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International Psych Stoner/Desert

High Desert Queen : Texas Desert Rock [Interview]

Avec un premier album de cette trempe, HIGH DESERT QUEEN frappe déjà très fort. Son Stoner Rock très Southern sonne à la fois très brut et les arrangements particulièrement soignés font la différence. Les Texans montrent autant de force que de finesse sur ce premier album plein d’émotion et de puissance. Ryan Garney, chanteur et guitariste, nous parle du quatuor, de sa création jusqu’à l’enregistrement de « Secrets of the Black Moon ».

– Quand, après deux ans d’existence, on déboule avec un premier album de cette qualité, c’est qu’on possède tout de même une sérieuse expérience. Quel est votre parcours à tous les quatre ?

Nous avons tous participé à d’autres projets auparavant, ce qui aide bien sûr. Mais nous avons eu beaucoup de chance de bien nous entendre très vite musicalement. Nous sommes allés en studio après environ six répétitions et après n’avoir été ensemble que quelques mois. L’album a été terminé il y a déjà plus d’un an, mais en raison de la pandémie, il ne sort que maintenant. Et encore aujourd’hui, nous grandissons toujours et nous apprenons à jouer les uns avec les autres.

– Peu de temps après votre formation, vous avez suffisamment de matière pour un album complet. Et vous vous rendez chez vous, à Austin, dans les studios Red Nova Ranch avec le producteur Jeff Henson aux manettes. L’histoire commence plutôt bien. Comment s’est déroulé l’enregistrement et que vous a-t-il apporté ?

En fait, nous avions commencé dans un autre studio, mais après l’enregistrement de la batterie, le monde s’est arrêté. Nous avons dû attendre huit mois avant de pouvoir changer de studio, et nous n’aurions pas pu être plus heureux que d’enregistrer avec Jeff Henson. Il nous avait été fortement recommandé et il a fait un excellent travail. Il a de très bonnes idées et c’est un grand producteur.

– Ensuite, c’est le Suédois Karl Daniel Lidén du studio Gröndhal qui s’est chargé du mix et du mastering avec un résultat incroyable. Vous lui avez laissé carte blanche, ou au contraire un cahier des charges bien précis ?

Nous avons été ravis de pouvoir travailler avec Lidén. Nous admirons depuis longtemps son travail avec des groupes comme Lowrider, Greenleaf, Dozer et Domkraft. Je lui ai envoyé de la musique pour voir s’il aimerait travailler avec nous et il m’a rapidement répondu qu’il était d’accord. Nous lui avons simplement dit les choses que nous recherchions, et ensuite il a eu carte blanche. Nous sommes vraiment très satisfaits du résultat. Il nous a fait sonner exactement comme nous le voulions, ce qui n’est pas toujours un exercice facile à faire.

– Juste après, vous tapez dans l’œil de Blasko, bassiste d’Ozzy et récemment arrivé chez Ripple Music pour justement dénicher de nouvelles pépites. Et il ne tarde pas à vous signer. Décidemment, les astres semblent alignés !

Nous ne savons pas comment tout ça s’est passé, mais nous sommes simplement heureux que cela se soit produit ! Nous avons beaucoup de chance et nous ne nous posons pas trop de questions. Nous sommes juste reconnaissants et on essaie de continuer à avancer.

– Vous deviez sortir l’album en juin dernier sous le titre « Bury The Queen ». Si on comprend le report de la sortie, pourquoi avez-vous changé de titre pour « Secrets Of The Black Moon ». C’est sur les conseils des Blasko, ou c’est de votre propre initiative ?

C’est un conseil de Blasko. Nous sommes ravis de travailler avec lui, car il a de très bonnes idées. Il a souligné et insisté sur l’importance de faire une très bonne première impression jusqu’au moment où nous mettions la touche finale au disque. Ce qui est ironique, c’est que le titre « Secrets of the Black Moon » est extrait d’une chanson que nous avons retirée de l’album et que nous publierons plus tard.

– Musicalement, l’album présente un bel équilibre avec une puissance affichée, un groove efficace et des moments très planants. Votre conception d’un bon Stoner, c’est d’y intégrer un peu de Doom et de Psych dans un Rock racé ? Votre jeu est d’ailleurs assez sophistiqué…

Merci ! La chose amusante à propos de ce disque, c’est que nous ne nous sommes pas souciés de ce que nous écrivions. On était plutôt préoccupé à faire des chansons que nous aimions et que nous aimerions écouter. Nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements en tant que groupe, et cet album est vraiment une découverte personnelle même pour nous. Et cela nous a aidés à voir ce qui fonctionne et ce que nous voulons faire pour aller plus loin. Nous sommes très enthousiastes !

– Ryan, ta voix est aussi un atout majeur de HIGH DESERT QUEEN. Il s’en dégage beaucoup d’émotion et une grande sincérité. Et il y aussi une grande tranquillité d’esprit. C’est dû aux thèmes abordés dans vos morceaux ?

Merci beaucoup. J’ai tendance à écrire sur les choses que nous vivons et ce que la musique elle-même me fait ressentir. Musicalement, on peut vraiment nous entendre grandir par moments. J’ai pu vraiment le percevoir, ce qui a fait que beaucoup de paroles parlent de croissance personnelle, de recherche d’un équilibre et de paix, et aussi de mettre les expériences passées derrière soi pour s’efforcer d’être toujours meilleur.

– Une autre évidence émane de votre musique, c’est votre ville d’origine : Austin. Il y a un côté Southern chez vous, qui est très présent et c’est une empreinte sonore qui apporte beaucoup de chaleur. Le Texas a quelque chose d’indélébile ?

Oui, il y a quelque chose de très fort au Texas et qu’il faut expérimenter par soi-même. Nous considérons même notre musique comme du ‘Texas Desert Rock’, car elle contient ce vécu qui est ancré en nous.

– Un dernier mot à propos de la pochette. Y aviez-vous un message à faire passer, ou juste décrire votre univers à travers un visuel qui contient quelques codes ?

Nous adorons la pochette de Solo Macello. Nous lui avons donné le thème général que nous désirions et il a créé quelque chose dont nous sommes tous tombés amoureux. Il y a beaucoup de sens cachés dans cette pochette. Mais l’art n’est pas destiné à être expliqué, c’est une question d’interprétation. Nous laissons donc à chacun la liberté de l’interpréter comme il le souhaite !

L’album « Secrets of the Black Moon » de HIGH DESERT QUEEN est disponible depuis le 15 octobre chez Ripple Music.

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Hard Rock Heavy metal

U.D.O. : façon rouleau compresseur

Imperturbable et inoxydable, Udo Dirkschneider reste un roc du Metal allemand depuis les années Accept, dont il demeure toujours la marque de fabrique et la véritable identité vocale. Avec U.D.O., le frontman poursuit l’aventure et sa carrière solo commence aussi à compter quelques classiques. Puissant et très actuel, « Game Over » s’inscrit dans la solide lignée Hard et Heavy teutonne.

U.D.O.

« Game Over »

(AFM Records)

Depuis qu’Accept n’est plus que l’ombre de lui-même, ça s’active sévèrement du côté de ses anciens membres. A commencer par son emblématique ex-leader et chanteur UDO. Et il faut croire que le Heavy Metal et le Hard Rock qu’il distille depuis des décennies lui vont plutôt bien car, à 69 ans, il reste vocalement irréprochable et ce n’est pas « Game Over », 17ème album du frontman, qui le démentira.

En plus de son fiston Sven derrière les fûts, l’Allemand peut compter plus que jamais sur ses deux guitaristes, Fabian Dee Dammers et Andrey Smirnov, dont la complémentarité est évidente et le colossal Tilen Hudrap à la basse. U.D.O. a fière allure et « Game Over », s’il fait une place de choix à son leader, se révèle être un très bon album de Heavy et de Hard Rock.

Toujours aussi robuste et dans la grande tradition germanique, le vétéran enchaine les morceaux comme autant de rounds (« Holy Invaders », « Prophecy », « Metal Never Dies »). Sur une grosse production, les riffs déferlent avec ardeur en parfait soutien et les solos ne sont pas en reste (« Midnight Stranger », « Speed Seeker », « Time Control »). Avec ténacité, U.D.O. trace sa route… pied au plancher.

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Doom Psych Stoner Metal

From The Grave : sensations sépulcrales

Il y a de l’électricité dans l’air dans le sud de l’Oklahoma et il semblerait que FROM THE GRAVE ait de nouveau été frappé par la foudre. Fort de débuts plus que prometteurs, le trio de Stoner Metal se meut avec une aisance de plus en plus manifeste dans un registre à l’ambiance Cosmic Doom, et « Indian Burial Ground » est aussi précis que massif.

FROM THE GRAVE

« Indian Burial Ground »

(Independant)

L’an dernier à la même période, FROM THE GRAVE avait piqué ma curiosité avec son EP « Around The Fire », qui annonçait avec trois très bons morceaux la sortie à suivre de « Indian Burial Ground », son deuxième album encore tout chaud. C’est donc un vrai plaisir de retrouver le trio du sud de l’Oklahoma et son Southern Stoner Metal aussi puissant que cosmique. 

En l’espace de cinq ans, FROM THE GRAVE a vraiment peaufiné son jeu pour être encore plus incisif et créatif. Après s’être aguerris sur scène aux côtés de Crobot, Texas Hippie Coalition ou Anti-Mortem, Heath Thomas (guitare, chant), Michael Smith (basse) et Dan Anderson (batterie) ont encore accentué les tonalités Psych et Doom, tout en conservant ce son Southern qui vient rappeler ses origines.

Sur une très bonne autoproduction, on retrouve en version remasterisée l’intégralité du EP (« Let Face Down », « Take Up Snakes » et « The Crucible ») à laquelle viennent s’ajouter des morceaux fulgurants mariant Stoner metal et Cosmic Doom. FROM THE GRAVE est plus original que jamais, son jeu est puissant et la qualité des arrangements montre le cap franchi (« The Visit », « Mirage », « Fire From The Sun »). Compact !

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Blues Blues Rock

Circle Of Mud : choc générationnel

Guidé par un Flo Bauer inspiré et pétillant à la guitare et au chant et composé de musiciens exceptionnels, CIRCLE OF MUD lance un beau pavé dans le monde du Blues et du Blues Rock made in France. Eponyme, ce premier album brille par sa fraîcheur, son feeling et un songwriting très efficace. Certainement le début d’une longue et belle aventure.

CIRCLE OF MUD

« Circle Of Mud »

(Dixiefrog/Pias)

Si CIRCLE OF MUD a déclaré qu’il n’était « pas facile de jouer le Blues au 21ème siècle », ce n’est pas franchement l’impression qui se dégage à l’écoute de ce premier album éponyme. En revanche, évoluer dans un registre solidement ancré dans son époque sans en renier les racines n’est pas hors de portée… en tout cas, pas pour le quatuor français techniquement intouchable.

Etre à la fois moderne et roots est donc le crédo de CIRCLE OF MUD. Et le pari est remporté haut la main dans un style direct et efficace, qui prend une ampleur supplémentaire grâce à la superbe production épurée et intense de David Husser. Dans un registre très Rock, les compositions du groupe font mouche, tout comme la reprise étonnante de « Stayin’ Alive » des frères Gibb.

A la création du groupe, on trouve le guitariste et compositeur Gino Monachello et sa lap-steel, accompagné des chevronnées Matthieu Zirn (batterie) et de Franck Bedez (basse). Et CIRCLE OF MUD brille aussi par le talent de son jeune chanteur, guitariste et compositeur Flo Bauer, qui livre une incroyable prestation pleine de feeling et d’émotion. Le Blues français est très vivant !  

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Hard-Core International Post-Metal

She Said Destroy : retour aux affaires [Interview]

Après deux albums et un dernier EP en 2012, les très prometteurs et novateurs norvégiens décident, selon les termes-mêmes du groupe, d’hiberner. Près d’une décennie plus tard, fidèle à son style si particulier et également à son label, SHE SAID DESTROY revient à la charge (c’est peu de le dire !) avec un nouvel album, « Succession », construit autour de morceaux composés en l’espace de 13 ans. Le post-Metal Hard-Core très Blackened des Scandinaves a conservé tout son volume et sa créativité. Anders Bakke, chanteur de la formation, nous en dit un peu plus.

Anders Bakke, chanteur du groupe

– On était sans nouvelle de SHE SAID DESTROY depuis « Bleeding Fiction » en 2012. J’imagine que chacun de son côté, tout le monde a continué la musique. Comment avez-vous passé ces dernières années ?

Ouais, on a mis du temps à se remettre sur les rails ! Nous n’avons jamais eu l’intention de faire une pause de huit ans, mais nous étions tous très occupés chacun avec nos propres projets, à la fois musicaux ou non. Le temps a juste passé. Pendant cette période, nous avons écrit de la musique lentement et régulièrement que nous avons mise de côté pour une utilisation future.

– Avant de parler de « Succession », je me suis rendu compte que le groupe avait presqu’autant d’années d’activité que d’inactivité. Ce n’est pas banal ! Vous vous considérez aujourd’hui comme un jeune groupe ou plutôt des vétérans au final ?

(Rires) Ouais, c’est vrai. Je suppose que nous nous considérons comme des vétérans, car nous avons été impliqués dans la musique depuis le début, même si SHE SAID DESTROY, en tant que groupe, a eu des temps d’arrêt. Cela dit, lorsque vous prenez presque 10 ans de congés dans le climat musical actuel, où les gens vous oublient dès qu’ils tournent la tête et que quelque chose d’autre apparaît dans leur fil d’actualité, vous êtes probablement considérés comme un nouveau groupe lorsque vous revenez. Surtout quand on vient de l’underground. Ce n’est pas comme si nous pouvions compter sur nos efforts passés pour que ce nouvel album fasse son chemin. Plus personne ne sait vraiment qui nous sommes ! (Rires)

– Votre nouvel album vient tout juste de sortir après huit ans de silence. Est-ce que SHE SAID DESTROY a conservé le même line-up, ou y a-t-il eu des changements de personnel ?

Les principaux membres et compositeurs, qui faisaient partie de la dernière moitié de notre période active (2006-2012) sont toujours là. C’est toujours moi, Snorre (guitare, basse, claviers – NDR) et Bjørn (Holmesland, composition et arrangements – NDR) qui formons le socle principal. Notre batteur, Sindre, fait son apparition pour la première fois sur un album de SHE SAID DESTROY, mais il a travaillé en étroite collaboration avec Snorre et Bjørn pendant plusieurs années sur d’autres projets.

L’album « Succession » de SHE SAID DESTROY est disponible depuis le 15 octobre chez Mas-Kina Recordings.

– « Succession » a été enregistré à Vilnius en Lituanie dans le studio de votre guitariste. Comment se sont passées les retrouvailles ? Il devait y avoir une grande motivation chez chacun d’entre vous, non ?

Oui, l’album a été enregistré au Ymir Audio entre janvier et février 2020. Je ne pense pas que cela ressemblait vraiment à une réunion, car nous ne jouions à aucun moment ensemble et les sessions d’enregistrement ne nous incluaient pas tous. Cet album est purement un projet de studio, où nous sommes restés en contact et avons discuté de l’avancement des sessions par mail et par téléphone. Je suis le seul à vivre encore en Norvège, donc je n’étais pas là pour les sessions d’enregistrement des instruments principaux. Mais j’avais fait la pré-production vocale moi-même avant de les rejoindre à la mi-février 2020.

Nous étions absolument motivés pour que tout soit opérationnel. Snorre et moi parlions de faire un autre album depuis plusieurs années, et en 2018/19, nous avons décidé qu’il était enfin temps. Heureusement pour nous que nous l’avons fait à ce moment-là, puisque le monde entier s’est arrêté quelques semaines seulement après les dernières sessions d’enregistrement. Je me souviens avoir vu beaucoup de masques dans les aéroports lors de mon retour en Norvège depuis la Lituanie, sans vraiment comprendre les implications de ce qui se passait.

– L’album est composé de morceaux écrits entre 2007 et 2019, et pourtant on sent une belle unité et une continuité. Vous avez retravaillé certains titres pour rendre l’ensemble plus homogène ou plus actuel, ou pas du tout ?

Les chansons sont toutes des pistes plus ou moins autonomes. Quelques unes ont été écrites dans le même intervalle et pourraient avoir une sensation similaire. Quelques autres consistent en des riffs plus anciens, qui ont été arrangées et  achevées en studio, mais il n’y a jamais eu de plan global, de corpus cohérent de travail. Nous avons même eu recours à différentes configurations de guitare et de batterie, afin de nous assurer qu’elles servent la chanson plutôt qu’elles aient un son défini, qui ne correspondrait pas à leur style.

La continuité à laquelle tu fais référence vient probablement du style d’écriture et de notre jeu. Nos personnalités transparaissent même si la musique représentée sur l’album se situe dans un éventail très large. Et en fin de compte, le mix de l’album aide également à lier le tout.

– « Succession » bénéficie également d’une très bonne production, très organique. Je crois que l’enregistrement s’est fait un peu à l’ancienne en privilégiant vraiment un son plus analogique. C’est ça ?

L’album a été enregistré numériquement, mais nous avons essayé de mettre des limites pour le rendre plus chaleureux, plus dynamique et plus analogique aussi. Par exemple, les sons de guitare sont tous basés sur des pédales d’effets et différentes combinaisons d’instruments et d’amplis au lieu d’utiliser simplement des plug-ins informatiques. Les batteries ont été enregistrées en prise directe, puis reconstituées à partir de trois prises maximum. Snorre est très doué pour travailler avec les micros et pour exploiter l’ambiance du studio. Ce sont des choses qui semblent probablement évidentes pour de nombreux anciens, mais je pense que c’est devenu moins courant de travailler comme ça. Cela prend du temps et peut vite devenir trop cher pour un groupe underground. C’est l’un des nombreux avantages d’avoir son propre studio.

– Il me semble que vous avez été très attentifs aux parties de batterie, qui sont d’ailleurs incroyables…

Merci ! Oui je suis d’accord. Il y a beaucoup de parties de batterie impressionnantes sur le disque. Nous prenons grand soin de choisir la bonne configuration pour chaque chanson et bien sûr, cela aide d’avoir un batteur extrêmement talentueux comme Sindre, qui comprend immédiatement où nous voulons aller. SHE SAID DESTROY a de la chance à ce niveau-là. Thor Henrik, qui a joué sur tous nos albums précédents, est également un batteur extrêmement talentueux. Ils sont l’épine dorsale du groupe. Lorsque vous jouez de la musique comme la nôtre, tout s’effondre si le batteur ne fait pas son travail.

– Ce troisième album s’inscrit parfaitement dans son époque et d’ailleurs beaucoup de groupes se sont engouffrés dans ce style post-Metal Blackened. Est-ce que vous vous sentez un peu précurseurs à ce niveau-là ?

Je ne veux pas prétendre que nous étions avant-gardistes à l’époque, mais incorporer ces parties atmosphériques influencées par le Black Metal dans notre musique fait partie de notre ADN depuis notre premier album. Je suis certain que de nombreux groupes l’ont fait en même temps que nous, mais ce n’est qu’au cours de la dernière décennie que c’est devenu beaucoup plus courant.

– Enfin, j’imagine qu’après huit ans, vous devez avoir une terrible envie de remonter sur scène ! Une tournée est-elle déjà prévue, ou au moins quelques dates ?

Nous ne savons pas encore s’il y aura des concerts. Après tout, nous avions décidé d’arrêter de jouer en live en 2009 et de nous concentrer sur le travail en studio. Garder une unité de groupe et caler des dates avait commencé à devenir un casse-tête à l’époque. Mais après dix ans, je dois admettre que j’ai envie de revenir sur scène avec SHE SAID DESTROY. Ces nouvelles chansons passeraient vraiment très bien en live. Cependant, il y a quelques défis à relever pour que ça tienne la route. Nous dépendons aussi de musiciens de studio pour pouvoir jouer en live, car seuls quelques-uns d’entre nous sont intéressés par les concerts. Et nous vivons également dans différents pays, ce qui rend la préparation assez pénible. Je suppose que tout se résumera à des problèmes d’argent si des demandes commencent à arriver.

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Melodic Metal Metal Metal Progressif Power metal Symphonic Metal

[Going Faster] : Devoid / Leverage

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

DEVOID – « Lonely Eye Movement » – Frontiers Music

Quatre ans après un bon premier album, « Cup Of Tears », les Français et leur chanteur allemand Carsten ‘Lizard’ Schulz (Evidence One, Book Of Reflections) sont de retour avec ce « Lonely Eye Movement » très convaincant. Le sextet a parfaitement su réaliser la combinaison entre un Metal mélodique, des parties progressives inventives et une ambiance intemporelle très bien sentie. DEVOID offre une liaison entre Evergrey et Winger, dans laquelle le groupe a trouvé sa voie en proposant un registre original et costaud. Composé pour l’essentiel par le guitariste Shad Mae, les morceaux du combo affichent des refrains accrocheurs, sont techniquement irréprochables et restent aussi percutants que mélodiques. Fédérateur et solide, DEVOID se dévoile aussi grâce à des arrangements très soignés et s’affirme avec brio.

LEVERAGE – « Above The Beyond » – Frontiers Music

Près de 20 ans après sa formation, LEVERAGE livre son cinquième album. Après une pause de dix ans entre 2009 et 2019 et un retour avec le chanteur Kimmo Blom et le guitariste Salovaara, les Finlandais semblent avoir trouvé une nouvelle inspiration confirmée sur « Above The Beyond ». Véloce, le style du quintet s’aventure autant vers du Power Metal que du Rock mélodique pour s’inscrire dans un Heavy Rock massif et accrocheur. Très bien produit, ce nouvel opus affiche une belle puissance, grâce à sa doublette de guitaristes et une rythmique solide et très efficace. Sur près d’une heure, LEVERAGE reste toujours très mélodique et les refrains entêtants, ainsi que des claviers savamment utilisés, donnent un ensemble très personnel, bien ficelé avec un petit côté symphonique très nordique. Les Finlandais signent un bel album.

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Death Metal

Hate : impitoyable

Après le très convaincant « Auric Gates Of Veles » sorti en 2019, HARE revient déverser sa colère sur un douzième album varié et très bien produit, « Rugia ». Nar-Sil (Neolith, Embrional) fait aussi son apparition en remplacement de l’habituel batteur Pavulon, absent pour maladie. Le Death/Black Metal des Polonais claque toujours autant et sa noirceur est profonde.

HATE

« Rugia »

(Metal Blade Records)

Les Polonais de HATE déversent leur Death Metal très Black depuis trois décennies sans le lever le pied, ni défaillir. Toujours guidé par son emblématique frontman et guitariste Adam ‘The First Sinner’ Buszko, le groupe présente « Rugia », un hommage aux anciennes tribus et cultures slaves. Un douzième album sombre et décapant.

Très ésotérique, ce nouvel opus nous plonge à nouveau dans les brumes d’un Death Metal aux ambiances presque terrifiantes. HATE n’est pas là pour rigoler, même si quelques lignes mélodiques apparaissent de manière assez épisodique. Techniquement imparables, les Polonais reviennent aussi à leurs racines avec ce côté très dur qui fait leur force.

Assez épique par moment, HATE développe même des éléments atmosphériques très probants (« Velesian Guard », « Sun Of Extinction »). Mais le combo n’a rien perdu de sa férocité et elle est même d’une violence chaotique (« Resurgence », « Sacred Dnieper »). Les Polonais réussissent leur pari d’un album conceptuel rondement mené et d’une explosivité de chaque instant.

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Hard Rock Heavy metal

Alcatrazz : le feu sacré

Exit Graham Bonnet, fondateur et chanteur emblématique du groupe, et place au non moins très bon Doogie White, dont le parcours force aussi le respect. ALCATRAZZ semble presqu’immortel et livre « V », qui vaut bien que l’on s’arrête un moment. Les vétérans californiens ont toujours la pêche et le Heavy Metal chevillé au corps.

ALCATRAZZ

« V »

(Silver Lining Music)

S’il y a bien un groupe dont le parcours est chaotique et qui refuse de rendre les armes, c’est bien ALCATRAZZ. Célèbres pour avoir notamment compté dans leurs rangs Yngwie J. Malmsteen et Steve Vai, les Californiens n’ont pourtant sorti que cinq albums, dont celui-ci, ce qui fait assez peu finalement. Mais le quintet attire toujours les projecteurs, grâce à une solide réputation.

Si ALCATRAZZ joue aux montagnes russes depuis 1983, il faut lui reconnaître une certaine constance dans la qualité de ses albums. Côté line-up, il ne reste que deux membres originaux, Jimmy Waldo (claviers) et Gary Shea (basse), on retrouve Mark Benquechea (batterie) et Joe Strump (guitare) et on découvre Doogie White (Rainbow, Michael Schenker) au chant. 

Très bien produit, l’album d’ALCATRAZZ porte le titre de son cinquième opus, mais revendique aussi le V de la victoire, synonyme d’un retour aux affaires inspiré. C’est vrai que les vétérans du Heavy Metal livrent douze morceaux aussi vintage qu’intemporels, et qui devraient faire leur petit effet sur scène. Le combo reste une valeur sûre du style depuis des années.

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France Metal Fusion Metal Progressif Progressif

6:33 : une débordante énergie positive [Interview]

Il y a très peu de groupes dans l’hexagone osant braver les codes et briser les frontières des styles établis pour offrir un registre à la fois débridé et très créatif. Avant-gardiste, Fusion, Progressif, Rock et Metal, 6:33 avance sans complexe et propose un cinquième album où l’énergie très positive des morceaux nous transportent au cœur des années 80 et 90 avec enthousiasme, dextérité et sans barrière. Florent Charlet, chanteur de la formation, fait un point sur ce nouvel opus… et tombe le masque.

– Comme entrée en matière, j’aimerais que vous présentiez le groupe aux lecteurs qui ne vous connaitraient pas. On vous décrit comme un groupe de Metal Progressif, avant-gardiste et Fusion, ce qui résume assez bien 6:33, mais c’est encore ceux qui le font qui en parlent le mieux. Alors, comment vous définiriez-vous ?

C’est vrai que c’est un peu compliqué ! Et même pour un artiste en général, c’est assez difficile de définir son style. C’est plutôt aux gens de dire de ce qu’ils en pensent. Mais après avoir bien cherché, j’aime bien l’appellation de Funk Prog, dans le sens où on a une histoire à raconter et on les amène quelque part et c’est aussi très joyeux grâce à une énergie positive. Musicalement, on ne s’impose aucune limite. A la base, on fait du Metal Prog, mais nous explorons autant la Funk que le Jazz ou la musique de film, selon nos envies finalement.

– Vous sortez votre quatrième album, qui est encore bien différent des précédents. Il s’en dégage une thématique très 80’s avec un fil conducteur très cinématographique. Il est presque conçu comme une sorte d’opéra-Rock. C’était votre objectif de départ ?

Nous n’avions pas vraiment pensé à ce côté opéra-rock lorsqu’on l’a composé, mais beaucoup de gens nous disent que ça ressemble à une comédie musicale à la « Horror Picture Show ». C’est vrai qu’on voulait donner une couleur très 80’s et 90’s à l’album, parce que c’est ce qui nous a nourri depuis toujours, en fait. C’est ce qui nous a forgé en tant que musiciens et même en tant que personnes. Tout ça, on le ressort sur cet album, auquel on a vraiment eu envie de donner cette couleur-là. C’est un album-concept, c’est vrai, mais nous n’avons pas pensé à un Opéra-Rock ou à une comédie musicale. Il y a des personnages hauts en couleur, c’est vrai. Ce serait d’ailleurs mortel de monter ça comme une comédie musicale !

–  « Feary Tales For Strange Lullabies : The Dome » est également très dansant, malgré des riffs toujours aussi présents et puissants. C’est quelque chose dont on n’a assez peu l’habitude finalement. Malgré des morceaux très structurés, on a le sentiment que c’est la mélodie qui compte le plus en fin de compte avec des refrains très accrocheurs. Rester accessible est quelque chose d’important pour vous ?

Oui ! Ce qui compte c’est la chanson ! C’est très fourni, car il y a beaucoup de choses qu’on n’entend pas forcément à la première écoute. Mais on voulait quelque chose d’assez digeste et d’immédiat dans le ressenti. C’est vrai que c’est complexe, mais la mélodie doit rester en tête. Sur cet album, on a eu envie d’aller chercher le côté chanson en étant peut-être plus direct. Mais ça reste très, très complexe. Il y a beaucoup de choses improbables quand on tend bien l’oreille.

L’album de 6:33, « Feary Tales For Strange Lullabies – The Dome » est disponible depuis le 1er octobre chez 33 Degrees/Universal Music France/Wormholedeath Records.

– L’album bénéficie d’une grosse production et surtout d’arrangements très soignés, ce qui est d’autant plus remarquable que vous êtes sept dans le groupe. Comment s’est passé l’enregistrement et surtout de quelle manière avez-vous articulé la composition pour obtenir un résultat aussi complexe ?

C’est notre guitariste Nicolas (Pascal : guitares, claviers, chant et mise en scène – NDR) qui compose toute la musique jusqu’aux lignes de chant, et je pose ensuite le texte dessus. Emmanuel (Rousseau : claviers et programmation des percussions – NDR), qui n’est plus dans la formation live du groupe, a aussi travaillé sur la création de l’album. Nous avons juste travaillé avec des personnes extérieures pour le mastering. Tout le reste, nous l’avons réalisé nous-mêmes.

– Depuis des mois, nous vivons une période assez sombre pour le monde du spectacle en général. Comment est-ce qu’on fait pour composer un album qui transpire autant la bonne humeur ?

(Rires) Peut-être que c’est aussi ce qui nous permet de passer cette période ? Cela dit, la composition avait commencé avant. Je crois que nous sommes tous, dans le groupe, très joyeux et positifs. On est une bande de sales gosses qui s’adorent ! Ensuite, si tu continues de t’attarder sur ce monde de fous, tu deviens dépressif ! Alors, pour lutter contre ça, rien de mieux que 6:33 ! (Rires)

– Il y a eu aussi quelques changements de line-up avec notamment l’arrivée d’un nouveau batteur, d’un nouveau bassiste et le retour avec une présence plus importante de Bénédicte au chant. Avec un tel registre musical, c’est difficile de trouver des musiciens qui partagent comme vous un univers aussi débridé ?

Ca n’a pas été simple de trouver un batteur et un bassiste (Cédric Guillo à la batterie et Manuel Gerard à la basse – NDR). Encore une fois, on a de la chance. On était également déjà amis, puisque nous avons joué ensemble dans d’autres groupes. Au moment des auditions, car on voulait que tout le monde puisse y participer, beaucoup se sont désistés, car la musique était trop complexe. Et puis, comme tu dis, il fallait que ces musiciens soient aussi éclectiques que nous et qui aiment autant la Funk que le Metal ou la musique de film. Ca n’a pas été simple, mais au final, il n’y a eu qu’un batteur et un basiste qui sont sortis du lot. Et humainement aussi, on se connaissait et s’appréciaient déjà. Enfin, il faut aussi avoir envie de faire cette musique-là et avoir le niveau technique requis. L’ouverture d’esprit est primordiale. Nous sommes tous bienveillants les uns avec les autres, il y a beaucoup d’amour dans ce groupe. On a tous cette volonté d’aller de l’avant dans une énergie positive et que nous voulons bien sûr transmettre. Et il y a peut-être aussi cette nostalgie de livrer cette musique des années 80 et 90 avec laquelle nous avons grandi.   

– Sur ce nouvel album, vous faites le grand écart entre des styles très variés, voire opposés. Il faut être sacrément ouvert d’esprit et avoir aussi une solide culture musicale pour  entrer dans votre univers. Vous n’avez jamais eu peur de perdre des fans en route, ou d’avoir des difficultés à en séduire d’autres ?

C’est vrai, mais je pense qu’aujourd’hui comme tout est très rapide et très éphémère, nous avons eu l’envie de rendre notre musique plus accessible et plus directe. C’est vrai qu’il faut creuser, ce que nous faisons aussi nous-mêmes. Peut-être que pour le public, ça vaut aussi le coup de faire cette démarche. Notre volonté était quand même de faire quelque chose de plus immédiat et de plus facile à aborder. On affine aussi notre patte, car on se connait aussi de mieux en mieux. Peut-être qu’on maîtrise aussi beaucoup mieux toutes nos influences.

– Jusqu’à présent, vous étiez masqués. Or, vous vous en êtes débarrassés, alors qu’on commence tout juste à voir la fin de la pandémie. C’est une sorte de pied-de-nez à la situation que l’on vit ? Montrer une liberté encore plus absolue ? 

En fait, on en avait marre des masques pour plein de raisons. Tout d’abord, ça nous coupait du public. On était plus dans la performance que dans l’échange, parce qu’il se passe aussi beaucoup de choses au niveau du visage à travers les expressions. Et puis, c’est assez contraignant. Ca nous amusait, car c’était un peu comme une pièce de théâtre. Lorsqu’on entrait sur scène, on avait les masques mais pas en dehors comme lors des interviews, par exemple. On n’était pas comme Daft Punk ou Slipknot. Et avec la pandémie où tout le monde a été obligé d’être masqué, ça n’était plus drôle. C’était le bon moment pour prendre ce virage avec le changement de line-up aussi. On s’est dit que les masques avaient fait leur temps, et que c’était plus cohérent avec ce que nous avions à proposer aujourd’hui. Sur les albums précédents, on avait un peu exploré le ‘Freak Show’ en jouant aux super-heros. C’était moins en phase avec ce nouvel album, et on voulait être plus proche de notre public.

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Metal Progressif

Dream Theater : Au-delà du supportable

On en viendrait presque à bénir le temps où, confinés et privés de concerts, il n’y avait que quelques albums très aboutis qui sortaient de temps en temps. Les ‘grosses’ machines, pour ne pas perdre de sous, nous ont laissé profiter de formations plus modestes dont beaucoup ont sorti de très bonnes choses. Et donc, revoilà DREAM THEATER qui déboule sur le devant de la scène avec un quinzième album d’un Metal Progressif longuet, surfait et hyper-démonstratif. Même Malmsteen serait gêné, parait-il…

DREAM THEATER

« A View From the Top of the World »

(InsideOut Music)

Autant éliminer les rancœurs d’entrée de jeu ! Pour commencer, le groupe américain refuse toutes interviews avec les journalistes qu’il ne connait pas. Je les ai pourtant interviewé plusieurs fois, mais bon… la mémoire, tout ça ! Les omégas 3 ! Bref, et puis, il y a cette histoire de profs de maths. Je pense que les seules personnes qui les aiment sont bonnes en maths. Ça doit être pour ça que nous ne sommes pas très proches. Et donc : DREAM THEATER, les profs de maths du Metal Progressif, font leur retour !

Donc après cette petite entrée en matière, revenons à « A View From the Top of the World », dont le titre n’est d’ailleurs pas sans prétention. Sept morceaux pour plus d’heure d’un Metal Progressif, qui s’étalent et n’emballent pas. DREAM THEATER reste un groupe très (trop) technique dans lequel les cinq musiciens se font tous plaisir chacun à leur tour, sans trop se préoccuper de l’auditeur. Car ce quinzième album des Américains est une sorte de supplice pour qui aurait le courage d’aller au bout. Ce que j’ai fait… trois fois !

Alors, je ne vais pas démonter l’album juste pour le plaisir et parce que je n’aime pas les maths, ce serait trop facile. Reconnaissons tout de même que la démonstration tourne rapidement au cauchemar avec des morceaux d’une longueur extrême en pénibilité. Cet étalage de gammes en tout genre est vite redondant. Au final, avec l’apport d’un producteur compétent, DREAM THEATER aurait du faire de « A View From the Top of the World » un bon EP d’une petite demi-heure, sans nous infliger une heure de cavalcades stériles et presque gênantes. Vivement les vacances !