Sur le papier, c’est vrai que la rencontre entre SaaR et MAUDITS est très attractive au-delà même d’être évidente, lorsque l’on connait les deux formations. Non pas que les groupes se ressemblent au point qu’on les confonde, loin de là, mais leur démarche présente de singulières concordances. Même s’ils évoluent chacun de leur côté sur ce « Split » enchanteur, la cause et l’objectif sont communs. Les atmosphères se rejoignent pour n’en faire qu’une et on attend qu’une seule chose maintenant, c’est une scène, ou mieux encore, une composition les réunissant.
SaaR / MAUDITS
« Split »
(Source Atone Records)
Il fut un temps, pas si lointain, où les groupes se partageaient les galettes vinyliques, occupant chacun la face d’un disque dans des courts ou longs formats. Cette belle pratique a disparu pour l’essentiel, sans doute dû à un individualisme envahissant. Et pourtant, les groupes SaaR et MAUDITS, dont le talent et la notoriété croissante ne font plus mystère, se sont associés pour livrer chacun un morceau autour d’une démarche musicale qu’ils partagent : le Post-Metal instrumental. Et le résultat est à la hauteur des attentes.
SaaR – Photo : Fakele Photographie
Ce sont les Parisiens de SaaR qui ouvrent les festivités avec « Loved », long de près de neuf minutes et d’un éclat incroyable. Si l’entame est progressive, elle ne fait qu’amorcer un déploiement dans les règles d’un style musclé et très structuré. Comme sur « Gods », son dernier album, le quatuor avance sur des rythmiques saccadées, des guitares aériennes en déversant quelques belles déflagrations aux saveurs Doom et dans une atmosphère souvent pesante, mais très aérée. Imposant !
MAUDITS – Photo : William Lacalmontie
Quant à vous, lecteurs adorés, MAUDITS n’a plus beaucoup de secrets pour vous, puisqu’il est présent sur le site depuis ses débuts. Séduisant sur son premier album éponyme (2020) et brillant sur son dernier EP « Angle Mort », le trio accueille à nouveau Raphaël Verguin au violoncelle sur ce « Breken Pt 1/2/3 » de toute beauté. Louvoyant à l’envie dans des registres post-Rock, Doom et Ambient, ce titre de 15 minutes reflète les capacités de MAUDITS à nous embarquer dans un tourbillon souvent hypnotique et toujours captivant.
« Split » est probablement l’une des meilleures réalisations de son genre depuis très longtemps. Affichant une belle unité dans une production très organique, la complémentarité des deux groupes étonne tant il y a une vraie progression sur l’ensemble des deux morceaux. D’ailleurs, on passe de l’un à l’autre (et vice-versa) sans sourciller un seul instant, preuve s’il en est que SaaR et MAUDITS ont l’art et la manière de nous envoûter avec le même penchant pour un post-Metal instrumental de grande classe.
Retrouvez la chronique du dernier album de SaaR (« Gods ») et les deux interviews de MAUDITS accordées à Rock’n Force :
En dehors de Deep Purple, Ian Paice sait comment passer du bon temps. Aux côtés de l’excellent Robbie Thomas Walsh, irrésistible au chant, le batteur a rejoint PURPENDICULAR, qui sort aujourd’hui un très bon « Human Mechanic », troisième album du quintet britannique constitué de musiciens d’expérience et surtout au feeling explosif.
PURPENDICULAR
« Human Mechanic »
(Metalville)
Ca n’aura échappé à personne, PURPENDICULAR tire son nom du quinzième album de Deep Purple, qui est aussi le premier de l’ère Steve Morse en remplacement de l’inégalable Richie Blackmore. Mais même s’il s’en inspire librement, et son line-up le rend assez légitime, le groupe suit sa propre voie à travers un Classic Rock qui tire aussi sur le Hard Rock… forcément. Et « Human Mechanic » est une belle respiration, doublée d’une petite parenthèse nostalgique plutôt agréable.
Fondé en 2007 par le chanteur irlandais Robby Thomas Walsh, PURPENDICULAR avait dû renoncer à sortir son troisième album en raison de la pandémie. Avec Ian Paice derrière les fûts et dernier membre originel de Deep Purple, le frontman dublinois ne s’est pas laissé abattre et le groupe, composé de musiciens au feeling débordant, à savoir Nick Fyffe (basse), Christoph Kogler (claviers et orgue) et Herbert Bucher (guitare), est reparti de l’avant. Et entre gros riffs, solos aériens et refrains imparables, ça ronronne.
Très impliqué sur ce nouvel opus, Ian Paice fait parler son groove en totale harmonie avec des lignes de basse rondes et enveloppantes. Il semble réellement s’amuser et le plaisir qu’il prend est vraiment palpable (« The Nothing Box », « Ghost », « Something Magical »). Enfin, une grande partie de la magie de PURPENDICULAR agit aussi grâce à un incroyable orfèvre de l’orgue Hammond et un chanteur impressionnant (« Human Mechanic », « Four Stone Walls », « Soul To Soul »). Magistral !
Un Anglais, un Australien et deux Américains avec du talent à revendre, telle est la recette et l’alchimie de THE DEAD DAISIES. Plus qu’une réunion de stars, le groupe, qui livre son sixième album, n’entre pas dans cette catégorie des ‘all-stars-band’, qui font étalage de leur virtuosité. Non ici, il est surtout question de feeling et d’une unité dans l’écriture, comme dans l’interprétation, qui force le respect. Et « Radiance », vient rappeler ô combien le Hard Rock a de beaux jours devant lui.
THE DEAD DAISIES
« Radiance »
(SPV/Steamhammer)
Malgré le tumulte des changements de line-up dont THE DEAD DAISIES s’impose en spécialiste, c’est déjà le deuxième album avec la même formation et le sixième d’une réjouissante discographie. Preuve que le groupe s’inscrit dans la durée ? A l’écoute de « Radiance », c’est vraiment ce que l’on souhaite tant le Hard Rock de ces musiciens hors-norme, et aujourd’hui presqu’iconiques, est limpide, inspiré, d’une fraîcheur et d’une ardeur sans faille. Ces quatre-là n’ont pas dit leur dernier mot, bien au contraire.
Autour de Glenn Hugues (ex-Deep Purple) à l’éternel jeunesse au chant et à la basse, de Doug Aldrich (ex-Whitesnake) héroïque à la guitare aux côtés de l’aviateur acrobate David Lowy et du batteur Brian Tichy (Whitesnake, Billy Idol, Ozzy, …), THE DEAD DAISIES flambe dans un registre immédiatement identifiable où, curieusement, personne ne tire la couverture à soi, mais se met plutôt au service de morceaux énergiques et interprétés par des passionnés comme on en rencontre peu.
Preuve de l’intemporalité du quatuor, le septuagénaire Glenn Hugues se montre aussi performant qu’à ses débuts avec une voix à la fois puissante et tellement Soul. Son groove associé à la frappe délicate de Brian Tichy est ravageur et tellement naturel. Chez THE DEAD DAISIES, tout semble couler de source. C’est tellement évident qu’on se laisse prendre au jeu sans résistance. Le mur du son bâtit par les riffs appuyés et spontanés de David Lowy laisse les mains libres à Doug Aldrich, dont le feeling et la dextérité sont d’une émotion rare.
Sans donner la leçon (car il le pourrait !), le groupe se fait surtout plaisir sur ce « Radiance », bien trop court, mais si bon. Heavy sur le morceau-titre et « Shine On », un brin vintage sur « Born To Fly », presque Southern sur « Courageous », mordant sur « Not Human », sabbathien sur « Cascade », THE DEAD DAISIES ne s’interdit rien, pas même ce clin d’œil à Richie Sambora sur l’intro de « Kiss The Sun ». Et la production de l’immense Ben Grosse ne fait que mettre en lumière la qualité des mélodies et la précision des arrangements.
Savoir tout faire est une force et lorsque le souffle de la créativité bat son plein, il suffit de le canaliser. Et pour ça, on peut compter sur ces quatre musiciens aux parcours uniques et qui semblent loin d’être rassasiés. L’enthousiasme et l’exaltation sont intactes (« Face Your Fear », « Hypnotize Yourself ») et THE DEAD DAISIES joue des mélodies avec tellement d’habileté et de maestria qu’il entraîne tout sur son passage et clôt ce bel album avec un splendide « Roll On », scintillant de classe. In-con-tour-na-ble !
D’aucuns diront qu’avec « Heavy Lies The Crown », les Suédois se détachent de l’essence-même des fondations du Stoner Rock. Peut-être mais pourtant avec ce cinquième album, DEVILLE élève son jeu et l’enrichit d’un Alternative Metal savoureux et mélodique. Puissant et très actuel, le style du quatuor franchit un nouveau cap, grâce aussi à un chanteur dont la prestation est éblouissante.
DEVILLE
« Heavy Lies The Crown »
(Sixteentimes Music)
Silencieux, comme beaucoup, depuis 2018 et leur album « Pigs With Gods », les Suédois sont enfin de retour et on ne peut pas dire que la pandémie durant laquelle ils ont composé « Heavy Lies The Crown » les ait franchement calmés. En ayant été obligé de changer son processus d’écriture, DEVILLE s’est ouvert des horizons musicaux peu explorés jusqu’à présent et ça cogne sévère et sans retenue.
Pourtant, tout n’a pas forcément changé chez les Scandinaves. Leur musique est plus que jamais basée sur des riffs tranchants et massifs, qui nous mettent au pied d’un gigantesque mur de guitare. Cependant, DEVILLE est parvenu à intégrer à son Heavy Stoner Rock quelques touches progressives, et surtout une dominante d’Alternative Metal à la Deftones, qui apporte beaucoup de vélocité.
Très moderne et compact, « Heavy Lies The Crown » remplit toutes les conditions d’un très bon album… si ce n’est que ces 33 petites minutes nous laissent véritablement sur notre faim. Guidé par des refrains imparables et une féroce rythmique, DEVILLE déroule le fil de son album de manière implacable et ce cinquième opus se révèle vite addictif (« No Sun », « Killing Time », « Embrace », « A Devil Around Your Neck »). Renversant !
Quand le guitariste de Fates Warning et le chanteur de FM font cause commune et s’associent à un rythmique de choc, ça fait forcément des étincelles. Très créatif, KINGS OF MERCIA livre un registre assez hybride. Heavy sans être Metal, Hard Rock mais légèrement AOR, le quatuor sort un premier album éponyme très complet et avec le souci du détail.
KINGS OF MERCIA
« Kings Of Mercia »
(Metal Blade Records)
Cela fait maintenant quatre décennies que le guitariste et compositeur Jim Matheos met toute sa force créative au service de Fates Warning… et de quelques autres. Pourtant et même si cela lui vaut une reconnaissance internationale, l’Américain n’est pas du genre à se tourner les pouces. Alors quand l’occasion se présente, il monte un nouveau projet. Un rapide coup de fil au frontman du groupe FM, Steve Overland, et il n’en fallait pas plus pour que KINGS OF MERCIA voit le jour.
Cherchant encore à se démarquer du Metal Progressif qui l’inspire habituellement, c’est vers un Hard Rock plus direct et mélodique que le musicien s’est engagé cette fois. Et un duo avec un chanteur aussi expérimenté et capable de lignes vocales renversantes comme peut l’être le leader de FM s’impose de lui-même. Incisif tout en montrant des côtés bluesy et AOR, KINGS OF MERCIA présente des atouts solides, bien mis en valeur par une production nette et moderne.
La rythmique, quant à elle, est assurée par Joey Vera (Fates Warning/Armored Saint) à la basse et le légendaire Simon Phillips derrière les fûts. Rien que ça ! Sur un tel groove, des riffs costauds et des solos flamboyants, Steve Overland fait parler la puissance et la profondeur de sa voix comme rarement (« Humankind », « Liberate Me », « Set The World On Fire », « Your Life »). KINGS OF MERCIA a signé pour trois albums avec Metal Blade Records, alors la fête ne fait que commencer pour ce somptueux quatuor.
Splendeur et incandescence, ce sont en ces termes que l’on pourrait résumer ce nouvel album de SUPERDOWNHOME. Le malicieux et très complice binôme transalpin passe à la vitesse supérieure et, s’il s’affirme de plus en plus musicalement, il a aussi convié quelques pointures à la fête. Racines Blues, énergie Rock déjantée : le charme opère et l’objectif d’une belle communion est atteint. Et l’incendie se propage à vive allure sur « Blues Pyromaniacs ».
SUPERDOWNHOME
« Blues Pyromaniacs »
(Dixiefrog/Pias)
Comme beaucoup, j’ai découvert ce sulfureux duo italien à la faveur de la très bonne compilation « No Balls, No Blues Chips » parue en 2020 chez Dixiefrog. Une fois encore, le label français a eu le nez creux, puisque « Blues Pyromaniacs » va encore plus loin dans l’exploration de ce Blues Rock rugueux et brut de décoffrage à l’œuvre chez SUPERDOWNHOME. Et du changement, il y en a encore sur ce nouvel album haut en couleurs et plein de surprises.
L’évolution majeure chez ces dandys ruraux est la présence à la production et à leurs côtés du grand Anders Osborne, qu’ils sont allés chercher jusqu’en Nouvelle Orléans. Et « Blues Pyromaniacs » a pris beaucoup de volume d’autant que l’Américain y joue de la guitare et de la basse sur un grand nombre de morceaux, tous de SUPERDOWNHOME, hormis « Don’t Bring Me Down » d’Electric Light Orchestra et « New York City » de John Lennon, qui a enfin de l’allure.
Beppe Facchetti et Enrique Sauda s’éclatent vraiment sur les 14 titres de ce bel opus, à l’instar de Mike Zito, Bombino et Andy J. Forest venus participer à cet atoll de joie et de bonne humeur (« Motorway Son », « Ambition Craze », « A Wandering Wino », « Vacuity Blues »). SUPERDOWNHOME a même complété son jeu avec des cuivres, de l’harmonica et de l’orgue pour plus de relief (« Disaster Moon ») et le résultat est phénoménal. L’Italie a le Blues et ça lui va carrément bien !
En cinq ans d’existence, les Parisiens de SPHERES ont développé un Metal Progressif, où les textures et les atmosphères renvoient à de multiples reliefs pour un voyage musical saisissant. Après un premier album, « Iono » (2019), le quatuor est de retour avec « Helios » à travers lequel il nous entraîne dans un périple qui va à l’encontre de l’idée-même d’utopie. Très contrasté et spirituel, ce deuxième opus pousse le groupe dans des contrées musicales plus dark encore. Entretien avec Jonathan Lino (chant et guitare), principal compositeur et producteur, qui revient sur la conception de cette nouvelle réalisation.
– Le line-up de SPHERES a un peu évolué sur ce nouvel album. Outre deux guests sur quelques morceaux, on note la présence sur l’ensemble de « Helios » du claviériste Marco Walczak. Est-il devenu un membre à part entière du groupe ?
Il risque de le devenir, c’est vrai. Auparavant, pour des raisons essentiellement financières, on tournait à quatre et il se pourrait que l’on commence à tourner à cinq. A terme, ce serait vraiment intéressant de l’avoir avec nous sur scène, car il apporte beaucoup au niveau du design sonore. On voulait donner une ambiance un peu Dark Synth à « Helios » et lorsque j’ai écouté son travail, je lui ai confié sans hésiter les arrangements des claviers sur l’album.
– Jonathan, tu as écrit, composé et produit l’ensemble de l’album sur lequel tu chantes, joue les guitares et les claviers. On pourrait presque penser à un projet solo. Quel est la part d’investissement et d’apport créatifs des autres musiciens ?
En fait, je suis ingé-son et j’ai donc tout le matos à la maison. Par ailleurs, j’ai toujours besoin d’un squelette pour synthétiser mes idées. Ensuite, j’envoie les démos aux autres et chacun travaille sur les arrangements. On discute beaucoup sur nos idées respectives et tout le monde y participe. J’ai juste besoin de mettre un premier coup de pinceau sur la toile, mais tout le travail de production et d’arrangement se fait à quatre. Et puis, chacun est très compétent dans son propre domaine instrumental, mieux que je ne peux l’être sur certaines choses, bien sûr, comme par exemple la batterie ou les parties de basse, qui guident d’ailleurs souvent les morceaux. Je suis juste plus à l’aise en travaillant seul sur les premières maquettes et les idées, mais c’est vraiment en groupe que nous faisons évoluer l’ensemble.
– Ce qui est assez surprenant sur « Helios », c’est qu’il y a un côté très science-fiction dans le son, notamment dans les claviers et certaines atmosphères, et pourtant l’album a quelque chose de très concret aussi. C’est un contraste sur lequel tu as voulu jouer ?
En tout cas, on peut parler d’album-concept. Chaque titre a son propre sujet, mais ils traitent tous d’un seul et même thème, qui est la dystopie. Il y a un aspect concret, bien sûr, mais aussi très onirique et spirituel. Cela dit, il y a aussi une volonté d’alerte en abordant ce genre de matière. Plutôt que de décrire un monde post-apocalyptique, on essaie de donner une sorte d’optimisme et d’ouvrir les esprits.
– Justement, « Helios » a des ambitions très spirituelles sur la vision d’un monde dystopique. J’imagine que dans ce cas-là, ce sont les textes qui amènent à la musique au niveau de l’écriture, ou le schéma est-il inverse ?
J’ai souvent des idées de sujets en tête, mais je ne me jette pas immédiatement dans l’écriture. Je laisse plutôt la place à mon imagination pour avoir une base. C’est à partir du moment où j’ai une histoire musicale que j’écris les textes. Le sujet vient en premier, la musique en deuxième, et ensuite l’écriture des paroles.
– J’aimerais qu’on s’arrête sur un morceau de l’album, qui se trouve aussi être le plus long, c’est « Pandemia ». Il est assez surprenant dans sa structure et son approche, car il présente des éléments progressifs évidents, ainsi que des passages post-Metal et des variations vocales étonnantes. On a presque le sentiment qu’il est la clef de voute de l’album. C’est le cas ?
C’est vrai que c’est le morceau le plus long et aussi le plus Prog. Il tire vraiment son inspiration d’un groupe comme Opeth avec une succession de chapitres. Je n’ai pourtant pas la volonté de n’écrire que des morceaux comme celui-ci. Mais dès le départ, j’ai voulu raconter une histoire, un peu comme on lit un livre.
– SPHERES propose tellement d’atmosphères et de changements de tons qu’on pourrait vous qualifier de groupe de Metal extrême. Est-ce une chose dans laquelle tu te retrouves aussi ?
Oui, complètement. J’ai beaucoup écouté de musiques extrêmes et progressives qui s’en rapprochent. Cela dit, lorsque j’ai commencé la musique, j’ai beaucoup été influencé par le Rock Prog 70’s comme Magma, King Crimson, Genesis et Pink Floyd… et ça transpire encore ! Mais rapidement, j’ai écouté pas mal de MetalCore, du Sepultura aussi et pas mal d’autres choses extrêmes. Ma culture est un mélange de tout ça.
– Est-ce qu’il y a un concept, un fil conducteur dans ce nouvel album ? Est-ce que « Helios » a été composé comme un tout, ou au contraire, est-ce que l’ordre des morceaux importe peu ?
L’ordre importe assez peu, car les morceaux ne suivent pas une histoire, même s’ils traitent tous d’un même thème. C’est vrai que l’album est très homogène dans le son, le mix et la production et avec aussi beaucoup de relief.
– En dehors des arrangements qui sont très soignés, j’aimerais que tu évoques le travail sur les voix, quelles soient collectives d’ailleurs et aussi ton propre chant. Il peut être clair et mélodique, assez martial et guttural parfois, tout comme extrême avec du growl et un peu de scream. La palette est très large. Il y a presque un petit côté schizophrénique dans tout ça, non ?
Oui, c’est vrai. J’adore utiliser différents registres de voix. C’est un peu comme une caisse à outils, qui te permet d’exprimer différentes émotions. J’essaie aussi beaucoup de choses, beaucoup de styles. La pluralité des reliefs dans la musique, j’aime la retrouver de la même manière que dans le chant.
L’album, « Helios », de SPHERES est disponible depuis le 23 septembre chez M&O Music.
Grâce à son producteur Dave Marks, qui a notamment travaillé avec Hans Zimmer, et à la grande qualité des studios Dulcitone en Angleterre, le talent de TROY REDFERN éclabousse littéralement « The Wings Of Salvation », par ailleurs masterisé aux Studios d’Abbey Road. La fougue des riffs, la folie de sa technique du slide et un chant plus assuré que jamais font du songwriter britannique l’une des pépites du Blues Rock nerveux actuel.
TROY REDFERN
« The Wings Of Salvation »
(Red7 Records)
Musicien plus que prolifique, TROY REDFERN sort son septième album en l’espace d’un peu plus de deux ans. Déjà éblouissant sur « The Fire Cosmic ! », l’Anglais remet ça avec « The Wings Of Salvation » qu’il a composé et entièrement enregistré en moins de cinq semaines. Pourtant, cet homme de tous les records montre sur ce nouvel opus une fraîcheur incroyable que l’on doit aussi à une instantanéité étonnante.
Ayant grandi en écoutant les artistes marquants du Rock et du Blues des années 70 et 80, TROY REDFERN possède une singulière touche vintage aussi chaleureuse que musclée. Doté d’un jeu à l’énergie explosive, le songwriter évolue dans un Blues Rock solide où quelques touches de Hard Rock viennent côtoyer un Southern Rock endiablé dans lequel la guitare donne le ton et tient le premier rôle.
Grand joueur de slide, le Britannique va à l’essentiel, mais sans négliger les détails, dans une certaine urgence et avec beaucoup de spontanéité, sa marque de fabrique. Gonflé à bloc, TROY REDFERN est aussi redoutable au chant qu’à la guitare et dégage un groove permanent (« Gasoline », « Sweet Carolina », « Come On », « Dark Religion »). Et avec cette nouvelle réalisation, il se hisse parmi les meilleurs du genre.
Photo Adam Kennedy
Une fois n’est pas coutume, et je veille au grain, découvrez le clip du morceau « Sweet Carolina » :
Nerveux et relevé, ce deuxième album de DRENALIZE vient confirmer, s’il fallait en douter, que le Hard Rock hexagonal a de beaux jours devant lui. Mélodique et accrocheur, « Edge Of Tomorrow » est aussi percutant que convaincant. Sans tomber dans la facilité, le quintet fait preuve d’originalité et les labels ne devraient pas tarder à se manifester.
DRENALIZE
« Edge Of Tomorrow »
(Independant)
Originaire de la région de Metz, DRENALIZE a mis sept ans pour livrer son deuxième album et après « Destination Everywhere » en 2015, « Edge Of Tomorrow » vient certifier les belles choses entrevues à ses débuts. Toujours autoproduit, le groupe peut miser sur la vigueur de son chanteur, la virtuosité de ses deux guitaristes et son explosive rythmique, dans laquelle figure d’ailleurs le batteur de Crystal Throne.
Sur les bases d’un Hard Rock estampillé 80’s et début 90’s, les Lorrains se montrent explosifs à l’image de la pochette de « Edge Of Tomorrow », sur laquelle le frontman Chris Voltage se montre en phase avec l’ambition de ce nouvel opus. DRENALIZE n’a pas froid aux yeux et grâce à des riffs acérés et des morceaux mélodiques, mais jamais mielleux, il relève le défi avec brio et un enthousiasme débordant.
Passé une courte intro instrumentale qui donne le ton, les Français sortent les crocs sur « Strangers In The Night », « No Miracle » et « Into Madness », qui libèrent un côté plus Heavy et tranchant. DRENALIZE n’en oublie pas pour autant de se fendre d’une ballade plutôt bien vu, qui nous renvoie à des combos comme Cinderella avec élégance. Le quintet signe donc un bel album avec beaucoup d’assurance et de créativité.
Chaleureux et hypnotique, ce sixième album du quatuor de Virginie est suffisamment bluffant pour captiver sans peine tous les amoureux de gros son des années 70. Entre proto-Metal et Heavy Rock bluesy appuyé et galopant, « Take All You Can » montre un quatuor sincère et l’atmosphère très organique distillée par FREEDOM HAWK font de lui le représentant d’un style devenu bien trop rare.
FREEDOM HAWK
« Take All You Can »
(Ripple Music)
Malgré ce que sa musique pourrait laisser penser, c’est bien de la côte Est, et non de Californie, que débarque FREEDOM HAWK. Son style nous amène à imaginer de grandes fêtes sur des plages ensoleillées où les décibels font trembler une foule joyeuse. Passé d’évidents clichés, il faut bien reconnaître que « Take All You Can », sixième album du groupe, rassemble tout ça, et pour un peu, on entendrait même le bruit des vagues.
Si les oreilles de notre bon Ozzy ont dû siffler pour la première fois en 2008 à la sortie de « Sunlight », un large sourire s’est certainement figé depuis. En effet, le rapprochement entre le Prince des Ténèbres et le chanteur et guitariste TR Morton est facile et surtout crève les oreilles ! Au-delà de la filialité vocale entre les deux frontmen, FREEDOM HAWK a le bon goût de faire le lien entre plusieurs registres avec une grande et étonnante fluidité.
En enregistrant eux-mêmes « Take All You Can », les Américains réussissent à nous plonger dans une ambiance très 70’s et 80’s entre Hard Rock, Heavy Metal et des envolées guitaristiques bluesy envoûtantes. Le proto-Metal bluesy de FREEDOM HAWK est savoureux et intemporel à la fois et semble sortir tout droit d’un univers parallèle (« Age Of The Idiot », « We All Need Rock’n’Roll », « Skies So Blue », « Desert Song » et le morceau-titre). Vibratoire et positif.