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Blues Rock Hard 70's Rock 70's

End2End : happy revival

Entraînant, efficace et mené sur un train d’enfer, le duo possède ce petit quelque chose qui le rend rapidement addictif. Une batterie, une basse et quelques effets suffisent ici à réunir une volonté incandescente à livrer un Power Rock aux couleurs vintage. END2END puise autant dans les origines du Hard Rock que dans un Blues Rock gras et percutant. Réjouissant et positif, c’est un esprit live et véloce qui anime ce « Take My Train » réjouissant et positif.  

END2END

« Take My Train »

(Independant)

Une fois n’est pas coutume, j’ai le plaisir de vous présenter l’EP de END2END. Petite entorse puisque la déferlante de ces formats courts est telle qu’il est presqu’impossible de s’en faire un écho exhaustif et surtout ils ne sont pas souvent très représentatifs d’un groupe, de sa démarche artistique et de ses qualités. Mais là, le fait que le duo ait un pied entre Vannes et Nantes, soit presqu’en Bretagne, et que son registre soit très rafraîchissant m’ont convaincu.

Après quelques années d’existence marquées surtout par des concerts énergiques et torrides, le duo composé de Loran Kruho (basse, multiples sons et voix) et du batteur Sylvain Boullais s’est donc attelé à la création d’un cinq-titres très convaincant bardé d’un groove accrocheur très présent et même leitmotiv de la musique de END2END. Et justement, c’est un Rock musclé très accrocheur que distille le tonique binôme avec une envie débordante.

Si aujourd’hui, la technique permet de faire à peu près tout, y compris en live, faut-il encore en faire bon usage. Et c’est le cas, puisque dès les premières notes de « Fall In Love » suivi de « See A Way Out », on tombe sur le charme de ce Rock très 70’s où la fougue se mêle à des refrains entêtants et des rythmiques appuyées et groovy. END2END met toute son énergie au service d’un registre puissant et mélodique avec un aspect revival, loin d’être désuet.

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Hard 70's Hard Blues Hard Rock

Vinnie Moore : classieux

Réputé pour sa légendaire technique et un style qui a fait école depuis de longues années, VINNIE MOORE est loin d’être en reste au niveau feeling, bien au contraire. Avec ce dixième album solo, le guitariste d’UFO s’amuse à passer d’un registre à un autre avec une dextérité peu commune. Et pour une fois, il a même invité quelques chanteurs sur ce très bon « Double Exposure ».

VINNIE MOORE

« Double Exposure »

(Mind’s Eye Music)

C’est après un album avec Vicious Rumors (« Soldiers Of The Night » – 1985) que le grand VINNIE MOORE s’est lancé en solo pour mieux d’adonner à son exercice préféré : la guitare shred. Longtemps affilié au courant néoclassique à l’instar de Malmsteen,  il est surtout connu pour son jeu au sein d’UFO avec qui il s a sorti six albums studio. Parallèlement, on a aussi pu l’entendre avec Alice Cooper, Jordan Rudess et Destruction.

« Double Exposure » est le dixième album du virtuose américain et il présente une surprise de taille. En effet, pour la première fois sur ses propres productions, VINNIE MOORE a fait appel à des chanteurs, et pas des moindres, pour interpréter quelques morceaux. On retrouve sur la moitié de ce nouvel opus Ed Tery (Rage And Beyond), Keith Slack (MSG, Mother Road), Mike DiMeo (Riot) et Brian Stephenson (Old James). Inédit !

Moins démonstratif qu’à l’habitude, mais conservant cet incroyable toucher, VINNIE MOORE joue même sur une Gibson SG, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. De fait, l’album sonne plus Rock et même légèrement Blues et Funky (« Still Waters Run Deep », « River Flow », « Astro Man », Southern Highway »). « Double Exposure » est certainement le plus varié de la carrière du six-cordiste, qui se montre toujours inspiré.

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Heavy Psych Rock Stoner Rock

Void Cruiser : transcender l’infini

Entraîné par des guitaristes rivalisant de fuzz, un chanteur pleinement libéré et ténébreux et une rythmique assommante, VOID CRUISER parvient à faire jaillir un groove surpuissant sur des mélodies ténébreuses, parfois lugubres, dans une quête effrénée d’espoir et d’une luminosité qui se fait pourtant rare dans ce Stoner Heavy Psych, où la mesure et la tempérance n’ont pas leur place. « Call Of The Void » appelle à un lâcher-prise sans retenue.

VOID CRUISER

« Call Of The Void »

(Argonauta Records)

Depuis un peu plus d’une décennie maintenant, les Finlandais de VOID CRUISER assènent leur Stoner Heavy Psych avec une progression qui se lit au fil des albums. S’il reste quelques réminiscences du Grunge très 90’s qui a été la base de son jeu sur « Overstaying My Welcome » sorti en 2015, le quintet lorgne aujourd’hui sur un style plus efficace, direct et massif qu’auparavant. Une manière d’affirmer une puissance qui déborde sans relâche sur ce nouvel opus à l’esthétique sonore très travaillée.

Car, ce qui impressionne dès les premières notes de « Dragon’s Tail » qui ouvre les hostilités, c’est cette incroyable férocité portée par un chant à la fois agressif et mélodique qui surprend. VOID CRUISER sait comment emporter l’auditeur dans un registre très maîtrisé. L’imposante rythmique basse/batterie donne le ton à des morceaux qui cognent en emportant tout sur leur passage. Pourtant le quintet joue avec les atmosphères, comme pour mieux nous guider dans son monde tortueux.

Les titres de « Call Of The Void » dépassent tous (ou presque) les six minutes et il est parfois même difficile de reprendre son souffle. Mais VOID CRUISER sait aussi imposer des ambiances plus mélancoliques et envoûtantes (« Wiser Man », « When Gravity Pulls »). L’autre marque de fabrique du groupe est ce mur de guitare implacable, épais et qui frôle parfois même la saturation (« Happiness », « Woe », « Pariah »). A noter aussi le groove massif de ce troisième album qui libère des compos souvent sombres, mais captivantes.

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Blues Rock France

One Rusty Band : still hot ! [Interview]

Si le duo Breton avait déjà créé la surprise avec son premier album, « Voodoo Queen », celle-ci ne retombe pas le moindre du monde sur ce « One More Dance », à la fois costaud et d’une incroyable fraîcheur. Toujours guidés par un enthousiasme débordant, Greg aka Rock’n Roux (guitare, chant) et Léa aka Tap’n Roll (claquettes, percussions, washboard) apportent encore un peu plus de volume à leur Blues Rock endiablé et explosif. Et c’est avec la bonne humeur qui les caractérise que le turbulent binôme a répondu à quelques questions.

Photo : I Shot Photography

– Il y a trois ans, on vous découvrait avec votre premier album, « Voodoo Queen », débordant d’énergie. Puis, il y a eu le Covid et la reprise timide des concerts. Vous qui êtes un véritable groupe de scène, j’imagine que la période a du être difficile à vivre. C’est à ce moment-là que vous avez composé « One More Dance » ?

Greg : Durant le premier confinement, la situation était trop anxiogène pour composer. Du coup, on en a profité pour faire d’autres choses. Après, on a eu la chance de pas mal tourner durant l’été 2020, grâce à notre bookeuse Kristell Arquetoux qui a remué ciel et terre pour trouver des dates.

Léa : Ce n’est que durant le deuxième confinement, en automne, que nous avons trouvé l’inspiration et composé l’album. Le positif, dans toute cette histoire de pandémie, est que nous avons eu du temps pour pouvoir expérimenter de nouvelles choses et sortir de notre manière de faire habituelle.

– ONE RUSTY BAND a la particularité d’être un duo festif et enjoué. Or, ce nouvel album paraît plus sombre et plus sérieux aussi. A quoi est-ce que vous l’attribuez ? La situation de ces dernières années ? Une certaine maturité accrue dans votre jeu ?

Léa : Le monde est très sombre, donc forcément cela transparait dans nos compositions et le fait d’avoir plus de temps a permis d’avoir de l’espace pour s’exprimer et aller au fond des choses. Mais l’album reste positif et avec des compositions pour bouger ses miches !

Greg : Nous avons quand même gardé un côté léger dans les chansons. « Boogie Brothers » est, par exemple, basée sur l’observation de nos chats qu’on imaginait avec un petit perfecto en cuir faire la loi dans le quartier !

Photo : I Shot Photography

– On a vu émergé quelques duos à tendance Blues ces derniers temps, mais ONE RUSTY BAND reste unique en son genre, grâce notamment à Léa et ses claquettes. J’aimerais savoir comment elles interviennent dans les morceaux. Sont-elles parfois à la base d’une chanson, ou est-ce qu’elles viennent surtout en complément ?

Greg : Les claquettes, de par leur présence, obligent à composer d’une certaine manière. On ne peut pas dire qu’elles soient à l’origine d’un morceau, mais elles influencent fortement la composition et la construction des chansons. 

Léa : Ça dépend vraiment. Parfois, Greg arrive avec une base construite et on réarrange le tout. D’autres fois, c’est une rythmique qui lance une jam qui aboutit à une chanson… C’est variable !

– Léa, la Tap Dance, vient de la musique traditionnelle irlandaise avant de s’être plus tard exporter aux Etats-Unis et ailleurs par la suite. En ce qui te concerne, d’où viennent tes modèles et les styles qui t’inspirent le plus, et dans quelles mesures sont-ils adaptables au Blues Rock ?

Léa : Je n’arrive toujours pas à me considérer comme une danseuse de claquettes. Ce ne serait pas faire honneur aux ‘vraies’ danseuses et danseurs ! (Rires) Je vois la chose plus du côté instrument, percussion. La première fois que je me suis dit ‘WuuuaaaaH, c’est ça que je veux faire !!!’, c’est en voyant un spectacle des Stomp. Allez voir ça sur YouTube, c’est de la percussion de rue avec toutes sortes d’objets, les pieds, les mains, le corps… et des allumettes ! Les claquettes, je les ai découvertes plus tard avec Jimmy Slide et les Nicholas Brothers, qui sont supers. Pour l’adaptation, il a fallu inventer, de la manière de sonoriser en passant par la façon de composer… C’est super passionnant !!!

– Greg, tu es l’un des rares à jouer de la cigar box guitar en France et le seul en mode radiateur aussi. C’est un instrument que l’on voit de plus en plus, je pense à Samantha Fish, Alain Johannes, Orville Grant et beaucoup d’autres. Comment expliques-tu cette nouvelle émergence et ce retour en grâce, et qu’est-ce que cela t’inspire ? On le doit à un retour d’une musique plus ‘Roots’ ou c’est un simple effet de mode, selon toi ?

Greg : J’ai découvert la cigar box en allant manger chez mon père. Il venait d’en fabriquer une. Je l’ai essayée et j’ai tout de suite adoré : le son, la manière de jouer roots et groovy. J’en ai donc construit une dans la foulée avec lui ! Je ne sais pas si c’est un effet de mode, ou si c’est revenu sur le devant de la scène grâce à des passionnés comme mon père qui se sont mis à en fabriquer. C’est chouette de créer un objet qui sonne à partir de pas grand-chose. En tant que guitariste, c’est gratifiant de pouvoir fabriquer son propre instrument. Par la suite, j’ai trouvé un vieux radiateur électrique dans les poubelles, et je me suis dit que je pouvais en faire quelque chose dans le même esprit que la cigar box, mais dans un style Dobro. Ce sont des instruments qui sont limités pour la composition. C’est super intéressant, ça pousse à sortir du cadre standard et ça simplifie la musique !

– D’ailleurs, ça ne te tente pas, ou plus, un beau solo ou un chorus cristallin sur une belle Gibson ou une scintillante Fender ?

Non plus vraiment, je crois que les longs solos m’ennuient maintenant ! Mais sur le dernier album, je me suis quand même permis de rajouter quelques solo avec ma Fender, sur « Screen Generation » et « Boogie Brothers », notamment.

Photo : I Shot Photography

– ONE RUSTY BAND est un duo particulièrement riche avec en plus de la guitare et des claquettes, de l’harmonica, de la washboard et plusieurs percussions. Sauf à intégrer un nouveau membre, ce que je n’ose imaginer, y a-t-il d’autres instruments que vous aimeriez ajouter à votre musique ?

Léa : Non pas vraiment, on a déjà assez de bordel et ça ne rentrerait pas dans la camionnette ! (Rires) Déjà, le rajout d’un tom a été tout un Tetris ! On essaie d’étoffer avec de nouvelles percussions et on aimerait bien rajouter plus de doubles voix… Mais c’est beaucoup de travail vu que je ne savais pas chanter du tout !

– Par ailleurs, vous développez un son très particulier de Blues Rock agrémenté de Funk et de Soul aussi. ONE RUSTY BAND met en avant une culture DIY qui vous offre une liberté totale. Pour un ingénieur du son, c’est d’ailleurs assez naturel. Est-ce que tu as déjà imaginé laisser les clefs de votre son à un autre producteur, Greg ?

Oui je l’ai déjà imaginé. Mais ça m’amuse tellement de mixer et de travailler le son que je n’en ai pas vraiment l’envie, même si peut-être qu’une autre personne ferait un meilleur boulot. Après ça pourrait être chouette de collaborer avec quelqu’un. Par contre, lâcher complètement le projet… Hors de question ! Ma contrôlite aigue me l’interdit !

– J’aimerais que l’on dise un mot de cet esprit très live qui vous anime et qui prend tout son sens sur scène avec les acrobaties incroyables de Léa. Le visuel est donc très important chez ONE RUSTY BAND. Vous arrive-t-il de composer et de façonner vos morceaux avec déjà en tête son rendu scénique ?

Léa : Pour ma part, tout le temps. Quand je compose la partie rythmique, je pense tout de suite au rendu visuel… Même si servir la musique reste la chose la plus importante !

Greg : Moi pas trop, parce que je suis moins exposé. Par contre, j’y pense au moment de construire les set-list, de varier les guitares, etc…

Le nouvel album de ONE RUSTY BAND, « One More Dance » est disponible sur le site du groupe : https://www.onerustyband.com

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Heavy metal

Munroe’s Thunder : héritage écossais

Figure emblématique du Heavy Metal, le chanteur Ronny Munroe fait s’abattre la foudre avec son nouveau projet solo, MUNROE’S THUNDER, autour d’un album-concept musclé s’inscrivant dans un style qu’il maîtrise très bien et avec un groupe qui fait preuve d’une belle cohésion et de beaucoup de feeling. « The Black Watch » fait le coup de poing et se sait aussi se montrer plus délicat à l’occasion.

MUNROE’S THUNDER

« The Black Watch »

(RFL Records)

Tout d’abord pour resituer Ronny Munroe, l’Américain fut le chanteur de Metal Church, du Trans-Siberian Orchestra, de quelques autres aussi et officie depuis peu chez Vicious Rumors. Autant dire que ses qualités vocales ne sont pas à remettre en question. « The Black Watch », son nouveau projet solo, devrait combler sans mal les amoureux de Heavy Metal, tant MUNROE’S THUNDER se présente avec un robuste line-up et de belles compositions.

Composé de BJ Zampa (batterie), Oliver Wakeman (claviers), Justin Zych (guitare) et David Mark Pearce (guitare, basse), le quintet donne une réelle identité à cet opus dominé par une certaine noirceur et une vigueur qui rappellent les anciens groupes du frontman, mais aussi Savatage et Dio. Pour autant, MUNROE’S THUNDER a trouvé son style et une belle dynamique.

L’album-concept est basé autour du célèbre régiment de Mary Stuart, reine d’Ecosse, dont la mort a marqué les esprits. « The Black Watch » s’articule donc autour de son histoire et sur de très bons morceaux aux riffs aiguisés, aux refrains entêtants et aux mélodies entraînantes (« The Black Watch », « Gray Hall », « Echoes Of The Dead »). MUNROE’S THUNDER a du volume et la large gamme et la puissance vocale de son chanteur sont incroyables.

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Post-Black Metal Sludge

Deliverance : l’impossible sevrage musical

Même les registres les plus extrêmes obéissent à des codes, sortes de frontières imposées ou souvent même résultantes d’une autocensure rassurante. Mais chez DELIVERANCE et depuis trois albums maintenant, on fait fi de ce type de recommandations analgésiques pour s’affranchir de toutes formes de dictats musicaux. Guidé par cette liberté sans limite, les Français expérimentent, repoussent et s’engouffrent dans un post-Black Metal teinté de Sludge et d’un Psych Prog unique, mais peu lénifiant, c’est vrai. Unique donc et incontrôlable surtout.

DELIVERANCE

« Neon Chaos In A Junk-Sick Dawn »

(Les Acteurs de l’Ombre)

Comme il y a deux ans, DELIVERANCE revient jeter un énorme pavé d’une heure dans nos fragiles oreilles. Après l’excellent « Holocaust 26 :1-46 » qui n’aura malheureusement que trop peu goûté aux joies de la scène, le quatuor est parvenu à composer un album d’égale puissance et surtout à recréer des atmosphères aussi titanesques. Plus ambitieux encore, le groupe dépasse les limites de son post-Black Metal qu’il agrémente toujours de Sludge et cette fois d’un Psych Prog cathartique.

Pour ce troisième opus, le line-up reste inchangé. Tandis que Sacha Février (basse) et Fred Quota (batterie) martèlent une rythmique surpuissante, Etienne Sarthou (guitare) enchaine les riffs tranchants et épais. Quant à Pierre Duneau, on le sent littéralement habité par un chant imprévisible et sauvage. DELIVERANCE se déploie dans un univers sonore singulier, qui gagne en profondeur grâce à quelques effets savamment dosés et pertinents. Et que dire que cette production qui le rend incroyablement immersif ?

Afin de passer un cap dans la compréhension de « Neon Chaos In A Junk-Sick Dawn », un passage par le livret de l’album et une lecture des textes s’imposent. Ecrits dans des conditions très particulières et presqu’extrêmes, ils posent le concept et rendent les morceaux encore plus saisissants. Tout en percussion sur « Salvation Needs A Gun » et « Neon Chaos », DELIVERANCE est impérial sur les mastodontes « Odyssey » et « Fragments Of A Diary From Hell » longs de 18 minutes chacun. Gigantesque !

Photo : Patrick Baleydier
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post-Rock

Indignu : un imaginaire incandescent

Créatif et totalement libéré, INDIGNU sort son cinquième album et il vient directement s’inscrire parmi les meilleures réalisations de post-Rock actuelles. Contemplatif et immersif, le style des Portugais dénote grâce à une inspiration et un feeling collectif hors-norme. « Adeus » est aussi expressif qu’aérien.

INDIGNU

« Adeus »

(Dunk! Records/A Thousand Arms Music)

Considérés à juste titre comme l’une des meilleures formations européennes de post-Rock, les Portugais d’INDIGNU font un retour de toute beauté avec ce cinquième album audacieux et lumineux. Basé sur cinq tableaux aussi distincts que complémentaires, « Adeus » s’inspire de la perte et de la distance pour mieux embrasser des promesses pleines d’espoir. Une lueur qui ne faiblit jamais au fil des titres.

Entièrement instrumentale, cette nouvelle réalisation a des allures de bande originale de film que la délicatesse et la finesse d’interprétation habillent de manière magistrale. Dès « A Noturna », INDIGNU saisit par la profondeur et la clarté de son jeu, qui nous mènent à « Devoluçãa Da Essência Do Ses » et ses intenses 14 minutes qui brillent de par leur parfait équilibre. 

La légèreté du piano et du violon donne lieu à des passages plus épurés, qui viennent se fondre ensuite dans des ensembles aux reliefs incroyables et très prenants (« Urge Decifrar No Céu », « Sempre Que A Partida Vier »). Si INDIGNU a enregistré son album à Porto, le groupe a confié le mastering au magicien islandais Jón Þór Birgisson (Sigur Rós, Bjork, Alcest, Spiritualized) pour lui offrir un éclat majestueux. Incontournable.

Photo : Gonçala Delgado
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Classic Hard Rock France Hard 70's Progressif

Messaline : avec révérence [Interview]

Faisant une petite entorse à son Heavy Metal de prédilection pour s’orienter vers un Classic Rock très Hard, MESSALINE a voulu se faire plaisir en posant un regard sur ses influences premières et fondatrices. Du line-up originel, Eric Martelat est le seul rescapé et c’est d’ailleurs peut-être aussi ce qui l’a motivé à réaliser cette sorte d’introspection musicale. C’est désormais entouré de nouveaux musiciens que le chanteur et fondateur du groupe présente « Vieux Démons », un album-concept d’une grande richesse et où il multiplie les clins d’œil. Entretien.  

Photo : Jean-Denis Izou

– « Vieux Démons » est votre sixième album et peut-même le plus déroutant pour qui n’aurait pas les références. C’est une belle aventure qui se joue dans années 70, mais pas seulement. Comment est-ce que tu en ferais la présentation ?

C’est exactement ça. On a voulu faire un album-concept, mais pas au sens où une histoire serait développée sur tous les morceaux. Son titre indique déjà qu’il s’agit plus d’un album référence et révérence aux grands anciens. On replonge dans les années 70. Au départ, MESSALINE était plutôt un groupe qui jouait du Heavy Metal avec des touches 80’s. Avec « Vieux Démons », on est plus dans le Hard Rock et les années 70. C’est aussi du à l’arrivée de nouveaux musiciens dans le groupe, dont Mathieu Gilbert, notre guitariste. On s’est retrouvé sur cet amour de cette musique, qui nous nourrit depuis longtemps. Au début, au moment de l’écriture, c’était assez inconscient mais nous avons vite décidé de mettre des références à nos groupes de jeunesse comme Santana, Hendrix, Cream, Led Zep… Ca peut en effet dérouter ceux qui ne connaissent que nos premiers albums

– L’album s’inscrit clairement dans un Classic Rock aux touches Hard Rock et dans un esprit Rock français assumé. Si je comprends, pour ma part, votre démarche : à quel public MESSALINE s’adresse-t-il directement ?

Nous faisons avant tout de la musique pour nous faire plaisir. Comme nous sommes des quinquagénaires, cela s’adresse peut-être plus à des gens qui écoutent de la musique depuis 30/40 ans. Après, il y a actuellement un côté revival et c’est vrai que j’aime bien ça. Beaucoup de gens ne jurent que par le vinyle, alors pourquoi les jeunes d’aujourd’hui ne miseraient-ils pas sur un groupe aux couleurs 70’s ? Et puis, lorsque nous faisons un album, on n’a pas en tête toutes ces préoccupations marketing. On s’en fout complet ! (Rires) Finalement, c’est notre disque le plus accessible et beaucoup de gens peuvent s’y retrouver.

Photo : Jean-Denis Izou

– Au-delà des influences, ou plutôt même de courants musicaux parcourus, les textes sont aussi d’une grande originalité, puisque vous êtes presque les seuls en France à aborder de tels sujets. On a même l’impression qu’ils sont le prétexte à un divertissement très joyeux. C’est aussi comme ça que vous le voyez et surtout que vous le concevez ?

Oui, complètement ! C’est vrai que la particularité de MESSALINE réside dans ses textes en français, qui sont d’ailleurs un peu ma chasse gardée. Je ne chante d’ailleurs que mes textes, car j’ai besoin qu’ils viennent de moi pour mieux les vivre et aussi les adapter à la musique. Les thèmes abordés sont assez larges. Si l’époque ne se prête pas forcément à beaucoup de joie, je garde en moi ce côté joyeux et humoristique. Même sur des textes sombres, j’essaie toujours de glisser un petit jeu de mot, par exemple, pour désintellectualiser la chose et apporter un peu de légèreté aussi. Mes deux grandes influences au niveau de l’écriture sont Christian Décamps et Thiefaine, qui représentent pour moi les deux faces d’une même pièce.

– L’album contient des morceaux super-efficaces comme « Les 3 Stryges », « Black Shaman » ou « Je Voulais Te Dire », qui sont vraiment la marque de fabrique de MESSALINE, votre touche. On y perçoit une réelle alchimie entre vous. Comment naissent vos morceaux ? Vous partez du texte, ou est-ce qu’il arrive en second suivant l’univers du titre ?

En fait, on a deux méthodes pour composer. On essaie d’être efficace sur les refrains et les mélodies. Nous sommes un peu des chansonniers, en fait, et je l’assume complètement. Alors, soit j’ai une mélodie en tête et je l’envoie à Mathieu, soit c’est lui qui m’envoie ce qu’il compose à la guitare sèche. Ensuite, on discute beaucoup, on structure les morceaux minutieusement. Et puis, Mathieu est un vrai boulimique de musique et j’écris aussi beaucoup de mon côté. On fait le tri et on avance comme ça. Toute la base des morceaux est acoustique et on construit ensuite autour. On part du principe que si une simple guitare sèche et du chant sonnent, ça sonnera tout le temps ! Et ça nous permet de varier les plaisirs en faisant des shows-cases, par exemple, où l’on s’aperçoit que ça fonctionne. 

Photo : Jean-Denis Izou

– Et il y a aussi ces deux « Marque Page » (« Antiqua » et « Daeomina »). Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus et nous expliquer leur signification ?

On voulait des respirations. On a beaucoup réfléchi à l’ordre des morceaux et à leur structure au sein-même du disque. Même si beaucoup de gens écoutent les titres individuellement sur les plateformes, on voulait aussi garder ce format de 45 minutes, où on se pose pour écouter l’album d’une traite. Et pour que tout s’enchaine bien, on a trouvé intéressant de faire ces pauses musicales. Ca repose l’oreille tout en apportant d’autres mélodies. On voulait un lien encore plus naturel entre les morceaux.

– On connait l’amitié qui vous lie au groupe Ange, et d’ailleurs vous reprenez « Par Les Fils De Mandrin », qui est réarrangé pour l’occasion. Quelle était l’intention ? C’est un morceau qui vous suit depuis longtemps, ou c’est une sorte d’hommage ?

Oui, c’est un hommage à Christian Décamps que je connais maintenant depuis une trentaine d’années. C’est un ami très proche. Nous avons eu la chance de faire souvent leurs premières parties, et nous sommes proches musicalement sur beaucoup d’aspects dont l’écriture. On n’avait jamais eu l’occasion de reprendre l’une de leurs chansons, que ce soit en concert ou en studio et je trouvais que c’était bien de boucler la boucle de cette façon. Et pour m’en libérer complètement, il me fallait aller aussi aller jusqu’au bout. Comme « Vieux Démons » est un album référence et révérence aux anciens, c’était le bon moment. Nous n’avons pas non plus voulu faire une reprise pour faire une reprise. On voulait aller un peu plus loin. Dans le morceau, on a intégré d’autres titres d’Ange et d’ailleurs Mathieu a fait un gros travail là-dessus. On retrouve entre autre un titre de 1970 qui s’appelle « Messaline » et dont les enregistrements sont d’ailleurs très rares. « Par Les Fils De Mandrin » est presque un medley finalement et les musiciens d’Ange ont apprécié le fait que l’on ne cantonne pas à une simple reprise et Christian m’a même dit que nous avions fait du MESSALINE, ce qui est un grand compliment pour nous.

– L’album comprend aussi « Le Jardin Des Délices », un clin d’œil, ou encore un hommage, au peintre flamand néerlandais Jérôme Bosch (autour de 1450-1516). On est assez loin de l’univers de MESSALINE et pourtant il s’intègre parfaitement à « Vieux Démons ». D’où vous est venue cette idée ?

On voulait un morceau très acoustique, fait d’arpèges et dans l’esprit du Led Zep « III ». Le déclic est venu du fait que c’est un morceau assez bucolique avec un côté très nature, comme le lieu où Led Zep a enregistré son album à l’époque (au Pays de Galles, au Rockfield Studios – NDR). Pour le texte, cela a été une association d’idée. Et comme je suis plasticien, enseignant en art appliqué et dessinateur, l’art fait partie de ma culture. Et j’avais aussi lu un roman un peu ésotérique, qui parlait du « Jardin des Délices » de Jérôme Bosch.

Photo : Jean-Denis Izou

– Avant de parler d’« Orion Stargazer » qui est l’un des titres-phares de l’album, j’aimerais que tu nous dises un mot sur la pochette, qui est signée Stan W. Decker, dont on connait le travail pour Megadeth et Blue Öyster Cult notamment. Comment s’est faite la connexion avec MESSALINE, car il a très bien cerné l’état d’esprit et la démarche du groupe ?

En fait, je l’ai contacté dès qu’on a commencé à avancer sur les morceaux, car on sentait qu’on allait sortir une sorte d’album-concept basé sur les années 70. Pour aller au bout de l’idée, on s’est dit qu’il fallait une pochette peinte où on se mettrait en scène. Et au-delà de ça, on y trouve beaucoup de clins d’œil à Kiss et à Rainbow notamment et dans un esprit un peu ‘Renaissance’ pour la peinture. Ca m’a paru assez naturel de le contacter, et puis c’était aussi l’occasion de passer un cap. Il connaissait notre univers un peu Prog avec des textes en français. Je lui ai fait un croquis détaillé de la pochette avec la mise en scène et il a réalisé un travail extraordinaire à partir de tous ces éléments. S’il y a des références musicales dans l’album, il y en a aussi énormément dans sa pochette car le visuel fait autant partie du concept que les morceaux. (L’album est bien sûr disponible en vinyle – NDR)

– Concluons donc avec « Orion Stargazer », où l’on retrouve du beau monde : Renaud Hanson (Satan Jokers), Tristan et Francis Décamps (Ange et Gens De La Lune), Jo Amore (ex-Nightwish, Kingcrown) et Pyt Theurillat (Galaad). J’imagine que ce sont tous des amis de MESSALINE. Comment les as-tu convaincu de tous participer au même morceau ?

En fait, on voulait réunir sur un même titre tous les copains avec qui on a partagé la scène. Et le fait que ce soit le dernier titre était assez rigolo aussi. C’était important pour moi d’avoir des invités qui ne soient pas des ‘pigistes’, mais des amis. J’ai juste envoyé un petit mail en expliquant l’idée de l’album et celle du titre. J’ai envoyé des voix témoins en disant qui je voyais sur tel couplet et en les laissant improviser sur le pont central. En 48h, tout le monde était d’accord. C’est également un vrai plaisir personnel d’avoir des musiciens de cette qualité pour ce dernier morceau. Chacun a envoyé ses bandes et comme je leur avais laissé la place d’improviser, on a pu mettre toutes les voix ensemble au mix. Et à l’écoute, on a vraiment l’impression qu’ils étaient tous dans la pièce au même moment. On est vraiment ravi !

L’album « Vieux Démons » de MESSALINE est disponible chez Brennus Music.

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Post-Metal

Psychonaut : réalité augmentée

Epique, sensible et hargneux, le post-Metal de PSYCHONAUT prend toute sa dimension sur ce très attendu deuxième album. Grâce à une production lumineuse, le trio belge déploie des morceaux dévastateurs et poignants que quelques invités viennent enrichir un peu plus. Explosif et très soigné, « Violate Consensus Reality » se pose déjà comme l’album charnière du combo.

PSYCHONAUT

« Violate Consensus Reality »

(Pelagic Records)

A chaque nouvelle réalisation, PSYCHONAUT conforte les fondations de son édifice musical à l’œuvre depuis «  Unfold The God Man » (2019). Dense et complexe, ce nouvel album du trio va encore plus loin et, animé par un propos spirituel et philosophique, développe un post-Metal traversant des émotions très variées qui peuvent être aussi douces que d’une extrême violence sonore.

Avançant comme un seul homme, Stefan De Graef (guitare, chant), Thomas Michiels (basse, chant) et Harms Peter (batterie) ont fait de PSYCHONAUT une machine parfaitement huilée et techniquement redoutable. Très groove et incisif, « Violate Consensus Reality » témoigne aussi de la facilité des Belges à changer d’atmosphères et à multiplier les climats au fil des morceaux.

Bardé de riffs tranchants et d’une rythmique aussi musclée qu’insaisissable, ce deuxième album souffle le chaud et le froid, installe le calme avant la tempête et surtout évite soigneusement les répétitions. PSYCHONAUT surprend pour surgir là où on ne l’attend pas en restant d’une efficacité de chaque instant (« A Storm Approaching », « Hope », « Interbeing » et l’excellent morceau-titre). Herculéen !

Photo : Gert Stockmans
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Americana Country folk

Alyssa Bourjlate : intime et radieuse

Même si le style est essentiellement joué en Amérique du Nord, l’Americana qu’interprète ALYSSA BOURJLATE est d’une étonnante authenticité, compte tenu de sa rareté dans l’hexagone. Sur « I’ve Lost Myself On The Way », la chanteuse et compositrice française fait de sa sincérité une force et un atout majeur.

ALYSSA BOURJLATE

« I’ve Lost Myself On The Way »

(Independent)

Après des débuts assez discrets sous son seul prénom et avec deux albums en français, « Insomnie » (2008) et « Mariage Noir » (2010), ALYSSA BOURJLATE prend un virage très Americana, un style peu répandu chez nous et qui marie Country, Blues, Folk, et Rock avec une approche très narrative. Entièrement écrit en anglais, ce troisième opus marque une nouvelle entrée en matière très réussie et particulièrement convaincante.

Soutenue par un groupe de musiciens chevronnés (guitare, basse, batterie, banjo, harmonica), c’est en songwriter avertie que se présente ALYSSA BOURJLATE avec des morceaux très personnels et tout en délicatesse. Ecrit et composé par ses soins, « I’ve Lost Myself On The Way » retrace finalement, et avec élégance, le parcours de la chanteuse ces dix dernières années. L’essence-même de l’Americana…

Très bien produit, l’ensemble est constitué de titres d’une belle unité artistique à la fois intimistes et dynamiques (« High And Dry », « Outlaw », « King Of Sadness », « Never Be Yours »). Par ailleurs, ALYSSA BOURJLATE a eu la bonne inspiration de reprendre « Cry To Me » du grand Salomon Burke et aussi « Losing My Religion » de R.E.M., dont la présence interroge un peu par son décalage. Un disque et une chanteuse à découvrir d’urgence.