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Heavy Stoner Rock International

Electric Hydra : extreme energy [Interview]

Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.

– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?

Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)

– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?

Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.

– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?

C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.

– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?

L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.

– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?

Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.

– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?

Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)

– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?

En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.

– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?

Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).

Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.

Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.

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Americana Dark Folk Desert Rock

Wildhorse : l’Ouest en grand

Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.

WILDHORSE

« Shewolf »

(Independant)

Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.

C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.

Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.

Retrouvez aussi les interviews d’Appalooza…

la chronique de « The Holy Of Holies » et le [Going Faster] du « Live at Smoky Van Sessions » :

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Heavy Stoner Doom Heavy Stoner Rock International Post-Metal

Temptress : capturer l’instant [Interview]

Au croisement d’un Heavy Stoner, d’un Doom Rock et d’un post-Metal captivant, TEMPTRESS est littéralement inclassable. Une sorte de Stoner hybride à l’œuvre depuis 2019 déjà et que le power trio de Dallas alimente depuis deux albums, en prenant bien soin de ne s’attacher à aucune chapelle. Le groupe a la particularité d’évoluer entre chant féminin et masculin élargissant un peu plus encore son champ d’action. Andi Cuba (batterie, chant), Kelsey Wilson (guitare, chant) et Christian Wright (basse, chant) imposent finalement leur personnalité pour se retrouver dans une unité artistique d’une cohérence incroyable et d’une créativité sans limite. A l’occasion de la sortie de « Hear », les Américains reviennent sur ce concentré de puissance si libre et maîtrisé.

– Trois ans après « See », vous faites votre retour avec « Hear », un album encore plein de surprises. La première est que l’atmosphère est moins Doom et étouffante et la production moins sombre. Vous aviez l’envie d’apporter et de laisser plus de lumière dans l’univers de TEMPTRESS ?

Oui ! C’est très différent de « See ». Avec ce nouvel album, nous avons cherché à obtenir un son plus authentique, quel que soit ‘notre son’. Je crois qu’il retranscrit parfaitement notre expérience en concert : puissante et intense, une véritable immersion visuelle et auditive.

– L’autre particularité de « Hear » est le songwriting. Vous êtes trois musiciens très aguerris à la scène et il régnait un réel esprit Jam sur votre précédentes réalisations. Or, ce nouvel album est très précis dans son écriture. Vous avez ressenti le besoin de plus structurer vos morceaux cette fois-ci ?

Eh bien, en tant qu’amis et musiciens, nous avons évolué. Pendant nos premières années, nos répétitions étaient souvent des jams improvisées, dans une ambiance spontanée, le temps d’apprendre à nous connaître musicalement. On jouait tous à l’oreille et ça a beaucoup contribué à notre style. Quand on a commencé à travailler sur un deuxième album, on voulait faire des morceaux plus courts et plus intenses, des titres faciles à chanter. Pendant le processus d’écriture, chacun avait des chansons sur lesquelles il travaillait de son côté, avec une idée précise de ce qu’il voulait en faire. On s’est réunis pour donner vie à ces idées, moins pour la composition et la structure, mais plus pour concrétiser la vision de chacun.

– L’une des forces de TEMPTRESS est aussi d’être trois au chant. Comment est-ce que vous vous partagez les rôles ? Chacun chante-t-il ses propres compositions, ou choisissez-vous la personne la plus adaptée suivant les tonalités du morceau ?

C’est un peu des deux. Nous chantons parfois nos propres morceaux, mais d’autres fois, nous chantons ensemble ou nous laissons quelqu’un d’autre prendre le relais. Nous jouons en accordage standard de ré ou en drop do, ce qui semble bien convenir à notre tessiture. Christian ayant un registre plus aigu, nous pouvons facilement nous répartir les parties vocales et imaginer les différentes possibilités qu’offrent un couplet ou un refrain.

– Chacun d’entre-vous a un timbre de voix et un style de chant différent. Quelle est votre principale difficulté, s’il y en a une, pour conserver l’identité musicale de TEMPTRESS ? Est-ce la musique qui prime, ou plutôt le contenu des textes ? Ou les deux…

Les deux, bien sûr ! Parfois, en écrivant, la musique ou le riff vient en premier et inspire les paroles, et inversement, les paroles que l’un de nous apporte inspirent la musique. Notre priorité est de composer une musique qui nous ressemble, quel que soit le genre. Je crois que notre identité musicale, c’est nous trois ensemble.

– Vous ouvrez « Hear » avec une intro assez longue et entièrement instrumentale. C’est morceau lumineux et très post-Rock. C’est un choix qui peut surprendre compte tenu de la suite de l’album. L’idée était-elle justement d’imposer une atmosphère précise dès le début ?

Absolument, dans le même esprit que « Death Comes Around » de « See », nous créons une atmosphère qui vous transporte dans notre univers. L’album possède une versatilité et un dynamisme presque bipolaires : chaque morceau est différent, chaque monde que vous explorez est unique. L’intro vous met en appétit et vous invite au voyage.

– Par la suite, l’album est très varié et vous évoluez dans une multitude de registres allant du Stoner au post-Metal avec des éléments Doom bien sûr et même très Rock 90’s. Est-ce que, finalement, TEMPTRESS n’ouvre-t-il pas les portes d’un post-Stoner, selon vous ?

La musique est tellement subjective que chaque auditeur peut y entendre ce qu’il veut. Oui, je suis d’accord, tous ces éléments sont présents et c’est parce qu’on les apprécie ! Si l’auditeur y entend du post-stoner, nous lui laissons cette possibilité.

– « Hear » est également à ranger parmi les albums oniriques, sans être exclusivement atmosphérique pour autant. Et il est aussi très conceptuel dans la forme. Est-ce que vous définissez une ligne artistique globale avant même de commencer la composition ?

Non, pas tellement sur cet album. L’atmosphère onirique s’est imposée naturellement, de façon organique, grâce à notre style d’improvisation. Nous n’y avions pas pensé avant de composer l’album.

– Enfin, vous avez aussi changé de label, puisque « Hear » sort chez Blues Funeral Recordings, tandis que « See » était sorti chez Metal Assault Records. Et Ripple Music s’apprête à ressortir votre premier album en mars. A quoi sont dus tous ces changements, et comment expliquez-vous cette surprenante dispersion ? A moins que ce ne soit qu’un concours de circonstance ?

C’est vraiment une coïncidence. Notre contrat avec Metal Assault Records arrivait à échéance à peu près au moment où nous avons rencontré Jadd de Blues Funeral Recordings. Nous avions entre les mains notre album « Hear », fraîchement enregistré, et nous cherchions désespérément un label pour le distribuer. Blues Funeral Recordings est un label formidable et ils nous ont vraiment aidés à évoluer et à nous développer sur la scène musicale. Alors qu’ils étaient très occupé par la sortie de « Hear », nous étions impatients de trouver un distributeur européen pour la réédition de « See », un album essentiel pour notre avenir. Une fois toutes les parties prenantes d’accord, nous nous sommes adressés à Ripple Music et leur avons demandé une réédition. Heureusement, ils ont accepté et nos fans européens pourront se procurer un exemplaire très prochainement ! (L’album ressortira le 20 mars chez Ripple Music – NDR)

Le nouvel album de TEMPTRESS, « Hear », est disponible chez Blues Funeral Recordings.

Photos : Amy Seymour (1, 2)

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Grunge Sludge

fátima : une féroce animalité

Avec son registre atypique fait de Grunge, de Stoner, de Doom et de Sludge, FÁTIMA avoue une certaine tendresse pour les années 90, et pourtant il n’en demeure pas moins aussi brutal qu’efficace. Grâce à un groove compact et enveloppant, la formation francilienne franchit à chaque effort un palier supplémentaire et si le côté primaire résonne fort, la nuance et la délicatesse ne sont jamais loin. « Primal » offre bien des visages et multiplie les atmosphères avec une attitude frontale réjouissante.

FÁTIMA

« Primal »

(Black Robes Records)

Depuis dix ans déjà, le power trio déverse son Sludge/Grunge mâtiné de Doom et de saveurs orientales et avec « Primal », son cinquième album, on peut affirmer qu’il atteint un sommet dans sa discographie. En partageant deux réalisations avec Seum en 2021 et Clegane en 2023, FÁTIMA a aussi perfectionné son art du DIY et paraît même changer de dimension dans son savoir-faire à chaque sortie. En effet, le son s’affine et monte en puissance, tandis que le groupe livre des compositions toujours plus fluides et maîtrisées.

Depuis « Fossil » (2022), puis « Eerie » (2024), les bestioles de ses pochettes changent elles aussi d’apparence, travaillant une délicieuse hostilité avec minutie. D’ailleurs, « Primal » n’est pas plus docile que ses prédécesseurs et son visuel ferait presque passer le célèbre King Kong pour une peluche. Bref, FÁTIMA est surtout devenue une machine bien huilée, massive et incisive, mais où les mélodies ont tout autant leur place que les lourdes rythmiques sur lesquelles elles reposent. Original et imprévisible, le combo s’affirme férocement.

S’ils font parfois penser à un Nirvana sous stéroïdes, les Parisiens gèrent l’animalité de leur style avec brio et sans retenue. Le duo Base/batterie est gras à souhait, les riffs d’une épaisseur impénétrable et le chant y trouve sa place avec autorité. FÁTIMA déroule son jeu, harangue et hypnotise même à l’occasion avec des envolées Stoner Psych bien senties (« Sassquatch », « Killer Wart Hog », « Chilled Monkey Brains », « Waters Of Babylon », « Gazelle Horns » et le morceau-titre). Instinctif et massif, le combo a bien mûri et « Primal » écarte les doutes avec conviction.

Retrouvez la chronique du split avec Clegane et le [Going Faster] à l’occasion de la sortie de « Fossil » :

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Stoner Blues Stoner Rock

Hermano : l’empreinte des grands

Alors que les Américains menaient une aventure pour le moins hachée avec la sortie de quelques opus et d’un live, il aura peut-être fallu cette date française pour redonner de l’élan à la formation. Près d’une décennie d’absence et HERMANO remontait sur scène, comme si de rien n’était pour une performance hors-norme. Depuis 2016, la machine est relancée, son label Ripple Music réédite ses disques dans des versions remastérisées et ce « Clisson, France » confirme que le Heavy Stoner Blues du combo reste un modèle du genre.

HERMANO

« Clisson, France »

(Ripple Music)

Et si finalement, ce concert du 18 juin 2016 avait été le déclic pour HERMANO ? Chauffé à blanc et devant un public tout acquis, le groupe avait offert une prestation marquante immortalisée sur ce live. Insaisissable et jouissant d’une liberté absolue depuis sa création en 1998, ce projet parallèle s’est pourtant forgé une solide réputation au fil des années, malgré une discographie peu étoffée. Mais le mythe s’est installé et après huit ans de break, c’est au Hellfest que la magie a opéré à nouveau et où les riffs ont fuzzé dans une torpeur partagée.

Soudés par une forte amitié et un amour inconsidéré pour le Stoner Rock et le Heavy Blues, John Garcia (ex-Kyuss, chant), Dandy Brown (Orquestra Del Desierto, basse), Dave Angstorm (Luna Sol, guitare), Mike Callahan (Disengage, guitare) et Chris Leathers (Supafuzz, batterie) ont fait souffler un vent de folie et livré un set stratosphérique. Bien sûr, celui s’articule surtout autour des albums « ...Only A Suggestion » (2002) et « Dare I Say… » (2004), et HERMANO leur a offert une dimension incroyable basée sur une phénoménale énergie.

Le plaisir et l’envie d’être là et de faire partie des moments forts de cette onzième édition du festival breton se sont clairement faits sentir dès les premières notes de « Let Side Bleeding ». Le quintet était prêt à en découdre et les versions de « The Bottle », « Cowboy Sucks », « Is This Ok », « Kentucky », « Angry American » ou « Señor Moreno’s Plan » ont fait vibrer la foule grâce à un jeu électrisant. HERMANO, avec son parcours pour le moins atypique, reste l’un des fleurons majeurs du Heavy Stoner Blues et « Clisson, France » est à classer parmi les indispensables.

L’album est disponible d’un simple clic sur la bannière en page d’accueil.

Photo : Dawn Brown

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France Stoner Blues Stoner Rock

Voodoo Queen : envoûtement fuzzy [Interview]

Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.

– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?

Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.

– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?

Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.

– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?

Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.

– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?

Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.

Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.

– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?

Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.

– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?

Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.

– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?

Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.

Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.

– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?

Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.

L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :

https://www.voodoo-queen.fr

Photos : Jihem Notteb (2) et yOdOe (5).

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Power Rock Stoner Rock

B&L : instinctif

Depuis leur Belgique natale, les deux membres de B&L vibrent à l’unisson dans un Rock, qui conjugue puissance et élégance. Direct, subtil, rugueux et d’une grande finesse, son registre offre un équilibre savoureux à cette réalisation très bien produite. Jouant sur les tessitures avec un esprit indépendant et une immédiateté constante, le Power Rock emprunt de Stoner déployé sur « B&L » révèle bien des facettes et une multitude d’ambiances.

B&L

« B&L »

(Independant)

B&L, ou BeL c’est à vous de voir, est le fruit de l’alchimie artistique entre Bryan Hayard (batterie) pour le ‘B’ et Ludwig Pinchard (guitare) pour le ‘L’. Et en fait d’alchimie, il y a une réelle connexion entre les deux musiciens, qui n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai. Le premier a œuvré chez It It Anita, Girls In Hawaï et Eté 67, tandis que son complice est passé par The Banging Souls, Goliath et The Von Dead. Et l’expérimenté duo livre aujourd’hui un premier l’album éponyme pour le moins électrique.

« B&L » est un opus assez insaisissable. Une chose est sûre, les Belges se nourrissent du Rock sous toutes ses formes. Et leur palette est très large, puisque leur style puise autant dans le Stoner, le post-Rock et le Noise avec même quelques fulgurances Metal. Même instrumental, le tandem a une manière bien à lui de dérouler un fil narratif très expressif et tout en nuances. B&L joue sur les reliefs avec beaucoup d’explosivité et une énergie débordante dans une approche très live.

D’ailleurs, c’est sans surprise que l’on retrouve quatre morceaux de l’EP « Live Session @AMS » sorti l’an dernier. Quant aux nouvelles compositions, elles se fondent parfaitement dans l’univers du combo. Car, malgré la diversité des sonorités, il y a une vraie touche B&L, basée sur une batterie incisive et très groove, aussi percutante que légère, et une guitare capable de s’ériger en mur pour faire dans la dentelle l’instant d’après. Brute, mélodique et sinueuse, l’ensemble frappe et captive.

Photo : JC Guillaume

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Heavy Stoner Rock International Stoner Doom Metal

Beast Eagle : animal ferocity [Interview]

Il y a quelques semaines, le quatuor américain sortait un nouvel EP, « Sorceress », particulièrement captivant et accrocheur. Basé sur un Stoner très Heavy et épais, quelques touches de Hard Rock et même une légère saveur bluesy, BEAST EAGLE semble ici prendre véritablement en envol. Mené par une frontwoman, Kate Lewis, qui apporte beaucoup de force et de mélodie aux morceaux, le quatuor s’est forgé un style bien à lui, loin des références qui l’ont animé au départ de l’aventure. D’un Stoner Doom âpre et massif, le groupe du Nebraska a gagné en finesse, a éclairci son jeu et rivalise aujourd’hui avec n’importe quelle formation du genre. Guitariste et membre fondateur, Austin L’Ecuyer revient sur ce parcours, sa vision artistique et l’évolution du combo.

– BEAST EAGLE a un parcours assez particulier, puisque vous avez sorti « Loud At Plat Black Studios » deux ans après la création du groupe, et surtout c’est un album entièrement instrumental axé sur un Stoner Doom très rugueux. Il s’en dégage un sentiment d’urgence et il sonne aussi très live. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette première déflagration et vos débuts ?

Quand on a formé le groupe, on voulait un son brut et authentique, avec de gros amplis à lampes et d’énormes enceintes. On voulait un son puissant et percutant. On voulait aussi un son rapide, pas trop lent comme beaucoup de groupes de Stoner Doom qu’on écoutait. Du coup, on a intégré des éléments Metal et Rock qu’on avait tous en commun et on a créé notre première démo.

– Il y a trois ans, Kate Lewis vous a rejoint pour donner de la voix et poser des mots sur la musique de BEAST EAGLE. A quel moment et pour quelle raison avez-vous décidé de d’intégrer du chant ?

Au cours de notre première année, alors que le groupe prenait de l’ampleur, on nous disait sans cesse que notre musique atteindrait un tout autre niveau avec la bonne chanteuse. A chaque concert, c’était la même chose. On a lancé une recherche sur Internet, mais sans grand succès. Puis, Kate est venue à notre premier concert après la pandémie. Et elle a dit : « Salut, je m’appelle Kate et je vais être votre chanteuse ». Je lui ai avoué que je n’étais pas fan des chanteuses dans le Metal et que je n’imaginais pas vraiment une chanteuse pour ce projet. Quelques mois plus tard, on a organisé des auditions. Kate est arrivée avec le morceau « Heavy Bones » déjà écrit. Elle était incroyable et nous a vraiment bluffés. Dès la première note, on a su que c’était elle.

– Sur votre premier EP éponyme, vous avez amorcé un virage plus Hard Rock et moins Doom. Aviez-vous besoin s’apporter un peu de lumière à votre registre et éclairer un peu votre direction musicale en étant peut-être moins âpres ? 

Je ne crois pas que notre choix se soit porté sur une musique moins agressive ou plus légère. Avec les changements de formation au sein du groupe, nous avons tous ressenti le besoin d’explorer davantage le groove et la mélodie, plutôt que de nous cantonner à un son Stoner Rock plus marqué. Le premier EP est un réenregistrement assez fidèle de notre première démo, mais avec un travail plus abouti et une direction plus précise. L’intégration des voix aux morceaux a permis de leur donner une dimension plus complète.

– Avec « Sorceress », BEAST EAGLE donne une touche assez bluesy à ce deuxième EP, tout en restant aussi occulte dans la démarche. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir peaufiné votre jeu au fil des sorties, ou est-ce juste une évolution naturelle pour vous ?

Je crois que ce groupe puise son inspiration dans un mélange incroyable de genres musicaux, bien au-delà du Rock. Du coup, à chaque réalisation, on évolue au gré des influences musicales qui nous entourent. J’adore m’inspirer de toutes ces sources et laisser les chansons se développer librement.

– D’ailleurs, vous avez sorti deux EPs après un premier album, tandis que c’est souvent l’inverse. Vous préférez les formats courts, ou est-ce aussi une façon d’occuper l’espace avec des réalisations régulières dans une industrie musicale très bousculée ces dernières années ?

Ces dernières années ont indéniablement transformé notre vision de l’industrie musicale. Sortir des morceaux plus fréquemment est sans aucun doute préférable pour capter l’attention volatile du public. Certes, composer un album complet demande plus de temps et de concentration, mais la récompense est à la hauteur : plus de 20 minutes de musique à écouter. D’ailleurs, il est grand temps de sortir un album avec notre formation au complet pour faire découvrir à tous toute la richesse de l’univers BEAST EAGLE.

– Par ailleurs, l’arrivée de Kate au chant n’a pas vraiment ralenti vos ardeurs. Qu’est-ce qui a le plus changé, selon vous, en devenant un quatuor et en quittant un registre instrumental aussi ? Votre approche dans la composition a-t-elle évolué et vous arrive-t-il aujourd’hui de partir du texte pour créer le climat d’une chanson ?

L’écriture n’a pas vraiment beaucoup changé depuis l’arrivée de Kate. On commence toujours par les instrumentaux, puis on ajoute les voix. Avec une chanteuse, on modifie parfois les paroles pour les adapter à certains passages. Le chant donne toujours une direction plus claire aux morceaux et nous permet de trouver une meilleure dynamique.

– Ce nouvel EP est basé sur l’histoire d’une sorcière et elle évolue au fil des morceaux. C’est assez rare de développer un concept sur ce type de format court. Est-ce que cela fait plus largement partie de l’imaginaire de BEAST EAGLE dans son ensemble, et donc un album n’était pas forcément nécessaire ?

La création de cet EP concept a été un parcours complexe, c’est certain, mais nous avions commencé à l’écrire en gardant l’idée des sorcières en tête. Cinq chansons nous semblaient suffisantes pour raconter l’histoire sans laisser place à des digressions inutiles. Je ne sais d’ailleurs pas encore si nous referons un album concept à l’avenir.

– Enfin, BEAST EAGLE montre un jeu très équilibré sur « Sorceress » avec des parties de guitare aiguisées et tranchantes, une rythmique massive et un chant captivant. Vous avez même été sacré meilleur groupe de Hard Rock dans votre ville d’Omaha, Nebraska. J’imagine que les concerts vont se succéder. Avez-vous déjà l’idée d’un premier album à quatre, ou d’un prochain EP, dans un coin de la tête ?

Nous vous réservons quelques petites surprises pour ce début d’année, qui tiendront nos auditeurs en haleine. Par ailleurs, nous avons commencé à composer notre prochain album, un album complet et  riche en rebondissements, qui vous captivera.

Le nouvel EP de BEAST EAGLE, « Sorceress », est disponible chez Golden Robot Records.

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Fuzz Rock Heavy Stoner Rock

Dune Aurora : une montagne de fuzz

Entièrement féminin, le combo transalpin vient s’inscrire dans cette lignée d’artistes qui revitalisent la scène Heavy Rock avec un Stoner occulte aux effluves Doom. Si elles ne sont pas sans rappeler High Priestess ou Alunah, leur sens du Fuzz et de la mélodie diffuse un groove massif et ensorceleur. Teinté d’un esprit Desert Rock qui lui offre de la hauteur et du relief, « Ice Age Desert » intronise brillamment DUNE AURORA avec un premier long format à la fois conquérant, abouti et bien produit.

DUNE AURORA

« Ice Age Desert »

(Octopus Rising)

Après avoir émergé sur la scène underground turinoise en 2022 avec son premier EP « Lonely Town », DUNE AURORA passe à l’échelon supérieur avec « Ice Age Desert », un album aussi attendu que réussi. Ginny Wagon (chant, guitare), Roberta Finiguerra (basse, chœurs) et Serena Bodratto (batterie, choeurs) proposent un univers Stoner Fuzz aussi glacial que lumineux et se montrent ambitieuses et particulièrement sûres de leur force. Entre Heavy Rock et une impression Désert envoûtante, leur disque est captivant. 

L’un des atouts d’« Ice Age Desert » est la succession d’atmosphères qui traversent les neuf titres. En intégrant des sonorités Doom, Sludge, Psych, Grunge et même Alternative, DUNE AURORA fait preuve de beaucoup de diversité, tout en parvenant à une solide unité musicale. Très bien enregistré et mixé par Davide Donvito et masterisé par James Plotkin (Isis, Pelican, Earth), qui vient y apporter une belle brillance, ce premier opus conserve aussi une saveur vintage, que l’on doit sûrement au voile occulte posé sur ces compositions.

Avec beaucoup de fluidité, DUNE AURORA libère sa pleine puissance et laisse aussi la place à de la finesse. Très fusionnel, le power trio déroule son Stoner brut, efficace et le travail sur les choeurs apporte du relief et même un peu de chaleur. Et si elles ne s’en laissent pas compter, les Italiennes déploient créativité et fraîcheur sur des morceaux très bien ciselés (« Gateway », « Tundra », « Crocodile », « Sunless Queen », la version étendue de leur single « Fire » sorti l’an dernier et « Se Ponga El Sol » dans leur langue natale). Solide !

Photo : Luca Maccario

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Stoner Metal Stoner Rock

Wolftooth : hungry guys

Changement de label et de batteur, il n’en fallait pas plus à la formation de Richmond dans l’Indiana pour retrouver toute sa vigueur, et même un nouveau souffle, et livrer « Wizard’s Light », probablement sa meilleure réalisation depuis la première en 2018. Epais et robuste, le Stoner du combo ne manque de précision, ni d’impact. Et sans négliger l’aspect mélodique et accrocheur, WOLFTOOTH se montre intense et terrassant, oscillant avec habileté entre un Metal racé et un Rock musclé.

WOLFTOOTH

« Wizard’s Light »

(Ripple Music)

Ce quatrième album de WOLFTOOTH marque le retour au bercail, chez Ripple Music où tout a commencé, après une surprenante embardée chez Napalm Records. Depuis « Blood & Iron » sorti il y a quatre ans, il a également changé deux fois de batteur et c’est désormais Shane Shook qui œuvre derrière les fûts, après l’intermède de deux ans assuré par Casey Wainright. Les Américains sont aujourd’hui en ordre de marche avec Chris Sullivan (chant, guiatre), Jeff Cole (guitare), Jeremy Lovins (guitare) et Terry McDaniel (basse). Un line-up qui a fière allure… même à quatre sur la photo.

« Wizard’s Light » confirme de bonnes intentions sans doute nées de tous ces changements et WOLFTOOTH semble même plus aguerris que jamais. Pourtant, pas de bouleversements musicaux, le Stoner Metal du groupe est toujours aussi puissant et incisif, et c’est surtout dans la volonté et la créativité que tout se joue. Les références lorgnent encore vers la NWOBHM, un Hard Rock très 70’s et bien sûr le Black Sabbath de la première période, notamment dans le chant de son frontman. Captivant dans sa narration également, les guitares résonnent fort et juste sur ce nouvel opus.

L’intro « Hymn Of Belgarath » plante le décor et sert de rampe de lancement pour « Sightless Archer », qui vient déjà tout bousculer. Sur un rythme effréné, WOLFTOOTH est totalement libéré et son Stoner débridé laisse le charme agir. La rythmique est brute et aussi lourde que rapide, tandis que les guitares font le show entre riffs tranchants, twin-guitares relevées et solos plein de feeling (« Darkness Path », « Wizard’s Light », « Armor Of Steel », « War Brigade », « Bloodline »). Le quintet poursuit l’aventure avec beaucoup d’assurance et fait cohabiter Heavy Metal et Hard Rock dans un Stoner rutilant.