question se pose et nous essayons de mélanger les deux, c’est-à-dire la création et l’interprétation, autant que possible. Mais nous avons généralement abandonné l’idée que la version studio enregistrée soit la représentation parfaite d’une chanson, car chaque fois que nous la jouons, elle sera légèrement différente, et c’est très bien comme ça. La version enregistrée reflète simplement le son du groupe à un moment donné, avec cette formation et dans un endroit précis. Parfois, une chanson atteint son apogée en studio et devient imbattable en concert, et d’autres fois, c’est l’inverse. On ne sait jamais. Mais c’est justement ce qui est intéressant : quelle est la richesse de cette structure musicale ? Jusqu’où peut-on la pousser tout en la reconnaissant ? Et quand l’avons-nous épuisée ? L’album est une sorte de portrait idéalisé de notre musique, mais très rarement la version finale et parfaite ! (Sourires) Pour faciliter la vie des fans de concerts avides d’enregistrements live, nous avons récemment créé nos propres pages sur Internet Archive (https://archive.org/details/MotorpsychoBand), où chacun peut télécharger ses enregistrements, ou écouter ceux des autres gratuitement. Je pense qu’il y a déjà au moins 100 concerts disponibles, et ce nombre ne cesse d’augmenter ! (Large sourire)

– MOTORPSYCHO est porté depuis le début par vous deux, Hans et toi, et beaucoup de batteurs se sont succédés au fil des années. Cela dit, Tomas Järmyr a un temps été officiellement le troisième membre du groupe. Que se passe-t-il avec vos batteurs, parce qu’il faut vraiment vous suivre ?

(Rires) Parfois, les choses vont vite dans le ‘Psychoverse’. Tomas a quitté le groupe en 2022 et il n’en fait plus partie. Aujourd’hui, les deux seuls membres permanents sont Hans (Magnus Ryan, guitariste et chanteur – NDR) et moi, mais Reine Fiske (guitariste, NDR) est membre associée depuis 2013. Nous avons actuellement une organisation plus ponctuelle avec des batteurs de projets, comme Ingvald Vassboe (Kaanan) et Olaf Olsen (Big Bang, divers projets de Jazz), qui participent à différents enregistrements et concerts. Olaf joue d’ailleurs sur ‘Gaia’. Chaque batteur a un rythme et un feeling différents, et chacun de ceux avec qui nous avons joué a apporté sa touche personnelle. Travailler avec eux a toujours été intéressant, chacun à sa manière. Certains s’intégraient mieux que d’autres, mais tous ont apporté des interprétations personnelles intéressantes à notre musique, ce qui est tout ce qu’on peut demander. Et nous les remercions tous !

– L’an dernier, vous avez sorti votre album éponyme, ce qui n’est jamais anodin pour un groupe. Est-ce que vous avez considéré que « Motorpsycho » est la quintessence de votre style, même si celui-ci reste toujours aussi difficile à saisir ?

Après toute cette période de pandémie, et les deux albums plus ou moins enregistrés à la maison qui en sont sortis (« Yay! » et « Neigh!! »), ainsi que le départ de Tomas juste après le confinement et la création de notre label au même moment, l’album éponyme nous a donné l’impression de nous rassembler autour d’une bannière commune et de réaliser un album marquant, pour nous et pour nos fans. Nous avions besoin de faire quelque chose d’important et d’ambitieux, une véritable déclaration artistique, et c’est ce que nous avons finalement obtenu. D’une certaine manière, c’est un ‘album typique de MOTORPSYCHO’, diraient certains, mais… je ne sais pas ! Il y a quand même un sentiment de plénitude, le résultat est à peu près conforme à nos attentes, et c’est toujours bon signe ! (Sourires)

– On l’a dit, MOTORPSYCHO se nourrit de Rock Progressif, de Space Rock, de Rock Psychédélique, de Folk aussi et même de Metal, de Hard Rock et de quelques élans Free Jazz à l’occasion. Malgré toutes ces influences, vous parvenez à rassembler et le groupe est aujourd’hui une institution très respectée. Avec aussi une approche très cérébrale, diriez-vous que le groupe a un petit côté élitiste et réservé à un public connaisseur à l’instar d’un Frank Zappa, par exemple ?

Si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel, je te le garantis ! Comment disaient-ils ça dans ‘Spinal Tap’ ? « Ils s’adressent à un public de niche » ou quelque chose comme ça ? L’expression de ‘Spinal Tap’ me semble plus juste qu’‘élitiste’, mais bon, c’est du pareil au même, non ? (Sourires) Nous pensons que les choses les plus intéressantes se situent entre les archétypes, et nous cherchons toujours à créer des œuvres qui ne se laissent pas facilement catégoriser. Cette approche musicale simpliste est insupportable, mais c’est aussi la plus commerciale. C’est pourquoi nous sommes passés relativement inaperçus dans certains pays, comme la France, et nous comprenons que cela puisse paraître élitiste, mais… J’imagine que notre approche a sûrement dérouté beaucoup de gens ? Je ne sais pas, mais on n’a jamais vraiment réussi à trouver un large public en France. Et si on reste assez longtemps dans l’underground, on finit par devenir soit un phénomène culte, soit un truc élitiste, qu’on le veuille ou non ! (Sourires) Alors, que faire ? Comme tu l’as sans doute compris, on n’a pas de grand plan, ni de modèle économique. On laisse parler la musique et on sait bien qu’on n’est plus les petits nouveaux, mais c’est super de susciter de l’intérêt sur un terrain qui était jusqu’ici inexploré pour nous. Alors, merci ! (Sourires)

– Revenons à « The Gaia II Space Corps », dont le titre donne déjà des indications sur l’aspect Space Rock du contenu. Derrière un côté très jam, on perçoit que les morceaux sont très écrits et minutieux. Est-ce que c’est, selon vous, la précision de l’écriture et donc du jeu, qui vous permet autant de liberté artistique ?  

Merci pour tes compliments ! Je crois que tu as mis le doigt sur quelque chose, car malgré l’énergie brute du live, un travail considérable est consacré aux arrangements et aux détails avant l’enregistrement. Ce travail permet de définir l’ensemble et facilite grandement l’enregistrement lui-même. Pour l’album « Gaia », les structures musicales et l’ambition artistique étaient si bien définies que nous savions tous, presque intuitivement, quoi jouer et comment le jouer. Il y a eu une période faste dans l’histoire du Rock autour de 1970 où tout, sauf les Beatles, était qualifié d’’underground’. Le Progressif, le Heavy Metal et bien d’autres genres sont devenus grand public bien plus tard. Dans ce bouillonnement post-LSD et hippie, une musique empreinte d’une certaine liberté et d’un mépris des conventions a émergé. Au Royaume-Uni, The Pretty Things, Soft Machine, Family, Mighty Baby… et en France, Magma, Gong et d’autres encore. Tous étaient des groupes qui créaient une musique à la croisée des genres. Une musique en pleine création. En clair, c’est l’atmosphère de ces albums que nous recherchions.

– Etonnamment, les morceaux de ce nouvel album sont assez courts, même si l’on sent que vous pourriez prolonger votre plaisir de jouer, car certains sont même shuntés. Est-ce que sur scène, on peut s’attendre à des titres qui s’étalent en longueur, d’autant que c’est quelque chose que vous semblez vraiment apprécier ?

Au fil des ans, nous avons composé quelques odyssées de plus de 20 minutes, et un nombre surprenant d’entre-elles sont en fait jouables en live. C’est pourquoi nous essayons d’en inclure une ou deux chaque soir. De plus, nous faisons pas mal d’improvisation à chaque concert, généralement au milieu d’un morceau plus court, donc… un concert de MOTORPSYCHO prend un peu de temps ! (Sourires) Sur « Gaia », la durée idéale des morceaux semblait être plutôt courte, ils sont donc tous assez concis. Avec un titre comme celui-là, on s’attend à un peu d’improvisation, je sais, mais… on se rattrapera en live ! (Sourires)

– « The Gaia II Space Corps » est très fortement porté par un Hard Psych 70’s, qui fait une sorte de jonction entre Led Zeppelin et les Doors, avec un côté direct et l’autre plus aérien. Je trouve que c’est peut-être l’album qui définit le mieux le MOTORPSYCHO de ces dernières années ? Est-ce aussi votre impression et peut-être votre objectif aussi ?

Je ne sais pas si c’est aussi bien pensé que ça ! J’aimerais bien ! (Sourires) Ecoute, on écrit des chansons tout le temps, et parfois, quand tu fouilles dans tes archives pour voir ce que tu as accumulé, tu remarques un fil conducteur entre certains morceaux. C’est ce qui s’est passé ici : ces chansons semblaient bien s’accorder et elles correspondaient aussi très bien à Reine et Olaf et à leurs styles de jeu, alors on s’est dit que ce serait sympa de faire un album dans ce registre-là. A bien des égards, je pense que l’album éponyme de l’année dernière est plus proche de ce que nous voulons faire intellectuellement en termes d’aspirations et d’ambitions compositionnelles, comme sur « Super Ego », mais « Gaia » est probablement ce qui se rapproche le plus de l’identité propre du groupe. (Sourires)

– Un mot aussi sur la production, qui est très organique avec une couleur vintage, et qui nous propulse quelques décennies en arrière. On a presque l’impression que vous donnez autant d’importance à la composition qu’à son rendu sonore. Est-ce le cas et l’enregistrement s’est-il fait en conditions live, car il est d’une incroyable spontanéité ?

La plupart des enregistrements ont été réalisés en live, mais deux ou trois ont nécessité des overdubs. Et oui, on retrouve vraiment le son d’un groupe de Rock en live ! L’idéal sonore, sans aucun doute ! (Sourires) Côté production, je dirais que les albums enregistrés par Martin Birch dans le garage de sa mère en 1969/70 nous servent de modèle : « In Rock » de Deep Purple, le premier album de Wishbone Ash, « Then Play On » de Fleetwood Mac, The Faces, Jeff Beck avec « Beck-ola », The Groundhogs… Ils ont tous ce côté brut et authentique qui est vraiment excitant. C’est aussi ce que nous recherchons : une musique non pas trop léchée, mais pleine d’énergie, de vie et d’une ambiance incroyable !

– Enfin, il y a une question que je voulais vous poser depuis longtemps. Comment élaborez-vous vos setlists pour la scène ? Vous les axez sur l’album qui vient de sortir, ou un mix de vos meilleurs morceaux est-il encore possible sans faire un concert de quatre heure ?

En général, on tâte le terrain pour voir si quelles vieilles chansons ont encore du potentiel, puis on sélectionne celles qui nous semblent pertinentes parmi les autres époques du groupe et on les ajoute à ce qu’on peut jouer du nouvel album. Du coup, on se retrouve avec un répertoire d’environ 50 à 80 chansons parmi lesquelles choisir. Chaque soir, on se réunit et on essaie de créer une progression dramatique, qui maintiendra l’intérêt et l’énergie du public pendant deux à trois heures. Chaque soir, on propose une nouvelle combinaison de chansons, en reprenant celles qu’on a moins bien jouées la veille et en ajoutant d’autres pour remplacer celles qu’on a vraiment bien jouées. C’est un peu aléatoire : parfois on a beaucoup de chance, d’autres fois c’est un peu le bazar ! (Sourires) Mais l’important c’est de se renouveler constamment et de ne pas chercher le spectacle ou l’enchaînement parfait : on cherche à atteindre le nirvana musical à partir de rien. Et chaque soirée, c’est différent. Psychologiquement, c’est vraiment libérateur, et ça rend les choses beaucoup plus amusantes pour tout le monde ! (Sourires)

Le nouvel album de MOTORPSYCHO, « The Gaia ll Space Corps », est disponible sur le label du groupe Nordenfjeldske Grammofonselskab.   

Photos : Espen Haslene

Retrouvez aussi quelques chroniques du groupe :

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Desert Rock Heavy Psych Rock Stoner Punk

Red Sun Atacama : une chaleur magnétique

Fiévreux et gorgé d’énergie, le power trio basé à Bordeaux maintient la cadence et ne s’interdit rien sur ce « Summerchild » palpitant et virevoltant. Multipliant les tempos et les ambiances tout en édifiant à l’envie des murs de décibels, RED SUN ATACAMA emprunte des chemins sinueux avec vélocité et s’autorise des embardées plus délicates pour explorer des sonorités inattendues et très soignées. Et cette nouvelle réalisation atteste sans aucun doute qu’il a réellement trouvé sa voie dans un registre souvent insaisissable, entre percussion et moments d’accalmie.

RED SUN ATACAMA

« Summerchild »

(Mrs Red Sound)

Il y a des groupes dont on aime vraiment suivre le parcours et c’est le cas avec RED SUN ATACAMA, qui se bonifie et s’affirme au fil des albums dans un style qu’il est à peu près le seul à représenter en France. Quatre ans après « Darwin », son sulfureux Desert Rock dont les contours sont toujours aussi nuancés, fait de nouveau parler la poudre et ce troisième effort semble atteindre les objectifs que le combo s’est fixé. Son Heavy Stoner aux saveurs californiennes s’engouffre dans un fuzz irradiant et des fulgurances Punk que ne renierait pas un certain Nick Oliveri.

Comme pour son deuxième opus, RED SUN ATACAMA a de nouveau confié les rênes de l’enregistrement à Amaury Sauvé au studio The Apiary de Laval, et le résultat est encore plus abouti sur ce « Summerchild ». Et il faut admettre aussi que les nouveaux morceaux ont gagné en subtilité et Clément Márquez (chant, basse), Vincent Hospital (guitare) et Robin Caillon (batterie) se sont vraiment fait plaisir. Ils ont joué et multiplié les effets sur les cordes, ce qui libère beaucoup d’espace et de profondeur en laissant du champ aux parties du cogneur en chef.

L’autre aspect concerne directement la structure des titres et « Summerchild » est tout sauf linéaire. Si la base reste Stoner et Desert Rock, les ruptures ne manquent pas qu’elles soient bluesy, Folk, Country ou tirant sur un Space Rock bien senti. Les touches Punk ajoutent une dynamique légère et insouciante, tandis que les mélodies et l’atmosphère Psych dominent et cadre l’ensemble. Intense et groovy, RED SUN ATACAMA nous fait transpirer autant qu’il fascine et les surprises ne manquent pas tout au long de cette troisième réalisation très personnelle.

Photo : Hugues de Castillo

Retrouvez la chronique de « Darwin » :

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Proto-Metal Psychedelic Rock Space Rock

Fangus : un brumeux rituel

Déjantée, débridée mais tout en contrôle, cette première réalisation des Québécois est d’une fraîcheur réjouissante. Evoluant dans un proto-Metal psychédélique sur lequel un léger voile Doom repose, FANGUS passe d’une dimension à l’autre sur des mélodies accrocheuses portées par des riffs massifs et une rythmique tourbillonnante. Omniprésents, les claviers donnent un relief hallucinatoire à « Emerald Dream », dont la proximité sonore et la performance de ses musiciens sont irréprochables.

FANGUS

« Emerald Dream »

(From The Urn Records)

Il y a de la magie et de la sauvagerie dans ce premier album de FANGUS. Fondé du côté de Montréal il y a quelques années seulement, on se doute pourtant que les musiciens à l’œuvre sur « Emerald Dream » sont plus que chevronnés et ce qu’ils nous proposent ici nous propulse plus de 50 ans en arrière avec quelque chose de surréaliste, au sens premier du terme. Faisant la jonction entre proto-Metal, Space Rock et Heavy Psych, il s’en dégage une sensation initiatique et presque mystique dans l’approche comme dans la production, par ailleurs très organique et brute.

L’un des aspects les plus marquants d’« Emerald Dream » sont les parties d’orgue et de synthés, qui alimentent le climat inquiétant de ce premier effort. FANGUS y développe un univers singulier, envoûtant et occulte, qui renvoie autant à Deep Purple, Coven, The Doors et aux plus sombres méfaits de Black Sabbath. Et par dessus tout, l’ensemble est très complet, délicieusement vintage et ce Rock psychédélique qui surfe sur des ambiances un brin rituelles, semble tout droit débarquer du début des années 70, avec tout ce que cela comporte de rageux comme de planant.

Incisif et mené par un frontman habité, le quintet se dévoile au fil des titres dans cet esprit rétro, dont émane une incroyable intensité. De la prise de son jusqu’aux intentions des Canadiens, ce bond dans le temps est fait avec une telle exactitude et tant de précision que l’on croirait « Emerald Dream » issu de cette époque si fertile musicalement (« Howling Hammer », « Pyre Of Love », « Quest Of Fire », « Shapeshifter », « Stardust Regulator » et le morceau-titre). FANGUS fait une entrée fracassante et son Heavy Rock labyrinthique a quelque chose de vraiment obsédant.

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Hard 70's International Psychedelic Rock Rock 70's Space Rock Stoner Rock

Kadavar : P.R.O.P.H.E.T.I.C. [Interview]

Si de nombreux fans ont pu être déboussolés par les accents Pop du très aérien « I Just Want To be A Sound », sorti il y a tout juste six mois, qu’ils se rassurent, KADAVAR renoue avec le Stoner Rock très Psych et tirant sur le Hard Rock, qui a fait son succès jusqu’à aujourd’hui. Et la nouvelle est d’autant plus belle que les Allemands sont plus inspirés que jamais sur ce « K.A.V.A.D.A.R. », qui s’affiche ici en lettres capitales. En plein milieu d’un triptyque musical mis en œuvre sur le présent album, le quatuor explore une facette plus sombre et chaotique de son répertoire, jetant ainsi un regard acerbe et ironique sur un monde en pleine déliquescence. Non sans humour, Christoph ‘Lupus’ Lindemann, guitariste et chanteur du quatuor, vient apporter quelques éclaircissements sur une démarche que peu avait saisi.

– En mai dernier, vous aviez sorti « I Just Want To Be A Sound ». Et vous aviez déclaré que c’était un album nécessaire. Pour autant, beaucoup de monde ont aussi été surpris par son contenu. Etiez-vous à la fin d’un cycle ?

En fait, je pense que la fin du cycle a vraiment eu lieu au moment de la sortie de « For The Dead Travel Fast » en 2019. C’est ce qui a enclenché un nouvel élan et ouvert une nouvelle page. En ce moment, je dirai que nous sommes au milieu d’un nouveau cycle.

– Six mois plus tard, vous êtes donc déjà de retour avec « K.A.D.A.V.A.R. ». Lequel de ces deux disques est-il celui de la renaissance ? Et puis, sortir un album éponyme avec un titre en majuscule n’est pas anodin, non plus…

Oui, c’est vrai, et cela correspond bien à ce que représente ce nouvel album finalement. Nous nous sommes dit que le nom du groupe serait un bon titre. D’une certaine manière, les deux derniers disques correspondent ensemble, ils sont liés. Ils racontent une histoire commune. Beaucoup de morceaux sont aussi été écrits pour un album plus sonore, et ils ne figurent pas sur le disque. Je dirai que les deux derniers albums sont en fin de compte assez équivalents dans la démarche et dans leur élan.

– Finalement, il n’y a que six mois entre les deux albums. Aviez-vous commencé à travailler sur le nouveau juste après « I Just Want To Be A Sound » ? Ou a-t-il été une sorte de déclic ?

Oui, beaucoup de chansons étaient déjà écrites. Nous avons travaillé dans notre propre studio et c’est aussi plus facile de le faire dans une certaine continuité. Et puis, il n’y avait pas de tournée de prévu, non plus, ce qui nous a laissé du temps. « I Just Want To Be A Sound » avait été réalisé en août de l’année dernière et il n’est sorti qu’en mai. Nous avons donc eu plus d’un an sans obligation particulière, alors nous avons juste continué à composer, à écrire et à enregistrer. Et lorsque l’album est sorti, nous nous sommes dit que ce serait cool d’en avoir un autre pour la tournée qui allait suivre. Et puis, ils se suivent vraiment surtout.

– L’impression que donne ce nouvel album est que KADAVAR retrouve sa pleine puissance et prend même un nouveau départ. Et la première évidence est dans le son, qui a aussi gagné en amplitude. Cela vous a-t-il semblé nécessaire d’enregistrer en analogique pour y parvenir ?

En fait, c’est une manière d’y arriver. Il a plusieurs façons d’obtenir un bon résultat. Pour nous, enregistrer sur bande a toujours été quelque chose de très important, parce que je pense que notre son est vraiment taillé pour ça. Oui, pour nous en tout cas, c’est sans doute nécessaire. C’est vrai que nous avons aussi fait beaucoup d’enregistrement numérique auparavant, mais pour ce nouvel album de KADAVAR, cela ne pouvait se faire qu’en analogique.

– Ce nouvel album a de fortes sonorités Hard Rock et Stoner et les éléments psychédéliques sont aussi très présents. Avez-vous le sentiment d’avoir trouvé une forme d’équilibre dans votre musique ?

Non ! (Rires) J’adorerai, mais je ne pense pas ! (Rires) Tu sais, ce n’est jamais la même chose, chaque album est différent et à chaque fois que nous nous mettons à composer, ce n’est jamais la même chose. Par exemple, quelque chose qui est bien aujourd’hui pourra nous paraître mauvaise le lendemain. Mais je pense que pour cet album, nous y sommes parvenus. Je pense que l’équilibre est bon. J’aurais peut-être pu mettre plus d’éléments psychédéliques, mais ça, c’est juste mon opinion. (Sourires) Comme je te le disais, chaque album est différent, et à chaque fois que l’on commence à écrire, il faut recommencer beaucoup et essayer plein de choses. Il faut trouver de quoi il a réellement besoin. Est-ce qu’il faut qu’il soit plus joyeux, plus lourd, plus rapide ou plus lent ? Est-ce qu’il sera plus psychédélique ou Stoner Doom ? Ce n’est jamais la même chose et tout ça dépend vraiment de l’enregistrement. Une chose est sûre, c’est tout le temps différent.

– « K.A.D.A.V.A.R. » est également sombre et parfois même brutal avec un regard presque cynique sur le monde. Est-ce finalement notre époque qui vous a conduit à composer un album aussi contrasté et direct ?

Oui, c’est sûr. L’album précédent était plus axé sur le son avec beaucoup de travail sur les sonorités et les ambiances. Il était beaucoup plus personnel dans un sens. Tandis que celui-ci est clairement basé sur tout ce qui nous entoure, nos gouvernements, tout ce qui se passe mal dans le monde avec, en point d’orgue, la chanson « Total Annihilation ». Si nous continuons à détruire le monde tel que nous le connaissons, sa chute sera inévitable. C’est vrai que c’est un album très sombre, mais avec un peu d’humour quand même. C’est nécessaire d’avoir un sourire, une vision d’ensemble et une confiance aussi en la vérité et la réalité du monde. Alors, parfois, cela peut être drôle, car on ne peut pas faire grand-chose dans le domaine à titre uniquement personnel. Ce que l’on peut faire, c’est d’en parler en chantant et en espérant que cela finisse par aller mieux à un moment ou un autre… (Sourires)

– Ce nouvel album est aussi le plus varié de votre discographie. Après 15 ans, KAVAVAR a-t-il, selon vous, atteint une certaine maturité artistique qui vous permet d’explorer tous les styles que vous voulez ? Sans contrainte et avec maîtrise ?

Oui, je pense et je l’espère aussi. (Sourires) J’espère que nous sommes aujourd’hui dans une position où nous pouvons jouer la musique que nous voulons et écrire ce que l’on veut écrire… Et que les gens apprécient cela ! J’ai toujours été fatigué et ennuyé par le fait de composer un seul style de musique, car j’aime beaucoup de choses. Et c’est quelque chose avec laquelle j’aime jouer. J’adore tourner autour de ça et le traduire dans les chansons de KADAVAR. C’est vraiment quelque chose qui m’amuse et que j’aime beaucoup faire.

– J’aimerais que l’on parle du morceau « Stick It », qui est un moment fort et très Space Rock de l’album, où il y a même un passage parlé en français. D’où vous est venue cette idée ?

En fait, « Stick It » signifie « Enfonce-le toi dans le cul » ! (Rires) C’est vrai que cela nous est venu d’un truc en français que notre bassiste Simon (Bouteloup – NDR) a écrit. C’est vrai que c’est un morceau très Space Rock, un peu comme ce que faisait Hawkwind dans les années 60 avec ce type de solo, comme un groupe de voyageurs entourés de fleurs avec des fans japonaises… Et en effet, je pense que c’est une autre manière de dire « Fuck Off » ! (Rires) Trop, c’est trop : alors, allez tous vous faire foutre ! C’est une chanson, qui parle de ça, oui… (Rires)

– Par ailleurs, même si « K.A.D.A.V.A.R. » montre un songwriting très élaboré et solide, il donne aussi une impression d’insouciance et de grande liberté. Etait-ce votre état d’esprit au moment de sa composition ?

Oui, c’est toujours le but d’avoir un esprit libre et de laisser notre tête faire le travail, afin que les chansons sortent le plus naturellement possible. Alors, parfois ça marche et d’autres pas. Je pense que nous avons eu plus de facilités à composer ce deuxième album, parce que ce qui avait été fait ne nécessitait pas qu’on y donne une suite. C’était beaucoup plus simple, et il y a avait aussi moins de pression. Cela nous a libéré pour faire l’album parfait, car nous étions vraiment focalisé dessus et sur rien d’autre. Cela a d’ailleurs été très amusant de continuer à écrire et à enregistrer de la manière dont nous le souhaitions et en totale liberté. Et puis, personne ne savait que nous allions sortir un nouvel album, pas même notre label ! C’était donc très rigolo à faire ! (Rires)

– Enfin, ce nouvel album est donc le deuxième d’une trilogie, ou plutôt d’ailleurs d’un tryptique, car ils seront très différents les uns des autres. Ne me dites pas que vous travaillez déjà sur le troisième ? Si ?

Si, c’est vrai. Nous travaillons dessus, mais… (Silence) On verra bien, je ne peux vraiment pas t’en dire plus ! On en parlera quand ce sera terminé ! (Rires) Nous avons des idées, un sujet aussi et nous avons de quelle manière nous allons le faire. Dans l’immédiat, nous avons beaucoup de concerts et c’est ce que nous allons d’abord faire. Nous sommes concentrés là-dessus. Quand nous aurons le temps de nous réunir en studio, nous verrons à ce moment-là vers où on décidera d’aller…

– Parfait, nous avons donc juste six mois à attendre !

(Eclat de rire) Peut-être, c’est possible ! (Rires) Et peut-être qu’il arrivera même avant Noël, qui sait ??? (Rires)

Le nouvel album de KAVADAR, « K.A.D.A.V.A.R. », est disponible chez Clouds Hill.

Photos : Marina Monaco

Retrouvez la chronique de « I Just Want To Be A Sound » :

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Psychedelic Rock Rock 70's Space Rock

Kadavar : cloudy sounds

Changement de ton, et de look aussi, pour la formation berlinoise récemment passée de trio à quatuor. Après une belle escapade le temps d’un enregistrement avec Elder, KADAVAR fait son (très attendu) retour avec une nouvelle production, toujours aussi organique et inventive. Dans une ambiance rétro-futuriste, « I Just Want To Be A Sound » est un voyage très cosy dans des effluves 70’s, assez distant de ce que le groupe a présenté jusqu’ici.

KADAVAR

« I Just Want To Be A Sound »

(Clouds Hill)

Un peu mou du genou, ce nouvel opus de KADAVAR ? Si vous avez toujours en tête leurs fiévreuses prestations accompagnant des disques hauts en couleur portés par un Stoner Psych tirant sur un Hard Rock vintage, alors oui, les Allemands ont changé de dimension… et le calme règne. Celle-ci reste toujours clairement orientée sur le psychédélisme, mais dans un registre beaucoup plus aérien, presque contemplatif, voire méditatif. « I Just Want To Be A Sound » évolue dans des sphères planantes, loin du Rock rugueux qui a fait sa réputation, même s’il reste quelques soubresauts.

Tous les musiciens, ou presque, affirment haut et fort qu’ils n’aiment pas faire deux fois le même album. Cependant, ils conservent toujours plus ou moins une dynamique et un son assez identifiables. Chez KADAVAR, la donne est différente. Forcément, on se remémore la belle parenthèse d’Eldovar, « A Story Of A Darkness And Light », où il s’était montré polyvalent et créatif. Et c’est encore le cas ici, mais dans des sonorités plus légères oscillant entre un Indie Rock plat et des désagréables relents de Pop anglaise. Les puristes apprécieront.

L’arrivée, il y a deux ans de Jasha Kreft à la guitare et surtout aux claviers, vient aussi apporter quelques explications quant au nouveau cap. Il distille des atmosphères plus progressives et feutrées et prend souvent le dessus sur les riffs. KADAVAR est plus que jamais dans un esprit revival et peine pourtant à vraiment décoller sur ce septième effort. Très conceptuel, « I Just Want To Be A Sound » expérimente et se fait même aussi parfois convaincant (« Hysteria », « Regeneration », « Scar On My Guitar »). Un mélange des genres bien trop hasardeux.

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Heavy Stoner Psych Stoner Doom

Torpedo Torpedo : blasted orbit

Rarement un si jeune groupe aura paru aussi insaisissable. Si les premiers titres de ce premier opus peuvent laisser présager de la suite, le combo prend tout le monde à contre-pied avec une dextérité et une fluidité très réfléchies. Sans intellectualiser son style et son jeu, TORPEDO TORPEDO déploie beaucoup de sensibilité et de feeling. Le groupe sait déjà parfaitement où il va, et les émotions sur lesquelles il se meut font écho à un nombre impressionnant de courants musicaux. « Arrows Of Time » développe des allures cosmiques et accrocheuses avec une justesse puissante et très personnelle.

TORPEDO TORPEDO

« Arrows Of Time »

(Electric Fire Records)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la scène Stoner autrichienne est d’une grande discrétion, pour ne pas dire d’une confidentialité presqu’absolue. Cela dit, les choses pourraient changer, car les Viennois font une entrée assez fracassante et surtout très convaincante avec leur premier album, « Arrows Of Time ». Après avoir sorti un premier EP de quatre titres en 2022 (« The Kuiper Belt Mantras »), TORPEDO TORPEDO se présente cette fois sur la longueur, ce qui permet de constater et de savourer toute la richesse et l’originalité de son Heavy Stoner Psych extrêmement varié.

Car, dans une ambiance assez cinématique, le power trio multiplie les embardées et se montre d’un éclectisme parfois surprenant. Empruntant au Space Rock, au post-Rock, au Doom essentiellement, mais aussi en glissant quelques touches bluesy dans les guitares, on y décèle même des réminiscences Grunge dans la voix. Autant dire que les membres de TORPEDO TORPEDO ont parfaitement assimilé un nombre important de styles et, même en opposition, ils parviennent à leur donner vie dans une unité bluffante et singulière. Une belle preuve d’intelligence et de maîtrise.

Résumer « Arrows Of Time » en quelques mots est peine perdue, puisque chacun des huit morceaux sont très différents dans leur approche. Pourtant, on s’y retrouve ! TORPEDO TORPEDO prend le soin de ne pas nous perdre en route, malgré des envolées aériennes qui viennent côtoyer des déflagrations chaotiques volcaniques dans un Doom Metal lourd. Ecrasant, mais terriblement groovy, ce premier effort joue sur une technique, plus qu’une technicité, dans des atmosphères qui peuvent être intrigantes, légères, progressives, enivrantes ou carrément épiques. Spectaculaire !

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Psych Prog Space Rock

Naxatras : open to the world

Sur un groove ensorceleur, NAXATRAS tisse sa toile dans un Rock à la fois progressif et psychédélique teinté, depuis l’arrivée de Pantelis Kargas aux claviers et aux synthétiseurs, de sonorités électroniques qu’il puise dans les années 70 essentiellement. Ce cinquième album vient rassembler les multiples influences du groupe dans une atmosphère très analogique, qui libère une authenticité qui rend ce « V » très créatif, original et qui ouvre à la formation venue de Grèce des horizons infinis dans un registre où il est passé maître.   

NAXATRAS

« V »

(Evening Star Records)

Dix ans après un premier album éponyme qui avait déjà marqué les esprits, NAXATRAS vient poser une monumentale nouvelle pierre à son édifice musical. En élargissant encore un peu plus son spectre, son Rock Psychédélique Progressif prend une ampleur quasi-spatiale. Toujours aussi organique, ce sont la technicité et l’inventivité des Grecs qui dominent et le voyage auquel nous sommes conviés est plus captivant que jamais. Sur un récit conceptuel basé sur l’exploration du monde mythologique de Narahmon, l’évasion se fait dès « Celestial Gaze » qui ouvre « V », et « Spacekeeker » nous plonge ensuite dans une atmosphère enivrante.

Si la vision de NAXATRAS reste moderne, le quatuor dégage pourtant une belle et douce saveur vintage, résultant essentiellement de ce son si proche. Autour de synthés enveloppants, la basse, la batterie, les percussions, la flûte et la guitare s’entremêlent dans une harmonie à laquelle il devient difficile de résister au fil des morceaux comme sur « Numenia » et ses effluves orientaux bousculés par un riff infernal. La maîtrise est totale, les relais entre les instruments prennent un aspect obsédant et les Hellènes nous propulsent dans un univers fait de longues plages aériennes et d’un Rock brûlant (« Breathing Fire »).

En côtoyant d’aussi près le Space Rock, NAXATRAS s’émancipe de toutes frontières musicales, se faisant même orchestral à l’occasion et distillant des couleurs moyen-orientales hypnotiques et très rythmées (« Legion »). Lointain, le chant continue sa narration entre Science-Fiction et une vision antique dans son propos. Le quatuor a de quoi impressionner, tant rien n’est laissé au hasard, que ce soit au niveau de cette production presque charnelle et des arrangements d’une exquise finesse (« Utopian Structures », « Sand Halo »). La touche rétro aux allures célestes qui englobe « V » devient très addictive. Classe ! 

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Heavy Stoner Psych Stoner Doom

Starmonger : occulte et sinueux

Si les pointilleux trouveront toujours quelques références, parfois évidentes, dans cette nouvelle réalisation des Français, il faut reconnaître une chose, c’est qu’ils ont franchi un cap et que le Stoner aux teintes multiples proposé ici est original et très personnel. Compact et tranchant, « Occultation » change d’ambiance au fil des titres, tout en conservant une ligne directrice claire. STARMONGER avance sur un groove épais et affirmé, et laisse de la place pour des solos de guitare bien menés et convaincants.     

STARMONGER

« Occultation »

(Interstellar Smoke Records)

STARMONGER fêtera ses dix ans d’existence l’an prochain et « Occultation » sera une belle occasion de les célébrer sur scène. Sur une pente ascendante depuis ses débuts avec la sortie de quatre EPs consécutifs et d’un premier album autoproduit en 2020, « Revelation », le trio se présente avec de bonnes intentions sur ce deuxième opus solide et massif. S’il taquine toujours autant quelques registres comme le Classic et le Space Rock, l’ensemble trouve son identité dans un Heavy Stoner Psych plus assumé, semble-t-il, et surtout de plus en plus probant.

Les Parisiens gardent aussi cette couleur très Doom et un élan épique, notamment dans le chant (« Conjuction »). Composé dorénavant d’Arthur Desbois (chant, guitare), Mathias Friedman (basse) et Seb Antoine (batterie), ces deux derniers assurant aussi les chœurs, STARMONGER s’appuie sur une rythmique bétonnée, qui donne du corps à des plages instrumentales conséquentes. Avec des titres dépassant les formats standards d’autres styles, le power trio prend son temps pour installer des atmosphères tortueuses et captivantes.

Assez progressif dans la structure de ses morceaux, le groupe nous guide dans un univers sombre et souvent pesant, d’où surgissent de puissantes déflagrations. Grâce à un sens du riff aiguisé et soigné, « Occultation » se fait aussi lancinant avant de nous rattraper avec des attaques frontales flirtant avec le Metal. Et STARMONGER a également pris soin de ne pas boucher l’espace sonore et laisse intelligemment respirer ses compositions, grâce aussi à des lignes de basse irréprochables (« Black Lodge », « Serpent », « Page Of Swords », « Phobos »). L’ensemble est vif et bien ciselé !     

Photo : Cécile Corbois

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Desert Rock International Space Rock Stoner Rock

Fu Manchu : un mythe intact [Interview]

Pilier et pionnier du Stoner Rock aux saveurs largement Desert et Space Jam dans l’esprit, FU MANCHU mène une carrière exemplaire, parvenant sans cesse à rester très prolifique au sein-même du groupe comme en dehors. Avec « The Return Of Tomorow », le quatuor du sud de la Californie est parvenu à une synthèse parfaite de l’évolution musicale qui les caractérise depuis toutes ces années. Lourd, aérien, délicat et accrocheur, ce nouvel opus s’apprête à déferler sur scène et c’est encore son guitariste, Bob Balch, qui en parle mieux.

Photo : Thom Cooper

– L’an prochain, FU MANCHU célèbrera ses 40 ans d’existence et un très beau parcours. Vous avez commencé en jouant un Punk Hard-Core avant de côtoyer ses sonorités plus Hard Rock pour enfin donner naissance au Stoner et au Desert Rock. Que retiens-tu de cette évolution ? Te paraît-elle assez naturelle avec des étapes finalement nécessaires ?

J’ai rejoint FU MANCHU en 1997, donc le son était déjà plutôt bien établi à ce moment-là. Tu sais, je connais des tonnes de musiciens, qui sont passés du Punk Hard-Core au Heavy Rock des années 70. Pour ma part, j’ai commencé avec des groupes de Heavy Metal de la fin des années 70, puis j’ai découvert le Punk Rock, donc c’est un peu l’inverse me concernant, mais mélanger les deux styles fonctionne totalement !

– Ca, c’est pour l’aspect musical de FU MANCHU, mais qu’en est-il des textes et des thématiques que vous abordez ? Est-ce que, de ce côté-là aussi, il y a eu de profonds changements et peut-être des remises en questions à un certain moment ?

En ce qui concerne les textes, ce serait plutôt une question à poser à Scott Hill. D’après ce que j’en comprends, il s’agit principalement d’inspiration de films de série B et de blagues internes, des sortes de ‘private jokes’. Mais je pense que cela va bien plus loin que cela.

Bob Balch – Photo Visions In Pixels

– Est-ce que lorsqu’on fait parti du processus de création du Stoner/Desert Rock, comme c’est le cas pour FU MANCHU et quelques autres, on se sent un peu le gardien du temple ? Ou du moins le garant d’un style qu’il faut peut-être préserver, mais également faire évoluer ? 

Pas vraiment, en fait. Au départ, nous n’avions pas vraiment l’intention de créer un son Stoner Rock. Le terme ‘Stoner Rock’ nous est même venu plus tard. Et puis, je pense que chaque style doit également évoluer. Je suis super content quand j’entends un groupe qui pense et qui joue en dehors de son genre d’origine en allant toujours de l’avant.

– Il a fallu attendre six ans pour que vous livriez ce 14ème album, « The Return Of Tomorrow ». Pourtant, FU MANCHU a été très actif avec un album live, des rééditions, trois Eps et même la bande originale d’un documentaire, sans compter vos tournées. Vous êtes vraiment un groupe d’hyperactifs, et on reviendra aussi sur tes projets personnels plus tard. Est-ce qu’avec toutes ces activités, il vous fallu trouver le bon moment pour vous poser et composer ces 13 nouveaux titres ? Attendre l’accalmie en quelque sorte…     

Tu sais, nous nous réunissons pendant environ trois heures tous les jeudis. Ce sont trois heures vraiment très productives. Nous repartons généralement avec un morceau complet, ou au moins la moitié d’une chanson. Nous écrivons ensemble depuis si longtemps que c’est devenu une machine bien huilée à ce stade de notre carrière.

Photo : Visions In Pixels

– FU MANCHU est aussi réputé pour être un groupe qui va sans cesse de l’avant. C’est ce que vous avez voulu signifier avec ce titre « The Return Of Tomorrow » ? Que rien n’est figé et vous êtes résolument tournés vers l’avenir ?

Carrément ! Et puis, tu sais, je reste vraiment conscient de notre incroyable longévité et je suis très reconnaissant à tous nos fans.

– Parlons plus précisément de ce nouvel et très bon album. Il est la quintessence parfaite du style FU MANCHU avec encore et toujours des nouveautés dans les compositions et bien sûr dans le son, qui ne cesse d’évoluer lui aussi. Il y a un énorme travail sur le ‘Fuzz’ comme souvent chez vous. Est-ce que, finalement, ce n’est pas la chose qui vous importe le plus ? Le faire grossir et lui faire prendre des directions différentes et nouvelles ?

Nous cherchons toujours à nous améliorer, c’est un fait établi. Ce sont les chansons qui comptent le plus, bien sûr. Mais si nous pouvons obtenir les meilleurs sons possibles, en tout cas pour nous et à nos oreilles, c’est ce qui compte le plus ! Par ailleurs, c’est très important pour nous dans le groupe que notre bassiste, Brad Davis, fabrique et conçoive ses fameuses pédales fuzz ‘Creepy Fingers’.

Scott Hill – Photo Visions In Pixels

– « The Return Of Tomorrow » est aussi très particulier dans sa construction, puisqu’il est scindé en deux parties. La première est très Heavy et Fuzz et la seconde est plus Desert avec aussi un côté Space Jam. C’était l’ambition de départ ? De livrer des atmosphères opposées et aussi de pouvoir vous exprimer le plus largement possible ?

Oui, nous en avons discuté dès le départ. Quand nous avons commencé à écrire, nous avons essayé des chansons très lourdes, puis plus douces pour voir quel style servait le mieux les chansons. C’était d’ailleurs très amusant pour nous d’aborder ce disque avec l’idée que nous allions ensuite le diviser en deux.

– Est-ce que, dans le cas de FU MANCHU, cela demande d’être dans un certain esprit pour aborder au mieux ces ambiances très différentes ?

Pas vraiment, finalement. Personnellement, si je me sens inspiré, je vais en tirer le meilleur parti à ce moment précis et je vais composer autant que possible. Mais chaque semaine quand nous nous réunissons, c’est toujours dans l’idée de nous déchaîner et de nous défouler au maximum !

Photo : D.R.

– D’ailleurs, comment allez-vous composer vos setlists pour les concerts à venir ? Elles seront plutôt axées sur le côté Heavy du groupe, et allez-vous intégrer ces nouveaux morceaux plus ‘légers’ comme des interludes, par exemple ?

Probablement, un peu des deux et le plus possible. C’est vrai que nous pourrions aussi en changer soir après soir. Et puis, cela dépend également s’il s’agit d’un concert spécifique de FU MANCHU ou d’une configuration en festival. Si c’est notre propre show, nous jouerons davantage le nouvel album, c’est certain.

– Justement, parlons des concerts, vous serez en tournée en Europe à l’automne, mais d’abord en juin avec un passage au Hellfest, votre deuxième, je crois. Votre dernière venue date de 2019. C’est un festival que vous appréciez particulièrement ?

Oui, le Hellfest est super fun ! La première fois que nous avons joué là-bas, je n’ai regardé ni la scène, ni le public jusqu’à ce que nous montions sur scène. Je me détendais tranquillement dans les coulisses en regardant l’émission « Showdown ». Et quelques minutes plus tard, nous jouions devant des milliers de personnes. C’est un contraste saisissant et jubilatoire !

Photo : Thom Cooper

– Enfin, Bob, j’aimerais que l’on parle aussi de tes multiples side-projets. Il y a Big Scenic Nowhere dans un registre Desert/post-Rock Progressif, Yawning Balch dans un registre assez proche et plus Psych et enfin Slower, qui est un album de reprises de Slayer dans des versions Doom étonnantes. C’est très varié et assez éloigné de FU MANCHU. Tu as besoin de te lancer ce genre de défi, ou c’est plus simplement un désir d’explorer d’autres styles, dont tu es aussi fan ?

Tu sais, mes influences sont très diverses. De plus, j’ai acheté une ‘Universal Audio OxBox’, qui me permet d’enregistrer très facilement mes guitares avec la qualité d’un album à la maison. Cela m’a aussi aidé à devenir plus prolifique. Big Scenic Nowhere et Yawning Balch sont un peu arrivés par hasard, et je n’ai pas su refuser. Je suis un grand fan du jeu de guitare de Yawning Man et de Gary Arce. J’ai secrètement toujours voulu collaborer avec eux. Je suis ravi que cela se soit produit et que cela continue d’exister. Yawning Balch va d’ailleurs bientôt sortir deux albums. L’idée que je m’en fais est plus posée et je me suis aussi bien amusé à faire le premier disque. Et nous avons presque terminé le deuxième. J’ai des tonnes de morceaux originaux cette fois-ci, et c’est génial.

– Enfin, et puisque l’on parle de tes projets annexes, est-ce que tu te consacres déjà à d’autres choses, ou es-tu essentiellement focalisé sur FU MANCHU et ce nouvel album pour le moment ?

FU MANCHU est mon activité principale. Nous tournons énormément pour soutenir « The Return Of Tomorrow » et j’en suis franchement ravi ! J’ai vraiment hâte que les gens l’entendent. Je pense que nous nous sommes vraiment surpassés sur celui-là !

Le nouvel album de FU MANCHU, « The Return Of Tomorrow », sera disponible le 14 juin sur le propre label du groupe, At The Dojo Records.

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Heavy Stoner Psych Space Rock Stoner Metal

Kayleth : galactique

La bonne santé de la scène Stoner en Italie n’est plus à démontrer et avec une quatrième réalisation compacte et véloce comme « New Babylon », KAYLETH vient confirmer et alimenter cette belle énergie. Psych et Space Rock, les Transalpins naviguent entre Rock et Metal et, sans complexe, ils assènent de nouveaux titres robustes et intenses. Sans détour, le quintet multiplie les univers, joue sur les variations de genre et se montre infaillible.

KAYLETH

« New Babylon »

(Argonauta Records)

Fondé il y a une petite vingtaine d’années à Vérone, KAYLETH a pris le temps de mûrir son Stoner et a procédé étape par étape. Un parcours à l’ancienne qui manque d’ailleurs cruellement aujourd’hui. En effet, après trois démos et un EP, c’est en 2015 que le groupe a sorti « Space Muffin », puis « Colossus » (2018) et « 2020 Back To Earth » il y a quatre ans. L’évolution est manifeste et le style s’affine et s’affirme très nettement sur ce solide « New Babylon », particulièrement massif.   

Dans une atmosphère SF tourmentée, KAYLETH propose une épopée galactique où il parvient à rassembler toutes ses influences, les courants qu’il traverse et surtout pose un style devenu immédiatement identifiable. Très Psych, le Stoner des Italiens emprunte autant au Metal qu’au Rock et l’apport du synthétiser offre une dimension 80’s très Space Rock. Cela dit, le quintet est toujours aussi rugueux et épais, même si le travail sur les mélodies de « New Babylon » est remarquable.

L’aventure spatiale commence avec « The Throne », qui donne la pleine mesure de la suite bien musclée de ce quatrième opus. Efficace et puissant, le combo enchaîne les morceaux avec une vigueur souvent sauvage et même épique (« Giants March »). S’autorisant quelques passages Doom, ce sont surtout les riffs serrés, les solos savamment distillés et la rythmique de plomb que l’on retient sur « New Babylon » (« Megalodon », « We Are Aliens », « Pyramids »). KAYLETH ne réinvente rien, mais fracasse dans les règles !