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Americana Dark Folk Desert Rock

Wildhorse : l’Ouest en grand

Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.

WILDHORSE

« Shewolf »

(Independant)

Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.

C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.

Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.

Retrouvez aussi les interviews d’Appalooza…

la chronique de « The Holy Of Holies » et le [Going Faster] du « Live at Smoky Van Sessions » :

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Heavy Stoner Doom Heavy Stoner Rock International Post-Metal

Temptress : capturer l’instant [Interview]

Au croisement d’un Heavy Stoner, d’un Doom Rock et d’un post-Metal captivant, TEMPTRESS est littéralement inclassable. Une sorte de Stoner hybride à l’œuvre depuis 2019 déjà et que le power trio de Dallas alimente depuis deux albums, en prenant bien soin de ne s’attacher à aucune chapelle. Le groupe a la particularité d’évoluer entre chant féminin et masculin élargissant un peu plus encore son champ d’action. Andi Cuba (batterie, chant), Kelsey Wilson (guitare, chant) et Christian Wright (basse, chant) imposent finalement leur personnalité pour se retrouver dans une unité artistique d’une cohérence incroyable et d’une créativité sans limite. A l’occasion de la sortie de « Hear », les Américains reviennent sur ce concentré de puissance si libre et maîtrisé.

– Trois ans après « See », vous faites votre retour avec « Hear », un album encore plein de surprises. La première est que l’atmosphère est moins Doom et étouffante et la production moins sombre. Vous aviez l’envie d’apporter et de laisser plus de lumière dans l’univers de TEMPTRESS ?

Oui ! C’est très différent de « See ». Avec ce nouvel album, nous avons cherché à obtenir un son plus authentique, quel que soit ‘notre son’. Je crois qu’il retranscrit parfaitement notre expérience en concert : puissante et intense, une véritable immersion visuelle et auditive.

– L’autre particularité de « Hear » est le songwriting. Vous êtes trois musiciens très aguerris à la scène et il régnait un réel esprit Jam sur votre précédentes réalisations. Or, ce nouvel album est très précis dans son écriture. Vous avez ressenti le besoin de plus structurer vos morceaux cette fois-ci ?

Eh bien, en tant qu’amis et musiciens, nous avons évolué. Pendant nos premières années, nos répétitions étaient souvent des jams improvisées, dans une ambiance spontanée, le temps d’apprendre à nous connaître musicalement. On jouait tous à l’oreille et ça a beaucoup contribué à notre style. Quand on a commencé à travailler sur un deuxième album, on voulait faire des morceaux plus courts et plus intenses, des titres faciles à chanter. Pendant le processus d’écriture, chacun avait des chansons sur lesquelles il travaillait de son côté, avec une idée précise de ce qu’il voulait en faire. On s’est réunis pour donner vie à ces idées, moins pour la composition et la structure, mais plus pour concrétiser la vision de chacun.

– L’une des forces de TEMPTRESS est aussi d’être trois au chant. Comment est-ce que vous vous partagez les rôles ? Chacun chante-t-il ses propres compositions, ou choisissez-vous la personne la plus adaptée suivant les tonalités du morceau ?

C’est un peu des deux. Nous chantons parfois nos propres morceaux, mais d’autres fois, nous chantons ensemble ou nous laissons quelqu’un d’autre prendre le relais. Nous jouons en accordage standard de ré ou en drop do, ce qui semble bien convenir à notre tessiture. Christian ayant un registre plus aigu, nous pouvons facilement nous répartir les parties vocales et imaginer les différentes possibilités qu’offrent un couplet ou un refrain.

– Chacun d’entre-vous a un timbre de voix et un style de chant différent. Quelle est votre principale difficulté, s’il y en a une, pour conserver l’identité musicale de TEMPTRESS ? Est-ce la musique qui prime, ou plutôt le contenu des textes ? Ou les deux…

Les deux, bien sûr ! Parfois, en écrivant, la musique ou le riff vient en premier et inspire les paroles, et inversement, les paroles que l’un de nous apporte inspirent la musique. Notre priorité est de composer une musique qui nous ressemble, quel que soit le genre. Je crois que notre identité musicale, c’est nous trois ensemble.

– Vous ouvrez « Hear » avec une intro assez longue et entièrement instrumentale. C’est morceau lumineux et très post-Rock. C’est un choix qui peut surprendre compte tenu de la suite de l’album. L’idée était-elle justement d’imposer une atmosphère précise dès le début ?

Absolument, dans le même esprit que « Death Comes Around » de « See », nous créons une atmosphère qui vous transporte dans notre univers. L’album possède une versatilité et un dynamisme presque bipolaires : chaque morceau est différent, chaque monde que vous explorez est unique. L’intro vous met en appétit et vous invite au voyage.

– Par la suite, l’album est très varié et vous évoluez dans une multitude de registres allant du Stoner au post-Metal avec des éléments Doom bien sûr et même très Rock 90’s. Est-ce que, finalement, TEMPTRESS n’ouvre-t-il pas les portes d’un post-Stoner, selon vous ?

La musique est tellement subjective que chaque auditeur peut y entendre ce qu’il veut. Oui, je suis d’accord, tous ces éléments sont présents et c’est parce qu’on les apprécie ! Si l’auditeur y entend du post-stoner, nous lui laissons cette possibilité.

– « Hear » est également à ranger parmi les albums oniriques, sans être exclusivement atmosphérique pour autant. Et il est aussi très conceptuel dans la forme. Est-ce que vous définissez une ligne artistique globale avant même de commencer la composition ?

Non, pas tellement sur cet album. L’atmosphère onirique s’est imposée naturellement, de façon organique, grâce à notre style d’improvisation. Nous n’y avions pas pensé avant de composer l’album.

– Enfin, vous avez aussi changé de label, puisque « Hear » sort chez Blues Funeral Recordings, tandis que « See » était sorti chez Metal Assault Records. Et Ripple Music s’apprête à ressortir votre premier album en mars. A quoi sont dus tous ces changements, et comment expliquez-vous cette surprenante dispersion ? A moins que ce ne soit qu’un concours de circonstance ?

C’est vraiment une coïncidence. Notre contrat avec Metal Assault Records arrivait à échéance à peu près au moment où nous avons rencontré Jadd de Blues Funeral Recordings. Nous avions entre les mains notre album « Hear », fraîchement enregistré, et nous cherchions désespérément un label pour le distribuer. Blues Funeral Recordings est un label formidable et ils nous ont vraiment aidés à évoluer et à nous développer sur la scène musicale. Alors qu’ils étaient très occupé par la sortie de « Hear », nous étions impatients de trouver un distributeur européen pour la réédition de « See », un album essentiel pour notre avenir. Une fois toutes les parties prenantes d’accord, nous nous sommes adressés à Ripple Music et leur avons demandé une réédition. Heureusement, ils ont accepté et nos fans européens pourront se procurer un exemplaire très prochainement ! (L’album ressortira le 20 mars chez Ripple Music – NDR)

Le nouvel album de TEMPTRESS, « Hear », est disponible chez Blues Funeral Recordings.

Photos : Amy Seymour (1, 2)

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Stoner Blues Stoner Rock

Hermano : l’empreinte des grands

Alors que les Américains menaient une aventure pour le moins hachée avec la sortie de quelques opus et d’un live, il aura peut-être fallu cette date française pour redonner de l’élan à la formation. Près d’une décennie d’absence et HERMANO remontait sur scène, comme si de rien n’était pour une performance hors-norme. Depuis 2016, la machine est relancée, son label Ripple Music réédite ses disques dans des versions remastérisées et ce « Clisson, France » confirme que le Heavy Stoner Blues du combo reste un modèle du genre.

HERMANO

« Clisson, France »

(Ripple Music)

Et si finalement, ce concert du 18 juin 2016 avait été le déclic pour HERMANO ? Chauffé à blanc et devant un public tout acquis, le groupe avait offert une prestation marquante immortalisée sur ce live. Insaisissable et jouissant d’une liberté absolue depuis sa création en 1998, ce projet parallèle s’est pourtant forgé une solide réputation au fil des années, malgré une discographie peu étoffée. Mais le mythe s’est installé et après huit ans de break, c’est au Hellfest que la magie a opéré à nouveau et où les riffs ont fuzzé dans une torpeur partagée.

Soudés par une forte amitié et un amour inconsidéré pour le Stoner Rock et le Heavy Blues, John Garcia (ex-Kyuss, chant), Dandy Brown (Orquestra Del Desierto, basse), Dave Angstorm (Luna Sol, guitare), Mike Callahan (Disengage, guitare) et Chris Leathers (Supafuzz, batterie) ont fait souffler un vent de folie et livré un set stratosphérique. Bien sûr, celui s’articule surtout autour des albums « ...Only A Suggestion » (2002) et « Dare I Say… » (2004), et HERMANO leur a offert une dimension incroyable basée sur une phénoménale énergie.

Le plaisir et l’envie d’être là et de faire partie des moments forts de cette onzième édition du festival breton se sont clairement faits sentir dès les premières notes de « Let Side Bleeding ». Le quintet était prêt à en découdre et les versions de « The Bottle », « Cowboy Sucks », « Is This Ok », « Kentucky », « Angry American » ou « Señor Moreno’s Plan » ont fait vibrer la foule grâce à un jeu électrisant. HERMANO, avec son parcours pour le moins atypique, reste l’un des fleurons majeurs du Heavy Stoner Blues et « Clisson, France » est à classer parmi les indispensables.

L’album est disponible d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.

Photo : Dawn Brown

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France Stoner Blues Stoner Rock

Voodoo Queen : envoûtement fuzzy [Interview]

Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.

– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?

Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.

– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?

Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.

– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?

Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.

– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?

Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.

Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.

– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?

Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.

– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?

Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.

– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?

Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.

Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.

– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?

Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.

L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :

https://www.voodoo-queen.fr

Photos : Jihem Notteb (2) et yOdOe (5).

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Power Rock Stoner Rock

B&L : instinctif

Depuis leur Belgique natale, les deux membres de B&L vibrent à l’unisson dans un Rock, qui conjugue puissance et élégance. Direct, subtil, rugueux et d’une grande finesse, son registre offre un équilibre savoureux à cette réalisation très bien produite. Jouant sur les tessitures avec un esprit indépendant et une immédiateté constante, le Power Rock emprunt de Stoner déployé sur « B&L » révèle bien des facettes et une multitude d’ambiances.

B&L

« B&L »

(Independant)

B&L, ou BeL c’est à vous de voir, est le fruit de l’alchimie artistique entre Bryan Hayard (batterie) pour le ‘B’ et Ludwig Pinchard (guitare) pour le ‘L’. Et en fait d’alchimie, il y a une réelle connexion entre les deux musiciens, qui n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai. Le premier a œuvré chez It It Anita, Girls In Hawaï et Eté 67, tandis que son complice est passé par The Banging Souls, Goliath et The Von Dead. Et l’expérimenté duo livre aujourd’hui un premier l’album éponyme pour le moins électrique.

« B&L » est un opus assez insaisissable. Une chose est sûre, les Belges se nourrissent du Rock sous toutes ses formes. Et leur palette est très large, puisque leur style puise autant dans le Stoner, le post-Rock et le Noise avec même quelques fulgurances Metal. Même instrumental, le tandem a une manière bien à lui de dérouler un fil narratif très expressif et tout en nuances. B&L joue sur les reliefs avec beaucoup d’explosivité et une énergie débordante dans une approche très live.

D’ailleurs, c’est sans surprise que l’on retrouve quatre morceaux de l’EP « Live Session @AMS » sorti l’an dernier. Quant aux nouvelles compositions, elles se fondent parfaitement dans l’univers du combo. Car, malgré la diversité des sonorités, il y a une vraie touche B&L, basée sur une batterie incisive et très groove, aussi percutante que légère, et une guitare capable de s’ériger en mur pour faire dans la dentelle l’instant d’après. Brute, mélodique et sinueuse, l’ensemble frappe et captive.

Photo : JC Guillaume

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Heavy Stoner Rock International Stoner Doom Metal

Beast Eagle : animal ferocity [Interview]

Il y a quelques semaines, le quatuor américain sortait un nouvel EP, « Sorceress », particulièrement captivant et accrocheur. Basé sur un Stoner très Heavy et épais, quelques touches de Hard Rock et même une légère saveur bluesy, BEAST EAGLE semble ici prendre véritablement en envol. Mené par une frontwoman, Kate Lewis, qui apporte beaucoup de force et de mélodie aux morceaux, le quatuor s’est forgé un style bien à lui, loin des références qui l’ont animé au départ de l’aventure. D’un Stoner Doom âpre et massif, le groupe du Nebraska a gagné en finesse, a éclairci son jeu et rivalise aujourd’hui avec n’importe quelle formation du genre. Guitariste et membre fondateur, Austin L’Ecuyer revient sur ce parcours, sa vision artistique et l’évolution du combo.

– BEAST EAGLE a un parcours assez particulier, puisque vous avez sorti « Loud At Plat Black Studios » deux ans après la création du groupe, et surtout c’est un album entièrement instrumental axé sur un Stoner Doom très rugueux. Il s’en dégage un sentiment d’urgence et il sonne aussi très live. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette première déflagration et vos débuts ?

Quand on a formé le groupe, on voulait un son brut et authentique, avec de gros amplis à lampes et d’énormes enceintes. On voulait un son puissant et percutant. On voulait aussi un son rapide, pas trop lent comme beaucoup de groupes de Stoner Doom qu’on écoutait. Du coup, on a intégré des éléments Metal et Rock qu’on avait tous en commun et on a créé notre première démo.

– Il y a trois ans, Kate Lewis vous a rejoint pour donner de la voix et poser des mots sur la musique de BEAST EAGLE. A quel moment et pour quelle raison avez-vous décidé de d’intégrer du chant ?

Au cours de notre première année, alors que le groupe prenait de l’ampleur, on nous disait sans cesse que notre musique atteindrait un tout autre niveau avec la bonne chanteuse. A chaque concert, c’était la même chose. On a lancé une recherche sur Internet, mais sans grand succès. Puis, Kate est venue à notre premier concert après la pandémie. Et elle a dit : « Salut, je m’appelle Kate et je vais être votre chanteuse ». Je lui ai avoué que je n’étais pas fan des chanteuses dans le Metal et que je n’imaginais pas vraiment une chanteuse pour ce projet. Quelques mois plus tard, on a organisé des auditions. Kate est arrivée avec le morceau « Heavy Bones » déjà écrit. Elle était incroyable et nous a vraiment bluffés. Dès la première note, on a su que c’était elle.

– Sur votre premier EP éponyme, vous avez amorcé un virage plus Hard Rock et moins Doom. Aviez-vous besoin s’apporter un peu de lumière à votre registre et éclairer un peu votre direction musicale en étant peut-être moins âpres ? 

Je ne crois pas que notre choix se soit porté sur une musique moins agressive ou plus légère. Avec les changements de formation au sein du groupe, nous avons tous ressenti le besoin d’explorer davantage le groove et la mélodie, plutôt que de nous cantonner à un son Stoner Rock plus marqué. Le premier EP est un réenregistrement assez fidèle de notre première démo, mais avec un travail plus abouti et une direction plus précise. L’intégration des voix aux morceaux a permis de leur donner une dimension plus complète.

– Avec « Sorceress », BEAST EAGLE donne une touche assez bluesy à ce deuxième EP, tout en restant aussi occulte dans la démarche. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir peaufiné votre jeu au fil des sorties, ou est-ce juste une évolution naturelle pour vous ?

Je crois que ce groupe puise son inspiration dans un mélange incroyable de genres musicaux, bien au-delà du Rock. Du coup, à chaque réalisation, on évolue au gré des influences musicales qui nous entourent. J’adore m’inspirer de toutes ces sources et laisser les chansons se développer librement.

– D’ailleurs, vous avez sorti deux EPs après un premier album, tandis que c’est souvent l’inverse. Vous préférez les formats courts, ou est-ce aussi une façon d’occuper l’espace avec des réalisations régulières dans une industrie musicale très bousculée ces dernières années ?

Ces dernières années ont indéniablement transformé notre vision de l’industrie musicale. Sortir des morceaux plus fréquemment est sans aucun doute préférable pour capter l’attention volatile du public. Certes, composer un album complet demande plus de temps et de concentration, mais la récompense est à la hauteur : plus de 20 minutes de musique à écouter. D’ailleurs, il est grand temps de sortir un album avec notre formation au complet pour faire découvrir à tous toute la richesse de l’univers BEAST EAGLE.

– Par ailleurs, l’arrivée de Kate au chant n’a pas vraiment ralenti vos ardeurs. Qu’est-ce qui a le plus changé, selon vous, en devenant un quatuor et en quittant un registre instrumental aussi ? Votre approche dans la composition a-t-elle évolué et vous arrive-t-il aujourd’hui de partir du texte pour créer le climat d’une chanson ?

L’écriture n’a pas vraiment beaucoup changé depuis l’arrivée de Kate. On commence toujours par les instrumentaux, puis on ajoute les voix. Avec une chanteuse, on modifie parfois les paroles pour les adapter à certains passages. Le chant donne toujours une direction plus claire aux morceaux et nous permet de trouver une meilleure dynamique.

– Ce nouvel EP est basé sur l’histoire d’une sorcière et elle évolue au fil des morceaux. C’est assez rare de développer un concept sur ce type de format court. Est-ce que cela fait plus largement partie de l’imaginaire de BEAST EAGLE dans son ensemble, et donc un album n’était pas forcément nécessaire ?

La création de cet EP concept a été un parcours complexe, c’est certain, mais nous avions commencé à l’écrire en gardant l’idée des sorcières en tête. Cinq chansons nous semblaient suffisantes pour raconter l’histoire sans laisser place à des digressions inutiles. Je ne sais d’ailleurs pas encore si nous referons un album concept à l’avenir.

– Enfin, BEAST EAGLE montre un jeu très équilibré sur « Sorceress » avec des parties de guitare aiguisées et tranchantes, une rythmique massive et un chant captivant. Vous avez même été sacré meilleur groupe de Hard Rock dans votre ville d’Omaha, Nebraska. J’imagine que les concerts vont se succéder. Avez-vous déjà l’idée d’un premier album à quatre, ou d’un prochain EP, dans un coin de la tête ?

Nous vous réservons quelques petites surprises pour ce début d’année, qui tiendront nos auditeurs en haleine. Par ailleurs, nous avons commencé à composer notre prochain album, un album complet et  riche en rebondissements, qui vous captivera.

Le nouvel EP de BEAST EAGLE, « Sorceress », est disponible chez Golden Robot Records.

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Desert Rock Stoner Rock

Yawning Man : rockin’ nomads

Deux ans après l’étonnant « Long Walk Of The Navajo », YAWNING MAN semble plus apaisé et moins apocalyptique dans l’approche sur ce « Pavement Ends », qui renoue avec les saveurs arides qui font son ADN depuis sa création. D’ailleurs, Mario Lalli fait aussi son retour à la basse et, malgré le talent de Billy Cordell, il est l’un des piliers essentiels de la mythique formation. La rondeur et le groove de son jeu reste l’une des pièces maîtresses de la couleur artistique des pionniers de la côté ouest, comme en témoigne ce septième opus.  

YAWNING MAN

« Pavement Ends »

(Heavy Psych Sounds)

Près de 40 ans déjà après sa formation dans la vallée de Coachella, YAWNING MAN continue de nourrir ce Desert Rock aux contours psychédéliques tellement identifiables qu’il a d’ailleurs lui-même créé. Toujours guidé par ses fondateurs Gary Arce (guitare) et Mario Lalli (basse) accompagnés depuis 2013 par le batteur Bill Stinson, qui a lui aussi fait grandir cet univers sonore, le trio ne cesse d’alimenter ses longues jams instrumentales, qui traversent le désert de Mojave avec une fluidité quasi-hypnotique et un magnétisme constant. Il y a de la poésie et du rêve chez ces musiciens.

Suite aux expérimentations Yawning Sons et Yawning Balch, le noyau dur est de nouveau à l’œuvre et « Pavement Ends » vient marquer un chapitre supplémentaire de la discographie et du style insaisissable des Américains. Toujours instrumentale, la musique de YAWNING MAN garde les pieds dans le sable chaud de Californie et les yeux tournés vers le ciel et ses étoiles. Sur six titres, l’envoûtement ne tarde pas entre contemplation, textures éthérées et tempos bruts et aérés. La recette des maîtres du genre évolue peu, certes, mais reste d’une redoutable efficacité.  

« Burrito Power » donne le ton avec un riff très Stoner, où l’on retrouve le sens de l’humour décalé du groupe toujours attaché au Surf Rock. Car, YAWNING MAN est avant tout un état d’esprit et une vision très atypique d’un Desert Rock écrasé par la chaleur et la lumière. Entretenant un aspect mystérieux, souvent proche du mystique, le combo avance sur les incroyables lignes de basse de Mario Lalli, véritable architecte du groupe, tandis que les guitares prennent de la hauteur et se projette dans un horizon mouvant (« Dust Depression », « Bomba Negra », « Gestapo Pop » et le morceau-titre). Magistral !

Retrouvez la chronique du précédent album :

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Hard 70's International Psychedelic Rock Rock 70's Space Rock Stoner Rock

Kadavar : P.R.O.P.H.E.T.I.C. [Interview]

Si de nombreux fans ont pu être déboussolés par les accents Pop du très aérien « I Just Want To be A Sound », sorti il y a tout juste six mois, qu’ils se rassurent, KADAVAR renoue avec le Stoner Rock très Psych et tirant sur le Hard Rock, qui a fait son succès jusqu’à aujourd’hui. Et la nouvelle est d’autant plus belle que les Allemands sont plus inspirés que jamais sur ce « K.A.V.A.D.A.R. », qui s’affiche ici en lettres capitales. En plein milieu d’un triptyque musical mis en œuvre sur le présent album, le quatuor explore une facette plus sombre et chaotique de son répertoire, jetant ainsi un regard acerbe et ironique sur un monde en pleine déliquescence. Non sans humour, Christoph ‘Lupus’ Lindemann, guitariste et chanteur du quatuor, vient apporter quelques éclaircissements sur une démarche que peu avait saisi.

– En mai dernier, vous aviez sorti « I Just Want To Be A Sound ». Et vous aviez déclaré que c’était un album nécessaire. Pour autant, beaucoup de monde ont aussi été surpris par son contenu. Etiez-vous à la fin d’un cycle ?

En fait, je pense que la fin du cycle a vraiment eu lieu au moment de la sortie de « For The Dead Travel Fast » en 2019. C’est ce qui a enclenché un nouvel élan et ouvert une nouvelle page. En ce moment, je dirai que nous sommes au milieu d’un nouveau cycle.

– Six mois plus tard, vous êtes donc déjà de retour avec « K.A.D.A.V.A.R. ». Lequel de ces deux disques est-il celui de la renaissance ? Et puis, sortir un album éponyme avec un titre en majuscule n’est pas anodin, non plus…

Oui, c’est vrai, et cela correspond bien à ce que représente ce nouvel album finalement. Nous nous sommes dit que le nom du groupe serait un bon titre. D’une certaine manière, les deux derniers disques correspondent ensemble, ils sont liés. Ils racontent une histoire commune. Beaucoup de morceaux sont aussi été écrits pour un album plus sonore, et ils ne figurent pas sur le disque. Je dirai que les deux derniers albums sont en fin de compte assez équivalents dans la démarche et dans leur élan.

– Finalement, il n’y a que six mois entre les deux albums. Aviez-vous commencé à travailler sur le nouveau juste après « I Just Want To Be A Sound » ? Ou a-t-il été une sorte de déclic ?

Oui, beaucoup de chansons étaient déjà écrites. Nous avons travaillé dans notre propre studio et c’est aussi plus facile de le faire dans une certaine continuité. Et puis, il n’y avait pas de tournée de prévu, non plus, ce qui nous a laissé du temps. « I Just Want To Be A Sound » avait été réalisé en août de l’année dernière et il n’est sorti qu’en mai. Nous avons donc eu plus d’un an sans obligation particulière, alors nous avons juste continué à composer, à écrire et à enregistrer. Et lorsque l’album est sorti, nous nous sommes dit que ce serait cool d’en avoir un autre pour la tournée qui allait suivre. Et puis, ils se suivent vraiment surtout.

– L’impression que donne ce nouvel album est que KADAVAR retrouve sa pleine puissance et prend même un nouveau départ. Et la première évidence est dans le son, qui a aussi gagné en amplitude. Cela vous a-t-il semblé nécessaire d’enregistrer en analogique pour y parvenir ?

En fait, c’est une manière d’y arriver. Il a plusieurs façons d’obtenir un bon résultat. Pour nous, enregistrer sur bande a toujours été quelque chose de très important, parce que je pense que notre son est vraiment taillé pour ça. Oui, pour nous en tout cas, c’est sans doute nécessaire. C’est vrai que nous avons aussi fait beaucoup d’enregistrement numérique auparavant, mais pour ce nouvel album de KADAVAR, cela ne pouvait se faire qu’en analogique.

– Ce nouvel album a de fortes sonorités Hard Rock et Stoner et les éléments psychédéliques sont aussi très présents. Avez-vous le sentiment d’avoir trouvé une forme d’équilibre dans votre musique ?

Non ! (Rires) J’adorerai, mais je ne pense pas ! (Rires) Tu sais, ce n’est jamais la même chose, chaque album est différent et à chaque fois que nous nous mettons à composer, ce n’est jamais la même chose. Par exemple, quelque chose qui est bien aujourd’hui pourra nous paraître mauvaise le lendemain. Mais je pense que pour cet album, nous y sommes parvenus. Je pense que l’équilibre est bon. J’aurais peut-être pu mettre plus d’éléments psychédéliques, mais ça, c’est juste mon opinion. (Sourires) Comme je te le disais, chaque album est différent, et à chaque fois que l’on commence à écrire, il faut recommencer beaucoup et essayer plein de choses. Il faut trouver de quoi il a réellement besoin. Est-ce qu’il faut qu’il soit plus joyeux, plus lourd, plus rapide ou plus lent ? Est-ce qu’il sera plus psychédélique ou Stoner Doom ? Ce n’est jamais la même chose et tout ça dépend vraiment de l’enregistrement. Une chose est sûre, c’est tout le temps différent.

– « K.A.D.A.V.A.R. » est également sombre et parfois même brutal avec un regard presque cynique sur le monde. Est-ce finalement notre époque qui vous a conduit à composer un album aussi contrasté et direct ?

Oui, c’est sûr. L’album précédent était plus axé sur le son avec beaucoup de travail sur les sonorités et les ambiances. Il était beaucoup plus personnel dans un sens. Tandis que celui-ci est clairement basé sur tout ce qui nous entoure, nos gouvernements, tout ce qui se passe mal dans le monde avec, en point d’orgue, la chanson « Total Annihilation ». Si nous continuons à détruire le monde tel que nous le connaissons, sa chute sera inévitable. C’est vrai que c’est un album très sombre, mais avec un peu d’humour quand même. C’est nécessaire d’avoir un sourire, une vision d’ensemble et une confiance aussi en la vérité et la réalité du monde. Alors, parfois, cela peut être drôle, car on ne peut pas faire grand-chose dans le domaine à titre uniquement personnel. Ce que l’on peut faire, c’est d’en parler en chantant et en espérant que cela finisse par aller mieux à un moment ou un autre… (Sourires)

– Ce nouvel album est aussi le plus varié de votre discographie. Après 15 ans, KAVAVAR a-t-il, selon vous, atteint une certaine maturité artistique qui vous permet d’explorer tous les styles que vous voulez ? Sans contrainte et avec maîtrise ?

Oui, je pense et je l’espère aussi. (Sourires) J’espère que nous sommes aujourd’hui dans une position où nous pouvons jouer la musique que nous voulons et écrire ce que l’on veut écrire… Et que les gens apprécient cela ! J’ai toujours été fatigué et ennuyé par le fait de composer un seul style de musique, car j’aime beaucoup de choses. Et c’est quelque chose avec laquelle j’aime jouer. J’adore tourner autour de ça et le traduire dans les chansons de KADAVAR. C’est vraiment quelque chose qui m’amuse et que j’aime beaucoup faire.

– J’aimerais que l’on parle du morceau « Stick It », qui est un moment fort et très Space Rock de l’album, où il y a même un passage parlé en français. D’où vous est venue cette idée ?

En fait, « Stick It » signifie « Enfonce-le toi dans le cul » ! (Rires) C’est vrai que cela nous est venu d’un truc en français que notre bassiste Simon (Bouteloup – NDR) a écrit. C’est vrai que c’est un morceau très Space Rock, un peu comme ce que faisait Hawkwind dans les années 60 avec ce type de solo, comme un groupe de voyageurs entourés de fleurs avec des fans japonaises… Et en effet, je pense que c’est une autre manière de dire « Fuck Off » ! (Rires) Trop, c’est trop : alors, allez tous vous faire foutre ! C’est une chanson, qui parle de ça, oui… (Rires)

– Par ailleurs, même si « K.A.D.A.V.A.R. » montre un songwriting très élaboré et solide, il donne aussi une impression d’insouciance et de grande liberté. Etait-ce votre état d’esprit au moment de sa composition ?

Oui, c’est toujours le but d’avoir un esprit libre et de laisser notre tête faire le travail, afin que les chansons sortent le plus naturellement possible. Alors, parfois ça marche et d’autres pas. Je pense que nous avons eu plus de facilités à composer ce deuxième album, parce que ce qui avait été fait ne nécessitait pas qu’on y donne une suite. C’était beaucoup plus simple, et il y a avait aussi moins de pression. Cela nous a libéré pour faire l’album parfait, car nous étions vraiment focalisé dessus et sur rien d’autre. Cela a d’ailleurs été très amusant de continuer à écrire et à enregistrer de la manière dont nous le souhaitions et en totale liberté. Et puis, personne ne savait que nous allions sortir un nouvel album, pas même notre label ! C’était donc très rigolo à faire ! (Rires)

– Enfin, ce nouvel album est donc le deuxième d’une trilogie, ou plutôt d’ailleurs d’un tryptique, car ils seront très différents les uns des autres. Ne me dites pas que vous travaillez déjà sur le troisième ? Si ?

Si, c’est vrai. Nous travaillons dessus, mais… (Silence) On verra bien, je ne peux vraiment pas t’en dire plus ! On en parlera quand ce sera terminé ! (Rires) Nous avons des idées, un sujet aussi et nous avons de quelle manière nous allons le faire. Dans l’immédiat, nous avons beaucoup de concerts et c’est ce que nous allons d’abord faire. Nous sommes concentrés là-dessus. Quand nous aurons le temps de nous réunir en studio, nous verrons à ce moment-là vers où on décidera d’aller…

– Parfait, nous avons donc juste six mois à attendre !

(Eclat de rire) Peut-être, c’est possible ! (Rires) Et peut-être qu’il arrivera même avant Noël, qui sait ??? (Rires)

Le nouvel album de KAVADAR, « K.A.D.A.V.A.R. », est disponible chez Clouds Hill.

Photos : Marina Monaco

Retrouvez la chronique de « I Just Want To Be A Sound » :

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Alternative Metal Stoner Rock

Bukowski : éruption spontanée

Volcaniques malgré une certaine mélancolie qui plane sur de ce nouvel opus, les Parisiens renouent avec l’efficacité du live. Percutant, « Cold Lava » frappe sans détour avec conviction, tout en conservant un sens de la mélodie intense. Car c’est bel et bien d’intensité dont il s’agit ici, et le quatuor en affichant un son dense et épais a fait le choix de présenter des compositions presque épurées de prime abord. BUKOWSKI cultive une énergie communicative amplifiée par la proximité du chant et un mur de guitare infranchissable.

BUKOWSKI

« Cold Lava »

(At(h)ome)

Après l’album éponyme sorti il y a trois ans, qui marquait le premier effort du combo après la tragique disparition de son bassiste et principal parolier Julien Bottel, « Cold Lava »  s’impose avec force dans un concentré de puissance brute. Une septième réalisation qui voit aussi BUKOWSKI revenir à l’essence-même de son registre à travers des fondations Metal et Rock, naviguant entre l’Alternative et le Stoner. Une recette parfaitement maîtrisée, originale et identifiable aussi, qui libère avec vigueur de belles sensations sismiques.

Très organique dans sa production, « Cold Lava » entérine donc un nouveau cycle et pour leur quatrième collaboration, Francis Castre a encore fait un beau travail derrière la console. Durant deux mois, BUKOWSKI s’est attelé à l’enregistrement de onze titres aux riffs racés, au groove enivrant et avec la fraîcheur qu’on lui connait. Un bloc uni, massif et renversant, qui avance sans faillir sur des textes sans concession entre colère et émotion. Très accrocheurs, les refrains emportent l’ensemble et viennent facilement se graver en tête.

En pleine confiance, BUKOWSKI ouvre les hostilités avec « Headlight », un premier titre qui en dit déjà long sur ses intentions, autant que sur l’atmosphère qui règne sur « Cold Lava ». Très fluides, les titres s’enchaînent avec beaucoup de nuances et de relief (« Criminals », « Isolation », « Neverending Fall », « Over The Vines »). Sur le morceau-titre, le break a lieu, mais ce n’est que pour mieux repartir jusqu’à atteindre « Communication In Silence » avec la participation de Reuno de Lofofora. Compact et sauvage, le magma se diffuse.

Photo : François Duffour

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie du précédent album :

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Heavy metal Stoner Doom Stoner Metal

Solar Sons : scottish storm

Imprégné de la scène Heavy Metal britannique comme des formations Stoner Rock d’outre-Atlantique, SOLAR SONS s’est façonné un univers qui fait le pont entre diverses traditions métalliques pour se retrouver dans un registre finalement très personnel, et surtout qui devrait parler à tous les amoureux de Metal au sens large. Les trois Ecossais ont parfaitement digéré leurs influences pour en livrer une version efficace, sans bidouillage et très percutante. Capable aussi d’être plus progressifs sur les titres plus longs, la maîtrise est là et l’ensemble fait des étincelles. 

SOLAR SONS

« Altitude »

(Argonauta Records)

Après cinq albums en indépendant, SOLAR SONS rejoint Argonauta Records et en profite pour célébrer la magie de la musique sur son nouvel effort. « Altitude » parle donc d’amitié, d’évacuer les idées noires et de refuser l’ambiance folle des villes. Cela dit, c’est avec beaucoup d’énergie qu’il propose de s’y mettre, et de façon plutôt explosive. Le power trio de Dundee nous embarque dans des paysages écossais balayés par la tempête et, malgré quelques éclaircies, les vibrations sont jubilatoires et hyper-Rock’n’Roll dans l’attitude.

Sur une base Stoner Metal légèrement Doom, le groupe se déploie surtout dans un élan Heavy Metal fortement impacté par l’héritage de la NWOBHM. Véloce, rugueux et accrocheur, SOLAR SONS ne laisse que peu de répits et passé l’intro épique « Sky Night », on entre dans le vif du sujet avec le morceau-titre, qui ouvre la voie dans un mouvement à la fois intrépide et puissant. En moins de dix ans, les Britanniques se sont aguerris et se sont faits une belle place dans l’underground, ce qui ne doit rien au hasard. C’est du costaud !

Très bien produit, « Altitude » a été enregistré en conditions live et ça ne trompe pas, tant l’énergie est présente et le plaisir du combo très palpable. De riffs acérés en solos plein de feeling, Danny Lee enflamme autant qu’il se montre accrocheur. A la batterie, Pete Garrow martèle ses fûts avec force, tandis que Rory Lee enchaîne les lignes de basse avec sérieux et se montre inflexible au chant. SOLAR SONS est exaltant, galope de titres en titres avec passion et livre une sixième réalisation sans filtres, ni détours. Intense et rassembleur.