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Dark Gothic Heavy Blues International

DieveNoire : gothic far-west [Interview]

Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.

– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?

Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)

– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?

Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « The Crimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.

– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?

Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.

– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?

Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)

– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?

Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.

– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?

Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)

– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?

(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)

– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?

Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)

L’album de DIEVENOIRE, « The Story Of A Gunslinger », est disponible sur le Bandcamp du groupe et partout ailleurs sur le Net : https://dievenoire.bandcamp.com/album/the-story-of-a-gunslinger

Photos : Darrelle Esquitin (1, 4)

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Garage Rock Heavy Blues Stoner Blues

Quintana Dead Blues eXperience : rebell yell

Radical et percutant, ce premier album de QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE est aussi très rafraîchissant. Hyper-Rock’n’Roll et instinctif, le style des Français est pourtant nappé de Blues, ce qui lui confère une chaleur familière. Flirtant avec le Stoner Rock, « Ashes » concilie mélodie et distorsion pour obtenir une unité musicale riche en variations. Efficace, l’ensemble garde aussi une touche empirique et un charme très DIY.

QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE

« Ashes »

(Independant)

Après une longue période dans une formule en one-man-band, Piero Quintana double la mise avec l’arrivée d’Adrien Shiavone derrière les fûts. Et le duo fait des étincelles. Brut et sauvage, « Ashes » est le reflet d’une musique authentique et viscérale. Dans un esprit très Garage Rock, c’est bel et bien un Heavy Blues ravageur et tendu que livre QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE. D’ailleurs, le parallèle patronymique avec le Blues Explosion d’un certain Jon Spencer évoque quelques similitudes dans l’intention.

Enregistré en trois petits jours aux studios Silver Recordings de Bilbao sous la houlette de Martin Guevera (Capsula), « Ashes » respire la vérité du live et la complicité entre le chanteur-guitariste et son batteur est d’une incroyable spontanéité. QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE ne triche pas et va à l’essentiel avec beaucoup de liberté. Cela dit, il est loin de manquer de finesse. Elle se dissimule dans la puissance des riffs et entre les lignes des textes du Bordelais. L’identité du tandem se dévoile sans filtre dans une émotion palpable.

Propulsé par une énergie débordante, le combo présente un mur du son infranchissable. L’épaisseur des guitares et la force de frappe du cogneur en chef offrent une étonnante densité aux morceaux, à travers lesquels quelques effluves Grunge émergent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si QUINTANA DEAD BLUES EXPERIENCE se fend d’une reprise de Nirvana, « School ». Et le timbre profond et bluesy du frontman, posé sur des titres rugueux à souhait, donne aux compostions un élan très communicatif (« Spell On Me », « Wild As Fire », « Still Haunted »). Costaud !

Photo : Jessica Calvo

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Heavy Blues Rock 70's

Black Magic Tree : enchanting forest

Dans une frénésie joyeuse, BLACK MAGIC TREE présente son deuxième long format avec un enthousiasme plus que palpable. Gorgé de mélodies entêtantes et d’adrénaline, « Terra » livre autant de douceur que de rugosité dans son Heavy Rock vintage, qui navigue entre un Blues fougueux et des ambiances psychédéliques planantes. La puissance et l’atmosphère très électriques à l’œuvre sont la marque d’un groupe sûr de son propos, et surtout aussi énergique que créatif.

BLACK MAGIC TREE

« Terra »

(Majestic Mountain Records)

Issu de la scène underground berlinoise, BLACK MAGIC TREE a émergé en 2019 avec un EP, « Of Animal And Men », un an à peine après sa création. Avec « Through The Grapevine » (2021), il avait confirmé sur son premier album la volonté de marier un Classic Rock nerveux avec des influences Blues et Psych, un chemin d’ailleurs emprunté par leurs compatriotes de Kadavar d’une certaine manière. En tout cas, il y a une vraie tonalité germanique provenant de cette nouvelle vague que l’on retrouve aussi sur « Terra ».

Pour son arrivée dans son nouveau label, BLACK MAGIC TREE a investi le Big Snuff Studio de la capitale avec Richard Behrens, ingé-son de Kadavar et Elder en concert, pour l’enregistrement et le mix, le tout masterisé par Roland Wieger. « Terra » sonne donc terriblement organique, faisant ressortir l’aspect live du combo. Dans cette chaleur 70’s délicieusement nostalgique, les nouveaux morceaux prennent une dimension enivrante. Contagieux et hyper-groovy, ce deuxième effort marque une nouvelle ère pour le quintet.

La cascade de riffs se déverse dès les premières notes de « Time Parrots (Hit Me Up !) », ce qui en dit long sur l’appétit des Allemands et donne déjà la tonalité de « Terra ». En alternant un côté massif et rentre-dedans avec des titres plus légers et accrocheurs, BLACK MAGIC TREE affiche l’étendue de ses capacités, son irrévérence assumée et surtout un potentiel énorme qui lui laisse une marge franchement exponentielle (« Popcorn & Coke », « Grace », « Chasing The Light », « Summer » et le très italien « Veleno »). Renversant !

Retrouvez la chronique du premier album :

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Classic Rock Heavy Blues International

Tapeworm Electric : une profondeur intemporelle [Interview]

Très instinctif, malgré un ancrage profond dans un Classic Rock très anglais, TAPEWORM ELECTRIC sort son épingle du jeu et frappe fort avec un premier album très réussi. Le quintet hellène semble même avoir trouvé son allure de croisière et livre un Heavy Blues percutant, basculant à l’envie vers un Hard Rock brûlant. Grâce à une chanteuse dont la voix est aussi puissante qu’envoûtante, la formation athénienne sonne très live et la spontané dont elle fait preuve la rend encore plus accrocheuse. Le groupe revient sur la sortie, toute récente, de son premier opus « Moonshine ».

– A la sortie de votre premier EP, « Fire » en 2019, vous aviez déjà fait forte impression et les quatre singles sortis en 2021 et 2022 avaient confirmé votre potentiel. Vous sortez votre premier album après huit ans d’existence. L’attente est finalement assez longue. Aviez-vous besoin de certitudes sur vos morceaux et votre jeu ?

La principale raison de ce retard vient de la stabilité du line-up. Lorsque nous nous sommes sentis en confiance en tant que groupe, nous avons commencé à travailler sur la création de cet album. Pet parmi les autres raisons, on peut citer la baisse d’activité pendant la période du Covid et des difficultés personnelles que nous avons aussi pu rencontrer individuellement.

– Vous avez aussi récemment signé chez Pitch Black Records. Cela faisait-il également partie des conditions pour sortir « Moonshine », d’avoir le support d’un label ?

Oui, le soutien et les conseils d’un label, qui se soucie réellement de la musique et du groupe, ont grandement facilité la sortie de l’album. Pitch Black Records s’est chargé de toute la distribution, du pressage des CD, de la promotion, etc… Nous avons ainsi pu nous concentrer pleinement sur la création des morceaux.

– « Moonshine » est particulièrement abouti pour un premier album, grâce à des morceaux très accrocheurs et aussi une production très soignée. On a vraiment l’impression que TAPEWORM ELECTRIC est passé à la vitesse supérieure. Comment s’est passé l’enregistrement et quelles ont été vos priorités afin d’obtenir ce son si organique, chaleureux et authentique ?

C’est un grand compliment pour nous, merci beaucoup. En effet, nous avons pris le temps de présenter nos idées et nous avons gardé celles qui nous semblaient justes. Nous sommes ensuite passés à la préproduction : nous avons enregistré les morceaux, les avons écoutés et apporté quelques modifications, avant d’entrer en studio pour finaliser l’album. On privilégie toujours l’expressivité des chansons, sans en faire trop. Nous nous concentrons sur les mélodies, des performances solides et l’énergie live du groupe. Au niveau de la production audio, on a surtout cherché à conserver un son aussi naturel que possible. Sur le disque, vous entendez de la vraie batterie, de vraies guitares et il n’y a aucun traitement par IA sur les voix.

– Passé « Interlude », l’intro basée sur une slide très épurée, on pourrait s’attendre à ce que « Moonshine » tende plutôt vers le Blues et pourtant, c’est le côté Heavy Rock qui prend le dessus. Votre Classic Rock est très intemporel, même s’il sonne actuel. Est-ce que votre intention est de perpétuer cet héritage Rock et comment cela se traduit-il dans votre écriture ?

Le blues n’est-elle pas la mère de toute la musique contemporaine ? Par ailleurs, c’est vrai qu’on adore le son du Heavy Blues britannique et ensuite son évolution vers le Hard Rock. On a grandi en écoutant Led Zeppelin, Deep Purple et Uriah Heep. Ces héros nous inspirent beaucoup, mais notre écriture est spontanée. On essaie de composer pour exprimer ce qu’on ressent et créer une musique qui nous parle.

– Cela dit, il y a toujours un fond bluesy chez TAPEWORM ELECTRIC, comme s’il était un peu la base de votre musique. Le percevez-vous comme le socle de votre style, celui qui vient propulser ensuite une dimension clairement Rock et très 70’s aussi ?

Cette influence bluesy est innée, elle coule vraiment dans nos veines. Notre style repose avant tout sur nos influences, et notamment sur tous ces grands groupes de Rock des années 70 inspirés par le Blues donc, mais aussi par des formations qui vont de Fleetwood Mac à Black Sabbath.

– Pour celles et ceux qui vous suivent depuis vos débuts, il y a une grande similitude entre le morceau qui ouvrait « Fire », c’est-à-dire « Worms », et « Moonshine », qui figure sur l’album. S’en est même bluffant, c’est une sorte de signature ?

Le seul point commun entre « Worms » et « Moonshine », c’est leur intro très Blues. « Worms » est un morceau Hard Rock Shuffle qui parle de la société actuelle, tandis que « Moonshine » est une chanson d’amour aux guitares saturées. Les tempos et les structures d’accords sont également différents. Pourtant, c’est vrai qu’il existe une formule que nous avons tendance à utiliser régulièrement dans notre approche des riffs et l’architecture des morceaux. Si c’est notre signature, alors il est difficile de s’en défaire.

– L’une des choses qui frappe à l’écoute de votre musique, c’est bien sûr la puissance et la luminosité de ta voix, Argyro. D’ailleurs, c’est l’un des atouts majeurs de TAPEWORM ELECTRIC. De quelle manière qualifieriez-vous cette évolution assez incroyable entre « Fire » et « Moonshine » sur ces six dernières années ? C’est un travail constant et une plus grande confiance en soi ?

Argyro est une chanteuse et une professeure de chant exceptionnelle. A nos débuts, elle était, et elle l’est toujours, passionnée par la Soul. Elle n’avait pas l’habitude de chanter des morceaux plus Rock, mais elle avait déjà cette énergie en elle. C’est vrai qu’elle a travaillé dur sur ses performances et elle a aussi commencé à écouter aussi des musiques plus Rock. Cela dit, elle évolue constamment et elle se dépasse sans cesse et cela s’entend clairement sur l’album.

– George Kasapidis, votre bassiste, prend aussi le lead vocal sur deux morceaux : « Right Reasons » et « Turn Into Black ». Est-ce que chacun chante ses propres textes, ou il s’agit plus simplement pour apporter de la diversité ?

Tous les membres du groupe ne chantent pas leurs propres textes, mais si l’un d’entre-eux ressent le besoin de prendre le micro et de s’exprimer, il en a la possibilité. « Right Reasons » et « Turn Into Black » sont des chansons très personnelles et il semblait tout simplement naturel que ce soit George qui les interprète.

– Enfin, j’aimerais que vous me disiez un mot de « Hold On », long de sept minutes et qui possède un réel esprit jam. C’est un titre très varié avec une atmosphère qui passe de sonorités à la Black Sabbath à un chant qui rappelle Heart, et qui peut même donner quelques frissons. Vous l’avez voulu comme une sortie d’hommage, ou un instant de plaisir simple et de partage ?

« Hold On » est une chanson qui est restée dans un tiroir pendant plus de 15 ans. Elle parle de rédemption, de l’exorcisme de nos démons intérieurs et de la paix avec soi-même. En fait, il en existait déjà une très courte démo. Alors, lorsque George l’a présentée au groupe, l’idée de la retravailler nous a paru évidente. On y trouve un petit hommage aux groupes qu’on adore à travers l’intro à la batterie, les twin-guitares, les passages psychédéliques… Il y a des références directes, c’est vrai. Par ailleurs, on n’a jamais caché notre amour pour tous ces groupes, mais nous avons surtout essayé de les réinterpréter à la sauce TAPEWORM ELECTRIC.

« Moonshine », le premier album de TAPEWORM ELECTRIC, est disponible chez Pitch Black Records.

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Blues Rock Heavy Blues

The Bateleurs : éblouissant

La nouvelle sensation Heavy Blues déferle du Portugal et même si le quatuor n’en est pas à son coup d’essai, « A Light In The Darkness » devrait mettre tout le monde d’accord. Véloce, ce nouvel opus est encore plus tranchant que le précédent, et THE BATELEURS prend une nouvelle dimension. Ici, tout est plus précis et les émotions sont canalisées avec soin, tout en maintenant un solide impact. Grâce à quelques notes d’orgue Hammond savamment distillées, les guitares gagnent aussi en profondeur et le chant de Sandrine Orsini en luminosité et en relief.

THE BATELEURS

« A Light In The Darkness »

(Discos Macarras Records)

Trois ans après le très bon « The Sun In The Tenth House », qui faisait suite à son premier EP « The Imminent Fire » sorti en 2018, THE BATELEURS semble encore plus inspiré sur ce deuxième album qui le hisse parmi les meilleurs groupes de Blues Rock européen. Et de très loin ! En tout cas, « A Light In The Darkness » vient secouer le microcosme avec beaucoup de fraîcheur. La formation de Lisbonne approfondit son style, toujours paré d’un Classic Rock très contemporain qui le rend irrésistiblement Heavy et accrocheur.

Côté line-up, Ricardo Galrão prend le relais de Marco Reis à la guitare, et les Portugais ne semblent pas déstabilisés pour autant, car la fluidité est toujours au rendez-vous sur ces nouveaux titres. Et puis, THE BATELEURS peut toujours compter sur l’allant et la forte personnalité de sa chanteuse Sandrine Orsini. Son magnétisme et surtout sa puissance vocale offrent à « A Light In The Darkness » une dynamique imparable. Les riffs sont costauds, le groove haletant et le son est d’une chaleur organique saisissante.

Réalisée par les Lisboètes et mixé par leur bassiste, la production est vigoureuse et contemporaine, tout en laissant une grande place à l’authenticité inhérente au style. THE BATELEURS ravive l’esprit vintage de son registre avec force et volonté. Très Rock’n’Roll, la frontwoman guide les morceaux avec prestance et caractère, et manie les ambiances tout en feeling (« A Price For My Soul », « The Lighthouse », « Best Of Days », «  Gardens Of Babylon », et le génial « Before The Morning Is Done » et ses saveurs celtes addictives). Monumental !

Retrouvez la chronique de « The Sun in The Tenth House » :

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Blues Rock Boogie Blues Classic Rock Heavy Blues Southern Blues Rock

Cirkus Prütz : southern breath from the north

A entendre CIRKUS PRÜTZ, on se croirait dans le Sud des Etats-Unis, tant la sincérité dégagée et surtout le savoir-faire et le son de « Manifesto » ont des résonances américaines. Pourtant, direction le grand Nord et la Suède d’où est originaire le groupe. Ici aussi, on sait faire du Southern Blues Rock, d’un calibre très largement comparable. Dynamique et intense, on doit aussi cette superbe production à Peter Tägtgren (Pain, Hypocrisy) et il faut admettre que l’ensemble prend une dimension explosive. Ca chauffe, ça claque et ça fait un bien fou !

CIRKUS PRÜTZ

« Manifesto »

(Metalville)

Il a œuvré chez les Hard Rockers de W.E.T le temps de quelques albums dans les 90’s, puis avec Jeff Scott Soto où il a tenu la basse dans les années 2000 dans un registre similaire. Mais ce qui a toujours titillé le bassiste Jerry Prütz, c’est le Blues Rock, sous toutes ses coutures. Pourtant, c’est assez tardivement, en 2017, qu’il sort « All For the Boogie And The Blues » et qu’il annonce la couleur. Si certains le voient comme le pendant suédois de ZZ Top, CIRKUS PRÜTZ se présente dans un registre un peu plus musclé et les raisons sont aussi multiples qu’évidentes. Et ces quatre-là se sont franchement bien trouvés.

Tout d’abord, avec Cristian Carisson à la guitare, et dont le chant rauque n’est pas sans rappeler le regretté Danny Joe Brown de Molly Hatchet, et qui œuvre dans le groupe Stoner Rock The Quill, le quatuor s’assure une certaine rugosité. Ensuite, on y retrouve, l’ex-Electric Boys Franco Santunione à la seconde six-corde et enfin (et non des moindres !) Per Kholus à derrière les fûts, lequel a cogné chez W.E.T. également, mais aussi Spectrum, Skin And Bone et Lipstick. Ca vous pose un line-up et il ne faut pas attendre bien longtemps pour comprendre les (très bonnes) intentions de CIRKUS PRÜTZ, car l’ensemble est savoureux.

« Manifesto » est donc le quatrième album de nos ardents bluesmen, et il y a de l’électricité dans l’air. Sur un Blues Rock véloce, aux saveurs Southern, Hard Boogie et Classic Rock, la potion magique prend dès les premiers accords de « White Knuckle Blues ». Il y a une belle âme chez CIRKUS PRÜTZ, de bonnes ondes et du cœur. Intense et sans faux pas, on se délecte des twin-guitares, des solos endiablés et torrides et de ces compos au songwriting millimétré (« Handyman Boogie », « Walking In The Rain », « Pack Your Bags » et l’hypnotique « Water Into Wine », entre autres). Tellement authentique !

Photo : Kent Renker

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Blues Rock Heavy Blues

Erja Lyytinen : un Blues épiné

Suave et percutante, ERJA LYYTINEN a le don de se renouveler à chaque réalisation, comme si elle partait à la recherche d’elle-même. Avec « Smell The Roses », c’est l’efficacité qui prime. Non qu’elle ait perdu la délicatesse de son jeu, ou toutes les nuances de son chant, bien au contraire, mais la songwriter a délibérément choisi une approche plus épurée… Et que cela lui va très bien ! Entre une lumière presqu’éblouissante et la noirceur des abysses, la frontwoman s’affirme comme jamais, faisant preuve d’une maturité artistique élégante et forte.

ERJA LYYTINEN

« Smell The Roses »

(Tuohi Records)

A peine avait-elle sorti ce treizième et très électrique nouvel album qu’ERJA LYYTINEN reprenait la route pour y délivrer son Blues Rock. Il faut dire que la Finlandaise n’est jamais aussi bien que sur scène, son terrain de jeu favori, là où sa musique prend toute son ampleur. D’autant qu’avec « Smell The Roses », la musicienne a sérieusement musclé son jeu poussant son registre jusque dans des contrées aux riffs Hard Rock. Bien sûr, l’ensemble porte toujours cette touche inimitable guidée par une féminité affirmée et un Rock moderne, nappé d’un Blues audacieux.

Depuis deux décennies, ERJA LYYTINEN est devenue une artiste incontournable de la scène Blues Rock mondiale, rivalisant sans peine avec ses consœurs les plus médiatisées. Il y a chez elle un parfum et une saveur très nordiques, qui offrent des sonorités spéciales à ce Blues Rock explosif. Cette fois, elle a souhaité faire de ce « Smell The Roses » un disque résolument Rock, à base de riffs puissants et massifs, de refrains imparables et entêtants, portés par des solos incandescents et où la reine de la slide se fait immensément plaisir. Il y beaucoup de vie et d’énergie sur les neuf titres de cet opus.   

En formation classique et dans un style peut-être plus frontal qu’à l’habitude, la guitariste et chanteuse ne s’économise pas une seul instant, même si elle laisse toujours une belle place à des chansons plus intimes et personnelles, laissant ainsi sa douceur s’exprimer (« Empty Hours »). Et si le morceau-titre est déjà incontournable, d’autres surprises se nichent au cœur de « Smell The Roses ». «  Going To Hell », « Abyss » ou « Stoney Creek » captivent par leur relief, tandis que « Dragonfly » ou « The Ring » laissent cette impression de contrôle et de détermination, si présente chez elle. Et quelle voix !  

Photo : Adam Kennedy

Retrouvez la récente interview de l’artiste et les chroniques de ses deux derniers albums :

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Blues Rock Heavy Blues International

Erja Lyytinen : the northern star [Interview]

Très explosif et féminin, ce nouvel album de la Finlandaise vient bousculer le Blues déjà très Rock, auquel elle nous a habitués depuis une vingtaine d’année maintenant. Toujours aussi virtuose, elle sait aussi se faire plus sensuelle vocalement, soufflant le chaud et le froid à grand renfort de cette slide incroyable, dont elle a le secret. « Smell The Roses » sonne comme un retour aux fondamentaux, où le superflu n’a pas sa place. ERJA LYYTINEN offre une production très personnelle, intime et la fougue dont elle fait preuve ici ne laisse pas de place à l’hésitation. Rencontre avec une artiste passionnée et grande technicienne, qui se nourrit d’une sincérité de chaque instant.   

– « Smell The Roses » est l’un de tes albums le plus Rock et le plus brut, et pourtant on te voit poser avec une belle rose rouge. Quel contraste, ou sur quel paradoxe, as-tu voulu jouer sur cette pochette ?

Mon intention était de créer quelque chose de nouveau sur la pochette de l’album. Dès que j’ai su que le titre serait « Smell The Roses », j’ai voulu poser avec une rose, mais sous un angle différent de d’habitude. Sur la pochette, je la tiens dans ma bouche et mon expression légèrement surprise me dit : mais qu’est-ce que c’est ? Je voulais faire quelque chose de rafraîchissant, quelque chose qui donne envie de s’arrêter et de regarder à nouveau et de se demander ce qui se passe. Et pour les photos promotionnelles, nous avons opté pour un style plus classique, où la rose est idéalement placée entre les cordes de ma guitare. Il y a donc deux types de poses avec la rose. Et je trouve qu’elle va très bien avec le Rock !

– L’impression qui domine à l’écoute de « Smell The Roses », c’est cette production très épurée et sans fioritures, très instinctive. Est-ce que ton objectif était d’aller à l’essentiel, de ne pas trop d’encombrer d’arrangements superflus en livrant une expression très directe de tes chansons ?

Avec « Smell The Roses », je voulais faire un album purement Rock avec un groupe en formation classique. Et une guitare électrique, un orgue Hammond, une basse et une batterie constituent une base solide. Il n’y a pas beaucoup de superpositions. Nous voulions une ambiance live et créer des chansons et des sonorités qui donnent envie de se dire ‘Ouais, c’est du Rock !’. C’est mon album le plus heavy à ce jour, et j’y ai joué beaucoup de riffs de guitares. C’était rafraîchissant de faire simple. Je trouve qu’on a trop de fouillis de nos jours… trop de matériel, trop de tout. Donc, rester simple et directe, avec un esprit Rock des années 60 et 70 était vraiment l’objectif et nous y sommes parvenus.

– Cette fois encore, tu produis ce nouvel album. On peut facilement comprendre ton désir d’avoir la main sur tes chansons du début à la fin. Cependant, avec l’expérience que tu as aujourd’hui, tu n’as jamais été tenté par faire appel à un producteur américain, ou anglais, de renommée mondiale et qui t’ouvrirait peut-être nouveaux horizons musicaux, comme tu l’avais déjà fait avec David et Kinney Kimbrough dans le passé, par exemple ?

Oui, bien sûr, j’ai été tentée de faire appel à des producteurs de renommée mondiale ! Cependant, j’ai moi-même une vision claire et je n’ai pas peur de prendre des décisions. J’ai aussi enregistré moi-même mes solos de guitare et mes voix pour l’album, et j’apprécie beaucoup ce processus. Pour beaucoup d’artistes indépendants, produire ses propres enregistrements est aussi une option économique. J’ai adoré travailler avec Chris Kimsey et nous restons en contact. L’enregistrement de « Stolen Hearts » aux studios ‘State Of The Ark’ à Londres avec lui a été une expérience formidable en 2016. Il y a aussi des producteurs avec qui il serait intéressant de produire les prochains albums. On verra bien ce que l’avenir nous réserve pour la suite. Mais produire « Smell The Roses » seule était intéressant et assez facile, car je travaille avec mon groupe et mon ingénieur du son depuis un certain temps déjà. Tout s’est donc bien passé.

– Sur ce nouvel album, il y a des chansons comme « Going To Hell », « Abyss » ou « Empty Hours », qui sont très profondes avec des textes forts pleins de sens. Ce n’est pas la première fois que tu fais preuve d’autant d’audace, mais la thématique est peut-être plus sombre et plus dure aussi cette fois. C’est le monde actuel avec ses allures de chaos qui t’a poussé à aller dans ce sens ?

Le monde est dans un état étrange en ce moment et cela doit aussi se refléter dans la musique. Il y a aussi quelques ‘démons personnels’ que je libère toujours dans mes albums. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de fiction, l’objectif étant d’émouvoir l’auditeur, de l’inciter à s’arrêter, à écouter et à trouver sa propre signification dans les chansons. Mais oui, cet album est bien plus sombre que mes précédents. Je n’ai pas peur d’aborder des sujets difficiles et d’apporter une touche de mysticisme à mes chansons. Par exemple, « Stoney Creek » est une histoire mystérieuse, qui n’a pas encore été résolue. Je trouve fascinant d’écrire des paroles dignes d’un film… de peindre un tableau pour l’auditeur.

– Tu as également multiplié les collaborations tout au long de ta carrière, dont beaucoup de très prestigieuses. Avec « Smell The Roses », tu donnes l’impression de vouloir revenir à quelque chose de plus personnel et de plus intime. Tu avais l’envie de revenir à l’essence-même de ton Blues Rock et à un style peut-être plus débridé ?

Personnel et intime, voilà ce dont nous avons besoin en ce moment. De l’honnêteté et de la sincérité. C’est la meilleure façon de toucher les gens : être ouvert et franc. C’est difficile pour nous, les gens, d’avoir ce genre de choses. Cet album doit être nouveau de ce point de vue, et je suppose que c’est pour cela que les gens l’apprécient. En écrivant les chansons, je ne voulais me limiter en aucune façon. La simplicité réside dans la production, mais les solos de guitare sont très intenses et je me suis efforcé de jouer différemment sur cet album que sur le précédent, « Waiting For The Daylight ». L’album est donc orienté Blues et Rock avec quelques touches de Hard Rock.

– Tu as déjà sorti cinq albums live et, justement, « Smell The Roses » a une sonorité très live et immédiate. Toi qui es une artiste de scène, tu as ressenti le besoin de revenir à un enregistrement qui se rapproche de tes prestations en concert ?

J’adore jouer en live. Et en écrivant pour cet album, j’ai aussi réfléchi à ce que j’aimerais jouer sur scène ces deux prochaines années. Nous avons aussi répété les morceaux avec mon groupe pendant les balances de notre tournée européenne et cela a dû influencer le matériel : les chansons fonctionnent sur scène comme sur l’album. Il est très organique. Nous avons déjà joué beaucoup de morceaux en concert et ils fonctionnent très bien en live. Je n’ai pas eu besoin de composer grand-chose pour mes parties de guitare. Donc, pour moi, c’est parfait !

– Justement, puisqu’on parle de concert, tu as aussi sorti il y a quelques semaines l’album « 20 Years Of Blues Rock ! » enregistré dans ta ville natale d’Helsinki pour marquer les 20 ans de ton premier album « Wildflower ». C’est un disque très fort émotionnellement. Quel regard portes-tu sur cet album par rapport à « Diamonds on the Road – Live », notamment, qui était sorti l’année précédente ? Le premier est-il plutôt destiné à tes fans de la première heure ?

« 20 Years of Blues Rock! » est un album live que nous avons enregistré lors de mon concert pour les 20 ans de ma carrière au légendaire ‘Tavastia Club’ d’Helsinki. L’album comprend deux CD et un DVD, ce qui en fait un disque vraiment sympa. J’avais invité toutes mes sections rythmiques depuis 2003 à jouer ce soir-là. Il y avait donc cinq bassistes, cinq batteurs et plein d’autres invités. C’était très nostalgique, très exaltant, une longue soirée pleine de souvenirs ! Nous avons joué des morceaux de chacun de mes albums studio avec les formations originales. C’était vraiment génial ! C’est donc un produit que nous allons continuer à proposer pendant un certain temps, car il s’adresse vraiment à mes fans de longue date, qui suivent ma carrière depuis l’enregistrement de mon premier album en 2003.

– En réécoutant ton album précédent, « Waiting For The Daylight », mais surtout tes albums live, j’ai noté une évolution dans ton jeu, pas au sens strictement technique, mais plutôt dans le jeu et la façon d’aborder les mélodies. Quel regard poses-tu justement sur ta façon de jouer ? Qu’est-ce qui a le plus changé, selon toi, dans ton rapport à ton instrument ?

Je joue de la guitare depuis plus de trente ans et c’est agréable d’entendre que les gens perçoivent mon évolution. Je n’ai pas peur de dépasser les limites et, aujourd’hui, j’essaie d’utiliser ouvertement tout ce que j’ai appris au fil des ans sur la guitare et la musique. Je suis donc très ouverte à l’exploration de cet instrument. J’apprécie également la musique progressive et la fusion. À l’époque, lorsque je jouais principalement dans les clubs de Blues, je ne pouvais pas vraiment jouer de musique progressive, mais aujourd’hui, je m’exprime plus librement, en espérant que mon public l’appréciera aussi. Et il semble qu’ils aient été plutôt satisfaits de mon approche plus Rock et progressive, que ce soit dans les mélodies ou les harmonies.

– Tu as toujours eu un son européen qu’on pourrait même qualifier de ‘nordique’ au regard de la scène britannique, par exemple. C’est ce qui te rend immédiatement identifiable et unique sur la scène Blues Rock mondiale. Justement quel regard portes-tu sur l’actuelle et  effervescente scène Blues, et notamment sur les femmes qui commencent enfin de plus en plus à occuper les premiers rangs ?

Mes origines finlandaises ont forcément un impact sur ma musique. C’est pourquoi je mélange mes racines nordiques avec la tradition du Rock et du Blues britannique et américain. C’est fascinant de voir de plus en plus de femmes évoluer dans le monde de la musique. Cela diversifie le secteur, offre davantage de possibilités aux femmes et aux jeunes filles et les encourage à suivre leur propre voie. Je pense que cela contribuera à l’essor de toute l’industrie. Quand j’ai commencé la guitare électrique à quinze ans, le paysage musical était très masculin, et le changement a été considérable ces dix dernières années.

– Enfin, avec son côté presque frontal, très Rock et parfois rugueux, « Smell The Roses » est peut-être l’album qui te ressemble le plus dans ses textes, mais aussi dans ton jeu, où tu sembles revenir à l’essentiel avec beaucoup de facilité d’ailleurs. Est-ce que tu te sens à un sommet de ta carrière aujourd’hui artistiquement ?

Eh bien, j’apprécie vraiment cette aventure ! Certaines choses me semblent beaucoup plus faciles aujourd’hui. J’ai un groupe et une équipe formidables avec qui travailler, j’aime jouer en live et écrire des chansons. Je suis heureuse et c’est particulièrement important. Le chemin a été long pour en arriver là, mais je sens qu’il y a encore beaucoup à faire. En tout cas, j’ai très envie de continuer et de découvrir ce que l’avenir nous réserve de génial !

Le nouvel album d’ERJA LYYTINEN, « Smell The Roses », sort chez Tuohi Records et est disponible sur son site : https://erjalyytinen.com

Photos : Ville Juurikkala

Retrouvez la chroniques du nouvel album, ainsi que celles des précédents :

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Heavy Blues Stoner Rock

The Devils : ultimate pact

Brut de décoffrage, le registre rocailleux des transalpins prend ici une toute autre direction musicale, même si leur touche reste intacte et leur esprit rebelle plus que vivace. Provocateur et irrévérencieux à souhait, THE DEVILS s’offre une virée dans les marécages avec un opus Stoner fait de Blues et de Soul, qui prend les traits d’un Heavy Blues sauvage au son primal et direct, façonné par un Alain Johannes des grands jours. « Devil’s Got It » traquent les décibels dans une séduisante et chaotique mixité. Magistral !

THE DEVILS

« Devil’s Got It »

(Go Down Records)

Survolté et électrisant, l’explosif duo napolitain fête ses dix ans d’existence avec un sixième album, dont le contenu paraît surprenant, mais dont le résultat colle terriblement à son image. Rock’n’Roll jusqu’au bout des doigts, Erika Switchblade (batterie, chant) et Gianni Blacula (guitare, chant) ont toujours mené leur carrière sans concession œuvrant dans un style hyper-roots entre Stoner et Garage. Epais et organique, THE DEVILS est d’une féroce authenticité et elle en est même devenue sa marque de fabrique. Une chaleur qui se répand délicieusement.

Dès le début de l’aventure, les complicités ont été aussi évidentes que redoutables. Sur les deux premiers efforts, c’est Jim Diamond (The White Stripes, The Sonics) qui s’est chargé de la production, avant que le grand Alain Johannes (QOTSA, Chris Cornell, …) ne prenne le relais. Solidement forgé par deux personnalités aussi singulières, le son de THE DEVILS a pris corps et s’est pleinement affirmé entre de si bonnes mains. Et alors que l’on pouvait s’attendre à un déferlement sonore dans les règles, c’est le Blues et la Soul qui sont ici à l’honneur.

Avec l’ardent désir de rendre hommage à une scène qui les inspire depuis toujours, les Italiens sont allés puiser dans les moindres recoins, souvent reculés mais toujours très pertinents, de ce style d’une magique intemporalité. Après un traitement de choc en bonne et due forme, les morceaux de Reverend Charlie Jackson, Freddie Scott, Robert Wilkins, Muddy Waters, Magic Slam, Z.Z. Hill ou encore William Bell reprennent vie comme s’ils avaient vu le diable en personne. Une jouissive frénésie que THE DEVILS distille sans retenue. Encore !

Photo : Nathalie Rei

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Blues Rock Heavy Blues

Winter Blues Band : grand bleu

Sur la West Coast hexagonale sévissent trois bluesmen larges d’esprit et qui ont décidé d’explorer de fond en comble leur style préféré, franchissant allègrement les frontières du genre. Très fourni dans les ambiances comme dans le nombre de chansons, « Tale Of A Lone Lil’ Boy » passe du Texas à l’île du Shamrock et de la slide aux vibrations funky et orientales avec talent. WINTER BLUES BAND se dévoile sans retenue sur un premier effort, qui fait plus que tenir la route.

WINTER BLUES BAND

« Tale Of A Lone Lil’ Boy »

(Independant/Inouïe Distribution)

En cinq ans d’existence, le power trio originaire de Charente Maritime a écumé de nombreuses scènes, participé à de multiples tremplins et foulé les planches de quelques festivals de renom. Après un EP de six titres en 2021, WINTER BLUES BAND sort donc son premier album, « Tale Of A Lone Lil’ Boy », constitué tout de même de 15 morceaux originaux, qui offrent un beau voyage à travers un Blues Rock riche, parfois rugueux, et toujours inspiré. Les sonorités y sont très changeantes et les atmosphères brûlantes.

Composé de Cyril Babin à la basse, Sébastien Jonckeere à la batterie et de Quentin Winter à la guitare et au chant, et qui a également composé tous les titres, WINTER BLUES BAND n’a pas vraiment des allures de débutant. Car si les références et les influences sont nombreuses et facilement détectables, le groupe en a fait une force et parvient aisément à trouver son style, grâce à un jeu sans complexe et varié. Avec quelques invités qui viennent apporter une touche d’âme supplémentaire, « Tale Of A Lone Lil’ Boy » se dévore littéralement.

Tout en feeling et avec une touche très personnelle, WINTER BLUES BAND nous rappelle au bon souvenir de Johnny Winter pour l’élégance, SRV et Popa Chubby pour la fougue et le goût du riff imprévu et, cerise sur le gâteau, Rory Gallagher pour les subtiles effluves irlandaises qui émanent harmonieusement de « Tale Of A Lone Lil’ Boy ». Passant d’un Blues classique à une approche plus Heavy, le combo est d’une réelle générosité et l’énergie déployée grâce à une technique imparable rend cet opus captivant. Bravo !

Photo : Andy Corbras