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Mandy Manala : another way for another world [Interview]

Il reste encore aujourd’hui des groupes qui parviennent dès leur premier album à captiver et à fasciner. Comme si celui-ci avait déjà réussi à saisir l’essence de son jeu, de son écriture et du son qu’il souhaite développer dès son coup d’essai. C’est un peu le cas avec MANDY MANALA, dont le premier album éponyme semblait d’une telle évidence dans son contenu. Avec « Something Wicked », les Finlandais poursuivent et entretiennent cette dynamique, grâce une chanteuse magnétique soutenue avec brio par des musiciens qui font corps à travers un concept occulte d’une rare vitalité, naviguant entre un Stoner exalté, un Heavy Rock saisissant et une touche de Hard 70’s, qui prend ici toute sa dimension. Kenneth Norrlin, bassiste, compositeur et producteur du quintet revient sur la démarche et la vision artistique autant qu’imaginaire de sa musique.

– Tout d’abord, j’ai envie de vous demander qui ou qu’est-ce qui est ‘Wicked’ pour vous ? Est-ce un constat sur notre société, ou plus simplement un terme artistique lié à ce nouvel album ?

MANDY est la méchante. Elle symbolise la douleur et l’agonie. Quand j’écris des chansons, je dépose toute ma souffrance et ma tristesse sur ses épaules. Elle est cet être que j’ai créé, celui à qui je peux confier tous mes sentiments négatifs. Ma confidente, mon bouc émissaire, en quelque sorte. Mais MANDY peut représenter autre chose pour quelqu’un d’autre. Elle est ce dont vous avez besoin.

– Avant de parler de « Something Wicked », j’aimerais que l’on revienne sur votre premier album éponyme, qui était d’une incroyable maturité musicale. Et il y a d’ailleurs un côté très naturel dans votre évolution. Aviez-vous déjà en tête le style et aussi le son de MANDY MANALA au moment de la composition de vos premiers morceaux ?

Merci pour le compliment. Pour répondre à ta question, eh bien oui, on y a réfléchi et on l’a imaginé avant même de jouer la première note. Personnellement, j’en avais marre, et j’en ai toujours marre, du son du Metal moderne. Je le trouve trop clinique. Bien sûr, il y a des exceptions, mais en gros, toutes les pistes de guitare et de batterie se ressemblent actuellement, tandis que tous les groupes de Stoner semblent courir après le ‘son de guitare diabolique parfait’, au détriment du reste de la composition. Je voulais aller à contre-courant et créer quelque chose avec des amplis Old School, une batterie authentique et de bonnes compositions et plein de riffs accrocheurs. C’était ma vision dès le départ et je suis très fier de dire qu’on s’y est tenus. Bien sûr, dans un groupe, la vision évolue un peu quand les autres l’interprètent et apportent leurs idées. Mais c’est justement ce qui fait la beauté d’un groupe : la contribution de chacun. C’est alors que l’art de la composition musicale commence véritablement à s’épanouir.

– Justement, après un tel premier album, aviez-vous, ou vous êtes-vous mis, une pression supplémentaire ? Le deuxième est toujours un palier important et quelque chose d’attendu aussi…

Nous ne mesurons pas notre musique à l’aune du succès. Nous ne cherchons pas à devenir des stars du Rock, ni à faire carrière dans la musique. Nous ferions la même musique même si tout le monde détestait ce que nous faisons. Le succès ou l’échec m’importe peu. Il n’y avait donc aucune pression. Nous avons enregistré le deuxième album une semaine après la sortie du premier. Nous n’avons même pas eu le temps de lire les critiques, ni de réagir aux avis des autres, ce que je considère comme une bonne chose. Bien sûr, nous sentions que nous avions créé quelque chose de spécial après l’enregistrement du premier album. Mais ce sentiment serait resté le même même si tout le monde l’avait détesté. Rien ne peut altérer le processus créatif que nous vivons ensemble en tant que groupe lorsque nous composons.

– Par rapport au premier album, « Something Wicked » est plus sombre et l’aspect occulte et mystique est mis plus en avant également. Est-ce un thème, ou l’une de vos facettes, que vous n’aviez pas voulu dévoiler de trop sur « Mandy Manala » ?

Le personnage de MANDY se nourrit de la souffrance des autres, et son histoire se dévoile à mesure que le monde s’assombrit. Nous l’acceptons telle qu’elle vient. A la fin de « Something Wicked », nous racontons comment MANDY est brûlée comme sorcière et nous continuerons à développer cet aspect par la suite.

– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle de votre morceau « Psalm 77 :7 », dont l’introduction m’a immédiatement fait penser à Coven. Même si ce n’est pas votre génération, le groupe a-t-il eu une influence sur MANDY MANALA, ou est-ce que vos références sont plus actuelles ?

L’intro de « Psalm 77:7 » reprend les derniers vers de « L’Enfer » de Dante (prononcés avec la meilleure imitation de Nic Cage que je puisse faire), ce qui m’a beaucoup inspiré pour la composition de cet album. Bien sûr, nous sommes influencés par Coven. Mais il est plus complexe de citer simplement différents artistes comme influences. J’aime à penser que l’art imite davantage la vie que les artistes n’imitent d’autres artistes. Cela dit, je décris parfois MANDY MANALA comme une version de Fleetwood Mac, qui aurait sombré dans l’occultisme et se serait retrouvé à jouer aux échecs avec la mort dans un film d’Ingmar Bergman. N’est-ce pas là une description qui nous correspond aussi, à Coven et à nous-mêmes, à la fois comme imitateurs d’autres artistes et comme imitateurs de la vie elle-même ?

– « Something Wicked » est aussi plus profond dans sa réalisation malgré une dynamique très forte, et MANDA MANALA a aussi pris beaucoup de volume. La production a-t-elle pris plus d’importance sur ce nouvel album ?

Pas vraiment. Quand on décide que je serai le producteur de l’album, je laisse les chansons me guider dès le début. Je ne décide pas que ‘la production sera plus ambitieuse, plus claire, plus compacte’, ou quoi que ce soit de ce genre. Je fais ce que je juge nécessaire pour que la chanson prenne toute sa dimension. Et chacun fait de son mieux pour la ressentir et lui rendre justice.

– Pour qui ne connaîtrait pas votre premier album, vous avez donné une suite à « The Dark Passanger ». Que représente cette chanson pour le groupe, et aviez-vous un sentiment d’inachevé au point de faire durer le plaisir ?

Nous sentions simplement que l’histoire avait un potentiel de suite. Le cerveau reptilien est incontrôlable en cas de faim ou de stress, et il peut parfois prendre le dessus sur notre raisonnement logique. Et si ce cerveau reptilien prenait le contrôle à jamais, nous faisant réagir constamment sous l’impulsion de nos instincts primitifs ? Dans la deuxième partie, il devient évident que la boucle est bouclée et que la ‘victime’ se prépare à vivre avec cette réalité.

– Enfin, MANDY MANALA joue beaucoup sur les contrastes. Il y a la profondeur et la vélocité d’un côté, ainsi qu’un côté vintage mêlé à un Heavy Rock très actuel de l’autre. Est-ce que ce sont tous ces mélanges qui créent finalement votre identité première ?

Oui, probablement. Notre identité première serait d’écrire des chansons et des albums que nous aurions envie d’écouter nous-mêmes, pour nous amuser et nous évader un instant de la dure réalité. Je crois que c’est tout simplement ça….

Le nouvel album de MANDY MANALA, « Something Wicked », est disponible chez Argonauta Records.

Retrouvez aussi la chronique du premier album du groupe :

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Heavy Stoner Doom Stoner Metal Stoner Rock

Gozu : monumental

Parmi les formations les plus inventives de la scène Stoner de ces dernières années, GOZU repousse toujours ses limites et c’est le cas cette fois encore. Intense et débordant d’énergie, « VI » est d’une grande profondeur et se montre à certains égards encore plus enivrant que son prédécesseur « Remedy » (2023). Parfois Old School, les styles se bousculent pour se fondre dans un même élan et une perspective assez roots, mais très élaborée. Le combo du Massachusetts est aussi frondeur qu’efficace.

GOZU

« VI »

(Metal Blade Records/Blacklight Media Records)

Depuis plus d’une décennie maintenant, le Stoner des Américains est en plein ébullition. Entre Rock et Metal, Psych et Doom et naviguant dans des sphères inspirées des 70’s, GOZU ne cesse de se renouveler sans y perdre son âme, bien au contraire. Entier et sans concession, il a fait du chemin depuis « Locust Season » (2010) et semble même se renforcer au fil des albums. Avec « VI », il atteint un sommet créatif et la phénoménale production du fameux Benny Grotto des studios Mad Oak de Boston le hisse à un niveau quasi-dantesque.

Traversant une période difficile au niveau personnel, Marc Gaffney s’est jeté à corps perdu dans la composition de ce nouvel opus, et le guitariste-chanteur a su trouver les ressources nécessaires en se plongeant pleinement au cœur d’un Stoner aussi lourd et épais qu’aérien et mélodique. GOZU frappe au bon moment, laisse aussi pleinement passer les émotions. Saturé ou limpide, le jeu des Bostoniens reste nerveux, souvent tendu, mais ne tombe jamais dans la facilité. « VI » livre bien des facettes en œuvrant dans des mélanges de genres savoureux.

Le quatuor (oui, il en manque un sur la photo!) propose une incroyable immersion dans un disque qui, malgré sa fluidité, se découvre au fil des écoutes. Heavy et fuzz, les titres s’enchaînent sur un son massif, presque Soul dans l’esprit, toujours accrocheurs voire franchement hypnotiques (« Corinthian Leatherface », « Killer Khan », « Corner Lariot », « Banacek », « They Did Know Karate »). Toujours aussi pimentée, l’approche musicale de GOZU est de plus en plus pertinente et originale et il se démarque vraiment de la scène actuelle avec classe.

Photo : Matt Darcy

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Hard Rock Heavy Stoner International

The Quill : through dark clouds [Interview]

Les groupes de la trempe de THE QUILL se font de plus en plus rares, comme une espèce en voie de disparition face à une scène mondiale Rock et Metal, qui tend inévitablement vers une uniformité aussi triste que blafarde et insignifiante. Or, en plus de 30 ans de carrière, les Suédois n’ont jamais dévié d’une trajectoire qui passe par un Heavy Stoner couplé à un Hard Rock massif, et qui se renouvellent toujours au fil des albums. Sur « Master Of The Skies », la maturité, l’expérience et la créativité se disputent le premier rôle dans un unique et tourbillonnant élan. Le quatuor y atteint des sommets, déploie avec force une identité forgée au fil des disques et des tournées par quatre musiciens au caractère affirmé. Robustes et alimentant toujours une petite lueur vintage réconfortante, les Scandinaves se montrent d’un impact encore une fois redoutable, et c’est leur bassiste au groove granitique, Roger Nilsson, qui revient sur ce nouvel opus déjà incontournable.

– Même si vous n’avez jamais caché votre admiration pour le groupe, j’ai l’impression que « Master Of The Skies » est le plus sabbathien de vos albums. Est-ce que, même inconsciemment, la mort d’Ozzy a pu avoir un impact sur son écriture ?

La majeure partie de l’album a en réalité été écrite avant le décès d’Ozzy, donc il n’y a pas eu de tentative consciente de s’inspirer de lui plus que d’habitude. Mais soyons honnêtes : Ozzy et Black Sabbath font partie intégrante de notre musique depuis le début. C’est en partie grâce à eux que nous avons commencé à jouer de la musique. Nous avons d’ailleurs donné un concert hommage à Ozzy en plein milieu de l’enregistrement, alors je pense que quelques petites touches Black Sabbath se sont glissées dans l’album sans même que nous nous en rendions compte. Plus inconsciemment qu’intentionnellement. Mais oui… c’est encore irréel qu’il soit parti. On perd nos héros à un rythme alarmant ces temps-ci, et c’est déchirant. C’étaient les géants sur les épaules desquels nous nous sommes hissés.

– Est-ce qu’après presque 35 ans de carrière et une douzaine d’albums à votre actif, le fait de vous retrouver à nouveau aux studios 491 à Oskarshamn avec Erik Nilsson peut avoir quelque chose de rassurant et de confortable, puisque vous y avez vos habitudes maintenant ? Cela peut aussi contribuer à un certain bien-être et une meilleure concentration, non ?

Absolument. Erik est presque un cinquième membre du groupe, sans pour autant avoir à apprendre la setlist par cœur ! (Sourires) Il sait parfaitement quand nous pousser, quand nous freiner, et quand dire à quatre musiciens de Rock têtus d’arrêter de se disputer et de se remettre au travail. Nous sommes tous des créatifs au caractère bien trempé, alors l’ambiance peut vite devenir électrique en studio. Erik est celui qui intervient, tape dans les mains et dit : « Ça suffit les gars ! Voilà la direction à prendre ». Et il a généralement raison. Le Studio 491 est aussi incroyablement pratique. Magnus, Christian et moi habitons à une demi-heure d’ici, donc on ne perd pas des heures dans les transports et des hôtels hors de prix. C’est un peu notre deuxième salon, avec une meilleure acoustique… (Sourires)

– « Master Of Skies » est un album percutant, mais surtout très atmosphérique avec une sensation sonore qui créé une sorte d’unité. Est-ce que vous l’avez conçu et composé comme un album concept, car il y a certains aspects notables dans sa structure ?

Ce n’est pas à proprement parler un album concept, mais nous l’avons abordé avec une structure très précise. Nous voulions offrir une expérience d’écoute complète, quelque chose qu’on apprécie du début à la fin, et non pas une simple liste de chansons. Nous avions près de 30 titres composés, et nous avons donc passé beaucoup de temps à choisir ceux qui se complétaient et créaient des ambiances différentes. Pour la toute première fois, la tracklist était quasiment définitive avant même le début de l’enregistrement. Cela nous a permis de façonner l’atmosphère de l’album de manière beaucoup plus réfléchie.

– D’ailleurs, vous ouvrez avec le morceau-titre que l’on retrouve également en reprise en fin d’album, comme pour boucler la boucle ? Est-ce une chanson qui vous a suivi tout au long du processus ? Et l’avez-vous d’ailleurs composé en tout premier ?

Le morceau-titre a été composé très tôt dans le processus et, à l’origine, les deux parties étaient assemblées en un seul long morceau. Mais une fois que nous avons envisagé l’album comme un voyage complet, l’idée nous est venue de l’encadrer, c’est-à-dire de commencer et de terminer par le même thème pour créer un sentiment d’achèvement. Cela nous a semblé juste et presque cinématographique. Comme si l’histoire commençait et se terminait au même endroit, mais que l’auditeur n’était plus la même personne.

– « Master Of Skies » est sans doute l’un des albums les plus sombres de THE QUILL. Pourtant, il y a toujours un aspect lumineux comme sur « Son Of Light », par exemple. On a presque l’impression que le travail sur les contrastes a été aussi important que sur les mélodies elles-mêmes. Est-ce le cas ?

Absolument. On a toujours adoré mélanger des riffs puissants avec des passages plus doux et lumineux. Beaucoup de groupes de Heavy Metal aujourd’hui enchaînent les riffs à un rythme effréné, et au bout de quelques morceaux, mes oreilles commencent à souffrir. Mais quand on intègre des passages plus légers, les parties puissantes ont un impact bien plus fort. Tout est une question de dynamique, d’ombre et de lumière. Comme dans la vie. On n’apprécierait pas son plat préféré si on devait le manger tous les jours, pas vrai ? (Sourires)

– La patte et le style de THE QUILL sont toujours très identifiables et son groove inimitable. Est-ce ce qui rend le groupe si intemporel, et êtes-vous d’ailleurs dans cette quête qui transcende les modes ?

Je le crois. Tous les quatre, nous avons une alchimie très particulière, une façon de jouer ensemble qui a quelque chose de presque magique. Et honnêtement, on essaie de ne pas trop l’analyser. On ne voudrait pas réveiller la magie et briser le charme par inadvertance. On fait ça depuis plus de 30 ans. Les modes sont allées et venues, l’industrie musicale s’est réinventée plusieurs fois, et la façon dont les gens écoutent de la musique a complètement changé. Mais nous sommes restés fidèles à nous-mêmes. On écrit avec le cœur, on joue ce qui nous semble juste et on a toujours fait les choses à notre façon. Pour paraphraser Sinatra : on l’a fait à notre manière. (Sourires)

– « Master Of The Skies » est un album puissant, qui montre beaucoup de caractère à travers toutes les ambiances qu’il traverse. Pensestu, comme moi, que THE QUILL est aujourd’hui à un sommet de sa carrière ?

THE QUILL se porte vraiment bien ces temps-ci, peut-être même mieux que depuis longtemps. On ressent une confiance et une sérénité au sein du groupe, fruits de trois décennies passées à faire les choses à notre façon, à traverser les modes et à toujours ressentir cette étincelle. Nous sommes créatifs, productifs et, surtout… nous prenons du plaisir. Ça peut paraître simple, mais après tant d’années, c’est vraiment le secret. Nous sommes toujours quatre personnes qui aimons jouer ensemble, à débattre juste ce qu’il faut pour que ça reste intéressant, à découvrir de nouvelles idées et à sentir que la musique a toujours autant d’importance. Il y a aussi un profond sentiment de gratitude : les gens s’intéressent encore à nous, nous écoutent encore, viennent encore à nos concerts. On ne tient plus ça pour acquis et on apprend à l’apprécier encore davantage avec l’âge.

– Enfin, j’aimerais avoir ton regard sur ces trois dernières décennies durant lesquelles l’industrie musicale a connu de gros bouleversements. L’adaptation est toujours en cours et l’IA commence aussi à émerger. Comment peut-on encore rester un acteur important dans ce climat ? Et la liberté va-t-elle venir de l’indépendance des artistes, ou certaines structures ont encore du poids, selon vous ?

Excellente question. Je pense que tout dépend de la raison pour laquelle on fait de la musique. Si votre objectif est de suivre les tendances, de dominer les classements et de vous conformer à la mode du moment, alors oui, l’IA représente une réelle menace. Elle peut imiter les tendances plus rapidement que n’importe quel humain. Mais si votre objectif est de créer une musique qui puise son inspiration dans des émotions humaines authentiques, alors je pense que le public en aura toujours besoin. Peut-être même plus aujourd’hui, alors que tant de choses autour de nous deviennent artificielles. L’authenticité comptera plus que jamais. De la vraie musique, créée par de vraies personnes pour de vrais auditeurs.

Le nouvel album de THE QUILL, « Master Of The Skies », est disponible chez Metalville.

Photos : Johan Gustavsson (1, 4)

Retrouvez aussi les chroniques de « Wheel Of Illusion » et « Earthrise » :

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Hard Rock Stoner Rock

Crobot : certified authentic

Il existe peu de groupes capables de naviguer avec autant d’aisance et de fluidité d’un registre à l’autre, tout en réussissant le tour de force de conserver une identité musicale aussi évidente et reconnaissable. CROBOT fait partie de ceux-là et même si son duo basse/batterie est très changeant, rien ne semble pouvoir perturber Chris Bishop et Brandon Yeagley, intarissable tandem qui se plaît toujours autant à injecter à son Stoner des teintes bluesy, Classic et Hard Rock sur ce « Supermoon » original. L’harmonie et la puissance.

CROBOT

« Supermoon »

(Megaforce Records)

Remis sur de bons rails depuis sa signature chez Megaforce Records et qui avait débouché sur « Obsidian » sorti il y a deux ans, CROBOT a retrouvé toute sa verve et son mordant en renouant avec ce qui a toujours été son ADN : un Stoner Rock musclé teinté de Hard Rock. Et si sa créativité et son plaisir de jouer s’entendent plus que jamais, le chanteur Brandon Yeagley et le guitariste Chris Bishop ont également repris une vielle habitude, celle de changer de rythmique. Dorénavant, la fratrie Janson (Willie et Nico, basse et batterie) donne le tempo sur « Supermoon ».

Les deux membres fondateurs ont opté pour une approche plus bluesy et funky pour ce septième album, mais, soyons clairs, les riffs épais et massifs qui ont toujours caractérisé CROBOT sont bel et bien présents et surgissent quand on s’y attend le moins. Très varié et lumineux, « Supermoon » atteste la large palette d’ambiances qui rend la formation de Pennsylvanie si familière. De l’harmonica qui habille « Gun To My Head » en ouverture, ou avec le sifflement un rien nostalgique de « Happy Days », le quatuor s’amuse et nous régale.

Cette faculté à opérer les fusions entre Rock et Metal, ainsi qu’entre Stoner et Hard Rock reste la marque de fabrique des Américains. Explosifs ou langoureux, tout en restant entraînants et mélodiques, ils conservent cette approche toujours ludique et souvent joyeuse qui les empêche de rester confiner dans un seul registre. Et finalement, peu importe la rythmique à l’œuvre, CROBOT est unique en son genre et déçoit finalement très rarement (« Girl From Another World », « Me And Your Mother », « Foot Off », « Battle Cry », « Let It Kill Me »). Une véritable masterclass !

Retrouvez aussi les chroniques des deux albums précédents :

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Hard 70's Heavy Rock

Bong Voyage : excessivement jouissif

Les trois singles dévoilés avaient déjà donné le ton de l’album des Norvégiens. Entre un Hard Rock vintage et quelques textures plus Desert ou Stoner Rock, le mix paraît si naturel pour les cinq musiciens de BONG VOYAGE, qui manient joie et sarcasme avec une délicatesse d’une précision d’orfèvre. Pertinemment intitulé « Hedonistic Hard Rock », ce premier opus nous plonge dans une piscine de sérotonine, où l’on se laisse porter par de bienfaitrices effluves de Rock’n’Roll sur des paroles à la fois grinçantes et terriblement fun.

BONG VOYAGE

« Hedonistic Hard Rock »

(Ripple Music)

Le risque, à vouloir faire de l’humour dans le petit monde du Rock’n’Roll, est de tomber soit dans la caricature, ce qui peut vite devenir gênant, soit de faire dans la kermesse ce qui, à moins de l’assumer pleinement, vous réduit à jouer pour un public intellectuellement sous-alimenté ou bien trop alimenté en boisson ou autre. La frontière est donc assez mince, mais pas si difficile à suivre lorsque toutes les conditions sont réunies. BONG VOYAGE n’a donc pas ce genre de soucis, et parvient sans mal à décrocher les sourires comme entraîner les vrais amoureux et connaisseurs de Rock au sens large dans une savoureuse communion.

Car aux manettes de ce joyeux quintet, on retrouve des membres de Håndgemeng, Suncraft et Buskas, autant de groupes établis et reconnus, et dont les musiciens s’offrent ici une sorte de parenthèse ludique, un laps de décompression, une espèce de lâcher-prise presque salvatrice. Car chez BONG VOYAGE, ça joue et ça joue même très bien. Que ce soit les mélodies accrocheuses, les refrains moqueurs ou une musique variée et maîtrisée bien au-delà de la moyenne, l’élan musical proposé par les Norvégiens tient plus de la récréation et ses textes de la taquinerie. Ici, on joue sur une certaine finesse en proposant un « Hedonistic Hard Rock » réjouissant.

Ça groove, les riffs déroulent dans une insouciante légèreté portés par des chœurs et des solos d’une très grande justesse. Un état d’esprit qui est l’essence-même de BONG VOYAGE et il suffit d’écouter « Saturday Rite Special », « UFOria », « One Hundred Million Billion », « Enabler » ou « Wizard Of Oslo » pour s’en convaincre. BONG VOYAGE multiplie les clins d’oeil, joue sur des références à peine voilées aux monstres sacrés des années 70, 80 et 2000. Et la bonne humeur des Scandinaves se diffuse au fil des titres et quelques minutes suffisent pour être réellement conquis ! Dans une société assombrie où les bonnes nouvelles se font rares, celle-ci arrive à point nommé !

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International Stoner Rock

Waste A Saint : natural fuzz [Interview]

Trois albums et presque autant de facettes pour WASTE A SAINT, qui continue de faire évoluer son Stoner Rock avec beaucoup d’imagination. Toujours aussi brut et organique dans la production, le quatuor se présente avec un nouvel opus très ouvert, fédérateur et d’une grande variété. Les Norvégiens accueillent aussi un nouveau batteur, qui vient apporter un groove particulier à l’ensemble, assez loin des conventions, ce qui offre une approche originale à « …And It’s Evergreen ». Alors que beaucoup de groupes sont très facilement identifiables dans leurs influences, WASTE A SAINT impose sa propre vision du genre et son style avec une liberté, qui reste le maître-mot de la formation scandinave. Rencontre avec quatre musiciens, dont une magnétique frontwoman, qui assument cette indépendance et des choix artistiques forts.

– « … And It’s Evergreen » est votre troisième album et il présente quelques changements au sein de WASTE A SAINT à commencer par un nouveau batteur, puisque l’ancien a quitté le groupe en pleine composition. Comment l’avez-vous vécu, car vous ne semblez pas avoir été si déstabilisés ?

Eh bien, il y a eu pas mal de changements au sein de la section batterie ces dernières années. On dirait que le poste de batteur est maudit chez nous… (Sourires) On finit par s’y faire, je suppose. On avait enregistré quelques morceaux pour le nouvel album et, aux alentours de Noël, notre cher batteur Øivind nous a annoncé qu’il souhaitait explorer d’autres horizons. Ole (Nogva, basse, synthés, chœurs – NDR), Bogey (Stefansdottir, chant – NDR)  et Alex (Skomakerstuen, guitare, chœurs – NDR) sont les membres fondateurs de WASTE A SAINT. Et on a toujours eu une structure assez horizontale où chaque membre contribue à façonner l’univers de WASTE A SAINT. Alors, quand Trym (Solan Renolen, batterie, chœurs – NDR) a rejoint le groupe, on a d’abord dû apprendre à le connaître et tâter le terrain. On le connaissait déjà un peu, car Tronheim n’est pas une si grande ville, mais on n’avait jamais joué avec lui. Le courant est passé tout de suite, musicalement et humainement. C’est un excellent batteur et un type super. Ensuite, il a fallu que son style et son flow s’intègrent aux nôtres, ce qui est essentiel pour notre son et notre processus créatif.

– D’ailleurs, vous avez aussi modifié vos habitudes jusqu’à changer d’environnement et même d’instruments. Est-ce que vous vivez ce nouvel album comme un nouveau départ ?

Bogey : Oui, je dirais même plus. Le batteur est un élément essentiel de notre son, et l’a toujours été. Son jeu, son influence sur les morceaux et la composition… Nous sommes un groupe où l’improvisation est importante et en tant que quatuor, chaque membre contribue énormément au résultat final. Parallèlement, nous avons dû changer de local de répétition au pied levé, nous avons utilisé un nouveau studio pour l’enregistrement et nous avons davantage intégré le synthétiseur à notre musique. L’intégration de tous ces éléments, ainsi que les idées et la vision de Trym pour les chansons et le groupe, ont été une véritable renaissance.

– C’est vrai qu’il se dégage de « … And It’s Evergreen » un sentiment de liberté et peut-être même d’un peu plus d’insouciance, comme l’indique aussi le titre de l’album. Aviez-vous besoin d’une nouvelle respiration pour trouver de nouvelles inspirations ?

Oui, c’était un peu le but. Les changements nous amènent à découvrir de nouvelles façons de travailler et de penser, et ces perspectives ont assurément influencé le groupe. L’album précédent était inspiré par notre soif insatiable de création, qui nous anime toujours. Mais cette fois-ci, nous avons dû intégrer tous ces changements de membres et de logistique dans notre flux de travail en un temps record. Le titre de l’album fait aussi référence à la pression liée à la diffusion de la musique, à son partage avec le public. On a toujours envie de changer des choses, de se remettre en question, de peaufiner son art jusqu’à l’épuisement. C’est très humain. Mais à un moment donné, il faut bien sortir son truc pour que les gens puissent le voir et l’entendre. Et après, impossible de revenir en arrière, impossible de changer quoi que ce soit. C’est publié, c’est là, dans le monde entier… et c’est intemporel.

– La première chose qui transparaît de l’écoute de ce troisième album, c’est toujours cette volonté de repousser les limites de votre Stoner Rock en explorant d’autres contrées musicales. Et cette fois, vous imposez une signature forte. Est-ce que c’est le travail sur le groove surtout qui vous a permis de trouver cet équilibre ?

Bogey : J’ai toujours eu l’impression qu’on flirtait avec le Stoner Rock depuis des années, sans jamais s’y consacrer pleinement. Sur cet album, je pense qu’on s’est davantage investis dans les morceaux Stoner Rock et qu’on a exploré plus en profondeur les autres. On n’avait pas trop réfléchi au groove, notamment à la batterie, mais je suppose que ça vient naturellement avec un nouveau batteur. Petite précision : Trym n’avait aucune expérience du Stoner Rock. C’est un musicien plutôt Indie/Punk, enfin, c’est comme ça que je le vois ! (Rires) Je pense que son approche novatrice du genre pousse l’expérimentation encore plus loin.

– L’album est aussi plus aéré, votre spectre sonore s’est élargi et ton chant, Bogey, est également plus libre et assuré. Est-ce à dire que vous étiez un peu à l’étroit dans un Stoner Rock trop classique ?

Bogey : En fait, notre ancien batteur, Vebjørn Svanberg Numme, à l’époque de l’album « Hypercarnivore », était aux manettes en studio, et on avait passé un super moment. Bien sûr, le temps d’enregistrement était limité, mais ça nous avait permis d’avoir une session très ouverte et exploratoire. Je pense qu’on a abordé celle-ci avec un état d’esprit différent de nos albums précédents. Cette fois-ci, on était plus détendus et on s’est concentrés sur le plaisir et l’expérience. Travailler avec un ancien membre comme producteur était aussi un avantage, du moins pour moi, car ça m’a offert une plus grande liberté pour expérimenter vocalement.

Alex : Ouais, je suis d’accord. ‘Expérimenter et voir ce que ça donne’ était peut-être le mot d’ordre de cette session. On a aussi reçu la visite du fabricant norvégien de pédales Bråk, qui nous a prêté plein de matériels géniaux et originaux. Un grand merci à Torje !

– WASTE A SAINT véhicule encore mieux la puissance du Stoner en laissant aussi beaucoup de place aux mélodies. D’ailleurs, comment procédez-vous lorsque vous composez ? Commencez-vous par une ligne de chant, ou par un riff comme c’est souvent le cas dans le registre ?

L’improvisation est notre principal moyen de création. Bien sûr, ça varie, mais souvent on commence par s’échauffer avec des riffs qu’Ole et Alex sortent de nulle part. Parfois c’est bon, parfois c’est nul ! (Sourires) A partir de là, on pose la base d’un morceau, puis Bogey et Trym y ajoutent leur touche magique et voilà, une chanson prend vie. Même maintenant que l’album est terminé, on continue à s’échauffer avec de nouveaux riffs en répétition et on peut dire qu’on a même déjà quelques morceaux en préparation.

– Votre son est également plus massif et plus ample que sur « Hypercarnivore » et « Ravenous », et vous accordez toujours beaucoup d’importance au narratif. Le côté Psych de l’album ouvre aussi de nouveaux horizons au groupe, et l’ensemble est encore très nordique dans l’atmosphère. Est-ce quelque chose que vous travaillez spécifiquement, ou cette touche scandinave est-elle inconsciente ?

(Rires) Le style nordique n’a jamais été notre priorité. Peut-être est-ce juste parce que nous le sommes tout simplement ? (Sourires) Pour cet album, Alex et Bogey se sont partagés une grande partie de l’écriture des paroles. Et il est clair que nous avons des approches très différentes. L’album présente donc une certaine dualité : le côté décalé d’Alex et le côté plus dramatique de Bogey.

– Pour conclure, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Brother, I Am Starving », qui résume assez bien l’album, je trouve, et qui le conclue aussi d’ailleurs. Il évolue sur un groove langoureux avec un saxophone pour ensuite accélérer vers un rythme frénétique et puissant. Est-ce le genre de titre qu’on compose en toute fin, histoire de clore un chapitre ?

Oui, un grand bravo à David Brüggermann au saxophone ! Un gars super ! Je crois qu’on l’a fait inconsciemment pour chaque album. On n’a jamais l’intention d’écrire un morceau de clôture spécifique pour chaque disque, mais une fois la production et le mastering terminés, ça semblait être le choix évident pour conclure « ...And It’s Evergreen ».

Le nouvel album de WASTE A SAINT, « …And It’s Evergreen », est disponible chez All Good Clean Records.

Photos : Yvind Ha Enes (1, 4) et Silje Marie Svendsen (2, 3).

Et retrouvez aussi la chronique de « Ravenous », le précédent album :

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Desert Rock Stoner Rock

Avon : through the clouds

Huit ans après son dernier effort, AVON revient irradier de son Desert Rock la planète Stoner. Toujours aussi californien dans le son comme dans l’esprit, il est plus irrésistible que jamais. Très organique et avec l’instinct du live, le groupe incarne l’essence-même du style avec tout ce qu’il contient d’instantanéité et de vérité dans le jeu. Expressif autant qu’explosif, « Black On Sunshine » fait l’équilibre entre onirisme et mélodies appuyée avec maestria.

AVON

« Black On Sunshine »

(Go Down Records)

Après « Mad Marco » (2016) et « Dave’s Dungeon » (2018), « Black In Sunshine » est donc le troisième album de l’emblématique trio AVON. Enregistré et produit par James Childs lui-même, on retrouve l’esthétisme du Desert/Stoner Rock dans toute sa splendeur . Malgré un nombre conséquent de productions du même genre, et même si ce nouvel opus dépasse tout juste les 30 minutes, les trois musiciens atteignent des sommets et se hissent tranquillement au dessus du lot. Soudés autour du même line-up depuis le début, l’osmose et la complicité sont palpables.

Il faut dire qu’ils ont du métier. Le batteur Alfredo Hernández a œuvré chez Kyuss, QOTSA et Yawning Man, James Childs au chant et à la guitare a pris la lumière avec les Anglais de Airbus notamment et Charles Pasreli fait vibrer sa basse sur la scène de Palm Springs au sein de plusieurs formations. AVON a donc beaucoup de caractère, d’expérience et possède surtout un sens du songwriting, qui semble tellement naturel. Le groove est épais, le Fuzz transcende les riffs et la voix du frontman vient éclairer des morceaux d’une rare efficacité et d’une intensité constante.

Et c’est un souffle chaud qui traverse « Black On Sunshine » dans la plus pure tradition Desert Rock. Rebelle et psychédélique, le Heavy Rock du combo livre aussi quelques clins d’œil bluesy, ou Surf sur l’éponyme titre d’ouverture. AVON vit et respire les sonorités de son désert voisin et atteste que Mojave n’est qu’à deux pas. En exhumant « Super Furry Antidote » et « Doorway », il jette un regard sur un passé pas si lointain, mais continue d’avancer sans nostalgie sur des morceaux percutants (« Awkwardness », « Spacebar », « Never In A Million Years », « Bandits »). Magique !

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Hard Rock Heavy Stoner Rock

Masheena : survitaminé

Intense et d’une fraîcheur joyeuse, MASHEENA enchaîne avec un deuxième opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du premier. Malgré une refonte en interne, le cap est maintenu entre un Heavy Stoner Rock ravageur et un Hard Rock solidement ancré dans les origines du style. Une fusion d’une densité incroyable qui libère une énergie porté par un Fuzz scotchant arrivé à maturité. « Let The Spiders In » est puissant, créatif et totalement addictif.

MASHEENA

« Let The Spiders In »

(Majestic Mountain Records/Ripple Music)

Malgré un line-up renouvelé de moitié, les intentions de la formation de Bergen ne semblent pas avoir énormément changé. Avec les renforts des multi-instrumentistes Martin Holmes et Tarjel A. Heggerness, Luis-Alberto et Bård Nordvick ont donc trouvé de solides compagnons de route et donnent une suite explosive au génial « West Coast Hard Rock », sorti en 2023. Avec beaucoup de savoir-faire et d’inspiration, MASHEENA a encore peaufiné son Stoner Rock mâtiné de Hard Rock et de quelques teintes solaires, empruntées à la Soul et au Blues.

Pour « Let The Spiders In », le quatuor a quitté sa Norvège pour les paysages arides d’Austin au Texas. Comme pour le premier album, c’est le producteur de renom Machine (Clutch, Lamb Of God, King Crimson), qui s’est chargé de l’enregistrement et du mix, ce qui offre une belle continuité à la démarche si originale de MASHEENA. Plus varié qu’auparavant, d’autres registres sont aussi abordés avec un naturel déconcertant. Outre le côté très scandinave de l’ensemble dans le son, quelques touches bluesy font donc leur apparition.

Sans doute est-ce atmosphère du sud américain, car ces morceaux sont littéralement lumineux. Bien sûr, le Stoner Hard Rock de MASHEENA est toujours aussi brut et massif, mais il a aussi gagné en vélocité et affiche une certaine légèreté et surtout une joie communicative. Gorgé de refrains entêtants, de mélodies accrocheuses et de riffs incisifs, « Let The Spiders In » brille aussi par son groove si organique et un songwriting d’une redoutable efficacité (« Been Waiting », « One Eye », « Sara Lost Her Way », « Don’t Tell Her », « You Owe Me »). Vivifiant !

Photo : El Profesor

Retrouvez la chronique du premier album, « West Coast Hard Rock » :

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International Stoner Rock

Truckfighters : architects of fuzz [Interview]

Depuis le début des années 2000, les Suédois ont amorcé une opération revival du Stoner Rock à l’européenne et n’ont eu de cesse d’élever au rang d’art cette pratique du Fuzz, qui reste toujours aussi énigmatique que savoureuse. A la base de cette belle aventure, on retrouve Ozo (Oskar Cedermalm) à la basse et au chant et Dango (Niklas Källgren) à la guitare, qui ont constitué au fil du temps une belle collection de batteurs pour les accompagner. Une longue décennie de silence discographique après leur dernier album en date, « V », TRUCKFIGHTERS sort enfin « Masterflow ». Sans surprise et avec bonheur, la fraîcheur, la spontanéité et une certaine inconscience sont toujours au rendez-vous sur ce nouvel opus d’une grande richesse musicale et d’un impact fort. Entretien avec deux musiciens libres, adulés par leurs pairs, et dont la légèreté apparente est le fruit d’un réel plaisir de jouer.

– Tout d’abord, quel plaisir de vous retrouver avec un nouvel album ! Dix ans après « V », c’est très long. Pourquoi ce break, même si vous étiez remontés sur scène en 2019 pour une longue tournée ?

Ozo : Oui, on a fait une pause en 2018. Mais après seulement cinq ou six mois sans toucher à un instrument, l’envie de jouer a commencé à revenir ! (Sourires) Je pense que si ça a pris encore des années, c’est en partie à cause du Covid, mais j’étais aussi dans une relation très difficile, du moins pendant les cinq dernières années. Quand on a le cafard, on n’a pas envie de faire de la musique. Je joue de la musique surtout, voire uniquement, parce que j’aime ça…. (Sourires)

Dango : En résumé, on avait perdu le plaisir des tournées et on commençait à se lasser les uns des autres, je crois ! (Rires) On avait donné entre 80 et 110 concerts par an pendant 10 ans d’affilée, alors c’était le bon moment pour faire une vraie pause. J’avais toujours envie de composer, alors j’ai écrit et enregistré un album moi-même sous le nom d’Enigma Experience. Les dernières retouches et la recherche d’un chanteur ont pris un peu de temps, du coup, dès la sortie de l’album, on était déjà de retour sur scène avec les TRUCKFIGHTERS ! (Rires) Mais bon, le Covid nous a aussi forcés à faire une pause. Finalement, c’était peut-être une bonne chose, parce qu’après ça, on a retrouvé le plaisir de jouer sur scène. On donne aussi environ deux fois moins de concerts par an qu’avant. Une autre raison pour expliquer le long intervalle entre les albums, ce sont les enfants. Les petits prennent du temps et de l’énergie… (Sourires) Entre « V » et « Masterflow », Ozo a eu trois enfants et moi deux. La vie, c’est bien plus que la musique.

– Comme vous avez votre propre label, Fuzzorama Records, j’imagine que cette décennie a été consacrée à produire d’autres groupes. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette activité ? C’est la découverte de jeunes talents ou accompagner d’autres plus reconnus ?

Ozo : Dès le départ, il s’agissait surtout d’apprendre le côté commercial de la musique, ce que je trouvais intéressant. Mais avec le temps, je me dis que jouer de la musique est plus amusant aujourd’hui. D’un autre côté, je n’ai plus besoin de travailler 16 heures par jour pour le label, comme je le faisais parfois au début.

Dango : On pensait qu’il était important de diffuser de la bonne musique, de rendre le monde un peu meilleur en sauvant les gens de la daube commerciale ! (Rires) C’est difficile d’expliquer ce qui nous pousse à faire certaines choses. TRUCKFIGHTERS en avaient marre de faire des démos, alors on a créé un label ! Et j’aime aussi découvrir de nouveau groupes qu’on apprécie vraiment. C’est ce que je préfère dans le fait de sortir de la musique que j’aime sincèrement. La plupart des albums sortis sur Fuzzorama sont excellents ! (Sourires)

– J’en termine avec Fuzzorama Records. Est-ce que cela vous a permis de constater une certaine évolution du style ? Certains courants qui se développent plus que d’autres ? Et surtout, est-ce que cela a pu avoir une influence, même inconsciente, sur la tonalité que vous souhaitiez donner à « Masterflow » ? Certains écueils à éviter et peut-être une production à faire évoluer peut-être aussi ?

Ozo : Non, ça peut paraître un peu bizarre, mais on ne se soucie pas vraiment de ce que font les autres groupes, surtout pas pendant les sessions d’enregistrement. On se concentre plutôt sur la création de morceaux qui nous tiennent à cœur, sans trop se préoccuper de l’avis des autres ou des tendances. Et puis, TRUCKFIGHTERS a toujours été TRUCKFIGHTERS : notre son est unique, on évolue et nos albums ne ressemblent pas aux précédents. Ce n’est pas pour suivre la mode, c’est juste la vie qui passe, on vieillit, on change, on a envie d’explorer de nouvelles chansons plutôt que de réécrire les anciennes.

– Restons un moment sur l’entité TRUCKFIGHTERS. Comment expliquez-vous, et le comprenez d’ailleurs vous, que le groupe soit passé au rang de légende du Desert/Stoner en l’espace d’une bonne vingtaine d’années ? C’est assez incroyable compte tenu de la présence antérieure de beaucoup d’autres…

Ozo : Eh bien, c’est difficile à imaginer. Honnêtement, je pense que le secret de notre succès réside dans un travail acharné, la fidélité à nos convictions et le plaisir de jouer. C’est un immense honneur quand les gens nous disent que c’est grâce à nous qu’ils ont commencé la musique. C’est à la fois incroyable et irréel.

Dango : Certaines choses semblent se produire naturellement. « Desert Cruiser » a été notre première composition. J’ai composé le riff principal, une interprétation personnelle du Stoner Rock de l’époque. Le batteur d’origine m’avait prêté tout le catalogue de Kyuss, et on a monté un groupe de Stoner Rock ! (Sourires) C’est fou de repenser à l’impact de ce morceau, qui reste notre plus populaire, et je suppose qu’il le restera toujours, quoi qu’on fasse. Comme tu le dis, une des raisons de notre légende, c’est que le genre était quasiment mort à nos débuts. On fait partie des groupes qui ont contribué à le faire renaître. Au début des années 2000, presque personne ne jouait, ni n’écoutait ce genre de musique. Kyuss s’était séparé, QOTSA avait pris un tournant plus commercial et Fu Manchu n’avait pas tourné en Europe pendant cinq ans. Les quelques autres groupes underground actifs sur la scène ont également disparu, comme Lowrider et Dozer, mais nous, on a continué à faire évoluer le Fuzz.

– Si je m’avançais un peu, je dirai que TRUCKFIGHTERS est peut-être le groupe qui rassemble le mieux toutes les composantes et les sous-courants du style. Et puis, il y a aussi cet humour qui vous caractérise, à travers lequel vous affichez beaucoup de légèreté, là où votre style brille souvent sous par sa complexité. Serait-ce une explication à ce côté rassembleur ?

Ozo : Bon, l’humour est peut-être important. Mais je pense que beaucoup de groupes perdent vite de vue la raison pour laquelle ils ont commencé à jouer : s’amuser. Le succès ou la popularité ne sont pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de rester fidèle à soi-même et de jouer pour le plaisir. Si on perd ça et qu’on joue pour l’argent ou le succès, alors autant faire n’importe quel boulot.

– Toujours sur la côté très positif, « Masterflow », outre son titre évocateur, affiche une pochette aussi pleine de bonne humeur. Etait-ce également une façon de désamorcer une certaine pression due à ce retour très attendu ?

Ozo : (Rires) Non… C’était difficile de trouver la bonne pochette. On a eu plein d’idées, dont une ou deux qui me semblaient plutôt intéressantes, mais Dango les a refusées. Du coup, cette canette avec un ingrédient magique « Masterflow », ou je ne sais quoi, était une idée plus amusante et peut-être moins sérieuse, mais j’aimais bien le rendu, et Dango aussi, évidemment. On a peaufiné le design encore et encore. Le fait que Dango et moi soyons sur et autour de la canette a été ajouté à la dernière minute, presque quand le graphiste a abandonné l’idée ! (Rires) Mais c’est sympa, ça montre qu’on est toujours dans le coup, parce qu’on trouve ça toujours aussi fun.

– Sur cette même pochette, vous indiquez « Balance Between Discipline And Freedom », une phrase que l’on retrouve aussi prononcée sur le morceau-titre. Est-ce là la vraie définition de « Masterflow », selon vous ? Un savoir-faire complété par un lâcher-prise ?

Dango : Je pense que oui. Enfin, si on reste trop disciplinés, je suis sûr que cela entraînera une certaine perte de créativité. Mais si on ne fait que s’amuser, se sentir libre et faire ce qu’on veut quand on veut, il y a un grand risque de ne rien accomplir, ou du moins de ne rien terminer.

– Comme les précédents albums, TRUCKFIGHTERS ne s’interdit rien, s’immisce dans le Desert, le Stoner, le Rock comme le Metal avec aussi des passages Doom et Psych. Est-ce que c’est cette appétit pour une grande liberté qui vous nourrit depuis vos débuts, et qui vous permet aujourd’hui de ne connaître aucune frontière artistique ?

Ozo : Difficile à dire. Nous ne nous sommes jamais sentis liés à aucune règle musicale. Nous n’avons jamais eu d’idée précise du résultat final avant même que les morceaux ne soient composés. Pendant un temps, lors de l’écriture de l’album « Universe » (2014 – NDR), nous nous sommes mis la pression pour qu’il soit encore meilleur que « Mania » (2009 – NDR). Résultat : pendant des mois, nous étions incapables de composer un seul riff satisfaisant, une expérience très frustrante. Mis à part cette période, je pense que nous avons toujours eu une grande liberté musicale et fait ce qui nous semblait juste à chaque étape de notre vie. Pour cet album, je me suis beaucoup inspiré de mon complice Dango, et j’ai recueilli ses avis et ses précieux conseils.

– Justement à propos du Fuzz dont vous êtes des maîtres en la matière, et avec un label qui s’appelle Fuzzorama, quel est votre définition, à savoir ses caractéristiques, et ce qui le rend si unique à vos yeux ?

Ozo : C’est un son caractéristique, principalement dû à la guitare et à la basse : une sorte de distorsion chaleureuse, agréable et très puissante ! Cela donne aussi un peu l’ambiance et le son de toute la production audio. C’est à l’opposé du son Metal mainstream, où le son des guitares est souvent tellement agressif qu’il en devient insupportable ! (Rires)

– On parle actuellement beaucoup de l’arrivée de l’IA dans la musique. J’ai l’impression que s’il y a un style qui en sera préservé, c’est bien le Desert/Stoner. Ça va être compliquer de reproduire ce son si organique et ce fuzz insaisissable. Est-ce aussi votre sentiment ? Et d’ailleurs, quel est votre regard là-dessus, qui peut apparaître comme une régression qui ne dit pas son nom ?

Ozo : On est bien trop vieux jeu pour même envisager d’utiliser l’IA, et ça gâcherait tout le plaisir de composer de la musique à partir de rien. Ça prend du temps, il faut laisser libre cours à sa créativité et se plonger complètement dans le processus. J’imagine qu’avec l’IA, le plus dur, c’est encore d’appuyer sur le bouton ‘Créer une chanson’ ! (Rires)

– Enfin, un dernier sourire pour conclure. Vu l’importance cruciale de l’écologie et son enjeu mondial, le nom TRUCKFIGHTERS était-il déjà quelque peu prophétique à l’époque, et l’est-il encore plus aujourd’hui ? Était-ce déjà une cause que vous défendiez lorsque vous avez créé le groupe ?

Dango : (Rires) Non, on trouvait juste le nom super cool. De toute façon, impossible de dire ce que ça signifie vraiment. Est-ce qu’on on se bat contre ou pour les camions, pas vrai ? (Rires) Ce que je veux dire, c’est que ‘Fire Fighter’ est évidemment quelqu’un qui lutte contre le feu, alors que ‘Freedom Fighters’, signifie quelqu’un qui se bat pour la liberté. On dirait que la langue anglaise n’arrive pas à se décider et à être très claire là-desssus, alors qui sait ! (Sourires)

Le nouvel, et tant attendu, album de TRUCKFIGHTERS, « Masterflow », est disponible chez Fuzzorama Records/Cargo.

Photos : Andreas Hylthen (1, 2, 4, 6)

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Heavy Stoner Rock International

Electric Hydra : extreme energy [Interview]

Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.

– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?

Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)

– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?

Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.

– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?

C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.

– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?

L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.

– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?

Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.

– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?

Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)

– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?

En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.

– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?

Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).

Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.

Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.