Toujours audacieux et musclé, le Metal Progressif de THRESHOLD prend de l’âge, mais ne vieillit pas. Avec des musiciens au sommet de leur art, le quintet montre une force hors du commun où la puissance côtoie l’émotion dans une symbiose mélodique et technique imparables. Les Anglais frappent fort avec ce très bon « Dividing Lines ».
THRESHOLD
« Dividing Lines »
(Nuclear Blast Records)
Malgré quatre décennies d’efforts et de très bons albums, THRESHOLD n’a jamais atteint une plus grande notoriété, alors qu’il a toujours bénéficié d’un important succès d’estime. Talentueux et créatifs, les Britanniques ne baissent pourtant pas les bras et « Dividing Lines » vient confirmer sa grande capacité à se renouveler, sans jamais tomber dans la facilité.
L’un des atouts incontestables du quintet est sans aucun doute le retour de son ancien chanteur, Glynn Morgan, présent depuis le précédent opus « Legends Of The Shires » (2017). Mieux, THRESHOLD semble avoir repris du poil de la bête, tant cette douzième réalisation est d’une vigueur et d’une vivacité présentes sur dix titres aussi puissants que mélodiques.
Dès « Haunted », le groupe se montre solide et plus sombre, la faute sans doute à une époque et un monde en plein doute. Mais THRESHOLD en tire le meilleur et met parfaitement en avant des solos de guitares lumineux et des parties de claviers très inspirées (« Let It Burn », « The Domino Effect », « Run », « Defence Condition »). Très costaud !
Toujours aussi souriante et pleine d’énergie, GAËLLE BUSWEL n’a pas levé le pied ces derniers mois et enchaîne concert sur concert avec son groupe. Forte d’un album très bien accueilli dès sa sortie en mars de l’année dernière, la chanteuse, guitariste et compositrice semble plus épanouie que jamais. Un an et demi après la sortie de « Your Journey », l’occasion était belle de prendre de ses nouvelles entre deux dates. Entretien.
– Notre dernière interview date de mars 2021, une semaine avant la sortie la sortie de « Your Journey » et en plein confinement. Il y avait de la frustration bien sûr, mais on te sentait aussi pleine d’énergie. Comment s’est faite la reprise des concerts et quel accueil l’album a-t-il reçu sur scène ? J’imagine que cela a du être explosif…
Ah, c’était génial que ça reparte, même si c’était très étrange au début. Les gens n’osaient pas encore ressortir, mais cela nous a permis de renouer avec la scène, de faire sonner nos amplis et de revoir notre public. La sortie de « Your Journey » a été vraiment superbe, il a reçu un superbe accueil de la presse et nos fans l’ont adoré. Je pense qu’il est sorti au bon moment pour rebooster le moral des gens… et le nôtre également ! J
– Au moment de la sortie, il y avait déjà beaucoup de choses de calées. Est-ce que les dates ont pu être reportées normalement et d’autres peut-être même ajoutées ?
Tout a été chamboulé ! Toutes les dates à l’étranger ont été reportées à l’année d’après et certaines autres tombaient du jour au lendemain. Même notre concert de sortie d’album a du être différé. Ca a été une nouvelle façon de s’organiser mais nous nous sommes adaptés et puis, nous n’avions pas vraiment le choix.
– Est-ce que pendant ce repos forcé, vous en avez profité pour réarranger certains nouveaux titres et peut-être aussi répéter et retravailler des plus anciens pour les inclure aux setlists ?
Cette période n’a pas été de tout repos, car nous avions chacun des engagements familiaux à gérer comme l’école à la maison pour certains. C’était très frustrant de ne pas pouvoir faire autant de musique que d’habitude, mais cela nous a permis de sortir un double album et d’offrir plus de musique aux gens. Au départ, notre album était déjà prêt en mars 2020, mais j’avoue que pendant cette année-là, ça m’a permis vraiment de l’apprécier en le rebossant à la maison avant sa sortie. Souvent, on enregistre, l’album sort et on part en tournée. Ensuite une fois sur scène, les chansons ne nous appartiennent plus, les gens se les approprient suivant leur ressenti et leur histoire. Là, nous avions un album prêt depuis un an.
– Pour t’avoir suivi sur les réseaux sociaux durant ces mois de reprise, j’ai pu voir qu’il règne une très belle ambiance au sein du groupe. Ce début de tournée m’a paru très spécial et particulier avec beaucoup de joie et une très belle dynamique. Qu’est-ce qui a été le plus excitant : retrouver le public ou présenter enfin le nouvel album ?
J’avoue que j’adore mon équipe, c’est ma famille. Se retrouver sur scène pour ce qu’on aime faire, c’était génial, car la musique se partage en live, pas derrière un écran. Et nous avons pu retrouver cette symbiose que nous avions tous ensemble et revoir le public nous a fait le plus grand bien également. C’est pour ça qu’on aime tant ce métier, c’est pour ce que ça dégage, ce moment unique qui se suspend à chaque concert, cette énergie qui se dégage du public et ce qu’on partage tous ensemble.
– Les mois suivants, ça a été le début des festivals. Là aussi, beaucoup d’émotions, j’imagine, face à des foules plus importantes et un enthousiasme décuplé. De quelle manière as-tu abordé ces ‘grands rendez-vous’ ?
Nous étions un peu perdus, les scènes paraissaient immenses et on ne savait plus trop comment parler aux gens sans aborder ce sujet de confinement. J’étais surexcitée que ça reparte et en même temps un peu stressée. Est-ce que ma voix allait tenir après un an au calme ? Car bosser à la maison et en live ne demande pas du tout la même énergie. Est-ce que les gens seront toujours là ? Et les voir masqués crée, mine de rien, une distance. C’était très mitigé ! (Rires) Mais nous avons vite repris goût à tout ça ! J
Et cette année est repartie sur les chapeaux de roues ! Quel bonheur de se dire dans un coin de la tête, « allez, oublions ce qui s’est passé et vivons l’instant présent pour continuer d’avancer ». Il y a eu des moments grandioses comme les retrouvailles avec tous les groupes que nous croisons sur les routes, les artistes étrangers, les fans… Ca fait vraiment du bien !
– Début septembre, il y aussi eu cette date au Kazakhstan, après la Roumanie. Comment cela s’est-il passé ? Cela doit avoir une saveur très particulière de se produire devant un public qui ne te connait pas forcément ?
Oui, c’était fabuleux. On ne savait pas du tout à quoi s’attendre, car nous sommes vraiment inconnus là-bas et c’était une belle surprise. Nous avons reçu un superbe accueil et rencontré beaucoup de gens qui apprenaient le français, et du coup l’échange était magique. C’est un sacré challenge de monter sur scène et de se dire que 100% des gens qui sont en face n’ont jamais entendu ta musique. C’est une première rencontre ! J
– Au-delà de la tournée, il y a également eu de magnifiques premières parties. Zucchero, Mavis Staples, Ana Popovic, George Thorogood, Kiefer Sutherland, Foreigner, Blue Öyster Cult… C’est une année splendide ! Ca valait bien un petit confinement finalement, non ?
J’avoue que cette année été parfaite. C’était de sublimes rencontres avec ces artistes et leur public. Ca motive tellement de rencontrer certaines légendes et de partager un moment de musique avec eux.
– Sans te demander avec qui tu as eu le plus de plaisir à partager la scène… Quoique ! Quel public t’a le plus surpris et le plus ému, car les gens viennent surtout pour la tête d’affiche ?
Ah, je me souviendrai toujours de notre première partie de Jonny Lang à la Cigale et celle de ZZ Top au Zénith de Nancy, car à la fin le public nous a fait une standing-ovation. Ca nous a mis les poils !
– Enfin, je sais que les concerts continuent encore, et tant mieux !, mais est-ce que tu penses déjà au prochain album ? Tu as quelques morceaux de côté, ou quelques mélodies ou des textes dans un coin de la tête ?
Ah oui ! On pense déjà à la suite !!! C’est reparti et plus rien ne nous arrêtera ! J
Le dernier album de GAËLLE BUSWEL, « Your Journey », est toujours disponible chez Verycords.
Presque méditatif et d’une rare sensibilité, SOEN se présente avec « Atlantis », une nouvelle réalisation live enregistrée dans le légendaire studio du même nom dans la capitale suédoise. Accompagné de musiciens classiques, les morceaux issus de la discographie du groupe prennent ici une dimension et un relief d’une grande profondeur.
SOEN
« Atlantis »
(Silver Lining Music)
En dix ans de carrière, les Suédois n’ont eu de cesse de surprendre et surtout de sublimer leur Metal Progressif. Après cinq opus d’une égale intensité, SOEN se renouvelle à nouveau avec « Atlantis », du nom du mythique Studio Atlantis Grammofon, situé à Stockhölm. Cet ancien cinéma a vu passer de grands noms, c’est pourquoi le quintet a tenu à y enregistrer un disque très spécial.
Capté le 10 décembre 2021 (il sort aussi en DVD), « Atlantis » se présente sous la forme d’un concert de 80 minutes particulièrement immersif et, bien sûr, sans public vu le lieu. A travers 13 morceaux, SOEN parcourt ses albums en revisitant leurs titres les plus emblématiques accompagné d’un orchestre classique pour encore plus d’élégance. Et le résultat est plus que convaincant, il est captivant.
C’est donc entouré de huit musiciens, dont deux chanteuses, que le groupe fondé par le batteur Martin Lopez livre des versions d’une rare beauté de « Monarch », « Lucidity », « Antagonist » ou « Jinn ». SOEN rayonne littéralement et parvient même à donner de la grâce à « Snuff » de Slipknot, un sacré défi. Au chant, Joel Ekelöf est étincelant et la grande technicité des Scandinaves fait le reste. Majestueux !
Résolument moderne, addictive et puissante, cette huitième réalisation de DISTURBED vient assoir un peu plus sa place prédominante sur la scène Metal d’outre-Atlantique. Agressif et pourtant expert en morceaux entêtants, le quatuor est toujours aussi affûté et rentre-dedans. Très resserré, pour ne pas dire formaté, « Divisive » est un modèle du genre, de ceux qui restent en tête un long moment.
DISTURBED
« Divisive »
(Reprise Records/Warner Music)
Souvent traité de vendu par ses détracteurs, DISTURBED est au Metal ce qu’est Nickelback au Rock : le groupe que l’on adore ou que l’on adore détester… surtout depuis que les réseaux sociaux ont élevé la pratique au rang de sport international de masse. Bref, le quatuor de l’Illinois livre son huitième album, quatre ans après « Evolution », et s’il est sans surprise, il n’en demeure moins vivifiant et fédérateur.
Toujours aussi polarisant, l’Alternative Metal de DISTURBED ne manque ni de percussion, ni de refrains accrocheurs. Derrière cette impression de déjà-vu, le groupe de David Draiman reste d’une efficacité redoutable et rien n’est laissé au hasard. Comme d’habitude, « Divisive » est très, très produit et le maître à l’œuvre, Drew Fulk, en a fait un album au packaging sonore très marketé (« Hey You », « Unstoppable »).
La rythmique est implacable, le chant féroce et les riffs acérés : la recette gagnante du gang de Chicago depuis ses débuts reste la même (« Bad Man », « Love To Hate », « Won’t Back Down »). Et sur la power ballade « Don’t Tell Me », Ann Wilson de Heart vient poser un peu de douceur et DISTURBED se prête au jeu pour un peu de diversité. Ne nous y trompons pas, les Américains proposent, sans prendre le moindre risque, un bon album, lourd et mélodique.
Toujours aussi ‘feel good’, NICKELBACK vient poser une dizième pierre à son édifice discographique avec la même volonté, la même ambition et cette même production survitaminée qui a porté les Canadiens au panthéon des groupes de Rock très présentables. Et s’ils n’ont pas inventé la poudre, ils savent toujours y mettre le feu. Ainsi, « Get Rollin’ », emprunt d’une certaine nostalgie, ne déroge pas à la règle.
NICKELBACK
« Get Rollin’ »
(BMG)
Il vous reste bien quelques gouttes de bile, quelques crachats d’un venin malfaisant ou quelques adjectifs hautement lettrés, non ? Parce que ce dixième album de NICKELBACK se doit d’être accueilli comme les autres. Rarement sur la brèche et toujours à l’équilibre, le quatuor canadien ne dévie pas d’un iota sa route et reste d’une incroyable fidélité à son Alternative Rock très formaté, entêtant et terriblement efficace. Car oui, et n’en déplaise aux pointilleux métalleux, on parle bien ici de Rock et pas d’autre chose.
Evoluant sous le même line-up depuis près de 18 ans, NICKELBACK a soigneusement élaboré un style et un son immédiatement identifiables et c’est d’ailleurs sûrement ce qui fait sa particularité. Et lorsque, comme moi, on apprécie la musique du groupe, on a la chance d’être rarement déçu. En effet, « Get Rollin’ » s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, même s’il donne un peu plus dans la facilité que « Feed The Machine ». Les mêmes ingrédients, mais en moins épicé, en somme.
Une fois encore, Mike Kroeger (basse) et Daniel Adair (batterie) bétonnent la rythmique de manière méthodique, tandis que les riffs et les rares solos de Ryan Peake délivrent des mélodies que la guitare et la voix rocailleuse de Chad Kroeger enveloppent avec chaleur et précision. Fougueux et percutants (« Saint Quentin », le sudiste « High Time », « Vegas Bomb », « Skinny Little Missy ») ou carrément sirupeux (« Tidal Wave », « Horizon »), NICKELBACK n’a pas son pareil pour fédérer les masses… et ça fait du bien !
Authentique et sincère, Leather Leone a le Heavy Metal chevillé au corps et demeure son porte-voix depuis plus de trois décennies maintenant. Avec une puissance vocale intacte et une envie qui semble décupler à chaque album, la frontwoman américaine sort son troisième album en solo, « We Are The Chosen », véritable plaidoyer à ce style qu’elle incarne littéralement. Avant d’entamer les concerts, LEATHER revient sur son parcours et sur cette nouvelle réalisation. Entretien.
Photo : Rockin Ryan Richardson and Marisol Richardson
– Notre première et unique interview date de 1989 pour la sortie de « Shock Waves » et pour avoir suivi ta carrière, ce qui m’étonne le plus, c’est que ta voix n’a pas changé. Comment fais-tu pour conserver une telle puissance et une telle énergie ?
Merci beaucoup. C’est une sorte de force primale qui me traverse quand j’entends une guitare électrique ! Sinon, je fais du cardio, je bois des quantités incroyables d’eau, je travaille ma voix (parfois) pendant 30 à 40 minutes avec un bon volume sonore et j’essaie bien de dormir. Mais c’est vrai que c’est une bénédiction de posséder une telle puissance.
– A cette époque-là, tu chantais dans Chastain avec David, avec qui tu as sorti de très bons albums comme « The 7th Of Never » ou « The Voice Of The Cult ». Et après « For Those Who Dare », tu as fait un long break de 20 ans. Pour quelles raisons as-tu quitté la scène à ce moment-là et pendant si longtemps ?
Je voulais que le groupe développe un Metal plus agressif. Mais je n’ai pas eu beaucoup de chance, car personne n’était intéressé par ce nouveau projet. Comme je ne suis pas du genre à faire des compromis, pour quelque raison que ce soit, je suis partie. Cependant, je suis fière de la marque que j’ai laissée avec Chastain. Cela n’a pas vraiment été un gros problème, et puis le temps s’est écoulé. Au final, je voulais prendre six mois de congés, et puis…
– Ensuite, tu es revenue toujours au sein de Chastain pour deux albums avant de sortir « Leather II » il y a cinq ans. A quel moment, as-tu ressenti le besoin de continuer en solo, ou en tout cas avec un autre groupe et sous ton nom ?
C’est juste parce que j’ai encore pas mal de choses à dire. Et je voulais écrire mes propres chansons, faire mon propre truc. Je n’avais jamais réalisé à quel point je ressentais cela jusqu’à ce que l’opportunité se présente. J’ai rencontré Vinnie Tex et le chemin s’est ouvert à moi. On écrit bien ensemble, il me comprend musicalement. Et je suis très excitée sur ce que nous réserve l’avenir.
Photo : Rockin Ryan Richardson and Marisol Richardson
– Te voici de retour avec « We Are The Chosen », dont le titre est lourd de sens. On y décèle beaucoup de motivation et de persévérance. On a le sentiment que tu as du faire face à de nombreux obstacles pour parvenir à tes fins. C’est le cas ?
Oui, comme tout le monde, je pense… La vie est un voyage permanent où on essaie d’aller quelque part… Beaucoup de situations ont changé pour moi musicalement en 2019. J’ai juste pris une profonde respiration et j’ai avancé. J’avais déjà tout ça en tête depuis un certain temps. Ca a été un vrai soulagement de pouvoir l’exprimer à travers le Metal. Et je savais que tout le monde me comprendrait : « Nous sommes les élus » !
– Parlons des musiciens qui t’accompagnent et notamment du Brésilien Vinnie Tex avec qui tu as travaillé en étroite collaboration sur l’album. Comment vous êtes-vous rencontrés et quel a été le déclic de cette complicité qui paraît si évidente ?
J’ai rencontré Vinnie en 2016 lors d’une tournée en Amérique du Sud avec Rob Rock. Nous sommes devenus amis. Finalement, c’était la seule personne qui était à mes côtés. Et nous étions tous les deux un peu incertains quant à nos efforts musicaux respectifs… (Rires) Mais nous avons vite découvert que nous étions sur la même longueur d’onde artistiquement. Nous sommes deux personnes complètement différentes, mais nous nous retrouvons totalement dès qu’il s’agit de Metal. Je suis bénie !
– On sent aussi que ton amour pour le Heavy Metal est toujours intacte et très vivant même ! « We Are The Chosen » sonne très actuel et pourtant il y a ce côté intemporel que d’aucun appelle ‘Old School’. On te sent presqu’imperméable aux modes d’ailleurs. Est-ce que tu gardes un œil sur ce qui se fait de nouveau en matière de Metal, et pas uniquement de Heavy ?
Oui, un peu. Je suis une grande fan de Metal extrême. Ma playlist Spotify est composée d’Arch Enemy, Jinjer, Lamb of God, Spiritbox et bien sûr Dio !! L’agressivité du Metal d’aujourd’hui est tout simplement fantastique… Elle me nourrit énormément.
Photo : Rockin Ryan Richardson and Marisol Richardson
– Ce troisième album contient des morceaux très forts et très caractéristiques de ton style et aussi de ta carrière comme « We Take Back Control », « Who Rules The World » ou « Off With Your Heart ». On a presque l’impression que « We Are The Chosen » est une ode au Heavy Metal originel et à sa vitalité malgré les années qui passent…
Merci beaucoup. C’est ce que je fais depuis toujours. En fait, je n’ai jamais entrepris d’écrire de la musique de telle ou telle manière… C’est juste ce que je suis. Et je le fais fièrement.
– Il y a aussi « Hallowed Ground » qui est dédié au grand Ronnie James Dio, qui est une influence majeure chez toi et que tu as croisé à de nombreuses reprises. Ca t’a paru une évidence de lui consacrer un morceau ?
Oui, et c’est toujours le cas. Quand j’ai l’opportunité de créer, il est là avec moi. Son influence sur moi est stupéfiante, c’est vrai. La moindre des choses que je puisse faire, c’est du Metal pour lui, pour lui dire merci.
Vinnie Tex
– Pour parler de la production de l’album, comment une chanteuse américaine et un guitariste brésilien se retrouvent-ils en Pologne pour enregistrer un disque ? C’est quelque chose de peu banal…
J’ai donc rencontré Vinnie en 2016 sur la tournée de Rob Rock avec qui il jouait. Et nous avons fini par faire « II » ensemble. A ce moment-là, on était sur la route, près de la Pologne, et on a décidé de refaire quelques pistes vocales sur l’album. Vinnie était en relation avec les studios Hertz, puisqu’il a une grande expérience du Metal extrême. Ils m’ont invité et l’expérience a été exceptionnelle. Le Metal est imprégné jusque dans les murs du studio, grâce à des groupes comme Behemoth, Vador, Hate… Il y avait un réel sentiment de créativité et de détente, et c’est exactement ce dont j’avais besoin et aussi de faire partie d’une telle équipe.
– J’aimerais que tu nous dises un mot sur la pochette de « We Are The Chosen », qui est signée Marcelo Vasco qui a aussi travaillé pour Slayer, Kreator et Testament. Là aussi, tu avais le désir de perpétuer une certaine tradition ?
J’aime les icônes et l’imagerie du Metal extrême. Ma vie musicale à ce moment-là était si chaotique que c’était exactement ce qu’il me convenait. Et puis, c’est un ami de Vinnie. Je lui ai envoyé la photo et je lui ai demandé s’il pouvait essayer de créer quelque chose de légèrement démoniaque, un peu dérangé… et il a réussi ! Je suis tellement fière de l’avoir maintenant dans mon équipe !
– Enfin, on sent une grande fraîcheur sur ce nouvel album et beaucoup d’envie surtout. Il dégage beaucoup de force comme si tu nourrissais ces morceaux depuis un long moment, malgré leur spontanéité. Tu dois être vraiment impatiente d’aller le défendre sur scène, j’imagine…
Oh oui ! C’est mon objectif principal… Tourner, tourner, tourner ! D’ailleurs, je vous invite à me suivre sur les réseaux sociaux, je les actualise au fur et à mesure que les dates s’ajoutent. Et encore un immense merci à vous tous pour votre soutien à « We Are The Chosen » !
L’album de LEATHER, « We Are The Chosen », sera disponible le 25 novembre chez Steamhammer/SPV.
Sinistre, théâtral ou hargneux, le Doom de CANDLEMASS agit toujours comme par magie et comme au premier, où ses fondations prenaient forme sur un « Epicus Doomicus Metallicus » devenue la référence du genre. Et c’est justement sur leurs racines que se sont penchés les Suédois usant de la force et de la précision qui ont forgé leur légende.
CANDLEMASS
« Sweet Evil Sun »
(Napalm Records)
En phase de boucler leur quatrième décennie d’existence, les Suédois continuent sur leur lancée et c’est sous le line-up établi en 1987 qu’ils présentent le massif « Sweet Evil Sun », leur treizième album studio. Grand architecte du Doom, CANDLEMASS n’est toujours pas à bout de souffle et il faut reconnaître que le retour de son chanteur Johan Längquist depuis l’opus précédent fait beaucoup de bien.
Sans surprise mais toujours aussi imposant, le Doom des Scandinaves libère de multiples atmosphères très prenantes et d’une lourdeur écrasante. Grâce à la production très organique de Marcus Jidell (guitariste d’Avatarium, groupe créé par Leif Edling), « Sweet Evil Sun » fait trembler les murs tout en évoluant dans les brumes épaisses du Heavy Metal tellement identifiable de CANDLEMASS.
Toujours guidé par son leader, fondateur et bassiste Edling, le quintet peut compter sur la frappe et le groove de Jan Lindh (batterie). Cependant, c’est le travail effectué sur les guitares qui transcende ces nouveaux titres. Les riffs de Mats Björkman combinés aux solos sauvages de Lars Johansson donnent ce relief si particulier à CANDLEMASS depuis 38 ans maintenant.
Quant à « Sweet Evil Sun », il nous ramène en partie aux premières heures du groupe. Dès « Wizard Of The Vortex », la puissance se fait sentir tout comme sur le morceau-titre. CANDLMEMASS délivre majestueusement son Doom épique sur « Scandinavian Gods » et sur « When Death Sighs », où la chanteuse Jennie-Ann Smith d’Avatarium méritait bien plus que quelques mots sur le refrain. Pas essentiel, mais solide.
Ayant quitté leur Georgie natale pour Nashville, Tennessee, Megan et Rebecca Lovell se sont aussi imprégnées d’une couleur Country, qui colle à merveille à leur Blues Rock de plus en plus Southern. Et avec « Blood Harmony », les Américaines réussissent un tour de force remarquable en combinant des riffs costauds et de belles harmonies vocales avec une lap-steel aérienne et brûlante.
LARKIN POE
« Blood Harmony »
(Tricki-Woo Records)
2020 avait été une année chargée pour les sœurs Lovell avec la sortie du très bon « Self Made Man » et de leur album de reprises « Kindred Spirits ». Non contentes d’avoir retrouvé le chemin des concerts, Rebecca et Megan en profitent pour livrer un nouvel album où leur talent éclate plus que jamais au grand jour. LARKIN POE a pris en effet du volume, affiche beaucoup d’assurance et conforte une réelle identité musicale.
Chez certains groupes, le fameux ‘album de la maturité’ arrive plus ou moins rapidement. Ainsi, « Blood Harmony » surgit un peu tardivement, puisqu’il est le sixième opus du duo et il est de loin le plus abouti et le plus inspiré. Kevin McGowan (batterie) et Tarka Layman (basse) offrent un groove constant aux compositions très féminines, sans être mielleuses, et surtout très Southern de LARKIN POE.
Enregistré dans le home-studio de Rebecca et Tyler Bryant (son mari et guitariste-chanteur de son groupe The Shakedown) et co-produit ensemble, « Blood Harmony » montre les sœurs au sommet de leur art avec un chant clair et puissant et la lap-steel de Megan plus chaleureuse et charmeuse que jamais. Entre Blues, Pop, Rock et des résonnances Country, LARKIN POE affiche enfin son appartenance sudiste (quel accent !).
Afin d’attiser l’engouement et de rassasier ses fans, le groupe a laissé s’échapper quatre singles ces dernières semaines et on peut dire que le choix a été plutôt judicieux et annonciateur de très bonnes choses (« Bad Spell, « Blood Harmony », « Georgia Off My Mind » et « Strike Gold »). Fiévreux, sensuel, touchant ou pied au plancher, LARKIN POE sait tout faire et le montre de la plus belle des manières. Addictif et exaltant !
Affichant une belle puissance et des morceaux costauds et véloces, RISING STEEL sort un troisième album dans lequel le groupe peaufine son Crossover Heavy, teinté d’éléments Thrash et Speed Metal. En s’éloignant ainsi du son de la MWOBHM, mais on conservant sa structure et ses codes, les Rhodaniens s’inscrivent dans une modernité flagrante en dépoussiérant quelques peu leur registre pour le rendre plus hargneux et massif.
RISING STEEL
« Beyond The Gates Of Hell »
(Frontiers Music)
Depuis son premier EP en 2015 (« Warlord »), RISING STEEL poursuit son chemin avec une régularité remarquable, tant dans le rythme de ses productions que dans leur qualité. Et il faut reconnaître que les Grenoblois affinent leur style depuis quelques années aujourd’hui et le Heavy Metal du combo se précise au fil des albums. Ancré dans un Heavy Metal Old School, qui vaut surtout par les caractéristiques de la voix de son frontman Emmanuelson, d’autres particularités se font plus présentes.
Sans tomber franchement dans un registre Thrash, les guitares notamment ne sont pas sans rappeler dans leurs riffs celles qui firent les belles années de la Bay Area. Cependant, la comparaison est plutôt sonore car, musicalement, on se rapproche nettement plus d’un Speed Metal plus européen. Bref, ce qui importe ici, c’est que RISING STEEL se forge une identité musicale très identifiable, qui vient probablement aussi des nombreuses tournées aux côtés de cadors du genre ces dernières années.
Mais revenons à « Beyond The Gates Of Hell », troisième opus des Français, qui ne manque ni de vigueur, ni d’inspiration. Direct tout en restant mélodique, la maturité affichée sert des morceaux solides et racés. RISING STEEL ne lève pas le pied un seul instant et assène un Metal aux variations très maîtrisées (« Life Awaits », « Infinite Pain », « Skullcrusher », « Beast », et le très bon « We Are Free » qui vient clore l’album). Enregistré chez lui et mixé en Suède, cette nouvelle réalisation marque une assise indiscutable.
D’une grande finesse dans la composition comme dans la technicité à l’œuvre tout au long de « Unorthodox », DOOMOCRACY livre son album le plus abouti à ce jour. Très travaillé, le Doom Metal des Grecs se montre d’une grande modernité, sans pour autant renier des influences majeures, perceptibles, mais discrètes. Avec ce troisième opus, le combo impose une belle et soignée dramaturgie, parfaitement mise en valeur par une très bonne production.
DOOMOCRACY
« Unorthodox »
(No Remorse Records)
C’est sous le soleil de Crète que DOOMOCRACY a vu le jour en 2011, offrant un regard neuf sur le Doom Metal. Moderne et Heavy, le quintet trouve sa place entre Candlemass et King Diamond avec un côté véloce et technique. Après deux albums salués et reconnus (« The End Is Written » – 2014 et « « Visions & Creatures Of Imagination » – 2017), les Grecs montent encore d’un cran, grâce à un jeu puissant et précis et des atmosphères raffinées.
Axé sur le thème de la persécution religieuse au XVIème siècle, l’album-concept de DOOMOCRACY révèle un talent d’écriture évident basé sur une belle maîtrise du contexte et une interprétation irréprochable. Ténébreux et épique, « Unorthodox » s’articule sur un Heavy Metal traditionnel très Doom, forcément, avec aussi quelques sonorités progressives servant de tremplin à une avalanche de riffs solides et acérés.
Ce troisième opus dévoile des titres imparables (« Eternally Lost », « The Spiritualist », « Our Will Be Done »). DOOMOCRACY se fait aussi plaisir sur le dernier morceau, « Catharsis », où Mike Wead (King Diamond, Mercyful Fate, Memento Mori) livre un solo époustouflant. Et on notera aussi la présence sur quatre titres de Miguel Robaina (ex-Memento Mori) aux claviers et à la flûte sur ce même titre. Une valeur sûre.